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samedi 28 septembre 2024

Le signe de croix


Tous les matins, alors qu'il fait profonde nuit,

La mère entre chez ses enfants au long sommeil;
Elle ouvre le volet, la lumière surgit,


Aveuglante, éclatante, une lumière forte
Qui fait bondir les petits coeurs à leur éveil
Ils tendent les bras vers celle qui réconforte


Vite, elle plie leur main pour le beau geste idoine,
Le Signe du Salut, le Signe de la Vie,
Sur le front, le coeur, les épaules, jusqu'à l'âme.

Le signe de la Croix, le Salut éternel,
Le geste de la Croix, signe de Jésus-Christ,
Enveloppe et protège les petits fidèles.

Tous les matins, alors qu'il fait profonde nuit,
Le Seigneur s'en vient auprès de ses créatures.
Il tend ses bras, serre tous ses enfants chéris

Sur son Coeur. Et l'invisible Grâce abonde
Par le signe de la croix : l'ineffable armure
Recouvre de sa Miséricorde le monde.





samedi 19 août 2023

Chronique estivale 26

 Hier retour en Beauce depuis la Bretagne. Avec mon fils aîné et trois chats. Dans le Jumpy non climatisé. J'ai bien cru ne jamais parvenir au bout. Il faisait jusqu'à 35 degrés dans la voiture.

Mon fils a pris de très mauvaises décisions et directions depuis plus de dix ans. Nous essayons, seuls avec lui, de le confronter à ses choix et à le pousser à prendre enfin une bonne décision qui engagerait sa vie. C'est un combat usant, difficile, une horrible croix et ce qui me fait tenir le coup c'est le soutien indéfectible de mon mari. Lorsque l'un de nous deux craque, l'autre prend le relai.

Tout n'est pas merveilleux dans le monde des familles nombreuses catholiques pratiquantes. Loin de là. Mais tout est éclairé et transcendé par la grâce de Dieu.

Ceux qui parviennent jusqu'à ce petit blog auront une prière pour moi.


jeudi 10 août 2023

Chronique estivale 20

 





Avec ma mère, ma fille et sa cousine, nous visitons l'étonnant et très beau parc de la "Vallée des saints", en Bretagne. De gigantesques statues de granit contemplent de toute leur hauteur la région. Sculptures homériques édifiées dans le ciel tourmenté. Elles font face et corps avec les éléments : la pluie et le vent.

Des statues de saints bretons aux prénoms étranges et mystérieux. Entre ciel et terre, leur taille immense témoignent de la proximité des cieux. La spiritualité est quelque chose de profondément concret, terrestre, humain, et ces sculptures le démontrent.

Ma fille de douze ans gambade avec sa cousine dans la prairie : quel âge merveilleux, ce début de l'adolescence, cette sortie de l'enfance où de la petite fille naît lentement la jeune fille. Auréolée d'une innocence émouvante (elle se cache la vue lorsqu'elle est témoin d'un baiser dans un film! Comme si l'intimité de cet acte éclatait au grand jour et l'aveuglait par la puissance de sa révélation) avec parfois des éclairs de précocité propre à cette génération. 

Notre société ne fait pas de cadeaux à l'enfance : elle ne la prolonge guère, elle accélère le passage à l'âge adulte avec un brutal dévoilement des réalités de la vie. 

Horizon

Vivre oscillant sur corde raide

L'abîme profond, la marge faible

Marcher vers l'horizon sans aide

Fixer le but, ferme et en paix


Avancer bravant les orages

Persévérer avec courage

Supporter tous les ravages

Ne pas se plaindre des dommages


S'enfoncer sans peur dans la nuit

Braver l'ombre, écouter les cris

Se diriger vers ce qui luit

Traquer la Vérité qui fuit


Se relever de nos blessures

La Grâce guérit nos brûlures

Dans la brise et son murmure

Dieu nous garde par son Armure.

dimanche 2 avril 2023

J'ai soif

 L'enfant est né, après de fortes et grandes alarmes

Il est beau et posé sur le sein de sa mère.

L'enfant est né, après des cris et des larmes

Il est une créature de notre terre.


Mais son regard se porte déjà vers le ciel,

Ses petits bras se tendent vers l'immatériel

Et se ferment en pleurs dans le vide et le néant

Il est une créature des cieux, pourtant.


Baptisé selon la coutume, avec de l'eau

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,

Notre Dieu se love dans son cœur aussitôt

Feu ardent et rouge sang dans le pur joyau.


Feu ardent et si brûlant attiré par l'eau

Il murmure maintenant pour l'éternité

Dans le cœur immense de cette âme dilatée

"J'ai soif, Moi le Seigneur Tout Puissant, le Très-Haut."


Descendu aux enfers, volontaire enfermé,

Au cœur de l'homme, un brûlant et divin secret.

Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié,

"J'ai soif" murmure t-Il à l'enfant nouveau-né.


"J'ai soif!" La gran'voix divine enfle mais se perd

Dans une longue vie d'épreuves et de misère.

"J'ai soif!" crient l'enfant et son Dieu Trinitaire,

Ils sont à la fois, tous deux, l'eau et le désert.


"J'ai soif!" Parfois la Voix se tait et tout s'endort.


Le bruit du monde, la mollesse de nos corps,

Assourdissent le soupir, le cri délirant,

La voix du Père, et celle de l'enfant.

Occultée, écrasée la voix du Tout-Puissant,

Moquée, piétinée, cette douce voix d'enfant


Et dans un sidéral silence d'outre-tombe,

Alors que tout est fini, mort dans une nuit sombre

Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux,

De leur bouche de cendre qui ne s'ouvre plus

Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus

Puisqu'ils ont appelé, et le Verbe est venu.

Le Calice suprême, la coupe du Salut,

S'est versée sur les lèvres exsangues  : 

Jusqu'à la lie ils ont bu.





vendredi 30 décembre 2022

Ma légitime défense

"Si votre monde est mort, c'est que vous n'avez pas su le maintenir en vie. Apprenez donc le bouche-à-bouche philosophique, et voyons ensuite s'il vous reste un filet de souffle." (Dantec, Le théâtre des opérations, 1999)







Il m'arrive de publier sur ce petit blog les textes des uns et des autres qui me paraissent pertinents ou simplement utiles pour ouvrir les yeux  (les siens d'abord et ceux des autres ensuite). Sur notre civilisation occidentale qui se laisse  volontairement mourir en maniant les armes d'un égalitarisme (racial, social, moral) ravageur, sur ma religion qui vogue sur cet air du temps, bref sur la Gabegie pour reprendre un terme et surtout une description détaillée de Lounès. Gabegie qui mine l'Humanité de l'intérieur (valeurs morales inversées ou effacées) et aussi à l'extérieur de nos demeures (démultiplications de violences, meurtres et développement vertigineux d'une impunité absolue  des criminels).

Il m'arrive aussi de lire des auteurs qui ont pointé d'un doigt lumineux cette Gabegie ou leurs conséquences ultimes ( je pense à Houellebecq et à un McCarthy) et souvent de trouver, en les lisant, que la couleuvre est difficile à avaler pour un estomac de crevette.. Je pourrais dire comme cette lectrice, qui écrivait en substance à Flannery O'Connor : "pourquoi écrivez-vous toutes ces méchancetés? L'américain moyen, lorsqu'il rentre chez lui fatigué, veut se reposer et lire de belles et gentilles choses".

Il y a quelques jours mes deux filles ont regardé le Vieux fusil avec Philippe Noiret, ce film terrible où Noiret qui campe un docteur, découvre en revenant dans son château familial le viol et le meurtre atroce de sa femme et de sa fille par une troupe allemande qui occupe les lieux. Il décide de faire justice et tue un à un tous les allemands de la compagnie. J'insistais sans succès auprès de mes filles pour qu'elles ne le regardent pas  car j'avais été moi-même très marquée par ce film. Mon mari, étonné, me dit que je l'avais sans doute vu trop jeune... En fait c'est l'inverse, j'ai regardé ce grand classique il y a quelques années seulement, déjà mère de famille nombreuse. Ma sensibilité maternelle, hypertrophiée d'une certaine façon, ne supporte plus certaines visions par trop noires (à tel point que j'ai demandé à mes filles de bien fermer les portes du salon pour que ne me parvienne pas la musique du film, glaçante, ou plutôt le son, le souffle du lance-flammes, horrible!).

Mais au delà du fait que pour une femme il y a sans doute incompatibilité entre sa nature même -j'y reviendrai- et une réalité vraiment difficile, violente, c'est en lisant l'excellent Allan Bloom que j'ai compris combien notre attitude désarçonnée, erratique, abasourdie face au délitement de ce monde était due au simple fait que notre intellect, notre esprit (et donc ce que nous sommes profondément) a été entièrement modifié et maintenu aujourd'hui dans l'incapacité d'affronter quoique ce soit en nous et hors de nous. Le livre de Bloom s'intitule L'âme désarmée et c'est exactement ce qui arrive à l'homme, trop désarmé aujourd'hui intellectuellement, moralement, spirituellement, psychologiquement et même physiquement pour affronter notre réalité, le monde.

