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mardi 17 novembre 2020

Journal du deuxième confinement, Mardi 17 Novembre, Louis-Ferdinand Céline



 Le groupe de prière des mères fonctionne ainsi (quand nous le faisons mais pas pendant le confinement, non non!) : nous nous réunissons avec les bébés pour celles qui en ont, nous prions avec le livret de prière des mères puis nous prenons un café et discutons de mille choses, échangeons des vêtements, des chaussures, des livres, des fruits, des recettes. Bref, c'est une façon particulière de prier, une façon féminine je suppose.

Cet après-midi, catéchisme à l'école, pour les plus petits. Je ne sais pas ce qu'il y avait dans l'air mais les enfants étaient particulièrement agités. Impossible de les tenir, je leur racontais la création des anges et le basculement de certains en démons, et ils se comportaient pour la plupart comme des diablotins avec des minois d'angelots. Je suis repartie complètement sonnée de cette séance. J'ai l'impression que leurs anges gardiens s'étaient tous barrés se reposer quelque part, très loin d'eux. Tout fout le camp.

J'ai écouté cette émission sur Louis-Ferdinand Céline, en dépit du fait que je suis complètement étrangère au site dans lequel cette émission a été enregistrée. Je trouve que c'est une magnifique "exposition" de Céline et les arguments, sur les sujets les plus polémiques, rationnels.


https://www.egaliteetreconciliation.fr/Pourquoi-tant-de-haine-33-Louis-Ferdinand-Celine-avec-Lounes-Darbois-61782.html

samedi 15 décembre 2018

Dans le ciel où rien ne luit

"Notre vie est un voyage
Dans l'hiver et dans la nuit
Nous cherchons notre passage
Dans le ciel où rien ne luit."


"Tous les dieux, les cieux, les enfers sont en toi" (13 hours, le film)

 "L'épigraphe du Voyage est d'autant plus extraordinaire qu'elle est semble-t-il inventée par Céline..."(...)
"Dans ce ciel où rien ne luit, dans cette nuit, quelle est donc la nature précise du jour qui poindra au bout du voyage, au bout de la nuit ?" (Lounès Darbois)

"Depuis qu'il a levé l'étendard de la Croix, c'est à son ombre que tous doivent combattre et remporter la victoire" (Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus)


"Or, des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et dirent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître? En effet, nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l'adorer" (Mathieu, 2.1-2)




Nous cherchons dans l'univers
Une lueur, un espoir, une vie
Nous n'avons rien compris
Au voyage,
C'est dans la douleur, c'est en nos enfers
Que surgit l'amour, que naît la vie

Je Suis Celui qui Suis

Notre ciel étoilé est trompeur,
Les Rois Mages l'ont vite appris
Lorsque l'étoile a disparu, a fui
Ils ont poursuivi avec ardeur
Dans l'étable, l'hiver et la nuit.
Ils ont trouvé le Maître de la Vie

Le Chemin, La Vérité, la Vie

C'est d'un cœur brisé et noyé
Que naît le feu de l'Esprit
C'est dans une âme détruite
Faite de cendres et de péchés
De nos peurs et de nos rages
Que le Christ se fait passage.

L'Agneau de Dieu que voici

Rendus à notre vallée de larmes, notre terre,
Sous notre ciel où rien ne luit,
C'est à genoux et en nous-mêmes
Quand tout est foutu, tout est fini,
Sous le joug si lourd de nos peines
Que vient, dans le silence de nos nuits,

Notre Seigneur Jésus-Christ.

Sous notre ciel où rien ne luit,
Si ce n'est l'ombre de ta Croix,
J'avance, Seigneur et je t'oublie
Je trébuche sur ma voie
Je désespère et Tu me pries
De lever les yeux de ma foi

Vers ta  Face, ma seule Patrie







mercredi 12 décembre 2018

Céline prophète de Matzneff, par Lounès Darbois

Je ne sais comment qualifier ce texte. Peut-être cette citation :

"Mais tout ceci ne serait rien si le diagnostic célinien était fait d'idées. Céline n'a jamais eu aucune idée sur rien, il a eu un vécu."

http://www.juanasensio.com/archive/2018/11/27/celine-prophete-de-matzneff-par-lounes-darbois.html#more




Notre vie est un voyage
Dans l'hiver et dans la nuit
Nous cherchons notre passage
Dans le ciel où rien ne luit.


