lundi 29 juin 2009

Fête de saint Pierre et saint Paul




Écrit pour la Saint Pierre et Saint Paul, pour mon Pierre.



« Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirais mon Eglise » ( Math., 16,18 )


Tu es un pêcheur sur le lac de Tibériade.

Tu es un enfant d’Israël, la terre de ton Dieu.

Ton bateau danse tous les jours sur les vagues.

Tu es un pêcheur et un croyant juste et pieux.


Ton Messie tu l’attends devant le joug romain.

Tu l’appelles de tes vœux les plus sincères

Roi tout-puissant, roi terrestre pour demain

Tu y crois de toute ta foi, tu vois la misère.


Le regard de ton Dieu transperce ton cœur :

« Viens, suis-moi »et c’est pour toujours

Car tu l’as reconnu , toi le simple pêcheur

Ton Roi, ton Sauveur, plus jamais de retour.


Tu bondis en avant dans la bataille

Tu te jettes dans les bras de ton Dieu

Tu marches en avant par delà les murailles

Tu es Pierre le roc, ton cœur est de feu.


« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Cries-tu avec ta foi immense et naïve,

C’est l’Esprit qui t’a surpris et te prend

Tout entier. Tu as une âme si réceptive !


Au Christ tu ne refuses rien, tu veux plus :

« Restons sous la tente avec les prophètes. »

Et l’énormité de ton désir ravit Jésus

Qui t’explique tout des divins mystères.


Tu ne comprends rien mais tu as une force :

Celle d’aimer aveuglément et à jamais.

Tu tombes, tu renies ? Mais qu’importe !

Tu aimes aveuglément et à jamais !


Le Seigneur écoute sans se lasser tes paroles,

La douce et folle musique : »Pierre m’aimes-tu ? »

« -Tu sais tout Seigneur, tu sais bien que je t’aime. »

Le cœur de Jésus rencontre enfin un cœur d’or.


Il se lève en majesté et se penche vers son fils

Un cœur aimant, une âme fidèle, sans refus,

Un esprit obéissant, humble et plein de vertus :

« Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. »

dimanche 28 juin 2009

"La montagne morte de la vie" de Michel Bernanos


"La vérité n'est pas, en dernière analyse, comme on le croit communément, un idéal éthique. La vérité est le contact immédiat entre la matière vivante qui perçoit et la vie qui est perçue" (Wilhem Reich, cité par Dantec dans American Black Box)

"L'homme est toujours en gestation, en même temps que sur le déclin. S'approchant de sa mort, mais aussi en devenir."(...)Dans les sociétés des droits interminables, où le dû remplace le don, l'organisation est pensée comme si l'homme était stable tout au long de sa vie, et comme si ses virtualités cachées n'existaient pas.(...)Cette vision d'un homme immobile apparaît dans les domaines les plus divers : l'idée de suicide assisté, réclamant que l'individu encore valide puisse prévoir son suicide dans tel ou tel cas de maladie, sous-entend une psychologie close à un instant t de son histoire."(Delsol, "Qu'est-ce que l'homme")


Le soleil se levait sur le pays et Loth entrait à Soar, quand le Seigneur fit tomber du ciel sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu. Dieu détruisit ces villes et toute la plaine, avec tous leurs habitants et toute la végétation. Or, la femme de Loth avait regardé en arrière, et elle était devenue une colonne de sel. Ce matin-là, Abraham se rendit à l'endroit où il s'était tenu en présence du Seigneur, et il porta son regard en direction de Sodome, de Gomorrhe et de toute la plaine : il vit monter de la terre une fumée semblable à celle d'une fournaise ! Lorsque Dieu a détruit les villes de cette plaine, il s'est souvenu d'Abraham ; et il a fait échapper Loth au cataclysme qui a détruit les villes où il habitait.
(Livre de la Genèse 19,15-29.)




La lecture est quelque chose de parfaitement étrange:il faut être prudent quand on ouvre un livre, il faut être un bon guerrier. Savoir se prendre des coups, savoir en recevoir, être blessé, se relever, trouver des failles dans l'adversaire, trouver une solution qui lui correspond à lui personnellement et pas à un autre. Chaque combat est différent. Chaque lecture est un nouveau combat. Apprendre à lire, c'est apprendre à se battre.

En effet,de même que l'auteur dont je vais parler écrit :
"Je vais faire un poème sur la guerre. Ce ne sera peut-être pas un vrai poème mais ce sera un vraie guerre."
De même, le lecteur pourrait écrire : "je vais lire un livre sur la mort. Ce ne sera peut-être pas un vrai livre sur la mort mais ce sera une vraie guerre que de le lire."

Dans le même temps, lire, s'informer (in -former : im-primer dans notre cerveau) est le seul moyen qui nous est donné de ne pas figer notre pensée, de rester dans le mouvement, de vivre tout simplement :
"Si l'acceptation est fatale aux gens normaux, elle est logique pour ceux qui restent muets aux questions qui pourraient les sauver."

J'ai lu "La montagne morte de la vie", petit roman de Michel Bernanos, fils de Georges Bernanos.

C'est un récit fantastique qui évoque cette pétrification de la pensée, du corps, de l'âme.Cette acceptation fatale.
Les deux héros du livre ne meurent pas exactement mais se "minéralisent" peu à peu et la conclusion est terrible : "Le seul souvenir qui me reste, depuis des siècles que je vis dans la pierre, est le doux contact des larmes sur un visage d'homme."
Une "mort" sans rédemption explique Asensio, une mort sans résurrection, une mort sans paradis ou enfer.Un mouvement arrêté.

Et je repense à nouveau aux textes de SK ("bistrot séries")*, le dernier en particulier ("Au hasard") où il écrit : "Le haut de la rue Montmartre, jusqu’aux grands boulevards, était bien tranquille. Étrangement tranquille."
On a ce sentiment aujourd'hui d'être dans une sorte d'instant immobile, un "temps suspendu" pour reprendre Verlaine. J'écrivais précédemment, être dans l'œil du cyclone : la tempête a tout détruit autour de nous, elle nous a tué, nous sommes morts mais nous ne le savons pas. Nous n'avons plus de questions, seulement des certitudes.Nous sommes devenus ces êtres minéraux de Michel Bernanos.Comme recouverts de cette boue de la tornade ou pétrifiés par le cataclysme du Vésuve,à Pompéi.Cette dernière image, celle du Vésuve en éruption, me vient du fait d'avoir visité, enfant, les ruines de cette cité antique et la vision des hommes pétrifiés à jamais dans les poses ou les postures (certains couchés, endormis, d'autres tentant de fuir) dans lesquelles la boue brûlante les a trouvées me hante encore aujourd'hui. Et j'ai la vision de Dantec aussi, "l'homme qui marche sur les cendres" sans être recouvert par ces dernières.


Et sans doute, oui, sûrement que seules des larmes d'une souffrance, des épreuves d'une vie d'homme, des larmes qui nous feraient ressentir quelque chose, qui nous feraient nous interroger, sans compréhension totale du mystère (donc sans certitude mortelle) des larmes qui signifient l'eau, la vie, sans doute que ces larmes feraient fondre la croute minérale qui recouvre le corps des deux hommes dans le livre et les statufie.
Impossible, pour Michel Bernanos; ces larmes demeurent un souvenir à jamais perdu.En aucun cas, elles ne sont cause de Salut. En aucun cas un esprit figé dans ses certitudes ne peut se remettre en mouvement, et lentement mais sûrement, accéder à la vérité, à la vie.
De même, pas de plongeon possible dans le gouffre en haut de la montagne morte, plongeon dans une eau qui purifierait les deux hommes ("A la prochaine rivière on prendra un bain et ça s'en ira. C'est pas autre chose que de la crasse!") : "Baignant au milieu d'un lac de sang, un œil bleu à la pupille noire d'une taille inimaginable nous fixait". Cet œil témoin d'une justice implacable -pas de miséricorde pour cette état de crasse qui nous enveloppe de plus en plus, pas de purification possible donc, de rédemption, pas de vie après la mort, l'homme vient de la terre et s'en retourne à elle, dans son corps et dans son âme!, pas de salut pour un esprit formaté!- s'oppose directement à la symbolique du baptême chrétien qui nous plonge dans le gouffre de la mort ET de la résurrection de l'âme et du corps. Seul un miracle peut re-déclencher le cycle des questions qui sauvent.
"Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée"(...)
"Ma fille, ta foi t'a sauvée."
(Évangile selon saint Marc)


* Dans les textes de SK, on trouve souvent la description d'une jeunesse désorientée, qui s'oublie de fêtes en fêtes, morts-vivants aux gestes de plus en plus lents et lourds, et maladroits.
"Je ne pus m'empêcher de penser que c'était là un monde plein de vie en mouvement vers la mort."

samedi 27 juin 2009

Le plus beau reste à faire

"Cela semble une raison suffisante pour que cette époque l'oublie au plus vite.

