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mardi 24 juin 2014

Fête de la saint Jean Baptiste, histoire du Roi David

Liturgie syrienne 
Hymne attribuée à Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église

"C'est toi, Jean, que nous reconnaissons comme un nouveau Moïse, car tu as vu Dieu, non plus en symbole, mais en toute clarté. C'est toi que nous regardons comme un nouveau Josué : tu n'as pas passé le Jourdain d'une rive à l'autre, mais, avec l'eau du Jourdain, tu as fait passer les hommes d'un monde à l'autre... C'est toi le nouveau Samuel qui n'as pas donné l'onction à David, mais qui as baptisé le Fils de David. C'est toi le nouveau David, qui n'as pas été persécuté par le mauvais roi Saül, mais qui as été tué par Hérode. C'est toi le nouvel Élie, nourri au désert non de pain par un corbeau, mais de sauterelles et de miel par Dieu. C'est toi le nouvel Isaïe, qui n'as pas dit : « Voici qu'une vierge va concevoir et enfanter » (7,14), mais qui as proclamé devant tous : « Voici qu'elle a enfanté l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde » (Jn 1,29)



Aujourd'hui, jour de la saint Jean Baptiste, je voudrais évoquer la figure d'un "grand" parmi les grands, dans la Bible et qui, comme toutes les grandes figures bibliques, préfigure le Christ. Il s'agit du Roi David dont j'ai commencé l'histoire de dom Monléon.("Le roi David", Histoire sainte, éditions Saint Rémi)
On croit connaître nos classiques mais souvent on passe à côté de l'essentiel et dom Monléon remet en perspective les détails qui témoignent de la beauté de cette figure christique, comme celle que fut saint Jean Baptiste.
David, que le prophète Samuel est venu chercher dans la petite ville de Bethléem, dans la famille de Jessé, dénicher l'oiseau rare, le futur roi d'Israël, Saül étant en disgrâce avec Dieu. On finit par le trouver aux champs où il était occupé à garder les bêtes. Pour vivre dans un minuscule village au milieu des champs, avec moult vaches blanches qui paissent paisiblement en plein cœur de ce village, je peux me figurer la scène très précisément.
"... on vit arriver un bel adolescent d'une quinzaine d'années, qui semblait comblé des dons de la nature et de la grâce. Tout, dans son visage, qu'auréolait une magnifique chevelure blonde, respirait la franchise, la noblesse, la pureté : mais ce qu'il y avait de plus remarquable en lui, c'était l'extraordinaire limpidité de son regard."
Ce magnifique portrait d'adolescent, je peux l'appliquer à chacun de mes enfants, et en particulier à mon aîné, Jean-Baptiste. Ils ont tout reçu, la beauté, le charme, les grâces et l'entraînement aux vertus. Je le dis sans forfanterie aucune mais avec simplicité et réalisme. Saint Jean Baptiste, le plus grand des prophètes, était un modèle d'abstinence et d'entraînement à l'ascétisme et à la vertu !
Ce qui me frappe, chez mes enfants d'abord et chez les catholiques ensuite, c'est qu'effectivement, ils ont beaucoup reçu. J'ai beaucoup reçu grâce à mon éducation chrétienne. J'ai une conscience éminemment éclairée. Par ce fait, comme l'explique dom Monléon, il faut se faire une idée de ce saint roi (David),  pour mieux se faire une idée de ce qu'est un véritable catholique : "en dépit de ses qualités charmantes, de ses vertus éminentes, [il] fut à ses heures un pécheur, et un grand pécheur. Mais il sut en faire pénitence, et c'est par là qu'il est pour nous un modèle de perfection."
Toutes ces grâces éminentes que le Seigneur donne à son peuple élu qu'est l'Eglise ou bien les catholiques, font évidemment apparaître de façon plus forte le péché quand il advient chez les catholiques. Un catholique quand il s'écrase à terre, s'écrase de plus haut que d'autres. Et il était d'autant plus haut que son comportement était vertueux. Donc, lorsqu'il s'écrase, les dégâts sont plus importants, son péché est d'autant plus grand, les atteintes physiques, morales sont plus fortes et plus visibles que pour n'importe qui d'autre.
C'est pourquoi souvent je recherche la compagnie d'âmes simples, vertueuses naturellement, qui pèchent certes, et parfois grandement, mais qui n'ont pas conscience de leur péché et qui du coup ne sont pas atteintes directement dans le diamant pur de leur âme. Et ces âmes me paraissent plus nobles que bien des catholiques que je peux rencontrer et fréquenter.
Le catholique pécheur n'est rayonnant et désirable que s'il souhaite se relever de son péché, que s'il a le regret éminent de ses fautes, et qu'il fait tout dans le secret de sa vie pour s'amender et croire en la Miséricorde divine, sans haine ni colère contre le monde qui l'entoure et qui parfois l'a poussé à la faute, c'est vrai. C'est ce catholique là qui me plaît en David, en saint Jean Baptiste, en Jésus qui remet son esprit entre les mains du Père, au temps de l'épreuve, sur la Croix. C'est ce catholicisme là qu'il faut toujours promouvoir, celui qui croit que l'Amour du Christ prévaut contre toutes les puissances maléfiques de la terre et du ciel.



