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dimanche 14 septembre 2014

"S'enfoncer jusqu'à l'essence même du produit"




"A propos du designer d'Apple, Jony Ive, une réflexion sur la démarche philosophique de l'entreprise :
"Jony Ive était un fan du designer allemand Dieter Rams, qui travaillait pour Braun. Le credo de Rams : "Le moins est le mieux" -Weniger, aber besser. Et Jobs et Ive s'attachaient toujours à simplifier leur projet. Depuis sa première brochure où il était écrit : "La simplicité est la sophistication suprême", Jobs avait toujours tenté d'extraire la simplicité par la maîtrise de la complexité -non en l'ignorant. "Cela demande beaucoup de travail de relever tous les défis et de trouver des solutions élégantes."
En Ive, Jobs trouva son âme soeur, dans sa quête d'une simplicité qui soit en profondeur, et pas seulement une illusion. Ive, dans son bureau, me décrivit ainsi cette philosophie :
Pourquoi disons-nous que la simplicité est une bonne chose? Parce qu'on se doit de dominer nos produits. Apporter de l'ordre dans la complexité, c'est une manière d'être plus fort que le produit. La simplicité n'est pas seulement un effet visuel. Il ne s'agit pas minimalisme ou d'une réduction de l'encombrement. Il s'agit d'aller jusqu'au coeur de la complexité. Pour trouver la vraie simplicité, il faut creuser profond. Par exemple, pour ne pas avoir de vis apparentes, on peut finir par avoir un produit totalement contourné et complexe. La solution, c'est de s'enfoncer jusqu'à l'essence même du produit avec , pour objectif, l'épure à tous les niveaux. Il faut repenser tout l'objet, ainsi que la façon dont on va le fabriquer. C'est par ce voyage jusqu'au centre du produit qu'on peut se débarrasser du superflu.
C'était la philosophie commune du duo. Le design n'était pas qu'un travail de surface. Il devait refléter l'essence du produit. "Pour la plupart des gens, le design est synonyme d'habillage, expliquait Jobs dans Fortune, peu après avoir repris les rênes d'Apple. mais pour moi, rien n'est plus fondamental que le design. Il est l'âme d'un produit qui s'exprime du cœur jusqu'à l'enveloppe extérieure, couche par couche."
L'esthétique était donc intégrée au processus de conception et de fabrication. C'est ce qui s'était passé pour l'élaboration du Power Mac. "On voulait se débarrasser de tout ce qui n'était pas essentiel, raconte Ive. Pour y parvenir, il a fallu une collaboration étroite entre les designers, les développeurs, les ingénieurs et l'équipe de fabrication. On n'arrêtait pas de tout démonter pour repartir de zéro. Avait-on vraiment besoin de cette partie? Remplissait-elle de façon optimale sa fonction tant sur le plan du design que de l'électronique?"
Jobs et Ive jugeaient qu'il devait y avoir une osmose parfaite entre l'esthétique d'un produit, sa fonction et sa fabrication. Ils en firent la démonstration frappante lors d'un voyage en Europe. Les deux hommes furetaient dans le salon d'exposition d'un cuisiniste. Ive repéra un magnifique couteau; il le prit pour l'admirer, puis le reposa, d'un air chagrin. Jobs fit de même. "Il y avait une petite coulure de colle entre la lame et le manche", m'expliqua Ive. La ligne du couteau était somptueuse, mais tout était gâché par une finition bâclée. "Personne n'aime qu'on lui rappelle que son couteau préféré est assemblé avec de la vulgaire colle. Steve et moi, nous nous souciions de ce genre de détails qui ruinait la perfection d'un instrument, pervertissait son essence. Tous les deux nous voulions que nos produits soient purs et sans bavures d'aucune sorte."
Dans la plupart des sociétés, l'ingénierie imposait ses lois au design. Les constructeurs donnaient les spécifications techniques du produit, et les designers dessinaient des boîtes pour le mettre dedans. Pour Jobs, la démarche était inverse. Il avait, par exemple, validé le design du Macintosh avant même que la machine ne soit construite, et les ingénieurs avaient dû se débrouiller pour y loger leurs circuits."


"Steve Jobs" par Walter Isaacson

jeudi 5 juin 2014

Josué : du combat spirituel, de la nécessité de l'Eglise dans ce combat.

"... tout est récupérable, rien n'est perdu, d'autres voies s'ouvriront pour donner chance à l'amour." (Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine)






A partir du "Josué et les Juges, Histoire sainte", par Dom Moléon

Dans Josué et les Juges, il s'agit de toute la conquête de le Palestine, de la Terre promise, qui s'accompagne de l'éradication brutale des peuples installés sur cette terre promise, avec au cours des années, la lutte incessante, les jougs et les libérations des Juifs à l'encontre de ces mêmes peuples qui reprennent du pouvoir régulièrement selon que les Juifs se laissent aller à une cohabitation accommodante avec eux au lieu de les combattre sans relâche. Bien souvent des jougs d'une vingtaine d'années venaient humilier et écraser les Juifs jusqu'à ce qu'ils se retournent à nouveau vers Dieu pour le supplier de les délivrer, ce que ce Dernier faisait alors par l'intermédiaire d'un personnage éminent (Josué, Débora, Gédéon et d'autres qui suivront).

Ces combats, ces accommodements, ces victoires, ces défaites sont à l'image de notre vie spirituelle qui ne doit jamais accorder une once de répit à ces peuples qui ont pris racine dans notre âme et qui représentent les vices. "Ces populations étaient bien plus nombreuses que les enfants d'Israël, "parce que le nombre des vices est plus grand que celui des vertus... Et ils sont aussi plus forts, comme nous le sentons par le combat que nous livre la nature elle-même.(...) Mais confiante dans l'assistance que Dieu lui a promise, guidée par le véritable Josué, c'est à dire par le Christ, l'âme ne doit pas hésiter à entreprendre la lutte, pour que les vertus entrent en possession du domaine indûment occupé en elle par les vices."
Je peux témoigner personnellement de ces combats et de ces victoires : pendant plus de vingt ans j'ai été humiliée par un vice personnel que je n'arrivais absolument pas à éradiquer et je m'en voulais beaucoup. Néanmoins, je réussis d'abord à m'en confesser une première fois, puis à chaque fois qu'il le fallait. Ce n'était pas très drôle, certaines de ces victoires avaient un goût un peu amer, je savais quelles batailles et quelles défaites m'attendaient... Et puis un jour, Dieu a fini par m'en délivrer... ça a duré plus de vingt ans, et maintenant j'ai d'autres vices qui se dressent à la porte! Mais bon, JE SAIS aujourd'hui qu'avec l'aide de Dieu et une foi inébranlable en sa Miséricorde, on peut se sortir de tout. Et je voulais en témoigner. C'est pourquoi j'insiste souvent sur la confession qui est véritablement le soutien concret, presque physique pourrait-on dire, de Dieu.

L'histoire de Josué
Josué dont le nom signifie Jésus et qui est une figure christique bien évidemment comme tous les grands personnages bibliques. Josué va opérer une entrée fracassante en Terre Promise avec la prise de Jéricho et d'autres prodiges guerriers. La puissance divine va prendre sa pleine mesure avec le peuple Juif tout au long des siècles et si nous transposons ce soutien divin à notre propre cause, nous les élus de Dieu par élection, nous ne pouvons qu'être remplis d'admiration et de bonheur à voir combien Dieu est présent dans ce combat métaphysique qui nous met toute notre vie en opposition au Mal.
Josué avait envoyé deux espions entre les murailles de Jéricho, auparavant pour étudier l'ennemi. Ces deux espions, repérés par les habitants de la ville avaient trouvé refuge dans la maison d'une courtisane nommée Rahab qui leur avait permis, moyennant leur promesse de protection au moment de l'assaut des Hébreux (sa maison serait reconnaissable à un signe extérieur, une corde rouge qui pendrait à la porte), de s'échapper et de revenir auprès de Josué. Rahab a reconnu en les Hébreux, un peuple élu avec une puissance divine unique et s'y soumet avec foi et humilité, au contraire de tous les habitants de Jéricho et de leur roi qui se fichent des préparatifs de guerre de ce peuple arrivé de nulle part avec un Dieu inconnu en étendard.
Dieu ordonne aux juifs et à Josué leur chef de faire pendant six jours le tour de la ville de Jéricho avec les trompettes sonnantes et l'Arche d'Alliance, et au septième jour,  le Seigneur fait dire par l'intermédiaire de son Ange saint Michel, Prince des armées célestes et apparu à Josué : "A cette heure, j'ai déjà, livré entre tes mains Jéricho et son roi, et tous les hommes de guerre."
Josué et le peuple hébreux observent scrupuleusement les instructions divines et au septième jour, ils lancent une grande clameur (de jubilation) devant les murailles de la ville, murailles qui s'effondrent et permettent ainsi aux Hébreux de conquérir la ville et de tuer tous ses habitants, hommes, femmes enfants sauf ceux qui avaient trouvé refuge dans le lupanar de Rahab.