Cela semble la raison nécessaire pour que nous oubliions au plus vite cette époque."

Dantec

lire en entier ici :
http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/l-homme-de-nowhere-land

Krav Maga de l'esprit.



Principes « théoriques » du KravMaga : à reprendre dans le combat physique et dans le combat intellectuel.Ici, je m'attarde un peu dans le combat intellectuel mais il va de soi que la base est l'apprentissage du combat physique.

  • Le premier est un principe de prévention de bon sens : éviter de se retrouver dans une situation dangereuse, par exemple si l'on fait de l'auto-stop, éviter les individus peu engageants ; éviter de traverser à pieds un quartier dangereux en ville…
Le terme bon sens est déjà un indicateur positif, selon mes critères personnels. Repérer celui qui vous accable de « bonjour » et de « respectueusement » et qui vous plantera un couteau dans le dos à la première occasion venue. L’invasion sans bruit, sans terreur, « être doux comme Robespierre » dit SK.
  • Secundo, le krav-maga est un art de self-défense basé sur les réflexes naturels du corps humain.
Dans le combat idéologique, s’extraire toujours des concepts, en revenir à la réalité. Problème : l’idéologue est « hors-réalité », il n’est à l’aise que dans son système clos. D’où l’intérêt de s’en sortir, au plus vite : ne pas rentrer dans le raisonnement adverse. Cela ne sert à rien.
  • Troisièmement : se défendre et attaquer par la voie la plus courte et depuis la position
où l'on se trouve, en privilégiant le minimum de prise de risque pour soi-même.
Vous imaginez bien que le terme « minimum de prise de risque pour soi-même » est une finalité que je juge fort attrayante. Et puis, ce côté : aller à l’essentiel, sans barguigner, c’est je ne sais pas moi… comme une évidence ? L’aspect foudroyant de la littérature, l’aspect simplicité qui n’est pas simplification. Ne pas rentrer dans la guerre d’usure.
  • Quatrième principe : en fonction de la situation, et selon le besoin, en fonction du danger que représente l'adversaire, essayer de décourager celui-ci en parlant.
Simplement pour détourner l’attention de l’adversaire, tenter de l’extraire du tapis roulant, du rouleau compresseur de son « raisonnement ».
  • Cinquièmement, on utilise les points sensibles du corps humain (yeux, gorge) pour atteindre ou maîtriser l'adversaire.
"Frapper fort et juste" disent Denis et Xyr.
  • Sixième principe : essayer d'utiliser tous les objets à sa portée, puis les armes naturelles du corps.
Toutes ses ressources intellectuelles, humoristiques, ironiques etc… Ne pas oublier que l’adversaire attaquera par le biais du psychologisme (vous êtes fou, malade, ignorant, votre femme ou mari vous a quitté etc, etc…)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Krav_Maga
http://www.krav-maga.net/

jeudi 25 juin 2009

Histoire drôle


Dans son bain un petit garçon de trois ans examine ses testicules.

Maman, demande-t-il, c'est mon cerveau ?

Pas encore ! Répond-elle.

mercredi 24 juin 2009

Forteresse


"Une grande cité est grande lorsqu'elle a les meilleurs des hommes et des femmes,
Ne seraient-elles composée que de trois misérables huttes crotteuses qu'elle serait pourtant la première au monde!"
(Walt Whitman, dans "Chanson de la hache à large lame", Feuille d'herbe)

Le sentiment d'urgence ne me quitte plus.
J'ai longtemps cru à la vieillesse qui arrive (j'ai 38 ans). Mais en fait il s'agit de quelque chose de plus sérieux, de plus profond.
Je fais des choses qui ne me sont pas habituelles : j'écris sur un blog au lieu de papoter avec mes amies autour d'un bon café.
Amies d'ailleurs qui bien souvent ne comprennent pas trop ce comportement bizarre (pas l'abus de café : ça, tout le monde a pigé que j'étais une épouvantable droguée, comme pour la vitesse en voiture) et j'ai bien du mal à expliquer ce sentiment diffus d'inquiétude qui me gouverne.
Beaucoup de "jeunes" expriment ce même sentiment et se plaignent de leur isolement : mais ils sont déjà une bonne partie de leur génération à comprendre ce qui se passe. Ma génération à moi, c'est plus compliqué : on est entre-deux, pas assez vieux pour avoir connu les grandes guerres, les grands bouleversements, mais imbus d'idéologies socialistes : on ne sait pas ce qu'est la liberté intellectuelle, morale, spirituelle, on a toujours vécu en prison, d'une certaine façon. Nos réflexes sont uniformément basés sur des mouvements d'opinion que l'on considère, sans se poser de question, comme la vérité.
Là, à présent, ma cafetière est remplie, certes, mais pour moi seulement, elle permet de tenir dans certains travaux d'étude, de lecture, tard le soir. Lectures tout azimut, apparemment inutiles et vaines. Mais un cerveau formaté, c'est très long à "soigner".
Il faut lire, comprendre, s'instruire, remplir son chargeur comme je l'écrivais dans mon profil à la suite de Bernanos et j'écrivais ces mots sans les comprendre à l'époque; ce n'était pas moi qui écrivait d'ailleurs, pas la mère de famille,ou l'épouse ni même la femme en fait, mais quelqu'un d'autre qui parfois me parle, m'envahit de façon tellement puissante, que rien ni personne ne peut l'empêcher de s'exprimer.
Le sentiment d'urgence ne me quitte plus.
Nous sommes dans l'œil du cyclone, ai-je observé aujourd'hui à un ami virtuel (un ami virtuel! ça aussi! n'est-ce pas étrange pour quelqu'un d'aussi conformiste que moi ? Mais c'est logique aussi : on se rapproche de ceux qui entendent les mêmes sons que vous!). Je suis dans une sorte de présent immobile, le silence tombe comme une chape de plomb au milieu du bruit ambiant, de l'agitation du jour, et j'entends la rumeur lointaine du cyclone qui se rapproche... Je suis tombée à genoux, j'ai posé comme ces limiers d'autrefois ma tête contre la terre et j'ai entendu le grondement qui se rapproche.
Le sentiment d'urgence ne me quitte plus.
Je lis les courriers de ceux qui souffrent de dysfonctionnements judiciaires, d'agressions en tous genres, de meurtres, de viols, je lis leur peur, leur rage, leur abattement, leur dégout et, pire que tout, leur résignation.
Je lis aussi que tout va bien, que le cyclone s'est apaisé, qu'il est terminé.Je vois des gens qui sortent de chez eux, qui vivent comme si la tempête à venir était un leurre.Je lis des gens qui nous insultent, nous injurient : "pourquoi chercher à nous faire peur?? Vous vous faites du fric sur le dos de la crainte que vous inspirez! C'est dégueulasse d'agir ainsi! N'envoyez plus vos lettres d'info.! Je crois que vous exagérez complètement la réalité!"
Le sentiment d'urgence ne me quitte plus.
Je suis une mère de famille et une maman sent quand ses petits sont en danger. Elle crie haut et fort son angoisse et défendra jusqu'à la mort ses enfants.Mais elle ne sait pas exactement d'où vient le danger et elle guette. Voilà.
La défense, aujourd'hui, elle passe dans un armement psychologique, moral, intellectuel de première catégorie.C'est pourquoi je lis et j'éduque mes moufflets.Tentant de dévier les pièges de l'Opinion, du politiquement correct, insufflant surtout l'amour de la Vérité, envers et contre tous et tout.

Ça s'apprend, la Résistance.
Ça se conquiert, l'Espérance.

Je le répète : tenir sa maison, c'est tenir le monde.

Saint Jean-Baptiste



Zacharie, grand prêtre devant l’Eternel,

Descend au temple accomplir le rituel.

Zacharie et Elisabeth, d’Aïn-Karem,

Sans enfant, humiliés, mais à Dieu fidèles.


Dans le temple Zacharie se prosterne devant l’autel

A genoux, il baisse les yeux, offre l’encens et prie .

Se relève lentement, et soudain, debout, oh merveille,

Aperçoit l’ange du Seigneur, l’ange qui lui sourit.


« Sois en paix, mon ami, ne crains pas Zacharie.

Dieu exauce ta demande, un fils te donne le Très-Haut.

Devant le Seigneur il marchera tout empli de l’Esprit

De tous les prophètes, ce sera le plus grand, le plus beau.


Tu le nommeras Jean. Mais...je vois dans ton cœur un doute?

Ne sais-tu point qu’à Dieu rien est impossible ?

Devant ta faute, le Tout-Puissant va sur ta bouche

Poser un sceau jusqu’à la naissance de ton fils.


