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samedi 19 août 2023

Chronique estivale 26

 Hier retour en Beauce depuis la Bretagne. Avec mon fils aîné et trois chats. Dans le Jumpy non climatisé. J'ai bien cru ne jamais parvenir au bout. Il faisait jusqu'à 35 degrés dans la voiture.

Mon fils a pris de très mauvaises décisions et directions depuis plus de dix ans. Nous essayons, seuls avec lui, de le confronter à ses choix et à le pousser à prendre enfin une bonne décision qui engagerait sa vie. C'est un combat usant, difficile, une horrible croix et ce qui me fait tenir le coup c'est le soutien indéfectible de mon mari. Lorsque l'un de nous deux craque, l'autre prend le relai.

Tout n'est pas merveilleux dans le monde des familles nombreuses catholiques pratiquantes. Loin de là. Mais tout est éclairé et transcendé par la grâce de Dieu.

Ceux qui parviennent jusqu'à ce petit blog auront une prière pour moi.


lundi 14 août 2023

Chronique estivale 24

 Arrivée pour quelques jours, en bretagne, de quatre de mes fils. Nous sommes donc tous les jours 8 à table (mon mari est reparti). Les quantités de nourriture sont énormes.

Dans la lecture du jour, je lis cette phrase :"Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés."

Evidemment, pour moi "aimer les immigrés" ça n'est certainement pas les accueillir sur notre sol comme cela se fait actuellement.  

Aujourd'hui, fête d'un saint polonais, le père Maximilien-Marie Kolbe, mort à Auchtwitz. Il a offert sa vie àla place d'un père de famille. Grand saint, grand missionnaire et ardent serviteur de la cause mariale.

Quelques extraits de sa vie et de sa mort :

"En 1930, il part avec quatre autres frères pour le Japon, où il fonde « Mugenzai No Sono », ou « Jardin de l'Immaculée », dans la banlieue de Nagasaki et y imprime une revue mariale. Cette « cité » restera intacte après l'explosion, en 1945, de la bombe atomique sur Nagasaki."

(...)

"Le 17 février 1941, le Père Kolbe est arrêté par la Gestapo et incarcéré dans la prison Pawiak de Varsovie. Le 28 mai de la même année, il est déporté au camp d’extermination d’Auschwitz, où on lui assigna le numéro 16670.

Fin juillet, un prisonnier s'échappa. En guise de représailles, le commandant Fritsch décide de choisir dix compagnons du même bloc et les condamne injustement à mourir de faim et de soif dans le « souterrain de la mort ».

À la stupeur de tous les prisonniers et des nazis eux-mêmes, le père Maximilien sort des rangs et s'offre pour remplacer l'un des condamnés, le jeune sergent polonais François Gajowniczek. De cette manière inattendue et héroïque, le Père Maximilien descend avec les neuf autres prisonniers dans le « souterrain de la mort » où, les uns après les autres, les prisonniers meurent, consolés, assistés et bénis par un saint.

Le 14 août 1941, le Père Kolbe quitte sa demeure terrestre, pour la rencontre avec Dieu, suite à une injection d’acide phénique. Le jour suivant, son corps fut brûlé dans le four crématoire et ses cendres dispersées au vent."

dimanche 13 août 2023

Chronique estivale 23

 Premier livre des Rois 19,9a.11-13a.

En ces jours-là, lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit.
Le Seigneur dit :
« Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ;
et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère.
Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

Bonheur (2)

Bruits, tourments, éclats soudains, sombres abîmes

Nos vies s'accélèrent sans cesse, adrénaline

Dont nous ne pouvons nous passer, plaisirs, soucis

Rythment nos âmes, nos corps, nos jours et nos nuits.


Mon Dieu, dans ce bruit, cette fureur, je tente

De trouver le son perdu d'une mélodie

Que tu imprimas jadis au fond des esprits

A la création de tous, il y a longtemps,


Son diffus, murmure imperceptible aux âmes

Lourdes, du Bonheur, mystère de la vraie Joie : 

Tu avais déposé en grand secret sa loi

En nous, une image de Toi, de ta flamme.


J'ai parcouru moult chemins, crié en vain

Avec rage, et, au bout de mon long, lent déclin

Me suis arrêtée dans le crépuscule ombré : 

A l'entrée de la nuit, Seigneur, Tu me guettais

O Dieu de bonté, tout ce temps, Tu m'attendais.



Saint Charles de Foucauld

Que vous êtes bon, mon Dieu, de nous répéter si souvent : « Appelez-moi à votre secours ; je viendrai à vous !.. Appelez-moi, je vous écouterai ! » (…)
Appelons Dieu au secours dans la tentation ! Ne cherchons pas, dans la tentation, dans la difficulté, à lutter avec nos forces, avec les forces de la nature. Actuellement les esprits des ténèbres sont bien plus forts que nous, plus forts et plus fins ; naturellement notre concupiscence est bien forte et notre âme bien faible ; c’est une de ruses du démon de nous absorber tellement dès les premiers moments de la tentation, que nous faisons tous nos efforts, (quand nous les faisons), pour lui résister avec nos forces, mais sans penser à appeler au secours celui qui seul peut nous sauver, Dieu, ou notre bon ange, ou les saints. Il jette comme un voile autour de nous, pour nous empêcher de regarder en haut, de lever les yeux au ciel. Il tâche de nous rendre « muets » comme ces possédés de l’Évangile ; il nous absorbe et tâche que la pensée d’appeler au secours ne nous vienne pas. Et nous ayant ainsi séparés de tout ce qui fait notre force il ne nous vainc que trop facilement.
Dès le début de la tentation, cherchons donc beaucoup moins à résister par nos propres forces qu’à appeler Dieu ; dès que nous nous sentons tentés, ayons recours à la prière, mettons-nous à prier, et ainsi, en un instant, nous remporterons une facile victoire, tandis qu’autrement nous serons toujours vaincus. Donc dans la tentation, prière, prière, prière !

vendredi 11 août 2023

Chronique estivale 21

 


Ma vie personnelle est celle, très routinière, d'une mère de famille. J'ai souvent le sentiment (le terme est très juste, il s'agit d'un sentiment et non d'une raison) d'avoir une vie "tiède" : ni héroïsme ou actions grandioses, ni grands péchés ou crimes. Mais des activités  ménagères (tenir la maison) et professionnelles (préparation des cours) immuables. 

Je pense alors à cette phrase de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus : "je veux sanctifier les battements de mon coeur, mes pensées et mes oeuvres les plus simples en les unissant [ aux mérites infinis du Coeur Sacré de Jésus]" Dans ma vie spirituelle, je me rabats sur la prière quotidienne, en particulier le chapelet dans la voiture, avec "plus d'entêtement que d'attention" comme le dit avec une simplicité directe Flannery O'Connor.*

Le secret de toute vie réussie est sans doute dans cette plongée dans le réel, plongée quotidienne, acharnée, persévérante, joyeuse.

En ce qui me concerne, la réalité c'est le mariage : "Je suppose qu'il en va de la conversion comme du mariage, on découvre, en l'acceptant, qu'il signifie le commencement, et non la fin, d'un combat dont l'amour est l'enjeu" (Toujours Flannery dont je relis la correspondance en ce moment).


*Citation complète : "La seule force en laquelle je crois est la prière et je m'en sers avec plus d'entêtement que d'attention".

mardi 8 août 2023

Chronique estivale 18

 

Il y a 4 ans, voici ce qui nous est arrivé : et qui reprend parfaitement la citation de Mick Fleming, le Pasteur de l'église de la rue : 

" Avec les années, je me suis rendu compte que nous sommes entourés de surnaturel. "


Un retour un peu spécial cet après midi, du Sud Ouest jusque chez nous. Un ami très cher m'envoie un mail qui commençait ainsi " quand tu recevras ce message je serai mort". 