Et maintenant le commentaire moral et mystique qui accompagne l'histoire de Josué :
"Les scofars, ou cors liturgiques, servaient encore chez les Juifs, à annoncer le jubilé, c'est à dire : la remise des dettes, la libération des esclaves, la restitution des biens. Or, transposés sur le plan spirituel, ce sont là les avantages que le Seigneur assure à quiconque veut écouter sa voix. Il ne demande qu'une chose, il ne fait entendre qu'une seule note; il dit et redit inlassablement à l'âme infidèle : Viens. C'est la supplication continuelle que son Cœur adresse aux pécheurs endurcis, c'est la seule condition qu'Il exige pour leur remettre tous leurs crimes, les libérer du joug du démon, leur rendre l'héritage du royaume des cieux. Et l'esprit et l'épouse disent : Viens. Et celui qui entend, qu'il dise : Viens...Cependant la patience de Dieu a une limite. Au septième jour, c'est à dire au dernier âge du monde, Jésus viendra en personne et il viendra au son de la trompette, c'est saint Paul qui nous le dit : Canet enim tuba. Alors les murailles tomberont, les tombeaux s'ouvriront, la terre et la mer rendront leurs morts, les Anges sépareront les bons des méchants. Au milieu de ce cataclysme, il n'y aura de salut que dans la maison de la courtisane. Tous ceux qui se réfugieront sous son toit, tous ceux qui se mettront à l'abri de la corde rouge, c'est à dire de la Passion du Sauveur, n'auront rien à craindre. Ne nous étonnons pas, dit saint Augustin, de voir l'Eglise représentée par une courtisane : dans une sa partie militante, elle est en effet composée de pécheurs, mais de pécheurs qui confessent leurs péchés et qui font pénitence. Tous ceux qui  reconnaîtront qu'elle est la seule arche de salut, seront agrégés au peuple de Dieu et comblés d'honneur. Tous ceux au contraire qui resteront obstinément attachés à l'esprit du monde et murés dans leur orgueil, périront irrémédiablement.

Cette Eglise militante dont je fais partie, voilà ce que j'ai tant de mal à présenter à certains de mes proches ou connaissances qui ne voient en elle qu'une courtisane non pas affriolante mais plutôt défraîchie et entachée et il est vrai que le péché ne rend pas forcément attirant. Mais voici que cette courtisane possède un atout extraordinaire, une foi invincible en son Dieu qui lui a promis Miséricorde et qui l'a déjà sauvée depuis l'aube des temps, si elle acceptait simplement de se mettre à l'abri du Christ et de sa croix.
Voilà qui rend notre Eglise plus attrayante et surtout absolument indissociable d'une véritable foi en Dieu. Etre catholique c'est croire en Jésus Christ, Époux mystique de l'Eglise, c'est croire en notre Salut tout simplement. Etre sauvé c'est se soumettre à l'Eglise du Christ c'est à dire recevoir les fruits de sa Passion.
On ne peut avoir la foi (catholique) sans entrer dans l'Eglise, refuge des pécheurs, Corps mystique du Christ.

Entrer dans l'Eglise -par les sacrements-, c'est se jeter dans les bras du Christ.






mercredi 6 novembre 2013

Idées concrètes en cas d'effondrement

Un témoignage très concret, pris chez Hoplite, qui peut donner des idées pratiques à tous ceux qui en ont besoin : 

