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dimanche 16 mars 2014

POURQUOI LES HOMMES POLITIQUES NE SERVENT A RIEN

Entretien avec Hans-Hermann Hoppe dans Wirtschaftswoche, le 4 janvier 2014

Soumis par  sur 16 mars 2014 – 10 h 14 min| 0 views
HoppeEntretien avec Hans-Hermann Hoppe dans Wirtschaftswochele 4 janvier 2014
Par Malte Fischer
Traduction de Solène Tadié pour l’Institut Coppet.
« La meilleure chose à faire pour la liberté serait de diviser l’Europe en plein de petits États. Cela vaut également pour l’Allemagne. Plus l’expansion territoriale d’un État est petite, plus il est facile d’émigrer et plus l’État doit se montrer conciliant envers ses citoyens, afin de garder ceux qui sont productifs. »
Wiwo : Professeur Hans Hermann Hoppe, les interventions de l’État dans l’économie ont certaines conséquences actuellement. De nombreux citoyens désirent plus d’État et moins de marché. Comment l’expliquez-vous ?
Hoppe : L’histoire nous démontre que les crises alimentent la croissance de l’État. Ce fait devient particulièrement manifeste avec les guerres ou les attaques terroristes. Les gouvernements exploitent ces crises, dans le but de se faire passer pour des sauveurs. Il en va de même pour la crise financière. Cela a fourni aux gouvernements et aux banques centrales une excellente occasion d’intervenir de façon encore plus massive dans l’économie. Les représentants de l’État ont réussi à transférer la responsabilité de la crise sur le capitalisme, les marchés, et la cupidité.   
Wiwo : L’économie mondiale ne serait-elle pas, sans les interventions des banques centrales ou des gouvernements (sous forme d’injections de liquidités et de programmes conjoncturels), précipitée dans une profonde dépression, semblable à celle des années 30 ?
Hoppe : Il y a une fausse croyance selon laquelle les gouvernements et les banques centrales pourraient aider, par des programmes, l’économie à se remettre sur pieds. Les « programmes conjoncturels » existaient déjà dans les années 30 aux États-Unis, mais la Grande dépression s’est achevée juste après la Seconde Guerre Mondiale. Durant les années qui ont précédé, le chômage aux États-Unis n’est jamais descendu à moins de 15%. Les banques se sont accaparé l’argent de la banque centrale, au lieu d’accorder des prêts. Quelque chose de similaire se produit aujourd’hui. L’argent n’atteint pas les marchés des produits réels et les prix augmentent de peu. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas d’inflation. Il suffit de voir le développement des marchés actions pour déterminer où afflue l’argent. L’inflation s’installe dans les marchés financiers.
Wiwo : La hausse des marchés actionnaires est également une conséquence des intérêts réels négatifs, qui rendent l’épargne peu attractive …
Hoppe : … Et de cette façon ils mettent en danger notre bien-être. Une économie peut se développer seulement si les hommes épargnent davantage et consomment moins. Sans épargne, il n’y a point d’investissements viables.
Wiwo : Pour quelle raison ?
Hoppe : Je vais vous donner un exemple simple. Imaginez Robinson Crusoé et Vendredi sur leur île déserte. Si Robinson pêche des poissons et ne les consomme pas tout de suite, mais les donne à Vendredi, ce dernier peut manger pour quelques jours et employer son temps à finir de tisser un nouveau filet. Avec ce filet, Vendredi peut pêcher des poissons, pour les manger et en redonner une partie à Robinson. Tous deux sont dans une situation plus favorable qu’auparavant. Que se passe-t-il toutefois si Robinson n’épargne pas, et qu’il mange à lui tout seul tous les poissons et donne à Vendredi un certificat, qu’il pourra échanger contre du poisson ? Lorsque Vendredi ira trouver Robinson pour faire valoir son certificat, il s’apercevra qu’il n’y a plus de poissons. Il devra se procurer par lui-même de la nourriture rapidement et n’aura pas le temps d’achever le nouveau filet, qui demeure de fait un projet abandonné, un mauvais investissement. La qualité de vie de Robinson et de Vendredi s’amoindrit.
Wiwo : Qu’est-ce que tout cela a à voir avec notre situation actuelle ?
Hoppe : Quelque chose de similaire se produit dans nos économies. La création de crédit sortie de nulle part comprime artificiellement les intérêts vers le bas et déchaîne les investissements, qui n’ont pas de contrepartie en épargne. A cause des taux d’intérêts bas, on épargne très peu et on consomme toujours plus, tout comme Robinson qui n’économise pas et mange tous les poissons. La consommation accrue ôte les ressources aux investissements, les projets ne peuvent se concrétiser, les banques coupent les crédits, les projets sont liquidés, l’économie se précipite dans la crise.
Wiwo : Cela signifie qu’un Krach est à prévoir pour bientôt ?
Hoppe : Les banques centrales tentent de mettre un terme à la crise avec encore plus de crédits et plus de monnaie, alors que celle-ci résulte précisément de trop de monnaie et de trop de crédit. Par conséquent, le prochain crash sera encore plus violent que le précédent.
Wiwo : Les autorités monétaires promettent de freiner la liquidité à temps, avant que la situation ne soit compromise.
Hoppe : Cela peut-être possible, en théorie. Les banques centrales pourraient réduire la quantité de monnaie, en vendant des titres d’État. Seulement dans la pratique, cela ne s’est jamais vu. En effet, cela contrevient à la stratégie des banques centrales de maintenir les taux d’intérêt les plus bas possibles…
Wiwo : … Et de créer de l’inflation ?
Hoppe : Les banques centrales cherchent à sauver le système de papier monnaie par tous les moyens. Je crains que la prochaine étape ne soit l’élimination de la compétition encore existante des monnaies fiduciaires à travers une centralisation bancaire et de la monnaie. En fin de compte il pourrait y avoir une sorte de banque centrale globale avec une monnaie communautaire globale, dans laquelle conflueraient Euro, Dollar, et Yen. Libérée de la compétition avec d’autres monnaies, cette banque aurait encore plus le champ libre pour l’inflation. La crise ne s’achèverait pas ; pis : elle se propagerait à un niveau global avec véhémence.
Wiwo : Quelques économistes appellent au retour de l’étalon-or afin de bloquer les banques centrales.   
Hoppe : Les gouvernements et les banques centrales feront de la résistance. Comme un état ayant le monopole de la distribution de monnaie, les banques centrales n’ont pas intérêt à perdre leur pouvoir. Un retour volontaire à l’étalon-or me paraît donc peu réaliste.
Wiwo : Que dire de la Chine, le pays qui voudrait établir le Yuan comme monnaie de réserve ?
Hoppe : Ce serait pour la Chine une manœuvre habile que de garantir la couverture du Yuan avec l’or, éclipsant ainsi la domination du Dollar. Si le Yuan était couvert par l’or, les jours de l’hégémonie américaine et du Dollar seraient comptés. L’Occident fera donc tout pour empêcher cela.
Wiwo : En Europe, les gouvernements et la banque centrale se sont placés au-dessus de la loi et du droit pour le sauvetage de l’Euro, sans qu’il y ait le moindre cri d’alarme de la part des citoyens en Allemagne.
Hoppe: Les Allemands se laissent dicter par l’Amérique ce qu’ils peuvent faire ou ce qu’ils doivent faire. L’Amérique a tout intérêt à ce que l’Euro perdure, parce que cela rend la concurrence plus commode qu’avec 17 monnaies nationales. Pour faire valoir ses intérêts propres par pression politique, l’Amérique doit s’adresser à une seule et unique banque centrale : la BCE.
Wiwo : Le sauvetage de l’Euro et le transfert croissant de compétences à Bruxelles génèrent un mal-être parmi la population. Les élites politiques ont-elles épuisé la capacité d’intégration des citoyens ?
Hoppe: Les États ont généralement tendance à centraliser leur pouvoir. En Europe, la cession de compétences à Bruxelles devrait éliminer la concurrence des pays entre eux. Le rêve des étatistes est un État mondial avec des taxes et des règles uniformes, qui ôte aux citoyens la possibilité d’améliorer leur niveau de vie, en émigrant. Les citoyens reconnaissent que l’Union Européenne, dans le fond, est un appareil global de redistribution. Cela fomente le mécontentement et attise la jalousie des peuples entre eux.
Wiwo : Que pouvons-nous faire pour nous en prémunir ?
Hoppe : La meilleure chose à faire pour la liberté serait de diviser l’Europe en plein de petits États. Cela vaut également pour l’Allemagne. Plus l’expansion territoriale d’un État est petite, plus il est facile d’émigrer et plus l’État doit se montrer conciliant envers ses citoyens, afin de garder ceux qui sont productifs.
Wiwo : Vous préconisez un retour au « Kleinstaaterei », le système de mini-États du 19ème siècle ?
Hoppe : Regardez le développement économico-culturel. Au 19ème siècle, ce qui est aujourd’hui l’Allemagne était la région-guide de l’Europe. Les plus grandes performances culturelles naquirent à cette période, durant laquelle il n’y avait pas de grand État central. Les petits territoires étaient en intense concurrence entre eux. Chacun voulait posséder les meilleures bibliothèques, théâtres et universités. Cela a dynamisé le développement culturel et intellectuel bien plus qu’en France par exemple, qui à l’époque était déjà un pays centralisé. Là-bas, tout se concentrait à Paris, tandis que le reste du pays se noyait dans le néant culturel.
Wiwo : Mais le libre commerce risquerait d’être menacé par la sécession et un retour aux nations fragmentées.
Hoppe : Au contraire : les petits États doivent pousser le commerce. Leur marché n’est pas assez grand et eux sont trop peu diversifiés pour vivre en autarcie. S’ils ne commercent pas librement entre eux, ils meurent en l’espace d’une semaine. Au contraire, un grand État comme les USA peut s’approvisionner seul et n’est donc pas dépendant de l’échange avec d’autres États. D’autre part, les petits États souverains ne peuvent décharger leurs fautes (et leurs dettes) sur les autres, lorsque quelque chose ne fonctionne pas. Dans l’UE, Bruxelles est jugée responsable pour tous les dysfonctionnements possibles et imaginables. Dans de petits États indépendants, les gouvernements répondraient eux-mêmes des dysfonctionnements de leur pays respectif. Cela a un effet pacificateur sur les relations entre nations.