Bloom décrit à quel point les jeunes d'aujourd'hui, vides de préjugés comme de croyances ou de connaissances, ne peuvent s'appuyer sur ces dernières pour avancer dans un chemin de vérités qui leurs permettaient et  leurs permettraient de se confronter à la réalité, au monde qui nous entoure pour le connaître autant que possible, le comprendre et le modifier à loisir. "Peut-être notre première tâche consiste-t-elle à ressusciter ces phénomènes, afin de disposer à nouveau d'un monde que nous puissions interroger et de nous mettre par là même en mesure de philosopher." conclut Bloom.
En effet,  l'homme a besoin  de donner un sens à la vie et il le trouvera dans la confrontation directe avec cette réalité à changer.  Il la trouvera dans le défi, dans le combat ou la volonté de modification permanente de la réalité. Son bonheur et sa joie seront dans cette confrontation. Un ami -le même qui m'a donné cette réflexion de O'Connor ci-dessus- m'expliquait que toute grande, ou plutôt, toute bonne littérature doit instiller le doute ou le trouble, une remise en question personnelle... une mauvaise littérature ne laissera que peu de place au doute et, ajoutait-il, ça n'est pas un hasard si beaucoup d'artistes ont été catholiques et qu'il n'y en a pas en terre d'Islam : doute interdit, seulement de la poésie, et pas de portrait en peinture..." Précisons que ce doute sera moteur pour toute foi digne de ce nom.

Au moment même où je lisais ces phrases de Bloom dans L'âme désarmée, un autre ami m'envoyait ce clip d'un rappeur blanc qui répète tout le long : "on s'en branle du futur quand on ne comprend pas le présent" Magnifique représentation de cette attitude atone des hommes d'aujourd'hui dans un monde dont ils ne maîtrisent plus les codes d'accès car on leur a dit que ces codes étaient des illusions dont ils devaient se défaire par tous les moyens. "Le roi est nu" et malheureusement il ne peut pas et ne doit pas se rhabiller sous prétexte de passer pour un ringard vêtu d'oripeaux de vieilles croyances mitées. Mais l'homme n'est pas fait pour être nu, nous le savons depuis l'aube des temps bibliques et il doit s'armer; s'armer au niveau de son esprit parce que c'est tout de même ce qui le caractérise dans son essence même. Reprenons donc nos armes, c'est à dire, comme je le disais précédemment :  "notre raison, notre réflexion, nos lectures, notre courage, lâchons -pour le moment seulement- nos vraies armes : elles ne sont pas encore utiles. Si elles le deviennent un jour, et bien, ce sera tant mieux d'une certaine façon, c'est que nous aurons gagné la plus importante de toutes les guerres, celle de la Vérité."

Ceci concerne de façon éminente l'homme en tant qu'être masculin. La position de la femme est un peu différente et j'aimerais la préciser dans ce que je perçois pour moi-même, je le précise bien :  pour une femme, une vision par trop sombre ou désespérante de la réalité, même si elle est malheureusement juste, va à l'opposé de cet instinct de vie qui la pousse en avant. Si nous nous arrêtions, nous les femmes, à cette Gabegie,  nous ne ferions plus rien et tout s'arrêterait d'une certaine façon pour l' Humanité. Aussi,  préférons-nous contourner l'obstacle, car nous sommes des coureuses de fond. Nous avons donc une attitude en apparence légère, nous lisons parfois des livres, des journaux truffés de détails pratiques et futiles qui retiennent notre attention, les idéaux nous accaparent moins, en apparence du moins. Le doute n'est pas un moteur pour nous mais un frein. Nous faisons celles qui nient la réalité ou pour le moins qui refusent de la regarder en face. Ça n'est pas exactement ce qui se passe dans les faits : nous préférons prendre un autre chemin, un chemin de traverse. Et c'est très bien ainsi. Nous cherchons et surtout devons protéger  la vie, donc une position de repli paraît la plus logique et nécessaire dans notre cas. A aucun prix la femme ne doit livrer bataille si ce n'est quand elle est directement acculée ou attaquée. Ça n'est pas dans son intérêt,  au sens strict de sa nature même, ni dans celui de la vie. La femme n'est pas un être fragile avec cette connotation un peu négative donné au terme, mais ce qu'elle protège est, lui, extrêmement précieux et fragile. Son objectif est donc de construire et de protéger au mieux le nid édifié pour que la vie s'y développe en toute sécurité : son identité féminine, son corps, (qui peut contenir la vie) sa demeure avec les siens, les "vivants", qui y habitent et qui y grandissent. Tenir sa maison, c'est tenir le monde, pour une femme. Et cela comporte tout ce qui fait l'intégrité féminine, tout ce qu'elle est. Voilà pourquoi j'insiste tant auprès de mes filles, par exemple, pour qu'elles ne fument pas, ne boivent pas de façon excessive etc... Des "détails" qui sont aujourd'hui considérés comme s'opposant directement à l'épanouissement féminin! Je maintiens qu'il est plus grave pour une femme de se livrer à des excès, que pour un homme.

Alors, évidemment, on comprend mieux "la joie du jour", ce petit blog: opposer à la Chienlit quelques menus descriptifs heureux d'un quotidien familial, d'une espérance spirituelle; quelques recettes simples -et en apparence vraiment anodines- d'un bonheur édifié jour après jour... Des photos de beaux paysages, de plats culinaires, de jeux de petits, des anecdotes enfantines, des extraits de belles lectures.

L'homme doit ressusciter les phénomènes selon l'heureuse expression de Bloom, la femme, pourrait-on ajouter, doit les maintenir en vie.

Lorsque ces intérêts vitaux sont directement menacés, lorsqu'il y a une remise en question absolue de l'Humanité par l'homme lui-même, il me paraît important de faire face au danger et de proposer, selon ce que l'on est, une ligne de défense. Les hommes proposeront par le biais de leurs génies artistiques divers et variés, par leur réflexion approfondie, leurs essais et leurs recherches intellectuelles ou scientifiques ou bien par leurs actions pragmatiques, leurs luttes, un compte rendu précis et minutieux de l'Ennemi à abattre, cet Ennemi sans nom et sans visage. Les femmes se garderont bien d'aller voir de trop près cet Ennemi et de le trouver séduisant et non pas dévastateur et dangereux -ce qu'il est en réalité- et continueront, pour les plus fortes d'entre elles, leur chemin de vie et sa protection.

La joie du jour, ce petit blog, cette vie qui est la mienne, est ma légitime défense.

vendredi 23 décembre 2022

Journal du deuxième confinement, Lundi 21 Décembre, un Noël en avance.


 Nous débutons cette période de vacances et donc de grands mouvements migratoires de nos enfants vers "le home, sweet home" par une soirée de "retraite" à... l'hôtel. Nous faisons souvent ce genre de chose avec mon mari même si notre bourse ne nous l'autorise guère. Mais voilà; pour élever des enfants, pour maintenir dans une direction sereine et sans à coups le clan familial, il faut savoir faire des retraites "stratégiques", se requinquer dans les lignes arrières et revenir au front, en forme physiquement et avec quelques objectifs clairs.

Bon, la soirée à l'hôtel avec une débauche d'alcool (champagne, bière, vins blanc et rouge) et des discussions jusqu'à trois heures du matin, ne contribue pas du tout à la remise en forme physique. Mais le moral est excellent après moult discussions passionnantes avec des personnes intelligentes. Comme toujours, nous arrivions avec notre arrogante vertu, dans l'idée de soutenir ce que notre ami hôtelier vit dans son hôtel vide depuis quelques mois, et bien évidemment son accueil admirable dans lequel il s'oublie complètement pour nous recevoir merveilleusement devient un véritable soutien et réconfort pour nous-mêmes. J'investis sa petite cuisine au sous sol magnifique avec des murs de pierre apparente et je prépare des spaghettis avec une sauce tomate "maison". Un ami apporte le produit de sa chasse, des terrines de chevreuil et de sanglier, nous débouchons le champagne, notre hôte nous régale d'un apéro superbe et d'une salade de fruits grandiose.

J'écoute dans le train du retour, l'interview de Rochedy avec David Engels, qui vient d'écrire et d'éditer un ouvrage intitulé sobrement "Que faire?". Evidemment,  tout commence par le long déroulé de la situation occidentale en déclin. Puis quelques pistes apparaissent : former des communautés physiques, intellectuelles, sociales, loin des villes, à la campagne, éduquer intellectuellement (et à la Beauté) les enfants et les jeunes dans des centres scolaires, universitaires  en dehors des structures étatiques, publiques existantes, retirer son argent des banques, etc... Nous faisons tout cela déjà avec Chuck, depuis toujours, nos enfants sont tous passés à un moment donné dans des écoles privées hors contrat, une de nos filles a suivi un cursus universitaire hors contrat pour être institutrice, nous les avons tous élevés à la campagne (avec fréquentation des centres ville pour les études et le travail). Et Chuck manifeste un intérêt tout pragmatique pour les cryptos monnaies.

Engels insiste alors sur la puissance de réaction que représente la cellule familiale. "Pourquoi faire des enfants" interroge, au nom de toute une génération de trentenaires, Rochedy. "La question est  : pourquoi ne pas faire d'enfants" rétorque finement Engelsr. Comme le disait Péguy, dans un merveilleux texte que je dois retrouver sur ce blog, le père de famille est le vrai aventurier de notre époque. Et Engels d'ajouter que, selon des projections assez proches, les vraies forces démographiques aux Etats Unis seront bientôt non pas les hispaniques ou autres mais...les Hamishs. De quoi répondre à la question initiale "Que faire?" face au déclin de l'Occident de façon très simple, et sans révolution ni apocalypse : en ayant des enfants. Voilà qui nous éloigne d'un futur bourré de luttes, de guerres, de forteresses à protéger envers et contre tous à la mode de Raspail, tout cela remplacé par de mignons poupons roses et de gentils enfants courant partout dans nos vertes contrées. C'est d'une efficacité redoutable, comme une solution mathématique qui était juste sous notre nez mais que personne n'avait vue. Engels enfonce le clou : "je ne regrette qu'une seule chose, personnellement : c'est n'avoir pas eu plus tôt, plus jeune, mes deux premiers enfants".

