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mardi 7 janvier 2014

En 2014, la France sera-t-elle le pays de La Grève ?

En 2014, la France sera-t-elle le pays de La Grève ?

Demandez-vous : que se passera-t-il en 2014 si nos entrepreneurs disparaissent, si leur génie créateur n’alimente plus l’économie ? La réponse réside dans La Grève.
Dans ce roman prophétique, (Atlas Shrugged, 1957, La Grève en français, traduit par Sophie Bastide-Foltz aux éditions Les Belles Lettres en 2011) Ayn Rand montre le prix à payer, par l’individu et par la société, lorsque la réussite individuelle dans la société est discréditée, punie et diabolisée. Après une crise majeure, la société menace de s’effondrer. Mais le plus grave c’est moins la situation économique que la folie collectiviste qui s’empare des politiciens.
À force de nouvelles lois sur l’égalisation, d’interdictions de posséder plus d’une entreprise, de taxes punitives, les « hommes d’esprit » (penseurs, industriels, scientifiques, artistes et autres innovateurs) se mettent « en grève » et refusent de contribuer à un monde qui leur impose une culpabilité imméritée.
John Galt, le héros du roman, est un ingénieur qui a décidé de faire sécession en quelque sorte et de disparaître. À la radio, il lance un appel à résister à l’oppression : les victimes doivent rejeter l’éthique collectiviste qui les condamne. « Nous sommes en grève contre l’auto-immolation. Nous sommes en grève contre le credo de récompenses non acquises et les devoirs sans récompense. Nous sommes en grève contre le dogme selon lequel la poursuite de son bonheur est mauvais. Nous sommes en grève contre la doctrine que la vie est la culpabilité. » Les révolutions sont souvent sanglantes. Mais la révolution imaginée par Ayn Rand dans son roman est différente : c’est la grève des hommes de l’esprit contre une société qui pratique le pillage sous couvert d’altruisme et de philanthropie. Son héros n’est pas un chef de guerre mais un ingénieur. C’est une adaptation contemporaine du droit de résistance, tel qu’il a été défini par la scolastique médiévale, par John Locke au XVIIe siècle, puis par la Déclaration des droits de l’homme de 1789.
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Dagny Taggart est un personnage central de La Grève. Elle est vice-présidente en charge des opérations de la Taggart Transcontinental, une société de chemin de fer familiale. En raison de l’incompétence de son frère James Taggart, occupé à obtenir des privilèges du bureaucrate corrompu Wesley Mouch à Washington DC, c’est elle qui assume seule la responsabilité de l’entreprise.
Elle est un exemple rare d’une vie vécue par ses propres moyens et pour ses propres valeurs. En tant qu’ingénieur et femme d’affaire, elle fait preuve d’un savoir-faire exceptionnel. Dagny comprend le pouvoir de la responsabilité personnelle et du choix. Ses actions illustrent la logique propre au libre marché. Elle est aussi confrontée à la vive opposition des bureaucrates et syndicalistes qui tentent de s’emparer du contrôle de sa société. Elle est continuellement harcelée, taxée, ou réglementée – et cela au nom de l’intérêt public – jusqu’à la faillite.
Francisco d’Anconia est un ami de John Galt. C’est un provocateur doué d’une ironie corrosive. Sa manière à lui de faire la grève, c’est de ruiner par tous les moyens le système collectiviste et de ridiculiser les bureaucrates arrogants et prétentieux. Il se rapproche de Dagny Taggart pour l’aider à résister :
« Nos ennemis ont empoché l’argent qu’ils ne méritaient pas, mais aussi les honneurs que nous méritions et que nous n’avons pas reçus. Notre faute est là. Nous avons aidé l’humanité à survivre, mais nous avons laissé les hommes nous mépriser. Nous avons encensé ceux qui voulaient notre perte. Nous les avons laissé vouer un culte à l’incompétence, à la violence, aux exploiteurs, aux parasites. En acceptant d’être punis, non pour les fautes que nous aurions pu commettre, mais pour nos qualités, nous avons trahi nos valeurs et accrédité les leurs. Dagny, leur morale est celle des preneurs d’otages. Notre amour de la vertu est pris en otage.
Ils savent que tu es capable de tout supporter pour travailler et produire. Parce que tu sais que se réaliser est l’idéal le plus élevé qui soit ; parce que l’homme ne peut pas vivre sans cela, et que cet amour de la vertu n’est autre que l’amour de la vie. Ils savent que tu accepteras de porter n’importe quel fardeau pour servir ton idéal. Dagny, tes ennemis se servent de tes capacités, de ta générosité, de ta résistance, pour te détruire. Ils n’ont qu’une seule prise sur toi : ton inégalable droiture. Ils le savent. Pas toi ! Ils ne craignent qu’une chose : que tu t’en rendes compte. Tu dois comprendre comment ils fonctionnent. Tu ne t’en libéreras qu’en ayant compris. Mais quand tu auras compris, ta colère sera si violente que tu préféreras faire sauter tous les rails du réseau plutôt que de laisser la Taggart entre leurs mains. » (Ayn Rand, La Grève, traduction Sophie Bastide-Foltz, Les Belles Lettres, p. 623-624)

Pour Rearden, l’innovation seule peut empêcher la société de sombrer dans le chaos. Mais il est haï par tous les parasites qui veulent lui faire payer sa réussite, en particulier les politiciens. Pourtant, Hank Rearden est un industriel qui améliore la qualité de la vie de tous et mérite sa récompense. Francisco d’Anconia s’adresse également à Hank Rearden en ces termes :
« Vous qui ne vous laissez pas impressionner par les forces de la nature, vous n’avez de cesse, au contraire, de la conquérir, pour la mettre au service de votre bonheur et de votre confort, jusqu’où vous faites-vous exploiter par les hommes ? Vous qui savez, par votre travail, que seul celui qui accumule les échecs mérite une sanction, pourquoi endurer tout cela ? Pourquoi ? Ce ne sont pas vos défauts, mais vos plus grandes qualités qui vous valent d’être attaqué. Ce ne sont pas vos échecs qui vous valent d’être détesté, mais vos succès.
On vous méprise pour ces qualités qui sont les vôtres et dont vous tirez la plus grande fierté. On vous a traité d’égoïste parce que vous avez le courage d’agir selon votre jugement et d’en accepter toute la responsabilité. On vous a accusé d’arrogance en raison de votre indépendance d’esprit. On vous a taxé de cruauté parce que vous avez témoigné d’une totale intégrité. On vous a qualifié votre conduite d’antisociale parce que vous regardiez loin devant vous et que vous vous aventuriez sur des routes inconnues. On vous dit sans pitié à cause de l’énergie et de la discipline personnelle dont vous avez fait preuve pour atteindre votre objectif. On vous a traité de requin parce que vous avez la merveilleuse faculté de créer des richesses. V
ous qui avez toujours déployé une incroyable énergie, on vous a traité de parasite. Vous qui avez créé l’abondance, là où, auparavant, il n’y avait rien que déserts et famine, on vous a traité de voleur. Vous qui avez procuré à tant d’individus de quoi subsister, on vous a traité d’exploiteur. Vous, l’être le plus droit, le plus pur, vous avez été méprisé comme un “vulgaire matérialiste”. Leur avez-vous demandé : de quel droit ? En vertu de quelles règles, de quels critères ? Non, vous avez tout enduré en silence. Vous avez subi leurs lois sans même essayer de défendre vos principes. Vous aviez ce qu’il fallait de droiture pour produire le moindre clou, mais vous les avez laissés vous taxer d’immoral.» (Aynd Rand, La Grève, Les Belles Lettres, p. 460-461)
Le roman, écrit avec un génie littéraire unique, a suscité l’inspiration et la controverse depuis sa publication en 1957. Quelle est sa pertinence pour nous aujourd’hui ? Après la révolte des « pigeons », celle des bonnets rouges et l’exil des cerveaux, la France n’est-elle pas en train de devenir le pays de La Grève ? Il y a un an, Depardieu déclarait : « Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés. ». En 2014, la réalité peut-elle rejoindre la fiction ? Voulons-nous vivre dans le monde de La Grève ?
À lire : Alain Laurent, Ayn Rand ou la passion de l’égoïsme rationnel, Les Belles Lettres, 240 p, 24 €.
Sur Nicomaque :

mardi 1 janvier 2013

Meilleurs Voeux


"Ne laissez pas votre flamme s’éteindre,  étincelle après précieuses étincelles. Dans les eaux putrides du presque, du pas encore ou du pas du tout. Ne laissez pas périr  le héros qui habite votre âme dans les reflets frustrés d’une vie que vous auriez méritée, mais que vous n’avez jamais pu atteindre. Le monde  que vous désirez peut être gagné,  il existe, il est réel,  il est possible, c’est le vôtre."