Wiwo : Les petits États auraient leurs propres monnaies. Ce serait la fin de l’intégration des marchés financiers.
Hoppe : Les petits États ne peuvent se permettre d’avoir leurs propres monnaies, parce que cela ferait grimper les coûts des transactions. Ils se dirigeraient vers une monnaie commune, indépendante et qui ne serait pas influencée par les gouvernements individuels. Ils s’accorderaient très probablement sur une monnaie solide comme l’or ou l’argent, dont la valeur serait établie par le marché. Les petits États conduisent à moins d’État et à plus de marché dans le système monétaire.
Wiwo : Si l’Europe devenait une agglomération de petits États, il n’aurait économiquement aucun argument dans un contexte international de grands pays.
Hoppe : Comment font la Suisse, Liechtenstein, Monte-Carlo, et Singapour pour être en avance sur tout le monde dans ce cas ? Mon impression est que ces pays sont mieux portants que l’Allemagne, et que les Allemands étaient mieux lotis avant de s’embarquer dans l’aventure de l’Euro. Nous devrions nous libérer de l’idée que les affaires se font entre États. Les affaires se font entre les hommes et les entreprises, qui produisent ici et là. Ce ne sont pas les États qui entrent en compétition, mais les entreprises entre elles. Ce n’est pas la grandeur d’un État qui en détermine le bien-être, mais la capacité de ses citoyens.
Wiwo : Indépendamment du nombre de territoires souverains, la question qui se pose est celle de la quantité d’État dont une société a besoin. Les libéraux classiques encouragent un État « gardien de nuit », qui se limite à la garantie de la liberté, de la propriété et de la paix. Vous, vous ne voulez plus aucun État. Pourquoi ?
Hoppe : Les libéraux classiques sous-évaluent la tendance expansive, inhérente à l’État. Qui détermine ensuite combien de policiers, de juges et de soldats- payés par les taxes- il doit y avoir ? Dans le marché basé sur le libre échange et le paiement de biens et de services, la réponse est simple : l’on produit autant de lait que demandé, et au prix que les consommateurs sont disposés à payer. Le gouvernement d’un État, cependant, répondra à la question « combien » de la manière suivante : plus nous avons d’argent, plus nous pouvons faire. Et pouvant contraindre les citoyens à payer des impôts, le gouvernement exigera toujours plus de ressources et fournira des services toujours plus médiocres. L’idée d’un État minimal est conceptuellement erronée. Les États minimaux ne peuvent jamais demeurer minimaux.
Wiwo: Mais qui devrait protéger la propriété et garantir le droit, si ce n’est l’État?
Hoppe : Si l’État protège la propriété avec des policiers, il perçoit des taxes à cet effet. Les taxes, en revanche, sont une expropriation. L’État devient ainsi protecteur de la propriété en expropriant les propriétaires. Et un État qui veut garantir la loi et l’ordre, mais peut lui-même légiférer, est un gardien de la loi qui viole la loi.
Wiwo : A qui voulez-vous confier le devoir de protéger le droit et la propriété ?
Hoppe : Ces tâches devraient être confiées à des entreprises qui seraient mises à l’épreuve sur le libre marché, de la même façon que pour tous les autres biens et services. Chaque société est caractérisée par des conflits de propriété, mais ça ne devrait pas être à l’État de les résoudre. Imaginez une société sans État. Dans un ordre naturel de ce genre, chaque personne est à considérer avant tout comme propriétaire de toute chose qu’elle contrôle. Le costume que vous portez, en effet, vous appartient. Quiconque prétend le contraire doit le prouver. Dans un ordre de ce type, les conflits sont traités par des autorités naturelles. Dans les communautés villageoises, ces personnes sont respectées de tous. Elles font office de juges. Si des conflits émergent entre des personnes de communautés différentes, et qui s’adressent à des juges différents, alors le conflit est à résoudre à un niveau supérieur. L’important est qu’aucun juge n’ait le monopole du droit.
Wiwo : Cela semble plutôt irréaliste…
Hoppe : … Mais ça ne l’est pas. Regardons un peu comment sont réglés aujourd’hui les conflits, qui dépassent les frontières. Au niveau international, il règne une sorte d’anarchie du droit, étant donné qu’il n’y a pas d’État mondial régulateur. Que font les citoyens du triangle de Basel, c’est-à-dire les Allemands, les Français et les Suisses, si un conflit naît entre eux ? Chacun peut s’adresser initialement à sa juridiction respective. Si l’on ne trouve pas d’accord, des arbitres indépendants sont mandatés, et émettent un verdict. Y a-t-il pour autant plus de conflits entre les citoyens de cette région qu’entre les citoyens de Cologne et Düsseldorf ? Pas que je sache. Cela démontre qu’il est possible de résoudre pacifiquement des litiges interpersonnels, sans pour autant que l’État ait le monopole du droit.
Wiwo : Un système de droit sans État pourrait dépasser l’imagination de la plupart des citoyens.
Hoppe : Pourquoi ? Dans le fond ce sont des idées facilement compréhensibles, qui ont été éradiquées par les chantres du pouvoir étatique au cours des siècles. Le fait de substituer la liberté des hommes par le choix d’une législation d’un état qui en a le monopole a été une erreur évolutionniste. Cela a fait que les élections généralistes-universelles ont mis au pouvoir des péquenauds, qui ont par la suite usé de leur pouvoir de législateur pour s’enrichir sur la propriété de ceux qui possédaient davantage. Un chef de clan, au contraire, qui est volontairement désigné comme médiateur en cas de litige, pourrait être un homme riche, qui n’a aucune raison de convoiter la propriété d’autrui. Dans le cas contraire, on ne le désignerait pas comme modérateur.
Wiwo : Comment voulez-vous empêcher, dans un monde sans ordre d’état, que des droits à la liberté comme celui de l’intégrité physique ne soient piétinés ?
Hoppe : Je vais vous poser une contre-question : aujourd’hui ces infractions sont-elles empêchées par l’existence des États? Non. Il y aura toujours des endroits où auront lieu des homicides involontaires ou volontaires, tant que l’homme sera l’homme. Les États ont-ils de quelque façon amélioré la situation ? J’ai de sérieux doutes là-dessus. Les États sont également conduits par des hommes. Mais à la différence des communautés sans État, les chefs d’État ont le monopole- même temporairement- du pouvoir. Cela ne les rend-il pas pires que ce qu’ils sont à l’origine? Les hommes ne sont pas des anges, et ils sèment souvent le trouble et le mal. C’est pour cette raison que la meilleure défense de la liberté est celle qui ne procure de monopole à personne. Dès lors qu’il y a monopole, ce ne sont pas des enfants de cœur qui émergent.
Wiwo : Admettons que nous vous suivions et que nous confiions les tâches habituelles de l’État- comme la protection de la propriété et la jurisprudence- à des organisations privées. Ne devrions-nous pas faire face au même problème dans ces organisations, où les voyous prendraient les commandes et formeraient un cartel aux dépends des citoyens ?
Hoppe : Le risque que l’on en arrive là est minime. Les cartels peuvent survivre à long terme seulement si l’État les protège. Les entreprises forment des cartels pour s’emparer du marché. Cela profite aux membres les plus faibles. Les plus forts quant à eux peuvent s’assurer de grosses parts de marché en dehors du cartel. Dès qu’ils s’en rendent compte, le cartel se dissout.
Wiwo : Mais en attendant, les membres du cartel ne manquent pas d’exploiter les citoyens.
Hoppe : Et que préconisez-vous, le suicide par peur de la mort ? Si vous confiez cette mission à l’État, il a d’entrée de jeu le monopole, dont il peut abuser pour limiter la liberté des citoyens.
Wiwo : Comment pensez-vous traiter le problème des externalités dans une société privée sans État? Qui devrait s’assurer, par exemple, que les responsables de dégâts environnementaux en assument les coûts ?
Hoppe : Le problème est facile à résoudre. Il suffit de donner le droit à ceux qui ont subi le préjudice de déposer plainte. Ainsi, ils peuvent faire comparaître l’auteur du dommage devant le juge et demander réparation. Au 19ème siècle, il était d’usage que les citoyens assignent les entreprises, si ces dernières avaient détérioré leur propriété par des dommages environnementaux. L’État a par la suite limité ce droit, pour protéger certains secteurs industriels. Il est crucial que les droits de propriété soient clairement établis. Le principe de base devrait être le suivant : Qui arrive en premier obtient le droit de propriété. Par exemple, si une entreprise fait une installation dont émane une importante pollution aux alentours d’habitations, les habitants ont le droit d’attaquer l’entreprise en justice. C’est un principe simple, que même les enfants comprennent. En Amérique, au temps des chercheurs d’or, des critères se sont développés- sans la participation de l’État -, prévoyant la délimitation des terrains des chercheurs d’or. À l’époque, il y avait des personnes qui enregistraient les plaintes. Cela prouve que les questions de propriété peuvent se résoudre sans l’État.
Wiwo : Vous ne pouvez toutefois pas organiser la défense du pays sans l’État, et nul ne peut être exclu de la sécurité que l’armée garantit. Nous avons pour ainsi dire besoin de l’État, pour faire participer les citoyens, au moyen des taxes, au financement de l’armée.
Hoppe : Qui vous dit que tous les citoyens veulent être défendus ? Nous vivons dans un monde de rareté. L’argent, qui est dépensé pour la défense du territoire, n’est plus disponible pour le reste. Certains hommes ne veulent absolument pas être défendus, et prendraient bien plus volontiers le large vers Hawaii pour des vacances, avec leur argent. En cas d’attaque extérieure, ces derniers prendraient probablement le parti de quitter le pays  et n’auraient pas besoin de la protection d’une armée. L’État n’a aucun droit de les contraindre au financement des forces armées par le biais des impôts. Dans une société sans État, les hommes peuvent, s’ils le souhaitent, former de petites unités comme les communautés villageoises et se défendre seuls ou bien engager des services de sécurité privés. Ils auraient la liberté de décider par eux-mêmes de la façon de dépenser leur argent.