Rochedy revient à la charge avec la question du christianisme (vite défini comme catholicisme pour l'Occident); ce dernier, avec le pape François, ne participerait-il pas au déclin de l'Occident? Non, affirme paisiblement Engels, le catholicisme fait partie même de l'essence européenne; que l'on soit croyant ou pas, il s'agit de connaître et d'assumer cette part de notre être. Et les futurs chrétiens, ceux qui rentrent aujourd'hui dans les séminaires seront ces catholiques "dissidents", qui devront témoigner jusqu'au bout de leur foi. Ils seront donc d'authentiques chrétiens, sans doute moins nombreux, mais beaucoup plus forts que les précédents. Cette analyse, affirmée avec conviction par cet intellectuel brillant et réaliste, me réjouit pour le fiston entré cette année en propédeutique. Il fera donc partie de cette nouvelle génération de catholiques authentiques et solides.

A la fin de cette interview, je me dis que notre famille, avec tous nos enfants, participent tous, chacun à leur manière, à ce renouveau de l'Occident alors même que son déclin n'est pas encore arrivé jusqu'à son terme. En bref, nous avons rempli le cahier des charges de "Que faire". A nos grands maintenant de continuer.

https://youtu.be/89mzU19XQAA

Les enfants entament, disais-je, leur grande migration vers la maison paternelle pour les fêtes. Notre fils aîné, notre Jean Baptiste part de Lille à vélo. Il bivouaque avant hier dans les environs d'Amiens. Il suit la messe à la cathédrale d'Amiens où se trouve le "chef" de saint Jean Baptiste, relique magnifique. Son vélo casse à 10 km de la ville. Il retourne au presbytère de la cathédrale, se fait accueillir par les prêtres de la communauté saint Martin responsables de la cathédrale. Il déjeune, il se douche, bref, c'est l'accueil à la mode martinienne stricto sensu. Le Supérieur de la communauté est de passage pour voir ses prêtres. Il embarque dans la soirée JB et son vélo dans sa voiture et nous les ramène. Nous le retrouvons attablé dans notre cuisine et discutant avec nous dans une simplicité totale.

Ce retour de notre "fils prodigue récurrent", ramassé sur la route par un représentant éminent de notre Eglise, nous plonge dans un de ces moments absolument surnaturel. "Je suis peut-être un looser, me dit JB, mais c'est quand même moi qui fais venir à la table un prieur!" Nous lui décernons sans conteste la palme du meilleur cadeau de Noël. "Je suis venu pour les malades et les pécheurs" dit le Christ...

Nous prions autour de notre crèche, et dans une discrétion absolue, le Supérieur repart dans sa voiture pour regagner sa Maison. "J'ai un sac de couchage dans la voiture si je fatigue trop". Ce Voyageur du soir qui nous ramène une de nos brebis si précieuse restera dans nos cœurs et dans nos esprits à tous. Il repart pour retrouver notre autre fils, Rémi, en propédeutique.

Avec cet évènement, vous l'avez compris,  pour moi, Noël a déjà eu lieu. "Le Christ s'est [déjà] manifesté parmi nous"... Je vous souhaite à tous, surtout à ceux qui souffrent et qui sont en chemin vers Celui qui est Tout, de garder le cap et de parvenir à la crèche et d'expérimenter ce qu'est vraiment l'Amour.

samedi 1 janvier 2022

A la maison


 

J'ai pris un mi-temps dans une petite école hors contrat et je donne des cours à trois niveaux tous les après-midi, en matières d'éveil (histoire, géographie, sciences naturelles, anglais, sport et catéchisme). Je me suis installée une pièce remplie de livres susceptibles de m'aider dans la préparation de ces cours et j'ai installé aussi Basileus la tortue devant laquelle Gabrielle passe de longs moments. C'est un joyeux souk devenu ma pièce favorite dans la maison et celle des chats aussi : il y fait chaud pour la tortue.

dimanche 12 septembre 2021

Enfer

 Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

En liens familiaux les plus forts

Liens du sang, plus forts que la mort


L'enfer niche et tisse sa toile

Tous les jours, tension infernale,

Nous suce tous jusqu'à la moelle

Dans nos cœurs, corps, esprit s'installe.


Les liens du sang, ô chair royale,

Nourrissent l'hôte parasite

Et le combat n'est pas loyal.


Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

Déjà morts, chair empuantie

Le démon se repaît âmes, corps, esprits.


Dans la maisonnette fleurie

Les enfants dansent, jouent et rient.

Les parents travaillent et se plient

A tous leurs devoirs et soucis.

Enfants? Parents? Cœurs, corps, esprits?

Vidés! Des sépulcres blanchis...


Grenouilles

Grenouilles

Ils sont allés par leurs petits chemins secrets

Ils se sont enfoncés dans ruisseaux et marais

Pour attraper peut-être la craintive grenouille

Ils vont explorer l'infini dans cette fouille


Se penchant tout bas, fascinés, vers l'ombre fraîche

De l'eau qui fuit en silence; alors se dévoile

Un monde invisible à l'œil nu,  rires et fêtes

Saisis, ils avancent sur la gran'voie royale


Royaume éclatant d'insectes multicolores,

Royaume vrombissant, guerre ininterrompue,

Royaume grouillant, empli de vie et de mort,

Royaume des enfants, aux soldats inconnus.


La reine en son domaine, elle trône gentiment

C'est la verte grenouille, objet d'enchantement

On en voit une, c'est merveille, son œil cligne,

On lève une main, on va saisir la coquine

Mais plouf! Un joli son perlé salue sa fuite

Et l'écho brillant et lisse compose sa suite.




 


vendredi 9 avril 2021

Troisième confinement, vendredi 9 Avril, la nouvelle guerre de Cent Ans

 Ce troisième confinement ne me surprend pas dans le même état d'esprit que les deux précédents. Au premier confinement, le sentiment que la mort rôdait, l'arrêt total de toute activité dans le pays, l'état de sidération qui s'était emparé de tous, la volonté farouche de survie qui dominait au fond de moi, tout ceci avait provoqué une gravité pesante à nos premières semaines, d'autant plus que nous n'avions plus aucun recours concret à la religion (plus de sacrements). Au fur et à mesure, la pesanteur s'en était allée, les beaux jours remplissaient l'atmosphère de langueur et de légèreté, nous étions tous tombés malades et guéris. Seule subsistait et subsiste toujours l'horrible réalité des morts sous covid, seuls à l'hôpital, sans le recours de leurs proches, ni dans leurs derniers instants, ni dans les enterrements. Combien sont partis ainsi, dans une affreuse solitude?

Le deuxième confinement est passé complètement inaperçu pour ma part : je n'ai pas vu de différence dans mon quotidien. J'ai continué mes conduites d'école, mes réunions de travail, prière, de lecture, etc... La seule contrainte : les attestations qui me mettaient systématiquement en retard à chaque sortie.

Ce troisième confinement qui me voit effectuer autant d'attestations que le précédent, malgré l'appel hypocrite à notre responsabilité de nos gouvernants, me plonge dans une grande lassitude. Comme à chaque confinement, mes grands décident de vivre le plus normalement possible et le festival des attestations farfelues atteint des sommets. Ils sont tous devenus les rois du papier administratif, ils baignent dans les méandres bureaucratiques comme des poissons dans l'eau. La traversée de Paris, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, n'a pas de secret pour eux : ils connaissent le film par cœur, ils le vivent, dans cette "guerre", comme dit Macron, dont ils sont les plus furieux résistants. Ils rejettent profondément l'hypocrisie de ces consignes d'état qui cachent mal l'impuissance de nos gouvernants, pire, des manœuvres absurdes et inefficaces contre cette pandémie. Il est clair maintenant que ces gestes barrières, ces contraintes sanitaires sont devenus le fer de lance d'une attaque contre nos libertés les plus essentielles. Cette volonté de mes grands de rester dans le vrai et le juste malgré le marécage qu'est devenu leur pays, force mon admiration. 

Nous avons eu pourtant nos offices de Pâques, un Triduum presque normal, avec cependant une Vigile Pascale en plein après-midi. Tous les enfants étaient rentrés, sauf mon séminariste. Maison pleine donc, trois jours de cuisine qui m'ont vidée : et même pas la possibilité de retrouver un peu d'entrain en m'échappant avec mon mari pour un ou deux jours d'hôtel ou bien grâce à un bon restaurant!

A la place, j'ai pris le temps d'aller visiter mon séminariste le lundi de Pâques et j'ai pu assister, au cours de leur messe, à la prise de soutane de dix séminaristes qui fêtaient ainsi leur accession au cycle de théologie. On les sentait très émus de revêtir leur belle soutane noire. J'ai toujours été touchée de rencontrer dans le monde (aéroports, aires d'autoroutes, gares) des prêtres en col romain ou en soutane. C'est comme si le Ciel s'invitait un instant dans notre quotidien trépidant. Une sorte de quatrième dimension qui s'ouvre et qui provoque un ralentissement, voire un arrêt, dans le mouvement et le temps. C'est de l'ordre du surnaturel au sens strict du terme. "Sur la terre comme au Ciel". Comme l'évangile de ce dimanche de la Miséricorde divine décrit la venue de Jésus parmi les Apôtres après sa résurrection : "... alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : "La paix soit avec vous!""

