dimanche 6 novembre 2016

Un week end (presque) sans enfants

Un week end avec simplement deux enfants c'est : passer le samedi après midi vautrée dans son salon sans être interrompue toutes les minutes par un "M'man" intempestif. Aller sur son ordinateur, sans tomber sur un youtube quelconque du Pamalshow alors qu'on était plongée dans un article de Contrepoints et sans remettre ses codes de sa cession alors qu'on l'a quittée 5 minutes auparavant pour essuyer les fesses de la dernière; ne pas revenir dans la cuisine se faire un petit café à la bouilloire qu'on avait préalablement remplie et mise en route une minute avant et qui se retrouve inexplicablement vide. La cuisine qui était à peu près rangée et dont il faut maintenant vider le lave vaisselle qui vient pour la 3ème fois de la journée sonner la fin du programme juste au moment où vous entrez pour ce foutu café. Personne, sur les 10 personnes grouillant dans la maison ne l'a entendu sauf VOUS. Vous repartez ensuite rallumer votre ordi. Mais dans le couloir un des jumeaux brandit un cahier d'où s'échappent une dizaine de feuilles volantes mal collées pour vous demander des éclaircissements sur la démographie chinoise. Vous repartez dans le salon avec de la colle, un stylo pour refaire le cahier et corriger les fautes du cours. En repassant par la cuisine, vous remarquez que la table est recouverte de miettes, de briques de jus de fruit renversées, et que le chat adore la brioche dont il déchiquette une tranche sous la table. Nettoyage, rangement, aspirateur. 3ème ou 4ème fois, l'aspi. Vous estimez qu'il est temps de sortir les troupes pour une promenade et beuglez à l'aide sur votre mari réfugié dans son bureau bunker en train d'essayer de trouver des solutions pour combler le trou béant de votre trésorerie. "JE TRAVAILLE MOI" Entendez-vous des profondeurs de la maison. Finalement, le mari a besoin de sortir aussi et emmène quelques gamins traînant par ci par là en ballade. Vous soupirez d'aise en pensant à ce moment de calme et de sérénité. Malheur! vous avez oublié d'emmener l'ado numéro 5 acheter une paire de baskets; il surgit en tshirt déchiré, et chaussettes sales pour vous le rappeler. Vous partez sur les chapeaux de roues en espérant que votre mari ne s'apercevra pas de votre absence et surtout de la nouvelle dépense. Quand vous revenez, trop tard, le mari et les mouflets sont dans la place et vous faites rentrer l'heureux gagnant avec ses nouvelles chaussures par une porte dérobée. Ses 5 frères l'attendent malheureusement et crient au favoritisme. Le mari s'en mêle et je fais valoir une fausse promotion. Puis je ressors mécaniquement l'aspirateur, le retour de la ballade signifiant l'arrivée de monceaux de gadoue partout. Tout ceci nous mène quand même au dîner du samedi soir, j'ai préparé un "four s'y tout", fameux gratin constitué de restes de la semaine. Le mari estime que tout ceci n'est pas très cétogène. Les gosses estiment que c'est bien trop cuit. J'estime qu'il est temps d'aller prendre mon bain. Dimanche matin, vous vous levez aux aurores sans faire de bruit pour tenter de petit déjeuner dans la solitude. A peine arrivée dans la cuisine, un diablotin à longues boucles qui vous guettait depuis 5h du mat surgit. Vous ne pouvez que l'embrasser et lui témoigner votre bonheur d'être ainsi accueillie... Roulement de tambour dans les escaliers; les garçons descendent et se battent immédiatement pour le reste de brioche non dévorée par le chat. La cuisine est un champ de bataille, Alep et Mossoul réunies. Vous vous la jouez autiste et préparez un café. Vous foncez dans votre bureau pour découvrir qu'internet a sauté. Vous retournez au salon pour comprendre que la soirée devant la téloche des enfants a été non seulement culturelle (Danse avec les stars) mais sportive (tous les coussins sont éparpillés, les chaises renversées, la table basse bourrée de vieux restes). Aspi. Vous finissez par tenter de trouver une jupe et un collant non filé pour vous habiller festivement pour la messe. Vous faites de même avec votre lutin de 5 ans ("mets ta jolie robe bleue!"); vous remontez en courant, en vous brossant les cheveux et en braillant aux garçons d'aller à la voituuure. Ils arrivent en ordre dispersé, avec pour un son tshirt sale de la veille mais ses nouvelles baskets de foot aux pieds, et pour les autres des tenues chiffonnées et sans veste alors qu'il fait -2 dehors (donc -5 dans l'église). Vous recommandez précipitamment à votre mari installé au volant d'acheter pour le déjeuner non pas un poulet mais deux! La voiture démarre et en levant la tête par hasard, vous apercevez votre fils aîné à la fenêtre de la douche, à poil, en train de vous faire des signaux désespérés. On l'a oublié, comme d'habitude... Aujourd'hui, rien de tout cela, nous en avons deux simplement et nous errons avec mon mari dans une maison vide, ça nous fait tout bizarre. Dieu merci, dans 5 heures, la bataille reprendra.