mercredi 19 juin 2013

Céline et Jésus, par Lounès


"Pour rappel les Évangiles nous enseignent que seuls sont « vomis » les tièdes, textuel. Un jour si Dieu me prête vie je démontrerai que Céline était bien plus que chrétien, qu’il imitait, christique,  le monsieur de Nazareth à tel point qu’il s’était fait Jésus des Français. Cela pourra faire sourire mais que l’on regarde alors simplement le tout premier paragraphe de 4 lignes en exergue de Voyage au bout de la Nuit. Cette « chanson des gardes suisses » inventée qui parle de « passage », de « ciel où rien ne luit ». Est-ce que l’on sait ce que c’est que le massacre des gardes suisses? Vous voyez le jardin des Tuileries? Sur toute l’étendue du parterre des corps de soldats blonds immenses étendus et du sang absolument partout, et une foule hystérique excitée par des tribuns crochus (Marat…) qui crie victoire, prélude à tant d’autres massacres systématiques du brun sur le blond, du bis sur le clair, de l’épais sur le léger, du lourd sur le raffiné. Céline s’est dressé contre le sanhédrin, il a tout dit de ce qu’il avait vécu à la SDN, à New-York seul contre tous, à Los Angeles, à Londres, à Anvers… Né fils unique, mort conspué et détesté. Il a attendu d’avoir largement l’âge adulte pour entrer en « vie publique » et commencer à révéler tout ce qu’il savait. Il portait le prénom d’un roi et d’un saint (Louis) de sa race et de son pays, comme l’Autre qui descendait de David. Il n’a jamais adhéré à aucun parti ou groupement alors que c’était son intérêt. Il croyait en une sorte de vie cachée derrière la vie à tel point qu’il se refusait de prononcer certains mots trop intimes, comme d’autres refusent de prononcer le nom véritable de Dieu. Céline rejetait la religion mais était entièrement imprégné de la fidélité à une morale intangible pour laquelle il a fait le sacrifice du confort auquel il était appelé. A quoi résumer finalement les vies de Céline et de Jésus? A la Résistance (écrite pour Céline, orale pour Jésus) à une Occupation (de la France pour Céline, du Temple pour Jésus)."

samedi 25 mai 2013

Manif pour tous et fête des mères, 26 mai 2013
















Faut recréer tout ? alors parfait ! Mais faut pas se perdre dans les prostates, faut recommencer tout de l’enfance, par l’enfance, pour tous les enfants. C’est par là que (ça) commence aussi, à l’enfance et pas ailleurs, par la gentillesse unanime, l’envie que toute la famille soit belle, saine, vivace, aryenne, pure, rédemptrice, allégrante de beauté, de force, pas seulement votre petite famille, vos deux, trois, quatre mômes à vous, mais toute la famille bien française, le * en l’air bien entendu, viré dans ses Palestines, au Diable, dans la Lune. 
On se fout des enfants des autres ! Ça suffit bien d’élever les siens ! Chacun voit midi à sa porte ! Il faut que ça cesse ce genre hideux, une fois pour toutes ! que ça devienne incompréhensible cet égoïsme ès berceau. Il faut que les enfants des autres vous deviennent presque aussi chers, aussi précieux que les vôtres, que vous pensiez aussi à eux, comme des enfants d’une même famille, la vôtre, la France toute entière. C’est ça le bonheur d’un pays, le vrai bouleversement social, c’est des papas mamans partout. Le reste c’est que des emmerdements, des abracadabrantes combines, des fourbis chinois, des pitreries d’orgueil, hagard, absolument contre nature, qui peuvent finir qu’en catastrophes.
Les Beaux Draps, Céline

lundi 10 octobre 2011

Week end

"Plus loin que la route, c'est les arbres, les champs, le ramblai, des mottes et puis la campagne... plus loin encore c'est les pays inconnus... la Chine... Et puis rien du tout." (Céline, "Mort à crédit")











jeudi 23 septembre 2010

Houellebecq par Restif

A propos de l'entretien de Houellebecq avec Finkielkraut dont vous pouvez lire la retranscription ici au sujet de son dernier ouvrage, La carte et le territoire, des réflexions de Restif qui peuvent intéresser bon nombre d'entre vous et que je mets donc à l'honneur : 