Tu seras muet, alors que le Précurseur deviendra

La voix qui crie dans le désert.

Plus rien tu n’entendras, alors que ton fils sera

Oreille sensible à la voix du Père.


Dans le silence, en son sein, Elisabeth accueille

Son désir le plus secret, éclatant destin,

Le petit enfant qui marchera devant le Seigneur

Pour préparer ses voies, justice enfin !


L’enfant grandit au désert à l’ombre du Très-Haut

De miel et de sauterelles il se nourrit seulement ;

L’Esprit est son pain, sa nourriture, son eau.

La clameur grandit en son sein doucement :


Je suis la voix qui crie dans le désert !

Rendez droit le chemin du Seigneur,

J’étais devant mon Dieu et je passe derrière,

Car avant moi, Il était, mon Dieu, mon Sauveur.


Il est là l’Agneau de Dieu, le Sauveur du monde

Et je ne suis pas digne de dénouer ses sandales

Pour tous les peuples noyés dans la nuit sombre

La Lumière est venue chasser les ténèbres, le mal.


Accueillez le sans réserve, soyez dans la joie, toujours.

La mienne est complète car j’ai entendu la Voix qui disait :

"Tu peux disparaître, Jean, subir ta passion, perdre la tête :

Voici mon Fils Bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon Amour."

lundi 22 juin 2009

De l'horreur du mal.

Lord Byron, si je ne me trompe, a dit en propres termes que la vertu est ennuyeuse. Ce qu'il y a d'épouvantable dans cette parole, ce n'est pas seulement la parole en elle-même, c'est tout ce qu'elle implique; c'est l'état qu'elle suppose chez celui qui la prononce; c'est l'absence d'étonnement qu'elle cause à la plupart des lecteurs. Ce n'est pas seulement ce qu'elle dit qui fait horreur, c'est ce qu'elle sous-entend. Il y a quelques pensées qui ont empoisonné dans l'humanité les sources de la vie, et l'une de ces pensées, c'est que le mal n'est pas ennuyeux; c'est que le mal est un remède contre l'ennui.
Cette illusion invraisemblable est très répandue, même au milieu de gens qui sembleraient au premier abord en devoir être préservés. Parmi les personnes vertueuses, il y en a quelques-unes, j'ai honte de le dire, qui croient que leur vie aurait plus d'intérêt, plus de variété, plus de liberté, si le mal se mêlait plus souvent au bien dans leur pratique journalière. Ces pauvres gens s'abstiennent quelquefois du mal, parce qu'ils croient devoir s'en abstenir; mais ils s'abstiennent sans le mépriser; ils s'abstiennent avec une sorte de regret.Quelquechose d'eux-mêmes reste avec lui quand ils le quittent; ils ne le désertent pas à tous les points de vue. Ils ne savent pas combien il est fade, comment il est ennuyeux. Ils n'ont pas horreur de lui.

(L'Homme d'Ernest Hello)

vendredi 19 juin 2009

Fête du Sacré Coeur de Jésus

La maison, mon âme.


Je m’en viens te retrouver, Seigneur, dans ma demeure

Après une longue absence, tu m’attendais, debout

Dans ma maison abandonnée qui

Doucement

Se meurt.


Je suis entrée et me suis arrêtée sur le seuil

Sans rien dire. Nos regards se sont croisés

Dans ma maison abandonnée qui

Doucement

Pleure.


D’un geste las, j’ai posé mon sac, ma si lourde charge

Et tu t’es empressé auprès de moi, j’étais épuisée

Dans ma maison abandonnée qui

Doucement

Mon front effleure.


J’ai fermé les yeux, un vertige m’a emportée

Virevoltante vers une couche moelleuse préparée

Dans ma maison habitée qui

Doucement

Guérit mon cœur.

Fête des pères.



Grégoire : Maman, maman, ze vais te montrer le cadeau de fête des mères pour Papa!!

mercredi 17 juin 2009

Le Bel Enfant

Comme c'est doux, comme c'est beau
A voir
Le soir
Dans quelque modeste famille
Le "bel enfant" qu'on déshabille
Petit gas ou petite fille
Avant qu'on le mette au dodo
Comme c'est doux, comme beau.

Ce n'est peut-être pas au gré
D'un tas de "fabricants" de vers
Diseurs de rien "cis'leurs" de mots
Bons rimeurs mais piètres poètes
Ce n'est peut-être pas assez
"Esthétique"! ni "littéraire"
Mais c'est pourtant rudement beau.

"Petit père" ayant tout le jour
Traqué la pièce de cent sous
Dans ce Paris cruel et fourbe
Ou bien peiné sur les dossiers
Sous l'agressive surveillance
D'un "Chef" quinteux et tracassier
Voici, voici sa récompense...

On est à la fin du repas
On fume, on rêve, on boit, on cause
Quand l'Enfant se met à bailler
(La salle à manger est bien close)
Nous allons le déshabiller
Devant l'Ami, le Familier...

La pudeur ne peut être en cause
(Il est si jeune n'est-ce pas)...
Puis un bébé nu, c'est si beau.

Donc, la Maman le prend sur elle
(Baisers goulus, tendres querelles)
Et sous le gaz ou l'abat-jour
A mon ravissement immense
L'ineffable labeur commence
Accompagné d'un chant d'amour.

_"Donne tes beaux "iers-iers" mon Ange"
Docile, car ensommeillé
L'Enfant tend ses menus souliers
Et, partis les bas ou chaussettes,
Paraissent les beaux petits pieds!

"Ah! les petons! Ah! les "papattes"
Ronds comm'petites patates
Et gras comme oisillons plumés
(La bouche s'en montre affamée)
Chers petits pieds; charmants "totos".
Aussi maman les mord et mange
Comme de bons petits gâteaux.

Puis, au reste de la toilette
Et voilà que les vives mains
Vont, viennent, volent, se propagent
Parcourent l'Enfant en tous sens
Le dépouillent des vêtements
Comme on délivre de ses feuilles
Un gros bouquet de fleurs des champs.

Alors, peu à peu s'en dégage
Le cou portant à sa naissance
Le beau collier d'ambre à gros grains
Vient la suave épaule blanche
Que suit le beau petit bras rond
Au coude orné de sa fossette
Le beau petit "bra-bras" dodu
Pénible à tirer de la manche.

Là, Maman, j'admire vos Mains
Vos Mains, savantes et légères
Lorsque, sans peur de le casser
Comme un bibelot d'étagères
Vous tripotez et pétrissez
Le Petit Animal Humain!

Et m'enivre du doux parler
Que forment vos tendres paroles
Ce "bébaiement" délicieux
Aux diminutifs gracieux
Analogue au babil créole!

Enfin, debout et soutenu
Près de ses mignonnes mamelles
Par les bonnes mains maternelles
Râblé, poli, frais, propre et beau
Voici l'Enfantelet tout nu
Potelé comme un angelot.

Avec ses petits reins cambrés
Les fermes pommes de ses fesses
Ses doux membres cerclés de graisse
Son ventre et son pubis bombés
Comme c'est doux, comme c'est beau.

Et puis, avant qu'Elle lui passe
Sa longue chemise de nuit
Semblable aux Vierges des Eglises
Qui présentent "l'Enfant Jésus"
Maman se levant, le ramasse
Et me l'apporte, bras tendus
Me l'apporte, me le confie
Sachant bien, dans sa charité
Que les seuls "enfants" de ma Vie
Sont "Solitude" et "Pauvreté"

Et dit ces mots de bonne grâce :
"Maintenant qu'on est dévêtu
Il faut aller dire : bonsoir
A notre ami "Jehan Rictus".

Et voilà qu'autour de mon cou
Deux jolis bras d'amour se nouent
Voilà que près de mon oreille
Et dans ma barbe qu'elle effleure
Une bouchette en chair et en fleur
Balbutiante de sommeil
Me souffle : "Bonsoir mon "ictus"!

Alors je sens mon vieux coeur fondre
Comme une neige de printemps
A peine si je peux répondre
A la caresse de l'Enfant,

Et tandis que Maman l'emporte
Dans le nid de laine ou de soie
Je m'en vais pour ne pas qu'on voie
Outre mon trouble et ma pâleur
Qu'un lait tiède et salé, sans doute
Déjà perle en tremblante gouttes
Au sein gonflé de ma Douleur.

Jehan Rictus (1867-1933)

mardi 16 juin 2009

De l'Espérance désespérée.



"L'optimisme est un ersatz de l'espérance, qu'on peut rencontrer facilement partout, et même, tenez par exemple, au fond de la bouteille. Mais l'espérance se conquiert. On ne va jusqu'à l'espérance qu'à travers la vérité, au prix de grands efforts et d'une longue patience. Pour rencontrer l'espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va au bout de la nuit, on rencontre une aurore."