Ayn Rand


dimanche 16 décembre 2012

Les apôtres de l'aide sociale

"Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés."(Gérard Depardieu)


"Mais si, Jim, je comprends. C'est ce que tu voudrais. C'est ce que vous voulez tous, d'ailleurs. Pas l'argent, pas des avantages matériels, pas de sécurité financière, pas même les subventions que tu ne cesses de demander." (...) "Vous tous, les apôtres de l'aide sociale, ce n'est pas de l'argent que vous n'avez pas mérité que vous voulez. Mais des subventions d'une autre nature. Tu considères que je suis une aventurière qui ne s'intéresse qu'à l'esprit parce que j'aime les gens de valeur. Eh bien vous, les apôtres de l'aide sociale... ce sont les cerveaux que vous voulez piller. Je n'y avais jamais réfléchi, personne ne nous avait jamais alertés sur ce point ni mis en garde contre les conséquences que cela pourrait avoir. Mais c'est ce que tu veux : un amour que tu n'as pas mérité. Une admiration que tu n'as pas méritée. Une stature que tu n'as pas méritée. Tu voudrais être comme Hank Rearden, mais sans faire ce qu'il faut pour être ce qu'il est. Sans faire ce qu'il faut pour être quoique ce soit. Sans... faire ce qu'il faut pour... être tout court."
(La Grève, Ayn Rand)

vendredi 7 décembre 2012

Make money


Spéciale dédicace à XP pour ses analyses sur le matérialisme bien compris.
"On déteste pour les mêmes raisons la spéculation intellectuelle et financière. Faire une oeuvre ou faire du fric, c'est la même chose."


"Il faut souligner ici que le socialisme devient particulièrement despotique lorsqu’il entend remplacer les incitations matérielles et économiques par de prétendues incitations morales, quand il prétend promouvoir la « qualité de vie » (quel que soit le sens que l’on donne à cette expression) plutôt que la prospérité économique. Lorsque l’on considère la croissance des salaires réels, l’on se rend compte que les individus jouissent de plus de liberté et d’un niveau de vie plus élevé. En réalité, la dévotion altruiste que le people voue à la mère patrie socialiste doit régulièrement être réaffirmée par le fouet. Mettre l’accent sur les incitations individuelles matérielles revient inéluctablement à mettre l’accent sur la propriété privée, et sur le caractère sacré du fruit de ses efforts. Cela, en retour, renforce la liberté personnelle, comme l’illustre le contraste entre la Yougoslavie et la Russie soviétique ces trois dernières décennies. Le plus effroyable despotisme que la terre ait porté ces dernières années fut sans aucun doute celui de Pol Pot, et le régime cambodgien alla si loin dans sa haine du matérialisme qu’il décida d’abolir l’usage de la monnaie. L’abolition de la monnaie et de la propriété privée rendirent les individus entièrement dépendants des rations de subsistance que l’État leur versait, et la vie devint un enfer. Nous devrions être prudents lorsque nous méprisons la vie et les objectifs matériels." 
(Murray Rothbard, à lire ICI sur l'Institut Coppet)


                                                                                  *************

"Si quelqu'un me demandait quel est, selon moi, le plus beau titre de gloire des Américains, je répondrais -car il englobe tous les autres- l'invention de l'expression : "faire de l'argent"! Aucun pays, aucune autre nation ne l'avait employée auparavant. Jusque-là, les hommes avaient toujours considéré l'argent comme une entité statique que l'on pouvait s'approprier, quémander, hériter, partager, piller ou obtenir par faveur. Les Américains ont été les premiers à comprendre que la richesse se crée. Dans l'expression : "faire de l'argent" réside l'essence même de la morale humaine." 
(Aynd Rand, Atlas Shrugged, La Grève aux éd. des Belles Lettres p 421)

lundi 16 avril 2012

Nouvelle Mission




Miss Pepper s’approcha des tables du bar  : "Au Pigeon Voyageur " et essaya de repérer Iron Man, Le Plus Grand Héros de Tous les Temps. Elle finit par l’apercevoir, assis et  manipulant fébrilement son portable.

-" Patron ! A y est, je suis là !

-Bon sang ! Je vous vois miss Potts, je ne suis pas aveugle » grommela le Héros sans lever la tête. (Il balança son portable flambant neuf à un fils de Miss Pepper en train d’administrer une raclée à l’un de ses frères, en disant : « reconfigure-moi ce truc, Pierre, j’y comprends rien… D’un geste vif, le gamin récupéra au vol l’engin et il le manipulait avec dextérité. « A y est, Chef, tout est ok, tu vas pouvoir twitter et jouer à la belote quasiment en même temps… glissa le petit avec un joli sourire, avant de repartir comme l’éclair se jeter dans une bataille homérique avec ses frères).

-J’ai traversé la France entière Patron, sur votre injonction pressante reçue dans un billet de Paloma notre pigeon-facteur. Vous m’avez demandée d’être discrète… A votre avis, j’en ai un peu trop fait ?"

Iron releva la tête et un silence stupéfait salua la digne secrétaire. Vêtue d’un tailleur vert et coiffée de son chignon improbable, bagouzée jusqu’au bout de chaque doigt, Miss Pepper était tout ce qu’il y a de plus endimanchée comme bourgeoise locale.

-« Pouvez pas ressembler à une espionne classique Miss Pepper ?! soupira XP. « Je sais pas moi, une tenue lycra noire, des porte-jarretelles affriolants, vingt ans de moins, bref, quelque chose d’un peu plus Jamesbondien…Pourquoi est-ce que je dois me coltiner une partenaire aussi… aussi hors d’usa… hors d’âge ??

-« Intemporelle », Patron, je préfère contredit Miss Pepper plus constipée que jamais dans la moue. Vous m’avez demandée de me déguiser au mieux pour me fondre dans la masse… J’ai prétexté une réunion de famille à l’occasion d’un baptême pour venir vous voir, c’est assez finaud n’est-ce pas » rit-elle, enchantée de sa propre ruse.

-Parfait, Miss Potts, parfait…" marmonna le Boss.

-"Mais, pour plus de vraisemblance, il vous faudra assister au baptême avec nous… 4 heures de cérémonie minimum, une quarantaine de signes de croix, idem pour les agenouillements…

-Quoi ?! Peut-on sortir de temps à autre fumer une clope ou boire un petit remontant ? Vous savez que cela m’est indispensable, je sauve le monde, moi, tout de même.

-Hum, je crois que ce sera impossible mais vous pourrez jouer avec la cire de votre cierge…

-Miss Potts, je vous le dis tout de go : Le Combat que Nous Menons Pour la Survie de L’Occident nécessite des Qualités Surhumaines…

-Voui, Patron, justement, c’est très surhumain toussa, c’est même quelque part assez spirituel…

-Ne m’interrompez pas avec vos remarques oiseuses et confites ! Seul un Iron Man a les capacités requises pour percevoir toute la difficulté des épreuves imposées ! Mais je ne faillirais pas ! Garçon ! Un sirop de grenadine siouplait !

-Oh, XP, vous prenez la boisson la plus énergisante qui soit, celle qu’on réserve pour les plus grandes batailles ! Vous avez raison ! Il nous faut être prêt à tout ! Bon, pendant que vous jouez avec votre paille, je vous livre les dernières infos vitales… Notre ennemi implacable, le CAB, a pris un nouveau pseudo que nos services ont réussi, au prix de mille difficultés, à dévoiler : il s’agit de l’Etatiste !

-Allons bon ! Qu’est-ce que ce bestiau là ?

-Un être hybride des plus pervers, parasite notoire, qui se scotche sur n’importe quel individu  et lui pille tout ce qu’il possède, son sang, son esprit, sa vie, ses chaussettes, son slip… En lui faisant croire que ce pillage est Vertueux et Bon et Nécessaire ! Nos ennemis se servent de nos capacités, de notre générosité, de notre résistance, pour nous détruire...(1)

-Rhaa ! Effrayant ! Les dernières mutations de notre adversaire sont proprement hallucinantes ! Qui a pu le percer à jour ?

-Bah, il ne fait pas à proprement parler de l’équipe Ilysienne mais c’est un génie dans son genre, il s’appelle Nicomaque ! Je peux vous le présenter, il est ici, je l’ai convaincu de m’accompagner… Simplement il n’a pas voulu monter en bétaillère, (je n’ai pas trop compris pourquoi) il m’a expliqué qu’il tenait trop à la vie… Nous avons dû prendre le train, ce qui n’a pas été une mince affaire, j’ai dû user de tout ce que j’avais appris en cours de self-défense pour arriver vivante jusqu’ici… Traverser le jardin à l'anglaise du Bien-Vivre-Ensemble c'est à dire la jungle Multiculturelle est devenu risqué vous savez…
Bref, Nicomaque décrit cette mutation de l’Etatiste : « Loin d’être l’affrontement de deux visions opposées de la politique, l’opposition entre Hobbes et Rousseau propose en fait deux versions peu différentes d’un même dogme : celui de l’étatisme ou de l’État comme fin et non comme moyen. L’un défend la souveraineté absolue du Prince, l’autre la souveraineté absolue de la volonté générale, c’est-à-dire du législateur. On ne trouvera ni chez Hobbes, ni chez Rousseau, une philosophie du gouvernement limité, ni même une philosophie de la protection des droits individuels, en particulier du droit de propriété. » (2)

- Confondant d’horreur… A t-il une proposition pour l’éradication radicale de ce monstre pervers et polymorphe ???