Une tentative de suicide évitée de justesse, j'ai réussi en lisant le mail à localiser où il s'était garé en pleine cambrousse. J'ai appelé la gendarmerie la plus proche qui est allée à sa recherche. Il l'ont décroché de l'arbre juste à temps. J'ai remercié par mail le gendarme et j'ai eu de ce dernier une magnifique réponse. Il y a une Providence qui veille quelque part et elle s'est servie d'internet et de google map, alors plus jamais je ferai ma chochotte catho décroissante "naan mais c important de déconnecter".


La réponse du gendarme: elle est à elle seule, la preuve vivante de leur dévouement entier et de leur grandeur d'âme.

"Bonsoir Madame 

Je vous écrit en coup de vent si j'ose dire car avec ma camarade nous devons repartir en patrouille.

Je vous remercie infiniment pour votre courriel.

Je me permets également de saluer votre réactivité quant à l'alerte que vous avez effectuée auprès de nos services aujourd'hui car cela nous a permis de réagir avec célérité et à n'en pas douter une fin tragique a été évitée. Tous les renseignements que vous m'avez transmis en direct sur mon portable nous ont grandement aidé soyez en certaine.

Avoir des amis sur qui compter est important dans la vie et Monsieur XXX a de la chance d'avoir une amie comme vous.

Dans un autre registre avoir une famille heureuse est quelque chose d'aussi très important alors profitez bien de vos derniers jours de vacances en famille et soyez fière d'avoir préservé une vie en ce 07 août 2019.

Préservez-vous et pensez à vous maintenant vous l'avez plus que mérité.

Je transmets bien évidemment vos "vifs remerciements" à ma camarade qui était aujourd'hui à l'accueil de notre unité et que vous avez eue initialement au téléphone. 

Je vous remercie encore pour votre attention. 

Je vous souhaite une très belle soirée."


--

lundi 7 août 2023

Chronique estivale 17

 


Lu sur la plage le témoignage surprenant de Mick Fleming, le pasteur qui a bouleversé l'Angleterre :  "Rédemption", "Du deal à la vie".

J'ai retenu ces deux passages :

" Avec les années, je me suis rendu compte que nous sommes entourés de surnaturel. 

(...)

" Aujourd'hui, je peux dire que les prières qui viennent du coeur aimant d'une mère sont toujours exaucées."

La vie mouvementée de ce type tombé dans la drogue, l'alcool, la violence, le crime puis s'extirpant avec l'aide très concrète de Dieu de ces galères absolues, cette vie est édifiante. 

Aujourd'hui, il a fondé l'Eglise de la rue, il s'est marié et est devenu pasteur.

Le genre de destin qui rend fondamentalement optimiste.




dimanche 2 juillet 2023

Prêtre, prophète et roi


Ô Seigneur, voici toute ton humanité,

Que tu as voulue, que tu as créée : aimée.

 La révolte gronde, la haine s’épanche
En un fleuve immense au travers de nos terres
Brûlantes. Seigneur, il faut que Tu te penches
Pour emporter de l'univers ardent, l'enfer,

Ceux qui brûlent, se noient, ceux qui pleurent, s’assoient.
Ils ne t'ont pas vu en croix verser ta Grâce;
Au loin, disparaît le visage de leur foi : 
En ce siècle, ils ne trouveront plus ta trace.

Il nous faut repérer sur notre sol ta croix
Enfouie, perdue au fond de notre terre
Pour la relever et la redresser bien droit
Du fond de notre peuple, notre misère.

Il nous faut enlever la boue tout à la fois
De nos corps, de nos âmes, de tous nos frères
Dévoiler le Créateur oublié, la foi
De nos pères, par nos gestes, nos prières.

Tu es notre Berger et Tu vas nous chercher
Dans le fleuve noir aux flots figés, dans la nuit
Tu es notre Berger et Tu vas nous sauver
Rassembler le troupeau de tous ceux qui ont fui.

Comme prêtre, prophète et roi, à tes côtés,
Mon Dieu, je vais offrir ma vie à rattraper
Les petits agneaux mais aussi les noirs béliers
Te les remettre, toutes ces âmes, à jamais.


 

dimanche 2 avril 2023

J'ai soif

 L'enfant est né, après de fortes et grandes alarmes

Il est beau et posé sur le sein de sa mère.

L'enfant est né, après des cris et des larmes

Il est une créature de notre terre.


Mais son regard se porte déjà vers le ciel,

Ses petits bras se tendent vers l'immatériel

Et se ferment en pleurs dans le vide et le néant

Il est une créature des cieux, pourtant.


Baptisé selon la coutume, avec de l'eau

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,

Notre Dieu se love dans son cœur aussitôt

Feu ardent et rouge sang dans le pur joyau.


Feu ardent et si brûlant attiré par l'eau

Il murmure maintenant pour l'éternité

Dans le cœur immense de cette âme dilatée

"J'ai soif, Moi le Seigneur Tout Puissant, le Très-Haut."


Descendu aux enfers, volontaire enfermé,

Au cœur de l'homme, un brûlant et divin secret.

Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié,

"J'ai soif" murmure t-Il à l'enfant nouveau-né.


"J'ai soif!" La gran'voix divine enfle mais se perd

Dans une longue vie d'épreuves et de misère.

"J'ai soif!" crient l'enfant et son Dieu Trinitaire,

Ils sont à la fois, tous deux, l'eau et le désert.


"J'ai soif!" Parfois la Voix se tait et tout s'endort.


Le bruit du monde, la mollesse de nos corps,

Assourdissent le soupir, le cri délirant,

La voix du Père, et celle de l'enfant.

Occultée, écrasée la voix du Tout-Puissant,

Moquée, piétinée, cette douce voix d'enfant


Et dans un sidéral silence d'outre-tombe,

Alors que tout est fini, mort dans une nuit sombre

Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux,

De leur bouche de cendre qui ne s'ouvre plus

Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus

Puisqu'ils ont appelé, et le Verbe est venu.

Le Calice suprême, la coupe du Salut,

S'est versée sur les lèvres exsangues  : 

Jusqu'à la lie ils ont bu.





jeudi 26 janvier 2023

Mélange des genres

 Etre dans le monde tout en n'étant pas de ce monde : 

Hier soir, je me rends à mon heure d'adoration devant le Saint Sacrement dans un petit oratoire. J'y retrouve une vieille bénévole de la petite école qui assure les cours d'histoire et géographie en Ce1 et Ce2 en remplacement d'une autre vieille professeur. 

J'étale, par terre, sur le tapis,  devant le Saint Sacrement,  toute une floppée de photocopies que m'a laissée ma petite vieille,  à distribuer aux élèves le lendemain en vue d'un contrôle. Nous chuchotons devant chaque feuille, les Croisades se mêlent au résumé sur les montagnes de France, puis un cours sur les invasions normandes vient parasiter un texte sur les plaines et plateaux. Je suis perdue et elle aussi. 

Les murmures deviennent des logorrhées de plus en plus hystériques car ma vieille est sourde. Au bout de 20 minutes, l'ordre est rétabli dans ma tête, dans mes photocopies et dans l'oratoire. Je crois que nos anges gardiens se sont enfuis indignés. Le Seigneur semble me dire mi-figue, mi-raisin : "J'ai bien envie de déplacer quelques montagnes d'ici le prochain cours."

mardi 10 janvier 2023

La pensée captive (Czeslaw Milosz)

 En relisant péniblement quelques extraits cornés de "La pensée captive de Czeslaw Milosz, je tombe sur ces lignes, à propos de l'intellectuel ou de l'écrivain qui, ayant avalé le dogme de la Nouvelle Foi (la doctrine marxiste), sous la forme d'une pilule, subit enfin une transformation complète de son être et devient lui-même un adepte totalement soumis à la doctrine : "Malgré sa résistance, malgré ses moments de désespoir, le moment, enfin, arrive. Cela peut se produire la nuit, au petit déjeuner, dans la rue. Quelque chose comme un déclic métallique, comme lorsqu'on passe les vitesses. Il n'y a pas d'autre chemin. C'est l'évidence. Sur toute la longueur et la largeur du globe terrestre, il n'y a pas d'autre salut."