Cette semaine s'est passée à faire travailler Gabrielle : j'ai invité trois camarades de sa classe à la maison afin qu'ils puissent travailler de concert, avec les mêmes horaires qu'une classe. La maîtresse envoyait tous les jours le programme très précis (c'est l'avantage d'être dans le "hors contrat" : tout y est sur mesure) et je faisais office de répétitrice. Cela a soulagé quelques mamans bien occupées avec leur boulot et avec beaucoup d'enfants à gérer et ça a permis à Gabrielle ne pas se sentir trop esseulée avec ses deux grands frères pour seule compagnie. Nous avons travaillé des leçons amusantes et passionnantes : la versification en français, la photosynthèse en science, la Guerre de Cent Ans en histoire.

Nous terminerons dimanche la belle neuvaine à la Miséricorde divine. Je l'affectionne particulièrement, tout en elle, dans les paroles du Christ adressées à sœur Faustine nous ramène au dessein de Dieu pour tous les hommes. Cette prière nous fait sentir comme les disciples d'Emmaüs qui s'exclament : "Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait…?"

mardi 23 mars 2021

De l'éducation du nouveau-né

 Mon équipée du week-end pour aider une belle-sœur et ses 4 petits m'a rassurée : j'ai emmagasiné une expérience assez solide en matière d'éducation, en particulier sur la façon de gérer un nourrisson. La petite de 4 mois dort peu, digère mal et laisse sur le carreau sa mère affublée en Mon équipée du week-end pour aider une belle-soeur et ses 4 petits m'a rassurée : j'ai emmagasiné une expérience assez solide en matière d'éducation, en particulier sur la façon de gérer un nourrisson. La petite de 4 mois dort peu, digère mal et laisse sur le carreau sa mère affublée en sus de 3 petits garçons pleins de vie. En 10 minutes j'avais posé un diagnostic assez précis et j'enjoignis ma belle-soeur d'aller faire quelques courses indispensables : un lait de maternité plus épais, de la farine pour nourrisson et des tétines de biberon à l'ouverture plus large. Nous avons ainsi modifié le régime du bébé qui s'est mise à boire mieux (nous avons ouvert les tétines au ciseau de couture) et qui surtout à moins régurgiter. Ceci, plus quelques conseils pour le couchage ( matelas légèrement surélevé et couffin pour bien envelopper bébé). Je suis étonnée par le manque d'assurance des jeunes mamans actuelles. En ce qui me concerne, les nuits devaient être réglées en 3 mois (sauf problème particulier bien sûr). Tous mes enfants, jumeaux compris, ont joué le jeu. C'était réellement une question de survie personnelle et familiale. Une jeune maman me demandait si je ne culpabilisais pas en agissant ainsi, comme si je ne donnais pas tout l'amour possible aux derniers nés. Mais non! Au contraire : l'amour à un bébé ne se traduit pas essentiellement par les démonstrations verbales d'amour ou bien même par une stimulation excessive. Mais bien par le "réglage" de ses besoins réels et élémentaires : la nourriture, la digestion, le sommeil. Un bébé qui est bien réglé est un bébé paisible et heureux. Les démonstrations et stimulations viennent plus tard et sont indispensables à la fratrie plus âgée, d'où l'importance de bien régler le nourrisson pour ne pas négliger les autres. Les jeunes mamans qui se glorifient presque d'avoir leur bébé noctambule jusqu'à un an voire plus se trompent et doivent absolument résoudre les difficultés, pour le bien de tous les enfants. J'ajoute ceci, pour préciser mon raisonnement : Il faut sortir du cas particulier de chacune. C'est une constatation générale que je fais, rien de plus. Aujourd'hui, dire qu'un bébé peut faire ses nuits tôt, est devenu inaudible. Même pour des mamans "expérimentées ". Or, je pense que c'est la normalité ou bien la "règle " que de faire ses nuits tôt et c'est très positif! Ça permet à toutes celles qui galèrent de garder le cap et de croire que c'est un bon objectif (avec des problématiques particulières, spécifiques et personnelles). En inversant cette généralité objective et positive ( c'est à dire : les bébés ne dorment pas la nuit et c'est normal et bon! ), je pense que l'on plombe la société, les parents, les mamans et les enfants. Et accessoirement ça freine beaucoup de gens à "faire" des familles nombreuses.

vendredi 12 mars 2021

"Il faut que les paroles se taisent pour que parle le Verbe"


 Gabrielle a rapporté de l'école un petit élan en peluche : elle l'a choisi sérieusement dans l'armoire aux "trésors" de la maîtresse, comme récompense de dix images. Une image est le fruit de dix bons points. C'est donc un cadeau très précieux qui reflète un dur labeur! Gabrielle le trimballe partout avec elle, elle dort avec évidemment.

J'aime cette capacité, ce trait ou ce génie enfantin pour l'essentiel qui est invisible à nos yeux, pour reprendre le Petit Prince... C'est cela que je ressens quand j'écris mes "poèmes". Ils sont pour moi plus importants que tout. Lorsque je réussis à en "sortir" un, j'ai le sentiment très net de re-vivre. Ces petits textes de rien du tout nécessitent d'avoir l'âme pas trop encombrée, un vrai "état de grâce". Sinon, point d'intériorité possible, et pas de concentration réelle sur le monde qui m'entoure. "La vérité s'est perdue, elle a disparu de leur bouche" disait la première lecture d'hier... Ces petits textes sont les "bons points", ou bien les images, ou bien encore un petit élan en peluche que j'ai gagné dans le combat spirituel quotidien. La frontière entre le Bien et le Mal passe dans notre cœur. Elle est mouvante. A nous et à Dieu de repousser les lignes par sa Grâce.



vendredi 29 janvier 2021

A l'Est du Soleil, à l'Ouest de la Lune




 Ce matin, en voiture, nous admirons la pleine lune qui brille encore alors que le soleil se lève. Gaby me raconte alors sa lecture du moment, imposée par sa maîtresse pour tous les élèves de sa classe : c'est un conte écossais, "A l'est du soleil, à l'ouest de la lune". La beauté du titre me ravit. J'explique à Gaby : "le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest. Quand il se couche, la lune se lève." Dans ce conte, un prince charmant est accablé d'un sort donné par une méchante sorcière : il se transforme en ours tout le long du jour mais redevient homme la nuit. Par un baiser, sa femme finit par lever le sort, après mille péripéties. C'est bien écrit, et Gabrielle étudie chapitre après chapitre. Je me rends compte qu'aujourd'hui les contes modernes, que l'on retrouve dans certains dessins animés, ne distillent pas la même compréhension du monde, les mêmes valeurs qu'avant. Par exemple, dans "Frère des ours", le héros finit par rester sous la forme d'un ours, à la fin, comme si la forme animale était meilleure, supérieure à celle d'être humain. De quoi être quelque peu accablé. Et je ne parle de la notion de mariage, entre un homme et une femme qui n'existe plus et qui faisait le bonheur des petits lecteurs de ces contes enchanteurs. La conquête de l'être aimé, présenté avec mille obstacles, mille batailles, élevant les deux protagonistes dans les vertus, dans ce qu'il y a de meilleur dans l'Homme, c'était quelque chose qui amenait à considérer l'engagement comme une finalité extrêmement noble et magnifique. Aujourd'hui, le mariage est plutôt considéré au travers des "Reine des neiges" et compagnie comme un terrible esclavage qui entrave la liberté et l'épanouissement personnel des héros et héroïnes. Bref. Je me réjouis une fois de plus d'avoir mis Gaby dans ce petit "hors contrat" qui devient comme une enclave à toute la malice du monde.

Ma voisine me guettait hier soir pour que je l'emmène à la messe. Elle s'écrie tout fort au début de la cérémonie, en voyant deux petits enfants de chœur : "ah oui! Nous les chrétiens, c'est quand même autre chose que l'islamisme!". Elle retrouve le geste d'antan, le signe de croix et je lui prête un châle blanc qu'elle drape autour de ses épaules, s'étant insuffisamment couverte pour la petite église. Elle ressemble ainsi à une première communiante...

Je propose à la fin de la messe, à mon curé un flacon que j'ai transformé en flacon d'eau bénite. Pour les églises. J'ai vu cela dans une église du diocèse de Vannes et j'ai trouvé le concept intelligent : il respecte les précautions sanitaires puisqu'on ne met pas la main dans un bénitier et il permet de se signer à nouveau dans les églises, avec de l'eau bénite.

J'écris à un ami : le chapelet c'est vraiment la prière du pécheur, celui qui a fait plein de conneries et qui dit en boucle "oh là là Seigneur, sors moi de là". Un peu comme un gosse qui lorsqu'il sent qu'il a poussé le bouchon un peu loin dans la bêtise, va voir sa mère pour qu'elle prépare le terrain vis à vis du père. Je pense souvent à cette phrase des évangiles : "Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux."(Matthieu 7; 21).Hé bien voilà, le chapelet c'est ce cri un peu désespéré, un peu effrayé, un peu geignard du gars qui voit bien qu'il n'est pas "aux taquets" comme on dit mais qui ne sait pas trop comment s'y prendre pour se tirer de la nasse. C'est un premier pas, malgré tout, pour entrer dans le Royaume. Je l'espère. C'est devenu ma prière préférée.

lundi 25 janvier 2021

Pendant ce temps...



 Bernanos, en évoquant saint Dominique et son combat contre les cathares, écrit : " Ces magnifiques espérants se battent toujours en désespérés." 

