"Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde."***
" Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou non."(Dantec) *** l’Art, qu’il soit littéraire ou plastique, n’exprimait jamais rien d’autre, à ses yeux, que l’idée que la partie n’est jamais et n’est pas jouée (Muray)***"la vérité ne peut-être obtenue qu'au prix de renoncer à la certitude" (Nemo)
Le groupe de prière des mères fonctionne ainsi (quand nous le faisons mais pas pendant le confinement, non non!) : nous nous réunissons avec les bébés pour celles qui en ont, nous prions avec le livret de prière des mères puis nous prenons un café et discutons de mille choses, échangeons des vêtements, des chaussures, des livres, des fruits, des recettes. Bref, c'est une façon particulière de prier, une façon féminine je suppose.
Cet après-midi, catéchisme à l'école, pour les plus petits. Je ne sais pas ce qu'il y avait dans l'air mais les enfants étaient particulièrement agités. Impossible de les tenir, je leur racontais la création des anges et le basculement de certains en démons, et ils se comportaient pour la plupart comme des diablotins avec des minois d'angelots. Je suis repartie complètement sonnée de cette séance. J'ai l'impression que leurs anges gardiens s'étaient tous barrés se reposer quelque part, très loin d'eux. Tout fout le camp.
J'ai écouté cette émission sur Louis-Ferdinand Céline, en dépit du fait que je suis complètement étrangère au site dans lequel cette émission a été enregistrée. Je trouve que c'est une magnifique "exposition" de Céline et les arguments, sur les sujets les plus polémiques, rationnels.
Gaby a adopté comme chaussures ses rollers depuis quelques jours. C'est à ce genre de détail que je constate qu'il est temps d'en finir avec le confinement. Un de mes jeunes pros s'apprête à réintégrer sa colocation, avec une attestation plus ou moins mitonnée. Nous verrons bien.
Après toutes ces semaines passées en famille, je réfléchis à l'envol prochain de mes oisillons quittant le nid, pour la deuxième fois. La première fois avait été progressive, naturelle. Un à unchaque année,
j'avais des enfants qui prenait une relative indépendance et je me consolais assez bien de ces départs, soulagée d'un traitement de moins dans cette grosse maison et appréciant leurs allers et venues régulières .
Mais malgré toutes les raisons de la terre, l'ordre naturel des choses, réussir le départ de ses enfants reste une gageure, au fond, pour une mère de famille.
Et là, on nous demande après ces semaines de regroupement familial artificiel, où tout c'est plutôt bien passé, les grands appréciant ce retour au cocon douillet, de supporter un nouvel arrachement, assez brutal cette fois, malgré la lente progression de la déconfiture orchestrée par nos élus. Je vais me retrouver avec mes grosses marmites inutiles et je n'avais pas encore intégré, avant ce retour forcé, la diminution des quantités de nourriture...
Bel article de Lounes d'Arbois sur Paul Morand (chez Juan Asensio). Je ne connaissais pas et je m'apprête à commander et lire quelques nouvelles (format de lecture dont je raffole, je pense à Flannery O'Connor). La littérature comme porte ouverte vers le réel qui nous échappe même si on a des yeux pour voir. Porte ouverte vers le réel c'est à dire vers le ciel (finalité ultime de l'être humain), que l'on découvre en lisant , en contemplant, et pas en regardant. C'est cela la littérature. Un chemin à ne pas dédaigner pour être véritablement un homme à part entière.
"Dans son audace de célébrer la beauté pour elle-même, de la trouver en chaque lieu, à chaque moment, dans son enthousiasme soutenu par le mot exact, quelle curieuse et puissante restitution de la vie..."
"Si Paul Morand vivait de Beauté comme d'autres vivent de pain c’est qu’en la créature il voyait le Créateur."
Paul Morand, comme chantre de la civilisation européenne, contre le reste du monde, c'est aussi, en ces temps d'uniformisation indifférencié de tous les peuples et civilisations un air pur qui peut nous redonner un peu de souffle.
Sur le salon beige, une initiative intéressante et écrite avec simplicité par une mère de famille pour pousser nos évêques à organiser à nouveau notre culte catholique, les Eucharisties, les sacrements, bref tout ce qui fait que nous sommes catholiques dans notre essence même, et donc tout ce qui est à considérer comme un besoin vital.