Mais l'espoir lui-même ne saurait suffire à tout. Lorsque vous parlez de "courage optimiste", vous n'ignorez pas le sens exact de cette expression dans notre langue et qu'un "courage optimiste" ne saurait convenir qu'à des difficultés moyennes. Au lieu que si vous pensez à des circonstances capitales, l'expression qui vient naturellement à vos lèvres est celle de courage
désespéré, d'énergie désespérée. Je dis que c'est précisément cette sorte d'énergie et de courage que le pays attend de nous."

(Bernanos, "La liberté, pour quoi faire?")

Interview avec Alain Laurent

Interview d'Alain Laurent
là : http://lajoiedujour.blogspot.com/2009/06/alain-laurent-la-societe-ouverte-et-ses.html

et là : http://lajoiedujour.blogspot.com/2009/06/repenser-la-planete-finance-regards.html

dimanche 14 juin 2009

Dimanche 14 Juin : Fête du Sacrement du Corps et du Sang du Christ.


L’enfant et l’Hostie



A la messe, dimanche, le prêtre a consacré l’Hostie.

Et Jésus est venu dans le pain, et Jésus, c’est le vin.

L’enfant, à genoux avec sa mère, regarde et sourit :

« Jésus est venu rien que pour toi, te voir, petit poussin. »

samedi 13 juin 2009

Rester vivant, lire. De la lecture de Villa Vortex et American Black Box de Dantec.

re-re-re-re publication pour l'anniversaire de Dantec,

13 juin 2009
















Deux jours de voiture avec la lecture en parallèle de Villa Vortex et American Black Box. Les rares fois où j'ai pris le volant, j'ai vu ma vie défiler avec celle de mes enfants ( deux accidents évités de justesse) et mon cher mari a fini par me dire : "tu lis, je conduis."Le Diable était enragé... Depuis que je lis Dantec, je suis comme Kernal dans Villa Vortex : je découvre "la théorie", c'est à dire je lis et ces lectures deviennent une forme d'arme absolue. Je n'en avais pas conscience tout en en ayant très vaguement l'intuition depuis toujours. Maintenant la question : pourquoi une mère de famille ? Je n'ai pas de réponse. Ecoutez donc cela :
"J'étais devenu un combattant de la Théorie, un moine-soldat, le guerrier d'une armée secrète, sans nom et sans visage, le réseau de la nuit, l'armée des morts." (Villa Vortex, Folio S.F. p321). Je continue :" Mon cerveau : une usine à cartes, un monstre machinique qui s'étoilait tel un réseau par-dessus le monde en son entier, une gigantesque toile d'araignée qui traçait et retraçait les parcours virtuels d'auteurs probables de crimes qui n'existaient pas."
"J'étais devenu un appendice de la bibliothèque de Wolfmann. Un appendice qui se nourrissait de ce qui le dévorait, c'était assez paradoxal tout ça, mais je m'y étais fait, aux paradoxes."
Voilà, X cherche des portraits ? en voilà un : le mien. Mettez au féminin la citation ci-dessus et le tour est joué. Je ne suis pas enchantée de cette transformation, c'est très angoissant mais je n'ai pas le choix. Alors je lis. Tout. Le jour, je travaille et je m'occupe de mes enfants, je suis une mère de famille. La nuit, en voiture, en vacances, je lis. C'est à dire j'oppose à ce monde qui est le mien et qui se désagrège une forme de rec-tification et de re-construction. Singulière.Et à chaque commentaire de l'un d'entre vous, commentaire unique et singulier, le monde se rec-tifie, me semble t-il.
J'ai esquivé le combat pendant 15 ans. Je n'ai pas ouvert un livre digne de ce nom pendant 15 ans. Mais maintenant, je ne peux plus esquiver quoi que ce soit. J'ai lu dernièrement L'obscurité du dehors de Cormac MacCarthy. Une lecture entière pour une seule phrase que je me suis prise dans la tronche
"Vous avez peur toute seule ? Un peu. Des fois. Pas vous ? Oui m'dame. J'ai toujours eu peur. *Même quand y avait personne d'assassiné nulle part."
Alors, bon, j'ai toujours peur, n'est ce pas, mais je témoigne quand même. "Ce qui compte, Kernal, c'est la connaissance. Ce qui compte c'est la poursuite de la Théorie." (P327) "La lecture du livre ne me fut évidemment d'aucun secours sur le plan concret entendu comme tel par nos supérieurs, ce n'était pas ce qu'escomptait Wolfmann au demeurant, sans doute voyait-il déjà plus loin que ce qui pendait au nez."(P328)
C'est pas gagné ma petite dame, allez-vous me dire...Non, ça n'est pas gagné surtout avec des lectrices aussi pauvrement armées intellectuellement!!

"Au fil des kilomètres mon cerveau s'engage dans une lutte contre l'entropie, au fil des kilomètres il redéfinit de nouveaux contours, de nouvelles possibilités, de nouvelles questions." (P335; ça, c'était cette après midi en bagnole; en fait, c'est tout le temps.)
"Vous n'êtes pas habitué. Vous manquez de discipline" dit Wolfmann au pauvre Kernal qui se tue à la tâche (la lecture).Il lui propose de la méthédrine. Excellent pensais-je en moi-même mais c'est pas le top du top. Vous voulez connaître la meilleure des drogues ? Ah! Ah! Voyons! réfléchissez! Que peut-être la meilleure des drogues pour une mère de famille? Ses enfants, bien sûr. La vraie, la seule, l'unique drogue qui fait qu'on peut tenir une nuit entière sans dormir , que l'on peut se battre contre plus fort que soi et le battre bien sûr...
Je continue : "En tous cas, une chose était sûre désormais : devenir, tout en l'écrivant, le personnage d'un roman non écrit, revenu par miracle du trou noir de l'Europe, me paraissait nettement plus enthousiasmant que de vivre sans fin cette réalité, dite " quotidienne" et saccagée par la petitesse des rêves....Le LIVRE AURAIT RAISON DU MONDE" ( P602; c'est moi qui ai grossi la taille des lettres.)

En quoi lire tel ou tel livre de Dantec est essentiel demande benoîtement X.Essentiel ? VITAL me parait plus approprié. Je vous livre un passage de ce livre extraordinaire, La source vive, d'Ayn Rand, ( dont je vous parlerai peut-être un jour car toutes mes lectures se recoupent et forment une carte du monde :" L'Enigme du Code m'obsédait" ( Villa Vortex P518 ) )

"Il se demanda pourquoi il éprouvait comme un sentiment d'attente. L'attente d'une explosion au-dessus de leurs têtes. Cela lui parut d'abord stupide, puis il comprit. C'est exactement ce que doit ressentir, se dit-il, un homme terré dans un trou d'obus. Cette chambre n'est pas simplement le témoignage d'extrême pauvreté, elle est l'aboutissement d'une guerre, dont les dévastations sont plus terribles encore que celles que peuvent causer les armes de tous les arsenaux du monde. C'est une guerre contre un ennemi qui n'a ni nom, ni visage."

Un livre, en l'occurrence un livre de Dantec, peut provoquer une forme de déflagration nucléaire dans un cerveau. C'est ce qui s'est passé pour moi. J'espère que ce type de déflagration s'opérera dans des cerveaux mieux constitués que le mien. D'un autre côté, il est écrit quelque part dans le Livre :"Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits." ( Matthieu, 11; v. 22)

"All the secrets are in the black box, but the secret itself is the black box.
Car ici cet endroit ne peut apparaître que pour vous seul. Je ne parle pas de la version vulgaire et "individualiste" de ce qu'il est convenu d'appeler l'American Dream...ni de sa figure dialectique millérienne du "Cauchemar climatisé"...Non je parle d'un "endroit"vraiment singulier, disons d'un nexus du temps et de l'espace qui vous apparaît, pour vous et vous seul, expérience intransmissible et qui s'annonce telle, alors même que vous vous y attendiez le moins."
( American Black Box, p457

Un livre de Dantec ? Qu'est ce que cela provoque en nous qui sommes des "TETE DE LECTURE EXPERIMENTALE" ( Villa Vortex, p 831).Une déflagration nucléaire...Mais encore? avez-vous l'audace de demander, comme des enfants qui ne doutent de rien et veulent toujours plus...Dantec répond : "C'est en toi, tête de lecture, que devait se dérouler l'expérience de la narration, c'est toi qui étais visé en premier lieu par ce voyage aux confins de notre infra-monde en errance..." "C'est toi qui a pérégriné de mondes en mondes, qui ne sont qu'un seul, le nôtre."
Qu'avons nous gagné à cette pérégrination infinie, continuez vous de demander avec l'inconscience qui caractérise les enfants, car vous êtes des enfants et des enfants très spéciaux, n'est ce pas ?
"J'espère que tu auras compris que cette mort biologique partielle n'est que le prix à payer pour que l'économie du Don en toi, peut-être, se fasse jour." ( p 835)
Oui, j'espère aussi que le Verbe vous parle de l'intérieur maintenant que vous avez refermé le livre.