mardi 6 septembre 2016

Rentrée 2016




Reprise, après deux mois de conduite du Jumpy familial, de la petite Mégane couleur rouille ( en fait authentiquement rouillée) pour le quotidien. Il faut que je ré-apprenne à jouer des pédales et du levier de vitesse pour accélérer de temps à autre, tout ceci sous fond de Gladiator qui tourne en boucle dans une clé USB fatiguée, avec une fenêtre qui ne se ferme plus qu'aux trois quarts et des portières cabossées. La clé de contact est tordue il faut la manier avec délicatesse sous peine de rester planté sur les parking à tout jamais. Un chapelet en plastique blanc accroché au rétro dont la croix machouillée pandouille et ballotte au gré des cahots. Parfois j'attrape d'une main ce Christ broyé pour lui éviter un mal au cœur trop violent. Je le protège et Il me rassure. "Are you alive?!" Beugle Gladiator dans le poste. Hé bien, je fais ce que je peux pour le demeurer.

mercredi 13 juillet 2016

Waiting for a sign




Ce soir avec une de mes filles, mon regard porte dans les champs,
Voit une dizaine de biches et de cerfs qui avancent lentement.
A l'aube avec un de mes fils, en voiture le soleil se lève
Mon regard porte au loin et scrute l'horizon avec fièvre

Au milieu des ténèbres, dans la nuit profonde
Vas-tu, Seigneur partager ta lumière?
Je guette le signe de mon Dieu, un signe de ma foi.

Dans l'église, tous s'agitent bruyamment, les voix percent
Cris des bébés, des chœurs et les prières éclatantes du prêtre.
Dans la cuisine, dans la solitude, le repas s'édifie
Pour le soir, pour ceux qui rentrent tard leur journée finie.

Au milieu des ténèbres, dans la nuit profonde
Vas-tu, Seigneur partager ta lumière?
Je guette le signe de mon Dieu, un signe de ma foi.

Au milieu de la grande métropole, je marche dans les rues populeuses
Croise le regard fou d'un clochard, qui oscille dans un état affreux.
Tendue vers tous ceux qui sont partis pour un temps
Je vis de leur vie, je meurs avec eux, mon mari, mes enfants

Au milieu des ténèbres, dans la nuit profonde
Vas-tu, Seigneur partager ta lumière?
Je guette le signe de mon Dieu, un signe de ma foi.

En lisant tes paroles que tu murmures doucement
Que tu transmets au fil du temps et à contretemps
Le mystère révélé aux sages et aux tout petits
A ceux qui n'écoutent pas que leurs envies

Au milieu des ténèbres, dans la nuit profonde
Vas-tu, Seigneur partager ta lumière?
Je guette le signe de mon Dieu, un signe de ma foi.

Au travers de la douleur des amis, d'un peuple, de parents
A porter comme jadis tu portas notre péché, oh Dieu défaillant
A l'élévation, à genoux derrière une chaise je t'aperçois
Oh Christ, dans l'Hostie qui se dresse et se déploie

Au milieu des ténèbres, dans la nuit profonde
Vas-tu, Seigneur partager ta lumière?
Je guette le signe de mon Dieu, un signe de ma foi

Le signe de la Croix!