Jean-Baptiste



Zacharie, grand prêtre devant l’Eternel,
Descend au temple accomplir le rituel.
Zacharie et Elisabeth, d’Aïn-Karem,
Sans enfant, humiliés, mais à Dieu fidèles.

Dans le temple Zacharie se prosterne devant l’autel
A genoux, il baisse les yeux, offre l’encens et prie .
Se relève lentement, et soudain, debout, oh merveille,
Aperçoit l’ange du Seigneur, l’ange qui lui sourit.

« Sois en paix, mon ami, ne crains pas Zacharie.
Dieu exauce ta demande, un fils te donne le Très-Haut.
Devant le Seigneur il marchera tout empli de l’Esprit
De tous les prophètes, ce sera le plus grand, le plus beau.

Tu le nommeras Jean. Mais...je vois dans ton cœur un doute?
Ne sais-tu point qu’à Dieu rien est impossible ?
Devant ta faute, le Tout-Puissant va sur ta bouche
Poser un sceau jusqu’à la naissance de ton fils.

Tu seras muet, alors que le Précurseur deviendra
La voix qui crie dans le désert.
Plus rien tu n’entendras, alors que ton fils sera
Oreille sensible à la voix du Père.

Dans le silence, en son sein, Elisabeth accueille
Son désir le plus secret, éclatant destin,
Le petit enfant qui marchera devant le Seigneur
Pour préparer ses voies, justice enfin !

L’enfant grandit au désert à l’ombre du Très-Haut
De miel et de sauterelles il se nourrit seulement ;
L’Esprit est son pain, sa nourriture, son eau.
La clameur grandit en son sein doucement :

Je suis la voix qui crie dans le désert !
Rendez droit le chemin du Seigneur,
J’étais devant mon Dieu et je passe derrière,
Car avant moi, Il était, mon Dieu, mon Sauveur.

Il est là l’Agneau de Dieu, le Sauveur du monde
Et je ne suis pas digne de dénouer ses sandales
Pour tous les peuples noyés dans la nuit sombre
La Lumière est venue chasser les ténèbres, le mal.

Accueillez le sans réserve, soyez dans la joie, toujours.
La mienne est complète car j’ai entendu la Voix qui disait :
"Tu peux disparaître, Jean, subir ta passion, perdre la tête :
Voici mon Fils Bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon Amour."

jeudi 5 juin 2014

Josué : du combat spirituel, de la nécessité de l'Eglise dans ce combat.

"... tout est récupérable, rien n'est perdu, d'autres voies s'ouvriront pour donner chance à l'amour." (Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine)






A partir du "Josué et les Juges, Histoire sainte", par Dom Moléon

Dans Josué et les Juges, il s'agit de toute la conquête de le Palestine, de la Terre promise, qui s'accompagne de l'éradication brutale des peuples installés sur cette terre promise, avec au cours des années, la lutte incessante, les jougs et les libérations des Juifs à l'encontre de ces mêmes peuples qui reprennent du pouvoir régulièrement selon que les Juifs se laissent aller à une cohabitation accommodante avec eux au lieu de les combattre sans relâche. Bien souvent des jougs d'une vingtaine d'années venaient humilier et écraser les Juifs jusqu'à ce qu'ils se retournent à nouveau vers Dieu pour le supplier de les délivrer, ce que ce Dernier faisait alors par l'intermédiaire d'un personnage éminent (Josué, Débora, Gédéon et d'autres qui suivront).