- Pas exactement, un de ses confrères, nommé Hashtable a un avis personnel qui peut interpeller certains : « Oui la France est foutue. Et bien sûr, la question qui taraude aussi bien les jeunes (qui tremblent à l’idée d’aller voter pour la première fois) que les vieux qui ont déjà bien trop voté sans jamais obtenir le bonheur sur Terre, c’est :« Y a-t-il un moyen de sauver la France, malgré tout ça ? »Ma réponse : non. Non, non et non, vous ne sauverez pas l’Etat Providence. Vous n’arriverez pas à sauver la sociale-démocrassie franchouille. Il est impossible de réformer ce pays. Mais surtout, pourquoi, pourquoi, pourquoi voulez-vous sauver ça ? »(3)

-Mmm… oui c’est assez clair… voter aujourd’hui c’est apporter sa pierre ou plutôt sa contribution à l’Etat, ce Léviathan, quel qu’il soit… Quand on vote massivement, on n’a plus le choix qu’entre Hobbes et Rousseau, pour une raison simple : comment peut-on espérer le recul de l’Etat d’une participation massive aux élections des gens de l’Etat, comment peut-on croire qu’un recul de la « volonté générale » pourrait être le fruit d’une volonté générale ??
Quand on vote, on participe à l'expression de la volonté générale, et on plébiscite donc par ce choix le principe de volonté générale.
(4) Tout ceci est bien embarrassant… N’y a-t-il donc aucun autre moyen que l’Etat pour se tirer d’affaire des …étatistes ??

-Oh ! A dire vrai, un Etat fortement dégraissé et encadré (par exemple comme c’est le cas encore un peu aux Etats-Unis) serait une solution envisageable mais évidemment cela demande un retournement des consciences que personne n’a la capacité d’opérer aujourd’hui chez nous… Les libéraux répliquent qu’il existe une alternative à l’autorité centrale dont ils dénoncent les nombreux effets pervers, pour faire régner l’ordre dans une société.(5) Quelques voix, donc, s’élèvent, comme la vôtre, Iron Man, ou bien celles, internautiques, comme Hashtable, Kaplan, Marchenoir, Contrepoints, Institut Coppet, le Libéralisme pour les nuls ou bien encore des productions écrites comme le Dictionnaire du libéralisme dirigé par Mathieu Laine, qui aident les jeunes esprits (ou les moins jeunes) à oser imaginer ce qui leur paraît encore de l’ordre de la folie : une vraie promotion de l’individu responsable de ses actes…
Il y a aussi des actions plus militantes possibles grâce à des associations comme Contribuables Associés, SOS Education, Institut pour la Justice : elles obligent, par un lobbying entrepris directement auprès de chaque individu (c’est la clé de leur succès, retrouver le contact auprès de chaque personne et demander à chacune, une par une, de s’engager), elles obligent les étatistes de tout poil à promouvoir des lois ou des réformes qui iraient dans le bon sens c'est-à-dire pas dans celui de nos pillards… La plupart des lois votées aujourd’hui, cette inflation législative est uniquement promue pour que nos étatistes ou voleurs de grand chemin plument toutes les personnes dans un cadre légal c'est-à-dire en toute tranquillité…

Adhonc, le vote pour les moins corrompus d’entre eux, ceux qui semblent permettre une -même très vague- préparation d’un terrain plus libéral dans notre pays, c’est sans doute ce à quoi nous sommes réduits pour le moment. Promouvoir au mieux l’ordre spontané… Toute perturbation de l’ordre spontané par l’Etat réduit les libertés, porte atteinte à la prospérité et engendre des effets pervers. Et prétendre que le libéralisme traduit une absence de règles témoigne d’une complète incompréhension de l’ordre naissant, spontanément, des actions de chacun et des interactions des hommes entres eux, (6) c’est un fait…. Tout ceci est bien maigre, certes, mais il faut croire qu’une fois que les étatistes auront tout pillé qu’il ne restera plus rien, peut-être alors que certains esprits mieux préparés (de façon souterraine mais active !) que d’autres grâce à toutes ces associations ou centres de réflexion, pourront agir pour relever notre pays… Et surtout se relever eux-mêmes.

-Miss Potts c’est un peu long et pénible comme votre veillée pascale tout  ce que vous suggérez, je le crains…

-Justement, pendant cette dernière, nous verrons qu’après les ténèbres luit toujours la Vraie Lumière…"
1/citation tirée de La Grève, Ayn Rand
2/citation tirée de chez Nicomaque
3/citation tirée de chez Hashtable
4/citation tirée d’un commentaire d’XP
5/citation tirée du Dictionnaire du libéralisme, ds la préface de Mathieu Laine
6/citation tirée du Dictionnaire du libéralisme, ds la préface de Mathieu Laine


dimanche 15 avril 2012

Nous étions de la race qui mène le monde et nous avons encensé ceux qui voulaient notre perte

Dagny Taggart, présidente de la compagnie de chemin de fer, la Taggart Transcontinental, et Francisco d'Anconia, propriétaire de mines de cuivre : Dagny : 

"Pourtant, nous étions, toi et moi, de la race qui mène le monde. Si nous en sommes là, ce doit être de notre faute. Mais je n'arrive pas à voir en quoi nous nous sommes trompés.
-Oui, Dagny, c'est de notre faute.
-Parce qu'on n'a pas assez travaillé?
-Parce qu'on a trop travaillé, au contraire, et pas assez demandé en échange.
-Qu'est-ce que tu veux dire?
-Nous n'avons jamais exigé notre dû et nous avons laissé décerner les meilleurs récompenses aux pires des hommes. L'erreur a été commise, il y a longtemps, par des gens comme Sebastian d'Anconia, Nat Taggart, tous ceux qui ont apporté leur contribution au monde et n'en ont pas été remerciés à leur juste valeur. Tu ne sais plus ce qui est juste. La bataille en cours n'a pas pour enjeu des avantage  matériels, Dagny. C'est une crise morale, la plus grave à laquelle le monde ait jamais été confronté, et ce sera la dernière. Notre époque est l'aboutissement de siècles d'erreurs. Il faut y mettre un terme, une fois pour toutes, ou périr, nous, les hommes capables de penser. C'est notre faute. Nous avons produit les richesses de ce monde, mais nous avons laissé nos ennemis ériger leurs principes en code moral.
-Mais nous n'avons jamais accepté leur code. Nous avons vécu conformément à nos principes.
-Oui, et ça nous coûté cher! Aussi bien matériellement que moralement. Nos ennemis ont empoché l'argent qu'ils ne méritaient pas, mais aussi les honneurs que nous méritions et que nous n'avons pas reçus. Notre faute est là. Nous avons aidé l'humanité à survivre, mais nous avons laissé les hommes nous mépriser. Nous avons encensé ceux qui voulaient notre perte. Nous les avons laissé vouer un culte à l'incompétence, à la violence, aux exploiteurs, aux parasites. En acceptant d'être punis, non pour les fautes que nous aurions pu commettre, mais pour nos qualités, nous avons trahi nos valeurs et accrédité les leurs. Dagny, leur morale est celle des preneurs d'otages. Notre amour de la vertu est pris en otage. Ils savent que tu es capable de tout supporter pour travailler et produire. Parce que tu sais que se réaliser est l'idéal le plus élevé qui soit; parce que l'homme ne peut pas vivre sans cela, et que cet amour de la vertu n'est autre que l'amour de la vie. Ils savent que tu accepteras de porter n'importe quel fardeau pour servir ton idéal. Dagny, tes ennemis se servent de tes capacités, de ta générosité, de ta résistance, pour te détruire. Ils n'ont qu'une seule prise sur toi : ton inégalable droiture. Ils le savent. Pas toi! Ils ne craignent qu'une chose : que tu t'en rendes compte. Tu dois comprendre comment ils fonctionnent. Tu ne t'en libéreras qu'en ayant compris. Mais quand tu auras compris, ta colère sera si violente que tu préféreras faire sauter tous les rails du réseau plutôt que de laisser la Taggart entre leurs mains."

(Ayn Rand, La grève, ed. Les Belles Lettres, p. 623-624)

