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dimanche 19 avril 2026

Dimanche 19 Avril, Dimanche de la Miséricorde Divine, Journal de Bord, En revenant


"Du plus profond ennui quotidien, seuls nous sauvent l'impalpable, l'invisible et l'ineffable"
(Nicolàs Gomez Dàvila)

En revenant, au travers des champs et des prés,
Un vertige des nuages en rangs pressés,
Balancement euphorique des fleurs serrées,
Une douce rêverie des instants passés

Un léger poids s'installe, pressé tout au fond
De mon corps, de mon cœur. La jubilation
Pesante, légère, un appel, l'intention
Qui hurle dans le silence le plus profond.

J'étais passée te voir, Seigneur, te contempler
Sous les voiles secrets de l'Hostie consacrée
Éclairée par ma tremblante foi, m'arrêtais :
Véridique lumière du Ressuscité.

Et Toi mon Dieu, rien qu'à moi, attentif au long
Monologue de mots endormis, sans raison,
En ta Présence, ton unique attention
Souffle de ton Esprit, sa seule obsession

Au travers de tout mon esprit si tourmenté
La ferme victoire de ton Cœur transpercé
Tes clous, tes plaies, ta sainte Croix à contempler;
Permettent de voir ta tendresse illimitée.
En revenant au travers des champs et des prés,  
Un vertige de nuages en rangs pressés, 
Tu m'as poursuivie, Dieu de l'infinie raison, 
Tu m'as aimée, moi, et, dans l'Hostie consacrée, 
Je T'ai vu dans ta Gloire et Révélation.




En revenant, au travers des champs et des prés,
Dans le vertige des nuages en rangs pressés,
Le balancement euphorique des fleurs serrées,
La douce rêverie des instants passés

Je sens comme un poids pressé tout au fond
De mon corps, de mon cœur. Une jubilation
Pesante et légère, un appel, une intention
Qui hurle dans le silence le plus profond.

J'étais passée te voir, Seigneur, te contempler
Sous les voiles secrets de ton Hostie consacrée
Éclairée par ma tremblante foi, je m'arrêtais :
Fragile et sereine lumière du Ressuscité.

Tu écoutais, comme toujours, mon long
Monologue, mes mots endormis, sans conviction
Je profitais de ta Présence, de ton infiltration
Du souffle léger de ton Esprit, son obsession

Au travers des barrages de mon esprit agité
Tu opposes la violence de ton Cœur transpercé
Tes clous, ta lance, tes plaies sont des clés
Qui permettent de voir ta tendresse illimitée

En revenant au travers des champs et des prés,
Dans le vertige des nuages en rangs pressés,
Tu m'a poursuivie, dans une folle déraison,
Tu m'as aimé
Et je t'ai vu dans ta Gloire et Révélation.






samedi 4 avril 2026

Chant de L'Exultet, veillée Pascale 2020



















Chant de l'exultet


Exultez de joie multitude des anges, exultez serviteurs de Dieu; sonnez cette heure triomphale et la victoire d'un si grand roi. Sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feuxcar il t'a prise dans sa clarté et son règne a chassé ta nuit. Réjouis-toi, mère l'Eglise, toute parée de sa splendeur, entends vibrer dans ce lieu saint l'acclamation de tout son peuple.

Le Seigneur soit avec vous. Et avec votre esprit.
Élevons notre cœur. Nous le tournons vers le Seigneur.
Rendons grâce au Seigneur notre Dieu. Cela est juste et bon.

Vraiment, il est juste et bon de chanter à pleine voix et de tout cœur le Père tout-puissant, Dieu invisible, et son Fils unique, Jésus-Christ, notre Seigneur. C'est lui qui a remis pour nous au Père éternel le prix de la dette encourue par Adam; c'est lui qui répandit son sang par amour pour effacer la condamnation du premier péché. Car voici la fête de la Pâque dans laquelle est mis à mort l'Agneau véritable dont le sang consacre les portes des croyants. Voici la nuit où tu as tiré d'Egypte les enfants d'Israël, nos pères, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec. C'est la nuit où le feu d'une colonne lumineuse repoussait les ténèbres du péché. C'est maintenant la nuit qui arrache au monde corrompu, aveuglé par le mal, ceux qui aujourd'hui et dans l'univers, ont mis leur foi dans le Christ : Nuit qui les rend à la grâce et leur ouvre la communion des saints. Voici la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s'est relevé, victorieux, des enfers. Merveilleuse condescendance de ta grâce! Imprévisible choix de ton amour : pour racheter l'esclave, tu livres le Fils. Il fallait le péché d'Adam que la mort du Christ abolit. Heureuse était la faute qui nous valut pareil Rédempteur. Car le pouvoir sanctifiant de cette nuit chasse les crimes et lave les fautes, rend l'innocence aux coupables et l'allégresse aux affligés. O nuit de vrai bonheur, nuit où le ciel s'unit à la terre, où l'homme rencontre Dieu. Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père saint, en sacrifice du soir, la flamme montant de cette colonne de cire que l'Eglise t'offre par nos mains. Permets que ce cierge pascal, consacré à ton nom, brûle sans déclin dans cette nuit. Qu'il soit agréable à tes yeux, et joigne sa clarté à celle des étoiles. Qu'il brûle encore quand se lèvera l'astre du matin, celui qui ne connaît pas de couchant, le Christ, ton Fils ressuscité, revenu des enfers, répandant sur les humains sa lumière et sa paix, lui qui règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

