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mardi 10 août 2010

Pouvez-vous boire à la coupe où je bois?

"Il y a ces villages et ces paysages qui sont à la fois les prolongements et les derniers témoins de la France presque défunte peinte dans ces vieux films qui vous mettent les larmes aux yeux. "(Eisangélie)
 


Retour de vacances familiales, épuisantes (vaisselles pour vingt personnes minimum à chaque repas) et oh combien vivifiantes (la famille, toujours la famille et rien que la famille!), chapelets et haltes silencieuses dans la petite église où je me suis mariée il y a 19 ans de cela, ballades vers le soleil couchant, le soir, au milieu des vignes locales, des vaches et des tous petits veaux, observation patiente de la voûte étoilée unique au monde en ces lieux reculés, ne pas rater la sortie de la chouette du clocher voisin, le soir... et découverte de vieux livres poussiéreux, plus passionnants les uns que les autres.


J'étais partie aussi avec La source sacrée d'Henry James, et plusieurs fois, douillettement installée sous une couette moelleuse jugée sur un énorme lit à l'ancienne au matelas immense, je m'apprêtais à poursuivre le narrateur dans sa quête laborieuse et labyrinthique de la muse qui donne tout à celui qu'elle aime et le rend intelligent tandis qu'elle se vide de son propre esprit jusqu'à ne plus pouvoir parler, mais alors mon mari arrivait et m'engageait à chercher plutôt sa source sacrée à lui, si je puis me permettre, et évidement j'étais tentée par cette quête-là et alors, je ne lisais plus rien du tout.
Du coup, je n'ai pas fini Henry James mais j'ai réussi tout de même au sein de ces jours mi-ensoleillés mi- pluvieux à lire un Chesterton, Le nommé Jeudi, un conte fantastique éblouissant et d'une très grande beauté spirituelle (D'autant plus beau que Chesterton, lorsqu'il l'a écrit, n'était pas encore converti au catholicisme). Il faudra que je trouve des passages, pour vous, chers lecteurs, mais cela risque d'être difficile parce que tout se tient dans ce petit roman.
Si j'avais été écrivain, je pense que j'aurais voulu écrire cette petite chose magnifique, c'est sûr.


Un petit passage tout de suite, je ne résiste pas et qui me fait songer à ceci que j'avais écris il y a longtemps.* Mais ce passage, c'est tellement le Mystère dévoilé que je me demande dans quelle mesure je fais bien de vous le transmettre...


"Je vois tout! s'écria-t-il, je vois tout ce qui est! Pourquoi toute chose, sur terre, est-elle en lutte contre toutes les autres choses? Pourquoi chaque être, si petit qu'il soit, doit-il être en guerre avec l'univers entier? Pourquoi la mouche doit-elle livrer bataille au monde? Pourquoi le bouton d'or doit-il livrer bataille au monde? Pour la même raison qui me condamnait à être seul dans le Conseil des Sept Jours. C'est pour que chaque être fidèle à la loi puisse mériter la gloire de l'anarchiste dans son isolement. C'est pour que chacun des défenseurs de la loi et de l'ordre soit aussi brave qu'un dynamiteur et le vaille. C'est pour que le mensonge de Satan puisse lui être rejeté au visage. C'est pour que les tortures subies et les larmes versées nous donnent le droit de dire à ce blasphémateur : vous mentez! Nous ne saurions payer trop cher, d'agonies trop cruelles, le droit de répondre à notre accusateur : Nous aussi, nous avons souffert.
-Non, il n'est pas vrai que nous n'ayons jamais été brisés. Nous avons été brisés et roués sur la roue. Il n'est pas vrai que nous ne soyons jamais descendus de ces trônes : nous sommes descendus en enfer. Nous nous plaignions encore de souffrances inoubliables, dans le moment même où cet homme est venu nous accuser insolemment d'être heureux. Je repousse la calomnie : non, nous n'avons pas été heureux, je puis le dire au nom de chacun des grands gardiens de la Loi qu'il a accusés. Du moins...