jeudi 7 mars 2013

"Dépasser la démocratie", d'autres extraits

... car il faut lire ce petit livre, absolument, et cet article complémentaire de l'Institut Coppet .

(les gras-rouge sont de mon propre fait)



Extrait  de "Dépasser la démocratie", cf premiers extraits ici : 

"Démocratie = collectivisme

Pourtant, voilà précisément ce que nous allons faire dans ce livre : nous prononcer contre le dieu Démocratie, et notamment la démocratie parlementaire nationale. L'usage de la démocratie pour la prise de décision est utile dans certains contextes, dans les petites communautés ou au sein d'associations. mais une démocratie parlementaire nationale, telle qu'elle existe dans quasiment tous les pays occidentaux, a bien plus d'inconvénients que d'avantages. Comme nous l'expliquons, la démocratie parlementaire est injuste, elle amène la stagnation économique et davantage de bureaucratie, elle met en péril la liberté, l'indépendance, et l'esprit d'entreprise, et amène inévitablement conflits, ingérence, léthargie, et excès de dépenses publiques. Et cela n'est pas dû au fait que certains hommes politiques ne font pas leur travail -ou parce que le mauvais parti a été porté au pouvoir- mais parce que le système fonctionne ainsi.

La caractéristique principale de la démocratie est que "le peuple" décide comment la société doit être organisée. En d'autres termes, nous décidons "tous ensemble" sur ce qui nous concerne. A quel niveau doivent-être les impôts, combien doit être consacré pour la santé des enfants et des personnes âgées, à quel âge les gens sont autorisés à boire des boissons alcoolisées, combien les employeurs doivent payer pour les retraites de leurs employés, quelles indications doivent être inscrites sur un produit, quelles matières doivent être enseignées à l'école, combien doit être consacré à l'aide aux énergies renouvelables ou à l'éducation sportive ou aux concerts d'orchestre, comment un gérant doit tenir son bar et si ses clients sont autorisés à fumer, comment une maison doit être construite, à quel niveau doivent être les taux d'intérêt, combien d'argent doit circuler dans l'économie, si les banques doivent être sauvées avec l'argent du contribuable en cas de risque de faillite, qui est autorisé à se dire docteur, qui est autorisé à lancer un hôpital, si les gens sont autorisés à mourir lorsqu'ils sont las de vivre, et si et quand la nation intervient militairement. Dans une démocratie, "le peuple" doit décider sur toutes ces questions -et sur un millier d'autres.