Paul Gadenne, "Baleine"

« Nous sommes tout petits, Pierre, c’est vrai ; sans aucun pouvoir, c’est vrai ; mais cela, nous si petits et si impuissants, nous le pouvons. Nous le pouvons, reprit-elle. Les plus petits des hommes peuvent faire cela – un petit effort sur eux-mêmes…

Je sentis, à travers l’obscurité, la force de son regard.

- La vraie foi, dit-elle, cela doit ressembler aux atomes : il suffit qu’il y en ait un qui éclate…(…)

- Assurément, dis-je, c’est cela qui changerait le cours du monde. »

(Pour Charles; 13 juin 1980-13 juin 2009)

mercredi 10 juin 2009

Commentaires d'un prof.

- « La cigarette est un sujet encore brûlant… »
- « Si je me jette par la fenêtre parce que j’en ai envie, j’ai aussi un objectif. »
- « B. vous êtes très très très loin… »
- « Alexandrie devint la ville phare. »
- « Phyrron ça s’écrit comme ça se prononce, avec un h, un y et deux r. »
- « Pas la Star, mais l’Académie, la vraie. »
- « De nos jours, les femmes ne sont plus ce qu’elles étaient. »
- « Je n’ai aucune compassion. »
- « C’est comme si vous passiez devant chez Starbucks et que vous vouliez vous commander un cheesecake chocolat blanc-framboise… »
- « Comme les cerveaux ne s’achètent pas en solde, il faut faire avec celui qu’on a. »
- « Qui est le connard qui fait du bruit comme ça ? »
- « L., vous avez un rire pas très discret. »
- « On va parler de sexe. »
- « L’harmonie des corps, c’est plus simple, ça s’emboite assez bien. »
- « D. c’est bien, vous avez fait le beau, maintenant vous pouvez arrêter. »
- « Là on a un homme qui a l’air tout à fait libre, N. si vous pouviez le mettre dans votre cartable… » [à propos du calendrier des dieux du stade]
- « L., votre voisin a toujours tendance à s’approcher de votre oreille… je dis pas que c’est pour mettre sa langue dedans mais bon ! »
- « J., allez ramasser les cartouches que vous avez lancées, et après mangez-les. »
- « L.et Q.vous faites concurrence en matière de longueur de cheveux… »
- « F., si le soleil vous tape sur le système allez ailleurs. Déjà que le cerveau est assez ramolli… »

Mettre un visage là où il n’y en a plus.


Ecrit à partir de la terrible photo de Pasolini mort publié sur ILYS.

Le titre est une réflexion d'XP.


« L’espace vient, s’approche et cherche à me dévorer. Il y a un petit bruit au centre de la pièce. Les fantômes sont là, ils constituent l’espace, ils m’entourent. Ils se nourrissent des yeux crevés des hommes. » (La possibilité d’une île, Houellebecq)



La face écrasée en sang, le visage renversé

Les trous noirs des yeux crevés tournés

Non pas vers le ciel mais vers le néant le plus

Effrayant, je vois le visage qui n’est plus.


Je songe que sa mère a contemplé et scruté

Jusqu’à la passion, jusqu’aux plus infimes détails

Ce visage, ce beau visage d’homme écrasé

Toute sa vie de mère, sa seule vraie bataille


Je songe que son père a façonné et taillé

Avec patience et dureté, jour après jour

Ce visage presque parfait, celui de l’amour

Porté sans faille, une belle sculpture édifiée


Je songe en observant jusqu’à la nausée

Ce visage crucifié, horriblement défiguré

Je songe que c’est la douleur éprouvée

Qui lui rend toute sa noblesse et sa beauté.


Je voudrais prendre comme la sensible Véronique

Au Golgotha un doux tissu, bien fin, tout léger

Et d’une caresse pleine d’amour et trempée

De mes pleurs, essuyer l’Adorable Face Unique


Du Crucifié, de mon Dieu que j’ai souffleté et broyé

Par pensée, par parole, par action et par omission

Je voudrais enlever chaque poussière incrustée

De tous les visages, de toutes les âmes en perdition.


Dévoiler sous le masque noir de la Négation

L’éclat magnifique de la Transfiguration.

dimanche 7 juin 2009

Première lecture de Céline

1. Je ne saurais dire ce qui m'incite à porter en écrit ce que je pense.
2. A celui qui lira ces pages.
3. cette triste soirée de novembre me rapporte à treize mois plus tôt au temps de mon arrivée à Rambouillet, loin de me douter de ce qui m'attendait dans ce charmant séjour. Ai-je donc beaucoup changé depuis un an, je le crois....
5. car la vie de quartier au lieu de me plonger dans une rage... avec la tristesse avec état... à langueur [?] état d'où je ne sortais alors que l'esprit bourrés de résolutions, hélas, jamais réalisables, alors qu'aujourd'hui
7. complètement façonné à la triste vie que nous menons je suis empreint d'une mélancolie dans laquelle j'évolue comme l'oiseau dans l'air ou le poisson dans l'eau.
Je n'ai jamais fait preuve d'érudition en aucune manière aussi
9. ces notes qui sont comme on peut juger d'une pâleur diaphane ne sont que purement personnelles et c'est à seule fin de marquer dans ma vie une époque (peut-être remplie) la première vraiment pénible que j'ai traversée, mais peut-être pas la
11. dernière. C'est au hasard des jours que je remplis ces pages. Elles seront notées et empreintes d'un état d'esprit différent selon les jours ou les heures car depuis mon incorporation j'ai subi de brusques sautes physiques et morales.
13. 3 octobre - Arrivée - Corps de garde rempli de sous-offs aux allures écrasantes. Cabots esbroufeurs. Incorporation dans un peloton le 4e Lt Le Moyne bon garçon, Coujon [?] méchant faux comme un jeton-
15. le Baron de Lagrange [?] (officier sincère et bon mais légèrement atteint au moral par une nervosité et sujet à attaques dont il faudrait je crois rechercher les causes dans les libations excessives de la jeunesse).
17. C'est entouré de cet état-major bigarré que je fais mes premiers pas dans la vie militaire. Sans oublier Servat un ancien cabot cassé... faux et brute, mêlant à un bagout de méridional vantard
19. une roublardise et un égoïsme étrange. Aucune gentillesse ne lui sera trop et combien de fois j'ai mêlé à mes ennuis particuliers les siens ou ceux que je crée pour lui ou pour lui en éviter.
21. Depuis les dettes jusqu'aux vols dont je ne voulais pas m'apercevoir mêlé à tout cela une nostalgie profonde de la liberté, état peu préparatoire à vous faciliter une instruction militaire.
23. Que de réveils horribles [angois] [?] qui aux sons si faussement gais du trompette de garde vous présentent à l'esprit les rancœurs et les affres de la journée d'un bleu.
25. Ces descendes aux écuries dans la brume matinale. La course sarabande des galoches dans l'escalier la corvée d'écurie dans la pénombre. Quel noble métier que le métier des armes. Au fait les vrais sacrifices consistent
27. peut-être dans la manipulation du fumier à la lumière blafarde d'un falot crasseux ? ... Au cours des élèves brigadiers pris en grippe par
29. un jeune officier plein de sang en butte aux sarcasmes d'un sous-off' abruti ayant une peur innée du cheval je ne fis pas (longtemps) long feu et je commençais sérieusement à envisager la désertion qui devenait la seule échappatoire de ce calvaire.
31. que de fois je suis remonté du pansage et tout seul sur mon lit, pris d'un immense désespoir, j'ai malgré mes dix-sept ans pleuré comme un première communiante. Alors j'ai senti que j'étais
33. vide que mon énergie étais de la gueule et qu'au fond de moi-même il n'y avait rien que je n'étais pas un homme je m'étais trop longtemps cru tel peut-être beaucoup comme moi avant l'âge peut-être beaucoup
33. le croient encore quoique plus vieux et en les mêmes circonstances sentiraient aussi leurs coeurs partir à la dérive comme bouteille à la mer ballottée par la vague les injures
37. et le croyance que cela ne finira jamais alors là vraiment j'ai souffert aussi bien du mal présent que de mon infériorité virile et de la constater. J'ai senti que les grands discours que je tenais un mois
39. plus tôt sur l'énergie juvénile n'étaient que fanfaronnade et qu'au pied du mur je n'étais qu'un malheureux transplanté ayant perdu la moitié de ses facultés et ne servant de celles qui restent
41. que pour constater le néant de cette énergie. C'est alors dans le fond de mon abîme que j'ai pu me livrer aux quelques études sur moi-même et sur mon âme que l'on ne peut scruter je crois
43. à fond lorsqu'elle s'est livrée combat. De même dans les catastrophes on voit les hommes du meilleur monde piétiner les femmes et s'avilir
45. comme le dernier des vagabonds. De même j'ai vu mon âme se dévêtir soudain de l'[?] illusion de stoïcisme dont ma conviction l'avait recouverte pour ne plus que sa pauvre... en combat avec la triste réalité pour laquelle je... [?]
47. Qu'est-il au monde de plus triste qu'une après-midi de décembre un dimanche au quartier ?
Et pourtant cette tristesse qui me plonge dans une mélancolie profonde il me
49. coûte d'en sortir et il me semble que mon âme est amollie que je peux seulement en de telles circonstances me voir tel que je suis. Suis poétique non ! je ne le crois pas seul
51. un fond de tristesse est au fond de moi-même et si je n'ai pas le courage de le chasser par une occupation quelconque il prend bientôt des proportions énormes
53. au point que cette mélancolie profonde ne tarde pas à recouvrir tous mes ennuis et se fond avec eux pour me torturer en mon for intérieur.
55. Je suis de sentiments complexes et sensitif la moindre faute ou de délicatesse me choque et me fait souffrir car au fond de moi
57. même je cache un fond d'orgueil qui me fait peur à moi-même je veux dominer non par pouvoir factice comme l'ascendant militaire mais je veux que
59. plus tard ou le plus tôt possible être un homme complet, le serai-je jamais, aurai-je la fortune nécessaire pour avoir cette facilité d'agir qui vous permet de vous éduquer. Je veux obtenir par mes propres
61. moyens une situation de fortune qui me permette toutes mes fantaisies (Hélas) serai-je éternellement libre et seul ayant je crois le coeur trop
63. compliqué pour trouver une compagne que je puisse aimer longtemps. Je ne le sais pas. Mais ce que je veux avant tout c'est vivre
65. une vie remplies d'incidents que j'espère la providence voudra placer sur ma route et ne pas finir comme ayant placé un seul pôle de continuité
67. amorphe sur cette terre et dans une vie dont ils ne connaissent pas les détours qui vous permettent de se faire une éducation morale
69. si je traverse de grandes crises que la vie me réserve peut-être je serai moins malheureux qu'un autre car je veux connaître et savoir
70. en un mot je suis orgueilleux est-ce un défaut je ne le crois et il me créera des déboires ou peut-être la Réussite." (Les carnets du cuirassé Destouches, dans A l'agité du bocal)