lundi 27 juin 2016

Maurice G. Dantec

Vieux texte que je republie en hommage à Maurice G. Dantec

Deux jours de voiture avec la lecture en parallèle de Villa Vortex et American Black Box. Les rares fois où j'ai pris le volant, j'ai vu ma vie défiler avec celle de mes enfants ( deux accidents évités de justesse) et mon cher mari a fini par me dire : "tu lis, je conduis."Le Diable était enragé... Depuis que je lis Dantec, je suis comme Kernal dans Villa Vortex : je découvre "la théorie", c'est à dire je lis et ces lectures deviennent une forme d'arme absolue. Je n'en avais pas conscience tout en en ayant très vaguement l'intuition depuis toujours. Maintenant la question : pourquoi une mère de famille ? Je n'ai pas de réponse. Ecoutez donc cela :

"J'étais devenu un combattant de la Théorie, un moine-soldat, le guerrier d'une armée secrète, sans nom et sans visage, le réseau de la nuit, l'armée des morts." (Villa Vortex, Folio S.F. p321). Je continue :" Mon cerveau : une usine à cartes, un monstre machinique qui s'étoilait tel un réseau par-dessus le monde en son entier, une gigantesque toile d'araignée qui traçait et retraçait les parcours virtuels d'auteurs probables de crimes qui n'existaient pas."

"J'étais devenu un appendice de la bibliothèque de Wolfmann. Un appendice qui se nourrissait de ce qui le dévorait, c'était assez paradoxal tout ça, mais je m'y étais fait, aux paradoxes."

Je lis. Tout. Le jour, je travaille et je m'occupe de mes enfants, je suis une mère de famille. La nuit, en voiture, en vacances, je lis. C'est à dire j'oppose à ce monde qui est le mien et qui se désagrège une forme de rec-tification et de re-construction. Singulière.Et à chaque commentaire de l'un d'entre vous, commentaire unique et singulier, le monde se rec-tifie, me semble t-il.

J'ai esquivé le combat pendant 15 ans. Je n'ai pas ouvert un livre digne de ce nom pendant 15 ans. Mais maintenant, je ne peux plus esquiver quoi que ce soit. J'ai lu dernièrement L'obscurité du dehors de Cormac MacCarthy. Une lecture entière pour une seule phrase que je me suis prise dans la tronche :

"Vous avez peur toute seule ? Un peu. Des fois. Pas vous ? Oui m'dame. J'ai toujours eu peur. *Même quand y avait personne d'assassiné nulle part."

Alors, bon, j'ai toujours peur, n'est ce pas, mais je témoigne quand même. "Ce qui compte, Kernal, c'est la connaissance. Ce qui compte c'est la poursuite de la Théorie." (P327) "La lecture du livre ne me fut évidemment d'aucun secours sur le plan concret entendu comme tel par nos supérieurs, ce n'était pas ce qu'escomptait Wolfmann au demeurant, sans doute voyait-il déjà plus loin que ce qui pendait au nez."(P328)

"Au fil des kilomètres mon cerveau s'engage dans une lutte contre l'entropie, au fil des kilomètres il redéfinit de nouveaux contours, de nouvelles possibilités, de nouvelles questions." (P335; ça, c'était cette après midi en bagnole; en fait, c'est tout le temps.)

"Vous n'êtes pas habitué. Vous manquez de discipline" dit Wolfmann au pauvre Kernal qui se tue à la tâche (la lecture).Il lui propose de la méthédrine. Excellent pensais-je en moi-même mais c'est pas le top du top. Vous voulez connaître la meilleure des drogues ? Ah! Ah! Voyons! réfléchissez! Que peut-être la meilleure des drogues pour une mère de famille? Ses enfants, bien sûr. La vraie, la seule, l'unique drogue qui fait qu'on peut tenir une nuit entière sans dormir , que l'on peut se battre contre plus fort que soi et le battre bien sûr...

Je continue : "En tous cas, une chose était sûre désormais : devenir, tout en l'écrivant, le personnage d'un roman non écrit, revenu par miracle du trou noir de l'Europe, me paraissait nettement plus enthousiasmant que de vivre sans fin cette réalité, dite " quotidienne" et saccagée par la petitesse des rêves....Le livre aurait raison du monde" 

En quoi lire tel ou tel livre de Dantec ou d'un autre écrivain est essentiel demande benoîtement X. Essentiel ? Vital me paraît plus approprié. Je vous livre un passage de ce livre extraordinaire, La source vive, d'Ayn Rand, ( dont je vous parlerai peut-être un jour car toutes mes lectures se recoupent et forment une carte du monde :" L'Enigme du Code m'obsédait" ( Villa Vortex P518 ) )

"Il se demanda pourquoi il éprouvait comme un sentiment d'attente. L'attente d'une explosion au-dessus de leurs têtes. Cela lui parut d'abord stupide, puis il comprit. C'est exactement ce que doit ressentir, se dit-il, un homme terré dans un trou d'obus. Cette chambre n'est pas simplement le témoignage d'extrême pauvreté, elle est l'aboutissement d'une guerre, dont les dévastations sont plus terribles encore que celles que peuvent causer les armes de tous les arsenaux du monde. C'est une guerre contre un ennemi qui n'a ni nom, ni visage."