Il s'était tourné de telle sorte que tout à coup il vit le grand visage de Dimanche qui souriait étrangement.
-Avez-vous jamais souffert? s'écria Syme d'une voix épouvantable.
Le grand visage prit soudain des proportions effrayantes, infiniment plus effrayantes que celles du colossal masque de Memnon qui terrorisait Syme, au Musée, qui le faisait pleurer et crier quand Syme était enfant. Le visage s'étendit de plus en plus jusqu'à remplir le ciel. Puis, toutes choses s'anéantirent dans la nuit.
Mais, Syme crut entendre, du profond des ténèbres, avant que sa conscience s'y fût abolie tout à fait, une voix lointaine s'élever, qui murmurait cette vieille parole, cet antique lieu commun qu'il avait entendu quelque part :
-Pouvez-vous boire à la coupe où je bois?"



*J’ai soif
L’enfant est né, après bien des alarmes.
Il est beau et repose sur le sein de sa mère.
L’enfant est né, après des cris et des larmes.
Il est maintenant une créature de la terre.

Mais son regard se porte déjà vers le ciel,
Ses bras se tendent vers l’immatériel,
Se referment dans le vide et le néant.
Il est une créature des cieux, pourtant.

Baptisé selon la coutume, avec de l’eau
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
Dieu se love dans son cœur aussitôt
Feu ardent et rouge-sang dans le joyau.

Feu ardent et brûlant attiré par l’eau,
Il murmure maintenant et pour l’éternité,
Dans le cœur de cette âme embrasée
« J’ai soif , Moi le Seigneur, le Très-Haut » .

Descendu aux enfers, volontaire prisonnier
Au cœur de l’homme, un brûlant et divin secret.
Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié
« J’ai soif » murmure t-Il à l’enfant nouveau-né.

« J’ai soif ! » la Voix enfle et se perd
Dans une vie d’épreuves et de misère.
« J’ai soif ! » crient l’enfant et son Dieu-Trinitaire,
Ils sont à la fois, tous deux, l’eau et le désert.
« J’ai soif ! » parfois la Voix se tait, tout s’endort.

Le bruit du monde, la mollesse de nos corps
Assourdissent le doux murmure, le cri délirant
La voix du Père, et celle de l’enfant.
Occultée, la Voix du Tout-Puissant
Moquée, piétinée, écrasée, cette voix d’enfant

Et dans un silence d’outre-tombe
Quand tout est fini, mort, nuit sombre
Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux !
De leur bouche pleine de cendre et qui ne s’ouvre plus
Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus
Puisqu’ils ont appelé, et le Verbe est venu .
Le Calice suprême, La Coupe du salut,
S’est versée sur leurs lèvres, jusqu’à la lie
Ils ont bu.

dimanche 18 juillet 2010

De l'équilibre chrétien (2)

"Si notre vie devient un jour aussi belle qu'un conte de fée, il faudra nous rappeler que toute la beauté d'un conte de fée tient à ceci : l'émerveillement du prince s'arrête au seuil de la peur. S'il redoute le géant, c'en est fini de lui; mais s'il n'est pas impressionné par le géant, c'est la fin du conte de fée. Tout dépend de la capacité du prince d'être à la fois assez humble pour s'émerveiller et assez orgueilleux pour lancer un défi. Ainsi notre attitude face au géant de ce monde ne doit pas être une sensibilité croissante ou un mépris croissant, mais une proportion particulière des deux, la juste mesure. Il faut que nous ayons en nous assez de respect pour tout ce qui nous est extérieur afin de fouler l'herbe dans la crainte. Et il faut que nous ayons aussi assez de mépris pour tout ce qui nous est extérieur afin de cracher, si nécessaire, sur les étoiles. Pourtant (si nous voulons être bons ou heureux) ces deux qualités doivent être réunies, non en une combinaison quelconque, mais en une combinaison singulière. Le bonheur parfait des hommes sur la terre (s'il a jamais lieu) ne sera pas quelque chose de plat et de solide, comme la satisfaction animale. Ce sera un équilibre exact et périlleux, comme celui d'un roman d'amour désespéré. Il faut que l'homme ait en lui juste assez de foi pour avoir des aventures et qu'il doute juste assez de lui pour jouir de ces aventures.
   