Je suis de Bosnie, et comme vous le savez, c'était l'enfer là-bas de 1992 a 1995. Pendant 1 an, j'ai vécu et survécu dans une ville de 60 000 habitants sans électricité, sans pétrole, sans eau courante, sans services traditionnels de distribution de nourriture et de consommables, et sans aucune organisation gouvernementale. Notre ville était encerclée par des forces armées pendant 1 an, et dans cette ville, c'était la merde. Nous n'avions pas de police ou d'armée organisée…il y avait des groupes armés, et ceux qui étaient armés défendaient leurs maisons et leurs familles.
Quand tout a commencé, certains d'entre nous étaient mieux préparés que d'autres, mais la plupart des familles voisines n'avaient de la nourriture que pour quelques jours. Certains d'entre nous avaient des pistolets, et très peu étaient ceux qui avaient des AK47 et des fusils. Apres 1 ou 2 mois, les gangs ont commencés leur destruction: les hôpitaux par exemple, se sont rapidement transformés en abattoirs. Les forces de police n'étaient plus présentent, et l'absentéisme du personnel hospitalier était de plus de 80%. J'ai eu de la chance, ma famille était large a cette époque (15 membres dans une grande maison, 6 pistolets, 3 AK47), et donc nous avons survécu…tout du moins la plupart d'entre nous. Les Américains balançaient des MRE (Meals Ready to Eat - Rations de combat) tous les 10 jours pour aider les villes encerclées comme la notre, mais ce n'était jamais assez. Quelques maisons avaient des petits jardins potager, mais la plupart n'en avaient pas.
Après 3 mois, les premières rumeurs de décès par famine commençaient…mais aussi les décès par exposition au froid.  Nous avons démonté toutes nos portes, l'encadrement des fenêtres des maisons abandonnées, notre parquet...et j'ai aussi brûlé la totalité de nos meubles pour nous tenir chaud. Beaucoup sont mort de maladies, surtout a cause de l'eau (2 membres de ma famille), nous buvions principalement l'eau de pluie, nous mangions du pigeon et même du rat. La monnaie est vite devenue de la merde… Nous faisions du troc; pour une boite de bœuf tu pouvais avoir une fille pour quelques heures (c'est dur, mais c'était la réalité), je me rappel que la plupart des femmes qui vendaient leurs corps étaient des mères désespérées. Armes a feu, munitions, bougies, briquets, antibiotiques, pétrole, piles et nourriture…on se bâtaient comme des animaux pour ça. Dans une situation comme celle-là, tout change, et la plupart des gens deviennent des monstres…c'était moche. La force était dans le nombre. Si vous étiez tout seul a vivre dans une maison, ce n'était qu'une question de temps avant d'être pillé et tué…peu importe si vous étiez armé. Moi et ma famille, nous sommes prêt maintenant; je suis bien armé, j'ai un bon stock et je suis "éduqué".  Ce n'est pas important ce qui va se passer; tremblement de terre, guerre, tsunami, extra-terrestres, terrorisme, pénurie, effondrement économique, émeute…l'important c'est que quelque chose va se passer ! De mon expérience, vous ne pouvez pas survivre seul, la force est dans le nombre, soyez proche de votre famille, préparez avec elle, choisissez vos amis sagement et préparez-vous avec eux aussi.
1- Comment vous déplaciez-vous en sécurité ?
En fait la ville était divisée en communauté de rues. Dans ma rue (15 / 20 maisons) nous avons organisé des patrouilles (5 hommes armé chaque soirs) pour garder un œil sur les gangs et les ennemies. On troquait entre nous dans la rue. A 5 kilomètres il y avait une rue très organisée pour le troque, mais c'était trop dangereux de s'y rendre pendant la journée a cause des tireurs d'élite. En plus on avait plus de chance de se faire dépouiller la bas que de troquer, et je n'y suis allé que 2 fois, et seulement quand j'ai vraiment eu besoin de quelque chose de particulier et d'important (il parle principalement ici de médicaments, et notamment d'antibiotiques). Personne n'utilisait les voitures en ville parce que les routes étaient bloquées avec des débris, ou d'autres voitures abandonnées…et le pétrole valait de l'or ! Si je devais aller quelque part c'était de nuit. Ne jamais se déplacer seul, mais jamais en groupe important non plus (2 / 3 hommes peut être). Toujours armé, très vite, et toujours dans les ombres au travers des ruines, jamais dans les rues. Il y avait beaucoup de bandes organisées, 10 / 15 personnes, parfois 50…mais il y avait aussi des gens comme toi et moi, des pères, des grands pères, des gens bien avant la merde, qui maintenant tuais et pillais. Il n'y avait pas vraiment de bons et de méchants…la plupart étaient entre les deux; c'est a dire prêt a tout, au bon comme au moins bon.
2- Et le bois ? Il me semble qu'il y a beaucoup de forêts autour de ta ville, pourquoi avez-vous brûlé vos meubles et vos portes ?
Autour de ma ville il n'y a pas beaucoup de bois. Ma ville était une très belle ville, elle ressemblait a n'importe qu'elle autre ville avec ses cinémas, ses restaurants, ses écoles, son aéroport, ses centres culturels…Nous avions des arbres dans la ville, des parcs et des arbres fruitiers…mais tous les arbres ont été brûlé en moins de 2 mois. Quand tu n'a pas d'électricité pour préparer la nourriture et te chauffer, tu brules ce que tu as sous la main; tes meubles, tes portes, ton parquet (et ça brule vite ce bois la !). Nous n'avions pas de banlieue et de fermiers. Dans les banlieues c'était l'ennemie, et nous étions encerclés. Et dans la ville, tu ne savais pas qui était ton ennemi.
3- Quelles sorte de savoirs faire as-tu utilisé durant cette période ?
Tu peux imaginer que d'une certaine manière c'est le retour a l'âge de pierre ! Par exemple, j'avais une bouteille de gaz. Mais je ne l'utilisais pas pour faire chauffer ou préparer notre nourriture, c'était trop précieux ! J'ai bidouillé la bouteille pour pouvoir y attacher un tuyau pour recharger les briquets. Les briquets, ça n'a pas de prix ! Une personne m'amenait un briquet vide, je le rechargeait, et je prenais une boite de conserve ou une bougie en échange par exemple. J'espère que tu comprends mon exemple. Aussi, je suis infirmier. Dans ces conditions, mes connaissances étaient mon argent. Soyez éduqués et entraînés…durant un tel effondrement, tes connaissances valent de l'or si tu sais réparer certaines choses. Les objets et les stocks vont disparaitre un jours, c'est inévitable…mais tes connaissances peuvent être ta nourriture. Je veux dire…apprends a réparer les choses; les chaussures ou les gens…Par exemple, mon voisin savait faire du pétrole pour les lampes…il n'a jamais eu faim.
4- Si tu avais 3 mois pour te préparer aujourd'hui, qu'est ce que tu ferais ?
Si j'avais 3 mois pour me préparer ? Hmmm…fuir a l'étranger ? (blague). Aujourd'hui, j'ai conscience que les choses peuvent s'aggraver très très rapidement. J'ai de la nourriture, des produits pour l'hygiène, de l'énergie etc.  Un approvisionnement de 6 mois. Je vis en appartement avec une bonne sécurité. J'ai une maison avec un abris dans un village a 5 kilomètres de mon appartement, et dans cette maison j'ai encore 6 mois d'approvisionnement. Ce village est une toute petite communautés, la plupart des habitants sont préparés…ils ont apprit avec la guerre. J'ai 4 différentes armes a feu avec 2000 munitions chacune. J'ai un bon jardin avec la maison et des connaissances en jardinage. Aussi, j'ai un don maintenant pour sentir la merde…tu sais, quand tout le monde autour de toi dit que tout va bien ce passer, mais que toi tu sais qu'en fait tout va s'effondrer ? Je pense que j'ai la force de faire tout ce que je dois faire pour survivre et protéger ma famille, parce que quand tout s'effondre, soi sur, si tu n'a rien, tu vas faire des choses qui ne sont pas très jolies pour sauver tes gosses…tu veux juste survivre avec ta famille. Survivre seul; aucune chance (c'est mon opinion), peu importe si tu es armé et préparé, au final, si tu es seul tu vas mourir, je l'ai vu...plein de fois.  Des groupes et des familles avec énormément de préparation et de connaissances variées, c'est le mieux.
5- Quel matériel devrions-nous stocker ?
Ça dépend. Si tu veux survivre comme un voleur, la seule chose dont tu as besoin c'est des armes et beaucoup de munitions. A part des munitions, de la nourriture, du matériel pour l'hygiène et de l'énergie (piles etc…), tu veux te pencher sur des petites choses faciles a troquer; couteaux, briquets, savon, pierres a feu…Aussi, beaucoup d'alcool, le genre qui se garde longtemps, comme du whisky par exemple, la marque n'est pas importante, ça peut être le truc le moins chère possible, mais c'est très bien pour le troque dans les moments difficile. Le manque d'hygiène a fait beaucoup de morts. Tu vas avoir besoin de choses très simples, mais en quantités importantes, comme énormément de sacs poubelle, je veux dire, énormément !Et beaucoup de duct tape. Des assiettes et des gobelets en plastique ou en carton…tu vas en avoir besoin beaucoup ! Je sais, parce que nous n'en avions pas du tout. Mon opinion est que le matériel pour l'hygiène est peut être encore plus important que la nourriture. Tu peux facilement tuer un pigeons, ou trouver quelques plantes a te mettre sous la dent, mais tu ne peux pas tuer du produit désinfectant pour les mains par exemple. Plein de produit pour nettoyer, désinfecter, beaucoup de savon, de la Javel, des gants, des masques…tout ce qui est jetable. Aussi, un entrainement dans les premiers soins, apprendre a nettoyer une plaie, une brulure ou même une blessure par balle, car il n'y a pas d'hôpital…même si tu trouves un médecin quelque part, il n'aura pas de médicaments, ou tu n'auras rien pour le payer. Apprendre a utiliser les antibiotiques, et en avoir beaucoup.
Pour les armes il faut rester simple. Maintenant je porte un Glock .45, parce que j'aime bien, mais c'est pas une arme ou un calibre répandu ici, donc j'ai aussi deux 7,62 mm TT pistolets Russe cachés, parce que tout le monde a cette arme ici, et beaucoup de munitions. J'aime pas les Kalashnikov, mais c'est pareil, tout le monde en a une…donc…Il faut avoir des choses petites et discrètes. C'est bien d'avoir un générateur par exemple, mais c'est mieux d'avoir 1000 briquets BIC. Le générateur, dans une situation merdique, va attirer l'attention. 1000 briquets prennent pas de place, c'est pas chère, et tu peux toujours les troquer pour quelque chose. Pour l'eau, la plupart du temps on récupérait l'eau de pluie dans 4 gros tonneaux, après on la portait a ébullition…on avait aussi une rivière pas loin, mais l'eau est vite devenue trop polluée. Le matériel pour l'eau est très important. Il faut avoir des tonneaux, des seaux et des récipients pour stocker et transporter l'eau.
6- Est-ce que l'or et l'argent métal t'on aidé ?
Oui. Personnellement, j'ai échangé tout mon or pour des munitions. Parfois on était capable d'utiliser de la monnaie (Mark et Dollars) pour acheter certaines choses, mais ces occasions étaient rares, et le prix était toujours exorbitant. Par exemple, une boite de haricots valait 30/40 $. La monnaie courante s'est très vite effondrée. Simplement, on troquait quelque chose pour autre chose.
7- Est-ce que le sel avait de la valeur ?
Oui, mais pas autant que le café ou les cigarettes. J'avais beaucoup d'alcool, et j'ai troqué avec sans problème. La consommation d'alcool était plus de 10 fois supérieur qu'en temps normal. Maintenant, c'est probablement mieux de stocker des cigarettes, des briquets et des piles pour le troc parce que ça prend moins de place. Je n'étais pas un prepper a l'époque, on a pas eu le temps de se préparer…quelques jours avant que la merde atterrisse dans le ventilateur, les politiciens a la télé répétaient que tout allait bien. Quand le ciel nous est tombé sur la tête, on a juste prit ce qu'on pouvait.
8- Est ce que ça a été difficile d'obtenir une arme a feu durant l'événement et qu'est ce que vous avez pu troquer pour les armes et les munitions ?
Après la guerre, chaque maison avait une arme. La police a réquisitionnée pas mal d'armes au début de la guerre…mais la plupart des gens ont caché leurs armes quelque part. J'ai une arme légale (licence), et les autorités ont une lois qui s'appelle "collection temporaire". Dans une situation de trouble (émeutes par exemple…), le gouvernement a le droit de temporairement confisquer toutes les armes…donc tu gardes ça en tête. Tu sais, il y a des gens qui ont une arme légale, mais ceux qui ont des armes légales ont aussi des armes illégales cachées quelque part, juste au cas ou il y aurait une confiscation. Si tu as de bonnes choses a troquer, c'est pas compliqué de trouver une arme pendant une situation difficile, mais ce qu'il faut savoir, c'est que les premiers jours sont les plus dangereux en terme de chaos et de panique, et que peut être que tu ne va pas avoir le temps de trouver une arme pour défendre ta famille. Ne pas être armé durant la panique, le chaos et les émeutes…c'est pas bien. Dans mon cas, a un moment un homme avait besoin d'une batterie de voiture pour sa radio, et il avait des fusils…j'ai troqué la batterie pour 2 fusils. Pour les munitions…parfois je troquais des munitions pour de la nourriture, et quelques semaines plus tard de la nourriture pour des munitions. Par contre, je ne faisais jamais du troc chez moi, et jamais dans des quantités importantes. Très peu de gens (voisins) savaient combien de choses j'avais chez moi. Le truc, c'est de stocker le plus possible en rapport avec l'espace et l'argent…et après, suivant la situation, tu vois ce qui est le plus demandé. Correction, munitions et armes auront toujours la première place pour moi…mais qui sait, numéro deux c'est peut être des masques a gaz avec des filtres.
9- Et la sécurité ?
La défense était très primitive. Encore une fois, nous n'étions pas prêt…et nous avons utilisé ce que nous pouvions. Les fenêtres étaient cassées, les toits étaient en piteux états a cause des bombardements. Toutes les fenêtres étaient bloquées avec quelque chose: sacs de sables, pierres. J'ai bloqué ma porte de jardin avec des débris, et j'utilisais une échelle en aluminium pour passer au dessus du mur. Quand je revenais chez moi, j'appelais quelqu'un pour qu'il me passe l'échelle. Un mec dans notre rue a complètement barricadé sa maison. Il a fait un trou dans un mur connecté a la maison de son voisin qui était en ruine…une entrée secrète. Ca va paraitre étrange, mais toutes les maisons les plus sécurisées ont été pillées et détruites en premier. On avait de belles maisons dans mon quartier, avec des murs, des chiens, des alarmes et des barres de fer aux fenêtres. Les foules ont attaquées ces maisons en premier…certaines étaient défendues et ont tenues, d'autres non…ça dépend combien d'armes et de bras ils avaient a l'intérieur. Je pense que la sécurité c'est important, mais il faut la garder d'un profil bas…oublies les alarmes par exemple. Si tu vies en ville et que la merde arrive, tu vas avoir besoin d'un endroit simple et sobre, avec beaucoup d'armes et de munitions. Combien de munitions ? Le plus possible. Il faut garder ton domicile le plus inintéressant possible. Aujourd'hui ma porte est en acier pour des raisons de sécurité, mais seulement pour me sauvegarder de la première vague de chaos…après ça, je pars pour retrouver un groupe plus important (famille et amis) a la campagne. A la maison, on a eu des situations pendant la guerre, pas besoin de rentrer dans les détails…on a toujours eu plus de puissance de feu, et le mur en brique. Aussi on avait toujours quelqu'un qui surveillait la rue…une bonne organisation au cas ou les gangs viennent est primordial. Il y avait toujours des coups de feu en ville. Encore une fois, la défense de notre périmètre était très primitive…toutes les issues étaient barricadées, avec juste des petites ouvertures pour les fusils, et toujours au minimum 5 membres de la famille a l'intérieur prêt a se battre, et une personne dans la rue, cachée. Pour éviter les tireurs d'élite, on restait a la maison toute la journée. Dans les premiers temps, les faibles meurent, et les autres se battent. Il n'y avait presque personne dans les rues durant la journée a cause des tireurs d'élite…la ligne de défense était extrêmement rapprochée. Beaucoup sont mort parce qu'ils voulaient aller se renseigner sur la situation par exemple…c'est très très important, il faut se rappeler que nous n'avions pas d'informations, pas de radio, pas de télé…rien, juste des rumeurs.
Il n'y avait pas d'armée organisée…mais nous étions tous des soldats.  On était forcé. Tout le monde portait une arme et essayait de se protéger. Dans la ville, tu ne veux pas porter de truc de qualité parce que quelqu'un va te tuer et te prendre tes affaires. Tu ne veux même pas avoir un beau fusil, et attirer l'attention. Je vais te dire; si c'est la merde demain, je veux rester sobre, et ressembler a tout le monde dehors, peureux, désespéré, confus, et peut être que je vais crier et pleurer un peu… Pas de vêtement chic…je ne vais pas sortir avec mes super habits tactiques tout neuf et crier "je suis la, vous êtes tous mort maintenant les méchants !". Je vais rester profil bas, lourdement armé et bien préparé en attendant et en évaluant mes options, avec mon meilleur ami ou mon frère a mes cotés. Ca n'a pas d'importance d'avoir une super sécurité, un super fusil…si les gens voient qu'ils devraient probablement te voler, que tu es rentable, ils vont te voler. C'est seulement une question de temps, et de combien de bras et d'armes vont être de la partie.
10- Quelle était ta situation avec les toilettes ?
On utilisait une pelle et n'importe qu'elle bout de terre a proximité de la maison…ça a l'air sale, mais c'était sale. On se lavait avec l'eau de pluie récupérée, ou alors a la rivière, mais la plupart du temps c'était trop dangereux. On avait pas de papier hygiénique…et même si j'en avait je le troquais. C'était une sale situation. Si je peux te donner un conseil; en premier, il faut avoir des armes et des munitions…après tout le reste, et je veux dire tout ! Ca dépend de la place que tu as et de ton budget bien sur. Si tu oublis quelque chose, c'est pas grave, il y aura toujours quelqu'un pour troquer…mais si tu oublis les armes et les munitions, tu ne pourras pas avoir accès au troc. Aussi, je ne vois pas les grandes familles comme plus de bouches a nourrir, je vois les grandes familles comme plus d'armes et plus de forces…après, c'est dans la nature des gens de s'adapter.
11- Et les soins pour les gens malades ou blessés ?
Les blessures étaient principalement des blessures par balles. Sans les spécialistes et tout le reste, si la victime avait la chance de trouver un docteur quelque part, il avait 30% de chance de s'en sortir. C'était pas comme dans les films, les gens mourraient…beaucoup sont morts de petites blessures infectées. J'avais des antibiotiques pour 3 ou 4 traitements, bien sur, seulement pour ma famille. Des choses très bêtes tuais les gens. Une simple diarrhée est capable de te tuer en quelques jours sans les médicaments et l'hydratation nécessaire…surtout les enfants. On a eu beaucoup de maladies de la peau, et des empoisonnements alimentaire…on pouvait pas faire grand chose. On faisait beaucoup avec les plantes locales et l'alcool, et pour le court terme ça allait, mais sur le long terme c'était horrible. L'hygiène est primordiale…et avoir le plus de médicaments possible, surtout les antibiotiques." source/volwest