jeudi 12 avril 2012

Une autre race de professeurs

"Ce garçon, pensait Rearden, avait une mère qui avait tremblé d'inquiétude bienveillante chaque fois qu'elle l'avait vu vaciller sur ses petites jambes lorsqu'elle lui apprenait à marcher, qui avait dosé ses biberons avec la précision d'un joaillier, qui avait suivi avec zèle les derniers conseils de la science pour nourrir et soigner son enfant, protégeant son corps vulnérable contre les microbes... Puis elle l'avait confié à des hommes qui en avaient fait un névrosé bourré de culpabilité, qui lui avaient enseigné qu'il était dépourvu d'esprit et qu'il ne devait surtout ne jamais se mêler de penser. Si elle l'avait nourri de restes avariés, si elle avait mis du poison dans sa nourriture, la mort aurait été plus, moins pernicieuse, songeait Rearden.
Il pensa à toutes les espèces vivantes qui apprennent à leurs petits à assurer leur subsistance; aux chats qui apprennent à chasser à leurs chatons : aux oiseaux qui apprennent à voler à leurs oisillons, au prix de nombreux efforts... Et pourtant, l'homme, qui n'a pour survivre que sa faculté de penser, manque à son devoir d'apprendre à penser à ses enfants. Pire : il les éduque de manière à détruire leurs cerveaux et à les convaincre, dès leur plus jeune âge, que penser est vain, voire nuisible.
Des premières aux dernières rengaines assénées aux enfants, c'est comme une succession de chocs qui finissent par bloquer son moteur, par inhiber le pouvoir de leur conscience : "Ne pose pas tant de questions, un enfant doit se taire!" "Qui te demande de penser, c'est comme ça!" "Ne discute pas, obéis!" " N'essaie pas de comprendre, contente-toi de croire!" " Ne te rebelle pas, adapte-toi" " Ecoute ton coeur, pas ta tête!" "Qu'est-ce qui te permet de croire que tu sais! Tes parents, eux, savent ce qui est bon pour toi" " Qu'est-ce qui te permet de croire que tu sais! La société, elle, sait ce qui est bon pour toi" "En vertu de quoi veux-tu résister? Toutes les valeurs sont relatives!" "Qui es-tu donc pour vouloir échapper à la balle d'un tueur? Ce n'est qu'un préjudice personnel!"
Les hommes frémiraient, pensait Rearden, s'ils voyaient un oiseau rogner les ailes de son petit avant de le pousser hors du nid pour qu'il se débrouille seul. Et pourtant, c'étaient ce qu'ils faisaient à leurs enfants.
Ce jeune homme avait été lâché dans le monde armé de phrases creuses, à charge pour lui de survivre. Il avait avancé tant bien que mal, faisant son possible, protestant, hurlant d'incompréhension et d'indignation, pour périr la première fois qu'il avait tenté de s'envoler avec ses ailes rognées.
Il fut un temps où existait une autre race de professeurs, qui avaient éduqué les bâtisseurs de ce pays, pensait Rearden. Les mères feraient bien de partir, à genoux s'il le fallait, à la recherche d'hommes comme Hugh Akston, pour les supplier de revenir."

(Ayn Rand, La Grève, éd. Les Belles Lettres, p. 993)

lundi 9 avril 2012

Contrastes

    "Les armes de Satan c'est la plaisanterie,
 Cette sauce tournée et c'est l'hôtellerie
             Pour les mauvais passants et c'est l'ivrognerie"


(...)


"Les armes de Jésus c'est la haute terrasse
      D'où retombe en jet d'eau la source de la grâce
           Et la vasque au flanc grave et le sang de la race;"
(Péguy)



En partant pour le baptême de notre ami, nous avons traversé Paris pour prendre notre train gare de Lyon en direction de Grenoble. Traversée en métro toujours épique avec son lot de racailleux qui repèrent au premier coup d'oeil la famille nombreuse et certains nous ont balancé du quai d'en face des détritus... Réceptionnés par herself et rebalancés immédiatement avec un certain succès dans le geste et la précision pendant mon mari insultait en porte voix l'agressive et haineuse racaille. Vive le bien vivre ensemble! Situation ordinaire d'un monde en complète déréliction que personne ne remarque même plus ou fait semblant d'ignorer...Arrivés dans le vieux TGV bien crade, nous avons supporté un arrêt de climatisation durant tout le trajet alors qu'au retour au contraire nous aurons droit à trop de clim. ce qui fait qu'à l'heure d'aujourd'hui nous sommes tous avec la gorge explosée.
Grenoble, que je ne connaissais pas, ville emplie de bobos de gauche avec ses spectacles de rue (le" djeun" hirsute, pieds nus sous la pluie déclamant un texte improbable devant quelques passants assis par terre sur les trottoirs sales), ses bruits de bagarres et sorties de bar avinées et glauques au milieu de la nuit (à la fin de la veillée pascale), une espèce de bouillonnement de cuvette (ville encerclée par les montagnes, un peu comme Lourdes). Et au milieu de tout cela, la petite église où avait lieu le baptême de notre ami, en plein centre, véritable "havre de paix" avec sa chorale grégorienne aux voix féminines sublimes et éthérées, aux choeurs masculins profonds, aux voix des prêtres éclatantes! Quel contraste!
Au retour, passage par Paris encore, arrêt en ce dimanche soir de Pâques dans un Quick de gare où ne demeurent plus que de pauvres hères ravagés... Une saleté innommable par terre et sur les tables que quelques types s'appliquaient à étaler consciencieusement... Et mes petits jumeaux, encore vêtus de leurs beaux pulls blancs de Pâques, illuminant par leur présence ce lieu de misère absolue. Les laver le plus vite possible, telle était mon unique obsession à cet instant! Je n'en pouvais littéralement plus et le feu pascal à cette vue a bien failli s'éteindre dans mon coeur pour de bon...

Extrait d'Ayn Rand, dans La Grève :
"Rearden marchait par les rues obscures vers l'appartement de Dagny. Il avait les mains dans les poches de son manteau, les bras le long du corps parce qu'il n'avait aucune envie de toucher quoique ce soit, de frôler qui que ce soit. Jamais il n'avait ressenti pareil  dégoût, sans objet particulier, mais qui semblait tout imprégner, conférant à la ville une atmosphère moite. Il comprenait qu'on éprouvât du dégoût pour une chose contre laquelle on pouvait lutter avec la saine indignation de qui sait qu'elle n'a pas sa place dans le monde. Mais ce sentiment d'avoir pris le monde en horreur était nouveau pour lui. Comme s'il ne voulait pas en faire partie."

mercredi 4 avril 2012

De toutes les figures symboliques, Robin des Bois est la plus méprisable

"Je me bat contre un homme que je veux détruire. Il est mort voilà plusieurs siècles, mais tant que son souvenir ne sera pas balayé de l'esprit des hommes, nous ne pourrons pas vivre dans un monde décent.
-De qui parlez-vous?
-De Robin des Bois.
Rearden le regardait, ébahi, interloqué.
"Il prenait aux riches pour donner aux pauvres. Eh bien moi, je prends aux pauvres et je donne aux riches ou, pour être plus exact, je restitue aux riches qui produisent ce que les pauvres ont volé.
-Que me chantez-vous là?
-Si vous vous souvenez des histoires que la presse a racontées à mon sujet, avant de cesser de les imprimer, vous savez que je n'ai jamais fait main basse ni sur un bateau ni sur une propriété privés. Je n'ai pas davantage volé un navire de guerre, parce que la marine de guerre doit protéger les citoyens contre l'emploi de la force : ils paient pour cela, et tout le gouvernement qui se respecte est tenu de garantir leur sécurité. Mais je me suis emparé de tous les cargos des pillards qui sont passés à portée de mes canons, et qui transportaient des secours, des dons ou des fonds; de tous ceux qui transportaient des marchandises prises de force par les uns et au bénéfice des autres sans contrepartie, rétribution ou reconnaissance. Ces bateaux naviguaient sous la bannière emblématique de l'idée que je combats : l'idée que la nécessité serait une divinité exigeant des sacrifices humains, et que les besoins des uns seraient comme un couperet suspendu au-dessus de la tête des autres -l'idée que l'homme doit vivre avec son travail, ses espoirs, ses projets, ses efforts, dans la crainte permanente que le couperet ne s'abatte sur sa tête. Et plus il est compétent, plus le danger est grand. Si bien que celui qui réussit se retrouvera la tête sur le billot, tandis que celui qui échoue se verra accorder le droit de lever la hache. Un idéal terrifiant, voilà ce que Robin des Bois a immortalisé. On raconte qu'il s'emparait des biens de ceux qui volaient le peuple pour les redistribuer à ceux qui avaient été volés, mais ça n'est pas tout à fait ce que la légende en a retenu. Robin des Bois est resté dans l'histoire comme le défenseur, non du droit due propriété, mais de l'état de nécessité. Il est devenu le fournisseur des pauvres et non le protecteur des démunis. Le premier, il s'est paré d'une auréole de vertu en faisant la charité avec des richesses qui ne lui appartenaient pas, en distribuant des biens qu'il n'avait pas produits, en pratiquant une charité d'autant plus généreuse que d'autres auraient à en supporter les frais. Il symbolise l'idée qu'il suffit de vouloir, que ce que nous avons gagné ne nous appartient pas alors que ce que nous n'avons pas gagné nous appartient. Il justifie l'existence du médiocre, incapable de se prendre en charge, qui exige de disposer des biens de ceux qui lui sont supérieurs, tout en prétendant se consacrer aux plus faibles, quitte à voler les plus forts. C'est cette créature -un parasite à deux titres, puisqu'il prolifère sur les plaies des pauvres et se nourrit du sang des riches-, la pire qui soit, donc, que les hommes en sont venus à considérer comme un exemple d'exigence morale. Et voilà comment plus un homme est productif, plus il risque de perdre ses droits. Si ses compétences sont exceptionnelles, il sera livré en pâture aux parasites de tout poil, tandis qu'il suffit d'être dans le besoin pour se retrouver au-dessous des droits, des principes, de la morale : pour que tout soit permis, même de piller ou de tuer. Et on se demande pourquoi tout fout le camp! Voilà contre quoi je lutte, monsieur Rearden. En attendant que les hommes comprennent que, de toutes les figures symboliques, Robin des Bois est la plus immorale, la plus méprisable, il n'y aura pas de justice sur terre, aucun espoir de survie pour le genre humain."