Auparavant, ce nouvel adepte est passé par quelques phases : le vide laissé par l'abandon de la religion, l'abandon d'une philosophie réaliste, d'une métaphysique ( abandon qui procure un sentiment profond de l'absurdité de l'existence), la nécessité (parfois vitale) de s'intégrer dans une Pensée collective qui réduit à néant sa propre réflexion individuelle, personnelle. Cette nécessité de se fondre dans la Pensée unique procure alors le succès que recherche l'écrivain. "Nous voyons concrètement comment se développent les divers processus de dissimulation, de transformation intérieure, comment on en arrive au bond subit de la conversion, comment un homme se scinde en deux hommes."

Milosz a ceci de bouleversant qu'il s'intègre, tout en essayant d'analyser la transformation et l'aboutissement, dans le processus : il se demande s'il n'est pas lui-même devenu cet "Homme nouveau", adepte de la Nouvelle Foi, cet écrivain incapable de sortir du chemin de la Pensée collective. Il décrit tout l'art du Ketman qui impose à l'homme de vivre sous la méfiance de tous et qui se dédouble : un homme virtuel qui présente toutes les garanties de soumission au pouvoir et un homme secret, intérieur qui tente de penser par lui-même.

Milosz met en garde ses lecteurs contre ce terrible processus qui guette non seulement les "démocraties populaires" mais bien toutes les nations.

Autour de moi (j'entends  : sur les réseaux sociaux, les commentateurs de groupes de parole), les individus sont arrivés au terme de leur transformation : ils ont eu ce déclic intellectuel, moral, psychologique. Ils écrivent tous : "il n'y a pas d'autre salut" hormis la nouvelle foi socialiste.

Et réellement la question peut se poser pour nous tous aujourd'hui. Bien sûr, chacun s'écriera la main sur le cœur qu'il n'est pas ou plus marxiste, qu'il est de "droite". Mais il nous faut bien avouer ceci : le socialisme a gagné. Il imprègne tous nos esprits, que nous soyons de droite, de gauche, écolos, cathos, païens, européens, blancs, noirs, jaunes, patrons, ouvriers, jeunes, vieux.

Certains que je lis sur les réseaux sociaux ont aussi cette intuition de la nécessité, par exemple,  de combler le vide démographique qui menace notre Occident, ou bien s’expatrier sous des cieux plus sécures, moins envahis de populations agressives et conquérantes. Mais arrivent-ils à creuser plus profondément le pourquoi de cette nécessité? Ils constatent certains dangers : le remplacement de population, des idéologies destructrices, etc.… Pour autant, sont-ils parvenus jusqu'à la réflexion de Milosz : nous sommes devenus les captifs d'une Pensée qui nous détruit de l'intérieur.

 A l'époque du Covid que j'ai attrapé assez tôt et sans conséquence aucune, je me souviens avoir cédé à la vaccination lorsque j'ai compris que nos libertés seraient restreintes si nous ne cédions pas au vaccin. Je me souviens avoir reçu "l'ordre" comme un couperet : "il n'y a pas d'autre salut". Et j'ai cédé. Certes, beaucoup expliqueront que cette soumission est le premier pas vers la captivité intellectuelle, morale, spirituelle. Sans doute.  Mais en me dédoublant comme le Ketman décrit par Milosz,  intimement persuadée de l'inutilité du vaccin et me faisant vacciner simplement pour rester libre dans le quotidien, j'ai tenté aussi de garder une part de mon esprit dans la vérité.

La question, et Milosz la pose aussi, est de savoir combien de temps pouvons tenir dans ce dédoublement sans devenir soit fou, soit « convertis » à ce Néant absolu.

Ce dimanche de l'Epiphanie, nous recevions à notre table une personne absolument unique en son genre : unique parce que "non contaminée" par cette terrible pandémie socialiste qui a touché le monde entier, laissant sur le carreau des millions d'esprits morts, des nations entières de zombies à la parole creuse, aux concepts vides de sens et répétés à l'envie par des voix uniformes. Lorsqu'on rencontre une personne véritablement libre, le monde s'anime alors, même les couleurs des paysages deviennent plus vives, plus éclatantes. La vie revient.

C'était un prêtre, des Missions étrangères, formé dès sa jeunesse aux doctrines libérales classiques (doctrines qui sont les seuls "soins" possibles pour contrer le cancer socialiste). De retour pour quelques semaines en France, il goûte aux joies de la diversité dans le métro en s'interposant entre deux racailles enragées dans le métro et en les éjectant manu militari du wagon. Avec sa carrure et sa soutane, il impose à l'assistance (anesthésiée) stupeur et respect. Il nous fait part de cette anecdote et d'autres aussi : sa tristesse de n'avoir pu célébrer telle messe en Normandie à cause des églises fermées, le manque d'enfants dans notre petite paroisse locale, l'importance de s'investir dans les écoles hors-contrat, l'importance d'investir dans la jeunesse, en somme, dans la famille, nombreuse,  etc.… "Quand avons-nous perdu cet esprit de résistance?" conclut-il.

Comment se détacher à ce qui s'apparente à une véritable "possession" intérieure? Sans doute en retrouvant le chemin de la vérité, en surmontant nos peurs physiques, morales, psychologiques, en retrouvant une réflexion intellectuelle basée sur la réalité qui nous entoure, sans détourner le regard lorsque cette réalité est dure, et enfin, en retrouvant notre Foi.


Enfer

 Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

En liens familiaux les plus forts

Liens du sang, plus forts que la mort


L'enfer niche et tisse sa toile

Tous les jours, tension infernale,

Nous suce tous jusqu'à la moelle

Dans nos cœurs, corps, esprit s'installe.


Les liens du sang, ô chair royale,

Nourrissent l'hôte parasite

Et le combat n'est pas loyal.


Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

Déjà morts, chair empuantie

Le démon se repaît âmes, corps, esprits.


Dans la maisonnette fleurie

Les enfants dansent, jouent et rient.

Les parents travaillent et se plient

A tous leurs devoirs et soucis.

Enfants? Parents? Cœurs, corps, esprits?

Vidés! Des sépulcres blanchis...


vendredi 23 décembre 2022

Journal du deuxième confinement, Lundi 21 Décembre, un Noël en avance.


 Nous débutons cette période de vacances et donc de grands mouvements migratoires de nos enfants vers "le home, sweet home" par une soirée de "retraite" à... l'hôtel. Nous faisons souvent ce genre de chose avec mon mari même si notre bourse ne nous l'autorise guère. Mais voilà; pour élever des enfants, pour maintenir dans une direction sereine et sans à coups le clan familial, il faut savoir faire des retraites "stratégiques", se requinquer dans les lignes arrières et revenir au front, en forme physiquement et avec quelques objectifs clairs.