Ces combats, ces accommodements, ces victoires, ces défaites sont à l'image de notre vie spirituelle qui ne doit jamais accorder une once de répit à ces peuples qui ont pris racine dans notre âme et qui représentent les vices. "Ces populations étaient bien plus nombreuses que les enfants d'Israël, "parce que le nombre des vices est plus grand que celui des vertus... Et ils sont aussi plus forts, comme nous le sentons par le combat que nous livre la nature elle-même.(...) Mais confiante dans l'assistance que Dieu lui a promise, guidée par le véritable Josué, c'est à dire par le Christ, l'âme ne doit pas hésiter à entreprendre la lutte, pour que les vertus entrent en possession du domaine indûment occupé en elle par les vices."
Je peux témoigner personnellement de ces combats et de ces victoires : pendant plus de vingt ans j'ai été humiliée par un vice personnel que je n'arrivais absolument pas à éradiquer et je m'en voulais beaucoup. Néanmoins, je réussis d'abord à m'en confesser une première fois, puis à chaque fois qu'il le fallait. Ce n'était pas très drôle, certaines de ces victoires avaient un goût un peu amer, je savais quelles batailles et quelles défaites m'attendaient... Et puis un jour, Dieu a fini par m'en délivrer... ça a duré plus de vingt ans, et maintenant j'ai d'autres vices qui se dressent à la porte! Mais bon, JE SAIS aujourd'hui qu'avec l'aide de Dieu et une foi inébranlable en sa Miséricorde, on peut se sortir de tout. Et je voulais en témoigner. C'est pourquoi j'insiste souvent sur la confession qui est véritablement le soutien concret, presque physique pourrait-on dire, de Dieu.

L'histoire de Josué
Josué dont le nom signifie Jésus et qui est une figure christique bien évidemment comme tous les grands personnages bibliques. Josué va opérer une entrée fracassante en Terre Promise avec la prise de Jéricho et d'autres prodiges guerriers. La puissance divine va prendre sa pleine mesure avec le peuple Juif tout au long des siècles et si nous transposons ce soutien divin à notre propre cause, nous les élus de Dieu par élection, nous ne pouvons qu'être remplis d'admiration et de bonheur à voir combien Dieu est présent dans ce combat métaphysique qui nous met toute notre vie en opposition au Mal.
Josué avait envoyé deux espions entre les murailles de Jéricho, auparavant pour étudier l'ennemi. Ces deux espions, repérés par les habitants de la ville avaient trouvé refuge dans la maison d'une courtisane nommée Rahab qui leur avait permis, moyennant leur promesse de protection au moment de l'assaut des Hébreux (sa maison serait reconnaissable à un signe extérieur, une corde rouge qui pendrait à la porte), de s'échapper et de revenir auprès de Josué. Rahab a reconnu en les Hébreux, un peuple élu avec une puissance divine unique et s'y soumet avec foi et humilité, au contraire de tous les habitants de Jéricho et de leur roi qui se fichent des préparatifs de guerre de ce peuple arrivé de nulle part avec un Dieu inconnu en étendard.
Dieu ordonne aux juifs et à Josué leur chef de faire pendant six jours le tour de la ville de Jéricho avec les trompettes sonnantes et l'Arche d'Alliance, et au septième jour,  le Seigneur fait dire par l'intermédiaire de son Ange saint Michel, Prince des armées célestes et apparu à Josué : "A cette heure, j'ai déjà, livré entre tes mains Jéricho et son roi, et tous les hommes de guerre."
Josué et le peuple hébreux observent scrupuleusement les instructions divines et au septième jour, ils lancent une grande clameur (de jubilation) devant les murailles de la ville, murailles qui s'effondrent et permettent ainsi aux Hébreux de conquérir la ville et de tuer tous ses habitants, hommes, femmes enfants sauf ceux qui avaient trouvé refuge dans le lupanar de Rahab.