Et pourtant : "ça rate et ça n'arrête pas de rater" dit le Sorpasso  et c'est normal : "Cette révolution éternelle, continue Chesterton un peu plus loin, cette suspicion maintenue à travers les siècles, vous l'appelez (en vague moderne) la doctrine du progrès. Si vous étiez philosophe, vous l'appelleriez, comme je le fais, la doctrine du péché originel. Vous pouvez l'appeler progrès cosmique autant que vous voudrez : je l'appelle par ce qu'elle est  : la Chute."
(Chesterton Orthodoxie et Il Sorpasso dans "Je me souviens, le soir")

jeudi 15 juillet 2010

De l'équilibre chrétien

  "La guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir". ( Dantec,Babylon Babies)

"J'espère que tu auras compris que cette mort biologique partielle n'est que le prix à payer pour que l'économie du Don en toi, peut-être, se fasse jour."  (Villa Vortex Dantec)
 
"Pour vivre en paix, il faut mener contre soi-même la plus implacable des guerres."(Dantec, TD1)"  



 Dans le chapitre intitulé :  "Les paradoxes du christianisme", dans Orthodoxie, de Chesterton.

" Le paganisme a affirmé que la vertu résidait dans un équilibre; pour le christianisme, elle résidait dans un conflit : la collision entre deux passions apparemment opposées. Bien entendu, ces passions n'étaient pas réellement incompatibles, mais elles étaient telles qu'il était dur de les posséder en même temps. Suivons un instant la piste du martyre et du suicide et prenons le cas du courage. Aucune qualité n'a autant confondu les cerveaux et embrouillé les définitions des sages les plus raisonnables. Le courage est presque une contradiction dans les termes. C'est un puissant désir de vivre qui prend la forme d'un empressement à mourir. "Celui qui perdra sa vie la sauvera" n'est pas une sentence mystique à l'usage des saints et des héros. C'est le conseil quotidien aux marins et aux montagnards. On pourrait l'imprimer dans un guide des Alpes ou dans un manuel de manœuvres maritimes. Ce paradoxe est tout le principe du courage, même du courage tout à fait terrestre ou tout à fait brutal. L'homme coupé du rivage par la mer peut sauver sa vie s'il la risque au bord du gouffre. Il ne peut échapper à la mort qu'en la frôlant sans arrêt. Le soldat entouré d'ennemis, s'il veut s'en sortir, doit allier un désir ardent de vivre à une singulière insouciance de la mort. Il ne faut pas qu'il se cramponne simplement à la vie, car il serait un lâche et ne s'échapperait pas. Ni qu'il attende simplement la mort, car il serait un suicidaire et ne s'échapperait pas. Il doit chercher sa vie dans un esprit de furieuse indifférence à son égard; il doit la désirer comme de l'eau et boire cependant la mort comme du vin. Aucun philosophe n'a, à mon sens, exprimé cette énigme romantique avec la lucidité qu'elle exige, et je ne l'ai certainement pas fait. Mais le christianisme a fait davantage : il en a tracé les limites sur les effroyables tombeaux du suicidé et du héros, en montrant la distance qui sépare celui qui meurt au nom de la vie de celui qui meurt au nom de la mort. Et il a brandi depuis lors, au-dessus des lances européennes, l'étendard du mystère de la chevalerie : le courage chrétien, qui méprise la mort, et non le courage chinois qui méprise la vie.
 (...)
Telle fut la grande affaire de la morale chrétienne : la découverte du nouvel équilibre. Le paganisme avait été comme un colonne de marbre, verticale parce que aux proportions symétriques. Le christianisme était pareil à un énorme rocher déchiqueté et romantique : bien qu'il oscille sur son socle au moindre choc, il trône là depuis mille ans parce que ses irrégularités exorbitantes s'équilibrent parfaitement. Dans une cathédrale gothique, les colonnes sont toutes différentes, mais elles sont toutes nécessaires. Chaque pilier semble être un pilier accidentel et fantastique; chaque contrefort est un arc-boutant. Ainsi, dans la chrétienté, des accidents apparents s'équilibraient. Becket portait un cilice sous sa chasuble d'or et de pourpre, et il y aurait beaucoup à dire sur cette association, car Becket bénéficiait du cilice alors que le peuple bénéficiait de l'or et de la pourpre. Cette conduite vaut mieux du moins que celle du millionnaire moderne qui arbore des habits noirs et ternes pour autrui et garde l'or près de son cœur. Mais l'équilibre ne figurait pas toujours sur le corps d'un seul homme comme celui de Becket; il se répartissait souvent sur tout le corps de la chrétienté."