samedi 6 juin 2009

Je meurs de ne pas mourir


Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Poésie « Vivo sin vivir en mí » (trad. OC, Cerf, 1995, p. 1221)

« Elle a tout donné »


Je vis mais sans vivre en moi ;
Et mon espérance est telle
Que je meurs de ne pas mourir.

Je vis déjà hors de moi
Depuis que je meurs d'amour ;
Car je vis dans le Seigneur
Qui m'a voulue pour lui.
Quand je lui donnai mon coeur,
Il y inscrivit ces mots :
Je meurs de ne pas mourir...

Ah ! qu'elle est triste la vie,
Où l'on ne jouit pas du Seigneur !
Et si l'amour lui-même est doux
La longue attente ne l'est pas ;
Ôte-moi, mon Dieu, cette charge
Plus lourde que l'acier,
Car je meurs de ne pas mourir.

Je vis dans la seule confiance
Que je dois un jour mourir,
Parce que, par la mort, c'est la vie
Que me promet mon espérance.
Mort où l'on gagne la vie,
Ne tarde pas, puisque je t'attends,
Car je meurs de ne pas mourir.

Vois comme l'amour est fort (Ct 8,6);
Ô vie, ne me sois pas à charge !
Regarde ce qui seul demeure :
Pour te gagner, te perdre ! (Lc 9,24)
Qu'elle vienne la douce mort !
Ma mort, qu'elle vienne bien vite,
Car je meurs de ne pas mourir.

Cette vie de là-haut,
Vie qui est la véritable,
‒ Jusqu'à ce que meure cette vie d'ici-bas –
Tant que l'on vit on n'en jouit pas.
Ô mort ! ne te dérobe pas.
Que je vive puisque déjà je meurs,
Car je meurs de ne pas mourir.

Ô vie, que puis-je donner
À mon Dieu qui vit en moi
Si ce n'est de te perdre, toi,
Pour mériter de le goûter !
Je désire en mourant l'obtenir,
Puisque j'ai si grand désir de mon Aimé
Que je meurs de ne pas mourir.

jeudi 4 juin 2009

Cool



"Qu'est-ce que c'est que t'as jamais fait de plus courageux ? Il envoya sur la route un crachat sanglant. Me lever ce matin, dit-il."
(La Route, Cormac McCarthy)


Levée péniblement à 7h, je prépare le petit déjeuner de mes petits que je réveille dans la foulée... Oh, s'enfouir dans le cou d'un enfant qui dort encore... J'embrasse, je réveille doucement, je glisse une main tendre sur une petite joue toute chaude de sommeil, j'observe les petits sourires qui naissent alors que les yeux sont encore fermés, parfois les moues boudeuses des plus grands qui pensent déjà à l'interro de maths qui va poser problème...
Tout ce petit monde bruyant descend plus ou moins vite à la cuisine, se dispute le pot de beurre, le pot de confiture, la dernière tartine grillée... Je lis rapidement quelques messages envoyés dans la nuit, je me prépare pour le travail, je range le petit-déjeuner, prépare un sac de sport, signe des papiers, cours derrière celui qui n'a pas fait son lit, rappelle un autre qui ne s'est pas lavé les dents, nettoie une salle de bain, aère quelques pièces, bref la mécanique est bien huilée.

Dans la voiture, lecture des évangiles du jour : en ce moment, l'histoire de Tobie et de Sarah; cette dernière, après sept mariages qui ont provoqué la mort mystérieuse de ses sept maris se trouve bien maudite.Elle rencontre Tobie lors d'un repas et c'est le coup de foudre :
Tobie dit au père de la jeune femme à peine entre-aperçue : « Je ne mangerai pas ici aujourd'hui, et je ne boirai pas, si tu n'accueilles pas ma demande, et si tu ne me promets pas de m'accorder ta fille Sarah !" Le père et la fille sont épouvantés! Tobie va "finir" comme les sept autres maris! Morts avant même d'avoir pu consommer leur union! Mais Tobie connaît la parade, le secret de son salut : "Quand ils furent dans leur chambre, Tobie adressa à la jeune femme cette exhortation : « Sarah, lève-toi. Nous allons prier Dieu aujourd'hui, demain et après-demain. Pendant ces trois nuits, c'est à Dieu que nous sommes unis, et quand la troisième nuit sera passée, nous consommerons notre union."Nous sommes les descendants d'un peuple de saints, et nous ne pouvons pas nous unir comme des païens qui ne connaissent pas Dieu."

C'est donc là le secret de la réussite ? Le secret de l'Occident chrétien ? Pour qu'il survive, il ne doit pas oublier qu'il est issu d'un peuple de saints, suis-je en train de songer en doublant quelques tacots en perte de vitesse.
Je largue 6, 7 enfants et prends le chemin du travail : je réponds au courrier d'une petite association qui traite de dysfonctionnements judiciaires graves.La partie courrier se situe chez ma présidente et bonne amie, elle-même mère de 5 enfants. En arrivant chez elle, je tombe sur son mari paniqué, un bébé dans les bras, une petite à la main; les autres moufflets suivent, cartable sur le dos. C'est la déroute : la maman est coincée dans le dos, dans l'incapacité absolue de bouger : je prends tout le monde dans la bétaillère dépose qui à la gare, qui à l'école; j'embrasse et encourage quelques petits déboussolés par ce matin sans maman et reviens faire un marché pour la famille en détresse : le courrier attendra...
Un de nos "grands témoins" arrive, café, courrier à gérer avec lui, la présidente à requinquer et à nourrir dans son lit.

Les courriers justement : " Je ne crois plus en la justice de mon pays, c'est trop tard". Trouver les mots de l'espérance et du combat, trouver les mots d'encouragement, de regret de ne pouvoir faire plus, de remerciement pour un don généreux.
Et les mots, en lettres de feu dans mon esprit et mon cœur : "trop tard, trop tard, trop tard!!!"
Je repars en fin de matinée, mon ado. à retrouver et à nourrir avant qu'il ne ravage la cuisine à la recherche d'une bonne bouffe, comme font tous les jeunes... J'arrive, récupère mon ainé sur le toit de la maison (?! ?!) : "ben, tu comprends maman, le toit, c'est le seul endroit où mon portable capte...
Cool m'man t'inquiète pas m'enfin!"
Cool donc. Cool...