vendredi 27 septembre 2013

"Tu trouveras peut-être Dieu pour de bon."





"A quoi cela nous sert-il d'avoir Dieu? lui disais-je. Pourquoi est-ce qu'il a laissé mourir ma mère et ma sœur de manière aussi absurde. S'il nous aime tant que ça, pourquoi est-ce qu'il nous laisse souffrir ici?
-Tu es contre le Dieu auquel on t'a appris à croire quand tu étais enfant, me répondait Arturo. Un Dieu qui est censé te surveiller et te protéger, qui répond à tes prières et te pardonne tes péchés. Ce Dieu-là n'est qu'une fable. Les religions s'efforcent de saisir Dieu, mais Dieu est bien au delà des religions. Dieu échappe totalement à notre compréhension. Nous ne sommes pas en mesure de comprendre Sa volonté, on ne peut pas le réduire à un livre. Il ne nous a pas abandonnés et ne nous sauvera pas. Il n'a rien à voir avec le fait que nous soyons ici. Dieu ne change pas, il est, tout simplement. Je ne prie pas Dieu pour obtenir Ses faveurs, je prie pour être près de Lui, et en priant, je remplis mon cœur d'amour. Quand je prie de cette façon, je sais que Dieu est amour. Quand je ressens cet amour, je sais bien que nous n'avons pas besoin d'anges ou de paradis, parce que nous sommes déjà une partie de Dieu.
Je secouais la tête. "J'ai tellement de doutes. Et j'ai l'impression d'avoir mérité le droit de douter.
-Fais confiance à tes doutes, me disait Arturo. Si tu as les couilles de douter de Dieu, et de remettre en cause toutes les choses qu'on t'a apprises à son sujet, alors tu trouveras peut-être Dieu pour de bon. Il est près de nous, Nando. Je le sens tout autour de nous. Ouvre les yeux, tu le verras toi aussi."
J'observais Arturo, ce jeune socialiste plein de ferveur, allongé dans son hamac, les jambes brisées comme des bouts de bois, avec un regard éclatant de foi et d'encouragement, et j'ai eu pour lui un grand élan d'affection. Ses mots me touchaient profondément. Comment un garçon aussi jeune avait-il réussi à se connaître aussi bien? En parlant avec lui, j'étais forcé de reconnaître que je n'avais jamais pris ma vie au sérieux. J'avais toujours tout tenu pour acquis, j'avais consacré mon énergie à courir les filles, à conduire des voitures et à aller à des soirées. Je vivais tranquillement au jour le jour. Après tout, pourquoi se précipiter? Il serait toujours temps de me décider et de réfléchir. Il y avait toujours un lendemain...
Je me moquais tristement de moi, en pensant que si Dieu existe, et s'il voulait que je fasse attention à lui, eh bien c'était gagné. Je me suis penché en avant et ai posé mon bras et mon épaule sur la poitrine d'Arturo pour lui transmettre un peu de chaleur. J'écoutais sa respiration régulière, de temps en temps je sentais son corps se tendre de douleur et je me disais : ça, c'est un homme."


("Miracle dans les Andes", Nando Parrado)

lundi 8 avril 2013

La leçon de Margaret Thatcher,1-Religion et libéralisme


J'ai lu une excellentissime biographie de Margaret Thatcher par Jean Louis Thériot (éditions Perrin) et je ne résiste pas à l'envie de vous en donner quelques extraits.

Je commence par le volet religieux  : dans son discours devant l'assemblée générale de l’Église d’Écosse, elle donne la vision de sa foi en lien avec ses principes libéraux.

"Je vous parle de la manière dont je vois les choses, non seulement comme femme politique, mais avant tout comme chrétienne."

"La religion chrétienne, qui naturellement inclut les grandes vérités spirituelles et morales du judaïsme, est une part essentielle de notre héritage national." Les racines chrétiennes de la Grande Bretagne ne font pour elle aucun doute "parce que les vérités de la foi sont infiniment précieuses, pas seulement parce que j'y crois car elles sont vraies, mais parce qu'elles fournissent l'impulsion morale qui seule peut conduire à la paix".
Naturellement, les autres religions ont leur place dans un Royaume Uni dont la tolérance est la marque depuis des siècles. Toutes les religions et les cultures sont les bienvenues, notamment celles des pays du Commonwealth, à condition de respecter"l'essence de notre propre identité". Elle poursuit en expliquant les conséquences qu'elle en tire pour les affaires publiques, celles qui "relèvent de César": Ce n'est pas la création de richesses qui est mauvaise, mais l'amour de l'argent pour lui-même. La dimension spirituelle vient du choix que l'on fait de ses biens. Comment pourrions nous répondre aux nombreux appels à l'aide des nécessiteux, ou investir dans des projets d'avenir, ou soutenir des artistes merveilleux ou des artisans de talent dont les œuvres sont à la gloire de Dieu, si auparavant nous n'avons pas travaillé dur et utilisé nos talents pour créer la richesse nécessaire?".
(...)
Au nom de l’Évangile, elle défend même la consommation de luxe. Elle rappelle l'onction de Béthanie, cette scène où la femme adultère -probablement Marie-Madeleine- oint les pieds de Jésus d'un parfum de grand prix. Judas est le seul à s'y opposer, au motif que "ce parfum aurait pu être vendu trois cents deniers qu'on aurait donnés à des pauvres". C'est oser assimiler Judas et les dénonciateurs de nantis- pour le moins troublant."