dimanche 11 juillet 2010

Patriotisme mystique



"L'optimisme rationnel mène au surplace; c'est l'optimisme irrationnel qui mène à la réforme. Qu'on me laisse éclaircir ce point en recourant une fois encore à la comparaison au patriotisme. L'homme le plus susceptible de ravager le lieu qu'il aime est précisément celui qui a une bonne raison de l'aimer. L'homme qui améliorera ce lieu est celui-là même qui l'aime sans raison. Si un homme un aspect du quartier de Pimlico (ce qui semble improbable), il peut se surprendre à défendre cet aspect contre Pimlico même. Mais s'il aime simplement le quartier pour lui-même, il le laissera peut-être se dégrader et se transformer en une Nouvelle Jérusalem. Je nie pas qu'une réforme puisse être excessive; j'affirme seulement que c'est le patriote mystique qui instaure des réformes. Le simple contentement de soi chauviniste est très fréquent parmi ceux qui ont une raison pédantesque d'être patriotes. Les pires chauvinistes n'aiment pas l'Angleterre, mais une théorie de l'Angleterre. (...) C'est ainsi que seuls ceux dont le patriotisme dépend de l'histoire permettront à ce patriotisme de falsifier l'histoire. Un homme qui aime l'Angleterre parce qu'elle est anglaise ne se souciera pas de la manière dont elle est née."
(Chesterton, Orthodoxie)

 

Moisson de lectures internautiques




Lu beaucoup de choses passionnantes, certaines qui peuvent être tombées à côté de la plupart d'entre vous, chers lecteurs internautiques, je vous en redonne les liens avec quelques réflexions personnelles : 

Des régimes totalitaires : l'excellente série chez Didier Goux mais je retiens ce texte sur "Le cas Zimmermann" : de l'idéal de perfection lorsqu'il est matérialisé sur terre, les dégâts provoqués : au lieu du Paradis sur terre, c'est alors l'enfer.(1)
"«Peut-être cette raideur de jugement renfermait-elle justement la graine qui, en se développant, avait métamorphosé la bolchevique fanatique des premières années de la révolution, la “veste de cuir”, en ce chef de camp sanglée dans son uniforme à la Ilse Koch (1). »
Savoir assumer sa finitude, ses faiblesses, son imperfection de créature et ne pas se prendre pour un créateur ou un dieu.C'est un peu beaucoup être chrétien ceci, non pas se vautrer dans la culpabilité mais savoir tendre vers l'idéal proposé, vouloir s'élever, toujours plus haut avec l'aide et la grâce de Dieu et savoir que quelque part c'est en chutant qu'on se relève le mieux!
D'ailleurs, la lecture de ce dimanche 11juillet parait (comme bien souvent) me confirmer dans cette voie :
Livre du Deutéronome 30,10-14.
Moïse disait au peuple d’Israël : « Écoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses ordres et ses commandements inscrits dans ce livre de la Loi ; reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Car cette loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n'est pas dans les cieux, pour que tu dises : « Qui montera aux cieux nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ? » Elle n'est pas au-delà des mers, pour que tu dises : « Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ? » Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. 