Loin de moi de me prendre pour une "magnifique espérante", mais je me retrouve dans le fait qu'aujourd'hui je fais face (comme tout le monde)  à tout combat spirituel, idéologique, intellectuel, moral, en désespérée.

 Par exemple, hier soir, avant de partir sur des routes risquées pour l'internat des jumeaux, je faisais un petit bilan du week end. Il s'était passé deux choses, des petits riens aux yeux d'un spectateur peu sensible aux micro évènements qui jalonnent un quotidien à la limite de l'ennui, mais ces deux actions m'ont pourtant plongée dans un ravissement certain.

Ma voisine, une pauvre femme de la campagne avec une fille accoquinée à un tunisien prêt à l'emmener au bled, elle et sa progéniture, cette voisine vient  prendre un café pour s'épancher et pleurer. Je lui donne après avoir compati, la prière de saint François de Sales à saint Joseph et elle me raconte qu'elle est née justement un 19 mars, jour de la saint Joseph! Je lui propose de l'emmener à une messe dans les jours prochains, elle accepte. Je l'encourage à garder le lien avec son petit fils malgré les réticences de la mère, et je propose de donner des contacts de prêtres à son fils qui veut se marier à l'église sans trop savoir comment s'y prendre.

Dimanche après-midi, je me rends dans la petite église du village, qu'ouvre de temps à autre une dame. Nous y avons confectionné une jolie crèche. En arrivant sur le parvis, je tombe sur une tribu de gamins en train de jouer dans la neige. Je les invite à rentrer dans l'église qu'ils ne connaissent pas. Nous plaçons ensemble les rois mages autour de l'Enfant de la crèche et je leur raconte la belle histoire de ces derniers, qui étaient des savants, qui observaient la nature, qui ont découvert une étoile dans le ciel, ont vu en elle un signe indubitable de quelque évènement majeur et l'ont suivie jusqu'à Bethléem en Galilée. Pour finir par adorer l'Enfant Dieu. 

Puis, je leur raconte saint Rémi, car l'église lui est dédiée, et il y a une belle statue du saint à l'intérieur. Clovis, premier roi chrétien, baptisé parce qu'il avait promis de recevoir le sacrement si Dieu lui donnait la victoire à Tolbiac, et sacré dans la foulée comme roi de France par saint Rémi à Reims. Je leur raconte l'histoire de la sainte ampoule qui servait à oindre le roi : à cause de la foule en délire, le moine chargé d'apporter l'ampoule ne parvient pas jusqu'à Rémi qui attend dans la cathédrale. Rémi implore le ciel et voilà qu'une colombe vient déposer une petite fiole, remplie du saint chrême, dans les mains de l'évêque.

Les gamins dans l'église suivent attentivement ce pan de l'histoire de France qu'ils ne connaissent pas. Puis ils posent des questions sur les statues, le mobilier, etc. Bref, un petit moment de catéchèse absolument parfait. 

On pourrait se dire que tout ceci est bien désespérant, que cette vieille voisine qui a tout largué de sa foi et de son éducation envers sa fille, comme ces gamins à qui rien n'a été transmis dans une culture basique, sont l'exact et terrible reflet d'une société détruite. Mais je préfère y voir une sorte de renaissance incongrue et presque intempestive.

mercredi 6 janvier 2021

Journal du confinement, Mercredi 6 Janvier, des bestioles et de Dieu



Je suis tombée sur ce commentaire de l'évangile des rois mages, par sainte Gertrude d'Helfta; c'est si beau que je m'empresse de vous le donner. Dans la procession de la communion, dimanche dernier, j'ai remarqué à un moment donné une minuscule araignée qui crapahutait dangereusement près de nos grosses chaussures et mon cœur s'est serré en voyant les risques qu'elle prenait inconsciemment. Voilà à qui je pensais dimanche en allant communier. Une bestiole microscopique. Et j'ai imaginé que pour Dieu nous étions comme cette petite bête, minuscules créatures face au Tout Puissant, inconscients de tous les dangers que nous traversions et provoquions par notre conduite pécheresse et absurde. Dans ce texte, nous voyons combien le Seigneur prend tout ce que nous sommes, en particulier notre inconduite totale pour nous ramener amoureusement à lui. Cet amour fou, ce côté éminemment maternel de notre Dieu m'est d'un immense réconfort et bonheur. Dans ma nouvelle petite voiture vert bouteille cet après-midi avec Gaby, vers 15h, je méditais tout ceci et le Bon Dieu, certainement réjoui de cette trop rare action de grâce de ma part, a fait passer sous nos yeux ébahis et toujours émerveillés une harde de vingtaine de cerfs et de biches. Ils ont traversé la route paisiblement, à la sortie d'une village. J'ai réussi à attraper mon portable et à prendre le cerf qui fermait la marche, protégeant jalousement les biches devant. Il faut vraiment que je me munisse d'un vrai appareil photo!

Mon "presque" séminariste est reparti hier matin après quelques jours de retour dans la famille. Il m'est toujours difficile de voir partir mes enfants, grands et petits et pour celui-là c'est encore plus compliqué. Je sais qu'il ne m'appartient vraiment plus, qu'il est vraiment au Seigneur et entièrement voué à tous.

Pour Gaby, qui passe son temps à voir passer tout le monde et à dire au revoir à tout le monde, ça n'est pas facile non plus : c'est certainement un très bon apprentissage pour une future mère de famille qui devra faire le deuil de ses enfants devenus grands et destinés à quitter le nid familial. On ne songe pas assez à éduquer nos filles, futures mères de famille à cette séparation. J'en discute à mon groupe de prière des mères; ce sont toutes des jeunes mamans sauf une qui a des adolescentes. Elle commence à éprouver les affres de la séparation, avec sa fille aînée. Elle se rend compte qu'il faut lâcher prise et c'est douloureux. Pour une fois, je peux en parler en toute connaissance de cause et c'est pour moi assez gratifiant de partager une vraie expérience. Comme j'ai aimé ces années avec toute ma nichée autour de moi! Mais comme il faut savoir apprécier les voir grandir et surtout prendre leur autonomie, se lancer dans des aventures et revenir parfois avec le goût des actions réussies.

Ma nouvelle petite bagnole est sympathique : je me sens bien connectée avec elle, elle dégage des ondes positives ce que je ne ressentais avec la précédente qui m'a lâchée au bout de six mois, mauvaise affaire d'un garagiste véreux. Pourvu qu'elle dure un moment. Je me remets à sillonner les routes locales, dans cette grisaille qui dure si longtemps pendant ces mois d'hiver. La voiture comme la maison deviennent des refuges douillets contre un monde froid et agressif, où le port du masque devient une obligation insupportable. Je veux bien me faire vacciner, mais ce vaccin n'a pas l'air d'apporter le moindre changement pour les trois quarts de la population sans risque pour le virus : en effet, il n'empêche pas la contagion, donc cela veut dire confinement, couvre-feu, restrictions dans le boulot, port du masque, gestes barrière etc... Plus rien de notre vie d'avant, même avec le vaccin. ça ne fait pas rêver.



"[En la fête de l’Épiphanie], stimulée (…) par l’exemple des bienheureux Mages, Gertrude se leva dans la ferveur de son esprit et se prosterna avec une très humble dévotion aux pieds très saints du Seigneur Jésus, adorant au nom de tout ce qu’il y a au ciel, sur terre et dans les enfers (cf. Ph 2,10).Et, faute de trouver un présent qu’elle puisse dignement lui offrir, elle se mit à parcourir l’univers entier, dans son désir anxieux, cherchant parmi toutes les créatures si elle pourrait en découvrir quelqu’une digne d’être offerte à son unique aimé. Courant ainsi, brûlante et haletante, dans la soif de son ardente ferveur, elle découvrit des choses méprisables que toute créature aurait sagement rejetées, comme indignes d’être offertes à la louange et à la gloire du Sauveur. Mais elle, s’en emparant avec avidité, s’efforçait de les restituer à Celui que tout le créé devrait servir uniquement. Elle attira donc dans son cœur, grâce à son fervent désir, toute la peine, la crainte et la douleur et l’angoisse qu’une créature ait jamais supportées, non pas pour la gloire du Créateur, mais par sa propre faute et infirmité. Et elle les offrit au Seigneur comme une myrrhe de choix. En deuxième lieu, elle attira à elle toute la sainteté feinte et la dévotion affectée des hypocrites, des pharisiens, des hérétiques et de leur semblables. Et elle l’offrit de même à Dieu comme un sacrifice d’encens très suave. En troisième lieu, elle s’efforça d’attirer en son cœur toutes les tendresses humaines et l’amour frelaté et impur de toutes les créatures. Et elle l’offrit au Seigneur en guise d’or précieux. Toutes ces choses se trouvaient donc rassemblées en son cœur. Or l’amoureux désir avec lequel elle s’efforçait d’en faire totalement hommage à son bien-aimé, tel un feu ardent, les débarrassait de toute scorie, de même que l’or s’épure dans la fournaise, et elles apparaissaient comme un noble et merveilleux présent pour le Seigneur. Le désir de lui plaire en toute manière, témoigné par ces offrandes, procura au Seigneur d’inestimables délices, comme s’il se fût agi d’étrennes extrêmement rares."



jeudi 31 décembre 2020

Journal du deuxième confinement, jeudi 31 décembre, "La lumière brille dans les ténèbres"




 "Un miracle étrange a lieu dans le ciel et sur la terre : Dieu est sur la terre, et l'homme est dans les cieux".


 Je ne sais comment débuter ce texte, ce récit de ces jours de vacances, de fêtes, de retrouvailles familiales, de chaos, je ne sais même pas comment l'intituler.