Les photos anciennes, répondit Monsieur Jacques, prêtent à croire d'après les teintes affadies, que le passé était terne, poilu, pas frais. Je connais cette impression, je comprends ta réticence. Oh, mais comme elle est fausse! Le passé était lumineux, paisible, frais et discret , glabre et net, tout sourire. Mes grands-parents qui rentraient de voyage, des effluves d'Ysatis le soir dans le corridor, la fraîcheur citronnée des sols, le lustré des parquets, l'ordonnancement des éditions Belles lettres dans la bibliothèque en bois de Valenciennes… Tout cela était cent fois plus beau, plus riche, plus heureux qu'aujourd'hui (il désigna de sa canne des annonces immobilières dans une vitrine proposant à louer des studios fushias meublés d'agglomérés à angles coupants, rectilignes, désespérants).
Monsieur Jacques balaya cette vision d'un revers de main.
Mais tu me demandais comment faut-il vivre… Bien. La santé vois-tu, c'est la santé des intestins. La sérénité comme on dit de nos jours est aux trois-quarts atteintes avec de bons repas, des siestes digestives et des promenades . A ton âge, pense-donc qu'à ton âge j'achetais des grands crus pour 40 francs.Or le régime qui convient à l’hiver est la diète non la bafrerie. Chaque doux repas de raclette doit se mériter par plusieurs repas maigres préalables voire tout bonnement sautés. Les excédents de bajoues, les salles surchauffées, les dîners gras pris en commun sont le terreau des conflits intimes et de l’amertume. La vie c'est très simple. C'est de prendre son parti des saisons qui reviennent inlassablement.
Voici que revient l'automne et ses journées raccourcies, ses nuages, son vent? Prenons-en notre parti! C'est le moment de jouir du sommeil, de faire des nuits de douze heures, de manger à satiété, de ralentir. Je chausse des souliers en daim, j'enfile du velours côtelé, des choses matelassées, et le trois-quarts Barbour. Les femmes portent des trenchs Burberry, des capelines… En automne je ressors mes whiskies, mon tabac à pipe, je fais des feux de bois dans la cheminée. Ma table se pare de châtaignes, de raisin, de venaisons, de champignons… On fête les goûts tourbés, fumés, on croque des noisettes. On fait la promenade dans un sous-bois jaune et rouge, on écoute bruisser les feuilles. Ainsi jusqu'à la fête du Christ-Roi (Parle, commande et règne). Voici décembre? La nuit qui écrase le jour et les maladies glaireuses ? Au contraire, on monte vers Noël! Pour s'y préparer il fait bon jeûner gentiment, bannir un peu les patates, les sucres, toute la lourdeur au moins trois bonnes semaines avant. On chante Venez Divin messie, voire Somewhere in my memory à l'église irlandaise. On avance comme ça dans l'hiver, le froid devient trop dur? Qu'importe, on sort l'écharpe en cachemire, le chapeau de feutre d'où l'on rabat le cache-oreille… Et pourquoi ne me coifferais-je pas de mon authentique papakha du Caucase? Emmitouflez le tout sous un épais Loden tissé de laine bouillie des brebis d'Attique, voilà de quoi braver tous les frimas! On se soutient par les clémentines, les oranges, les litchis, les noix, le chocolat et le vin chaud, le thé, les tisanes… On se repose. On regarde la brume, les fumées qui sortent des toits. On rentre manger des plats sauce madère que l’on conclut au marc de Bourgogne. En mars l'hiver va finir, on jeûne, et bientôt on arrive au printemps tout nettoyé. Alors on retire l'écharpe, on libère le cou, puis la tête. On fête les premiers jours de beau temps froids, on renaît, le ciel aussi parfois, c'est la promesse de résurrection qui bientôt s'accomplit à Pâques. Sous les voûtes redécorées, je chante Ô croix dressée sur le monde, Christus Vincit, et surtout Pain de vie, ma favorite
Pâques nouvelle désirée d'un grand désir,
Terre promise du salut par la Croix,
Pâques éternelle, éternelle joie.