 
A ce thème de la finitude humaine, il faut lier la notion de solitude qui est à l'essence, à l'origine de notre misère et de notre salut. Une béance criante, insuppportable, une blessure ouverte nous caractérise nous autres humains. Nous ne pouvons vivre seuls et pourtant, même dans nos relations les plus fortes, les plus réussies, les plus intimes, nous sommes immanquablement renvoyés à notre propre solitude et souffrance.
Lire ce texte "Je me souviens, le soir" absolument sublime dont je m'étonne que personne n'ait plus commenté (pourquoi? Parce qu'il renverrait de façon trop brutale à ce que nous sommes au fond, parce que nous nous retrouvons "trop" dans les portraits de ces trois "ratés" qui ne sont que trois hommes? Que la lecture est difficile parfois, le reflet du miroir est parfois bien compliqué à observer de face et en toute vérité... "Miroir, mon beau miroir, suis-je la plus belle?" Le miroir, contrairement au conte de fée, ne ment pas, ne peut pas mentir dans la réalité... Et pourtant Chesterton veut croire aux contes de fée, à la morale des fées... Comment concilier les deux? Le royaume de la vraie vie et le royaume des fées? Comment croiser les deux axes? Comment retrouver le schéma de la croix? En assumant le paradoxe? Nous aimerions, pourtant que le chemin soit plus simple, souvent.)
Ça rate et ça n’arrête pas de rater, .... Il est à ce carrefour, Marc. Comme les autres protagonistes de la série. A la barre horizontale, rêvée, puis haïe par frustration, de l’harmonie entre humains, d’un bonheur inaccessible, vient s’apposer la verticalité seule à même de supporter l’insupportable. Unique réponse possible au Pourquoi. On n’est pas obligé de l’accepter, mais il faut au moins souligner, cesser de faire comme si c’était si facile de croire que ça ne se pose pas.
Croiser le bonheur et sa béance... Croiser au mieux ce que nous voulons être et ce que nous devenons, en réalité. (2)"Marc choisissait leur nom au hasard dans le dictionnaire- noms qui se rapportèrent le plus souvent au corps, ou à la maladie, d’ailleurs-c’est à dire qu’il reconnaissait au fond le caractère inéluctable de certains évènements de la vie, de toutes ces choses qu’on ne peut contrôler, modeler, éviter, qu’on ne peut que subir et accepter."
  La conclusion de tout cela? Car il faut conclure, c'est important.Elle ne se trouve pas dans les livres cependant, mais dans nos vies, à l'instant où nous posons le livre, essuyons nos larmes et nous relevons pour faire ce que nous avons à faire, tous les jours. La conclusion n'est pas dans les mots mais dans les actes et c'est sans doute l'erreur de notre époque de croire qu'il suffit de dire pour que cela soit. Nous avons, une fois de plus oublié que nous ne sommes pas Dieu pour qui la Parole, le Verbe c'est l'Être. Pour nous, créatures, dire n'est pas le tout. Ce serait plutôt l'inverse : c'est lorsque les mots ne sont plus, que les actes prennent le relais, c'est alors que nous sommes véritablement, que notre être véritable se développe.


Cette réflexion m'amène directement aux interrogations fiévreuses du jeune Lounès dans son dernier texte : "Hippies, réacs et Scandinavie" : 

" C’est quand que c’est la « bonne » fille ? Comment on sait, comment on peut savoir, puisque personne ne le dit, ni elle, ni personne, et que tout, à chaque fois indique « celle là ce n’est pas une fille pour toi »... Et que pourtant faut « essayer » pour savoir ? Comment on peut savoir si la fille est la bonne si on ne fait pas des trucs intimes avec elle ? Et si on fait des trucs intimes avec elle, et que c’est la bonne, alors comment on l’amène à rester avec nous ? Parce que baiser n’est pas la finalité. Baiser c’est le « début » de quelque chose de bien précis, et on le sait très bien..."

J'avais répondu non pas directement à ce texte mais dans un commentaire lointain et éphémère de par mon expérience limitée à un seul et véritable amour, lorsque j'évoquais une première, rapide et décisive rencontre avec ce dernier  :
"Je savais sans pouvoir l’exprimer de façon consciente que ce jeune homme était l’homme de ma vie.Dans tous les cas, qu’il allait compter énormément.ça a été le cas puisque je me suis mariée avec lui.Ces minuscules secondes se sont étirées à l’infini d’une certaine façon.
La part de liberté parait assez réduite lorsqu’on raconte ce genre de fait et je pense sincèrement qu’elle était très réduite effectivement, ma liberté à ce moment-là, je crois que c’est en me confrontant à ce manque de liberté, d’une certaine manière, en lui faisant face du mieux que je pouvais par la suite, que j’ai gagné (peu ou prou) cette liberté. "
L'amour dépend en très grande partie d'une décision personnelle, un jour à répondre à une sollicitation unique, exceptionnelle, suffisamment claire et forte pour que nous réalisions sa force ou son authenticité. Mais encore faut-il ensuite répondre à l'appel et c'est là qu'intervient notre liberté et nos actes surtout. Voilà ce que je voulais signifier en racontant mon histoire, voilà ce que je voulais décortiquer. Coup de foudre? Bien sûr! Encore faut-il en faire quelque chose, du coup de foudre et là les mots ne suffisent pas, une lettre ou un texto ne suffisent pas, non, une main tendue et prise, pour toujours, me paraît plus puissante que toutes les paroles de la terre. Mais cette main prise, Dieu sait que tous les jours il faudra affirmer sa prise et tenter de ne pas la lâcher.