J'ai été extrêmement touché par la parole houellebecquienne, par toute l'immense distance qu'on sent entre son personnage publique, les dithyrambes hallucinés des fans et journalistes et ce qu'il sait de lui-même, de sa place véritable dans l'histoire de la littérature. Cet écrivain  est d'une très grande finesse et d'une infinie sensibilité presque douloureuse à ressentir. Une chose est certaine en ce qui le concerne, il  a payé sa livre de chair, "son prix aux sorcières" comme le disait Céline, l'art d'écrire ne lui tombe pas du ciel, et l'une des clés de son succès est peut-être bien dans son authenticité. Au siècle de l'ersatz les gens ont désespérément besoin d'un peu d'authenticité comme d'eau fraîche. Cette "liberté" dont il parle, qu'il pressent donner, et qui est bien sûr d'abord une liberté du discours dans un monde politiquement correct, cette liberté est étroitement corrélée à cette vérité intime de l'être, ce qui sourd d'un homme et qui ne peut provenir que de la douleur. On ne ment pas à la douleur, et toute la distance qu'il réussit à maintenir entre lui  et l'horreur de vivre (n'étant pas croyant il n'y a à ses blessures passées nulles compensations si ce n'est celle dérisoire du succès médiatique et historiquement condamné, ce qu'il sait), toute cette distance donnée à ses livres cette texture de tristesse qui touche profondément les gens et donne son poids aux réflexions développées. Mais sans cette réalité de l'expérience douloureuse, déceptive,que l'on perçoit derrière l'écriture, reflet de l'homme, il ne pourrait y avoir cette correspondance étroite, amicale, entre Michel Houllebecq et son public.

" Il y a une poésie qui se crée au moment où l’inexactitude se perd" dit-il à un moment. Phrase très intéressante qui témoigne d'un amour de la perfection, d'une admiration éperdue pour l'excellence, il y a là aussi à mon sens une clef pour la compréhension de ce qu'il aime et admire dans la science, cette poésie qui surgit de l'exactitude parfaite (on sait qu'on ne peut être grand mathématicien sans être suffisamment poète, c'est quelqu'un de la taille d' Einstein  ou de Bohr qui l'a dit). C'est très baudelairien aussi, cette quête d'une adéquation parfaite entre fond et forme, et ici on se souviendra non seulement de l'admiration de M.H pour Baudelaire mais plus encore de ce qu'il est, aussi, poète. "Croyez aux mètres poétiques anciens, aux formes passées" a-t-il écrit je ne sais plus trop où. Il y a peut-être de ça dans son usage d'une forme très classique, 19èmiste, le désir d'être un artisan  aussi parfait que possible dans l'emploi d'une forme, quitte à lui sacrifier la position de novateur. Quand on ne peut pas être Proust ou  Céline, reste à conter aussi  bien que possible, en réutilisant tout ce que les plus grands maîtres -surtout Balzac et Flaubert (beaucoup Flaubert, énormément même; il y aurait long à dire)- ont si bien mis au point.C'est une forme de modestie. Il y a  une forme de renonciation pour parler au plus grand nombre, pour avoir cette utilité sociale dont il parle et qui, à mon sens, est son dernier grand espoir, ce qui le fait encore vivre.

Je partage l'analyse de Houellebecq sur la Première Guerre Mondiale : 14 -18 = fin de la France en tant qu'elle était encore spirituellement une grande puissance. La saignée l'a épuisée, lessivée. Ce n'est pas seulement que "les meilleurs sont morts" (Péguy tombé en 14, symbole!), ceux qui s'en sont tirés en ont été tellement marqués qu'il en est sorti une littérature du désespoir, cynique, comique, épouvantablement triste au fond et d'une lucidité terrible sur les forces qui transformèrent le monde en abattoir. Ainsi Céline, qui a quand même réinventé la littérature, non pas seulement sa forme mais la vision même qu'elle offrait de l'homme jusqu'à sa venue. Le voyage au bout de la nuit fut une Amérique nouvelle, un continent qui se dévoilait d'un coup, une Apocalypse -ce qui signifie aussi "Révélation" .
On méconnaît aujourd'hui encore (on s'est habitué...) le choc que fut Le voyage qui féconda la littérature à tel point qu'on lui doit Miller, Kerouac, (jusqu'à Bukowski et Fante), l'apparition d'une écriture plus crue, plus âpre, l'introduction de l'oralité et la réincarnation du picaro mais désormais un picaro sans Dieu. Et il y aurait bien plus à dire. Trotsky (et oui : remarquable lecteur)  fut le seul à comprendre  immédiatement, contre toute la critique,  que Céline n'était pas de gauche, que c'était le roman de l'écrasement de l'homme moderne qui trouvait la pour la première fois son illustration (on oubliera pas que Sartre pris une phrase de Céline comme épigraphe à La nausée : l'existentialisme provient de Céline). Houllebecq doit beaucoup à Céline, mais il n'a pas commis l'erreur de vouloir imiter son lyrisme (l'erreur de Nabe?). Céline a donc tiré son pessimisme comique grotesque de la guerre, toute sa vision de l'Homme comme créature écrasée par les puissances dantesques de la technique moderne, laquelle se découvrir d'un coup sous la forme des obus et de la mitraille. On pourrait ajouter les noms de Drieu, Aragon, Junger, deBreton, médecin soignant les traumatisés, toute la littérature a reçu la guerre dans sa chair, l'écriture a été portée sur les fonds baptismaux d'une horreur impensable jusqu'ici : dadaïsme,surréalisme, politisation de l'écriture (ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le premier roman de Drieu est 'La comédie de Charleroi), toute l'écriture tente de se réassembler sur une image de l'homme tombée en morceau avec la civilisation qui la portait.
Il y aurait aussi à méditer sur le début de l'épuisement, de la disparition de l'Art (peinture, musique) en corrélation avec cette boucherie (qu'on doit au fait que Guillaume croyait la race allemande supérieure, déjà , et oui, j'ai lu certaines de ses lettres incroyables). Enfin, je pourrai y passer deux pages, mais M.H semble bien analyser la grande guerre comme ce moment unique dans notre histoire où la France a déposé sa couronne de grande puissance historique et morale (et puis il y avait alors encore les colonies), où elle a renoncé à un effort trop immense. Et il est même particulièrement fin en choisissant l'année 1917. En effet, c'est l'année où LA MOITIE de l'armée française entre en mutinerie. Il faudra en fusiller des centaines (je ne connais pas bien les chiffres) et envoyer Pétain discuter avec les hommes, Pétain seul chef respecté voire aimé du poilu. N'empêche, les français que la république avait accoutré en soldats et avait envoyé par masses entières au laminoir en sortir à tout jamais guéri de la « grandeur » (nos pertes ne furent si énormes que par l'incurie du commandement, l'époque où on faisait faucher une division pour conquérir 20 mètres histoire d'avoir un bulletin à faire sonner dans les journaux. Lire Galtier-Boissière, caporal de rang, 2 ans au front dont un hiver à Souchez et en Artois.). Tout ça pour rien. C'est l'arrivée des américains qui donna le petit plus nécessaire pour la victoire, les deux armées étaient épuisées (et l'Allemagne avait le double d'homme faut dire. Car il ne faut rien retirer à l'héroïsme des poilus. L'homme que peint aujourd'hui Houllebecq est l'arrière-petit fils d'un massacre, son nihilisme est tout, sauf gratuit. Il ne lui reste plus que l'espoir de trouver un peu de tendresse avant le sommeil éternel...

jeudi 24 juin 2010

Nativité de Saint Jean-Baptiste : méditation sur la différence entre le bruit et la fureur.



"Il a fait de ma bouche une épée tranchante"

"Je suis la voix qui crie dans le désert !
Rendez droit le chemin du Seigneur,"

"Ne crois pas, ô terre, que j'adresse à toi ma plainte. Tu n'es que le   théâtre, tu n'es pas le but de mes cris et je ne te permets pas de les garder un seul instant dans tes entrailles. Il vont à Dieu, à Dieu seul.  Ne les retardes pas, ils sont pressés. Ils parlent de toi, ils ne vont pas à toi. Mes cris sont mes trésors. Ils sont ma richesse immortelle."(Hernest Hello)

"J'ai bien entendu les cris... je suis un homme d'oreille..."
(...)
Les conséquences de cette lucidité d'audition? D'abord la découverte que l'anthropomorphisme est une sinistre blague; que sous toutes les bombes du monde c'est la nature primitive, préhistorique, de l'homme qui se révèle, et que les prétendues affaires de la communauté humaine ne sont que des péripéties de cavernes : "Ils nous entendent et comprennent rien... la terre veut pas d'hommes, veut que des hominiens... l'homme est un dégénéré un monstre parmi, qui heureusement se reproduit de plus en plus rarement..." (Rigodon)
(...)
Vaincu, vainqueur, l'homme veut du sang, peu importe l'issue des conflits, ce n'est plus d'Histoire qu'il s'agit, on l'a déjà dit, mais de la perpétuation à l'infini de l'orchestre, de la meule.
(...)
On n'en finirait pas de recenser les passages où Céline manifeste son horreur de l'"échange" verbal, des "confidences" ou du "dialogue". Parler, c'est toujours plus ou moins baver. C'est parler d'amour : "Formule niaise pour gonzesse." "L'Homme intérieur n'a pas de langage, il est muet." "Vous parlez tous beaucoup trop.Ce qu'on dit n'existe pas." Se confier inconsidérément relève de la possession : "Le diable est pas né tout seul, il est né d'une indiscrétion!... Tous les malheurs viennent d'un mot de trop!...("Féerie pour une autre fois" I).
(...)
Ne rien dire, aux yeux de Céline, consiste à éviter de s'intégrer à une réalité qui ment dès qu'elle parle, et qui parle parce que, pour durer, il lui faut mentir. Ne rien dire, c'est se tenir en face de cette réalité pour être en mesure de la décrire. Ne rien dire, c'est écrire. Ecrire, c'est échapper aux autres. Dans cette ouverture du compas de la parole écrite s'inaugure la résistance en mots, en millions et millions de mots, à la matrice qui nous veut millions et millions de surdités parlantes docilement empêchées de se rythmer elles-mêmes.
(...)
S'il (Céline) s'est montré si sévère avec ses contemporains, si méprisant avec les autres écrivains, c'est qu'il les voyait sans cesse dans leurs bavardages essayer de détourner la conversation.... Plus il y aura de préhistoire, plus il y aura d'histoires de plus en plus insignifiantes et dérisoires pour brouiller le bruit de meule de l'horreur. A la porte de ses apocalypses, l'espèce essaie de changer de sujet, cause de la pluie et du beau temps, se fait du souci pour l'avenir. Très figurative et réaliste en ce qui concerne ses affaires de clans, ses enterrements, ses familles, ses souvenirs de vacances, ses chasses aux papillons, ses intérêts, elle nage complètement dans l'abstrait dès qu'on lui parle de la meute, dès qu'on lui raconte la ruche en guerre. Ce n'est pourtant que son écho qui lui est renvoyé là, mais du fond d'un tel silence qu'elle ne le reconnaît pas. Plus il y aura du multiple au réel, plus il aura de l'Un imaginaire. Il n'est pas impossible que l'unique tâche des écrivains soit de tourner autour de cette question. C'est ce que Céline avait compris." ("Céline", de Muray)


"Il existe, figurez-vous, une branche des connaissances humaines qu'on désigne sous le nom de logique symbolique, et qu'on peut employer pour clarifier tout le fatras qui entoure d'ordinaire le langage.
- Et alors? dit Fulham.
- Je l'ai utilisée. Je l'ai notamment appliquée à l'étude du document qui nous intéresse.
(...)
- Et qu'a révélé l'analyse? interrogea Lundin Crast.
- Voilà justement ce qui est intéressant, messieurs. Cette analyse s'est révélée à tous égards la plus difficile des trois. Quand Holk, après deux jours de travail acharné, a réussi à éliminer les déclarations qui ne voulaient rien dire, les paroles vagues et les détails sans intérêt - en bref tout le bla-bla-bla - il s'est aperçu qu'il ne restait rien. Absolument rien." (Fondation, Asimov)

"Nos paroles sont telles des brigades de sauveteurs qui jamais ne renoncent à leur quête, leur but est d'arracher des événements passés et des vies éteintes au trou noir de l'oubli et cela n'a rien d'une petite entreprise, mais il se peut aussi qu'elles glanent en chemin quelques réponses et qu'elles nous délivrent de l'endroit où nous nous tenons avant qu'il ne soit trop tard. Contentons-nous de cela pour l'instant, nous t'envoyons ces mots, ces brigades désemparées et éparses."(Stefansson, "Entre terre et ciel") 




mardi 18 mai 2010

La littérature est l'histoire de la liberté c'est à dire l'histoire de l'homme

Un passage de la préface à la nouvelle édition dans le "Céline" de Muray, qui peut introduire (ou clore!^^) la conférence de demain.

Le nom de Céline appartient à la littérature, c'est à dire à l'histoire de la liberté. Parvenir à l'en expulser afin de le confondre tout entier avec l'histoire de l'antisémitisme, et ne plus le rendre inoubliable que par là, est le travail particulier de notre époque, tant il est vrai que celle-ci, désormais, veut ignorer que l'Histoire était cette somme d'erreurs considérables qui s'appelle la vie, et se berce de l'illusion que l'on peut supprimer l'erreur sans supprimer la vie. Et en fin de compte, ce n'est pas seulement Céline qui sera liquidé, mais aussi, de proche en proche, toute la littérature, et jusqu'au souvenir même de la liberté.
(...)
C'est que l'on pouvait encore s'imaginer, il y a une vingtaine d'années, que l'histoire se poursuivait.
(...)
En ce temps-là, donc Céline existait. Je veux dire qu'il existait comme existait aussi l'Histoire, horreur et beauté mêlées; comme existait également la littérature; comme existaient enfin les individus. L'opération magique consistant à vouloir trier le bon grain de l'ivraie n'avait pas encore tout envahi.La certitude que la mauvaise herbe ne s'arrache qu'au prix de l'arrachage simultané de la bonne, et qu'à la fin c'est tout le champ qui est pelé, retenait certains enthousiasmes.
(...)
En évoquant ces temps lointains, j'ai l'air de les regretter; mais c'est, une fois encore, que le Bien ne refusait pas tout à fait d'avoir le Mal au travers de la gorge.Et je ne parle pas de la volonté concrète de faire le mal, mais de ce Mal, originel et personnel, dont les hommes ont estimé durant des siècles qu'il se trouvait là, à côté du Bien, et qu'il s'y trouverait aussi longtemps qu'eux-mêmes dureraient. Je parle de ce Mal que la civilisation chrétienne avait appelé péché, et avec lequel elle s'était d'autant plus habituée à cohabiter que le pardon en était inséparable et que les forces de la Lumière, sous le nom de rédemption, étaient tout de même destinées à en triompher.Plus généralement, je parle de ce Mal qui, sous le nom de dogme du péché originel, entretenait avec le genre humain une intimité qui semblait devoir subsister autant que le genre humain lui-même.
(...)
L'opinion réformée ne veut plus du tout supporter, chez aucun écrivain, la cohabitation de "vérités" multiples et incompatibles.
(...)
Ce n'est que lorsque l'Histoire est close que l'on sait de quoi elle était faite : d'une succession d'erreurs (et, éventuellement, de l'art d'en jouir pour l'art); à quoi s'oppose de manière catégorique l'utopie zéro défaut qui constitue notre projet commun de gouvernement pour les siècles à venir.Il s'agira désormais, et dans tous les domaines sans exception d'exiger de la réalité moderne qu'elle se conforme chaque jour plus étroitement à l'idéal sur lequel elle s'est elle-même imprudemment proclamée fondée.C'est là une perspective d'où toute contradiction, toute négation, tout écart se trouvent bien entendu bannis, et où la liberté n'est pas prévue..."

Notes supplémentaires :
 "Votre doute n'est pas de même nature que le mien. Votre doute est un rejet de tout, du monde qui nous entoure, de l'homme misérable et imparfait, de l'homme souffrant, mon doute est celui de ma marche à suivre dans ce monde-ci avec cette souffrance et ce mal."

"Si je trouvais pour mon ménage un produit qui dissout, je dissoudrais mes meubles, ma baraque et tout ce qu'il y a dedans. Je serai une vraie communiste et une vraie utopiste."

"Faire remonter du plus profond de tes entrailles,
Éclairer sans fard la nuit qui t'assaille
Traquer le Non-Dit, le Démon caché de ton âme
Faire tomber les bandes une à une de ton visage
La parole t'est donnée comme épée, comme  arme
Vomir ce qui te tue, ouvrir la bouche, le portail"

vendredi 7 mai 2010

"Timing is everything" Lecture de Mort à crédit de Céline

Finkielkraut : "J’aime énormément le lire et je ne peux pas le lire à très haute dose..." *

"Il ponctue à peu près comme je conduis ma bagnole."
Il y a quelques semaines, lors d'un barbecue, j'ai fait cette sortie (de route!) et l'un de nos invités l'a relevée : il voulait en faire un billet mais entre temps il a été pris, je suppose, par d'autres sujets, d'autres chemins, d'autres considérations. Pas moi. Je suis restée plantée dans mon fossé et j'ai exploré les possibilités offertes. Et voici ce que j'ai découvert.  
"Une bonne ponctuation, loin de ralentir un texte, le fait accélérer" avait contré XP car j'évoquais dans mon image celui ou ceux qui écrivent d'un trait, sans trop se servir de virgules en particulier. Cette remarque d'XP m'a fait réfléchir, avec de nouvelles donnes, celles de Céline, lu pour la première fois entre temps.J'ai commencé et lu Mort à crédit grâce à un grand lecteur* de cet écrivain célèbre, qui m'a donné benoitement une petite clé pour engager cette lecture difficile : je tournais et retournais le livre dans mes mains, je tournais autour du pot, si je puis dire, je tournais autour de l'adversaire mais n'osais pas engager le combat. Grâce au "truc" donné par cet ami-lecteur, j'ai pu assurer une prise, accrocher l'auteur et lire son livre. Bref, passons. De l'art de la lecture comme de l'art du combat au corps à corps. Ceux qui lisent vraiment sauront de quoi je parle.

J'ai enfin trouvé l'image, l'idée en ce qui concerne cette histoire de ponctuation : la ponctuation, si l'on se réfère à la conduite d'une voiture, c'est le rapport de vitesse, son levier et l'embrayage : c'est cela qu'on manipule sans cesse pour rester dans la course, derrière un tacot en particulier. Car il s'agit de cela, lorsqu'on écrit  : on a un obstacle devant soi, il faut le dépasser pour pouvoir voir la route, pour avoir la pleine vision du chemin, du paysage, pour savoir.
Là, nous sommes derrière le tacot qu'il faut dépasser. Le moteur gronde, la voiture est puissante, décidée, mais elle est bloquée, pour le moment. Nous jouons donc des pieds et des mains pour garder la distance, le rythme, pour ne pas lâcher une minute l'objet de notre ressentiment, pour profiter, dès que faire se peut, d'un dégagement possible, pour l'avaler!
Ceux qui écrivent sans ponctuation, qui l'ignorent du moins, qui n'en n'usent pas ou pas assez, ont des conduites avec boites automatiques. : pas de rythme, pas de nervosité contrairement à ce qui d'abord suggéré dans les textes, c'est une conduite d'autoroute à larges virages (avec donc une certaine vitesse, c'est sûr) mais pas une conduite de forêt avec tournants serrés et impossibilités (ou presque : tout est dans le "presque"!) de doubler.Cette conduite d'autoroute opère un certain vertige sur le lecteur, comme un charme, dans le sens du serpent Kaa dans Le livre de la jungle qui hypnotise et endort ses victimes.Pourquoi pas? C'est un style qui a aussi sa noblesse, son efficacité si je puis dire.

Ça n'est pas celui de Céline, qui est un as de la ponctuation (points de suspension, virgules, exclamations) et qui possède au génie cette conduite hargneuse,enragée, ce désir de dépasser l'obstacle, de coller sa proie, de ne pas lâcher le morceau. On ne peut pas s'endormir! Cela réveille au contraire, il faut une attention permanente, à la limite de l'exaspération, une véritable tension nerveuse s'impose au lecteur et lire Céline, c'est épuisant . Le truc incroyable chez lui, c'est d'avoir tenu, avec ce type de conduite, sur des longues distances, sur des romans entiers. Les points de suspension dont il use et abuse et qui, normalement, servent à ralentir le rythme, à permettre au lecteur de souffler un peu, de méditer, chez cet auteur, au contraire, vont lui faire ressentir presque physiquement cet accrochage avec le tacot qu'il colle au cul de façon obsessionnelle.
Trouver le rapport vitesse-distance parfait,  changer de vitesse "in the right place at the right time", c'est cela la ponctuation, c'est cela le rythme d'un texte, c'est cela la forme à chercher pour obtenir le fond c'est à dire doubler et avoir la pleine vision.


*Finkielkraut parlait de Muray mais vous pouvez reprendre cette assertion pour Céline.
* Non, ça n'est pas Restif, même si ce dernier aurait bien des avis à donner en la matière, et fort éclairants.


mercredi 10 février 2010

Dérouler une chaîne, être un écrivain


Je voudrais raconter comment j'ai fait découvert ma dernière pépite.

J'ai oublié de me présenter, je manque à tous mes devoirs, je suis habituellement plus pointilleuse dans ce domaine. Je suis une petite personne extrêmement solennelle et sérieuse, au quotidien. Ne vous y trompez pas : j'aime rire, je ris beaucoup mais un peu à la façon des enfants : le rire et les larmes, pour eux sont quasiment interchangeables, ils procèdent des mêmes émotions, hé bien je suis ainsi faite, comme les petits enfants. Je pleure et je ris dans le même temps, pour des choses gaies et tristes parce que je pense que dans tout grand bonheur il y a de la douleur, et une douleur intense, et dans toute souffrance, un fond de bonheur , une ligne de crête de joie pure que rien ni personne ne peut nous ravir.

Je suis une chercheuse d'or.
Je lis pour trouver des pépites. Je trouve beaucoup des miettes, rarement de bons et vrais morceaux, du lourd.
Je lis tout et n'importe quoi c'est à dire que parfois, sans le faire exprès je m'enfonce dans le fleuve, la gadoue, la boue, de peur de manquer le filon. Passer à côté de la pépite, vous comprenez?
Lorsqu'on a goûté à la fascination de l'or, il est difficile d'y renoncer.
Aujourd'hui donc, je lisais paresseusement quelques conversations sur Ilys, je lisais aussi Philip Roth, et puis un livre sur Voltaire et puis aussi je gardais sous la main quelques textes sur Girard que l'on m'avait recommandé et puis j'avais envie d'ouvrir le dernier Dantec et enfin peut-être me serais-je laissée tenter par quelques lignes de McCarthy, enfin j'étais vraiment perdue dans un vaste océan et ma barque tanguait un peu trop à mon goût. Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir? Non je ne voyais rien et je m'apprêtais à tout fermer pour me plonger dans ce qui demeure une forme de philosophie ultime pour crevette abattue : un Achille Talon.

Et puis, à ce moment un peu vague, un peu incertain, je tombe là-dessus : c'est XP sur Ilys, qui écrit :

"Le fond n'a strictement aucune importance. Seule compte la forme. La forme ne détermine pas plus le fond qu'elle ne le soutient ou qu'elle le sert, elle EST le fond."
"Ce que Céline a voulu vous dire, c'est qu'il ne vous appartient ni de déterminer ni d'exprimer le fond, qu'il inutile de s'en soucier, et que la petite musique vous le livrera." 
 
Alors, voilà, j'ai trouvé ma pépite du jour, j'ai rempli ma besace, ce soir je suis riche.

Il faut maintenant que je vous explique cette histoire de fond et de forme. Il faut que je fasse briller ma trouvaille merveilleuse. XP dit textuellement  : "le fond , c'est la forme."
J'ai vu un très beau film récemment, de George Miller (il a réalisé Mad Max) intitulé "L'huile de Lorenzo"*. C'est une histoire pathétique et vraie d'un enfant appelé Lorenzo, atteint d'une maladie dégénérative et incurable. Les parents vont se battre pour trouver des remèdes  pour le petit garçon. Le père, qui n'est pas médecin, se fait rat de bibliothèque, chimiste pour découvrir les clés de cette maladie dont la source problématique se situe dans les enzymes. Il passe des semaines, des mois, des jours et des nuits dans la bibliothèque municipale.
C'est là que ça devient intéressant : il fabrique des chaînes de trombones pour concrétiser les chaînes d'enzymes. Une chaîne de trombones pour représenter les enzymes bons, sains, une chaîne de trombones différents, triangulaires, pour les enzymes malades. Il se triture le cerveau jour et nuit : quel est le lien entre les deux chaînes? Pourquoi des bons et des mauvais? Qu'est-ce qui fait foirer la mauvaise chaîne??
Il s'endort un soir, la tête sur son bureau, au milieu des trombones et des livres ouverts, écrasé de fatigue... Un rêve soudain : son fils malade tire sur les deux chaînes et dit doucement "Dad! Papa!" et les chaînes glissent par terre et s'entremêlent et... Il se réveille! Et il comprend! Il a trouvé la solution!!
Il en est tout illuminé!!Les deux chaînes ne formaient qu'une seule et même chaîne, les enzymes n'étaient pas d'un côté bons et de l'autre mauvais, ils formaient une unique entité!!!


Le fond et la forme, c'est un peu pareil : une seule et unique entité!! La spirale mêlée, l'entrecroisement indissociable de cet ADN particulier. Il faut le dérouler, ça c'est le job de l'écrivain, il ne fait que "dérouler". Et peut-être bien que l'écrivain découvrira aussi, avec le lecteur, à la fin, cette belle chaîne bien étalée. Il en ignorait tous les méandres, toute la beauté , la signification, le fond mais il a réussi à bien la dérouler. Il a tiré sur un bout et le reste est venu tout seul, ça a glissé tranquillement. Voilà. Il peut contempler maintenant, comme les lecteurs.

*http://www.youtube.com/watch?v=VLMmsIsxHXU&feature=related






mardi 9 février 2010

Le fond et la forme

"Le fond n'a strictement aucune importance. Seule compte la forme. La forme ne détermine pas plus le fond qu'elle ne le soutient ou qu'elle le sert, elle EST le fond."
"Ce que Céline a voulu vous dire, c'est qu'il ne vous appartient ni de déterminer ni d'exprimer le fond, qu'il inutile de s'en soucier, et que la petite musique vous le livrera." 
 
(XP, sur ILYS, commentaires n°40 et 41)