Et maintenant le commentaire moral et mystique qui accompagne l'histoire de Josué :
"Les scofars, ou cors liturgiques, servaient encore chez les Juifs, à annoncer le jubilé, c'est à dire : la remise des dettes, la libération des esclaves, la restitution des biens. Or, transposés sur le plan spirituel, ce sont là les avantages que le Seigneur assure à quiconque veut écouter sa voix. Il ne demande qu'une chose, il ne fait entendre qu'une seule note; il dit et redit inlassablement à l'âme infidèle : Viens. C'est la supplication continuelle que son Cœur adresse aux pécheurs endurcis, c'est la seule condition qu'Il exige pour leur remettre tous leurs crimes, les libérer du joug du démon, leur rendre l'héritage du royaume des cieux. Et l'esprit et l'épouse disent : Viens. Et celui qui entend, qu'il dise : Viens...Cependant la patience de Dieu a une limite. Au septième jour, c'est à dire au dernier âge du monde, Jésus viendra en personne et il viendra au son de la trompette, c'est saint Paul qui nous le dit : Canet enim tuba. Alors les murailles tomberont, les tombeaux s'ouvriront, la terre et la mer rendront leurs morts, les Anges sépareront les bons des méchants. Au milieu de ce cataclysme, il n'y aura de salut que dans la maison de la courtisane. Tous ceux qui se réfugieront sous son toit, tous ceux qui se mettront à l'abri de la corde rouge, c'est à dire de la Passion du Sauveur, n'auront rien à craindre. Ne nous étonnons pas, dit saint Augustin, de voir l'Eglise représentée par une courtisane : dans une sa partie militante, elle est en effet composée de pécheurs, mais de pécheurs qui confessent leurs péchés et qui font pénitence. Tous ceux qui  reconnaîtront qu'elle est la seule arche de salut, seront agrégés au peuple de Dieu et comblés d'honneur. Tous ceux au contraire qui resteront obstinément attachés à l'esprit du monde et murés dans leur orgueil, périront irrémédiablement.

Cette Eglise militante dont je fais partie, voilà ce que j'ai tant de mal à présenter à certains de mes proches ou connaissances qui ne voient en elle qu'une courtisane non pas affriolante mais plutôt défraîchie et entachée et il est vrai que le péché ne rend pas forcément attirant. Mais voici que cette courtisane possède un atout extraordinaire, une foi invincible en son Dieu qui lui a promis Miséricorde et qui l'a déjà sauvée depuis l'aube des temps, si elle acceptait simplement de se mettre à l'abri du Christ et de sa croix.
Voilà qui rend notre Eglise plus attrayante et surtout absolument indissociable d'une véritable foi en Dieu. Etre catholique c'est croire en Jésus Christ, Époux mystique de l'Eglise, c'est croire en notre Salut tout simplement. Etre sauvé c'est se soumettre à l'Eglise du Christ c'est à dire recevoir les fruits de sa Passion.
On ne peut avoir la foi (catholique) sans entrer dans l'Eglise, refuge des pécheurs, Corps mystique du Christ.

Entrer dans l'Eglise -par les sacrements-, c'est se jeter dans les bras du Christ.






jeudi 15 mai 2014

Le Soleil de Justice - Réflexion à partir de l'histoire de Jonas


"Mais un matin, un ver se leva" (Livre de Jonas)




Extraits du Commentaire sur le prophète Jonas, par dom Monléon
(A propos de Jonas qui fuit en mer au lieu d'accomplir sa mission auprès des Ninivites.)
1°) "D'abord, dit-il, il était blessé dans sa dignité professionnelle de se voir envoyé à des païens. Tous les prophètes, ses devanciers et ses contemporains, s'étaient adressés à Israël. Et Balaam lui-même, tout païen qu'il était, avait dû proclamer la grandeur de la nation juive, quand l'Esprit de Dieu s'était emparé de lui. Jonas souffrait donc de se voir choisi, lui seul, pour aller prêcher aux Assyriens -une race qu'il abhorrait!- "et pour tenter de convertir Ninive, une sentine d'idolâtrie et de corruption, où le vrai Dieu était totalement ignoré  
 2°) "Mais en plus, le Saint Esprit lui avait fait entendre que la conversion des Gentils marquerait la fin de la mission d'Israël. Le peuple saint, la race choisie n'aurait plus dès lors qu'à rentrer dans l'obscurité. Si donc la prédication de Jonas réussissait à toucher les Ninivites, elle serait par le fait même le principe du déclin de la nation juive. Avoir à dispenser aux païens une révélation jusque là jalousement réservée aux descendants de Jacob était une tâche bien ingrate; mais devenir soi-même l'instrument de la déchéance de sa race, cela vraiment notre infortuné prophète ne pouvait l'accepter."
3°) "Enfin, -il le dira lui-même plus loin- un obscur pressentiment lui faisait appréhender ce qui, en effet, devait se réaliser. Il se disait que Dieu, dont il connaissait le penchant à la miséricorde, était bien capable de revenir sur sa décision, de pardonner aux Ninivites, et de le mettre ainsi, lui, Jonas, dans la situation ridicule d'un sot, d'un individu qui ne sait ce qu'il dit, d'une outre gonflée de vent, dont les paroles n'ont aucune consistance."