Pain de vie, corps ressuscité, source vive de l'éternité
Ainsi passe Avril. Je commence à sortir en costume dans la rue, sans manteau. Je déjeune aux terrasses avec mon avocat. Je regarde passer les filles, mais attention tu comprends, non par impudeur! Seulement par goût très chaste pour les justes proportions humaines, harmonies que n'auraient pas renié Vitruve ni Praxitèle, nous sommes bien d'accord. A l'Ascension on chante Lauda Jerusalem. Je fais les marchés, je mange des nourritures brutes ; terminé le blé cuit et le haché qui affadissent les chairs! Place aux couleurs, aux santés de l'olive et de la tomate, de la courgette et de l'aubergine, de la prune et de l'abricot, de la figue, de la pêche, de la sardine , du bar, de l'amande, du fenouil… Tu vois? Tout pour la santé crétoise! Après la Pentecôte, quand la chaleur monte encore, à partir de juin, je sors le pantalon blanc, la chemise d'un jaune bien pétant que j'ai faite faire sur mesure. J'attrape un chapeau de paille et file direction la mer. Soit l'Italie soit les îles atlantiques en monosyllabes, les Retz, les Batz, Yeu, Groix, Ré… Je me plante face au vent sur un promontoire et je me laisse bien laver, bien sécher de toutes les poisses de l'hiver. Les îles, on y arrive d'abord par le nez. Odeurs de feu, odeurs de fleurs, d'embruns… Fugaces relents ponctuels de camphre, de crème solaire, d'essence. Si tu savais comme il a pu faire bon vivre sur ces îles dans les années 70-90. Les petites familles paisibles, les cousins qui se retrouvent l'été et qui grandissent ensemble… Le trajet en vélo, la méhari, les chaussures bateaux, les tartes au poire, les chouquettes, l'apéritif des grandes personnes, au porto, le Perrier, le bol de glaçons…Le goûter que les mères gardent dans le sac à la plage, les pères qui vont nager jusqu'à la bouée…Rentrer le soir de la plage parmis les fumets de grillades au thym chez les gens assis au jardin. Depuis que j'ai fréquenté les derniers maillons de la bourgeoisie française à cette époque là, je puis témoigner qu'il n'y a rien de plus beau qu'une jeune dame en Tods et chemisier blanc bien coupé, avec son carré plongeant bien net. Là bas je comprenais pour quoi je me battais à Bruxelles. Comme notre société était belle! La salade et sa vinaigrette dans le grand saladier, le plateau de fromage, le fraisier au dessert. Et tout cela allait et venait, fluide, chacun à sa place. Le charme du soir au jardin, les lianes éclairées par en-dessous, les floraisons… Ambiance feutrée, paix, blondeur rassérénée. Les gentils garçons bien élevés qui lisaient le Club des Cinq. J'ai vu la plus grande paix possible sur la terre. La mère et sa petite fille au coucher, qui lisent ensemble la prière du soir dans le halo d'un abat-jour. Très calme, très profond, grande pudeur, grande paix de l'enfance. Combien leur société était belle. Cette vie là était l'évidence. Puis le matin. La lumière rasante sur les chênes d'un jardin. Des enfants enlèvent le lierre avec leur père puis vont prendre une collation sur l'herbe. Des mères actives, positives, bienveillantes. Des pères virils, calmes, concentrés. L’esprit qui règne en ces lieux est bon, voilà ce que m’évoquait ce spectacle.
Plus loin dans la rue retentit le grésillement du dévérouillage électrique d'une porte cochère. Une jeune fille apparut et déjà s'éloignait, laissant la porte se rabattre sur un porche de quatre mètres.
Je comprends reprit Monsieur Jacques, quand je repense à mes bienfaiteurs, que moi je suis trop malveillant. Non vraiment, la Bretagne l'été… Les familles, les femmes en chapeau de paille, lunettes d'écailles, les fauteuils d'osier à coussins rouges… Ce n'est pas que je sois vieux, mon petit père. Mais la fête à Ibiza depuis toujours, j'y suis complètement hermétique, je dois être bien ingrat peut-être. Les plus grandes joies il me semble, ce sont la diététique, la philosophie pratique mise en pratique, le sport, l'amitié, l'église… Et le weekend boire quelque chose en terrasse le matin, mettre un ancien survêtement Lacoste pour relire La vie de Rancé ou Œuvres Morales… Consacrer sa vie à une seule femme… Mettre une chemise à col souple…
Monsieur Jacques semblait regarder de plus en plus au loin.
- Toujours s’exercer, travailler, explorer. Sans quoi l’on retombe au plus bas barreau de l’échelle de la grâce : consommer du divertissement. Des jeûnes préparent des fêtes ; les périodes maigres préparent les périodes grasses. Voilà à quoi sert le calendrier, à mettre en pratique une discipline qui répétée devient perpétuelle. La paix c'est la tranquillité de l’ordre. Tu vois mon petit père, la vie c'est très simple.
Vincent avait laissé parler son parrain. Le silence lui fit prendre la parole.
- C'est l'appât de ce confort, de ces soieries entrevues depuis la rue qui précipitent toute la racaille du monde chez vous, mon oncle. Plus vous êtes civilisé et plus excitez les barbares.
- Tout le monde se contrefiche de saluer ce qui nous a précédés et qui est presque toujours plus grand que nous ne sommes, dit Juan Asensio. Il faut dans cet esprit remonter aux Anciens, ils sont plus grands que nous, ils nous obligent.