Bon, la soirée à l'hôtel avec une débauche d'alcool (champagne, bière, vins blanc et rouge) et des discussions jusqu'à trois heures du matin, ne contribue pas du tout à la remise en forme physique. Mais le moral est excellent après moult discussions passionnantes avec des personnes intelligentes. Comme toujours, nous arrivions avec notre arrogante vertu, dans l'idée de soutenir ce que notre ami hôtelier vit dans son hôtel vide depuis quelques mois, et bien évidemment son accueil admirable dans lequel il s'oublie complètement pour nous recevoir merveilleusement devient un véritable soutien et réconfort pour nous-mêmes. J'investis sa petite cuisine au sous sol magnifique avec des murs de pierre apparente et je prépare des spaghettis avec une sauce tomate "maison". Un ami apporte le produit de sa chasse, des terrines de chevreuil et de sanglier, nous débouchons le champagne, notre hôte nous régale d'un apéro superbe et d'une salade de fruits grandiose.

J'écoute dans le train du retour, l'interview de Rochedy avec David Engels, qui vient d'écrire et d'éditer un ouvrage intitulé sobrement "Que faire?". Evidemment,  tout commence par le long déroulé de la situation occidentale en déclin. Puis quelques pistes apparaissent : former des communautés physiques, intellectuelles, sociales, loin des villes, à la campagne, éduquer intellectuellement (et à la Beauté) les enfants et les jeunes dans des centres scolaires, universitaires  en dehors des structures étatiques, publiques existantes, retirer son argent des banques, etc... Nous faisons tout cela déjà avec Chuck, depuis toujours, nos enfants sont tous passés à un moment donné dans des écoles privées hors contrat, une de nos filles a suivi un cursus universitaire hors contrat pour être institutrice, nous les avons tous élevés à la campagne (avec fréquentation des centres ville pour les études et le travail). Et Chuck manifeste un intérêt tout pragmatique pour les cryptos monnaies.

Engels insiste alors sur la puissance de réaction que représente la cellule familiale. "Pourquoi faire des enfants" interroge, au nom de toute une génération de trentenaires, Rochedy. "La question est  : pourquoi ne pas faire d'enfants" rétorque finement Engelsr. Comme le disait Péguy, dans un merveilleux texte que je dois retrouver sur ce blog, le père de famille est le vrai aventurier de notre époque. Et Engels d'ajouter que, selon des projections assez proches, les vraies forces démographiques aux Etats Unis seront bientôt non pas les hispaniques ou autres mais...les Hamishs. De quoi répondre à la question initiale "Que faire?" face au déclin de l'Occident de façon très simple, et sans révolution ni apocalypse : en ayant des enfants. Voilà qui nous éloigne d'un futur bourré de luttes, de guerres, de forteresses à protéger envers et contre tous à la mode de Raspail, tout cela remplacé par de mignons poupons roses et de gentils enfants courant partout dans nos vertes contrées. C'est d'une efficacité redoutable, comme une solution mathématique qui était juste sous notre nez mais que personne n'avait vue. Engels enfonce le clou : "je ne regrette qu'une seule chose, personnellement : c'est n'avoir pas eu plus tôt, plus jeune, mes deux premiers enfants".

Rochedy revient à la charge avec la question du christianisme (vite défini comme catholicisme pour l'Occident); ce dernier, avec le pape François, ne participerait-il pas au déclin de l'Occident? Non, affirme paisiblement Engels, le catholicisme fait partie même de l'essence européenne; que l'on soit croyant ou pas, il s'agit de connaître et d'assumer cette part de notre être. Et les futurs chrétiens, ceux qui rentrent aujourd'hui dans les séminaires seront ces catholiques "dissidents", qui devront témoigner jusqu'au bout de leur foi. Ils seront donc d'authentiques chrétiens, sans doute moins nombreux, mais beaucoup plus forts que les précédents. Cette analyse, affirmée avec conviction par cet intellectuel brillant et réaliste, me réjouit pour le fiston entré cette année en propédeutique. Il fera donc partie de cette nouvelle génération de catholiques authentiques et solides.

A la fin de cette interview, je me dis que notre famille, avec tous nos enfants, participent tous, chacun à leur manière, à ce renouveau de l'Occident alors même que son déclin n'est pas encore arrivé jusqu'à son terme. En bref, nous avons rempli le cahier des charges de "Que faire". A nos grands maintenant de continuer.

https://youtu.be/89mzU19XQAA

Les enfants entament, disais-je, leur grande migration vers la maison paternelle pour les fêtes. Notre fils aîné, notre Jean Baptiste part de Lille à vélo. Il bivouaque avant hier dans les environs d'Amiens. Il suit la messe à la cathédrale d'Amiens où se trouve le "chef" de saint Jean Baptiste, relique magnifique. Son vélo casse à 10 km de la ville. Il retourne au presbytère de la cathédrale, se fait accueillir par les prêtres de la communauté saint Martin responsables de la cathédrale. Il déjeune, il se douche, bref, c'est l'accueil à la mode martinienne stricto sensu. Le Supérieur de la communauté est de passage pour voir ses prêtres. Il embarque dans la soirée JB et son vélo dans sa voiture et nous les ramène. Nous le retrouvons attablé dans notre cuisine et discutant avec nous dans une simplicité totale.

Ce retour de notre "fils prodigue récurrent", ramassé sur la route par un représentant éminent de notre Eglise, nous plonge dans un de ces moments absolument surnaturel. "Je suis peut-être un looser, me dit JB, mais c'est quand même moi qui fais venir à la table un prieur!" Nous lui décernons sans conteste la palme du meilleur cadeau de Noël. "Je suis venu pour les malades et les pécheurs" dit le Christ...

Nous prions autour de notre crèche, et dans une discrétion absolue, le Supérieur repart dans sa voiture pour regagner sa Maison. "J'ai un sac de couchage dans la voiture si je fatigue trop". Ce Voyageur du soir qui nous ramène une de nos brebis si précieuse restera dans nos cœurs et dans nos esprits à tous. Il repart pour retrouver notre autre fils, Rémi, en propédeutique.

Avec cet évènement, vous l'avez compris,  pour moi, Noël a déjà eu lieu. "Le Christ s'est [déjà] manifesté parmi nous"... Je vous souhaite à tous, surtout à ceux qui souffrent et qui sont en chemin vers Celui qui est Tout, de garder le cap et de parvenir à la crèche et d'expérimenter ce qu'est vraiment l'Amour.

dimanche 12 septembre 2021

Enfer

 Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

En liens familiaux les plus forts

Liens du sang, plus forts que la mort


L'enfer niche et tisse sa toile

Tous les jours, tension infernale,

Nous suce tous jusqu'à la moelle

Dans nos cœurs, corps, esprit s'installe.


Les liens du sang, ô chair royale,

Nourrissent l'hôte parasite

Et le combat n'est pas loyal.


Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

Déjà morts, chair empuantie

Le démon se repaît âmes, corps, esprits.


Dans la maisonnette fleurie

Les enfants dansent, jouent et rient.

Les parents travaillent et se plient

A tous leurs devoirs et soucis.

Enfants? Parents? Cœurs, corps, esprits?

Vidés! Des sépulcres blanchis...


vendredi 9 avril 2021

Troisième confinement, vendredi 9 Avril, la nouvelle guerre de Cent Ans

 Ce troisième confinement ne me surprend pas dans le même état d'esprit que les deux précédents. Au premier confinement, le sentiment que la mort rôdait, l'arrêt total de toute activité dans le pays, l'état de sidération qui s'était emparé de tous, la volonté farouche de survie qui dominait au fond de moi, tout ceci avait provoqué une gravité pesante à nos premières semaines, d'autant plus que nous n'avions plus aucun recours concret à la religion (plus de sacrements). Au fur et à mesure, la pesanteur s'en était allée, les beaux jours remplissaient l'atmosphère de langueur et de légèreté, nous étions tous tombés malades et guéris. Seule subsistait et subsiste toujours l'horrible réalité des morts sous covid, seuls à l'hôpital, sans le recours de leurs proches, ni dans leurs derniers instants, ni dans les enterrements. Combien sont partis ainsi, dans une affreuse solitude?