Et alors, me direz-vous, dans toutes ces lectures pas de XP? Ah mais c'est que XP c'est un peu la lecture en filigrane, XP c'est un peu le bûcheron du net qui ne s'arrête jamais d'abattre quelques poncifs et qui n'arrête jamais de réajuster sa prise sur sa hache... Dans ses textes XP évoque souvent quelques paradoxes dans nos raisons et dans nos vies, ce qui me fait beaucoup penser à Chesterton que je lis en ce moment. XP, c'est un peu la quintessence de cette définition chestertonienne : "On pouvait être en paix avec l'univers tout en étant en guerre avec le monde" (Orthodoxie) 
Dernier exemple de quelque paradoxe (3) dévoilé sous sa plume, dans "Méfie-toi, on t'aime", XP écrit : "De ce droit fondamental à ne pas aimer sans avoir à fournir la moindre explication rationnelle, de le dire et d’en tirer toutes les conclusions qui s’imposent…. Mais plus encore, je voudrais toucher un mot de ce que ce droit au dégoût radical est tout à fait consubstantiel à la capacité d’aimer vraiment, c’est à dire à trouver dans les objets de notre amour des traits que nous trouvons gracieux et que nous préférons à d’autres en toute subjectivité, disons le même en toute irrationalité parce que c’est nous et parce que c’est eux."




Notes :
(1) "Du ménage et du communisme". 
"Si je trouvais pour mon ménage un produit qui dissout, je dissoudrais mes meubles, ma baraque et tout ce qu'il y a dedans. Je serai une vraie communiste et une vraie utopiste.
C'est dangereux, la perfection dans le ménage."


(2) Le nom :
Il faut le nom, il faut l’homme, le mélange
Et, de la nuit des temps, une âme nouvelle-venue.
  (...)
Une fusion totale, unique et subtile
Vivre cette tension, réussir cette crucifixion
Au jour de la mort, enfin, l’âme et le nom
La conjonction singulière d'où jaillit la vie. 

(3) Chesterton dans Orthodoxie : " L'homme le plus susceptible de ravager le lieu qu'il aime est précisément celui qui a une bonne raison de l'aimer. L'homme qui améliorera ce lieu est celui-là même qui l'aime sans raison."





mercredi 7 juillet 2010

Drapeaux

 A lire bien sûr l'excellent papier de XP sur Ilys à propos de la signification d'une victoire des Pays Bas en Afrique du Sud. : "On peut  ne pas  voir le monde en chrétien et ne rien comprendre à cette belle idée de séparation, d’Apartheid explicitée en substance par le catholique René Girard, on peut se raconter une histoire à dormir debout et la conclure par la thèse selon laquelle la petite AFS aurait pu concentrer 50% des richesses du continent sans que nos amis hollandais soient aux manettes, qu’on aurait fait mentir la fatalité africaine de la même manière si les ancêtres de Nelson Mandela avaient fondé une dynastie au dix-huitième siècle, mais enfin, moi, on ne m’empêchera pas de penser que dimanche, les hollandais vont gagner à la maison."


"Mais il y a une profonde erreur dans cette alternative entre l'optimiste et le pessimiste. Elle suppose qu'un homme critique le monde comme s'il y était à la recherche d'une maison, comme si on lui faisait visiter de nouveaux appartements. Si un homme d'un autre monde, en pleine possession de ses facultés, débarquait sur celui-ci, il pourrait se demander si l'avantage des bois au cœur de l'été compense l'inconvénient des chiens enragés, de même qu'un homme qui cherche un logement pourrait se demander si la présence du téléphone compense l'absence de vue sur la mer. Mais personne n'est dans cette situation. Un homme appartient à ce monde avant même de se demander s'il est agréable d'y appartenir. Il s'est battu pour le drapeau, et a souvent remporté des victoires héroïques en son nom bien avant de s'être enrôlé. Pour nous en tenir à l'essentiel, il éprouve de la loyauté avant d'éprouver de l'admiration. "
(Orthodoxie, Chesterton)