Dans un autre passage :
"A un député qui l'interpelle au motif que "les pauvres sont relativement plus pauvres, moins bien logés et moins bien nantis que les riches, et que ce n'est surement pas un résultat dont on puisse être fier", elle répond, dressée sur ses ergots : peu importe, "tous les niveaux de revenus sont plus élevés qu'en 1979! Mais ce que l'Honorable Membre est en train de dire, c'est qu'il voudrait que les pauvres fussent encore plus pauvres, pourvu que les riches fussent moins riches. Oui, quelle politique! Oui, que les pauvres soient encore plus pauvres, pourvu que les riches soient moins riches! C'est ça une politique social-démocrate. Oui! C'est sorti comme ça! Il ne l'a pas fait exprès, mais c'est sorti quand même!"

Autre déclaration, dans la conférence annuelle du Centre politique conservateur, conférence intitulée "What's wrong with politics?", "Qu'est-ce qui ne marche pas en politique?" :
"L'urgence, c'est de donner à tous la possibilité de développer librement leurs talents. C'est une question de morale avant même d'être une question d'économie. "L'argent n'est pas une fin en soi. Il permet de mener la vie que l'on a choisie." Il permet tout, y compris la charité. Ce n'est que parce qu'il était bien pourvu que le bon Samaritain a pu venir en aide à son frère blessé. Les solutions viennent ensuite et coulent de source. "





samedi 12 janvier 2013

Socialistes=criminels 20

Délation : 

relevé sur Twitter :

La gauche fait une liste de gens qui manifesteront contre le, avec photos et tout. Heures sombres ?

Si un élu refuse de marier des gays, il est homophobe, veuillez le dénoncer au gouvernement pour qu'il applique la Loi 


Extrait  : 


Mais le projet totalitaire des lobbies LGBT1 ne s’arrête pas là. En Amérique du Nord, le soutien au mariage traditionnel peut désormais être passible de graves sanctions.
C’est le cas d’un photographe au Nouveau-Mexique, qui a été condamné à verser une amende de 7 000 $ pour avoir refusé de photographier un mariage lesbien, ou bien celui du service de rencontres eHarmony, qui a été forcé d’accueillir des homosexuels sous peine d’une amende de 2 millions de dollars. C’est encore le cas de la chaîne de restauration Chick-fil-A, qui a été forcée d’abandonner son soutien à des organisations soutenant le mariage traditionnel pour obtenir l’approbation du syndicat des restaurants de Chicago.

« La redéfinition du mariage par l’État menace gravement les libertés individuelles. »

Récemment, Frank Turek, un employé de la firme Cisco, a été licencié pour la publication d’un livre intituléCorrect, not Politically Correct: How Same-Sex Marriage Hurts Everyone. Turek, employé modèle, ne parlait jamais de ses opinions religieuses ou politiques au travail. Il a été victime d’une plainte d’un autre employé qui avait vu son livre en tapant son nom sur Google.
Mais c’est aussi la liberté religieuse qui est gravement menacée. Récemment encore, Damian Goddard, un journaliste sportif de l’émission « Connected » sur la chaîne canadienne de langue anglaise Sportsnet, a été licencié pour avoir déclaré son opposition au mariage homosexuel. Dans un tweet, il avait écrit : « Je soutiens entièrement et de tout cœur Todd Reynolds et sa défense du sens traditionnel et authentique du mariage ». Le porte-parole de Sportsneta déclaré :« Damian Goddard ne convient plus à notre entreprise »Goddard a déposé une plainte auprès de la Canadian Human Rights Commission contre son ancien employeur. Dans un communiqué il affirme qu’il est victime de discrimination pour avoir défendu ses convictions catholiques. Et l’avocat de Goddard précise que son droit fondamental à la liberté d’expression et à la liberté religieuse ont été violés.
Aux États-Unis, dans les États qui ont légalisé les unions civiles ou le mariage homosexuel, des agences d’adoption catholiques ont été fermées ou ont perdu leur statut d’exonération fiscale pour avoir refusé de laisser les couples homosexuels adopter des enfants. Dans l’Illinois, le gouverneur Pat Quinn a confirmé une décision de l’Illinois Department of Children and Family Services de ne pas renouveler ses contrats avecl’institut Catholic Charities, invoquant la loi de l’État qui reconnaît les unions homosexuelles.
Le droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs propres convictions est aussi menacé. En Californie, le gouverneur Jerry Brown a signé une loi qui est entrée en vigueur en janvier 2012 et qui exige que les écoles publiques ajoutent des leçons sur l’histoire des gays dans leurs classes d’études sociales. Cette loi, intitulée SB48, fait obligation d’inclure dans les manuels d’histoire destinés aux élèves, dès la maternelle, collégiens et étudiants des établissements d’enseignement public de l’État, les « importantes contributions » des homosexuels, bisexuels et transgenres à la société américaine. D’autres États ont intégré l’agenda homosexuel dans leurs programmes.
Dans tous ces cas, la loi a été utilisée par des groupes de pression homosexuels pour contraindre les autres à accepter leurs choix de vie. Si la « liberté » signifie maintenant le pouvoir de contraindre les gens à agir contre leur conscience, alors même qu’il existe des alternatives disponibles parfaitement raisonnables, autant dire que le mot « liberté » est complètement vidé de son sens.

mardi 8 janvier 2013

Socialistes=criminels 19



A propos de Depardieu et tous ceux qui prennent héroïquement le chemin de l'exil :



"En fait, le monde communiste est vraiment une forteresse assiégée, mais du dedans. C'est la première société condamnée à vivre derrière des murailles pour se protéger non pas contre des incursions, mais contre des excursions, ou des envies d'excursion. Tant qu'il y aura au milieu des océans un seul rocher où le socialisme ne régnera pas, il y aura des boat.people. Les sociétés socialistes du XXe siècle sont les premières sociétés  totalement fermées et enfermées, d'où songer même à partir soit un crime; du moins les premières d'une telle ampleur, car les précédentes, par exemple celle dirigée par les Incas -la Nomenklatura de l'ancien Pérou- étaient, par les dimensions, par le nombre des habitants, marginales à l'échelle mondiale. Sans parler du coût des mesures de contrôle et d'enfermement des hommes, de brouillage des ondes, de censure de l'imprimé, de la parole, des télécommunications, bref le coût d'entretien de la pléthorique et parasitaire bureaucratie des professionnels de la surveillance et de la répression, il est déplaisant pour la Nomenklatura de vivre avec, dans l'esprit, cette inquiétude permanente, due à la sensation que vos gouvernés ne le sont et ne le restent que faute de pouvoir s'échapper. Si peu ombrageux que l'on soit, il y a là un doute qui use, à la longue. Aucun être humain, fût-il coriace, ne peut connaître le confort moral dans la scission spirituelle, et en se présentant comme le bienfaiteur de l'humanité, alors que ses bienfaits ne trouvent preneurs que parmi les gens hors d'état de s'y soustraire. Le seul moyen de faire en sorte que plus personne ne veuille s'évader de prison, c'est de transformer le monde entier en prison. Ou, pour éviter tout recours à la métaphore, le seul moyen de se convaincre et de convaincre l'espèce humaine que le système socialiste est le meilleur de tous les systèmes, c'est qu'il n'en existe plus aucun autre."

(Revel, "Comment les démocraties finissent", éditions Grasset)

mercredi 26 décembre 2012

Ce que nous sommes 2, par la foi : engendrés par Dieu




""Au commencement le Verbe était et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu[...]. Et le Verbe s'est fait chair et il a campé parmi nous"(1, 1-14). L'homme Jésus est le "campement" du Verbe, de l'éternel Logos divin en ce monde. La "chair" de Jésus, son existence humaine, est la "tente" du Verbe [...] L'origine de Jésus, son "d'où vient-il", est le "principe" même -la cause première de laquelle tout vient; la "lumière" qui fait du monde un cosmos. Lui vient de Dieu. Il est Dieu. Ce "principe" venu à nous inaugure -comme principe- une nouvelle façon d'être homme. "Mais à tous ceux qui l'ont accueilli, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, eux qui ne furent ni engendrés ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu" (1,12sq).
(...)
... qui croit en Jésus entre, par la foi, dans l'origine personnelle et nouvelle de Jésus, reçoit cette origine comme origine propre. En eux-mêmes, tous ces croyants ont été avant tout "engendrés par le sang et la volonté de l'homme". Mais la foi leur confère une nouvelle naissance : ils entrent dans l'origine de Jésus-Christ, qui désormais devient leur origine même. En vertu du Christ, par la foi en Lui, ils sont à présent engendrés par Dieu."

(Joseph Ratzinger, Benoît XVI, "L'enfance de Jésus")



dimanche 23 décembre 2012

Ce que nous sommes 1, homme et catholique




Un ami m'écrit : " il me semble impossible de rester "chrétien" si l'on veut réussir à attraper une meuf décente et de l'attraper selon notre désir d'homme avec panache et pas en quémandant. Ces choses là semblent échapper à la vie spirituelle. D'ailleurs la Bible est très laconique sur ce moment charnière de la vie d'un homme et jamais une meuf ne se met à aimer un saint mais un type qui dégage de la PUISSANCE et la puissance est complètement antinomique de la sanctification, elle est l'expression de la présence au monde, de la place hiérarchique que l'on occupe ou que l'on va occuper dans le monde. "

Je lui réponds que cette "puissance" nécessaire à l'homme, cette assurance et ce panache requis pour plaire aux femmes, toutes ces choses qui sont dans l'ordre de la nature elle-même ne me paraissent pas incompatibles avec le fait d'être catholique et saint, au contraire.