Un livre peut provoquer une forme de déflagration nucléaire dans un cerveau. C'est ce qui s'est passé pour moi. J'espère que ce type de déflagration s'opérera dans des cerveaux mieux constitués que le mien. D'un autre côté, il est écrit quelque part dans le Livre :"Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits." ( Matthieu, 11; v. 22)

"All the secrets are in the black box, but the secret itself is the black box.
Car ici cet endroit ne peut apparaître que pour vous seul. Je ne parle pas de la version vulgaire et "individualiste" de ce qu'il est convenu d'appeler l'American Dream...ni de sa figure dialectique millérienne du "Cauchemar climatisé"...Non je parle d'un "endroit"vraiment singulier, disons d'un nexus du temps et de l'espace qui vous apparaît, pour vous et vous seul, expérience intransmissible et qui s'annonce telle, alors même que vous vous y attendiez le moins." ( American Black Box, p457

Une lecture ? Qu'est ce que cela provoque en nous qui sommes des "tête de lecture expérimentale" ( Villa Vortex, p 831).Une déflagration nucléaire...Mais encore? avez-vous l'audace de demander, comme des enfants qui ne doutent de rien et veulent toujours plus...Dantec répond : "C'est en toi, tête de lecture, que devait se dérouler l'expérience de la narration, c'est toi qui étais visé en premier lieu par ce voyage aux confins de notre infra-monde en errance..." "C'est toi qui a pérégriné de mondes en mondes, qui ne sont qu'un seul, le nôtre."
Qu'avons nous gagné à cette pérégrination infinie, continuez vous de demander avec l'inconscience qui caractérise les enfants, car vous êtes des enfants et des enfants très spéciaux, n'est ce pas ?
"J'espère que tu auras compris que cette mort biologique partielle n'est que le prix à payer pour que l'économie du Don en toi, peut-être, se fasse jour." ( p 835)
Oui, j'espère aussi que le Verbe vous parle de l'intérieur maintenant que vous avez refermé le livre.

lundi 6 juin 2016

6 Juin 1944; 6 Juin 2016

Au cimetière américain de Colleville, week end de la Toussaint


Hey Guys ! Regardez qui s’en vient de par chez nous 
En cette Toussaint ! Une petite dame, ses rejetons et son mari,
Une dame qui en cache un neuvième dans son ventre rond
Mais nos yeux défunts ont le pouvoir de percer murailles aujourd’hui.

Accompagnons, soldats, la petite famille venue nous visiter
Penchons-nous courtoisement vers madame et monsieur,
Instruisons de nos récits héroïques tous les mouflets
Montrons leur le vrai visage de la liberté, tout son enjeu.

Comme des bonnes fées penchées sur l’invisible berceau,
Les héros morts du Débarquement chuchotent mille histoires
Vraies, leurs combats, leur sang, leur sueur et leurs larmes
Qui ont donné la victoire et creusé leurs tombeaux.

Comme des bonnes fées penchées sur l’invisible berceau,
Ils sollicitent pour le futur enfant  les antiques vertus des héros
Résistance ! Honneur ! Courage ! Voilà tout ce qu’il te faut
Petit d’homme ; prends tout déjà en ton cœur, soit fort et beau !

Je salue bien bas ces chers compagnons, j’arrivais épuisée
De multiples pérégrinations ; vidée par mes errances,
Accablée de résignation ; vaincue par avance,
Morne attitude, yeux baissés, épaules voûtées

Et c’est ici, bien sûr, en cette demeure de Colleville
Qu’il me fallait être aujourd’hui avec toute la famille
Retrouver force et détermination, vite se redresser
M’abreuver à la source vive et ultime de la Liberté.
















Ils ont réussi. 

On aperçoit la représentation du poignard des Rangers planté symboliquement en haut des falaises qu'ils ont escaladé sous le feu ennemi. Ils étaient 225, mais seuls 90 ont survécu.