A cette heure-ci nous avons à demeure plus que notre Gabrielle. Nous avons été jusqu'à douze à la maison et même treize pour le déjeuner de Noël.

Tous les enfants sont donc rentrés cette année pour Noël, même mon couple de mariés. Notre petite maison a réussi à remplir son office, à savoir loger tout le monde. Certes, avec encore les lits superposés aux lattes cassées pour certains mais bon, vaille que vaille, chacun a pu se blottir dans un nid.

Le deuxième grand défi consistait en la confection de repas pour une dizaine de personnes midi et soir pendant plusieurs jours. J'avoue sans fausse modestie avoir réussi à nourrir correctement la famille et à m'être couchée tous ces soirs en me disant : encore un jour où tout le monde a (bien) mangé.

Le troisième défi auquel je m'attendais moins (je ne sais pourquoi) : la gestion du linge. Mes étudiants et jeunes pros sont tous rentrés avec des monceaux de linge sale et mon sèche linge ne fonctionne plus depuis le premier confinement. ça a été épique, et le fait d'avoir un espace "lingerie" m'a sauvée à un moment donné où je me trouvais, toute proportion gardée,  comme les petits miséreux de Calcutta au milieu des montagnes d'une déchetterie à ciel ouvert. J'ai pris mon courage à deux mains pour un plan repassage de chemises une après-midi en regardant Pouic-Pouic.

Quatrième défi et non des moindres, faire en sorte que Chuck garde le moral malgré l'envahisseur. Bon, là j'avoue que je n'ai pas fait grand chose, j'ai simplement prié le Ciel en espérant qu'il ne pète pas les plombs, un peu comme deux soldats côte à côte sous la mitraille, qui ne peuvent guère communiquer dans le "bruit et la fureur" mais qui avancent coûte que coûte. Chacun pour "sa pomme" mais unis malgré tout.

Vous allez trouver ces considérations très prosaïques et éloignées d'une âme censée être toute tournée vers le grand mystère de l'Incarnation, la joie miraculeuse des anges dans le ciel, la reconnaissance et l'adoration des vieillards Anne et Syméon devant le divin Sauveur, mais bon, c'est ma mystique à moi de voir au fond d'une casserole notre miraculeuse et divine destinée humaine.

La joyeuse bande s'est maintenant éparpillée pour réveillonner au fin fond de quelques demeures planquées et, avec Chuck, nous sommes partis nous réfugier hier soir chez l'ami Vincent Haen, dans son hôtel qui est en passe de devenir notre résidence secondaire. S'est ajouté tardivement dans la soirée un cousin de notre hôte, encore un de ces êtres rares dont l'esprit et la personnalité survolent de très haut notre "normalité" quelque peu lisse. Les deux cousins nous régalent de leur conversation brillante, de leur érudition, de leur humour, Ces personnalités atypiques sont les seules capables de survivre par temps de crise ou d'apocalypse, il faut bien l'avouer, et même de pouvoir donner toute leur mesure. C'est absolument fascinant et, de retour dans notre home, sweet home, nous atterrissons doucement.

En partant


J'ai quitté ma campagne aux couleurs irlandaises

La pluie avait cessé, le ciel était hollandais

Les nuages gris et doux flottaient dans l'azur

Bleu comme les yeux de Gaby aux airs purs.


Après la pluie le beau temps dit la Comtesse

Et dans ce monde paisible à la lumière enchanteresse

Le temps ruisselle sans bruit, tout doucement,

Et les rayons en musique joyeuse percent le paysage luisant.


Comment quitter ce pays de cocagne

Où tout bruisse, pépie, fleurit et étincelle

De lumière, de vie, de beauté sans pareille

Où le corps et l'esprit s'unissent sous la Sainte Montagne.





lundi 14 décembre 2020

Journal du deuxième confinement, Lundi 14 Décembre, se retourner



 Ce devait être un week end tranquille : les jumeaux absents, pas de grands de passage, rien que Gaby avec une sortie de louvettes le dimanche. Mais on n'est jamais trop avisé. J'ai quand même cuisiné un peu. Et mes parents sont venus déjeuner samedi (et nous prêter une voiture pour la semaine car j'ai bousillé la dernière), Pierre est arrivé vendredi soir et reparti samedi aprèm pour revenir récupérer son linge lavé et repassé dimanche. Dimanche matin, nous invitons après la messe une famille et ses quatre enfants à déjeuner, l'énorme marmite d'osso bucco pour deux est vraiment trop bizarre. Après avoir récupéré la petite chez les louvettes (elle a passé la journée dehors avec un masque, oui les louvettes sont encore plus royalistes que le roi question consignes sanitaires débiles), je me précipite dans ma petite église de village qui ouvre une heure tous les dimanche grâce à deux dames détentrices des clés. Je termine la confection d'une petite crèche. J'y retournerai à Noël pour y mettre l'Enfant Jésus. Avec toute la famille. A priori nous serons douze ou treize pour le déjeuner de Noel. Les standards gouvernementaux explosent mais je ne vais certainement me justifier.

Coup de fil dans l'après-midi du garçon en propédeutique : on n'avait plus de nouvelle depuis le début de l'Avent, il était dans une sorte de "retraite" et ceci doit durer jusqu'à Noel; je ne savais pas qu'en "donnant" un fils à l'Eglise, j'allais vivre au rythme de la vie du séminaire. C'est ainsi, il faut s'y plier avec plus ou moins bonne grâce.

Il s'agit maintenant de commencer les préparatifs pour les fêtes. Toute la famille se réunit à Noël, même nos "mariés". Evidemment le chauffe-eau de l'étage ne fonctionne plus ainsi que les toilettes. Je supplie un plombier de passer avant les vacances. Je prends le temps ce matin de rassembler tous les cadeaux et de commencer à faire quelques paquets. Soulagement : je crois être à peu près au point pour tout le monde mais c'est difficile de planquer les paquets parce que le moindre recoin servira de couchage. J'ai privilégié cette année les nourritures terrestres et plus ou moins intellectuelles pour les plus âgés. Je commence aussi à réfléchir à quelques menus pour les jours où nous serons tous réunis. Le premier confinement m'a rodée à nouveau pour une cuisine de "famille nombreuse", c'est un défi que j'apprécie plus aujourd'hui qu'à l'époque où les enfants étaient plus jeunes. Il s'agit plus maintenant d'une cuisine de "confort" qu'une cuisine "d'urgence".

Un film dimanche soir "Death Wish" avec Bruce Willis : un chirurgien qui recherche les agresseurs et meurtriers de sa fille et de sa femme. Le débat "légitime défense ou vengeance" ne m'intéresse pas. Mais la vraie question du devoir moral qui devrait concerner chacun d'obtenir justice m'interpelle. Evidemment cette question n'effleure jamais nos consciences assistées. Il n'en reste pas moins que si je n'obtenais pas justice pour un des miens, je pense que ce serait un devoir que d'obtenir réparation par mes propres moyens.

En ce temps de l'Avent c'est la figure de saint Jean-Baptiste qui est mise en avant : mystérieux personnage biblique, le dernier prophète, dont j'ai attribué le nom à mon fils aîné. Celui qui précède le Sauveur et qui crie dans le désert avec vigueur et sans concession, qui rend témoignage à la vérité et qui se tient aux côtés de Celui qui est la Vérité. Quelle immense figure d'homme, qui nous rappelle notre destinée surhumaine, devenir des enfants de Dieu, nous retourner le corps, le cœur et l'esprit, nous convertir de tout notre être, avec la violence que ce mouvement physique et spirituel implique... Y parvenons-nous tous? Y parviendrons-nous tous? Parviendrai-je à ne serait-ce que l'amorce d'un léger mouvement? Lever les yeux vers l'étoile du Salut, au fond pas grand chose, et pourtant... "Venez à moi qui peinez sous le poids du fardeau et Moi je vous donnerai le repos".


"Arrive le moment où il ne nous intéresse plus que de guetter Dieu"
(Nicolàs Gomez Davilà)

Bonheur

Bruits, tourments, rires et cris, éclats soudains, sombres abîmes
Oh Seigneur nos vies qui s’accélèrent sans cesse, une adrénaline
Dont nous ne pouvons nous passer, tourbillon de plaisirs et de soucis
Qui rythment nos âmes, nos cœurs, nos corps, nos jours et nos nuits.         

Oh Mon Dieu, dans ce bruit et cette fureur, en vain je tente
De retrouver le son lointain et perdu d’une douce mélodie
Celle que tu imprimas jadis au plus profond de mon esprit
Lors de ma création et de celle de toute l’humanité auparavant

Le son diffus, le doux murmure, imperceptible aux âmes
Distraites, du Bonheur, de la vraie joie, de son mystère et
De sa loi. En nous Tu l’avais déposé brûlant, en grand secret
Créés à ton image, à ta ressemblance, pour l’amour et sa flamme.