En effet, selon moi la Grâce divine qui nous envahit lors de notre baptême devient alors comme partie intégrante de notre être, de notre essence. Le Baptême nous marque d'un sceau indélébile et c'est pourquoi vouloir se faire "débaptiser" est totalement absurde : on peut vouloir ne plus vivre sa foi mais il est impossible de retirer le sceau du baptême à moins de "retirer" ou de nous arracher l'âme tout entière! C'est pourquoi aussi l'Eglise est aussi prudente pour les baptêmes d'adultes ou d'enfants dans des familles non catholiques ou non pratiquantes : la Grâce serait présente dans ces âmes, pour toujours, et il ne s'agit pas de faire n'importe quoi avec celle-ci puisqu'il s'agit ni plus ni moins de la porte qui ouvre à la venue de Dieu dans nos âmes. Si l'on n'est pas prêts ou décidés à Le recevoir, à ce qu'Il fasse partie de nous, les dégâts peuvent être immenses et je m'en explique de ce pas.

 Une fois baptisés, si nous nous coupons de cette Grâce reçue (par le péché, par le manque de pratique des sacrements, par le manque de foi), sans cette Grâce donc, nous ne sommes plus exactement nous-mêmes, il nous manque quelque chose dans notre essence même. D'où la gravité extrême pour l'être humain catholique que nous sommes à être privés de la Grâce divine dans nos âmes. Nous mourrons spirituellement littéralement : la vie spirituelle est une réalité dans notre être même si elle est invisible à nos yeux humains.
Je vais tâcher de prendre des comparaisons pour expliquer cette idée : C'est comme si l'air que nous respirions ne contenait pas d'oxygène : il y aurait dans cet air toutes sortes de molécules importantes mais l'une d'entre elles, et pas des moindre, viendrait à manquer. Nous respirerions alors mais nous mourrions car il manquerait un élément important de la "structure air" si je puis dire.

De ce fait, lorsque nous sommes baptisés donc catholiques, donc amenés par la Grâce sanctifiante à être des saints, nous sommes d'autant plus Homme au sens plénier du terme, intégral, que nous sommes imprégnés de  cette Grâce.
Alors, la puissance requise (qui n'est pas la brutalité) pour être acteur dans notre monde au sens absolu du terme, cette puissance est d'autant plus en acte en nous-mêmes que nous sommes pleins de Grâce. Nous rayonnons d'autant plus que nous sommes des saints.

D'où la nécessité de ne pas être coupés de la Grâce et c'est là que les sacrements en particulier la confession  entretiennent l'irrigation de la Grâce dans nos âmes.
La confession, plus qu'un simple remord de fautes commises envers autrui ou soi-même, est la reconnaissance d'être privé de la Grâce c'est à dire de Dieu Source de vie. Sans Lui, nous mourrons et nous le savons et nous le ressentons et nous L'appelons à notre secours. En Lui est le Salut de nos âmes, de nos êtres, de tout ce que nous sommes.



mercredi 14 novembre 2012

Portrait d'un bureaucrate

"Et puis, il y avait Dundridge.
Il ne convenait absolument pas. Mais après tout, le Ministre avait précisé qu'il voulait quelqu'un qui sorte de l'ordinaire, et le moins que l'on pût dire de Dundridge, c'était qu'il sortait de l'ordinaire. Pour sûr. Mr. Rees, toujours couché et la tête cotonneuse à cause de la grippe, se mit à évoquer quelques-unes des initiatives de Dundridge. Il y avait eu le sens unique au coeur de Londres, d'une telle rigidité que pour aller de Hyde Park Corner à Piccadilly en voiture, il eût fallu passer par le Tower Bridge et Fleet Street. Ensuite, il y avait eu son opération pilote concernant l'installation de feux rouges à Clapham, projet si bien nommé qu'il en avait coupé ce quartier du reste de Londres pendant une semaine ou presque. En bref, Dundridge était une catastrophe ambulante. D'un autre côté, il avait le sens des relations publiques. Ses projets, à première vue, étaient intéressants. Aussi, année après année, avait-il promu, tiré vers le haut, par une vague inéluctable d'inefficacité, et par la nécessité d'éviter à la population que ne soient réalisés ses plus récents projets. Il était arrivé à ce niveau de la pyramide administrative où, grâce à l'inertie des subordonnés, les projets n'avaient plus aucune chance de se voir concrétiser."

"Dundridge allait au bureau en métro. D'après lui, c'était la manière la plus rationnelle de voyager, et celle d'éviter le dur désordre de la réalité. Assis dans le wagon, il pouvait se concentrer sur les choses essentielles et trouver un minimum de cohérence au monde du dessus par la seule étude du plan de la ligne Nord, sur la paroi face à lui. Ce n'était que chaos : les rues, les magasins, les immeubles, les ponts, les voitures, les gens, tout ce fouillis de phénomènes disparates et pervers qui n'admettait pas une catégorisation facile. En regardant le plan, il oubliait tout ce désordre. Chalk Farm était précédé de Belsize Park et suivi de Camden Town, dans un ordre d'une parfaite rigueur : il savait où il se trouvait et où il allait. Et puis sur le plan, la distance entre les stations était égale, et bien qu'il sût que cela ne correspondait pas à la réalité, cet arrangement schématique suggérait qu'elle eût dû l'être. S'il n'avait tenu qu'à lui, elle l'aurait été. Il avait passé sa vie en quête d'ordre. En ce qui le concernait, la variété n'était pas le sel de la vie, mais son amertume. La philosophie de Dundridge passait par la conformité de chaque chose à une norme. D'un côté, le hasard, la nature à l'état sauvage et chaque chose au petit bonheur la chance; de l'autre, la science, la logique et les nombres."

La route sanglante du jardinier Blott, Tom Sharpe
Merci à Prolo.

lundi 1 octobre 2012

Un beau destin, Ayrton Senna





Mon mari  m'a enregistré une très belle émission retraçant la vie du pilote automobile triple champion du monde dans les années 90, Ayrton Senna. Je ne connaissais pas très bien le personnage, j'avais suivi quelques courses mythiques, le duel avec Alain Prost, son décès tragique sur le circuit de Monza mais je souhaite vous faire partager les réflexions qui me sont venues à l'esprit en suivant une vie hors du commun et dans le même temps une vie belle dans ses épreuves surmontées et sa simplicité réussie.

Une vision superficielle de ce pilote a souvent provoqué la conclusion rapide et erronée d'un fou-furieux du volant, incapable de maîtriser ses pulsions et son agressivité. La vérité est beaucoup plus complexe que cela et même complètement à l'opposé de cette imagerie qui lui a collée injustement à la peau et qui a été par ailleurs distillée perfidement par ses détracteurs à commencer par son rival sur les circuits, Alain Prost. L'émission s'emploie à rétablir la vérité et ce faisant elle dévoile une figure d'homme exemplaire, une vie dignement vécue selon les valeurs de courage, de travail, d'humilité et d'excellence. La dimension chrétienne que les auteurs de l'émission soulignent chez Ayrton Senna complète un tableau magnifique que je vous livre du mieux que je peux.


Le talent à l'état pur : faire danser sa voiture

En 1978 Ayrton Senna débarque en Europe pour son premier championnat du monde en Kart et le discours qui est le sien ne variera plus d'un iota jusqu'à sa mort : "Il s'agissait à l'époque, explique t-il, de vraies courses, du vrai pilotage. Pas d'enjeux stratégiques alors, pas d'enjeux économiques, de la course à l'état pur."

En parlant ainsi, Senna se campe d'emblée dans ce qu'il est profondément ; un pilote de course.  Sa mère raconte qu'à l'école le jeune Ayrton était concentré au maximum pendant ses cours pour pouvoir apprendre ses leçons au plus vite et ainsi rentrer chez lui faire du Kart... "J'ai des milliers et des milliers de kilomètres derrière moi, j'ai dû me battre très jeune, j'ai laissé ma famille et mes amis pour venir en Europe, tout n'a pas été facile" explique t-il pudiquement.
Il est un pilote de course, c'est son talent, son génie et il met tout en oeuvre pour le faire fructifier ce talent, dès son plus jeune âge. Ses parents, voyant sa détermination et surtout son travail, finiront par l'aider de leur mieux dans cette voie particulière.

Son talent éclate littéralement dès le premier grand prix disputé à Monaco en 1984 et Prost ne s'y trompera pas : "Ce qu'Ayrton a fait, à Monaco, c'était du génie à l'état pur" explique sobrement un journaliste sportif. Senna qui pilote une Talman (petite écurie non performante) part de la 13ème place et remonte jusqu'à la deuxième place, juste derrière Prost qui, sentant le danger, demande à arrêter la course pour cause... de pluie. Il obtient l'arrêt des frais. Senna, avec quelques tours supplémentaires aurait certainement dépassé notre pilote français.
En 1985, première victoire de Senna d'un grand prix, au Portugal, là encore sous la pluie : "Senna gérait la pluie avec génie" explique à nouveau un journaliste. Cette victoire fait dire à Senna : "C'est comme une drogue, une sensation tellement intense qu'ensuite on passe sa vie à la rechercher..."
Tout Senna est dans cette phrase : il est pilote de course c'est à dire qu'il court pour la victoire. A Jackie Stewart qui lui reproche de casser trop de voitures il s'emporte : "Je ne comprends pas... Lorsqu'on est pilote, on court non pas pour la deuxième ou la troisième place mais pour la première, pour la victoire!! Il faut bien évidemment prendre des risques, c'est obligé dans ce domaine!!"