mercredi 15 avril 2020

Mercredi 15 Avril, Journal de Bord, Ce que femme veut, Dieu le veut



Amazon empêché par les syndicats de livrer tout ce que l'on veut. Le français est un communiste heureux pendant le confinement : chez lui, sans trop travailler, il s'occupe de transformer son balcon, sa terrasse, son jardinet en production locale, comme un petit kolkhoze aux jours de gloire russes, il reçoit quelques allocations ou un peu de sous de l'état qui lui servent à acheter ce fameux essentiel prescrit par l'état. Et il est heureux : "je profite d'un retour aux valeurs essentielles, de mes enfants, de ma famille, de moi-même " récite-t-il sans trop réfléchir si ses ados se satisfont de rester avec papa-maman à un âge où le monde (et pas l'appart) leur appartient. Ses vieux parents? "Il ne faut pas y toucher!" Ils sont bien, là, dans les Ehpad, avec des soignants (moins nombreux) et ils mourront, certes, mais sans nous! Ce qui curieusement devient un fait de gloire...
Certains évêques sont plus réactifs que d'autres. Je suis à la frontière de deux départements : dans l'un, l'évêque interdit tout sacrement (même la confession), dans l'autre les prêtres ont confessé avant Pâques dans les rues. J'ai donc réussi à me confesser hier, grâce à un prêtre bénéficiant d'un évêque moins frileux.
Plus que la messe, la confession me manquait. Mais ce que femme veut, Dieu le veut, surtout en octave pascal.

lundi 13 avril 2020

Lundi 13 Avril, Journal de Bord, de la prière et de John Wick


























Mon mari est un homme patient. Le Triduum Pascal a mis ses nerfs à rude épreuve. Entre nos prières à rallonge et cérémonies familiales, il soupire discrètement, participe volontiers mais il estime que notre nouvelle abbaye familiale avec ces moinillons d'un nouveau genre en short et espadrilles en fait beaucoup. J'essaie de maintenir un juste équilibre avec bons repas, bières et saucissons.
De son côté, pour se détendre, il a lancé avec ses garçons la série des John Wick. Films d'action improbables, basés sur deux constatations que le héros répète comme un mantra "you killed my dog, you stole my car". S'ensuivent des pétarades de bagarres et fusillades pendant une heure ou deux. A voir l'air profondément satisfait et comateux de tous les spectateurs, ça marche mieux qu'un anxiolytique. Dans la journée, je vois aussi des effets étranges, comme deux garçons qui se croisent et qui échangent les mots fétiches du tueur (you killed, you stole, etc.. ) et qui concluent en chœur "you must die" avant de se sauter dessus. Autant pour les gestes barrières et la distanciation sociale. Tout ceci me fait penser que ce virus kill aussi tous les neurones du cerveau.
Je m'inquiète : la deuxième semaine de vacances commence et personne n'a ouvert un cahier ou un livre de devoirs de vacances. Je ne sais pas comment je vais avoir la force de reprendre un rythme scolaire à la maison après les vacances. Je vais aujourd'hui faire une plongée dans la bibliothèque (qui se trouve au même niveau que les réserves alimentaires, tout un symbole!) pour aller pêcher quelques livres que j'exposerai dans le salon comme un étale de poissonnerie, avec quelques trésors susceptibles d'intéresser certains. Mangeons, lisons local....



dimanche 12 avril 2020

Dimanche 12 Avril, Journal de Bord, "il vit et il crut"



























Dimanche 12 Avril, Jour de Pâques

Il me faut commencer à raconter notre veillée et ce jour saint, même s'il n'est pas terminé et si d'autres événements sont encore à venir, en particulier la bénédiction par notre curé en Jeep de notre maison et rameaux. Introduction par un petit poème écrit il y a longtemps, comme tous les autres.