(Ayn Rand, "La grève", éd. Les Belles lettres, p.581-582)

mercredi 1 février 2012

Montrez-moi avec qui il couche et je vous dirai qui il est

"L'amour est aveugle, dit-on. Le sexe est sourd à la raison et nargue le pouvoir de tous les philosophes. Mais le choix sexuel d'un homme est le résultat et la somme de ses convictions les plus profondes. Dites-moi quelles femmes attirent sexuellement un homme et je vous dirai quelle est sa philosophie de la vie. Montrez-moi la femme avec laquelle il couche et je vous dirai ce qu'il pense de lui-même. En dépit de tous les discours trompeurs qu'on a entendus sur l'altruisme, l'acte sexuel est un paroxysme d'égoïsme, sa seule justification étant le plaisir. Imaginez un peu celui qui aurait des relations sexuelles dans un esprit de charité! L'acte sexuel exige de sentir merveilleusement bien, pas avili, d'avoir la certitude d'être désiré et désirable. C'est un acte qui met l'homme à nu, aussi bien d'esprit que de corps, et qui l'oblige à accepter son vrai moi. Il sera toujours attiré par une femme qui incarne à ses yeux la vision secrète qu'il a de lui-même, la femme dont l'abandon lui permettra d'éprouver -ou de feindre- l'estime qu'il a pour lui-même.L'homme conscient et fier de sa valeur recherche une femme qu'il peut admirer, la plus forte, la plus difficile à conquérir, parce que seule la possession d'une femme exceptionnelle lui donnera un sentiment d’accomplissement, pas celle d'une petite écervelée.
(...)
Il ne cherche pas à se valoriser à ses propres yeux, mais à exprimer toute sa valeur.
(...)
Voyez quel épouvantable gâchis la majorité des hommes font de leur vie sexuelle, et voyez le tissu de contradictions qui tient lieu de philosophie morale. Tout est lié. L'amour n'est pas autre chose que l'expression de nos exigences. L'homme qui trahit ses valeurs, qui manque d'idéal, qui envisage l'amour, non comme la sublimation de soi, mais comme la négation de soi, qui ne vise plus la fierté, mais la pitié, la douleur, la faiblesse ou le sacrifice, qui affirme que l'amour le plus noble se fonde, non sur l'admiration mais sur la charité, non sur des valeurs, mais sur des faiblesses, cet homme-là se coupe en deux. Son corps ne lui obéira plus, ne réagira plus, le rendra impuissant face à la femme qu'il déclare aimer et le poussera dans le lit d'une putain."

(Ayn Rand, "La Grève")

vendredi 7 octobre 2011

Biographie intellectuelle d'Ayn Rand par Alain Laurent

A l’occasion de la sortie de la traduction aux Belles Lettres de « La Grève » d’Ayn Rand ainsi que d’une biographie intellectuelle d’Ayn Rand par Alain Laurent ("Ayn Rand ou la passion de l'égoïsme rationnel"), ce dernier nous livre quelques pistes à propos du parcours intellectuel de cette écrivain.




Le scandale éditorial persiste en France avec la sortie ces jours-ci de la traduction d’un best seller aux États-Unis : « La Grève ». En effet la plupart des journalistes qui se sont intéressés à cette traduction n’ont jamais entendu parler de son auteur. Il nous faut donc du mieux que nous pouvons briser cet incompréhensible silence et cette biographie intellectuelle –qui n’est en rien une hagiographie- y contribuera je l’espère.

Cette conférence devrait me permettre de souligner tous les points litigieux auxquels se heurtent les lecteurs d’Ayn Rand. Personnellement, je suis « randien » mais en aucun cas « objectiviste ». Tout simplement parce qu’en tant que philosophe et surtout esprit libre, je ne peux adhérer à un système de pensée, aussi séduisant soit-il. Je peux y entrer pour en comprendre la substantifique moelle mais ne pas y adhérer.

Deux points essentiels qui posent problème chez Ayn Rand :

1/ Ayn Rand est-elle une Romancière ? Ou bien une Philosophe ? Ou bien les deux à la fois ?

2/ Est-ce vraiment le fait d’avoir défendu le capitalisme qui définit la pensée d’Ayn Rand ou bien plutôt le concept d’égoïsme qui sous-tend sa réflexion ? « La passionaria du dollar » a-t-on pu lire récemment. Qu’en est-il exactement ?

1/ Philosophe ou écrivain ?

Ayn Rand est présentée comme les deux : comme romancière et comme philosophe. On remarquera cependant qu’il n’existe pas de philosophe vraiment écrivain. Sartre a bien écrit quelques pièces ou romans mais on ne peut pas dire qu’il se caractérise vraiment comme un écrivain au sens strict du terme. Même chose pour Camus, qui sera plutôt considéré comme un écrivain mais pas vraiment comme un philosophe.

Ayn Rand est une romancière au sens strict et une romancière de premier plan. Elle a commencé sa carrière d’écrivain avec son livre « Nous les vivants » en 1936, puis c’est le succès de « La source vive » en 1943. Ce succès montre qu’elle avait l’écriture dans la peau. Dans son dernier roman, le plus synthétique d’une certaine manière, « La Grève », elle mélange de façon plus explicite le roman à la philosophie. Le terme de « roman philosophique » pourrait éventuellement s’appliquer à ce dernier roman, mais pas aux précédents dans lesquels la réflexion philosophique ne pèse absolument pas. La notion d’individualisme apparaît pourtant dans ces premiers romans mais elle n’oblitère pas du tout l’histoire. D’ailleurs, beaucoup de lecteurs ont lu Ayn Rand dans l’unique but de lire un bon roman. (Les lectrices du journal « Elle » à la sortie de « La source vive », décrivaient le livre comme une « folle histoire d’amour »).

En fait Ayn Rand s’est autoproclamée philosophe de façon très exagérée. Elle donne en effet une définition très obsolète de ce qu’elle entend par philosophie : selon elle, la philosophie serait une science totale, amenée à donner une réponse entière à tous les questionnements humains. Or la philosophie n’est absolument pas cela !

Un autre problème qui montre à quel point elle n’a pas l’esprit philosophique c’est le mauvais traitement qu’elle a donné à la plupart des grands philosophes –sauf Aristote. Elle a une bête noire en particulier, qui est Kant, dont sa méconnaissance est extraordinaire. De même elle critique un courant de pensée essentiel en philosophie, le Nominalisme sans en comprendre vraiment les concepts de base. En fait Ayn Rand n’a rien d’une philosophe de par son attitude non philosophique et aussi par le fait qu’elle ne prend pas le temps suffisant de créer de véritables concepts philosophiques. Elle n’a aucune patience intellectuelle, elle cherche à convaincre, avec des formules, avec son style –ce qui est le propre de l’écrivain. Elle ressemblerait en cela à Montaigne, dont l’influence énorme est reconnue par tous mais qui n’était pas au sens strict un philosophe.

Pourquoi alors en est-elle venue à se dire philosophe ?

Alors qu’elle achevait « La source vive », dans les années 40, elle va rencontrer l’écrivaine Paterson qui lui parle du Capitalisme, elle fait connaissance aussi de Ludwig von Mises et intègre sa réflexion sur une défense du capitalisme économique. Mais elle souhaite alors donner à cette défense des assises plus profondes, elle veut défendre le capitalisme d’un point de vue moral, intellectuel et pas seulement économique. Elle va s’appuyer sur Aristote (auquel elle se réfère explicitement dans « La Grève ») pour appuyer cette défense plus fondamentale. Il lui fallait quelque chose qui fonde objectivement le capitalisme et ça va être la notion d’individualisme. Le terme « égoïsme » est présent chez Ayn Rand dès 1935.

Dans l’Éthique à Nicomaque, les livres VIII et IX, il y a des références explicites à l’égoïsme présenté comme vertu. Mais Ayn Rand ne cite et ne citera jamais, curieusement, ce livre d’Aristote.

Dans le discours de John Galt (dans « La Grève »), elle fait l’éloge de l’égoïsme mais le terme de capitalisme n’apparaît absolument pas.

Ainsi, si elle n’est pas philosophe, qu’est-elle donc ? Elle serait plutôt de la veine des moralistes (à ne pas confondre avec des moralisateurs) comme La Rochefoucauld. Elle décrit les mœurs de la société de son époque, tout simplement.


2/ Défense du capitalisme ou plus fondamentalement de la « vertu » d’égoïsme ?

Dans la période faste entre 1960-1968, elle se produit dans tous les médias importants. Elle donne ainsi au Los Angeles en 1962 un article qui est une bonne synthèse de sa « philosophie » :

- La réalité existe en tant qu’absolu objectif et détaché de l’homme.

- La raison est le seul moyen de percer la réalité, la raison est aussi un guide d’action et de survie pour l’homme.

- L’homme est une fin pour lui-même et non un moyen pour les autres hommes.

- Le système politico-économique idéal est le capitalisme.

Un couple qui fait sens dans toute son œuvre : le couple égoïsme-altruisme. Elle fait la guerre à l’altruisme, support de l’étatisme, en défendant un égoïsme vertueux. Elle explique : « Je ne suis pas primordialement une avocate du capitalisme mais de l’égoïsme et pas primordialement de l’égoïsme mais de la Raison. Si l’on reconnaît la suprématie de la Raison, tout le reste suivra (…) La raison est au fondement de toute mon œuvre. » Dans « La Grève, on trouve cette intéressante définition de l’égoïsme dans la bouche de John Galt : un véritable égoïste, au sens noble ou positif du terme, un homme qui s’accomplit vraiment est un homme qui est indépendant d’esprit. Dans « La vertu d’égoïsme » (1964), le mauvais égoïste se comporte comme un prédateur ; l’égoïste rationnel comme un homme vertueux qui peut s’accomplir dans ce qu’il est profondément, dans son essence même d’individu. Le bon égoïste est celui qui se fixe un but donné par sa raison, un but réalisable ou réaliste. Un monde idéal devrait donc être composé d’égoïstes rationnels qui se respectent les uns les autres.