Puis transposition à la personne du Christ (Jonas préfigure le Christ comme tous les grands personnages bibliques) par saint Jérôme : ce passage est sublime je trouve : 
"Il est dur d'entendre, écrit Rupert, et il ne semble pas possible d'attribuer au Sauveur ce qui est dit ici, que Jonas s'enfuit hors de la face du Seigneur, mais si vous considérez l'intention qui le fit fuir, vous verrez que, même chez le Prophète, cette fuite n'était pas répréhensible, parce qu'elle avait pour cause la piété, non l'infidélité. De toute la tendresse de son affection, Jonas souffrait pour son peuple, pour la nation des Hébreux, parce qu'il savait que c'était pour la condamner que Dieu l'envoyait prêcher aux Ninivites. ( En effet l'empressement de ceux-ci à se convertir à la parole d'un prophète - et d'un petit prophète - manifesterait clairement, par opposition, combien était inexcusable l'entêtement des juifs à ne pas vouloir écouter ceux que le Seigneur leur envoyait, surtout quand c'étaient des hommes de la classe d'Elie ou d'Elisée). Jonas fuyait, non parce qu'il redoutait la condamnation de sa race. Aussi sa fuite, bien loin de déplaire à Dieu, lui était-elle au contraire très agréable à cause de la grande piété (dont elle était le signe). Et ce qu'il fit en voulant fuir de la face du Seigneur, manifeste d'une certaine façon ce que devait faire un jour le Christ, d'une manière très louable. Jamais il ne s'est dérobé (à la volonté de son Père) par désobéissance; mais par une miséricordieuse affection, il retarda pour un temps la condamnation de son peuple. Nous en avons pour preuve les larmes qu'il versa sur Jérusalem, quand il dit : - "Car si tu savais toi aussi..." Ces larmes montrent combien vraiment sa tendresse humaine aurait voulu écarter le jugement prononcé par la divinité, qui allait s'abattre sur sa nation. La foi chrétienne sait et doit savoir que de même qu'il y a dans l'unique et même personne du Christ deux natures, la divine et l'humaine, de même il y a deux volontés, deux opérations. Or, en l'occurrence, la volonté divine avait décidé d'abandonner la Judée, et de livrer Jérusalem au pouvoir des ennemis. La volonté humaine au contraire voulait sauver sa race, ainsi que la ville de Jérusalem, et lui épargner une fin misérable.Ces deux volontés s'opposaient dans leurs désirs, comme Jésus Christ l'a montré au jardin de Gethsémani. Mais dans ces conflits, la volonté humaine se bornait à prier la volonté divine pour essayer de la fléchir : "Pater, si possibile est, transeat a me calix iste... sans cesser cependant de lui demeurer toujours soumise dans une obéissance absolue : Verumtamen non sicut ego volo, sed sicut tu."


Commencé le commentaire de dom Monléon sur le Livre de Jonas ("Commentaire sur le prophète Jonas", aux éditions saint Rémi).
C'est une histoire intéressante parce qu'amusante, celle du petit prophète Jonas. Ce dernier est si humain, avec une vue de l'esprit étroite, un orgueil un peu ridicule et en même temps un coeur gros comme cela comme on dit. Bref il me ressemble beaucoup et c'est pourquoi je l'aime bien. C'est un personnage éminemment attachant et d'ailleurs ce qui frappe dans son histoire c'est que toutes les personnes qu'il a rencontrées (depuis les marins sur le bateau qui sont désolés de le remettre à la mer et au monstre, jusqu'aux habitants de Nivnive) l'ont pris en amitié et se sont attachés à lui. Lui, se sentait en dessous de tout, de sa mission qu'il n'aimait et qu'il ne voulait pas accomplir pour les raisons développées ci-dessus mais tous ceux  à qui il s'est adressé ont été édifiés au sens spirituel et humain du terme par ce petit bonhomme attachant.