La démocratie est donc un système collectiviste par essence. C'est le socialisme qui fait irruption par les coulisses. L'idée de base derrière cette réalité est qu'il est souhaitable et juste que toutes les décisions importantes sur l'organisation physique, sociale et économique de la société soient prises par la collectivité, le peuple. Et le peuple autorise à des représentants du Parlement -en d'autres termes à l'Etat- de prendre des décisions en son lieu et place. En d'autres termes, dans une démocratie le fonctionnement entier de la société est orienté vers l'Etat.

Il est clairement trompeur de proclamer que la démocratie est, d'une certaine façon, l'apogée de l'évolution politique de l'humanité. Ce n'est rien de plus que de la propagande pour cacher le fait que la démocratie représente une orientation politique bien particulière. Une orientation pour laquelle il existe de nombreuses alternatives raisonnables.

L'une de ces alternatives s'appelle la liberté. Ou le libéralisme -dans l'acceptation classique du terme (qui est complètement différente de celle qui prévaut de nos jours aux Etats-Unis). Il n'est pas difficile de voir que la liberté n'est pas la démocratie. Considérez simplement ceci : est-ce que nous décidons démocratiquement de la manière dont chacun doit dépenser pour s'acheter des vêtements? Ou dans quel supermarché nous devons aller? Pas du tout. Chacun décide de cela lui-même. Et cette liberté de choix fonctionne très bien. Donc pourquoi cela fonctionne-t-il mieux si toutes les autres questions qui nous affectent -de notre lieu de travail à notre assurance santé en passant par les pensions de retraites et les bars et discothèques- sont décidées de façon démocratiques?

En réalité, se pourrait-il que ce fait précis -que nous décidons de tout de façon démocratique, et que la quasi -totalité des questions économiques et sociales soient réglées par ou à travers l'Etat- est la cause fondamentale des nombreux problèmes de notre société? Se pourrait-il que la bureaucratie, l'intervention étatique, le parasitisme, le crime, la corruption, le chômage, l'inflation, le faible niveau d'éducation, etc, ne soient pas dus à un manque de démocratie, mais soient plutôt causés par la démocratie? Se pourrait-il qu'ils aillent avec la démocratie comme les magasins vides et les voitures Trabant allaient avec le communisme?"


                                                                        ************

Extrait de la préface dans le texte français, par Damien Theillier : 

"C'était déjà le message d'Aristote au Ve siècle avant Jésus-Christ. Ce qui importe disait-il, ce n'est pas qui gouverne (un seul homme, plusieurs ou tous) mais pour quoi faire et dans quelles limites? D'où le fait que sa pensée politique soit ancrée dans l'idée d'une justice naturelle. Cette idée rappelle que le pouvoir ne dispose pas de la justice elle-même mais qu'il est lui-même soumis à une loi qui le dépasse et doit réguler son exercice. Le droit positif pose l'ordre du juste politique, mais ne dispose pas de la justice elle-même. S'il n'y a que le droit positif, dit Aristote, Créon aura toujours raison, même quand il a tort. Mais si nous maintenons l'idée régulatrice d'un droit naturel, Antigone pourra se dresser le moment venu et invoquer contre une loi injuste, le droit supérieur de la loi non écrite.

Cette critique d'un pouvoir illimité du peuple a conduit nombre de penseurs classiques, dans la lignée d'Aristote, à poser au-dessus de la démocratie un principe de limitation qui n'est autre que le droit naturel. L'homme dans sa nature même, contient des valeurs et des normes, qui n'ont pas à être inventées, mais soulignées et respectées.

Le système politique que Benjamin Constant, Jean-Baptiste Say et Frédéric Bastiat appelaient de leurs voeux était une république constitutionnelle limitée, restreinte à la protection des droits individuels. Dans un tel système, la règle de la majorité s'applique uniquement à la sélection des représentants. mais la majorité n'a rien à dire sur les principes fondamentaux régissant la société comme le gouvernement. Elle n'a pas le pouvoir de demander ou d'obtenir la violation des droits individuels.

Dans une société libre, le vote est un mécanisme approprié pour la sélection de ses représentants politiques mais non, comme le veut la démocratie, de ses principes éthiques et politiques. Il faut donc limiter le pouvoir du gouvernement à une seule fonction : la protection des droits individuels. C'est le vrai sens de la liberté, tel qu'il a été si bien compris et exposé par Frédéric Bastiat au XIXe siècle."


samedi 2 mars 2013

Dépasser la démocratie

Extraits d'un petit livre capital  : "Dépasser la démocratie" par Frank Karsten et Karel Beckman, à commander ici.

Visiter le site : Dépasser la démocratie
(Mais bientôt sur l'Institut Coppet)




Citation d'H16 pour introduire le sujet : "À CHAQUE FOIS QUE L’ÉTAT FOURRE SON NEZ ET CRÉE DES CRIMES SANS VICTIMES, À CHAQUE FOIS QUE L’ÉTAT DÉCIDE DE CE QUI EST BON POUR CERTAINS EN LIEU ET PLACE D’EUX-MÊMES OU DES RESPONSABLES, À CHAQUE FOIS CELA SE TERMINE DE FAÇON CATASTROPHIQUE. À CHAQUE FOIS. À chaque putain de fucking fois."



"En réalité, dans son essence, la démocratie est une idéologie totalitaire, bien qu'elle ne soit pas aussi extrême que le nazisme, le fascisme ou le communisme. Par principe  aucune liberté n'est sacrée dans une démocratie, et chaque aspect de la vie de l'individu peut potentiellement être l'objet d'un contrôle étatique. Finalement, la minorité est complètement à la merci des souhaits de la majorité. Même si la démocratie possède une constitution limitant les pouvoirs de l'Etat, cette constitution peut être elle aussi amendée par la majorité. Le seul droit fondamental que vous ayez dans une démocratie, en plus du droit de vous présenter aux élections, est le droit de voter pour tel ou tel parti politique. Avec ce seul vote vous transmettez votre indépendance et votre liberté à la volonté de la majorité.
La véritable liberté est le droit de choisir de ne pas participer au système et ne pas avoir à payer pour le financer. En tant que consommateur, vous n'êtes pas libres si vous êtes obligé de choisir entre différents postes de télévisions, et peu importe s'il existe beaucoup de marques ou non. Vous n'êtes libres qu'à partir du moment où vous pouvez également choisir de ne pas acheter un poste de télévision. Dans une démocratie vous êtes obligé d'acheter ce que la majorité choisit -que cela vous plaise ou non.

(...)