En levant les yeux, alors que la nuit venait,
La lune ronde et pleine, immobile, s'élevait
L'astre des ténèbres, plus brillant que jamais
On était vendredi Saint, le Christ nous quittait.

Roule la pierre, tourne la lune,
Pleure le ciel, brille le disque,
Contemplent dans la brume
L'hostie qui surgit.

Il s'en allait seul dans le noir, et sa lumière
S'avançait, rassurante, fixe et joyeuse,
Il s'en allait au tombeau, sa maison dernière
Et se ferme la pierre ronde et toute lumineuse.

Roule la pierre, tourne la lune,
Pleurent devant le Fils
Contemplent dans la brume
Le Christ qui gît.

Les femmes attendaient devant le tombeau
Priaient, pleuraient leur Dieu mort, aux enfers,
Derrière la porte qui brille comme un flambeau
Le Seigneur se tient, et les ténèbres l'éclairent.

Roule la pierre, tourne la lune
Prient l'Agnus Dei
Contemplent dans la brume
La Porte qui luit.

En levant les yeux, alors que le jour venait
La lune s'est effacée, la pierre a roulé
Le Ciel s'est ouvert, le paradis et son entrée,
Le soleil et sa lumière, le Christ ressuscité.

Roule la pierre, tourne la lune
Adorent l'astre glorieux
Contemplent dans la brume
Le Christ victorieux.

Nous avions décidé de faire un feu pascal dans un foyer extérieur conçu par les garçons à cet effet. Sur les conseils de notre ami séminariste Axel, nous préparons un cierge de Baptême comme futur cierge pascal. Nous retrouvons dans un vieux missel tout le rituel des clous. Finalement, nous n'avons pas fait d'aspersion avec de l'eau de Lourdes, à défaut d'eau bénie. Pourtant Axel m'avait dit : "Si le Bon Dieu n'est pas content (pour l'eau de Lourdes), Il n'a qu'à se plaindre à sa Mère!". Après le chant de l'Exultet, sublime, nous récitons les prières et les chants de la petite veillée envoyée par nos prêtres.
Puis, la soirée se termine autour du feu, avec des Chamallows grillés. Ce confinement aura ressemblé de bout en bout un grand camp scout d'été.

Ce matin, messe de notre paroisse à 10h30, sur notre écran; après les inévitables réglages, nous parvenons à suivre notre messe de Pâques, dans notre église. Speedy, fidèle, nous rejoint un moment.
A la fin de la première lecture dans le livre des Actes des Apôtres :  "Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés". Puis, dans l'évangile : "il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas compris..."
Comme je me retrouve aujourd'hui en ces mots! Moi qui croyais sans croire vraiment, moi qui n'avais rien compris! Saint Grégoire de Nysse d'ajouter en commentaire : "Hier, la désobéissance nous avait chassé du Paradis : aujourd'hui, notre foi nous y fait entrer." Hic et nunc.

Pierre et Rémi se chargent de planquer les œufs dans le jardin et de faire sonner une cloche pour Gabrielle. Malgré les conjurations de son père qui trouve ridicule d'entretenir la croyance dans les cloches de Rome, Gaby a tranché, coupant court à notre vive discussion : "je veux croire encore aux cloches qui viennent de Rome même si ça n'est pas vrai". Tout est dit. Rester dans l'enfance le plus longtemps possible, dans un certain sens (seulement) cela peut être bon et important.

Nous pouvons déjeuner dehors, avec les gigots d'agneau (arrivés de Nouvelle Zélande dans mon super U, pas très chers contrairement à toute l'alimentation "locale" hors de prix) délicieux. A ce moment, j'ai une pensée très forte pour tous ceux qui vivent ce confinement dans la solitude; comme j'aimerais avoir certains de mes proches et amis autour de moi!

Nous attendons le venue de notre curé. J'ai arrosé mes petites plantations de haricots et de courges qui commencent à sortir. Je m'occupe aussi, avec beaucoup de curiosité de trois petits arbres fruitiers, commandés et arrivés juste avant le confinement. Ils proviennent d'un site particulier, ce sont des sortes d'arbres fruitiers "bonzaï", qui donneront, normalement, des cerises, des pommes et des poires mais sans prendre de taille. Ils sont parfaits pour un appartement ou une terrasse. Nous verrons bien... J'ai beaucoup jardiné hier aussi dans ma butte aux framboises et aux roses. Des centaines d'abeilles vrombissent autour de moi, inquiètes mais pas agressives. Elles ont créé leur habitat partout dans la butte, comme chaque année, dans des trous. J'aimerais les récupérer dans une ruche mais je n'y connais rien...