- D'où votre rapetissement modeste sous leur ombre, votre atrophie est propice à tous vos ennemis saccageurs qui se grandissent d'autant plus que vous vous faites petit. Traduction : à force de modestie chronique vous devenez fade, et les voyous rugueux, les malins, les rusés, il leur suffit de vous copier, d'aller dans les mêmes écoles que vous et une fois sorti d'enlever juste un bouton de leur chemise (quand vous boutonnez tout) pour flasher les meufs en tant que rebelle décontracté.
- Bravo jeune homme, vous avez l'intuition de Paul Morand!
- En refusant la première place par modestie et scrupule vous cédez celle-ci sans vous en rendre compte au fonceur barbare sûr de lui à qui sa mère a répété 20 ans qu'il était le meilleur.
-… et Jacob supplanta Esaü
- Votre Europe des gentillhommes ne s'est jamais faite, non par égoïsme, mais par abus de modestie et scrupule.
« une fonction essentielle de la véritable beauté consiste en la communication à l’homme d’une « secousse » salutaire, qui le met hors de lui, l’arrache à la résignation, aux accommodements du quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard blesse, mais ainsi l’éveille en lui ouvrant de nouveau les yeux du cœur et de l’esprit, en lui donnant des ailes, en l’élevant vers le haut »(citation de Ratzinger, tiré d'un texte de Pigi Colognesi, sur le peintre Bill Congdon, chez le Stalker)
Je m’en vais vous raconter ma dernière rencontre
Dans les plaines de Galilée, je marchais d’un bon pas,
Avec mes neuf agnelets serrés tout contre moi,
La nuit tombait, il faisait froid dans la vallée profonde.
J’allais vers Bethléem voir le Nouveau-Né, l’Enfant Jésus,
Mon Roi. Mon ange m’avait alertée et je courais sur le chemin
Sans m’attarder, sans hésiter, pressant tous mes petits bambins;
Depuis toujours j’attendais, et le moment crucial était venu.
Au loin, au bord du chemin, j’aperçus un grand feu de bois
Qui éclairait alentours, projetant mille étincelles joyeuses
Une troupe nombreuse, bruyante, agitée, des éclats de voix
Inquiète, j’avançais doucement vers la source lumineuse.
Un silence se fit, lorsque j’arrivais. Puis l’un d’entre eux
Dit: « venez donc petite dame, auprès de notre feu ! »
La voix se voulait apaisante et calme, elle était tonitruante
Mais si chaleureuse, que je me suis approchée, avec les enfants.
Il y avait une troupe de sbires un peu crasseux qui conversaient.
Quelques mercenaires, de retour chez eux, après une guerre ou deux
S’efforçant comme ils pouvaient, à quelques civilités,
Risettes aux petits, inclinaison du chef pour certains d’entre eux.
Celui qui m’a accueillie sans façons, s’est présenté :
Je suis portraitiste, à mes heures perdues, sur les champs de bataille
Je mets souvent des visages, des mots, là où il n’y en a plus, sous la mitraille
Je peins, j’écris, je rectifie… On m’appelle XP.
Un deuxième s’est avancé, grommelant contre le feu qui s’éteignait
Pas besoin d’appeler les troupes pour le raviver ! Ce que l’on peut
Soi-même faire… On le fait ! Joignant le geste à la parole, dans le feu
Il a posé du bois, Nicolas, préparé une soupe, soufflé sur les braises…
Trois autres se tenaient un peu à l’écart de l’agitation, attentifs
Cependant aux bruits, aux voix, à l’obscurité profonde…
Bien vêtus, élégants et nuancés, Eugène, Il Sorpasso, et Vae Victis :
Ils observaient la scène, les gens qui passaient, évoquaient le monde.
Allongé de tout son long, les yeux mi-clos, perdu dans un rêve
Son chapeau rebattu sur sa tête, ses bottes poussiéreuses aux pieds,
Blueberry chantonnait, appréciant la paix surnaturelle, la trêve
Un calme apparent, une fausse nonchalance pour cet inquiet.
Trois mercenaires venaient visiblement de joindre la troupe :
Cherea, calme, sérieux, appliqué; Terby un brillant fou-follet
Au rire éclatant et terrible; son ironie dévoile juste en dessous
Un esprit vif, il secoue nos intellects un peu étourdis, fatigués.
Enfin, un grand et beau gaillard au regard ardent se tenait
Devant les enfants… Tout de suite, ils l’ont adopté, Lounès,
En quête du bonheur, par tous les chemins possibles, du vrai,
Ah ! Celui-là est sans compromis, agité, décidé, c’est un fait !