On trouve deux philosophes qui ont développé ce concept de vertu de l’égoïsme : l’espagnol Savater et [Nom non retenu, à chercher]

L’égoïsme vertueux a pour contraire l’altruisme vicieux.


3/ D’autres combats originaux, propres à Ayn Rand sont à pointer enfin au terme de cette présentation intellectuelle :
- Son combat pour la Raison (que l’on a évoqué ci-dessus)

- Son combat pour la vie au sens que lui donne John Galt dans « La Grève », dans sa devise : « Je jure, sur ma vie et l’amour que j’ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres, ni demander aux autres de vivre pour moi. »

En effet, pour Ayn Rand quelqu’un qui ne vit pas pour s’accomplir soi est le premier des prédateurs pour les autres.

- Son combat pour le bonheur : le fait de se réaliser soi-même est un gage de bonheur pour soi et aussi pour ceux qui nous entourent.

4/ Quelques thèmes récurrents chez Ayn Rand

A/ L’utilisation dans sa réflexion de l’idée de causalité (empruntée à Aristote) : un être humain est la propre cause de ses actions, il doit s’identifier à ses actes : lorsqu’on parle pour un homme de « gagner sa vie », cette expression est à prendre au sens littéral. Un homme véritable est celui qui est capapble de subvenir à ses besoins avant tout. Il coopérera ensuite avec les autres. Nous ne méritons que ce que nous avons gagné par nous-même.

B/ La place de l’héroïsme dans ses livres. Ceci est vraiment à souligner car on ne peut pas dire qu’aujourd’hui les héros « héroïques » soient vraiment à l’honneur. Le héros aujourd’hui sont plutôt présentés dans un cadre victimaire.

C/ Le tribalisme : pour Ayn Rand, l’état n’est pas le seul ennemi ; le groupe, le collectif, la tribu sont encore plus menaçants pour l’individu.

D/ La culpabilité : Ayn Rand, en prônant la vertu d’égoïsme, a fait la guerre contre le sacrificiel. La culpabilité imméritée est l’ennemi principal de cette romancière. C’est ce qu’explique John Galt, le héros de « La Grève » : le système étatique et prédateur ne tient que parce que les gens consentent volontairement à se laisser opprimer à cause d’une culpabilité qu’on leur a donnée. On est une victime sacrificielle et on est heureux de l’être.

mercredi 21 septembre 2011

Info Ayn Rand

Pour ceux et ceusses qui voudraient -enfin- savoir qui est John Galt et accessoirement qui est Ayn Rand,  vous pouvez vous rendre à cette invitation.

vendredi 9 septembre 2011

De l'écrivain, de l'Homme, deux sphères différentes (Ayn Rand, Dantec)





Dantec :  " Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le "veuille ou non."
Ayn Rand : "C'est une guerre contre un ennemi qui n'a ni nom ni visage "

                                            Ayn Rand is back :
                          chez Nebo et chez Nicomaque


 Je délaisse un moment les synthèses sur le colloque sur l'Islam pour revenir à une question importante :
Ce que j’ai compris de ce texte d’XP est ceci : indépendamment du fait que Moix et BHL sont de bons ou mauvais écrivain et philosophe, c’étaient en tant qu’écrivain et philosophe que chacun analysait des faits de société et c’est cette fonction là (écrivain et philosophe) qui leur était refusée par Zemmour et Naulleau. D’où XP qui explique : “ils (Z et N) n’étaient pas là.”

C’est très intéressant.

Il y a quelques jours je suis allée à la conférence d’Alain Laurent sur Ayn Rand. Ce qui m’a fascinée et la chose sur laquelle a insisté Alain Laurent c’est que Ayn Rand, avant d’être une philosophe, une politologue, une libérale, etc (elle n’a jamais pu être classée dans aucune catégorie d’ailleurs ce qui est un signe!), a été, avant toute chose, un écrivain, une romancière. Alain Laurent racontait que toute jeune elle s’isolait pour écrire des histoires… Elle avait lu petite un obscur roman d’aventures de Maurice Champagne “La vallée mystérieuse” et elle va être influencée toute sa vie par cette lecture basique (on peut l'observer dans Atlas Shrugged, son best seller n° 2.)

Ayn Rand, après avoir écrit ses deux grands romans, a voulu conceptualiser ses idées-clé. Mais le mouvement (l'objectivisme, le retour à la notion d'individu par rapport à la notion de collectivisme) qu’elle a entraîné au travers de l’Amérique et du monde, c’est par ses romans qu’elle l’a créé. Uniquement par ses romans.
Je vais  plus loin en ce qui concerne Ayn Rand : je pense qu'au départ, lorsqu'elle a écrit ses romans, elle n'en n'avait rien à cirer quelque part d'être "libérale" ou "conservative" ou étiquetée autrement. Elle est partie de sa vie, de son expérience ( lecture de romans divers, fuite et haine du communisme, etc) et de là, elle va écrire ses romans. Elle prend dans ce qu'elle est pour en tirer ses livres.

Le roman avant tout. C’est là que tout se joue, c’est là qu’est la vérité. Dantec dit je ne sais plus où : l’écrivain opère un véritable “hold up” dans le cerveau du lecteur.
Ayn Rand est une sorte de Dantec à son époque. Le roman avant tout. C'est là qu'est la vérité. Dantec explique dans une réponse acerbe à une analyse critique d'Elisabeth Bart (texte sur le Stalker  : "Donner un cri à notre déchirement", le 14/02/2010, la réponse de Dantec est dans les notes) : que le Mal, il le circonscrit, il le NOMME et le méprise. Nommer : c'est en fait sa seule fonction.
L’arme de l’écrivain,son arme absolue, c’est l’écriture, c’est le livre, c’est celui qu’il écrit, c’est le roman. Ça n’est pas d’être un fondateur d’association ou président de parti, ni un analyste en stratégie politique ou économique ou un philosophe ou un théologien. C'est d'être simplement un écrivain, qui avait quelque chose à "sortir" de lui à tout prix. C'est tout. Que cette "chose" qu'il a réussi à sortir corresponde avec une forme de réalité est bien logique, un écrivain c'est une éponge pressée, une éponge de son temps, de son époque.
Dantec dans cette interview : "Tout roman est une forme de vie qui vous demande de la mettre au monde.
Sinon il se pourrait bien qu’elle vous tue, elle.
C’est le plus implacable de tous les contrats"



Alain Laurent remarquait le paradoxe entre une Ayn Rand, une femme faible, dépressive, colérique, dévoyée, etc et ses héros de roman impassibles, véritables rocs face à l’adversité qui les accable, etc… Les libéraux et intellectuels proches d'Ayn Rand étaient troublés aussi par cela et ont tenté de cacher ses dévoiements pour que la femme corresponde peu ou prou à ses écrits. 

Je ne vois là aucune contradiction pour ma part : l’écrivain n’a rien à voir avec ce qu’il écrit. Rien. La Vérité est dans ce qu’il écrit, pas en lui, en quelque sorte.

On demande aujourd'hui à un écrivain d'être un homme accompli, un saint, un prophète et un chef de guerre. On oublie leur fonction principale et unique, si fondamentale : écrire.*


Ayn Rand, a été rejetée (pour sa plus grande souffrance) par tous ses amis ou proches intellectuels, libéraux, elle était écrivain avant tout et cela ne pouvait que la ramener à une forme de solitude et d’incompréhension dans le monde. Peut-être que la haine d’un Naulleau s’explique par cette incompréhension de la sphère des écrivains ou des artistes, sphère qui n’est pas celle de l’idéologie, de la construction de belles phrases ou argumentation logique, sphère totalement irrationnelle mais qui obéit pourtant à une logique interne très sûre, implacable (”la petite musique” dixit XP via Céline). Faut-il vouloir décortiquer cette logique? Je ne le crois pas, il faut simplement contempler le résultat, c’est à dire LIRE, et être illuminé. La haine d’un Naulleau c’est la haine de la contemplation. Ils ne savent pas se laisser envahir le cerveau par l’œuvre, ils refusent le rapt de leur esprit, ils se ferment à tout. C'est la haine de la vérité. Et du Verbe.

Et pourtant cette illumination triomphe de tout, lorsque l'on voit l'immense succès et "impact" de ces deux écrivains.Et l'apparition de ces écrivains à des époques de l'histoire particulières : Ayn Rand pour s'élever contre toute forme de collectivisme, pour remettre à l'honneur l'Individu face au Groupe, Dantec pour s'élever comme une torche au milieu d'un monde qui s'enténèbre, où toute lumière divine disparaît.