Je nourris le fauve et prends le temps d'ouvrir mon ordinateur : quelques textes chez ILYS ou Xyr pour se détendre, réfléchir un peu. Chez ILYS, la tronche écrasée de Pasolini mort, chez Xyr une bonne scène de viol et torture tirée d'Orange mécanique!
Cool donc... Cool!
J'ai envie tout à coup de balancer mon ordinateur par la fenêtre, de me dévisser le cerveau qui me chante : "trop tard, trop tard", je ferme les yeux un instant.
Chez Vertumne, quelques messages pour expliquer que le catholicisme c'est de la daube, chez YLIS, certains expliquent que les juifs, c'est quand même la cause de tout ce mal dans le monde. On est content là, tout à coup, on se sent très con et très seul avec ses certitudes et sa foi que l'on porte à bout de bras certains jours. Elle pèse étrangement, cette foi, on ne sait pas quoi en faire et curieusement :

c'est nous, cette Foi, notre corps, notre cœur, notre âme.
"Je veux être avec toi.
Tu ne peux pas.
S'il te plaît.
Tu ne peux pas. Il faut que tu portes le feu.
Je ne sais pas comment faire.
Si tu sais.Il existe pour de vrai ? Le feu ?
Oui, pour de vrai.

Où est-il ? Je ne sais pas où il est.
Si, tu le sais. Il est au fond de toi. Il y a toujours été. Je le vois."
(La Route, Cormac McCarthy)
Cool donc.. Cool.

Dans l'après-midi, cinq gâteaux et une ribambelle de petits fours à préparer pour une fiesta ce week-end, préparer quelques conduites pour soulager la copine coincée, organiser la récupération de son bébé pour la semaine, ça ne fera que neuf enfants à gérer après tout, qu'est-ce cela peut faire, un de plus ?
Le soir arrive, les enfants ont fait leurs devoirs peu ou prou, il fait trop beau dehors pour apprendre sa poésie, ils ont pris une douche ou fait semblant comme d'habitude, ils ont dîné. Je range du linge, prépare la énième machine de la journée.
Cool donc...Cool.
Tenir sa maison, c'est tenir le monde.
D. rentre enfin, j'entends sa voiture qui s'engouffre dans le garage. Je le retrouve sur le seuil :
Son visage justement,un regard, un unique regard d'amour, son regard d'attentive bonté, son sourire tranquille.

"Mettre un visage là où il n'y en a plus" m'explique XP à propos de Pasolini sans visage sur ILYS.


Cool.

mercredi 3 juin 2009

"La liberté pour quoi faire ?" (Bernanos)

"Nous trouvons même pénible d'être des hommes -des hommes, des vrais, avec leur propre corps, leur propre sang, bien à eux; nous aspirons à être des espèces d'hommes universels imaginaires. Nous sommes mort-nés et il y a d'ailleurs longtemps que nous ne naissons plus de pères vivants, et ça nous plait de plus en plus. Nous y prenons goût. Bientôt, nous inventerons un moyen de naître d'une idée." (Dostoïevski, Les carnets du sous-sol)


Écrit l'année dernière et 2 ème rediffusion de cette réflexion :


Comment retrouver les valeurs de l'Occident, nos valeurs.
A la source de la liberté.

"Quelles solutions pour accomplir ce revirement *maintenant* ?".

En effet, nous pouvons avoir une prise de conscience actuelle, et dans le meilleur des cas diffuser cette prise de conscience, et faire en sorte que les prochaines générations ne reproduisent pas les mêmes erreurs. Mais pour celles d'aujourd'hui, sont-elles à tout jamais perdus ? Le risque, à mon sens, est que tout effort fourni afin de construire un meilleur futur soit laminé par les dégâts du présent.

Bon : quelles solutions pour accomplir ce revirement maintenant ? HIC ET NUNC , ici et maintenant. Pas dans 10 ans, pas demain, mais maintenant, ici et maintenant.

Je reprends avec délices Chantal Delsol : "comment tirer leçon des expériences tant que la conscience occidentale demeure habitée par la nostalgie de l'utopie ?"
Delsol part du constat que l'homme moderne n'a pas commencé sa critique des utopies nazi et communiste qui ont pourtant ravagé le XXème siècle.
"A ce jour, les victimes innombrables de l'utopie communiste ne laissent qu'une mémoire gênante, gênante pour convaincre de mettre en oeuvre les utopies à venir. Les complices des crimes n'ont pas réussi à les cacher, mais ils les ont dénués de signification, ils en ont fait des évènements de hasard, rattachés à rien."
Pourquoi ce manque de volonté à se remettre en question ? pire qu'un manque de volonté, il subsiste une nostalgie de toutes ces utopies c'est à dire l'envie d'y croire à nouveau, l'envie d'y revenir.
La modernité tardive croit encore que nous pouvons faire n'importe quoi de l'homme, mais à condition que cela se réalise dans la liberté : le travail idéologique est toujours à l'œuvre...Naturellement le totalitarisme est monstrueux par la terreur qu'il exerce, mais la racine de son erreur est tout aussi effrayante : la certitude qu'en ce qui concerne l'homme, "tout est possible".
Alors ce revirement ? pas possible tant que nous aurons au plus profond de nous la nostalgie utopique de constituer une forme d'humanité parfaite sur terre, grâce à tel ou tel système idéologique dit "infaillible".
Deuxième écueil qui nous empêche de trouver des solutions pour un revirement :
"Aujourd'hui, la débâcle des utopies a laissé intacte cette détestation du monde présent. "

En fait, on oscille entre deux attitudes : la nostalgie des utopies nazi et communistes car, pense t-on , on peut encore créer un monde parfait, une civilisation parfaite ("les idéologies vénéraient un homme abstrait") et la haine de ce monde qui a tout foiré :
"Parce que ni les utopies ni le progrès sacralisé n'ont tenu leurs promesses, parce qu'ils ont offert, au lieu du paradis promis, tantôt des serpents et tantôt de nouvelles médiocrités, se manifeste une sorte de fuite au néant, une volonté dépitée de suicide. Plutôt rien que cette imperfection promise désormais pour toujours." on va non seulement avoir une envie de perfection utopique et illusoire mais dénigrer ( non plus par la terreur comme au temps des cocos. ou des nazis, mais plus par le mépris ou la moquerie ) ce monde qui est le nôtre et tout ce qui le constitue : les religions, par exemple, les institutions, les projets politiques. " Nous n'aimons pas la vie. Nous n'aimons que notre révolte."

Et c'est là que ça devient carrément intéressant :
lisez cette phrase, c'est la bombe du bouquin, c'est la mèche qui s'enflamme, c'est l'explosion assurée, c'est la clé de l'ouvrage, c'est la solution pour un revirement, ici et maintenant.

"UN HUMANISME VERITABLE SERA CELUI QUI AIME CET ÊTRE INACHEVE, HABITANT DEFINITIF DE L'HISTOIRE"

Bon reprenons : solution pour un revirement : je ne sais plus qui a parlé de "culture", en terme de solution. C'est le terme repris par Delsol qu'elle explicite ainsi :
" il lui faut ( à l'homme ) produire un monde culturel, ou devenir un barbare. Ainsi, le plus grand danger pour lui est désormais de nier sa propre finitude."et : " l'homme qui est dans l'incapacité d'être membre d'une communauté, ou qui n'en éprouve nullement le besoin parce qu'il se suffit à lui-même, ne fait en rien partie d'une cité, et par conséquent est une brute ou un dieu." ( Aristote)

Donc, solutions pour un revirement maintenant : éviter de détruire toute anthropologie culturelle ( ce qui dans les totalitarismes en vient à éliminer l'homme tout court ) et ne pas créer du vide en matière de monde culturel. Or, il nous faut accepter, en matière de monde culturel que
"si chaque monde répond à l'insuffisance de l'homme en lui proposant des réponses aux questions de l'existence, en donnant sens à son inquiétude, les réponses données par chacun des mondes culturels demeurent fragmentaires et, d'une certaine façon, relatives. Aucune culture ne peut prétendre atteindre l'universel, ni découvrir la pure vérité capable de résoudre les problèmes humains."