Le deuxième confinement est passé complètement inaperçu pour ma part : je n'ai pas vu de différence dans mon quotidien. J'ai continué mes conduites d'école, mes réunions de travail, prière, de lecture, etc... La seule contrainte : les attestations qui me mettaient systématiquement en retard à chaque sortie.

Ce troisième confinement qui me voit effectuer autant d'attestations que le précédent, malgré l'appel hypocrite à notre responsabilité de nos gouvernants, me plonge dans une grande lassitude. Comme à chaque confinement, mes grands décident de vivre le plus normalement possible et le festival des attestations farfelues atteint des sommets. Ils sont tous devenus les rois du papier administratif, ils baignent dans les méandres bureaucratiques comme des poissons dans l'eau. La traversée de Paris, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, n'a pas de secret pour eux : ils connaissent le film par cœur, ils le vivent, dans cette "guerre", comme dit Macron, dont ils sont les plus furieux résistants. Ils rejettent profondément l'hypocrisie de ces consignes d'état qui cachent mal l'impuissance de nos gouvernants, pire, des manœuvres absurdes et inefficaces contre cette pandémie. Il est clair maintenant que ces gestes barrières, ces contraintes sanitaires sont devenus le fer de lance d'une attaque contre nos libertés les plus essentielles. Cette volonté de mes grands de rester dans le vrai et le juste malgré le marécage qu'est devenu leur pays, force mon admiration. 

Nous avons eu pourtant nos offices de Pâques, un Triduum presque normal, avec cependant une Vigile Pascale en plein après-midi. Tous les enfants étaient rentrés, sauf mon séminariste. Maison pleine donc, trois jours de cuisine qui m'ont vidée : et même pas la possibilité de retrouver un peu d'entrain en m'échappant avec mon mari pour un ou deux jours d'hôtel ou bien grâce à un bon restaurant!

A la place, j'ai pris le temps d'aller visiter mon séminariste le lundi de Pâques et j'ai pu assister, au cours de leur messe, à la prise de soutane de dix séminaristes qui fêtaient ainsi leur accession au cycle de théologie. On les sentait très émus de revêtir leur belle soutane noire. J'ai toujours été touchée de rencontrer dans le monde (aéroports, aires d'autoroutes, gares) des prêtres en col romain ou en soutane. C'est comme si le Ciel s'invitait un instant dans notre quotidien trépidant. Une sorte de quatrième dimension qui s'ouvre et qui provoque un ralentissement, voire un arrêt, dans le mouvement et le temps. C'est de l'ordre du surnaturel au sens strict du terme. "Sur la terre comme au Ciel". Comme l'évangile de ce dimanche de la Miséricorde divine décrit la venue de Jésus parmi les Apôtres après sa résurrection : "... alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : "La paix soit avec vous!""

Cette semaine s'est passée à faire travailler Gabrielle : j'ai invité trois camarades de sa classe à la maison afin qu'ils puissent travailler de concert, avec les mêmes horaires qu'une classe. La maîtresse envoyait tous les jours le programme très précis (c'est l'avantage d'être dans le "hors contrat" : tout y est sur mesure) et je faisais office de répétitrice. Cela a soulagé quelques mamans bien occupées avec leur boulot et avec beaucoup d'enfants à gérer et ça a permis à Gabrielle ne pas se sentir trop esseulée avec ses deux grands frères pour seule compagnie. Nous avons travaillé des leçons amusantes et passionnantes : la versification en français, la photosynthèse en science, la Guerre de Cent Ans en histoire.

Nous terminerons dimanche la belle neuvaine à la Miséricorde divine. Je l'affectionne particulièrement, tout en elle, dans les paroles du Christ adressées à sœur Faustine nous ramène au dessein de Dieu pour tous les hommes. Cette prière nous fait sentir comme les disciples d'Emmaüs qui s'exclament : "Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait…?"

mardi 2 mars 2021

"Le mot de l'énigme du monde en nous"


   "C'est que Dieu n'a pas voulu nous faire irresponsables, je veux dire incapables d'amour, car il n'y a pas de responsabilité sans liberté et l'amour est un choix libre, ou il n'est rien."

Beaudelaire : 

"Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité

Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité."

"Je voudrais cependant que vous vous y arrêtiez une minute. Combien d'entre nous, chrétiens, avons vraiment conscience d'être à l'image et à la ressemblance de Dieu? Qui se préoccupe du sens réel de ces paroles surprenantes? Si elles sont véridiques, ce n'est donc pas l'observation des choses qui nous révèlerait le monde, son secret serait en nous, au plus profond de nous-mêmes, là où nous ne descendons jamais, évidemment (...). Le mot de l'énigme du monde en nous pourquoi pas? Le destin ordinaire des hommes n'est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de sa vie, ce qu'ils avaient, sans le savoir, à portée de la main? Ce mot de l'énigme, nous n'espérons le trouver que par l'observation pratique des choses. Mais dans cette recherche la science ne collabore pas avec la nature, elle l'affronte."

"C'est que la création est une oeuvre d'amour. L'intelligence, réduite à ses propres forces, ne croit trouver dans la nature qu'indifférence et cruauté, mais c'est sa propre cruauté qu'elle y découvre. A proprement dire ce n'est pas la souffrance qu'elle condamne, c'est ce qui lui paraît une anomalie, un gaspillage, une mauvaise organisation de la souffrance. L'intelligence est plus cruelle que la nature."

"Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d'une petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort qui offre à Dieu le gémissement d'une résignation exténuée, comme si la Voix qui a jeté les soleils dans l'étendue ainsi qu'une main jette le grain, la Voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l'oreille : "Pardonne-moi. Un jour, tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce. Mais maintenant, ce que j'attends de toi, c'est ton pardon, pardonne. Que vous en dire? Le langage est au service de l'intelligence. Et ce que ces gens-là ont compris, ils l'ont compris par une faculté supérieure à l'intelligence, bien qu'elle ne soit nullement en contradiction avec elle - ou plutôt par un mouvement profond et irrésistible de l'âme qui engageait toutes les facultés à la fois, qui engageait à fond toute leur nature... Oui, au moment où cet homme, cette femme acceptaient leur destin, s'acceptaient eux-mêmes, humblement - le mystère de la Création s'accomplissait en eux, tandis qu'ils couraient ainsi sans le savoir tout le risque de leur conduite humaine, se réalisaient pleinement dans la charité du Christ, devenant eux-mêmes, selon la parole de saint Paul, d'autres Christ. Bref, ils étaient des saints."

"C'est que le Christ veut bien ouvrir à ses martyrs la voie glorieuse d'un trépas sans peur, mais il veut aussi précéder chacun de nous dans les ténèbres de l'angoisse mortelle. La main ferme, impavide, peut au dernier pas chercher appui sur son épaule, mais la main qui tremble est sûre de rencontrer la sienne..."

"La foi que quelques-uns d'entre vous se plaignent de ne pas connaître, elle est en eux, elle remplit leur vie intérieure, elle est cette vie intérieure même par quoi tout homme, riche ou pauvre, ignorant ou savant, peut prendre contact avec le divin, c'est à dire avec l'amour universel, dont la création tout entière n'est que le jaillissement inépuisable. Cette vie intérieure contre laquelle conspire notre civilisation inhumaine avec son activité délirante, son furieux besoin de distraction et cette abominable dissipation d'énergies spirituelles dégradées, par quoi s'écoule la substance même de l'humanité."

Georges Bernanos, Les Prédestinés


lundi 8 février 2021

Dieu seul suffit


Une camarade de promo (fac de philo) s'est suicidée ce week end.