Paysage lunaire, l’herbe rase et le sable morcelé de cratères,
C’est la Pointe du Hoc, dans notre France, en Normandie.
Au matin du D-Day, le 6 juin, de vaillants soldats, les Rangers
Ont pris d’assaut ce point stratégique, c’était le Jour-J.

Le jour de tous les possibles parce qu’ils y croyaient
Contre tout entendement, au delà de toute raison.
Bras armé, couteau entre les dents, à l’assaut des falaises
Une seule idée, grimper, tuer et faire taire les canons !

Contre tout entendement, au delà de toute raison,
Ils ont réussi !! Et moi je tombe à genoux, sur le sable
Gorgé du sang de ces hommes inhumains et la vague
Emporte tout le désespoir, toutes les larmes du monde.

Ils ont réussi.

dimanche 22 mai 2016

Dimanche de la très Sainte Trinité

Dimanche de la Très Sainte Trinité

     
Psaume 8,4-5.6-7.8-9.
"À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, 
qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ?"
 




  Visite de la Très sainte Trinité                                        

Un matin, un beau et doux et tranquille matin,
Les deux petits enfants, deux jumeaux, deux frères
Jouaient, dans la chambre, à l’ombre de leur mère
La fenêtre était fermée, elle regardait le jardin.

Les amours, les chérubins tous deux paisibles
Elle regardait les enfants et de cette paix
Matinale, miraculeuse et indicible,
Elle invita Trois Amis à en partager les effets.

Pas n’importe qui : les trois Personnes de la Très Sainte Trinité.
Quelle audace ! pensa t-elle, soudain alarmée.
Oui mais que de grâces ! rétorqua t-elle aussitôt rassérénée.
Tout était dit ; s’installaient déjà les Divins Invités.

Devant la fenêtre, dans le jardin, trois chaises blanches
Vides en apparence mais la mère voyait converser,
Le Père et le Fils et le Saint-Esprit en toute simplicité,
Comme sur l’autel, à la messe, le dimanche.

Venus seuls, cependant, sans la cohorte d’anges
Profiter d’une pause dans le monde, des roses, du silence
La mère retenait son souffle, ravie, aux anges :
Merci Monseigneur de votre venue en toute confidence.

Un cri soudain rompt le bel enchantement :
Deux petits coquelets qui se volent dans les plumes
Horrifiée, Maman se penche vers les deux enfants
Pour rétablir le silence, la paix, autant dire la lune.

Les Trois Personnes, le Dieu-Trinitaire, devant ses créatures
Se lève majestueusement; Il aime tout chez elles,
Surtout leurs colères, leur inconscience, pécheresse nature
Dont Il vient, par un signe de Croix, les délivrer.

Oui, Il aime tout de ses créatures, le Divin Invité
A la fenêtre, à la porte, Il attend patiemment
Console les enfants qui pleurent affligés
Les remet à la mère et s’en va doucement.

jeudi 5 mai 2016

Ascension

"c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours"

C'est l'Ascension, Jésus emporté au Ciel.
Et nous qui levons les yeux vers les hauteurs,
Tous les jours nous dressons la tête vers l'ailleurs
Attentifs, guettant ce qui doit arriver, et le sel, et le miel.

Tous les jours, prêts au pire ou au meilleur,
Nous traquons au travers du fil des épreuves,
La crête ou l'horizon d'une vie dure, sans saveur
Qui apparaît, parfois, et nous rend plus léger.

Où est-il ce Seigneur emporté dans l'horizon
Que recherchent nos yeux brûlants et aveuglés
Nos corps tristes à mourir et desséchés,
Ce paradis perdu au bout de notre monde.

Nous avons oublié, nous avons mal lu
Les paroles simples et sages d'un Dieu
Enfant dans la crèche soudain apparu
D'un Dieu sanglant suspendu sous les cieux

Nous avons lu et relu la carte sacrée
Avec l'idée que Dieu n'était plus à notre portée.
Les yeux ouverts alors qu'il nous fallait les fermer
Le Code était en nous, dans nos cœurs imprimés

La promesse du Ciel c'est au fond de nos âmes,
Cristallisé dans notre essence même, une ligne pure
Le sceau gravé par l'Esprit Saint et sa flamme,
Dieu s'en revenait en Paradis dans l'homme perdu.