Un marché de la gouvernance
(...)
Il y a en effet peu de choix et peu de concurrence sur le marché de la gouvernance. Les gens estiment qu'il est important que les entreprises se fassent concurrence. Ils souhaitent un marché libre et flexible pour les voitures, les vêtements et les assurances, avec de nombreux fournisseurs différents. Alors pourquoi pas un marché pour la gouvernance, où les gouvernements sont en concurrence, et où les citoyens peuvent facilement se déplacer vers une autre zone étatique pour vivre et travailler? Aujourd'hui, les gens peuvent se déménager dans une autre ville, mais puisque la plupart des impôts et des lois proviennent du gouvernement fédéral, cela ne change rien. Pour obtenir un autre type de gouvernance, les gens sont obligés d'émigrer, ce qui est un énorme obstacle.
(...)
En matière de gouvernance, la concurrence fait défaut. Comme les vrais monopoles, les hommes politiques ne veulent pas de concurrence en matière de gouvernance. Ils préfèrent que toutes les questions soient décidées collectivement au niveau central. "L'immigration illégale ne peut être résolue que dans un contexte européen", diront-ils. Ou encore : "La crise de la dette ne peut être combattue qu'au niveau international." Ou encore : "Le terrorisme ne peut être combattu que par une agence centrale puissante." Cependant, il y a beaucoup de petits pays dans le monde qui ne font pas partie des "blocs" et qui n'ont pas souffert de crises économiques ou de terrorisme. De même, nous sommes censés croire que l'éducation, la santé, la finance, l'assurance sociale, et ainsi de suite, doivent être coordonnées et réglementées au moins au niveau national. mais il n'y a aucune raison pour qu'il en soit ainsi.
La décentralisation serait bénéfique pour de nombreux groupes de la société. Avec l'autonomie locale, les penseurs progressistes peuvent apporter leurs idées progressistes dans la pratique et la pensée conservatrice peut faire de même avec ses valeurs, sans forcer les autres à s'adapter à son mode de vie. Les personnes qui souhaitent démarrer une communauté éco-hippie peuvent vivre selon leurs rêves. A leurs propres frais, bien sûr. Une communauté religieuse qui veut garder ses magasins fermés le dimanche peut le faire. Le principe du "une taille unique" est inutile et indésirable. La décentralisation, contrairement à la démocratie nationale, est un système de "vivre et laisser vivre". Alors laissons fleurir un millier de nations.

La diversité dans la gouvernance implique que les gens peuvent décider plus facilement sous quel système ils souhaitent vivre. Ils peuvent aller dans une autre municipalité ou une autre région s'ils désirent un mode de gouvernement différent. Une telle concurrence veille à ce que les dirigeants soient tenus responsables, ce qui n'est guère le cas quand l'influence d'un citoyen est limitée à des élections tous les quatre ans. Même si seulement quelques citoyens déménagent vers une autre zone géographique, les dirigeants seront fortement incités à améliorer leurs politiques.

Si tout n'est pas déterminé au niveau central, les régions peuvent tout de même choisir une direction qui convient à leurs particularités et à leurs préférences. Par exemple, une zone particulière peut choisir de réduire considérablement les impôts et la réglementation afin de stimuler l'activité économique. L'historien américain Thomas E. Woods souligne que la liberté politique s'est développée en Europe occidentale précisément en raison de la fragmentation et de la différenciation qui, historiquement, y régnait. La multitude de petits territoires a permis aux gens de fuir les lieux où régnait l'oppression en destination des lieux plus libres. Les dirigeants tyranniques se trouvent donc contraints de laisser plus de liberté."

dimanche 4 novembre 2012

Du conservatisme et du libertarianisme par Hans-Hermann Hoppe


Sur L'institut Coppet, le texte dans son entier : 






Le conservatisme moderne s'appuie sur l'Etat pour retrouver ses propres lois, règles ou normalité : 
Le conservatisme moderne, aux États-Unis et en Europe, est une notion de nos jours confuse et diversifiée. Cette confusion est en grande partie due à la démocratie. Sous l’influence de la démocratie représentative et avec la transformation des États-Unis et de l’Europe en démocraties de masse à partir de la première guerre mondiale, le conservatisme, force idéologique antiégalitariste, aristocratique et antiétatique, évolua en un mouvement d’étatistes culturellement conservateurs : l’aile droite des socialistes et socio-démocrates. La plupart des conservateurs contemporains autoproclamés s’inquiètent, à juste titre, du déclin des familles, du divorce, de la non-légitimité, de la perte d’autorité, du multiculturalisme, des styles de vie « alternatifs », de la désintégration sociale, du sexe et du crime. Tous ces phénomènes représentent des anomalies et des déviations scandaleuses de l’ordre naturel. Un conservateur doit en effet être opposé à tous ces développements et essayer de restaurer la normalité. Cependant, la plupart des conservateurs contemporains (du moins la plupart des porte-paroles de l’establishment conservateur) ne reconnaissent pas que leur objectif de retour à la normalité exige les changements sociaux antiétatiques les plus drastiques, voire révolutionnaires, sans quoi (lorsqu’ils en sont conscients) ils deviennent membres de cette « cinquième colonne » lancée vers la destruction du conservatisme de l’intérieur (et doivent dès lors être considérés comme « mauvais »).

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Le conservatisme en politique (conservatisme étatique) n'est ni plus ni moins aujourd'hui qu'un "national-socialisme : 
En fait, les buchananiens admettent ouvertement qu’ils sont étatistes. Ils détestent et ridiculisent le capitalisme, le laissez-faire, les marchés libres et le libre-échange, la richesse, les élites et la noblesse ; et ils promeuvent un nouveau conservatisme populiste – prolétarien en fait – qui amalgame conservatisme social et culturel avec politique économique sociale ou socialiste. Ainsi, confirme Francis, « alors que la gauche pourrait gagner l’américain moyen par ses mesures économiques, elle le perd par son radicalisme social et culturel, et alors que la droite pourrait attirer l’américain moyen par la loi, l’ordre et la défense de la normalité sexuelle, la morale et la religion conventionnelles, les institutions sociales traditionnelles, l’invocation du nationalisme et patriotisme, elle le perd quand elle ressasse ses vieilles formules d’économie bourgeoise ».
Ainsi, il est nécessaire de combiner les politiques économiques de la gauche et le nationalisme et le conservatisme culturel de la droite pour créer « une nouvelle identité faisant la synthèse des intérêts économiques et des loyautés nationales-culturelles de la classe moyenne prolétarisée en un mouvement politique séparé et unifié ». Pour des raisons évidentes, cette doctrine n’est pas ainsi dénommée, car il y a un terme pour ce type de conservatisme : il s’appelle nationalisme social ou national-socialisme.
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La négation ou le mépris des lois économiques aboutit à la perversion du système économique et à la misère : 
Mais le mépris historiciste et l’ignorance de l’économie n’altèrent en rien le fait que des lois économiques existent. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, par exemple. Ainsi ce qu’on consomme maintenant ne peut pas être à nouveau consommé dans le futur. Ou bien produire plus d’un produit exige de produire moins d’un autre. Aucun vœu pieu ne peut faire disparaître de telles lois. Croire qu’il en va autrement ne peut que conduire à l’échec en pratique. « En fait, » notait Mises, « l’histoire économique est une longue liste de politiques gouvernementales qui échouèrent parce qu’elles furent conçues avec un grossier dédain pour les lois économiques. » A la lumière des lois économiques élémentaires et immuables, le programme buchananien de nationalisme social n’est rien d’autre qu’un autre rêve utopique. Aucun vœu pieu ne peut changer le fait que conserver les institutions centrales de l’état-providence actuel et vouloir retourner aux familles, normes, conduites et culture traditionnelles sont des objectifs incompatibles. On peut avoir l’un – le socialisme (état-providence) – ou l’autre – morale traditionnelle – mais on ne peut pas avoir les deux, car l’économie nationaliste sociale, le pilier du système actuel d’état-providence que Buchanan veut laisser intact, est la cause même des anomalies culturelles et sociales.
Afin de clarifier cela, il suffit de se souvenir d’une des lois les plus fondamentales de l’économie selon laquelle tout enrichissement forcé ou redistribution de revenus, indépendamment des critères pris pour les concevoir, implique de prendre à certains – ceux qui ont quelque chose – et de le donner à d’autres – ceux qui n’ont pas ce quelque chose. En conséquence, l’incitation à posséder est réduite tandis que l’incitation à ne rien posséder est accrue.
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A l’évidence, cette analyse basique s’applique à tout le système dit de « sécurité sociale » qui a été mis en œuvre en Europe occidentale (à partir des années 1880) et aux États-Unis (depuis les années 1930) : « l’assurance » gouvernementale obligatoire contre la vieillesse, la maladie, les blessures professionnelles, le chômage, l’indigence, etcEn conjonction avec le système encore plus ancien d’éducation obligatoire, ces institutions et pratiques aboutissent à une attaque massive des institutions de la famille et de la responsabilité personnelle. En dégageant les individus de l’obligation d’obtenir leur propres revenus, santé, sécurité, vieillesse, et l’éducation des enfants, le champ et l’horizon temporels de la responsabilité privée est réduit et la valeur du mariage, de la famille, des enfants et des relations entre pairs est amoindrie. Irresponsabilité, courte vue, négligence, maladie et même nihilisme sont promus, et responsabilité, anticipation, diligence, santé et conservatisme sont punis.
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De plus, avec la socialisation du système de santé via des institutions comme Medicaid et Medicare (NdT : organismes publics d’assurance maladie et sociale) et la réglementation de l’industrie de l’assurance (en restreignant les droits de l’assureur à refuser tout risque individuel comme non-assurable, et discriminer librement, selon les méthodes actuaires, entre différents groupes à risque) une machinerie monstrueuse de redistribution de la richesse et des revenus, au dépens des individus responsables et groupes à bas risque, en faveur des acteurs irresponsables et des groupes à haut-risque, a été mise en marche. Les subventions pour la maladie et les affections favorisent les pathologies, les handicaps et affaiblissent le désir de travailler et d’avoir des vies saines. 
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En tant qu’institution sociale, elle rend un peuple malade physiquement comme mentalement ou du moins aide à multiplier, allonger, et intensifier la maladie. […] L’assurance sociale a donc fait de la névrose de l’assuré une maladie publique dangereuse. Que ces institutions soient étendues et les maladies se multiplieront. Aucune réforme ne peut être d’aucune aide. On ne peut pas affaiblir ou détruire la volonté de santé sans produire des maladies. »