Un ami très cher enchaîne les galères et m'interroge sur un tel traitement de la part de Dieu alors qu'il pratique sa foi plus que bien, du moins c'est le sentiment qu'il a. "Rien à foutre de la foi "me dit-il au bout du bout. Je lui réponds : 

"Je n'ai pas de réponse, je n'ai qu'une fidélité absurde à un Dieu qui m'aime plus que tout. Je n'ai que cette certitude et elle remplit ma vie et tout mon être. Elle est ce qui me fait vivre."

lundi 25 janvier 2021

Pendant ce temps...



 Bernanos, en évoquant saint Dominique et son combat contre les cathares, écrit : " Ces magnifiques espérants se battent toujours en désespérés." 

Loin de moi de me prendre pour une "magnifique espérante", mais je me retrouve dans le fait qu'aujourd'hui je fais face (comme tout le monde)  à tout combat spirituel, idéologique, intellectuel, moral, en désespérée.

 Par exemple, hier soir, avant de partir sur des routes risquées pour l'internat des jumeaux, je faisais un petit bilan du week end. Il s'était passé deux choses, des petits riens aux yeux d'un spectateur peu sensible aux micro évènements qui jalonnent un quotidien à la limite de l'ennui, mais ces deux actions m'ont pourtant plongée dans un ravissement certain.

Ma voisine, une pauvre femme de la campagne avec une fille accoquinée à un tunisien prêt à l'emmener au bled, elle et sa progéniture, cette voisine vient  prendre un café pour s'épancher et pleurer. Je lui donne après avoir compati, la prière de saint François de Sales à saint Joseph et elle me raconte qu'elle est née justement un 19 mars, jour de la saint Joseph! Je lui propose de l'emmener à une messe dans les jours prochains, elle accepte. Je l'encourage à garder le lien avec son petit fils malgré les réticences de la mère, et je propose de donner des contacts de prêtres à son fils qui veut se marier à l'église sans trop savoir comment s'y prendre.

Dimanche après-midi, je me rends dans la petite église du village, qu'ouvre de temps à autre une dame. Nous y avons confectionné une jolie crèche. En arrivant sur le parvis, je tombe sur une tribu de gamins en train de jouer dans la neige. Je les invite à rentrer dans l'église qu'ils ne connaissent pas. Nous plaçons ensemble les rois mages autour de l'Enfant de la crèche et je leur raconte la belle histoire de ces derniers, qui étaient des savants, qui observaient la nature, qui ont découvert une étoile dans le ciel, ont vu en elle un signe indubitable de quelque évènement majeur et l'ont suivie jusqu'à Bethléem en Galilée. Pour finir par adorer l'Enfant Dieu. 

Puis, je leur raconte saint Rémi, car l'église lui est dédiée, et il y a une belle statue du saint à l'intérieur. Clovis, premier roi chrétien, baptisé parce qu'il avait promis de recevoir le sacrement si Dieu lui donnait la victoire à Tolbiac, et sacré dans la foulée comme roi de France par saint Rémi à Reims. Je leur raconte l'histoire de la sainte ampoule qui servait à oindre le roi : à cause de la foule en délire, le moine chargé d'apporter l'ampoule ne parvient pas jusqu'à Rémi qui attend dans la cathédrale. Rémi implore le ciel et voilà qu'une colombe vient déposer une petite fiole, remplie du saint chrême, dans les mains de l'évêque.

Les gamins dans l'église suivent attentivement ce pan de l'histoire de France qu'ils ne connaissent pas. Puis ils posent des questions sur les statues, le mobilier, etc. Bref, un petit moment de catéchèse absolument parfait. 

On pourrait se dire que tout ceci est bien désespérant, que cette vieille voisine qui a tout largué de sa foi et de son éducation envers sa fille, comme ces gamins à qui rien n'a été transmis dans une culture basique, sont l'exact et terrible reflet d'une société détruite. Mais je préfère y voir une sorte de renaissance incongrue et presque intempestive.

mercredi 20 janvier 2021

"L'énorme ennui de la vie quotidienne"


 A la suite d'une conversation sur les réseaux, à propos des relations entre hiérarchie ecclésiale et traditionnalistes, je relis et transmets un passage de ce très beau petit recueil de Bernanos, "Les Prédestinés" : 

"Notre Église est l'église des saints. Du pontife au gentil clergeon qui boit le vin des burettes, chacun sait qu'on ne trouve au calendrier qu'un très petit nombre d'abbés oratoires et de prélats diplomates. Seul peut en douter tel ou tel bonhomme bien pensant, à gros ventre et à chaîne d'or, qui trouve que les saints courent trop vite et souhaiterait d'entrer au paradis à petit pas, comme au banc d'œuvre, avec le curé son compère. Notre Église est l'église des saints. Nous respectons les services d'intendance, la prévôté, les majors et les cartographes, mais notre cœur est avec les gens de l 'avant, notre cœur est avec ceux qui se font tuer. Nul d'entre nous portant sa charge - patrie, métier, famille - avec nos pauvres visages creusés par l'angoisse, nos mains dures, l'énorme ennui de la vie quotidienne, du pain de chaque jour à défendre, et l'honneur de nos maisons, nul d'entre nous n'aura jamais assez de théologie pour devenir seulement chanoine. Mais nous en savons assez pour deviner des saints. Que d'autres administrent en paix le royaume de Dieu! Nous avons déjà trop à faire d'arracher chaque heure du jour, une par une, à grand'peine, chaque heure de l'interminable jour, jusqu'à l'heure attendue, l'heure unique où Dieu daignera souffler sur sa créature exténuée, ô Mort si fraîche, ô seul matin! Que d'autres prennent le soin du spirituel, argumentent, légifèrent : nous tenons le temporel à pleines mains, nous tenons à pleines mains le royaume temporel de Dieu. Nous tenons l'héritage des saints."

Décidément, Bernanos reste pour moi indépassable, aussi bien sur le fond que sur la forme.

Morne plaine

C'est vrai qu'une fois sortis de l'enfance dont nous apercevons encore de temps à autre
Les paisibles lueurs douces et dorées qui éclairent de leur présence notre nuit,
Nous nous tournons un jour brutalement vers les espaces adultes immenses et gris
Et la guerre débute, larvée, perfide, contre nous-mêmes et tous, contre la Faute,
Dans ces plaines quotidiennes, désertes et arides, et elle ne cesse jamais plus.

Cette guerre nécessite toutes nos forces, notre vertu et notre haine pour l'ennemi
Sans nom et sans visage qui se manifeste par notre paresse, nos péchés, nos travers
Et ceux de nos frères, cette guerre qui ne finira jamais tant que nous serons en vie
C'est l'histoire de nos jours et de nos nuits, de nos épreuves et nos pénibles galères
Dans ces plaines quotidiennes, désertes et arides, et elle ne cesse jamais plus.