Dans ma vie de mère au foyer, de femme active, sous mon pseudo de crevette (plat préféré des monstres marins, les crevettes!), je suis amenée à rencontrer des tas de personnes très diverses, pas du tout catholiques, comme les habitants de Ninive à qui je parle de ma foi  même si bien souvent je préférerais me taire et faire demi-tour comme Jonas vers la mer. Et tous ces gens critiquent à juste titre mon Eglise catholique bien mal en point, un peu comme Jonas et le Christ s'attristent du sort de la nation Juive qui file un mauvais coton parce qu'incapable de reconnaître la Miséricorde divine lorsqu'elle se présente à eux. "Ceux qui gardent les vanités ont laissé là la miséricorde" lit-on dans le livre de Jonas et c'est tout l'enseignement de ce petit prophète amené à édifier des personnes qui ne demandent rien mais qui sont "preneuses" et qui se retrouve en conflit avec sa propre nation (ici, pour nous, notre patrie spirituelle, l'Eglise) car il en mesure toute la déchéance par rapport à ceux dont il leur explique qu'il faut qu'ils y entrent dans cette nation déchue et pourtant sainte!

Qui sait si notre Eglise n'est-elle pas elle-même à nouveau convertie par des païens, des petites gens? "Or, tandis que les Juifs étaient demeurés insensibles et incrédules devant la prédication du Christ, les païens se convertirent en foule à la voix des Apôtres. La conversion commença par le bas, par les petites gens : le christianisme ne fut-il pas appelé d'abord une "religion d'esclaves"?"
 Personnellement depuis quelques années je rencontre de ces jeunes convertis mal reçus dans une Eglise qui "garde les vanités", ces jeunes qui ne correspondent à aucun canon de la société civile  ou spirituelle, qui sont des parias dans ce bas-monde et j'ai le sentiment que ma foi a repris de sa vigueur et de sa jeunesse grâce à eux.

 Jonas qui sait que le Seigneur ne fera jamais de mal à qui se tourne vers Lui, ne serait-ce que pour le maudire(!) et que donc ses menaces ("encore 40 jours et Ninive sera détruite!") ne seront jamais mises à exécution par Celui qui est Miséricorde. Alors quid de la Justice? Quand interviendra la toute puissance divine en faveur des chrétiens, des "bons" chrétiens? Ces derniers ressemblent à s'y méprendre au frère aîné du fils prodigue qui a toujours bien fait le job comme il faut mais n'a pas mesuré ce qu'était la miséricorde infinie de son Père, à la différence de l'autre frère, qui a mené une vie de paria mais a su se tourner vers son Dieu et se jeter dans ses bras.

Jonas, une fois sa mission accomplie, se retire sur une colline voisine de Ninive, et bougonne contre Dieu qui n'a donc pas accompli sa menace et le fait passer, lui Jonas, pour un bonimenteur un peu imbécile. Dieu, dans sa bonté, fait pousser un lierre qui le protège des ardeurs du soleil. Ceci à l'image de la nation juive protégée par son Dieu dans tous ses exils et persécutions. On peut dire comme à l'image de notre Eglise toujours protégée par son Christ, une Eglise puissante aux yeux du monde. Mais Jonas ne s'aperçoit même pas de ce miracle du lierre qui a poussé en une nuit! Aucune gratitude envers son Dieu comme souvent nous les "vieux" chrétiens n'éprouvons guère de gratitude d'avoir été à l'ombre de la Foi toute leur vie! Et pourtant quelle immense grâce! Nous gardons toute notre vanité...
Une autre nuit, Dieu envoie un ver de terre qui dévore le lierre et Jonas se retrouve à nouveau sous les ardeurs brûlantes du soleil. "Depuis lors, le peuple juif, privé de roi, de prêtres et de sacrifices, dépité des succès de l’Évangile, gémit sous l'ardeur des persécutions dont il est l'objet, comme le Prophète se lamentait sous les rayons brûlants du soleil, au lieu de se réjouir en voyant la conversion des Ninivites."
Nous pourrions encore transposer le sentiment de dépit des Juifs à notre Eglise catholique, à nous-mêmes qui nous lamentons de sa déchéance au lieu d'adorer le "Soleil de justice " qui s'est levé sur tout le monde depuis qu'elle est mise à nu par ses contempteurs.




