Absurdité du protectionnisme en matière économique : 
Je ne souhaite pas expliquer ici le non-sens économique de l’idée encore plus marquante de Buchanan et de ses théoriciens d’une politique protectionniste (protégeant les salaires américains). S’ils avaient raison, leur argument en faveur de la protection économique reviendrait à la mise en accusation de tout commerce et une défense de la thèse selon laquelle chacun (chaque famille) irait mieux si on ne commerçait avec personne. Certainement, dans ce cas personne ne pourrait perdre son emploi, et le chômage dû à une concurrence « injuste » serait réduit à zéro. Pourtant, une telle société du plein-emploi ne serait ni prospère ni forte ; elle serait composée de gens (familles) qui, bien que travaillant de l’aube au crépuscule, seraient condamnés à la pauvreté et à la famine. Le protectionnisme international de Buchanan, bien que moins destructeur qu’une politique protectionniste interpersonnelle ou interrégionale, aboutirait précisément au même effet. Cela n’est pas du conservatisme (les conservateurs veulent des familles prospères et fortes). C’est du nihilisme économique.
En tout cas, ce qui devrait être clair désormais c’est que tout ou presque de la dégénérescence morale et du pourrissement culturel – les signes de décivilisation – tout autour de nous sont les résultats inévitables et inéluctables de l’état-providence et de ses institutions centrales. Les conservateurs classiques, à l’ancienne mode, savaient cela et ils s’opposèrent vigoureusement à l’éducation publique et à la sécurité sociale. Ils savaient que les états, partout, étaient faits pour briser et in fine détruire la famille, les institutions et les couches de hiérarchie d’autorité qui sont le produit naturel des communautés familiales, afin d’accroître et de renforcer leur propre pouvoir.
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Les conservateurs doivent être des libertariens (c'est à dire antiétatiques) et les libertariens doivent être des conservateurs : 
Les véritables conservateurs doivent être opposés à ces deux types. Afin de restaurer la normalité sociale et culturelle, les vrais conservateurs ne peuvent être que des libertariens radicaux, et ils doivent exiger la démolition – en tant que perversion morale et économique – de la structure entière de la sécurité sociale. Si les conservateurs doivent être des libertariens, pourquoi les libertariens doivent-ils être des conservateurs ? Si les conservateurs doivent apprendre des libertariens, les libertariens doivent-ils aussi apprendre des conservateurs ?
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Les conservateurs sont convaincus que le « normal » et le « naturel » sont anciens et omniprésents (et peuvent donc être discernés toujours et partout). De façon similaire, les libertariens sont convaincus que les principes de justice sont éternels et universellement valides (et donc, doivent pour l’essentiel avoir été connus de l’humanité depuis ses tous débuts). Autrement dit, l’éthique libertarienne n’est pas nouvelle et révolutionnaire, mais en fait ancienne et conservatrice. Même les primitifs et les enfants sont capables de saisir la validité du principe d’appropriation originelle et la plupart des gens la reconnaissent comme un fait acquis indiscutable.
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Alors que les créateurs intellectuels du libertarianisme moderne furent des conservateurs culturels, et alors que la doctrine libertarienne est totalement compatible et congruente avec la vision conservatrice du monde (et n’amène pas, comme le prétendent certains conservateurs critiques, à un « individualisme atomisé » ou à un « égoïsme possessif »), sous la corruption de l’état-providence moderne, le mouvement libertarien a connu une transformation significative. A bien des égards (et même dans son ensemble aux yeux des médias et du public), il est devenu un mouvement qui combine antiétatisme radical et économie de marché avec gauchisme culturel, contre-culture, multiculturalisme et hédonisme personnel ; c’est-à-dire l’exact opposé du programme buchananien de socialisme culturellement conservateur : le capitalisme contre-culturel.
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L’opposition de principe des libertariens à la Guerre du Vietnam coïncida avec l’opposition quelque peu diffuse à la guerre de la part de la Nouvelle Gauche. En outre, l’aboutissement anarchique de la doctrine libertarienne séduisit la gauche contra-culturelle. Car la non légitimité de l’état et l’axiome de non-agression (voulant qu’on doit pas initier ou menacer d’initier la force physique contre autrui ou sa propriété) n’impliquaient-ils pas que tout le monde ait la liberté de choisir le style de vie – non-agressif – qui lui soit propre ? Cela n’impliquait-il pas que la vulgarité, l’obscénité, la profanation, l’usage de la drogue, la promiscuité, pornographie, prostitution, homosexualité, polygamie, pédophilie ou tout autre perversité concevable ou anormalité, en tant que crimes sans victime, ne soient aucunement des offenses mais des activités et styles de vie normaux et légitimes ? Sans surprise donc, dès le début le mouvement libertarien attira un nombre inhabituellement élevé d’adeptes anormaux et pervers. 
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Cette combinaison intellectuelle ne pouvait finir bien. Le capitalisme de propriété privée et le multiculturalisme égalitaire font une combinaison aussi improbable que le socialisme et le conservatisme culturel. Et à essayer de combiner ce qui ne peut l’être, une grande partie du mouvement libertarien moderne contribua en fait à accroître l’érosion des droits de propriété (tout comme une grande partie du conservatisme contemporain contribua à l’érosion de la famille et des traditions morales). Ce que les libertariens contra-culturels n’arrivent pas à reconnaître et ce que les vrais libertariens ne sauraient assez mettre en avant, c’est que la restauration des droits de propriété privée et l’économie du laissez-faire impliquent une augmentation drastique et aiguë de la « discrimination » sociale et éliminera promptement la plupart sinon toutes les expériences de vie égalitaro-multiculturels si chères au cœur des libertariens de gauche. En d’autres termes, les libertariens doivent être des conservateurs radicaux et sans compromis.
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Conséquences de ce libertarianisme de gauche : la désintégration du droit de propriété, l'intégration forcée et les maux divers qui s'ensuivent : 
L’état-providence moderne a grandement vidé les propriétaires privés du droit d’exclusion impliqué par le concept de propriété privée. La discrimination est rendue hors-la-loi. Les employeurs ne peuvent pas engager qui il veulent. Les propriétaires fonciers ne peuvent pas louer à qui ils veulent. Les vendeurs ne peuvent pas vendre à qui ils souhaitent ; les acheteurs ne peuvent pas acheter auprès de quiconque ils souhaitent acheter. Et les groupes de propriétaires privés ne sont pas autorisés à convenir d’accords de restriction quelconque qu’ils pensent leur être mutuellement bénéfiques. L’état a ainsi dérobé au peuple le plus clair de sa protection physique et personnelle. Le résultat de cette érosion des droits de propriété privée sous l’état-providence démocratique, c’est l’intégration forcée. L’intégration forcée est omniprésente. Les Américains doivent accepter des immigrants dont ils ne veulent pas. Les enseignants ne peuvent se débarrasser des écoliers / étudiants douteux ou se comportant mal, les employeurs sont coincés avec des salariés peu utiles ou incompétents, les propriétaires fonciers sont obligés de faire avec les mauvais locataires. Les banques et les assurances ne sont pas autorisées à éviter les « mauvais » risques, les restaurants et les bars doivent s’accommoder de client non-bienvenus tandis que les clubs privés et les associations sont conduits à accepter des membres en violation de leurs propres règles ou restrictions. De plus, s’agissant de propriété publique, c’est-à-dire du gouvernement, l’intégration forcée a pris une forme dangereuse : celle de la norme et de l’absence de loi.
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Nouveau modèle de société fondé sur la discrimination, l'inégalité et le contrat : 
Selon un fort contraste, une société dans laquelle le droit d’exclusion est entièrement restitué aux propriétaires privés serait profondément inégalitaire, intolérante et discriminatoire. Il y aurait peu ou aucune « tolérance » ou « ouverture d’esprit » si chères aux libertariens de gauche. A l’inverse, on serait sur le bon chemin vers la restauration de la liberté d’association et d’exclusion impliquées par l’institution de la propriété privée si seulement les villes et villages pouvaient et voulaient faire comme ils firent en réalité jusqu’au XIXe siècle en Europe et aux États-Unis. 
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En complément, les vrais libertariens conservateurs – par opposition aux libertariens de gauche – doivent non seulement reconnaître le fait qu’il y aura une brusque augmentation de la discrimination (exclusion, expulsion) dans une société libertarienne où les droits de propriété sont entièrement restitués aux propriétaires de maisons et de terrains privés. Mais plus important, il leur faudra reconnaître – et l’éclairage conservateur peut être utile pour y arriver – qu’il est bien qu’il en soit ainsi : 