J'aimerais connaître un instant de félicité qui durerait plus de quelques secondes;
Jour après jour, je brasse péniblement quelques gestes pesants en eau profonde
J'aimerais, quand ma tête émerge de loin en loin pour une respiration avide et longue,
Apercevoir la côte, la terre, atteindre le sable, creuser et reposer dans ma tombe

Dans ces plaines quotidiennes, désertes et arides que je vis à perte de vue. 

mercredi 6 janvier 2021

Journal du confinement, Mercredi 6 Janvier, des bestioles et de Dieu



Je suis tombée sur ce commentaire de l'évangile des rois mages, par sainte Gertrude d'Helfta; c'est si beau que je m'empresse de vous le donner. Dans la procession de la communion, dimanche dernier, j'ai remarqué à un moment donné une minuscule araignée qui crapahutait dangereusement près de nos grosses chaussures et mon cœur s'est serré en voyant les risques qu'elle prenait inconsciemment. Voilà à qui je pensais dimanche en allant communier. Une bestiole microscopique. Et j'ai imaginé que pour Dieu nous étions comme cette petite bête, minuscules créatures face au Tout Puissant, inconscients de tous les dangers que nous traversions et provoquions par notre conduite pécheresse et absurde. Dans ce texte, nous voyons combien le Seigneur prend tout ce que nous sommes, en particulier notre inconduite totale pour nous ramener amoureusement à lui. Cet amour fou, ce côté éminemment maternel de notre Dieu m'est d'un immense réconfort et bonheur. Dans ma nouvelle petite voiture vert bouteille cet après-midi avec Gaby, vers 15h, je méditais tout ceci et le Bon Dieu, certainement réjoui de cette trop rare action de grâce de ma part, a fait passer sous nos yeux ébahis et toujours émerveillés une harde de vingtaine de cerfs et de biches. Ils ont traversé la route paisiblement, à la sortie d'une village. J'ai réussi à attraper mon portable et à prendre le cerf qui fermait la marche, protégeant jalousement les biches devant. Il faut vraiment que je me munisse d'un vrai appareil photo!

Mon "presque" séminariste est reparti hier matin après quelques jours de retour dans la famille. Il m'est toujours difficile de voir partir mes enfants, grands et petits et pour celui-là c'est encore plus compliqué. Je sais qu'il ne m'appartient vraiment plus, qu'il est vraiment au Seigneur et entièrement voué à tous.

Pour Gaby, qui passe son temps à voir passer tout le monde et à dire au revoir à tout le monde, ça n'est pas facile non plus : c'est certainement un très bon apprentissage pour une future mère de famille qui devra faire le deuil de ses enfants devenus grands et destinés à quitter le nid familial. On ne songe pas assez à éduquer nos filles, futures mères de famille à cette séparation. J'en discute à mon groupe de prière des mères; ce sont toutes des jeunes mamans sauf une qui a des adolescentes. Elle commence à éprouver les affres de la séparation, avec sa fille aînée. Elle se rend compte qu'il faut lâcher prise et c'est douloureux. Pour une fois, je peux en parler en toute connaissance de cause et c'est pour moi assez gratifiant de partager une vraie expérience. Comme j'ai aimé ces années avec toute ma nichée autour de moi! Mais comme il faut savoir apprécier les voir grandir et surtout prendre leur autonomie, se lancer dans des aventures et revenir parfois avec le goût des actions réussies.

Ma nouvelle petite bagnole est sympathique : je me sens bien connectée avec elle, elle dégage des ondes positives ce que je ne ressentais avec la précédente qui m'a lâchée au bout de six mois, mauvaise affaire d'un garagiste véreux. Pourvu qu'elle dure un moment. Je me remets à sillonner les routes locales, dans cette grisaille qui dure si longtemps pendant ces mois d'hiver. La voiture comme la maison deviennent des refuges douillets contre un monde froid et agressif, où le port du masque devient une obligation insupportable. Je veux bien me faire vacciner, mais ce vaccin n'a pas l'air d'apporter le moindre changement pour les trois quarts de la population sans risque pour le virus : en effet, il n'empêche pas la contagion, donc cela veut dire confinement, couvre-feu, restrictions dans le boulot, port du masque, gestes barrière etc... Plus rien de notre vie d'avant, même avec le vaccin. ça ne fait pas rêver.



"[En la fête de l’Épiphanie], stimulée (…) par l’exemple des bienheureux Mages, Gertrude se leva dans la ferveur de son esprit et se prosterna avec une très humble dévotion aux pieds très saints du Seigneur Jésus, adorant au nom de tout ce qu’il y a au ciel, sur terre et dans les enfers (cf. Ph 2,10).Et, faute de trouver un présent qu’elle puisse dignement lui offrir, elle se mit à parcourir l’univers entier, dans son désir anxieux, cherchant parmi toutes les créatures si elle pourrait en découvrir quelqu’une digne d’être offerte à son unique aimé. Courant ainsi, brûlante et haletante, dans la soif de son ardente ferveur, elle découvrit des choses méprisables que toute créature aurait sagement rejetées, comme indignes d’être offertes à la louange et à la gloire du Sauveur. Mais elle, s’en emparant avec avidité, s’efforçait de les restituer à Celui que tout le créé devrait servir uniquement. Elle attira donc dans son cœur, grâce à son fervent désir, toute la peine, la crainte et la douleur et l’angoisse qu’une créature ait jamais supportées, non pas pour la gloire du Créateur, mais par sa propre faute et infirmité. Et elle les offrit au Seigneur comme une myrrhe de choix. En deuxième lieu, elle attira à elle toute la sainteté feinte et la dévotion affectée des hypocrites, des pharisiens, des hérétiques et de leur semblables. Et elle l’offrit de même à Dieu comme un sacrifice d’encens très suave. En troisième lieu, elle s’efforça d’attirer en son cœur toutes les tendresses humaines et l’amour frelaté et impur de toutes les créatures. Et elle l’offrit au Seigneur en guise d’or précieux. Toutes ces choses se trouvaient donc rassemblées en son cœur. Or l’amoureux désir avec lequel elle s’efforçait d’en faire totalement hommage à son bien-aimé, tel un feu ardent, les débarrassait de toute scorie, de même que l’or s’épure dans la fournaise, et elles apparaissaient comme un noble et merveilleux présent pour le Seigneur. Le désir de lui plaire en toute manière, témoigné par ces offrandes, procura au Seigneur d’inestimables délices, comme s’il se fût agi d’étrennes extrêmement rares."



jeudi 31 décembre 2020

Journal du deuxième confinement, jeudi 31 décembre, "La lumière brille dans les ténèbres"




 "Un miracle étrange a lieu dans le ciel et sur la terre : Dieu est sur la terre, et l'homme est dans les cieux".


 Je ne sais comment débuter ce texte, ce récit de ces jours de vacances, de fêtes, de retrouvailles familiales, de chaos, je ne sais même pas comment l'intituler.

A cette heure-ci nous avons à demeure plus que notre Gabrielle. Nous avons été jusqu'à douze à la maison et même treize pour le déjeuner de Noël.

Tous les enfants sont donc rentrés cette année pour Noël, même mon couple de mariés. Notre petite maison a réussi à remplir son office, à savoir loger tout le monde. Certes, avec encore les lits superposés aux lattes cassées pour certains mais bon, vaille que vaille, chacun a pu se blottir dans un nid.

Le deuxième grand défi consistait en la confection de repas pour une dizaine de personnes midi et soir pendant plusieurs jours. J'avoue sans fausse modestie avoir réussi à nourrir correctement la famille et à m'être couchée tous ces soirs en me disant : encore un jour où tout le monde a (bien) mangé.

Le troisième défi auquel je m'attendais moins (je ne sais pourquoi) : la gestion du linge. Mes étudiants et jeunes pros sont tous rentrés avec des monceaux de linge sale et mon sèche linge ne fonctionne plus depuis le premier confinement. ça a été épique, et le fait d'avoir un espace "lingerie" m'a sauvée à un moment donné où je me trouvais, toute proportion gardée,  comme les petits miséreux de Calcutta au milieu des montagnes d'une déchetterie à ciel ouvert. J'ai pris mon courage à deux mains pour un plan repassage de chemises une après-midi en regardant Pouic-Pouic.