samedi 3 juillet 2010

Du cercle et de la croix



"La meilleure définition [du fou] que nous puissions en donner est sans doute la suivante : son esprit évolue dans un cercle parfait, mais étroit. Un petit cercle est tout aussi infini qu'un grand cercle, mais il a beau être aussi infini, il n'est pas aussi grand. De la même manière, l'explication d'un fou est aussi complète que celle d'un esprit sain, mais elle n'est pas aussi vaste. Une balle est aussi ronde que le monde, mais elle n'est pas le monde. Il existe une universalité étroite, de même qu'il existe une éternité étriquée, comme on peut le constater dans bien des religions modernes. 
(...)
De même que nous avons choisi le cercle comme symbole de la raison et de la folie, de même, nous pouvons très choisir la croix pour symboliser à la foi le mystère et la santé. Le bouddhisme est un culte centripète, alors que le christianisme est centrifuge : il éclate. Car, de par sa nature, le cercle est parfait et infini, mais il est à jamais circonscrit par sa dimension : il ne peut être ni plus grand ni plus petit. Bien qu'elle ait, en son cœur, une collision et une contradiction, la croix, elle, peut étendre ses quatre bras à l'infini sans jamais se déformer. C'est parce que son centre est marqué par ce paradoxe qu'elle peut croître sans changer d'aspect. Le cercle se referme sur lui-même et il est limité. La croix ouvre ses bras aux quatre vents : c'est un sémaphore pour voyageurs libres." (Orthodoxie, Chesterton)

jeudi 1 juillet 2010

Foi et raison

"Le chapitre précédent ne s'intéressait qu'à ce fait d'observation : on est davantage exposé à la neurasthénie par la raison que par l'imagination. L'intention n'était pas de nous en prendre à l'autorité de la raison : notre but ultime est plutôt de la défendre. Car elle a besoin d'être défendue. Tout le monde moderne est en guerre contre la raison, et la tour commence déjà à vaciller.
Les sages, dit-on souvent, ne peuvent concevoir de réponse à l'énigme de la religion. L'ennui avec nos sages, ce n'est pas qu'ils ne puissent concevoir la réponse, c'est qu'ils ne peuvent même pas concevoir l'énigme. Ils sont pareils à des enfants assez idiots pour ne rien remarquer de paradoxal quand on prétend, pour rire, qu'une porte n'est pas une porte. Les latitudinaires modernes parlent par exemple de l'autorité en matière de religion non seulement comme si cette autorité était dépourvue de raison, mais encore comme si elle n'avait jamais eu de raison d'être. Ils ne conçoivent guère que son fondement philosophique, mais ne peuvent concevoir sa cause historique. Il est indéniable que l'autorité religieuse a souvent été oppressive ou déraisonnable, de même que tout système légal (et en particulier le système actuel) a été insensible et empreint d'une cruelle apathie. Il est rationnel de s'en prendre à la police, et c'est même honorable. Mais les critiques modernes de l'autorité religieuse ressemblent à des hommes qui s'en prendraient à la police sans jamais avoir entendu parler de cambrioleurs. Car l'esprit humain s'expose à un grand péril, un péril aussi concret qu'un cambriolage. L'autorité humaine religieuse a été dressée contre lui, à tort ou à raison, comme une barrière. Et il faut certainement dresser quelque barrière contre lui si l'on veut que notre race ne coure pas à sa perte.
Ce péril, c'est que l'intelligence humaine est libre de s'autodétruire. De même qu'une génération pourrait empêcher l'existence même de la suivante, en se cloîtrant tout entière dans un monastère ou en se jetant dans la mer, de même un groupe de penseurs pourrait, jusqu'à un certain degré, empêcher la pensée de se développer en apprenant à la génération suivante que toute pensée humaine n'a rien de valable. Il est vain de parler à tort et à travers de l'alternative entre la raison et la foi. La raison est elle-même une question de foi. C'est faire acte de foi que d'affirmer que nos pensées n'ont aucun rapport avec la réalité. Si vous n'êtes qu'un sceptique, il vous faudra tôt ou tard vous poser cette question : "Pourquoi toute chose devrait-elle être juste, jusqu'à l'observation et à la déduction? Pourquoi la bonne logique ne nous induirait-elle pas autant en erreur que la mauvaise logique? Ne sont-elles pas l'une et l'autre des impulsions du cerveau d'un anthropoïde désorienté?" Le jeune sceptique déclare : "J'ai le droit de penser pour mon compte." Mais le vieux sceptique, le sceptique achevé, dit : "Je n'ai pas le droit de penser pour mon compte. Je n'ai pas le droit de penser du tout."
Il est une pensée qui arrête la pensée. C'est la seule pensée qu'on devrait arrêter. C'est le mal suprême contre lequel toute autorité religieuse était dirigée. Il n'apparait qu'au terme d'époques décadentes comme la nôtre, et M. H. G. Wells a déjà hissé son étendard funeste en écrivant un subtil article de scepticisme intitulé : "Doutes sur l'instrument". Il y met tout le cerveau même, et s'efforce de retrancher toute réalité à toutes ses affirmations, passées, présentes et à venir. Mais, à l'origine, c'était contre cette débâcle lointaine que tous les systèmes militaires des religions furent ordonnés et commandés. Les credo et les croisades, les hiérarchies et les horribles persécutions ne furent pas organisés, comme on le dit par ignorance, pour supprimer la raison. Ils furent organisés pour la difficile défense de la raison."