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Plutôt que d’être composées de terres adjacentes possédées par plusieurs, donc, les voisinages étaient typiquement des propriétés ou des communautés fondées sur une convention. Elles étaient fondées et possédées par un possesseur unique qui « louait » alors des parties séparées de la terre, selon des conditions spéciales, à des individus choisis. A l’origine, de telles conventions étaient basées sur des relations de pairs, le rôle du possesseur étant assuré par le chef de famille ou de clan. En d’autres termes, de même que les actions des membres de la famille immédiate sont coordonnées par le possesseur ou chef du ménage dans une famille à ménage unique, la fonction de direction et de coordination de l’usage de la terre par des groupes de ménages voisins était traditionnellement remplie par le chef d’un groupe étendu de pairs. Dans les temps modernes, caractérisés par une croissance massive de la population et une perte significative de l’importance des relations entre pairs, ce modèle libertarien original d’une communauté propriétaire a été remplacé par de nouvelles évolutions familières telles que les centres commerciaux et les « communautés grillagées ». Les centres commerciaux comme les communautés résidentielles grillagées sont possédés par une seule entité, soit un individu soit une entreprise privée, et la relation entre le possesseur de la communauté et ses habitants et résidents est purement contractuelle. Le possesseur est un entrepreneur recherchant le profit en développant et gérant des communautés résidentielles ou d’affaire qui attirent du monde en tant qu’endroits où ils souhaitent résider ou mener leurs affaires. 
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C’est pourquoi il est évident que les libertariens doivent être des conservateurs moraux et culturels de l’espèce la moins prête au compromis. L’état actuel de dégénérescence morale, de désintégration sociale et de pourrissement culturel est précisément le résultat de trop de tolérance – et avant tout, une tolérance totalement erronée et faussement appréhendée. Au lieu de faire en sorte que tous les habituels démocrates, communistes et autres styles de vie alternatifs soient rapidement isolés, exclus et bannis de la civilisation en accord avec les principes de la convention, ils sont tolérés par la société. Pourtant cette tolérance ne fait qu’encourager et promouvoir encore plus de sentiments et d’attitudes égalitaires et relativistes, jusqu’à ce que soit atteint le point où l’autorité s’est effectivement évaporée (alors que le pouvoir de l’état, s’exprimant par les politiques d’intégration forcée qu’il sponsorise, se sera accru d’autant).

lundi 15 octobre 2012

Hans-Hermann Hoppe, la chimère d’un gouvernement mondial et la faillite des démocraties