*Ajout : je veux tenter une analogie qui éclairera d'autant plus mon propos : de même que le prêtre catholique est le vecteur de la Grâce (tout en demeurant un homme comme les autres), de même l'écrivain est le vecteur du Verbe (tout en demeurant un homme comme les autres).


mercredi 31 août 2011

Un homme véritable

"-Un principe qui est en train de détruire le monde. Celui dont vous parliez tout à l'heure. Le prétendu oubli de soi-même.
-En faveur d'un idéal qui peut-être n'existe pas?
-Si, il existe, mais pas comme les gens l'entendent. Mais voilà ce qu'il y a de terrible avec les gens et que j'ai mis longtemps à comprendre. Ils n'ont aucune personnalité, ils vivent en fonction des autres. Ce sont des parasites.
(...)
-N'est-ce pas ainsi que vivent la plupart des gens?
-Oui! Et n'est-ce pas là la source de toutes les actions méprisables? Non pas l'égoïsme, mais précisément la trahison de soi.
(...)
-Si j'étais Ellsworth Toohey, je vous dirais que vous êtes en train de faire le procès de l'égoïsme. Tous ces gens dont vous parlez n'agissent-ils pas pour un motif égoïste... être remarqué, aimé, admiré?
-... par les autres! Et même si cela doit leur coûter le respect d'eux-mêmes. Dans l'échelle des valeurs, ils placent les autres au-dessus d'eux-mêmes, exactement comme l'exige l'altruisme. Un homme véritablement égoïste n'a cure de l'approbation des autres. Il n'en a simplement pas besoin.
-Je suis persuadé que Toohey comprend cela. Et c'est pourquoi il s'acharne à répandre ses idées malsaines. Par faiblesse et par lâcheté. Il est si facile de hurler avec les loups, si difficile de vivre selon son propre idéal. On peut simuler la vertu aux yeux des autres, mais pas à ses propres yeux.On est pour soi-même le plus strict des juges. La plupart des hommes fuient devant ce juge.Il est plus facile de faire une donation de quelques milliers de dollars à des œuvres de charité que de baser le respect de soi-même sur ce qu'on a accompli réellement. Il est facile de chercher à la compétence des substituts tels que l'amour, le charme, la bonté, la charité. Mais il n'existe en réalité aucun substitut à la compétence.
-Et c'est là précisément le côté lamentable des êtres qui vient en fonction des autres. Ils ne sont jamais réellement préoccupés par des faits, ou des œuvres, mais uniquement par les gens. Ils ne se demandent pas  : Telle chose est-elle vraie? Ils se demandent : Les autres gens  pensent-ils qu'elle est vraie? Ne pas avoir d'opinion à soi, répéter celle des autres. Ne pas agir, mais donner l'impression qu'on agit. Ne pas créer, mais se faire valoir. Ne pas avoir de capacités, mais des amis utiles. Pas de mérite, mais des relations. Mais qu'adviendrait-il du monde sans ceux qui agissent, pensent, produisent? Ceux-là sont les vrais égoïstes.Lorsque vous cessez d'avoir un jugement indépendant, vous n'avez plus de conscience de vous-même et vous ne vivez plus. De tels êtres n'ont plus de réalité, car leur réalité n'est plus en eux-mêmes, mais quelque part dans cet espace qui sépare un individu d'un autre.(...) C'est ce néant que je ne puis supporter chez certains hommes. L'homme qui vit en fonction des autres agit, mais l'impulsion qui le fait agir provient des autres et non de lui. Et c'est pourquoi vous ne pouvez discuter avec lui. Il n'est pas sensible au raisonnement. Vous lui parlez... il ne vous entend pas. C'est une masse aveugle qui va de l'avant et qui est prête à vous écraser sans même savoir pourquoi. Steve Mallory ne peut définir le monstre, cette bête grondante qu'il redoute tant. Mais moi, je le connais, c'est l'homme qui vit en fonction des autres."
("La source vive", Ayn Rand)

Je ne connais que fort peu de personnes pouvant se réclamer d'être de parfaits égoïstes tels que l'entend Ayn Rand, des êtres incapables de se soumettre à l'opinion mais qui oublieraient leur âme, oui, vous lisez bien, et leur cœur aussi, pour être en adéquation avec ce qui est, en adéquation avec ce qu'ils doivent être...Un philosophe et un écrivain.
Cela fait qu'ils sont ces hommes véritables, si rares en notre monde et si précieux.



jeudi 18 novembre 2010

De la nécessité du désir au fondement de la nature humaine.

 "Le premier droit de l'homme, c'est le droit d'être lui-même. Et le premier devoir de l'homme est son devoir envers lui-même. Et le principe moral le plus sacré est de ne jamais transposer dans d'autres êtres le but même de sa vie. L'obligation morale la plus importante pour l'homme est d'accomplir ce qu'il désire faire, à condition que ce désir ne dépende pas, avant tout, des autres." (Ayn Rand, La Source vive) Ici.http://oralaboraetlege.blogspot.com/2010/01/ayn-rand.html


Commentaires d'XP repris sur le fil  : Ramasse-tout ou Ma repentance sur le Front d’après (par Nicolas)


@UnOurs
Il y a quelque chose d’importantissime, dans la citation de Valéry:
« Partout où l’Esprit européen domine, on voit apparaître le maximum de besoins ».
Fondamental, parce que cette propension à créer du besoin, c’est le reproche cardinal que font au libéralisme TOUS les antilibéraux, quel que soit le côté où ils penchent, qu’ils soient communistes athées, catholiques sauce Gaillot ou Chardonnet, orientalistes… Le règne de la quantité, la société du spectacle, la société de consommation matérialiste, toutes ces conneries, quoi…
Paul Valéry, et ce d’autant plus qu’il place les « besoins » au début de son énumération, confirme ce que je me tue à dire sur Ilys depuis dix ans : le refus du libéralisme, du capitalisme et du mode de vie qu’il a généré n’a qu’un très lointain rapport avec l’économie. Il est de nature spirituel et métaphysique, et il exprime essentiellement un refus du modèle occidental, voire même de l’ADN occidental, et in fine, de la chrétienté.
Parce que le « toujours plus de besoin », toujours plus de consommation », quelque soient les pièges et les dérives qu’il provoque, est indissociable du « toujours plus » lié à à la civilisation occidentale, et les contempteurs du capitalisme le pressentent complètement : la critique de la consommation et de ses vices, du « toujours plus de besoin » est immanquablement suivi par une critique du « toujours plus occidental », et d’un projet de société et de civilisation dans lequel on renoncerait aussi au  » maximum de rendement, d’ambition, de modifications de la nature extérieure, de relations et d’échanges ».
Le toujours plus de besoin, la consommation, y compris des objets les plus futiles et les plus laids, c’est aussi ça le monde des européens. Et comme les autres cet aspect doit être préservé. D’où le génial « notre mode de vie n’est pas négociable » du grand George Bush.

« mais ce n’est pas lui qui doit décider des grandes lignes et occuper l’intégralité de l’espace symbolique »
Certes…. Mais ce qu’il a aussi de fondamentalement occidental et lié à la nature chrétienne de l’Occident, c’est que personne ne décide des grandes lignes, qu’on ne décide pas à l’avance de quoi sera rempli l’espace symbolique… Alors on cherche, on se cogne la tête contre les murs, on va dans un sens, on fait demi-tour, on jette beaucoup, et au final, on trouve…. Et l’espace symbolique s’est dessiné tout seul.
C’est aussi en ce sens que le refus du modèle occidental est métaphysique et spirituel : ce refus de l’incertitude, cette volonté de repères, d’un espace symbolique immuable, c’est au final un refus de son occidentalité… L’Occident produit des choses futiles, puériles, qui vont cependant finir par faire sens, et alimenter son grenier à trésors… Les voies du Seigneur son impénétrables, l’Esprit souffle où il veut, etc… Alors oui, elle doit continuer à produire des babioles, et rester dans l’incertitude quant à ce qui restera de ces babioles… Et ceux qui critiquent les babioles et la quantité ont un compte à régler en vérité avec cette incertitude, cette absence de repères qui est une des composantes essentielle du génie occidental.
C’est très concret, ce que je dis : regardez les pays socialistes. Ils ont voulu quelque part supprimer la futilité capitaliste, tout ce qui ne fait pas sens…. Plus de babioles, de bling-bling, de bagnoles tape-à l’oeil, de futilité, de beaux quartiers, mais une vie ascétique, de la Culture, basée sur l’essentiel, des livres, et que des classiques encore…. Résultat des courses? Rien. Du vide, de la grisaille et un fantastique désert culturel. A l’ouest, du bling-bling, de la consommation, de l’entertainment. Résultat? Dior, Ferrari, des westerns devenus cultes, des romans de gare passés au stade de chef-d'oeuvre… Pourquoi? Parce qu’à l’est, ils ont assigné une place au Sens, ils ont voulu en finir avec cette anarchie, ce laissé-faire, cette incertitude et ce bouillonnement qui EST l’Occident.