Trois savants, trois érudits dans un coin devisaient vivement :
Nebo, venu de l’Est, le génie des sons, du langage musical
Restif, qui déchiffre tout manuscrit en un rien de temps
Denis, le maître de la mesure, à l’intelligence fatale.
J’ai vu aussi traverser la plaine sous la voûte étoilée
Un jeune chevreuil, rapide, un peu farouche, intimidé…
Je crois qu’il reviendra parmi nous, je l’espère de tout cœur
Pas eu le temps de bien l’observer, il a fui sans bruit, sans heurt…
(En fait dans cette vaste plaine où courait un vent léger,
Mille bruits confus, mille murmures me parvenaient…
Je crois que beaucoup de monde s’appliquait autour
A allumer son feu ; mais je n’ai pu de tous faire le tour.)
Deux nouveaux trublions attisaient le feu bruyamment
Paul Hodell tombé du toit d'une chapelle et dans les bras
Du Seigneur rattrapé, et Gil-Gato tourmenté et plaisant Qui souvent me tient compagnie et me met en joie! J'oubliais aussi celui-là Kitschophobe c'est son nom Il lit tout ce qu'il peut, il observe, il écrit tout le temps... Il brave les dangers de la Haute Littérature, ses fonds L'Enfant Dieu va lui sourire, je le sais, je le sens.
Dans l’ombre, un peu éloigné des groupes, silencieux,
Seul, mais non solitaire, Kid A explique qu’il cherche sa route
Mais ne l’a pas encore trouvée, dans ses cartes, en ces lieux
Son sac est léger, et le joug de la beauté qu’il poursuit est si doux…
Je lui ai alors avoué que j’allais voir l’Enfant-Dieu incarné
Le Créateur et Maître de toute chose, de toute beauté
Lui, le plus beau des fils de l’homme un jour défiguré,
Mis à mort, crucifié par ses frères, pour nos péchés.
Toute la troupe a paru fort intriguée par ce Dieu fait homme
Dans une étable, toute proche d’eux, alors qu’ils l’ignoraient
J’ai montré l’étoile dans le ciel, et tous ces bons hommes
Ont plié le camp, éteint leur feu, sans sourciller, sans barguigner.
Petite mise en garde cependant, ai-je cru bon ajouter : on ne contemple
Impunément la Source de toute lumière sans être soi-même aveuglé.
La beauté blesse, brûle celui qui s’en approche, comme un dard acéré
Se plante dans le corps, le cœur et l’esprit des soldats les plus ardents.
L’Enfant au sourire si doux, embrasera toute votre âme en un rien de temps,
"Pour rappel les Évangiles nous enseignent que seuls sont « vomis » les tièdes, textuel. Un jour si Dieu me prête vie je démontrerai que Céline était bien plus que chrétien, qu’il imitait, christique, le monsieur de Nazareth à tel point qu’il s’était fait Jésus des Français. Cela pourra faire sourire mais que l’on regarde alors simplement le tout premier paragraphe de 4 lignes en exergue de Voyage au bout de la Nuit. Cette « chanson des gardes suisses » inventée qui parle de « passage », de « ciel où rien ne luit ». Est-ce que l’on sait ce que c’est que le massacre des gardes suisses? Vous voyez le jardin des Tuileries? Sur toute l’étendue du parterre des corps de soldats blonds immenses étendus et du sang absolument partout, et une foule hystérique excitée par des tribuns crochus (Marat…) qui crie victoire, prélude à tant d’autres massacres systématiques du brun sur le blond, du bis sur le clair, de l’épais sur le léger, du lourd sur le raffiné. Céline s’est dressé contre le sanhédrin, il a tout dit de ce qu’il avait vécu à la SDN, à New-York seul contre tous, à Los Angeles, à Londres, à Anvers… Né fils unique, mort conspué et détesté. Il a attendu d’avoir largement l’âge adulte pour entrer en « vie publique » et commencer à révéler tout ce qu’il savait. Il portait le prénom d’un roi et d’un saint (Louis) de sa race et de son pays, comme l’Autre qui descendait de David. Il n’a jamais adhéré à aucun parti ou groupement alors que c’était son intérêt. Il croyait en une sorte de vie cachée derrière la vie à tel point qu’il se refusait de prononcer certains mots trop intimes, comme d’autres refusent de prononcer le nom véritable de Dieu. Céline rejetait la religion mais était entièrement imprégné de la fidélité à une morale intangible pour laquelle il a fait le sacrifice du confort auquel il était appelé. A quoi résumer finalement les vies de Céline et de Jésus? A la Résistance (écrite pour Céline, orale pour Jésus) à une Occupation (de la France pour Céline, du Temple pour Jésus)."