Quatrième défi et non des moindres, faire en sorte que Chuck garde le moral malgré l'envahisseur. Bon, là j'avoue que je n'ai pas fait grand chose, j'ai simplement prié le Ciel en espérant qu'il ne pète pas les plombs, un peu comme deux soldats côte à côte sous la mitraille, qui ne peuvent guère communiquer dans le "bruit et la fureur" mais qui avancent coûte que coûte. Chacun pour "sa pomme" mais unis malgré tout.

Vous allez trouver ces considérations très prosaïques et éloignées d'une âme censée être toute tournée vers le grand mystère de l'Incarnation, la joie miraculeuse des anges dans le ciel, la reconnaissance et l'adoration des vieillards Anne et Syméon devant le divin Sauveur, mais bon, c'est ma mystique à moi de voir au fond d'une casserole notre miraculeuse et divine destinée humaine.

La joyeuse bande s'est maintenant éparpillée pour réveillonner au fin fond de quelques demeures planquées et, avec Chuck, nous sommes partis nous réfugier hier soir chez l'ami Vincent Haen, dans son hôtel qui est en passe de devenir notre résidence secondaire. S'est ajouté tardivement dans la soirée un cousin de notre hôte, encore un de ces êtres rares dont l'esprit et la personnalité survolent de très haut notre "normalité" quelque peu lisse. Les deux cousins nous régalent de leur conversation brillante, de leur érudition, de leur humour, Ces personnalités atypiques sont les seules capables de survivre par temps de crise ou d'apocalypse, il faut bien l'avouer, et même de pouvoir donner toute leur mesure. C'est absolument fascinant et, de retour dans notre home, sweet home, nous atterrissons doucement.

En partant


J'ai quitté ma campagne aux couleurs irlandaises

La pluie avait cessé, le ciel était hollandais

Les nuages gris et doux flottaient dans l'azur

Bleu comme les yeux de Gaby aux airs purs.


Après la pluie le beau temps dit la Comtesse

Et dans ce monde paisible à la lumière enchanteresse

Le temps ruisselle sans bruit, tout doucement,

Et les rayons en musique joyeuse percent le paysage luisant.


Comment quitter ce pays de cocagne

Où tout bruisse, pépie, fleurit et étincelle

De lumière, de vie, de beauté sans pareille

Où le corps et l'esprit s'unissent sous la Sainte Montagne.





lundi 14 décembre 2020

Journal du deuxième confinement, Lundi 14 Décembre, se retourner



 Ce devait être un week end tranquille : les jumeaux absents, pas de grands de passage, rien que Gaby avec une sortie de louvettes le dimanche. Mais on n'est jamais trop avisé. J'ai quand même cuisiné un peu. Et mes parents sont venus déjeuner samedi (et nous prêter une voiture pour la semaine car j'ai bousillé la dernière), Pierre est arrivé vendredi soir et reparti samedi aprèm pour revenir récupérer son linge lavé et repassé dimanche. Dimanche matin, nous invitons après la messe une famille et ses quatre enfants à déjeuner, l'énorme marmite d'osso bucco pour deux est vraiment trop bizarre. Après avoir récupéré la petite chez les louvettes (elle a passé la journée dehors avec un masque, oui les louvettes sont encore plus royalistes que le roi question consignes sanitaires débiles), je me précipite dans ma petite église de village qui ouvre une heure tous les dimanche grâce à deux dames détentrices des clés. Je termine la confection d'une petite crèche. J'y retournerai à Noël pour y mettre l'Enfant Jésus. Avec toute la famille. A priori nous serons douze ou treize pour le déjeuner de Noel. Les standards gouvernementaux explosent mais je ne vais certainement me justifier.

Coup de fil dans l'après-midi du garçon en propédeutique : on n'avait plus de nouvelle depuis le début de l'Avent, il était dans une sorte de "retraite" et ceci doit durer jusqu'à Noel; je ne savais pas qu'en "donnant" un fils à l'Eglise, j'allais vivre au rythme de la vie du séminaire. C'est ainsi, il faut s'y plier avec plus ou moins bonne grâce.

Il s'agit maintenant de commencer les préparatifs pour les fêtes. Toute la famille se réunit à Noël, même nos "mariés". Evidemment le chauffe-eau de l'étage ne fonctionne plus ainsi que les toilettes. Je supplie un plombier de passer avant les vacances. Je prends le temps ce matin de rassembler tous les cadeaux et de commencer à faire quelques paquets. Soulagement : je crois être à peu près au point pour tout le monde mais c'est difficile de planquer les paquets parce que le moindre recoin servira de couchage. J'ai privilégié cette année les nourritures terrestres et plus ou moins intellectuelles pour les plus âgés. Je commence aussi à réfléchir à quelques menus pour les jours où nous serons tous réunis. Le premier confinement m'a rodée à nouveau pour une cuisine de "famille nombreuse", c'est un défi que j'apprécie plus aujourd'hui qu'à l'époque où les enfants étaient plus jeunes. Il s'agit plus maintenant d'une cuisine de "confort" qu'une cuisine "d'urgence".

Un film dimanche soir "Death Wish" avec Bruce Willis : un chirurgien qui recherche les agresseurs et meurtriers de sa fille et de sa femme. Le débat "légitime défense ou vengeance" ne m'intéresse pas. Mais la vraie question du devoir moral qui devrait concerner chacun d'obtenir justice m'interpelle. Evidemment cette question n'effleure jamais nos consciences assistées. Il n'en reste pas moins que si je n'obtenais pas justice pour un des miens, je pense que ce serait un devoir que d'obtenir réparation par mes propres moyens.

En ce temps de l'Avent c'est la figure de saint Jean-Baptiste qui est mise en avant : mystérieux personnage biblique, le dernier prophète, dont j'ai attribué le nom à mon fils aîné. Celui qui précède le Sauveur et qui crie dans le désert avec vigueur et sans concession, qui rend témoignage à la vérité et qui se tient aux côtés de Celui qui est la Vérité. Quelle immense figure d'homme, qui nous rappelle notre destinée surhumaine, devenir des enfants de Dieu, nous retourner le corps, le cœur et l'esprit, nous convertir de tout notre être, avec la violence que ce mouvement physique et spirituel implique... Y parvenons-nous tous? Y parviendrons-nous tous? Parviendrai-je à ne serait-ce que l'amorce d'un léger mouvement? Lever les yeux vers l'étoile du Salut, au fond pas grand chose, et pourtant... "Venez à moi qui peinez sous le poids du fardeau et Moi je vous donnerai le repos".


"Arrive le moment où il ne nous intéresse plus que de guetter Dieu"
(Nicolàs Gomez Davilà)

Bonheur

Bruits, tourments, rires et cris, éclats soudains, sombres abîmes
Oh Seigneur nos vies qui s’accélèrent sans cesse, une adrénaline
Dont nous ne pouvons nous passer, tourbillon de plaisirs et de soucis
Qui rythment nos âmes, nos cœurs, nos corps, nos jours et nos nuits.         

Oh Mon Dieu, dans ce bruit et cette fureur, en vain je tente
De retrouver le son lointain et perdu d’une douce mélodie
Celle que tu imprimas jadis au plus profond de mon esprit
Lors de ma création et de celle de toute l’humanité auparavant

Le son diffus, le doux murmure, imperceptible aux âmes
Distraites, du Bonheur, de la vraie joie, de son mystère et
De sa loi. En nous Tu l’avais déposé brûlant, en grand secret
Créés à ton image, à ta ressemblance, pour l’amour et sa flamme.

J’ai parcouru moult chemins de traverse, j’ai crié en vain,
Ajoutant la rage à la sottise et, au bout de mon déclin,
Je me suis arrêtée dans le crépuscule ombré. A l’entrée
De la nuit et du silence, tu étais là Dieu de bonté,
Tu étais là Seigneur, depuis toujours Tu m’attendais.