@J.ax
« « I will send a famine upon the world » – même s’il s’agit en occurrence de « faim de Dieu », elle en dit long sur la place essentielle du désir dans la nature humaine. »
J’enfonce le clou : toutes critiques de la société de consommation et du libéralisme finissent par ce reproche ultime : ils suscitent le désir, nous rendent dépendants du désir.
Tous les contempteurs de la publicité finissent par cette conclusion: « la pub nous fait désirer des choses dont nous n’avons pas besoin ».
Il s’agit en réalité d’une volonté de bâtir une société sans désirs, et dans lesquels les besoins des uns et des autres seraient rationnellement déterminés, et fixés à l’avance. C’est en réalité un rêve prométhéen, une volonté de contrôler et de déterminer ce dont les hommes peuvent avoir besoin ou envie, et c’est donc, encore une fois, les fondements ontologiques de la civilisation occidentale qui sont attaqués.
Maintenant, la pub, on est a peu près libre de ne pas être influencé par elle, de balancer sa télé. Mais c’est un choix, c’est une question de volonté et de libre arbitre; et c’est ça qui dérange les ennemis de la pub et de la société de consommation: ils ne leur reprochent pas de nous forcer à consommer des choses inutiles (puisque personne n’est forcé), mais qu’on ne soit pas forcé de ne pas les consommer, et que la collectivité n’impose pas aux individus ce qui est utile et qui ne l’est pas.
C’est peut-être inutile d’avoir deux écrans plats, mais le contempteur de la société de consommation est libre d’en acheter qu’un, ou pas du tout. Alors que reproche-t-il à la pub? Deux choses: la liberté qui lui est laissée d’écouter le publicitaire ou pas, et ma liberté d’acheter deux écrans plats et de déterminer ce qui est inutile ou qui ne l’est pas, de ne lui laisser aucun contrôle sur mon existence.
Alors bien-sûr, je connais l’argument massue des anti-pubs: les enfants, et la dictature des marques. En effet, ils sont manipulés comme nous, mais sans les moyens d’exercer leur libre arbitre. Seulement, dans une société libre et dans laquelle il y a de la pub, les enfants ne sont pas plus imprégnés par la pub que par un discours anti-pub qui est constamment matraqué. Un ado est conditionné en partie par la propagande de Nike ou d’Adidas, mais plus encore par la propagande selon laquelle la pub, c’est de la merde.

A propos de la pub et de l’art de susciter des désirs inutiles : les désirs inutiles, ils relèvent de la futilité. Et la futilité, c’est une chose indispensable à la liberté. Le droit à la futilité, c’est celui de décrocher des choses sérieuses, des discours sérieux, et de l’emprise de ceux qui vous les imposent. Autrement dit, ceux qui vous « vident le cerveau (les vendeurs de Coca-cola) vous protègent de ceux qui veulent vous le bourrer.
Encore une fois, c’est tout ce qu’il y a de plus concret, tout ça; pas de coca-cola dans une société régie par Karl Marx. C’est tout à fait impossible. URSS aurait autorisé la pub, elle n’aurait pas tenu 5 ans. C’est ou l’un ou l’autre. Celui qui vous vide la tête ou celui qui vous la bourre.
Imaginez-une seconde que TF1 soit nationalisée : beaucoup moins de cerveau disponible pour Coca-Cola…. Et beaucoup plus de temps de parole pour Albert Jacquard et Dominique Wolton…. Quelle est la seule chose qui limite leurs temps de parole, à ces gens-là? Réponse, l’audimat. Ils sont dans les écoles pour bourrer le mou des enfants, mais grâce au Marché, les gosses ne tombent pas sur eux quand ils se branchent sur les chaines commerciales.

« Les désirs futiles suscitent de l’activité, l’activité suscite de la richesse, pas de fusées sans production de richesse. »
Tout à fait.
J’ajoute que vouloir supprimer le désir de futilité, voire même le désir de choses laides ou stupides selon le sens commun (un tamagotchi, un jean déchiré aux genoux, du tuning, du pop-corn) c’est vouloir supprimer le désir tout court. Les plaisirs unanimement considérés comme tels (un dimanche à la campagne, des vacances, une voiture confortable, une nourriture agréable) ne sont pas des désirs mais des besoins. Non pas des besoins liés à la survie, mais à une vie correcte. Ça ne relève pas du désir.
Par définition, il y a désir véritable quand il est possible de ne pas désirer. Voire même quand il est à priori incongru de désirer.
Par ailleurs, tout ce qui relève des loisirs « non futiles », échappant à la sphère marchande, doivent aussi relever du désir, car ils perdent absolument toutes leurs saveurs et leur intérêt si les exercer relève d’un choix de société.
Voyez vous, si vous lisez des livres, même de bons livres, parce que ça relève d’un choix de société qui vous est imposé, et bien alors il n’y a rien de pire que la lecture. Vos lectures ne seront édifiantes que si vous avez eu le choix entre lire et aller au bowling.
A Cuba, ce connard de Castro force les ouvriers à entendre des classiques de la littérature diffusés par haut-parleurs pendant leurs heures de travail….

 La crevette, commentaire :
Restif : « Quant au « futile », il est inhérent à l’humain. Les lois « somptuaires » prises par Auguste puis ses successeurs pour empêcher les riches romains (et sénateurs gaulois) d’étaler des manteaux de pourpre dont la fabrication d’un seul manteau valait presque une province et de se faire construire villa sur villa toutes plus démentes les unes que les autres n’ont jamais empêchés les dits riches de continuer. »
Tout à fait! Non seulement les dits riches ont continué, mais ceci pour le plus grand bien des « pauvres ».
Cet été, Denis a fait passer en catimini malgré son emploi du temps titanesque un texte à ce propos (mais je ne sais plus pourquoi il l’avait donné, c’était à propos d’un commentaire ou texte d’XP, l’intéressé se souviendra peut-être) de Donald J. Kochan, Los Angeles Time, 26 juillet 2010 sur Benjamin Franklin qui reprend presque mot pour mot ce que vous venez de dire ici :
« L’homme de luxe peut être destructeur pour lui-même, mais en procédant ainsi il construit les vies d’autres personnes qui sont employées dans l’entreprise de création de ces choses « inutiles » : « un homme idiot et vain construit une maison fastueuse, la meuble luxueusement, y demeure à grands frais, et se ruine en quelques années. Mais les maçons, les charpentiers, et d’autres artisans honnêtes qu’il a fait travailler, auront pu par cet emploi entretenir et élever leurs familles. Le fermier aura été récompensé des soins qu’il a pris, et la propriété sera passée dans de meilleures mains. » Bien entendu, cet effet collatéral se produit à des degrés divers chaque fois que quelqu’un dépense (qu’il soit pauvre ou riche) et quelle que soit la manière (avec sagesse ou non) dont il dépense. »
(L’article en entier ici : http://nicomaque.blogspot.com/2010/08/benjamin-franklin-sur-la-richesse.html )

mardi 1 juin 2010

C'est qui, ils?

"D'ailleurs c'est pas seulement la Sécu, Messieurs-dames. La Sécurité sociale c'était seulement un exemple au hasard : il y en aurait des centaines d'autres. De tous les côtés, Ono, chère Ono, sage Ono, soyeuse Ono, de tous les côtés notre vie est prise en mains, planifiée, normalisée, réglementée, prévue, soumise.
(...)
Ce que la société supporte de plus en plus mal, et même ce qu'elle essaie de faire disparaître par tous les moyens, c'est l'individu, l'indépendant, le voyageur solitaire.
(...)
...je parle de la campagne elle-même, de la vraie campagne, là où personne vous voit, justement; de l'espace, du territoire, oui, je ne trouve pas d'autres mots : la nature, si tu préfères, les champs, les bois, les landes, les endroits vides. Les endroits vides, il y en a de moins en moins et bientôt il n'y en aura plus du tout. Et le peu qu'il en reste est réglementé de tous les côtés, viabilisé, cadastrisé, aménagé ou je ne sais pas quoi, avec des panneaux et des flèches partout qui te disent où aller, où ne pas aller, pour que partout tu sentes bien que tu es prévu, que ton cas est déjà connu de leurs services, que tes maîtres sont passés par là, qu'ils sont là, qu'ils te surveillent, et que la liberté que tu crois avoir c'est celle qu'ils ont décidé de te laisser, l'illusion que tu es libre. C'est vrai, tu as raison. La campagne ce n'est plus la liberté. Elle est comme la vie, elle est maillée, elle est enserrée de tous côtés : c'est pour ça que les espèces disparaissent l'une après l'autre, elles n'ont plus assez d'espace. Moi je suis une espèce qui disparaît. On est pris dans un réseau de routes et de règlements qui font qu'en s'éloignant d'une contrainte on ne fait jamais que se rapprocher de la suivante, la plus proche, qui tous les jours un peu plus proche, plus serrée. Alors oui, pour essayer de se dégager on se précipite en ville, tu as raison, on va se noyer dans la masse. Mais c'est justement ça qu'ils veulent : qu'il n'y ait plus que des masses, de la masse, pas d'individus.
- Ils..., ils..., ils..., ils... Tu dis toujours ils. C'est qui, ils?
- C'est tout le monde, c'est personne, c'est toi, c'est moi, c'est n'importe qui. La tyrannie n'a plus besoin de tyran, la dictature tourne très bien sans dictateur. Quand tous les individus sont noyés dans la masse, l'oppresseur n'est pas un individu, c'est la masse. Et elle n'a pas besoin d'exercer l'oppression : elle l'est.
("Loin", Renaud Camus)

Lire en plus :
Notes de Répliques avec Renaud Camus
Ce texte de Kundera
Cette réflexion sur la notion de territoire et de destination.