J’ai parcouru moult chemins de traverse, j’ai crié en vain,
Ajoutant la rage à la sottise et, au bout de mon déclin,
Je me suis arrêtée dans le crépuscule ombré. A l’entrée
De la nuit et du silence, tu étais là Dieu de bonté,
Tu étais là Seigneur, depuis toujours Tu m’attendais.

lundi 7 décembre 2020

Journal du deuxième déconfinement, Lundi 7 Novembre, Telegraph Road





 Les choses avancent à petits pas. Pendant ce deuxième confinement, je m'emploie à "déconfiner" mon église de village aux trois-quarts temps fermée. C'est une jolie petite église, très ancienne, dédiée à saint Rémi. Le curé y fait une ou deux messes par an, aux beaux jours, car elle n'est pas chauffée. Les habitants ne connaissent pas leur église car elle est fermée. Avec ce deuxième confinement, le curé convainc les deux paroissiennes détentrices des clés de l'église d'ouvrir une heure par semaine l'église, le dimanche. Je m'engouffre dans la brèche et je farfouille dans la sacristie. Quelques éléments de crèche s'y cachent. Deux dames de passage, ayant remarqué les lumières dans l'église se proposent de les repeindre. Parfait! Ce dimanche, je reviens avec un carton, du tissu, des branchages et je m'attelle à confectionner une crèche. Les deux vieilles paroissiennes sont ravies et, dans l'enthousiasme, je leur suggère de proposer à la mairie d'indiquer l'heure d'ouverture de l'église pour que les habitants puissent s'y arrêter. J'espère que dimanche prochain nous serons quelques uns.

A la maison, c'était aussi les grandes manœuvres. Trois moldaves aux airs de mafieux tchétchènes débarquent vendredi matin pour équiper la maison de pompes à chaleur. Ils travaillent toute la journée et reviennent aussi le samedi. Vendredi soir, mon mari m'interroge : "tu as pu te faire expliquer comment le système fonctionne?" Je lève les yeux au ciel; les moldaves, plutôt rustiques, ne m'ont pas trop adressé la parole, ils parleront le lendemain... avec Chuck. Deux jours de marteau-piqueur, de poussière, de froid et de borborygmes slaves dans toutes les pièces. Les jumeaux et Pierre débarquent vendredi soir et prennent le relais des ouvriers. Je réussis malgré tout à nettoyer et ranger la maison pour le dimanche et nous nous réveillons tous dans une maison pour la première fois en quinze ans, bien chauffée. ça valait vraiment le coup!

Autre bonne nouvelle : notre messe du dimanche, dans le village voisin, tout proche de la maison. Les prêtres ont ajouté quelques messes supplémentaires malgré la hausse de la jauge. 

Une voisine s'arrête devant chez moi, je l'invite à prendre un café : elle me raconte ses déboires familiaux; son mari en grande dépression, sa fille en couple avec un divers. Elle s'est coupée avec toute sa famille et ma voisine ne voit plus son petit-fils, né d'une première union. La fille a eu un bébé avec le divers. Elle vit maintenant dans 60 mètres carrés avec toute la belle famille fraichement débarquée de Tunisie. D'après la mère, elle est "convertie". J'engage la mère (et grand-mère) à renouer avec la fille. Quand cette dernière en aura assez de son nouveau "mari", elle sera peut-être contente de trouver un toit. Mais la question des enfants demeure : il lui sera difficile de garder son bébé. "C'est ce que me prédit la dame que je consulte avec son pendule", conclut sombrement la pauvre femme. Punaise, pas besoin de pendule pour prédire l'avenir... Je lui rétorque assez vivement. Ceci se passe dans notre campagne, pas dans un quartier "populaire" d'une cité. La voisine s'est rapprochée des cellules judiciaires qui traitent des cas de radicalisation. Les flics ne sont guère optimistes pour la fille.

La reine d'Angleterre s'apprête à être vaccinée : il n'y a pas à dire, c'est elle la chef! Elle "en a dans le pantalon" si je puis me permettre. J'attends de voir Véran et Castex se faire piquer devant les caméras au lieu de crier aux complotistes et à l'irresponsabilité chaque fois qu'un pauvre lambda avance timidement son droit à refuser la vaccination. 

Dimanche soir, je suis de "corvée" de voiture pour ramener les jumeaux à 200 km, à leur pension. La route se fait bien au son de Dire Straits... Tout voyage peut devenir une aventure mystique, il suffit d'être disposée, il suffit d'avoir le bon son. Les paroles de Telegraph Road correspondent assez bien à ce que je vis; à mon état d'esprit, à ma volonté; il n'y a que la poésie et la musique pour transcrire aussi bien, aussi justement ce que je suis!  Telegraph Road, est un air qui pourrait prendre pour moi la place d'un psaume biblique.

Je pars de mon chez moi, de ma campagne : 

"A long time ago came a man on a track

Walking thirty miles with a sack on his back
And he put down his load where he thought it was the best
Made a home in the wilderness"
(...)

Then came the churches then came the schools 

Then came the lawyers then came the rules

Ce chez moi, ce pays, traversent bien une période troublée : 
"Then there was the hard times then there was a war"

Je continue à faire ce que j'ai à faire, à présent mettre à l'abri intellectuellement, physiquement mes garçons et tous mes enfants, dans des lieux sûrs, parfois lointains: "And my radio says tonight it's gonna freeze
People driving home from the factories
There's six lanes of traffic
Three lanes moving slow..."

Puis je m'en reviendrai chez moi :
 "You had your head on my shoulder you had your hand in my hair"
Et je ferai ce que j'ai à faire pour les miens, ma famille et mes proches parce que: 
(...)
I've seen desperation explode into flames
And I don't want to see it again...

samedi 28 novembre 2020

Journal du deuxième confinement, Samedi 28 Novembre, Le point de départ

 Je propose à mon club de lecture de dadames de commander Eloge de la force d'Obertone. "Peut-être l'année prochaine" me répond la responsable. Hum. Le truc est de savoir si on aura le temps de se préparer psychologiquement, mentalement d'ici l'année prochaine. Le temps s'accélère de façon prodigieuse et inexorable en ce moment, et les évènements à venir ne seront pas forcément positifs. Vaut mieux faire le plein de "force" d'ici là.

En attendant, nous aurons notre messe du dimanche ce week-end. Les évêques ont l'air de s'agiter un peu plus que de coutume. Monseigneur Aupetit déclare : "nous avons toujours été loyaux envers le Pouvoir...". Au fond de moi, je m'interroge : doit-on loyauté avec l'ennemi? Est-ce que la convention de Genève s'applique dans cette drôle de guerre? Je pense que l'Eglise doit réserver sa loyauté à sa mission sacerdotale.

C'est ce que font les prêtres. Le marathon des messes du dimanche commence dès ce soir; ils vont multiplier les offices pour que tout le monde puisse assister à une messe malgré l'inique jauge de trente. Quand on pense que le Christ a été trahi pour trente pièces, le lien ne manque pas de sel.

Le week end commence en douceur : j'ai récupéré les jumeaux hier soir, rentrés de leur internat. Ces derniers sont préoccupés et, à peine installés dans la voiture, ils me racontent : deux jours par semaine, ils suivent des cours de leur bac technique dans un gros lycée privé de la ville à côté bourré de racailles et de divers. Les gamins de l'internat comme mes garçons sont minoritaires et forment un groupe à part, très mal vu des lycéens locaux. Hier, une bagarre a failli partir entre un divers plus âgé et un ami des jumeaux. Mes garçons sont intervenus avant que le copain ne se fasse dézinguer. Le divers a promis de revenir avec sa bande donner la pâté aux trois concernés. J'avoue ne pas être très rassurée. Je recommande aux jumeaux de rester toujours "groupir" et de continuer à suivre les exercices physiques avisés de leur maître d'internat, ancien sous off. La gestion compta, c'est important, la boxe aussi.

Pierre doit rentrer, ce qui portera à quatre le nombre d'enfants ce week end. Une paille par rapport aux années précédentes, quand les gamins étaient plus jeunes et plus nombreux. Nous attendions-nous à cela lorsque nous nous sommes mariés? Pas vraiment, même si nous voulions des enfants. 

C'est une discussion que j'ai avec un jeune homme fiancé : le nombre d'enfants. Je lui avoue qu'avec mon mari nous n'avons pas trop discuté d'un quota avant de nous marier. En fait, rien ne semblait vraiment réfléchi dans notre histoire, nous nous sommes mariés jeunes, rapidement, et avons eu assez vite nos premiers. J'ai rencontré mon mari en fac, je me souviens de mon coup de foudre : il traversait le boulevard devant Port Royal, je traversais dans le sens inverse et nous nous sommes croisés. Pas de mots échangés, simplement un dixième de seconde de regard. Et tout était clair. Je savais au fond de moi que ce jeune homme allait compter pour moi. Les femmes sont de redoutables chasseresses.

Cette clarté, cet aboutissement en quelques secondes peut sembler fou et irrationnel mais je ne crois pas que ce soit le cas. Je savais exactement ce que je voulais, les exigences qui m'étaient fondamentales. La principale et assez simple : que mon futur mari soit un catholique pratiquant. Je suppose que toute ma vie, tout ce que j'avais reçu dans ma jeunesse comme éducation, m'avait préparée à cet instant et surtout à la décision de m'engager. L'engagement n'a pas été une mince affaire malgré la rapidité et l'évidence de notre histoire à  tous les deux. Je n'avais pas une image du mariage très glorieuse et je redoutais un fiasco. Je pense que ce coup de foudre m'a permis de me lancer dans cette aventure, comme un coup de pied aux fesses.

Après, tout le reste, les enfants comme les épreuves, il n'y avait plus qu'à faire face, ceci dans une paix profonde qui ne m'a jamais quittée depuis mon "oui" à l'église. Malgré des remous parfois gigantesques à la surface de la mer.