Le talent de Senna se caractérise par sa rapidité. Il était rapide, il plongeait dans les virages, freinait à la dernière seconde, exploitait au-delà de ses capacités la voiture, bref, il faisait danser sa voiture, littéralement. Si on observe la carrière de Senna, c'est son tempo et sa détermination qui frappent. Et au fond, son intelligence. C'est à dire son génie.

En 1988, alors pilote chez McLaren, coéquipier de Prost, au grand prix de Monaco, Senna raconte : "Je ne pilotais plus de façon consciente. J'étais entré dans une dimension. Le circuit était devenu un tunnel dans lequel je m'engouffrais encore et encore, toujours plus loin. Je me suis aperçu que j'allais au delà de toute perception consciente." Il reçoit alors un message de l'équipe McLaren : "Ralentis, tu vas beaucoup trop vite par rapport aux autres!!" Il fera alors une erreur de pilotage et perdra sa première place et son avance incroyable. De cette erreur il tirera partie, comme toujours,et reviendra plus fort que jamais dans les courses suivantes. "Une mauvaise course pour cinq courses gagnantes, c'est le deal", réfléchit-il mi figue mi raisin.

A l'inverse,  Prost -surnommé parmi ses pairs "le Professeur"- était un pilote méthodique, capable de prendre une deuxième ou troisième place au lieu de gagner si cela servait ses intérêts. Il connaissait les rouages de ce sport à la perfection et à ce jeu-là il était imbattable... Ou presque.
Prost n'avait pas le talent de pilote de Senna, c'est évident,  mais il possédait tout de même un talent calculateur et stratégique avéré.

Des épreuves pour des victoires: se battre, le lot quotidien.

En observant toute sa carrière, on s’aperçoit que Senna a dû se battre au delà du possible dans chaque courses ayant un enjeu essentiel : nous l'avons vu avec son premier championnat (voiture non gagnante, pluie) et son génie se manifeste de façon encore plus flagrante au grand prix du Japon en 1988 où il concourt pour son premier titre mondial : Senna va caler au départ et va réussir à remonter de façon inouïe jusqu'à Prost et... le dépasser. Sous la pluie of course. A la question d'un journaliste : "Qu'est-ce que cela vous fait d'être champion du monde?", il réponde brièvement : "Je me sens en paix".
En paix parce qu'il s'est enfin accompli personnellement dans ce qu'il est au fond de son être :  un Pilote. "Je ne pouvais pas abandonner mes objectifs, ma passion, mon rêve, ma vie. C'est cela ma vie" s'écrie t-il après avoir suivi de près l'accident grave d'un pilote concurrent au grand prix d'Espagne en 1990.

En 1989, au grand prix du Japon, après avoir été percuté fielleusement par Prost, il repart avec une voiture déglinguée, les commentateurs soulignent qu'il est im-pos-si-ble qu'il remonte la course et pourtant il va dépasser les pilotes un à un et gagner. Sa victoire sera contestée par Prost -nous le verrons ensuite-, mais il n'empêche que là aussi, victoire dans l'épreuve et la difficulté.

 De même, au grand prix du Brésil  -sa patrie- en 1991, Senna prend la tête mais sa boîte de vitesse va se bloquer sur le 6ème rapport au beau milieu de la course : impossible de continuer! Il décide néanmoins de rouler, en 6ème, et.. remporte la victoire. Le cri qu'il pousse alors à peine la ligne d'arrivée franchie tient plus du hurlement de douleur que du cri de joie tellement l'effort mental et physique a été démesuré ... Il perd connaissance et finit par sortir de sa voiture complètement bloqué au niveau du cou et des épaules : "La douleur était inconcevable" décrit-il. Et le journaliste d'ajouter : "C'est à ce moment là qu'il a été le plus héroïque". On le voit effectivement tenter de soulever sa coupe, grimacer de douleur, puis, dans un geste "ultime", lever droit comme i son bras avec le trophée au bout...

En 1993, Prost signe chez Williams dont la voiture bénéficie d'une technologie électronique d'avance sur toutes les autres voitures. Prost, prudent et stratégique, comme toujours,  ne demande qu'une seule chose dans son contrat, c'est de ne pas avoir comme co-équipier Senna. Prost était ainsi assuré à 100% d'un 4ème titre mondial qu'il obtiendra. "Quand on entre dans ce genre de guerre électronique, on peut se retrouver complètement coincé. L'Electronique réagit à une situation donnée. Peu importe qui vous mettez dans la voiture, c'est l'électronique qui conduit, pas le pilote. Je ne pense pas que se soit souhaitable si on veut voir un vrai championnat du monde de... pilotes" commente dédaigneusement Senna. Malgré la réussite indiscutable de son grand rival, Senna conduit merveilleusement bien sa voiture beaucoup moins performante. Et Prost parti, Franck Williams embauche immédiatement  Senna. Mais alors, les hautes instances de la formule 1 décident d'obliger toutes les écuries à se séparer des nouvelles technologies mises en place et la Williams pilotée par Senna devient une voiture quelconque, encore moins stable que les autres. Tout est à recommencer de zéro estime Senna plus concentré que jamais dans ses objectifs.

La rivalité avec Prost : l'injustice subie 

L'opposition entre les deux pilotes est avant tout une opposition absolue de style. L'un est calculateur et courre comme on joue aux échecs, l'autre courre droit devant, sans atermoiements, pour la victoire.
"Ayrton Senna avec son amour de la vérité était moins habile que Prost pour mettre en jeu l'autre aspect de ce sport : le jeu des intérêts stratégiques." explique lucide un journaliste sportif. Tout est dit dans ce commentaire. Senna est pilote de course, dans son être même pourrait-on dire. Séparer Senna de la fonction de pilote c'est détruire la personne qu'il est, l'entité qu'il représente. Mais vous pouvez couper Prost de cette fonction de pilote, ce dernier y survivra si je puis dire et c'est bien ce qui s'est passé :  Senna est mort au volant de sa voiture.
Prost a cette phrase à propos de Senna qui montre à quel point il était totalement différent de son rival : "Ayrton Senna a un petit problème parce qu'il se croit immortel parce qu'il croit en Dieu... Je trouve cela dangereux pour les autres pilotes." dit-il assez perfidement.
Senna répond avec une grande dignité et lucidité : "Le fait que je croie en Dieu, que j'ai la foi ne veut pas dire que je me crois immortel, invulnérable même si c'est qu'on raconte. J'ai autant peur que les autres de me faire du mal. Quand on pilote une voiture de formule 1, le danger est constant." Et l'on constate, au cours de l'émission regardée que ce dernier, à chaque accident subi par ses concurrents, se rendait immédiatement sur les lieux pour témoigner par sa présence de son empathie avec le blessé; c'est assez frappant de voir que Prost lui ne bougeait pas des écuries. Du moins c'est que j'ai remarqué dans l'émission mais peut-être me trompé-je... Senna,  après être venu immédiatement sur les lieux de l'accident d'un pilote dont le corps disloqué crève les écrans au grand prix d'Espagne 1990, se confie : "J'ai compris que jamais je n'abandonnerais ma passion même après avoir vu ce que je venais de voir. J'ai dû prendre sur moi, retourner à ma voiture et continuer encore et encore mais mieux qu'avant. C'était le seul moyen d'occulter l'impact que ça avait eu sur moi. Je n'étais tout simplement pas prêt à abandonner même si j'avais peur de continuer."

Motivation pour être encore meilleur qu'auparavant, décision de surpasser ses peurs, bref, volonté de faire face et de s'accomplir dans ce qu'il est profondément. Un parcours de pilote exemplaire pour une vie d'homme réussie."Il était d'une grande humilité ce qui n'est pas courant chez les pilotes" témoigne Watkins, un médecin sur les circuits et bon ami d'Ayrton Senna.
A l'inverse, Prost qui en 1991 se fait virer de Ferrari pour avoir critiqué la voiture, est toujours en train de reporter la responsabilité de ses erreurs sur les autres, la voiture, le temps etc mais jamais il ne se remet en question lui-même ironise assez lucidement Senna qui ajoute : "Au lieu d'améliorer ses propres compétences, Prost a trouvé commode de m'attaquer."

A partir de cette opposition fondamentale entre deux styles, deux personnalités, deux hommes, la rivalité éclate au grand jour et Prost gagne une première manche au grand prix du Japon en 1989 : au départ de la course, si Senna ne terminait pas la course, Prost était assuré de remporter le titre de champion du monde.
Prost ne va pas laisser passer Senna au premier virage et le percute. Mais Senna, malgré une voiture déglinguée réussit à repartir et passe par une chicane pour se remettre dans la course. Il effectue l'exploit inouï de gagner cette épreuve. Mais Prost entre temps est allé se plaindre aux jurés (et en particulier à Balestre, président français de la FIFA et favorable à Prost) de la façon dont Senna s'est remis dans le circuit et le pilote brésilien sera déchu de sa victoire et de son titre de champion du monde.."J'ai été traité comme un criminel" raconte Senna qui a failli arrêter la Formule 1 à ce moment-là, dépassé par le traitement injuste dont il est la victime véritablement innocente. Mais alors qu'il est au fond du gouffre, Ron Dennis, directeur de McLaren (écurie de Senna) va lui dire : "Lorsqu'on croit que ses valeurs sont justes alors, se défiler devant les forces obscures qu'on rencontre dans la vie n'est pas une option viable"... Et Senna va reprendre du service, sa vie.