Notre curé vient de passer, rapide comme l'éclair car il a une dizaine de clochers et beaucoup de maisons à bénir dans chaque village. Nous nous sommes placés devant notre grille, avec quelques objets à faire bénir en plus de nous-mêmes : notre buis, le cierge pascal "maison", quelques croix et chapelets fabriqués et de l'eau. Bénédiction, et pouf! la Jeep redémarre. Nous nous apercevons trop tard qu'il manque François à l'appel. Bon, je suppose que la bénédiction l'a rattrapé dans le jardin...
Vers midi, nous avions bien suivi la bénédiction du Pape Urbi et Orbi! Dans un lapsus révélateur j'avais écrit à mon séminariste : la bénédiction Urbi et "Ordi".

Toutes ces grâces reçues au travers des ondes m’interpellent. A force de nous vanter les mérites de la communion spirituelle, arriverons-nous à retrouver le chemin de nos églises? Cette bénédiction bien concrète tombait plutôt bien pour nous ramener à un peu de réalisme concret.





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samedi 11 avril 2020

Samedi 11 Avril, Journal de Bord, où il est question de Chamallows en guise de cierge pascal


















Samedi 11 Avril

Les garçons estiment que leur petite sœur Gaby devient une sauvagesse. Elle sent le chat, ses cheveux sont une broussaille piquée de feuilles, d'herbes et d'insectes. Ses pieds nus sont passés à la cérémonie du lavement des pieds familial, laissant un petit tas de boue au fond de la bassine sacrée. Notre petit Mowgli en short et bottes de pluie aura donc droit un récurage en règle aujourd'hui, histoire de retrouver notre petite fille modèle avant qu'il ne soit trop tard.
Les garçons et les filles racontent leur nuit d'adoration devant le coin prière. Pierre a réveillé tout le monde en sciant des branches devant le crucifix pour faire un feu de cheminée, Gaby et Marie Liesse ont passé un moment à étaler des coussins et des châles. "C'est passé très vite", concluent'ils en chœur, "rien à voir avec les minutes qui s'étirent interminablement dans une église !" C'est ce qu'on appelle sans doute prier avec ses pieds ou plutôt prier comme un manche... Mais je reste persuadée que le bon Dieu a dû passer du bon temps en leur compagnie.
Ce soir, nous ferons dehors un feu Pascal et il est question de Chamallows cuits au feu...
Les cloches en provenance de Rome passeront dans le jardin, d'autant que le curé du coin fera sonner les cloches de notre église.
Hier, après un chemin de croix dans le jardin aux sons de la tondeuse du voisin, nous suivons l'office de la Passion de notre paroisse. Cela "buggue" en fin d’Évangile, nous nous rabattons sur l'office de la Passion, en différé, du séminaire de la Communauté saint Martin. Plus de latin, certes, mais surtout un sermon plus sobre de quelques minutes.
Avec ma sœur, nous nous préparons à l'après confinement. Après ces semaines passées avec la plupart de nos enfants, situation qui n'arrivait plus que rarement et pour des événements particuliers, il va falloir que nous réapprenions à nous séparer de ces derniers. Ça a été dur quoique diffus, de les voir partir les uns après les autres du nid familial, et là, disais-je à ma sœur, ils vont s'envoler brutalement comme une volée de moineaux et nous n'aurons plus de nouvelles pendant un bon moment! Je sens que je vais avoir un vertige devant mes grosses marmites vides...
Sortie de première nécessité d'aujourd'hui : achat d'une boîte de pansements et de sparadrap. François et Pierre ont reçu en 12h chrono par Amazon des magnifiques couteaux de chasse avec lesquels ils bricolent toute la journée. Tous les garçons coupent du bois, fabriquent des meubles à la mode scoute (deux garçons CP donc avec leurs malles de matériel, scies, haches, marteaux, etc...) et les accidents sont nombreux. J'ai réussi à éviter les urgences jusqu'à présent mais c'est "limite".

vendredi 10 avril 2020

Vendredi 10 Avril, Journal de Bord, Dieu meurt sur la Croix


Vendredi 10 Avril




4h59. