Tous les matins, alors qu'il fait profonde nuit,
La mère entre chez ses enfants au long sommeil;
Elle ouvre le volet, la lumière surgit,
"Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde."*** " Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou non."(Dantec) *** l’Art, qu’il soit littéraire ou plastique, n’exprimait jamais rien d’autre, à ses yeux, que l’idée que la partie n’est jamais et n’est pas jouée (Muray)***"la vérité ne peut-être obtenue qu'au prix de renoncer à la certitude" (Nemo)
Hier retour en Beauce depuis la Bretagne. Avec mon fils aîné et trois chats. Dans le Jumpy non climatisé. J'ai bien cru ne jamais parvenir au bout. Il faisait jusqu'à 35 degrés dans la voiture.
Mon fils a pris de très mauvaises décisions et directions depuis plus de dix ans. Nous essayons, seuls avec lui, de le confronter à ses choix et à le pousser à prendre enfin une bonne décision qui engagerait sa vie. C'est un combat usant, difficile, une horrible croix et ce qui me fait tenir le coup c'est le soutien indéfectible de mon mari. Lorsque l'un de nous deux craque, l'autre prend le relai.
Tout n'est pas merveilleux dans le monde des familles nombreuses catholiques pratiquantes. Loin de là. Mais tout est éclairé et transcendé par la grâce de Dieu.
Ceux qui parviennent jusqu'à ce petit blog auront une prière pour moi.
Avec ma mère, ma fille et sa cousine, nous visitons l'étonnant et très beau parc de la "Vallée des saints", en Bretagne. De gigantesques statues de granit contemplent de toute leur hauteur la région. Sculptures homériques édifiées dans le ciel tourmenté. Elles font face et corps avec les éléments : la pluie et le vent.
Des statues de saints bretons aux prénoms étranges et mystérieux. Entre ciel et terre, leur taille immense témoignent de la proximité des cieux. La spiritualité est quelque chose de profondément concret, terrestre, humain, et ces sculptures le démontrent.
Ma fille de douze ans gambade avec sa cousine dans la prairie : quel âge merveilleux, ce début de l'adolescence, cette sortie de l'enfance où de la petite fille naît lentement la jeune fille. Auréolée d'une innocence émouvante (elle se cache la vue lorsqu'elle est témoin d'un baiser dans un film! Comme si l'intimité de cet acte éclatait au grand jour et l'aveuglait par la puissance de sa révélation) avec parfois des éclairs de précocité propre à cette génération.
Notre société ne fait pas de cadeaux à l'enfance : elle ne la prolonge guère, elle accélère le passage à l'âge adulte avec un brutal dévoilement des réalités de la vie.
Horizon
Vivre oscillant sur corde raide
L'abîme profond, la marge faible
Marcher vers l'horizon sans aide
Fixer le but, ferme et en paix
Avancer bravant les orages
Persévérer avec courage
Supporter tous les ravages
Ne pas se plaindre des dommages
S'enfoncer sans peur dans la nuit
Braver l'ombre, écouter les cris
Se diriger vers ce qui luit
Traquer la Vérité qui fuit
Se relever de nos blessures
La Grâce guérit nos brûlures
Dans la brise et son murmure
Dieu nous garde par son Armure.
L'enfant est né, après de fortes et grandes alarmes
Il est beau et posé sur le sein de sa mère.
L'enfant est né, après des cris et des larmes
Il est une créature de notre terre.
Mais son regard se porte déjà vers le ciel,
Ses petits bras se tendent vers l'immatériel
Et se ferment en pleurs dans le vide et le néant
Il est une créature des cieux, pourtant.
Baptisé selon la coutume, avec de l'eau
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
Notre Dieu se love dans son cœur aussitôt
Feu ardent et rouge sang dans le pur joyau.
Feu ardent et si brûlant attiré par l'eau
Il murmure maintenant pour l'éternité
Dans le cœur immense de cette âme dilatée
"J'ai soif, Moi le Seigneur Tout Puissant, le Très-Haut."
Descendu aux enfers, volontaire enfermé,
Au cœur de l'homme, un brûlant et divin secret.
Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié,
"J'ai soif" murmure t-Il à l'enfant nouveau-né.
"J'ai soif!" La gran'voix divine enfle mais se perd
Dans une longue vie d'épreuves et de misère.
"J'ai soif!" crient l'enfant et son Dieu Trinitaire,
Ils sont à la fois, tous deux, l'eau et le désert.
"J'ai soif!" Parfois la Voix se tait et tout s'endort.
Le bruit du monde, la mollesse de nos corps,
Assourdissent le soupir, le cri délirant,
La voix du Père, et celle de l'enfant.
Occultée, écrasée la voix du Tout-Puissant,
Moquée, piétinée, cette douce voix d'enfant
Et dans un sidéral silence d'outre-tombe,
Alors que tout est fini, mort dans une nuit sombre
Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux,
De leur bouche de cendre qui ne s'ouvre plus
Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus
Puisqu'ils ont appelé, et le Verbe est venu.
Le Calice suprême, la coupe du Salut,
S'est versée sur les lèvres exsangues :
Jusqu'à la lie ils ont bu.
Bon, la soirée à l'hôtel avec une débauche d'alcool (champagne, bière, vins blanc et rouge) et des discussions jusqu'à trois heures du matin, ne contribue pas du tout à la remise en forme physique. Mais le moral est excellent après moult discussions passionnantes avec des personnes intelligentes. Comme toujours, nous arrivions avec notre arrogante vertu, dans l'idée de soutenir ce que notre ami hôtelier vit dans son hôtel vide depuis quelques mois, et bien évidemment son accueil admirable dans lequel il s'oublie complètement pour nous recevoir merveilleusement devient un véritable soutien et réconfort pour nous-mêmes. J'investis sa petite cuisine au sous sol magnifique avec des murs de pierre apparente et je prépare des spaghettis avec une sauce tomate "maison". Un ami apporte le produit de sa chasse, des terrines de chevreuil et de sanglier, nous débouchons le champagne, notre hôte nous régale d'un apéro superbe et d'une salade de fruits grandiose.
J'écoute dans le train du retour, l'interview de Rochedy avec David Engels, qui vient d'écrire et d'éditer un ouvrage intitulé sobrement "Que faire?". Evidemment, tout commence par le long déroulé de la situation occidentale en déclin. Puis quelques pistes apparaissent : former des communautés physiques, intellectuelles, sociales, loin des villes, à la campagne, éduquer intellectuellement (et à la Beauté) les enfants et les jeunes dans des centres scolaires, universitaires en dehors des structures étatiques, publiques existantes, retirer son argent des banques, etc... Nous faisons tout cela déjà avec Chuck, depuis toujours, nos enfants sont tous passés à un moment donné dans des écoles privées hors contrat, une de nos filles a suivi un cursus universitaire hors contrat pour être institutrice, nous les avons tous élevés à la campagne (avec fréquentation des centres ville pour les études et le travail). Et Chuck manifeste un intérêt tout pragmatique pour les cryptos monnaies.
Engels insiste alors sur la puissance de réaction que représente la cellule familiale. "Pourquoi faire des enfants" interroge, au nom de toute une génération de trentenaires, Rochedy. "La question est : pourquoi ne pas faire d'enfants" rétorque finement Engelsr. Comme le disait Péguy, dans un merveilleux texte que je dois retrouver sur ce blog, le père de famille est le vrai aventurier de notre époque. Et Engels d'ajouter que, selon des projections assez proches, les vraies forces démographiques aux Etats Unis seront bientôt non pas les hispaniques ou autres mais...les Hamishs. De quoi répondre à la question initiale "Que faire?" face au déclin de l'Occident de façon très simple, et sans révolution ni apocalypse : en ayant des enfants. Voilà qui nous éloigne d'un futur bourré de luttes, de guerres, de forteresses à protéger envers et contre tous à la mode de Raspail, tout cela remplacé par de mignons poupons roses et de gentils enfants courant partout dans nos vertes contrées. C'est d'une efficacité redoutable, comme une solution mathématique qui était juste sous notre nez mais que personne n'avait vue. Engels enfonce le clou : "je ne regrette qu'une seule chose, personnellement : c'est n'avoir pas eu plus tôt, plus jeune, mes deux premiers enfants".
Rochedy revient à la charge avec la question du christianisme (vite défini comme catholicisme pour l'Occident); ce dernier, avec le pape François, ne participerait-il pas au déclin de l'Occident? Non, affirme paisiblement Engels, le catholicisme fait partie même de l'essence européenne; que l'on soit croyant ou pas, il s'agit de connaître et d'assumer cette part de notre être. Et les futurs chrétiens, ceux qui rentrent aujourd'hui dans les séminaires seront ces catholiques "dissidents", qui devront témoigner jusqu'au bout de leur foi. Ils seront donc d'authentiques chrétiens, sans doute moins nombreux, mais beaucoup plus forts que les précédents. Cette analyse, affirmée avec conviction par cet intellectuel brillant et réaliste, me réjouit pour le fiston entré cette année en propédeutique. Il fera donc partie de cette nouvelle génération de catholiques authentiques et solides.
A la fin de cette interview, je me dis que notre famille, avec tous nos enfants, participent tous, chacun à leur manière, à ce renouveau de l'Occident alors même que son déclin n'est pas encore arrivé jusqu'à son terme. En bref, nous avons rempli le cahier des charges de "Que faire". A nos grands maintenant de continuer.
https://youtu.be/89mzU19XQAA
Les enfants entament, disais-je, leur grande migration vers la maison paternelle pour les fêtes. Notre fils aîné, notre Jean Baptiste part de Lille à vélo. Il bivouaque avant hier dans les environs d'Amiens. Il suit la messe à la cathédrale d'Amiens où se trouve le "chef" de saint Jean Baptiste, relique magnifique. Son vélo casse à 10 km de la ville. Il retourne au presbytère de la cathédrale, se fait accueillir par les prêtres de la communauté saint Martin responsables de la cathédrale. Il déjeune, il se douche, bref, c'est l'accueil à la mode martinienne stricto sensu. Le Supérieur de la communauté est de passage pour voir ses prêtres. Il embarque dans la soirée JB et son vélo dans sa voiture et nous les ramène. Nous le retrouvons attablé dans notre cuisine et discutant avec nous dans une simplicité totale.
Ce retour de notre "fils prodigue récurrent", ramassé sur la route par un représentant éminent de notre Eglise, nous plonge dans un de ces moments absolument surnaturel. "Je suis peut-être un looser, me dit JB, mais c'est quand même moi qui fais venir à la table un prieur!" Nous lui décernons sans conteste la palme du meilleur cadeau de Noël. "Je suis venu pour les malades et les pécheurs" dit le Christ...
Nous prions autour de notre crèche, et dans une discrétion absolue, le Supérieur repart dans sa voiture pour regagner sa Maison. "J'ai un sac de couchage dans la voiture si je fatigue trop". Ce Voyageur du soir qui nous ramène une de nos brebis si précieuse restera dans nos cœurs et dans nos esprits à tous. Il repart pour retrouver notre autre fils, Rémi, en propédeutique.
Avec cet évènement, vous l'avez compris, pour moi, Noël a déjà eu lieu. "Le Christ s'est [déjà] manifesté parmi nous"... Je vous souhaite à tous, surtout à ceux qui souffrent et qui sont en chemin vers Celui qui est Tout, de garder le cap et de parvenir à la crèche et d'expérimenter ce qu'est vraiment l'Amour.
J'ai pris un mi-temps dans une petite école hors contrat et je donne des cours à trois niveaux tous les après-midi, en matières d'éveil (histoire, géographie, sciences naturelles, anglais, sport et catéchisme). Je me suis installée une pièce remplie de livres susceptibles de m'aider dans la préparation de ces cours et j'ai installé aussi Basileus la tortue devant laquelle Gabrielle passe de longs moments. C'est un joyeux souk devenu ma pièce favorite dans la maison et celle des chats aussi : il y fait chaud pour la tortue.
Dans la maisonnette fleurie
Le doux cocon où tous unis
En liens familiaux les plus forts
Liens du sang, plus forts que la mort
L'enfer niche et tisse sa toile
Tous les jours, tension infernale,
Nous suce tous jusqu'à la moelle
Dans nos cœurs, corps, esprit s'installe.
Les liens du sang, ô chair royale,
Nourrissent l'hôte parasite
Et le combat n'est pas loyal.
Dans la maisonnette fleurie
Le doux cocon où tous unis
Déjà morts, chair empuantie
Le démon se repaît âmes, corps, esprits.
Dans la maisonnette fleurie
Les enfants dansent, jouent et rient.
Les parents travaillent et se plient
A tous leurs devoirs et soucis.
Enfants? Parents? Cœurs, corps, esprits?
Vidés! Des sépulcres blanchis...
Grenouilles
Ils sont allés par leurs petits chemins secrets
Ils se sont enfoncés dans ruisseaux et marais
Pour attraper peut-être la craintive grenouille
Ils vont explorer l'infini dans cette fouille
Se penchant tout bas, fascinés, vers l'ombre fraîche
De l'eau qui fuit en silence; alors se dévoile
Un monde invisible à l'œil nu, rires et fêtes
Saisis, ils avancent sur la gran'voie royale
Royaume éclatant d'insectes multicolores,
Royaume vrombissant, guerre ininterrompue,
Royaume grouillant, empli de vie et de mort,
Royaume des enfants, aux soldats inconnus.
La reine en son domaine, elle trône gentiment
C'est la verte grenouille, objet d'enchantement
On en voit une, c'est merveille, son œil cligne,
On lève une main, on va saisir la coquine
Mais plouf! Un joli son perlé salue sa fuite
Et l'écho brillant et lisse compose sa suite.
Ce troisième confinement ne me surprend pas dans le même état d'esprit que les deux précédents. Au premier confinement, le sentiment que la mort rôdait, l'arrêt total de toute activité dans le pays, l'état de sidération qui s'était emparé de tous, la volonté farouche de survie qui dominait au fond de moi, tout ceci avait provoqué une gravité pesante à nos premières semaines, d'autant plus que nous n'avions plus aucun recours concret à la religion (plus de sacrements). Au fur et à mesure, la pesanteur s'en était allée, les beaux jours remplissaient l'atmosphère de langueur et de légèreté, nous étions tous tombés malades et guéris. Seule subsistait et subsiste toujours l'horrible réalité des morts sous covid, seuls à l'hôpital, sans le recours de leurs proches, ni dans leurs derniers instants, ni dans les enterrements. Combien sont partis ainsi, dans une affreuse solitude?
Le deuxième confinement est passé complètement inaperçu pour ma part : je n'ai pas vu de différence dans mon quotidien. J'ai continué mes conduites d'école, mes réunions de travail, prière, de lecture, etc... La seule contrainte : les attestations qui me mettaient systématiquement en retard à chaque sortie.
Ce troisième confinement qui me voit effectuer autant d'attestations que le précédent, malgré l'appel hypocrite à notre responsabilité de nos gouvernants, me plonge dans une grande lassitude. Comme à chaque confinement, mes grands décident de vivre le plus normalement possible et le festival des attestations farfelues atteint des sommets. Ils sont tous devenus les rois du papier administratif, ils baignent dans les méandres bureaucratiques comme des poissons dans l'eau. La traversée de Paris, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, n'a pas de secret pour eux : ils connaissent le film par cœur, ils le vivent, dans cette "guerre", comme dit Macron, dont ils sont les plus furieux résistants. Ils rejettent profondément l'hypocrisie de ces consignes d'état qui cachent mal l'impuissance de nos gouvernants, pire, des manœuvres absurdes et inefficaces contre cette pandémie. Il est clair maintenant que ces gestes barrières, ces contraintes sanitaires sont devenus le fer de lance d'une attaque contre nos libertés les plus essentielles. Cette volonté de mes grands de rester dans le vrai et le juste malgré le marécage qu'est devenu leur pays, force mon admiration.
Nous avons eu pourtant nos offices de Pâques, un Triduum presque normal, avec cependant une Vigile Pascale en plein après-midi. Tous les enfants étaient rentrés, sauf mon séminariste. Maison pleine donc, trois jours de cuisine qui m'ont vidée : et même pas la possibilité de retrouver un peu d'entrain en m'échappant avec mon mari pour un ou deux jours d'hôtel ou bien grâce à un bon restaurant!
A la place, j'ai pris le temps d'aller visiter mon séminariste le lundi de Pâques et j'ai pu assister, au cours de leur messe, à la prise de soutane de dix séminaristes qui fêtaient ainsi leur accession au cycle de théologie. On les sentait très émus de revêtir leur belle soutane noire. J'ai toujours été touchée de rencontrer dans le monde (aéroports, aires d'autoroutes, gares) des prêtres en col romain ou en soutane. C'est comme si le Ciel s'invitait un instant dans notre quotidien trépidant. Une sorte de quatrième dimension qui s'ouvre et qui provoque un ralentissement, voire un arrêt, dans le mouvement et le temps. C'est de l'ordre du surnaturel au sens strict du terme. "Sur la terre comme au Ciel". Comme l'évangile de ce dimanche de la Miséricorde divine décrit la venue de Jésus parmi les Apôtres après sa résurrection : "... alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : "La paix soit avec vous!""
Cette semaine s'est passée à faire travailler Gabrielle : j'ai invité trois camarades de sa classe à la maison afin qu'ils puissent travailler de concert, avec les mêmes horaires qu'une classe. La maîtresse envoyait tous les jours le programme très précis (c'est l'avantage d'être dans le "hors contrat" : tout y est sur mesure) et je faisais office de répétitrice. Cela a soulagé quelques mamans bien occupées avec leur boulot et avec beaucoup d'enfants à gérer et ça a permis à Gabrielle ne pas se sentir trop esseulée avec ses deux grands frères pour seule compagnie. Nous avons travaillé des leçons amusantes et passionnantes : la versification en français, la photosynthèse en science, la Guerre de Cent Ans en histoire.
Nous terminerons dimanche la belle neuvaine à la Miséricorde divine. Je l'affectionne particulièrement, tout en elle, dans les paroles du Christ adressées à sœur Faustine nous ramène au dessein de Dieu pour tous les hommes. Cette prière nous fait sentir comme les disciples d'Emmaüs qui s'exclament : "Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait…?"
Mon équipée du week-end pour aider une belle-sœur et ses 4 petits m'a rassurée : j'ai emmagasiné une expérience assez solide en matière d'éducation, en particulier sur la façon de gérer un nourrisson. La petite de 4 mois dort peu, digère mal et laisse sur le carreau sa mère affublée en Mon équipée du week-end pour aider une belle-soeur et ses 4 petits m'a rassurée : j'ai emmagasiné une expérience assez solide en matière d'éducation, en particulier sur la façon de gérer un nourrisson. La petite de 4 mois dort peu, digère mal et laisse sur le carreau sa mère affublée en sus de 3 petits garçons pleins de vie. En 10 minutes j'avais posé un diagnostic assez précis et j'enjoignis ma belle-soeur d'aller faire quelques courses indispensables : un lait de maternité plus épais, de la farine pour nourrisson et des tétines de biberon à l'ouverture plus large. Nous avons ainsi modifié le régime du bébé qui s'est mise à boire mieux (nous avons ouvert les tétines au ciseau de couture) et qui surtout à moins régurgiter. Ceci, plus quelques conseils pour le couchage ( matelas légèrement surélevé et couffin pour bien envelopper bébé). Je suis étonnée par le manque d'assurance des jeunes mamans actuelles. En ce qui me concerne, les nuits devaient être réglées en 3 mois (sauf problème particulier bien sûr). Tous mes enfants, jumeaux compris, ont joué le jeu. C'était réellement une question de survie personnelle et familiale. Une jeune maman me demandait si je ne culpabilisais pas en agissant ainsi, comme si je ne donnais pas tout l'amour possible aux derniers nés. Mais non! Au contraire : l'amour à un bébé ne se traduit pas essentiellement par les démonstrations verbales d'amour ou bien même par une stimulation excessive. Mais bien par le "réglage" de ses besoins réels et élémentaires : la nourriture, la digestion, le sommeil. Un bébé qui est bien réglé est un bébé paisible et heureux. Les démonstrations et stimulations viennent plus tard et sont indispensables à la fratrie plus âgée, d'où l'importance de bien régler le nourrisson pour ne pas négliger les autres. Les jeunes mamans qui se glorifient presque d'avoir leur bébé noctambule jusqu'à un an voire plus se trompent et doivent absolument résoudre les difficultés, pour le bien de tous les enfants. J'ajoute ceci, pour préciser mon raisonnement : Il faut sortir du cas particulier de chacune. C'est une constatation générale que je fais, rien de plus. Aujourd'hui, dire qu'un bébé peut faire ses nuits tôt, est devenu inaudible. Même pour des mamans "expérimentées ". Or, je pense que c'est la normalité ou bien la "règle " que de faire ses nuits tôt et c'est très positif! Ça permet à toutes celles qui galèrent de garder le cap et de croire que c'est un bon objectif (avec des problématiques particulières, spécifiques et personnelles). En inversant cette généralité objective et positive ( c'est à dire : les bébés ne dorment pas la nuit et c'est normal et bon! ), je pense que l'on plombe la société, les parents, les mamans et les enfants. Et accessoirement ça freine beaucoup de gens à "faire" des familles nombreuses.
J'aime cette capacité, ce trait ou ce génie enfantin pour l'essentiel qui est invisible à nos yeux, pour reprendre le Petit Prince... C'est cela que je ressens quand j'écris mes "poèmes". Ils sont pour moi plus importants que tout. Lorsque je réussis à en "sortir" un, j'ai le sentiment très net de re-vivre. Ces petits textes de rien du tout nécessitent d'avoir l'âme pas trop encombrée, un vrai "état de grâce". Sinon, point d'intériorité possible, et pas de concentration réelle sur le monde qui m'entoure. "La vérité s'est perdue, elle a disparu de leur bouche" disait la première lecture d'hier... Ces petits textes sont les "bons points", ou bien les images, ou bien encore un petit élan en peluche que j'ai gagné dans le combat spirituel quotidien. La frontière entre le Bien et le Mal passe dans notre cœur. Elle est mouvante. A nous et à Dieu de repousser les lignes par sa Grâce.
Ma voisine me guettait hier soir pour que je l'emmène à la messe. Elle s'écrie tout fort au début de la cérémonie, en voyant deux petits enfants de chœur : "ah oui! Nous les chrétiens, c'est quand même autre chose que l'islamisme!". Elle retrouve le geste d'antan, le signe de croix et je lui prête un châle blanc qu'elle drape autour de ses épaules, s'étant insuffisamment couverte pour la petite église. Elle ressemble ainsi à une première communiante...
Je propose à la fin de la messe, à mon curé un flacon que j'ai transformé en flacon d'eau bénite. Pour les églises. J'ai vu cela dans une église du diocèse de Vannes et j'ai trouvé le concept intelligent : il respecte les précautions sanitaires puisqu'on ne met pas la main dans un bénitier et il permet de se signer à nouveau dans les églises, avec de l'eau bénite.
J'écris à un ami : le chapelet c'est vraiment la prière du pécheur, celui qui a fait plein de conneries et qui dit en boucle "oh là là Seigneur, sors moi de là". Un peu comme un gosse qui lorsqu'il sent qu'il a poussé le bouchon un peu loin dans la bêtise, va voir sa mère pour qu'elle prépare le terrain vis à vis du père. Je pense souvent à cette phrase des évangiles : "Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux."(Matthieu 7; 21).Hé bien voilà, le chapelet c'est ce cri un peu désespéré, un peu effrayé, un peu geignard du gars qui voit bien qu'il n'est pas "aux taquets" comme on dit mais qui ne sait pas trop comment s'y prendre pour se tirer de la nasse. C'est un premier pas, malgré tout, pour entrer dans le Royaume. Je l'espère. C'est devenu ma prière préférée.Loin de moi de me prendre pour une "magnifique espérante", mais je me retrouve dans le fait qu'aujourd'hui je fais face (comme tout le monde) à tout combat spirituel, idéologique, intellectuel, moral, en désespérée.
Par exemple, hier soir, avant de partir sur des routes risquées pour l'internat des jumeaux, je faisais un petit bilan du week end. Il s'était passé deux choses, des petits riens aux yeux d'un spectateur peu sensible aux micro évènements qui jalonnent un quotidien à la limite de l'ennui, mais ces deux actions m'ont pourtant plongée dans un ravissement certain.
Ma voisine, une pauvre femme de la campagne avec une fille accoquinée à un tunisien prêt à l'emmener au bled, elle et sa progéniture, cette voisine vient prendre un café pour s'épancher et pleurer. Je lui donne après avoir compati, la prière de saint François de Sales à saint Joseph et elle me raconte qu'elle est née justement un 19 mars, jour de la saint Joseph! Je lui propose de l'emmener à une messe dans les jours prochains, elle accepte. Je l'encourage à garder le lien avec son petit fils malgré les réticences de la mère, et je propose de donner des contacts de prêtres à son fils qui veut se marier à l'église sans trop savoir comment s'y prendre.
Dimanche après-midi, je me rends dans la petite église du village, qu'ouvre de temps à autre une dame. Nous y avons confectionné une jolie crèche. En arrivant sur le parvis, je tombe sur une tribu de gamins en train de jouer dans la neige. Je les invite à rentrer dans l'église qu'ils ne connaissent pas. Nous plaçons ensemble les rois mages autour de l'Enfant de la crèche et je leur raconte la belle histoire de ces derniers, qui étaient des savants, qui observaient la nature, qui ont découvert une étoile dans le ciel, ont vu en elle un signe indubitable de quelque évènement majeur et l'ont suivie jusqu'à Bethléem en Galilée. Pour finir par adorer l'Enfant Dieu.
Puis, je leur raconte saint Rémi, car l'église lui est dédiée, et il y a une belle statue du saint à l'intérieur. Clovis, premier roi chrétien, baptisé parce qu'il avait promis de recevoir le sacrement si Dieu lui donnait la victoire à Tolbiac, et sacré dans la foulée comme roi de France par saint Rémi à Reims. Je leur raconte l'histoire de la sainte ampoule qui servait à oindre le roi : à cause de la foule en délire, le moine chargé d'apporter l'ampoule ne parvient pas jusqu'à Rémi qui attend dans la cathédrale. Rémi implore le ciel et voilà qu'une colombe vient déposer une petite fiole, remplie du saint chrême, dans les mains de l'évêque.
Les gamins dans l'église suivent attentivement ce pan de l'histoire de France qu'ils ne connaissent pas. Puis ils posent des questions sur les statues, le mobilier, etc. Bref, un petit moment de catéchèse absolument parfait.
On pourrait se dire que tout ceci est bien désespérant, que cette vieille voisine qui a tout largué de sa foi et de son éducation envers sa fille, comme ces gamins à qui rien n'a été transmis dans une culture basique, sont l'exact et terrible reflet d'une société détruite. Mais je préfère y voir une sorte de renaissance incongrue et presque intempestive.
"Un miracle étrange a lieu dans le ciel et sur la terre : Dieu est sur la terre, et l'homme est dans les cieux".
Je ne sais comment débuter ce texte, ce récit de ces jours de vacances, de fêtes, de retrouvailles familiales, de chaos, je ne sais même pas comment l'intituler.
A cette heure-ci nous avons à demeure plus que notre Gabrielle. Nous avons été jusqu'à douze à la maison et même treize pour le déjeuner de Noël.
Tous les enfants sont donc rentrés cette année pour Noël, même mon couple de mariés. Notre petite maison a réussi à remplir son office, à savoir loger tout le monde. Certes, avec encore les lits superposés aux lattes cassées pour certains mais bon, vaille que vaille, chacun a pu se blottir dans un nid.
Le deuxième grand défi consistait en la confection de repas pour une dizaine de personnes midi et soir pendant plusieurs jours. J'avoue sans fausse modestie avoir réussi à nourrir correctement la famille et à m'être couchée tous ces soirs en me disant : encore un jour où tout le monde a (bien) mangé.
Le troisième défi auquel je m'attendais moins (je ne sais pourquoi) : la gestion du linge. Mes étudiants et jeunes pros sont tous rentrés avec des monceaux de linge sale et mon sèche linge ne fonctionne plus depuis le premier confinement. ça a été épique, et le fait d'avoir un espace "lingerie" m'a sauvée à un moment donné où je me trouvais, toute proportion gardée, comme les petits miséreux de Calcutta au milieu des montagnes d'une déchetterie à ciel ouvert. J'ai pris mon courage à deux mains pour un plan repassage de chemises une après-midi en regardant Pouic-Pouic.
Quatrième défi et non des moindres, faire en sorte que Chuck garde le moral malgré l'envahisseur. Bon, là j'avoue que je n'ai pas fait grand chose, j'ai simplement prié le Ciel en espérant qu'il ne pète pas les plombs, un peu comme deux soldats côte à côte sous la mitraille, qui ne peuvent guère communiquer dans le "bruit et la fureur" mais qui avancent coûte que coûte. Chacun pour "sa pomme" mais unis malgré tout.
Vous allez trouver ces considérations très prosaïques et éloignées d'une âme censée être toute tournée vers le grand mystère de l'Incarnation, la joie miraculeuse des anges dans le ciel, la reconnaissance et l'adoration des vieillards Anne et Syméon devant le divin Sauveur, mais bon, c'est ma mystique à moi de voir au fond d'une casserole notre miraculeuse et divine destinée humaine.
La joyeuse bande s'est maintenant éparpillée pour réveillonner au fin fond de quelques demeures planquées et, avec Chuck, nous sommes partis nous réfugier hier soir chez l'ami Vincent Haen, dans son hôtel qui est en passe de devenir notre résidence secondaire. S'est ajouté tardivement dans la soirée un cousin de notre hôte, encore un de ces êtres rares dont l'esprit et la personnalité survolent de très haut notre "normalité" quelque peu lisse. Les deux cousins nous régalent de leur conversation brillante, de leur érudition, de leur humour, Ces personnalités atypiques sont les seules capables de survivre par temps de crise ou d'apocalypse, il faut bien l'avouer, et même de pouvoir donner toute leur mesure. C'est absolument fascinant et, de retour dans notre home, sweet home, nous atterrissons doucement.
En partant
Coup de fil dans l'après-midi du garçon en propédeutique : on n'avait plus de nouvelle depuis le début de l'Avent, il était dans une sorte de "retraite" et ceci doit durer jusqu'à Noel; je ne savais pas qu'en "donnant" un fils à l'Eglise, j'allais vivre au rythme de la vie du séminaire. C'est ainsi, il faut s'y plier avec plus ou moins bonne grâce.
Il s'agit maintenant de commencer les préparatifs pour les fêtes. Toute la famille se réunit à Noël, même nos "mariés". Evidemment le chauffe-eau de l'étage ne fonctionne plus ainsi que les toilettes. Je supplie un plombier de passer avant les vacances. Je prends le temps ce matin de rassembler tous les cadeaux et de commencer à faire quelques paquets. Soulagement : je crois être à peu près au point pour tout le monde mais c'est difficile de planquer les paquets parce que le moindre recoin servira de couchage. J'ai privilégié cette année les nourritures terrestres et plus ou moins intellectuelles pour les plus âgés. Je commence aussi à réfléchir à quelques menus pour les jours où nous serons tous réunis. Le premier confinement m'a rodée à nouveau pour une cuisine de "famille nombreuse", c'est un défi que j'apprécie plus aujourd'hui qu'à l'époque où les enfants étaient plus jeunes. Il s'agit plus maintenant d'une cuisine de "confort" qu'une cuisine "d'urgence".
Un film dimanche soir "Death Wish" avec Bruce Willis : un chirurgien qui recherche les agresseurs et meurtriers de sa fille et de sa femme. Le débat "légitime défense ou vengeance" ne m'intéresse pas. Mais la vraie question du devoir moral qui devrait concerner chacun d'obtenir justice m'interpelle. Evidemment cette question n'effleure jamais nos consciences assistées. Il n'en reste pas moins que si je n'obtenais pas justice pour un des miens, je pense que ce serait un devoir que d'obtenir réparation par mes propres moyens.
En ce temps de l'Avent c'est la figure de saint Jean-Baptiste qui est mise en avant : mystérieux personnage biblique, le dernier prophète, dont j'ai attribué le nom à mon fils aîné. Celui qui précède le Sauveur et qui crie dans le désert avec vigueur et sans concession, qui rend témoignage à la vérité et qui se tient aux côtés de Celui qui est la Vérité. Quelle immense figure d'homme, qui nous rappelle notre destinée surhumaine, devenir des enfants de Dieu, nous retourner le corps, le cœur et l'esprit, nous convertir de tout notre être, avec la violence que ce mouvement physique et spirituel implique... Y parvenons-nous tous? Y parviendrons-nous tous? Parviendrai-je à ne serait-ce que l'amorce d'un léger mouvement? Lever les yeux vers l'étoile du Salut, au fond pas grand chose, et pourtant... "Venez à moi qui peinez sous le poids du fardeau et Moi je vous donnerai le repos".
A la maison, c'était aussi les grandes manœuvres. Trois moldaves aux airs de mafieux tchétchènes débarquent vendredi matin pour équiper la maison de pompes à chaleur. Ils travaillent toute la journée et reviennent aussi le samedi. Vendredi soir, mon mari m'interroge : "tu as pu te faire expliquer comment le système fonctionne?" Je lève les yeux au ciel; les moldaves, plutôt rustiques, ne m'ont pas trop adressé la parole, ils parleront le lendemain... avec Chuck. Deux jours de marteau-piqueur, de poussière, de froid et de borborygmes slaves dans toutes les pièces. Les jumeaux et Pierre débarquent vendredi soir et prennent le relais des ouvriers. Je réussis malgré tout à nettoyer et ranger la maison pour le dimanche et nous nous réveillons tous dans une maison pour la première fois en quinze ans, bien chauffée. ça valait vraiment le coup!
Autre bonne nouvelle : notre messe du dimanche, dans le village voisin, tout proche de la maison. Les prêtres ont ajouté quelques messes supplémentaires malgré la hausse de la jauge.
Une voisine s'arrête devant chez moi, je l'invite à prendre un café : elle me raconte ses déboires familiaux; son mari en grande dépression, sa fille en couple avec un divers. Elle s'est coupée avec toute sa famille et ma voisine ne voit plus son petit-fils, né d'une première union. La fille a eu un bébé avec le divers. Elle vit maintenant dans 60 mètres carrés avec toute la belle famille fraichement débarquée de Tunisie. D'après la mère, elle est "convertie". J'engage la mère (et grand-mère) à renouer avec la fille. Quand cette dernière en aura assez de son nouveau "mari", elle sera peut-être contente de trouver un toit. Mais la question des enfants demeure : il lui sera difficile de garder son bébé. "C'est ce que me prédit la dame que je consulte avec son pendule", conclut sombrement la pauvre femme. Punaise, pas besoin de pendule pour prédire l'avenir... Je lui rétorque assez vivement. Ceci se passe dans notre campagne, pas dans un quartier "populaire" d'une cité. La voisine s'est rapprochée des cellules judiciaires qui traitent des cas de radicalisation. Les flics ne sont guère optimistes pour la fille.
La reine d'Angleterre s'apprête à être vaccinée : il n'y a pas à dire, c'est elle la chef! Elle "en a dans le pantalon" si je puis me permettre. J'attends de voir Véran et Castex se faire piquer devant les caméras au lieu de crier aux complotistes et à l'irresponsabilité chaque fois qu'un pauvre lambda avance timidement son droit à refuser la vaccination.
Dimanche soir, je suis de "corvée" de voiture pour ramener les jumeaux à 200 km, à leur pension. La route se fait bien au son de Dire Straits... Tout voyage peut devenir une aventure mystique, il suffit d'être disposée, il suffit d'avoir le bon son. Les paroles de Telegraph Road correspondent assez bien à ce que je vis; à mon état d'esprit, à ma volonté; il n'y a que la poésie et la musique pour transcrire aussi bien, aussi justement ce que je suis! Telegraph Road, est un air qui pourrait prendre pour moi la place d'un psaume biblique.
Je pars de mon chez moi, de ma campagne :
"A long time ago came a man on a track
Walking thirty miles with a sack on his back
And he put down his load where he thought it was the best
Made a home in the wilderness"(...)
Then came the churches then came the schools
Then came the lawyers then came the rules
Je propose à mon club de lecture de dadames de commander Eloge de la force d'Obertone. "Peut-être l'année prochaine" me répond la responsable. Hum. Le truc est de savoir si on aura le temps de se préparer psychologiquement, mentalement d'ici l'année prochaine. Le temps s'accélère de façon prodigieuse et inexorable en ce moment, et les évènements à venir ne seront pas forcément positifs. Vaut mieux faire le plein de "force" d'ici là.
En attendant, nous aurons notre messe du dimanche ce week-end. Les évêques ont l'air de s'agiter un peu plus que de coutume. Monseigneur Aupetit déclare : "nous avons toujours été loyaux envers le Pouvoir...". Au fond de moi, je m'interroge : doit-on loyauté avec l'ennemi? Est-ce que la convention de Genève s'applique dans cette drôle de guerre? Je pense que l'Eglise doit réserver sa loyauté à sa mission sacerdotale.
C'est ce que font les prêtres. Le marathon des messes du dimanche commence dès ce soir; ils vont multiplier les offices pour que tout le monde puisse assister à une messe malgré l'inique jauge de trente. Quand on pense que le Christ a été trahi pour trente pièces, le lien ne manque pas de sel.
Le week end commence en douceur : j'ai récupéré les jumeaux hier soir, rentrés de leur internat. Ces derniers sont préoccupés et, à peine installés dans la voiture, ils me racontent : deux jours par semaine, ils suivent des cours de leur bac technique dans un gros lycée privé de la ville à côté bourré de racailles et de divers. Les gamins de l'internat comme mes garçons sont minoritaires et forment un groupe à part, très mal vu des lycéens locaux. Hier, une bagarre a failli partir entre un divers plus âgé et un ami des jumeaux. Mes garçons sont intervenus avant que le copain ne se fasse dézinguer. Le divers a promis de revenir avec sa bande donner la pâté aux trois concernés. J'avoue ne pas être très rassurée. Je recommande aux jumeaux de rester toujours "groupir" et de continuer à suivre les exercices physiques avisés de leur maître d'internat, ancien sous off. La gestion compta, c'est important, la boxe aussi.
Pierre doit rentrer, ce qui portera à quatre le nombre d'enfants ce week end. Une paille par rapport aux années précédentes, quand les gamins étaient plus jeunes et plus nombreux. Nous attendions-nous à cela lorsque nous nous sommes mariés? Pas vraiment, même si nous voulions des enfants.
C'est une discussion que j'ai avec un jeune homme fiancé : le nombre d'enfants. Je lui avoue qu'avec mon mari nous n'avons pas trop discuté d'un quota avant de nous marier. En fait, rien ne semblait vraiment réfléchi dans notre histoire, nous nous sommes mariés jeunes, rapidement, et avons eu assez vite nos premiers. J'ai rencontré mon mari en fac, je me souviens de mon coup de foudre : il traversait le boulevard devant Port Royal, je traversais dans le sens inverse et nous nous sommes croisés. Pas de mots échangés, simplement un dixième de seconde de regard. Et tout était clair. Je savais au fond de moi que ce jeune homme allait compter pour moi. Les femmes sont de redoutables chasseresses.
Cette clarté, cet aboutissement en quelques secondes peut sembler fou et irrationnel mais je ne crois pas que ce soit le cas. Je savais exactement ce que je voulais, les exigences qui m'étaient fondamentales. La principale et assez simple : que mon futur mari soit un catholique pratiquant. Je suppose que toute ma vie, tout ce que j'avais reçu dans ma jeunesse comme éducation, m'avait préparée à cet instant et surtout à la décision de m'engager. L'engagement n'a pas été une mince affaire malgré la rapidité et l'évidence de notre histoire à tous les deux. Je n'avais pas une image du mariage très glorieuse et je redoutais un fiasco. Je pense que ce coup de foudre m'a permis de me lancer dans cette aventure, comme un coup de pied aux fesses.
Après, tout le reste, les enfants comme les épreuves, il n'y avait plus qu'à faire face, ceci dans une paix profonde qui ne m'a jamais quittée depuis mon "oui" à l'église. Malgré des remous parfois gigantesques à la surface de la mer.
Petit texte de souvenirs amusant :
"Un week end avec simplement deux enfants c'est : passer le samedi après midi vautrée dans son salon sans être interrompue toutes les minutes par un "M'man" intempestif. Aller sur son ordinateur, sans tomber sur un youtube quelconque du Pamalshow alors qu'on était plongée dans un article de Contrepoints et sans remettre ses codes de sa cession alors qu'on l'a quittée 5 minutes auparavant pour essuyer les fesses de la dernière; ne pas revenir dans la cuisine se faire un petit café à la bouilloire qu'on avait préalablement remplie et mise en route une minute avant et qui se retrouve inexplicablement vide. La cuisine qui était à peu près rangée et dont il faut maintenant vider le lave vaisselle qui vient pour la 3ème fois de la journée sonner la fin du programme juste au moment où vous entrez pour ce foutu café. Personne, sur les 10 personnes grouillant dans la maison ne l'a entendu sauf VOUS. Vous repartez ensuite rallumer votre ordi. Mais dans le couloir un des jumeaux brandit un cahier d'où s'échappent une dizaine de feuilles volantes mal collées pour vous demander des éclaircissements sur la démographie chinoise. Vous repartez dans le salon avec de la colle, un stylo pour refaire le cahier et corriger les fautes du cours. En repassant par la cuisine, vous remarquez que la table est recouverte de miettes, de briques de jus de fruit renversées, et que le chat adore la brioche dont il déchiquette une tranche sous la table. Nettoyage, rangement, aspirateur. 3ème ou 4ème fois, l'aspi. Vous estimez qu'il est temps de sortir les troupes pour une promenade et beuglez à l'aide sur votre mari réfugié dans son bureau bunker en train d'essayer de trouver des solutions pour combler le trou béant de votre trésorerie. "JE TRAVAILLE MOI" Entendez-vous des profondeurs de la maison. Finalement, le mari a besoin de sortir aussi et emmène quelques gamins traînant par ci par là en ballade. Vous soupirez d'aise en pensant à ce moment de calme et de sérénité. Malheur! vous avez oublié d'emmener l'ado numéro 5 acheter une paire de baskets; il surgit en tshirt déchiré, et chaussettes sales pour vous le rappeler. Vous partez sur les chapeaux de roues en espérant que votre mari ne s'apercevra pas de votre absence et surtout de la nouvelle dépense. Quand vous revenez, trop tard, le mari et les mouflets sont dans la place et vous faites rentrer l'heureux gagnant avec ses nouvelles chaussures par une porte dérobée. Ses 5 frères l'attendent malheureusement et crient au favoritisme. Le mari s'en mêle et je fais valoir une fausse promotion. Puis je ressors mécaniquement l'aspirateur, le retour de la ballade signifiant l'arrivée de monceaux de gadoue partout. Tout ceci nous mène quand même au dîner du samedi soir, j'ai préparé un "four s'y tout", fameux gratin constitué de restes de la semaine. Le mari estime que tout ceci n'est pas très cétogène. Les gosses estiment que c'est bien trop cuit. J'estime qu'il est temps d'aller prendre mon bain. Dimanche matin, vous vous levez aux aurores sans faire de bruit pour tenter de petit déjeuner dans la solitude. A peine arrivée dans la cuisine, un diablotin à longues boucles qui vous guettait depuis 5h du mat surgit. Vous ne pouvez que l'embrasser et lui témoigner votre bonheur d'être ainsi accueillie... Roulement de tambour dans les escaliers; les garçons descendent et se battent immédiatement pour le reste de brioche non dévorée par le chat. La cuisine est un champ de bataille, Alep et Mossoul réunies. Vous vous la jouez autiste et préparez un café. Vous foncez dans votre bureau pour découvrir qu'internet a sauté. Vous retournez au salon pour comprendre que la soirée devant la téloche des enfants a été non seulement culturelle (Danse avec les stars) mais sportive (tous les coussins sont éparpillés, les chaises renversées, la table basse bourrée de vieux restes). Aspi. Vous finissez par tenter de trouver une jupe et un collant non filé pour vous habiller festivement pour la messe. Vous faites de même avec votre lutin de 5 ans ("mets ta jolie robe bleue!"); vous remontez en courant, en vous brossant les cheveux et en braillant aux garçons d'aller à la voituuure. Ils arrivent en ordre dispersé, avec pour un son tshirt sale de la veille mais ses nouvelles baskets de foot aux pieds, et pour les autres des tenues chiffonnées et sans veste alors qu'il fait -2 dehors (donc -5 dans l'église). Vous recommandez précipitamment à votre mari installé au volant d'acheter pour le déjeuner non pas un poulet mais deux! La voiture démarre et en levant la tête par hasard, vous apercevez votre fils aîné à la fenêtre de la douche, à poil, en train de vous faire des signaux désespérés. On l'a oublié, comme d'habitude... Aujourd'hui, rien de tout cela, nous en avons deux simplement et nous errons avec mon mari dans une maison vide, ça nous fait tout bizarre. Dieu merci, dans 5 heures, la bataille reprendra."
La semaine dernière, enterrement d'une jeune femme, convertie récemment, mère de deux enfants. A cause du premier confinement, elle a eu un retard de diagnostic d'un cancer... Elle est partie au bout de quelques mois à peine... La photo envoyée par la paroisse est très belle; on dirait un tableau un peu ancien, un peu antique, sur lequel des observateurs futurs diraient : "il y avait encore des prêtres à cette époque, pour accompagner nos morts." La lumière du soir rendue dans la photo me fait songer à cette phrase de la Bible : "Or la terre était était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, l'Esprit de Dieu planait sur les eaux."
Oui, certainement que les ténèbres recouvraient le cœur de tous les proches de cette femme, la terre devaient leur sembler vide et vague, mais l'Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux de leur immense chagrin.
En attendant, troisième messe à l'écran demain matin; en dépit du rejet quasi viscéral pour cette "formule". Je tiens à la garder; il faut que le dimanche reste autant que faire se peut le jour du Seigneur, même avec une parodie de messe; la communion que nous irons recevoir dans l'après-midi, est réelle.
Certains s'agitent sur un commentaire de Monseigneur Aupetit, dédaignant comme un petit détail l'importance de la communion sur la langue plutôt que dans la main. Le débat en lui-même me laisse plutôt indifférente (même si personnellement je m'attache à communier dans la bouche, chez nous c'est encore possible) mais il met en exergue l'immense recul de notre hiérarchie ecclésiale qui a déjà me semble-t-il abandonné complètement nos églises et cathédrales aux puissances du mal. Personne ne s'intéresse autour de moi au retrait de l'eau bénite dans les lieux saints mais ça été, au début de cette pandémie, le premier signal, un autre bête détail, que les églises n'étaient plus ces havres de Paix, ces forteresses emplies de l'Esprit de Dieu et de ses saints Anges. Tous ces évêques qui reculent sur tout devraient se souvenir que Notre Dame a brûlé, qu'elle leur a été retirée, et que s'ils continuent à nous asperger de gel plutôt que de nous bénir, leurs églises leur seront à tout jamais retirées. Et nous irons prier au fond des bois ou bien dans des maisons sanctifiées par leurs habitants.
C'est un peu l'évangile d'hier : "En ce temps-là, entré dans le Temple, Jésus se mit à en expulser les vendeurs. Il leur déclarait : "Il est écrit : "Ma maison sera une maison de prière." Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits."
Dans l'oraison qui suit cet évangile, je lisais hier, dans les deux maisons des personnes âgées à qui j'apportais la communion : "Dans cette maison que tu nous as donnée, où tu accueilles le peuple qui marche vers toi, tu nous offres un signe merveilleux de ton alliance : ici tu construis pour ta gloire le temple vivant que nous sommes; ici tu édifies l'Eglise, ton Eglise universelle."
Quelques nouvelles du séminariste, confiné dans son séminaire : il a l'air absolument enchanté de son sort et le ton est très joyeux. Je lui envoie une veste achetée sur Vinted pour son anniversaire. Nous devrions le voir à Noël, quelques jours.
En cette période peu propice aux sorties, je me suis lancée dans la confection de grands bocaux de sauce tomate; ça reste très amusant et délicieux. Je les appelle "les bocaux de l'Apocalypse" et un pote qui fait, lui, des terrines de sanglier, m'assure d'un troc avec ma sauce : il vaut mieux effectivement faire en sorte d'avoir des repas complets, pour la fin du monde.
La semaine prochaine je me lancerai dans la confection de gelée de pommes du jardin. Jusqu'à présent, je me contentais de faire quelques compotes, mais je souhaite exploiter un peu plus et un peu mieux cette denrée qui nous tombe du ciel à profusion. Seul souci : je n'ai pas de presse-purée pour transformer les quartiers de pommes restants en pâtes de fruit, une fois la gelée confectionnée. On est souvent empêché dans nos projets grandioses par un bête détail. Le mien, c'est le presse-purée.