L'année suivante, en 1990 la situation inverse se présente au grand prix du Japon toujours : si Prost ne termine pas la course il sera privé de son titre de champion du monde. Cette fois Senna a compris la leçon et il est décidé à se battre avec les mêmes armes stratégiques que Prost, d'autant que Balestre continue de lui mettre les bâtons dans les roues (en exigeant une "mauvaise" pôle position pour Senna) : Senna percute la voiture de ce son rival, l'empêchant de continuer la course et remporte froidement le titre mondial. Senna se révèle aussi bon que son Prost au jeu stratégique, Justice lui est rendue. Il ne gagne pas comme pilote mais sa victoire est malgré tout exemplaire. "Impeccable dans ses voies" pourrait-on dire, et le pluriel est ici important : il n'y a qu'une finalité, la victoire, mais plusieurs voies pour l'obtenir et Senna se révèle doué dans les deux possibles, au grand dam de Prost.

La mort de Senna : un cadeau de Dieu

En Avril 1994 Senna est au départ du grand prix d'Imola, sur le circuit de Monza en Italie. Le vendredi d'avant, pendant les essais, Senna fait un tête à queue, sa voiture est mal équilibrée, Senna est hyper tendu. Barichello, toujours pendant les essais, fait un accident mais s'en sort indemne. Puis c'est le terrible accident du pilote autrichien Roland Ratzenberger qui décède à l'hôpital... Senna, arrivé sur les lieux du drame se met à pleurer. Watkins, son ami médecin, l'adjure d'arrêter la compétition et de partir à la pêche avec lui. Senna répond laconiquement : "Je ne peux pas arrêter".

Le 1er mai 1994, le jour du grand prix, la soeur d'Ayrton Senna raconte : "Ce matin là quand il s'est réveillé, il a demandé à Dieu de lui parler. Il a ouvert la Bible et a lu un passage qui disait que Dieu lui ferait le plus beau des cadeaux. Ce cadeau, ajoute la soeur du pilote, c'était Dieu Lui-même."

Ayrton heurte un mur à pleine vitesse, après une longue ligne droite. La voiture sera seule mise en cause. Watkins témoigne après avoir pris en charge Senna : "J'ai entendu tout à coup un soupir et j'ai senti que son corps se relâchait. C'est à ce moment -et je ne suis pas croyant- que j'ai compris que son âme nous quittait." 

Senna n'avait pas la moindre contusion, pas le moindre os cassé, simplement une blessure mortelle à la tête.


"Rien ne m'éloignera de l'amour de Dieu" peut-on lire sur sa plaque tombale.

 Senna n'aura de cesse de faire fructifier ce qu'il est profondément, un pilote de course, il le fera toute sa vie, en travaillant comme un forcené sans jamais abandonner malgré des épreuves nombreuses, la trahison, la peur, le découragement face aux avancées technologiques dont il ne bénéficie pas."Je me sentirai heureux que lorsque je me sentirai complet, ce qui n'est vraiment pas le cas pour le moment", dit-il après son troisième titre mondial. Dieu le récompensera d'une certaine façon en l'enlevant à Lui alors qu'il était au volant de sa Formule 1. Une vie d'homme réussie et une mort à l'image de ce parcours exemplaire.





vendredi 7 septembre 2012

Portrait du Réac.; 2 : le consommateur de spirituel.


Agudeza

ACTU — ARTICLE ÉCRIT PAR  LE 5 SEPTEMBRE 2012 À 18 H 30 MIN 
Nous sommes entrés dans la phase ultime de la société de consommation, la société de consommation spirituelle.
L’homme des foules, le consommateur, ne se contente plus de petits plaisirs vulgaires; le monstre a grossi, il veut manger du Sens, de la Verticalité, du Sacré, il pense qu’on lui en doit, qu’il doit être fourni par le Prince, les pouvoirs publics et le législateur.
Le consommateur dépendant jusqu’à l’os de son vice ne supporte pas la publicité, l’entertainment, le coca-cola, les petites choses, il lui faut une dose plus forte, une théocratie, l’Albanie des années 1960… il déplore l’absence du sacré dans les sociétés occidentales et postmodernes, entendre par là que désormais, les choses de la Pensée, il revendique le droit de les consommer sans avoir à y penser.
Dans la société de consommation, on étale les richesses sous les yeux du pauvre, et c’est pour ça, dit-on, qu’il casse des vitrines… Dans la société de consommation spirituelle, on étale les richesses philosophiques sous les yeux du pauvre d’esprit, en classe de terminale, en philo, il lui prend aussi l’envie de casser des vitrines, à sa manière, il réclame un monde sans beauté enfouie sous du laid, sans grandeurs pliées dans des petites choses, de la richesse spirituelle authentifiée en préfecture …
Dans la société de consommation, le pauvre veut tout de suite les Nike qui sont en vitrine, et dans la société de consommation spirituelle, le pauvre d’esprit veut qu’on le fournisse en richesses immatérielles, que ce soit écrit dessus, qu’il n’ait pas à juger lui-même si c’est grand ou si c’est petit, ce qu’il a sous les yeux, il veut que le trouble de la pensée lui soit ôté, atteindre les sommets de l’Esprit par le savoir, avec des fiches de lecture, en hélicoptère.
Dans La traversée de Paris, une femme dit d’un flic que ce n’est pas un flic mais un flic de flic, pour expliquer à Jean Gabin que c’est le pire de tous… Jean-Claude Michéa, Jacques de Guillebon, Richard Millet, ce ne sont pas des consommateurs, mais des consommateurs de consommateurs, des types qui veulent manger du Sens, un monde qui fasse sens pour qu’ils n’aient pas à le chercher.
Merci à R.A.
En illustration, Balthazar Gracian

Portrait du Réac.; 1 : l'homme qui méprise les petits et vulgaires plaisirs.


Tocqueville 2.0

ACTU — ARTICLE ÉCRIT PAR  LE 31 AOÛT 2012 À 21 H 05 MIN 
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. […] Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire , qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?
Ce qui rend ce texte de Tocqueville fascinant, c’est qu’il est partout.
Il est impossible de faire trois clics avec ses doigts sans tomber dessus, on l’étudie en terminale, il est donc un bréviaire pour les tenants de la pensée dominante, et ceux qui se proclament ses contempteurs l’affichent sur leurs forums et leurs sites comme si Tocqueville était interdit par la loi…. Qu’est-ce que ça veut dire? Que dans les grandes lignes, les tenants de la pensée dominante et ses ennemis officiels pensent la même chose, font les mêmes constats, voient le monde par le même trou et lorgnent vers les mêmes horizons.
Pour le dire plus directement, il existe bien une pensée dominante (pourquoi n’y en aurait-il pas une?), mais pas  d’alternative…  Elle n’a pas d’opposants,  ses ennemis déclarés n’ont rien construit, rien trouvé, rien bâti, il n’y a pas de penseurs antimodernes.
Avec son œil de lynx, Tocqueville avait vu sur quoi aboutirait l’égalitarisme, à savoir  une foule innombrable d’ hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes, gardés par une puissance tutélaire capables de leur ôter entièrement le trouble de penser Ce qu’il ne pouvait pas anticiper, ce que personne n’aurait pu anticiper, c’est que cette volonté d’être ôté entièrement du trouble de penser ne se traduirait qu’en surface et seulement dans un premier temps par la recherche  de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âmeque l’homo democraticus ne s’en tiendrait pas là.
Ce que nous refusons de voir et de décrire,  c’est qu’après avoir passé ce pacte diabolique  garantissant que l’on sera ôté du trouble de penser, on ne renonce pas le moins du monde à la verticalité, au Sens, aux repères, mais on veut au contraire s’abstenir d’avoir à les chercher, et donc en avoir toujours à portée de main, qu’on nous en serve à longueur de temps, partout, qu’ils soient fléchés, au point que même les aveugles n’aient pas à tâtonner.
Tocqueville ne pouvait pas savoir que l’homo democraticus tiendrait chaque jour un peu plus en mépris les petits et vulgaires plaisirs, parce qu’ils peuvent, ou pas, receler contre toutes attentes des grands et nobles plaisirs, regorger de sens, tandis que ce qui a vocation à faire sens n’en fait pas forcément… Pour déceler tout ça, il faut, justement, ne pas s’épargner le trouble de penser, tandis que dans une société où le sens et la verticalité sont partout, annoncés par des spots clignotants et des coups de klaxon, on peut rester intérieurement à l’horizontal.
Les modernes et les antimodernes réclament la même chose, à savoir l’aboutissement du projet démocratique, l’avènement d’un monde dans lequel on aurait le droit à des repères et celui de se faire guider  vers les grandes œuvres de l’Art et de l’Esprit comme on a celui d’être protégé par la police.
Depuis Tocqueville, le projet égalitariste le plus abouti que l’on ait vu, c’est le communisme, on était pour le coup sommé de s’épargner le trouble de penser, et il va sans dire qu’on y interdisait les petits et vulgaires plaisirs… Tout y faisait sens, les laboureurs et les femmes de ménages devaient meubler leurs temps morts en donnant du sens à leurs vies,  en compagnie des grands auteurs du XIXème siècle.
Tocqueville est un grand penseur,  il doit être traité comme tel: il faut s’appuyer sur lui pour lui grimper dessus et le dépasser.