Petit texte de souvenirs amusant : 


"Un week end avec simplement deux enfants c'est : passer le samedi après midi vautrée dans son salon sans être interrompue toutes les minutes par un "M'man" intempestif. Aller sur son ordinateur, sans tomber sur un youtube quelconque du Pamalshow alors qu'on était plongée dans un article de Contrepoints et sans remettre ses codes de sa cession alors qu'on l'a quittée 5 minutes auparavant pour essuyer les fesses de la dernière; ne pas revenir dans la cuisine se faire un petit café à la bouilloire qu'on avait préalablement remplie et mise en route une minute avant et qui se retrouve inexplicablement vide. La cuisine qui était à peu près rangée et dont il faut maintenant vider le lave vaisselle qui vient pour la 3ème fois de la journée sonner la fin du programme juste au moment où vous entrez pour ce foutu café. Personne, sur les 10 personnes grouillant dans la maison ne l'a entendu sauf VOUS. Vous repartez ensuite rallumer votre ordi. Mais dans le couloir un des jumeaux brandit un cahier d'où s'échappent une dizaine de feuilles volantes mal collées pour vous demander des éclaircissements sur la démographie chinoise. Vous repartez dans le salon avec de la colle, un stylo pour refaire le cahier et corriger les fautes du cours. En repassant par la cuisine, vous remarquez que la table est recouverte de miettes, de briques de jus de fruit renversées, et que le chat adore la brioche dont il déchiquette une tranche sous la table. Nettoyage, rangement, aspirateur. 3ème ou 4ème fois, l'aspi. Vous estimez qu'il est temps de sortir les troupes pour une promenade et beuglez à l'aide sur votre mari réfugié dans son bureau bunker en train d'essayer de trouver des solutions pour combler le trou béant de votre trésorerie. "JE TRAVAILLE MOI" Entendez-vous des profondeurs de la maison. Finalement, le mari a besoin de sortir aussi et emmène quelques gamins traînant par ci par là en ballade. Vous soupirez d'aise en pensant à ce moment de calme et de sérénité. Malheur! vous avez oublié d'emmener l'ado numéro 5 acheter une paire de baskets; il surgit en tshirt déchiré, et chaussettes sales pour vous le rappeler. Vous partez sur les chapeaux de roues en espérant que votre mari ne s'apercevra pas de votre absence et surtout de la nouvelle dépense. Quand vous revenez, trop tard, le mari et les mouflets sont dans la place et vous faites rentrer l'heureux gagnant avec ses nouvelles chaussures par une porte dérobée. Ses 5 frères l'attendent malheureusement et crient au favoritisme. Le mari s'en mêle et je fais valoir une fausse promotion. Puis je ressors mécaniquement l'aspirateur, le retour de la ballade signifiant l'arrivée de monceaux de gadoue partout. Tout ceci nous mène quand même au dîner du samedi soir, j'ai préparé un "four s'y tout", fameux gratin constitué de restes de la semaine. Le mari estime que tout ceci n'est pas très cétogène. Les gosses estiment que c'est bien trop cuit. J'estime qu'il est temps d'aller prendre mon bain. Dimanche matin, vous vous levez aux aurores sans faire de bruit pour tenter de petit déjeuner dans la solitude. A peine arrivée dans la cuisine, un diablotin à longues boucles qui vous guettait depuis 5h du mat surgit. Vous ne pouvez que l'embrasser et lui témoigner votre bonheur d'être ainsi accueillie... Roulement de tambour dans les escaliers; les garçons descendent et se battent immédiatement pour le reste de brioche non dévorée par le chat. La cuisine est un champ de bataille, Alep et Mossoul réunies. Vous vous la jouez autiste et préparez un café. Vous foncez dans votre bureau pour découvrir qu'internet a sauté. Vous retournez au salon pour comprendre que la soirée devant la téloche des enfants a été non seulement culturelle (Danse avec les stars) mais sportive (tous les coussins sont éparpillés, les chaises renversées, la table basse bourrée de vieux restes). Aspi. Vous finissez par tenter de trouver une jupe et un collant non filé pour vous habiller festivement pour la messe. Vous faites de même avec votre lutin de 5 ans ("mets ta jolie robe bleue!"); vous remontez en courant, en vous brossant les cheveux et en braillant aux garçons d'aller à la voituuure. Ils arrivent en ordre dispersé, avec pour un son tshirt sale de la veille mais ses nouvelles baskets de foot aux pieds, et pour les autres des tenues chiffonnées et sans veste alors qu'il fait -2 dehors (donc -5 dans l'église). Vous recommandez précipitamment à votre mari installé au volant d'acheter pour le déjeuner non pas un poulet mais deux! La voiture démarre et en levant la tête par hasard, vous apercevez votre fils aîné à la fenêtre de la douche, à poil, en train de vous faire des signaux désespérés. On l'a oublié, comme d'habitude... Aujourd'hui, rien de tout cela, nous en avons deux simplement et nous errons avec mon mari dans une maison vide, ça nous fait tout bizarre. Dieu merci, dans 5 heures, la bataille reprendra."

samedi 21 novembre 2020

Journal du deuxième confinement, Samedi 21 Novembre, les bêtes détails


 Ma sœur me raconte ce qui s'est passé hier pour sa petite fille, de l'âge de Gabrielle (neuf ans) : elle emmène la matin à l'école la petite et arrive tôt. Elle laisse sa fille dans la cour et repart. Une alarme "intrusion de personne étrangère" se met à sonner. La petite sur la cour panique et file dans les couloirs pour rejoindre sa classe toute seule. Elle se retrouve à tambouriner à la porte de sa classe, la maîtresse s'est enfermée à l'intérieur. Cette dernière finit par ouvrir la porte à ma nièce. Finalement, fausse alerte. Mais la gamine, dûment impressionnée et en pleurs, repart à la maison pour se remettre de ses émotions. Bonne ambiance en ce moment dans les écoles. 

La semaine dernière, enterrement d'une jeune femme, convertie récemment, mère de deux enfants. A cause du premier confinement, elle a eu un retard de diagnostic d'un cancer... Elle est partie au bout de quelques mois à peine... La photo envoyée par la paroisse est très belle; on dirait un tableau un peu ancien, un peu antique, sur lequel des observateurs futurs diraient : "il y avait encore des prêtres à cette époque, pour accompagner nos morts." La lumière du soir rendue dans la photo me fait songer à cette phrase de la Bible : "Or la terre était était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, l'Esprit de Dieu planait sur les eaux."

Oui, certainement que les ténèbres recouvraient le cœur de tous les proches de cette femme, la terre devaient leur sembler vide et vague, mais l'Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux de leur immense chagrin.

En attendant, troisième messe à l'écran demain matin; en dépit du rejet quasi viscéral pour cette "formule". Je tiens à la garder; il faut que le dimanche reste autant que faire se peut le jour du Seigneur, même avec une parodie de messe; la communion que nous irons recevoir dans l'après-midi, est réelle. 

Certains s'agitent sur un commentaire de Monseigneur Aupetit, dédaignant comme un petit détail l'importance de la communion sur la langue plutôt que dans la main. Le débat en lui-même me laisse plutôt indifférente (même si personnellement je m'attache à communier dans la bouche, chez nous c'est encore possible) mais il met en exergue l'immense recul de notre hiérarchie ecclésiale qui a déjà me semble-t-il abandonné complètement nos églises et cathédrales aux puissances du mal. Personne ne s'intéresse autour de moi au retrait de l'eau bénite dans les lieux saints mais ça été, au début de cette pandémie, le premier signal, un autre bête détail, que les églises n'étaient plus ces havres de Paix, ces forteresses emplies de l'Esprit de Dieu et de ses saints Anges. Tous ces évêques qui reculent sur tout devraient se souvenir que Notre Dame a brûlé, qu'elle leur a été retirée, et que s'ils continuent à nous asperger de gel plutôt que de nous bénir, leurs églises leur seront à tout jamais retirées. Et nous irons prier au fond des bois ou bien dans des maisons sanctifiées par leurs habitants.

C'est un peu l'évangile d'hier : "En ce temps-là, entré dans le Temple, Jésus se mit à en expulser les vendeurs. Il leur déclarait : "Il est écrit : "Ma maison sera une maison de prière." Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits."

Dans l'oraison qui suit cet évangile, je lisais hier, dans les deux maisons des personnes âgées à qui j'apportais la communion : "Dans cette maison que tu nous as donnée, où tu accueilles le peuple qui marche vers toi, tu nous offres un signe merveilleux de ton alliance : ici tu construis pour ta gloire le temple vivant que nous sommes; ici tu édifies l'Eglise, ton Eglise universelle."

Quelques nouvelles du séminariste, confiné dans son séminaire : il a l'air absolument enchanté de son sort et le ton est très joyeux. Je lui envoie une veste achetée sur Vinted pour son anniversaire. Nous devrions le voir à Noël, quelques jours.

En cette période peu propice aux sorties, je me suis lancée dans la confection de grands bocaux de sauce tomate; ça reste très amusant et délicieux. Je les appelle "les bocaux de l'Apocalypse" et un pote qui fait, lui, des terrines de sanglier, m'assure d'un troc avec ma sauce : il vaut mieux effectivement faire en sorte d'avoir des repas complets, pour la fin du monde.

La semaine prochaine je me lancerai dans la confection de gelée de pommes du jardin. Jusqu'à présent, je me contentais de faire quelques compotes, mais je souhaite exploiter un peu plus et un peu mieux cette denrée qui nous tombe du ciel à profusion. Seul souci : je n'ai pas de presse-purée pour transformer les quartiers de pommes restants en pâtes de fruit, une fois la gelée confectionnée. On est souvent empêché dans nos projets grandioses par un bête détail. Le mien, c'est le presse-purée.