Sur L'Institut Coppet, à lire : Hans-Hermann Hoppe, extraits

DB : Qui assurerait la loi et l’ordre dans une société de ce type ? Comment fonctionnerait la justice, idéalement ?
HHH : Dans une société de droit privé, la production de la loi et de l’ordre – de la sécurité, donc – serait assurée par le même mécanisme que pour n’importe quel autre bien et service, à savoir un système de marché libre où des sociétés de sécurité entreraient en compétition pour gagner les faveurs d’une clientèle consentante. Pour comprendre comment un tel système fonctionnerait, il suffit de comparer avec l’actuel système étatique que nous connaissons bien. Si l’on devait résumer en un seul mot la différence fondamentale – et l’avantage majeur – d’un marché concurrentiel de la sécurité, ce serait celui-ci : contrat.
L’Etat agit dans un véritable vide juridique. Il n’y a aucun contrat réel entre l’Etat et ses citoyens. Ce qui doit être protégé n’est absolument pas défini contractuellement. Rien n’est formalisé à propos du service promis par l’Etat à ses citoyens, rien ne dit ce qui adviendra en cas d’échec dans la fourniture de ce service, rien ne précise le prix que les « consommateurs » d’un tel « service » devront payer. Bien au contraire, c’est l’Etat qui fixe arbitrairement les règles du jeu et qui s’arroge le droit de les modifier en cours de partie, en légiférant. Vous comprenez bien qu’un tel comportement serait inacceptable de la part d’un prestataire privé. Imaginez une seconde une entreprise de sécurité (de police, d’assurance ou d’arbitrage) qui vous propose le deal suivant : « Je ne vais rien vous garantir contractuellement. Je ne vous dirai pas ce que je m’engage à faire si, d’après vous, je ne remplis pas mes obligations. Dans tous les cas, je choisirai seul le prix que vous devrez payer pour obtenir ce service indéfini. » Un tel prestataire serait immédiatement éliminé de n’importe quel marché concurrentiel : il n’y aurait aucun client pour ce genre d’offres.
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DB : Donc, vous réfutez le fait que nous ayons besoin de l’Etat pour nous défendre ?
HHH : Absolument. L’Etat ne nous défend pas, c’est même tout le contraire ; l’Etat nous agresse et utilise ce qu’il nous a confisqué par l’impôt pour se défendre lui-même. On peut définir l’Etat standard comme une agence ayant deux propriétés particulières et liées entre elles. D’une part, l’Etat exerce un monopole localisé de décision en dernier ressort. Cela signifie que l’Etat a le dernier mot dans chaque conflit qui survient sur le territoire qu’il contrôle, y compris les conflits dans lesquels lui-même et ses agents sont impliqués. On ne peut pas faire appel lorsque l’Etat décide en dernier ressort. D’autre part, l’Etat détient le monopole de la taxation sur un territoire donné. L’Etat est une organisation qui fixe de manière unilatérale le prix que doivent payer ses sujets pour les services de décideur en dernier ressort qu’il leur fournit. On peut facilement prévoir les conséquences d’un tel montage institutionnel. Premièrement, au lieu de régler les conflits, l’Etat-monopole de la décision en dernier ressort va causer et provoquer des conflits à son propre avantage. L’Etat ne protège pas la loi mais la pervertit par l’inflation législative. Contradiction numéro un : l’Etat est un protecteur de la loi qui enfreint la loi. Deuxièmement, au lieu de défendre ou protéger qui que ce soit, l’organisation qui détient le monopole de la taxation va inévitablement chercher à maximiser ses dépenses de protection tout en minimisant la production effective de protection. L’Etat se porte d’autant mieux qu’il dépense plus d’argent avec moins d’efforts. Contradiction numéro deux : l’Etat confisque les biens d’autrui qu’il est censé protéger.
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DB : Comment définissez-vous la liberté ? Comme l’absence de contrainte de la part de l’Etat ?
HHH : Une société est libre dès lors que l’on reconnaît chaque personne comme le propriétaire exclusif de son corps physique (qui est un bien rare), que chacun est libre de s’approprier des biens auparavant sans propriétaire, que chacun est libre d’utiliser son corps et ses possessions pour produire ce qu’il souhaite, et que chacun est libre d’échanger contractuellement ses biens avec autrui de n’importe quelle façon jugée bénéfique par les deux parties. Tout ce qui interfère avec ces quelques règles constitue une forme d’agression. Une société est d’autant moins libre que ces attaques envers la liberté sont nombreuses.
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DB : Dans notre journal, nous avons souvent rappelé que les Sept Collines de Rome étaient initialement des sociétés indépendantes, tout comme les cités italiennes de la Renaissance ou les treize colonies de la république américaine. Il semble que tous les grands Empires commencent modestement sous la forme de petites communautés, où chacun garde la possibilité, en cas d’oppression, de quitter l’une pour refaire sa vie dans celle d’à côté. Comment expliquer la pente centralisatrice des Empires ? Sur quoi repose-t-elle ?
HHH : Tout Etat commence petit. Il est effectivement assez simple de s’enfuir d’un Etat de taille réduite. Mais n’oublions pas la nature agressive des Etats, comme je l’ai déjà expliqué. Ils sous-traitent le coût de leur agression auprès des contribuables. Ils n’aiment donc pas voir des personnes productives quitter le territoire, aussi, étendre leurs frontières permet de limiter les fuites, en quelque sorte. Plus un Etat contrôle d’individus productifs, plus il a de ressources à extorquer et donc mieux il se porte. Dans ce jeu expansionniste, les Etats s’affrontent donc entre eux : sur un territoire donné, il ne peut y avoir qu’un détenteur monopolistique de la décision en dernier ressort. La compétition entre Etats est éliminatoire. Soit l’Etat A gagne et contrôle le territoire, soit c’est l’Etat B. Or, qui gagne en réalité ? Au moins à long terme, c’est l’Etat qui peut vivre au crochet de l’économie la plus productive qui l’emporte – et qui agrandit donc son territoire et ses revenus fiscaux. Ainsi, toutes choses égales par ailleurs, ce sont paradoxalement les Etats les plus libéraux (qui laissent donc davantage prospérer leurs citoyens) qui l’emportent sur les Etats moins libéraux, les plus tyranniques.
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Mais tout Empire porte en lui les germes de sa propre destruction. Plus un Etat se rapproche de l’utopie d’un gouvernement mondial, plus il a de raisons d’abandonner son libéralisme intérieur et de suivre sa pente répressive, en exploitant sans limite les habitants productifs qui demeurent sous son autorité. La pénurie de nouveaux tributaires à exploiter et la baisse de la productivité intérieure rendent alors insolvables les politiques intérieures de l’Empire. La crise survient et la perspective d’un effondrement économique pousse à la décentralisation, incite les mouvements séparatistes et sécessionnistes, si bien que l’Empire finit par craquer. C’est ce qui est arrivé à la Grande-Bretagne, et c’est ce que nous observons aujourd’hui avec les Etats-Unis et leur Empire vacillant.

Les impôts sont-ils compatibles avec la liberté individuelle et les droits de propriété ? Y a-t-il un taux de prélèvement à partir duquel il n’y a plus de compatibilité ?
Non. Quel que soit le taux de prélèvement, les impôts ne sont jamais compatibles avec la liberté individuelle et les droits de propriété. Les impôts sont un vol. Naturellement, l’Etat, ainsi que ses agents et alliés tentent de leur mieux de dissimuler ce fait, mais cela ne peut pas être dissimulé. A l’évidence, les impôts sont tout le contraire de paiements ordinaires et volontaires en échange de biens et services : vous n’êtes pas autorisé à mettre fin à ces paiements si vous n’êtes plus satisfait du produit. Alors que vous n’êtes pas puni si vous arrêtez d’acheter des Renault ou du parfum Chanel, vous êtes envoyé en prison si vous arrêtez de payer pour les écoles ou universités publiques aussi bien que pour le faste de Monsieur Sarkozy. De même, il est impossible de considérer les impôts comme un simple loyer, à la manière de ce qu’un locataire verse à son propriétaire, parce que l’Etat français n’est pas le propriétaire de toute la France ou de tous les Français. Pour devenir le propriétaire, l’Etat français devrait être en mesure de prouver deux choses : que lui, et lui seul, possède tout centimètre carré du pays, et qu’il détient un contrat de location avec chacun des Français quant à l’usage, ainsi que le prix d’usage, de cette propriété. Aucun Etat – pas plus l’Etat français que l’Etat allemand ou l’Etat américain – ne peut prouver cela. Ils n’ont aucun document à cet effet et ils ne peuvent présenter aucun contrat de location. Il n’y a donc qu’une seule conclusion : la fiscalité, c’est le vol et le brigandage par lesquels une partie de la population, à savoir la classe dirigeante, s’enrichit au détriment du reste de la population, à savoir les gouvernés.