vendredi 9 mai 2014

La Parole et les Sacrements


Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin 
Ep 3, 980 ; GF, 196s (trad. Une Pensée , Médiaspaul, p. 26-27)



« Tu as les paroles de la vie éternelle »


      Il arrive que les abeilles traversent de grandes distances dans les prés avant de parvenir aux fleurs qu'elles ont choisies ; ensuite, fatiguées mais satisfaites et chargées de pollen, elles rentrent à la ruche pour y accomplir la transformation silencieuse, mais féconde, du nectar des fleurs en nectar de vie. Fais de même : après avoir écouté la Parole, médite-la attentivement, examine ses divers éléments, cherche sa signification profonde. Alors elle te deviendra claire et lumineuse ; elle aura le pouvoir de transformer tes inclinations naturelles en une pure élévation de l'esprit ; et ton cœur sera toujours plus étroitement uni au cœur du Christ.




J'ai eu récemment une discussion avec un ami qui m'expliquait que ma façon d'aborder la foi par les sacrements et uniquement par les sacrements était très restrictive selon lui. Pour nourrir sa foi assez fragile, il avait besoin de lectures spirituelles bien ficelées, à la façon de ce Monléon dont parle sur Ilys Lounès et il disait que ce type de lecture, plus que les sacrements, était pour lui une source vitale de foi. ça m'a beaucoup éclairée sur une réaction assez négative et violente que j'observe chez beaucoup de jeunes qui se convertissent ou souhaitent se convertir à l'Eglise catholique lorsque j'évoque l'importance des sacrements. 
En fait, depuis quelques décennies, l'Eglise s'est beaucoup rebattue sur le Dogme et les sacrements (surtout chez les "tradis", depuis les dérives de Vatican II) en disant qu'hors de ces derniers, point de Salut. Ceci parce que la place laissée à la lecture des textes bibliques et des évangiles, à l'exégèse (c'est à dire à l'interprétation des textes), à la Parole en gros (dans la messe vous avez deux parties : une première partie sur la liturgie de la Parole avec les lectures et le sermon et une deuxième partie, la liturgie eucharistique) a pris au regard des puristes ou "tradis" une place trop importante au détriment du sacrement de l'eucharistie (et donc aussi des autres sacrements). Et ceci avec des interprétations exégétiques plus ou moins fantaisistes et parfois carrément opposées au grands docteurs de l'Eglise (comme St Thomas d'Aquin).
Donc il y a eu un retour de balancier, chez un côté plus traditionnel de l'Eglise qui a pris ses distances avec la place accordée à la Parole et qui est plus porté sur les Sacrements.En fait les deux sont très importantes. J'ai moi-même été élevée ds cette vision traditionnelle qui accorde toute l'importance aux sacrements et moins à la liturgie de la Parole. 

Nos théologiens souvent progressistes ne donnent pas forcément envie de faire de l’exégèse et nos prêtres d'aujourd'hui sont bien incapables de faire un commentaire de texte basique, un sermon bien ficelé. Apprennent-ils ce genre de chose au séminaire?
Le fait que ce jeune ami m'explique son propre cheminement et sa pratique de la foi me fait sans doute mieux comprendre la façon d'envisager les choses par de jeunes chrétiens et leur difficulté à pratiquer leur foi c'est à dire à recevoir les sacrements ou bien à faire partie d'une paroisse au sens classique du terme. Il faut qu'ils trouvent d'autres structures ecclésiales pour ce faire : les pèlerinages, les Goums, les retraites dans des abbayes de moines, la Route saint Martin, autant de chemins divers mis à la disposition de catholiques pour recevoir les sacrements dans de bonnes conditions (et aussi recevoir une exégèse souvent déficiente).
Et bien évidemment se procurer ces bons livres de dom Monléon pour continuer à pratiquer cette Parole qui est vivante et source de Vie.