Est-ce à dire qu'il faille nier l'importance vitale de la création de ces mondes culturels qui façonnent l'identité humaine, ( rien que ça ! ) sous prétexte qu'ils sont imparfaits ?? Non, 10 fois non, car la finitude, l'imperfection humaine, sa forme inachevée fonde cette identité, son essence, son être même. La nier, c'est tomber dans l'utopie de la perfection et c'est détruire l'homme.
"Le monde commun contemporain se voit brisé non par la violence de luttes entre des réponses divergentes, comme il arrivait autrefois avec les guerres de religion, mais par le retrait de chaque individu hors des réponses culturelles à l'interrogation qui révèle l'humanité, et plus profondément, par le retrait hors de cette interrogation elle-même."
Autrement dit, continuer à s'interroger, c'est créer ces mondes culturels imparfaits qui permettent de répondre non pas à toute inquiétude métaphysique ( sens de notre existence, "qu'est ce que je fous sur terre, par exemple " ) mais à accepter cette inquiétude métaphysique comme faisant partie de notre être même. " Je ne puis défendre les postulats de la culture commune que si j'accepte le caractère toujours incertain des vérités humaines. Ces postulats ne visent pas à m'éviter l'inquiétude mais à la rendre signifiante. Je ne puis donner ou recevoir que si je connais mes carences."

"La blessure de la finitude est cela même qui fonde la personne dans sa dignité. l'homme est grand non pas quand il a résolu ses questions, mais parce qu'il doit les assumer."

Solution pour un revirement : ne pas rejeter l'interrogation - c'est être alors un barbare - ne pas s'imaginer avoir trouver La solution par un système parfait et utopique - c'est se considérer comme un dieu - continuer à s'interroger, demeurer dans cette création de mondes culturels, c'est à dire dans cette finitude qui est notre faiblesse, notre grandeur, notre être.


Liberté, autonomie, Delsol, Dantec, suite et fin
Dernière intervention à propos de Delsol et de la liberté, source d'autonomie et d'identité singulière, promis, juré, je vous gonfle plus avec :
Question de X
" Ha si quelque chose me vient : cette description de solution n'est-elle pas une utopie en elle-même ? Car pour que cela fonctionne, ce raisonnement d'acceptation des limites et d'intégration du questionnement métaphysique, qui selon moi engendre et la capacité d'évoluer en tant qu'individu, et la capacité à ce que chacun puisse vivre en communauté, il faudrait que *tous* en soit capable... Or, excuse mon cynisme, mais je ne crois pas que cela soit possible (d'où UTOPIE)."

X,
bien évidemment, tu as mis le doigt sur le détail qui tue : la capacité d'évoluer de chacun, la capacité à accepter cette "finitude"pour avancer entre deux abimes, sur un chemin de crête plutôt étroit.
Ce chemin possède une direction, je veux revenir là-dessus, tout d'abord, car ce n'est pas assez clair dans la fin de mon message où j'évoque plus une ATTITUDE à avoir pour rester libre qu'une direction pour avancer dans cette liberté.
Delsol explique :
"Nous ne pouvons ni connaître entièrement le Bien ni le réaliser pleinement ". Est-ce à dire que ce Bien, cette Vérité, n'existe pas ? Bien sûr que non ! "la vérité ne se trouve pas, elle se cherche, toujours, et c'est cette recherche même qui crée la vérité, qui en fait une physique expérimentée dans le monde, par le monde, et contre lui." ( Dantec, Artefact, p 292 )

"Nous ne pouvons que saisir des lueurs, des échos, des bribes d'un Bien total qui reste objet de promesse et de foi. Notre certitude, même si NOUS EN PERCEVONS CLAIREMENT LA VOIE, demeure incomplète, mêlée au fini que nous sommes. C'est nous qui en déterminons les contours, avec notre histoire, nos mœurs, nos désirs trempés dans la singularité d'un temps et d'un lieu."
Du moment que nous continuons à vouloir déterminer ces contours, à avancer, à poser ainsi des actes libres ( et imparfaits et bourrés d'erreurs nécessairement ), cette capacité à avancer est notre salut si je puis dire, pour le moins, elle fonde notre autonomie et donc notre identité humaine au cœur d'une civilisation.
"Ce qui est connu, ce qui est véritablement connaissable est caché.
C'est un secret.
Il est là-bas, au fond de ce puits de mine creusé dans le carbone de la nuit.
Il est au coeur même de l'abîme que je porte en moi" ( Artefact, p 298)
J'ajoute : il est moi.

"la place de l'absolu est imprenable".
Cet absolu, cette Vérité est imprenable, sauf par une singularité.
"Je suis l'expérience" (Artefact, p 300).

( Je reviendrai à la fin sur ce Bien imprenable, de façon plus personnelle, et vous ne m'en voudrez pas, chers tous, car vous me connaissez, vous connaissez mes convictions, certains d'entre vous les partagent, et les autres en êtes si PROCHES que je souris à chaque fois que je vous vois chercher la Lumière alors que vous êtes DANS la Lumière...)

Certes, tout le monde n'est plus capable, ne veut pas évoluer dans cette attitude pleine d'humilité, dans ce questionnement métaphysique, tout le monde ne veut pas, ne veut plus se situer dans la vérité c'est à dire être le lieu de l'expérience avec le réel, être le réel, être le monde, créer, construire ce monde. Delsol :
"l'humanisme qui a fait face aux totalitarismes du siècle s'est occupé exclusivement de désinstituer et, renversant les références pour renverser en amont les éventuels fanatismes, il a produit un individu qui se fuit lui-même."
Ainsi, nos ennemis ne sont pas forcément des monstres à d'horribles têtes ( le gaucho marxisant de base ) mais de bons gars comme nous. Rappelez-vous, dans Artefact, cette phrase qui donne le vertige : le Diable est
"un touriste comme les autres. C'est un terroriste comme les autres." Nous sommes tous des touristes donc des terroristes si nous observons ce monde sans prendre notre part.

Dans Grande Jonction, l'Antéchrist qui débarque à la fin :
"Et il y a cet homme qui se tient au premier plan. Vêtu très simplement, d'un costume de couleur grise et d'une chemise de bronze. Il est en train de parler à la foule. Il paraît tellement humain.
C'est lui, comprend Youri à l'instant même."
( P 802, G.J., éd.poche ).

Mais, X, ton cynisme n'a pas lieu d'être, n'a plus lieu d'être ! : observe un peu cette communauté que nous formons, si hétérogène dans ces membres, observe toi et moi, si différents et si proches dans le même temps, dans ce questionnement métaphysique, dans cette lutte contre tous ces nihilismes qui détruisent au sens propre l'identité de l'homme, son être même et au sens propre aussi détruisent l'homme : guerres, génocides etc, etc....
"défendre mon travail contre les marées noires du nihilisme" dit Dantec .
"Serons-nous capables d'aimer l'humanité dans sa misère réelle et non dans sa perfection rêvée ? C'est peut-être la question essentielle, à côté de laquelle le reste n'est que cabotinage de salon."
Dans Grande Jonction, il ne reste à la fin qu'un homme dans le Territoire et ceux qui ont pris le Vaisseau, excusez-moi, mais ils ne sont pas très nombreux..."Y a pas foule" comme on dit . La foule, elle est plutôt dans l'autre camp ! Alors, le cynisme....Va falloir faire avec ce qu'on est et ce qu'on a, c'est à dire pas grand-chose et TOUT à la fois puisque l'on connait "la direction" et que l'on a la bonne "technique." Et j'ajouterai, il vaut mieux agir, être de ceux qui souhaitent "évoluer",
"le pire des choix vaut mieux que pas de choix du tout." ( Artefact ).

"POUR VIVRE EN PAIX, IL FAUT MENER CONTRE SOI-MÊME LA PLUS IMPLACABLE DES GUERRES" (Td1) et c'est tout.

"Nier la faiblesse de l'homme, c'est engendrer l'utopie. Nier la promesse, c'est transformer la certitude de la faiblesse en cynisme ou en immobilisme."


Je reviens un instant, sur ce Bien imprenable : ce Bien, je suis tombée dans ses Mains quand j'étais petite, pour moi il s'agit bien sûr de Dieu et de sa Grâce qui m 'habite.( pas de "ent" : Dieu et Grâce, c'est kif-kif ). J' écrivais à X récemment cette naïve et bien réductrice interprétation de la "tour-monde " qui s'écroule dans Artefact :
"Je repense depuis plusieurs jours à Artefact ( au spectacle) et à cette "tour monde" qui s'écroule : je pense que la petite fille sauvée, c'est nous tous. Je pense que cet homme étrange qui la sauve, c'est Dieu qui prend sur ses épaules cette humanité qui se perd.Je pense que dans la Chute, il y a le Sauvetage de l'homme. Je pense que cette vision mystique n'est pas incompatible avec ma foi. Je pense que nous sommes dans les escaliers de cette tour en flammes et que l'instant n'est pas agréable mais qu'ultimement, nous comprendrons que Dieu était présent."
Comme vous le constatez, ce Bien est peut-être imprenable pour l'homme mais en fait, Il nous a PRIS, depuis l'aube des temps, chacun d'entre nous, sur ses Epaules.