lundi 28 juin 2010

L'éblouissant Chesterton

Fidèle à mes travaux saugrenus, (cliquez ici : ) j'ai retranscris l'émission de Finkielkraut, Répliques "L'éblouissant Chesterton"  avec Jacques Dewitte et Basile de Koch, émission sur France Culture du 08 05 2010.
Je ne connais pas Chesterton et les deux invités, avec Finkielkraut ont réussi à me donner l'envie urgente de me plonger dans cet auteur et ce grand chrétien, protestant converti au catholicisme vers 40 ans et excellent thomiste.


Quelques citations de Chesterton reprises dans l'émission :

« Il est un peu facile d’accorder les anges avec les nuages, ou les prairies avec le ciel bleu. En revanche, quelqu’un qui est capable d’accorder dans sa pensée l’ange et le cachalot doit avoir une sérieuse explication de l’univers. »

« Le fou n’est pas un homme qui a perdu la raison, le fou est un homme qui a tout perdu sauf la raison. » « Le fou que nous connaissons par expérience, dit-il, est en général un raisonneur et souvent un raisonneur éloquent. Il est enfermé dans la maison claire et lumineuse d’une seule idée, son esprit est aiguisé jusqu’à un point douloureux. Une raison expansive et exhaustive associée à un sens commun rétréci » : telle est la formule de la folie, de la démence pour Chesterton ; il dit : « Si vous ou moi avions affaire à un esprit en passe de se détraquer, il faudrait avant tout nous soucier non pas tant de lui fournir des arguments que de lui donner de l’air, que de le convaincre qu’il existe quelque chose de plus pur et de plus rafraîchissant que l’asphyxie d’un seul argument. »


Basile de Koch à propos du style de Chesterton : "Comme disait Jules Renard : « L’idée n’est rien. Sans la phrase je vais me coucher. »"

« Poster une lettre et se marier comptent parmi les rares choses qui sont restées purement romantiques car pour qu’une chose soit purement romantique, elle doit être irrévocable. » C’est absolument délicieux et cette autre phrase qui donne à réfléchir sur cette question du rapport à autrui : « Les américains admettent le divorce pour incompatibilité d’humeur. J’ai du mal à comprendre pourquoi ils n’ont pas tous divorcé. J’ai connu beaucoup de mariages heureux, je n’en ai jamais connu de compatibles. Le but du mariage est précisément de se battre pour survivre à l’instant où l’incompatibilité l’emporte car homme et femme, en tant que tels, sont incompatibles. »

« Cette simple question qui est à la fois poétique et chrétienne : et si les plus vieilles étoiles n’étaient que les étincelles d’un feu de joie allumé par un enfant ? »
 




 


Turning back the hands of time
Holding on to misty memories
Chasing shadows through the night
Trying to find my happy ending

Reaching out for another chance at heaven
We could still find a way if we try

Chorus: Baby, believe in the mystery
Like it used to be
We were more than lonely drifters in the dark
I can remember the sun inside
Love held us tight
I need to feel your magic in my heart
Instead of it tearing apart

Diamonds shining in the night
Lying soft and warm together
Only images survive
Can't my dreams go on forever

Oh there's still time to lock away your sadness
Let the secrets of love start to smile

Chorus: Baby, believe in the mystery
Like it used to be
Baby bring back all the passion to my heart
I can remember the tender days, all the love we made
Can't you see in me your magic here tonight

Lonely spirits seem to whisper in the wind
It's a silent song that's never meant to be
Since the dawn of time the mystery never ends
We could find forever if we let love rise again

Tell me why can't we reach for another chance at heaven
We can still find the way if you try

Chorus: Baby, believe in the mystery
Like it used to be
Baby bring back all the passion to my heart
I can remember the tender days, all the love we made
I need to feel your magic here tonight

Baby, believe in the mystery
Like it used to be
More than lonely drifters in the dark

We were so much more
Sun inside…sun inside
Love held us tight
Need to feel you, baby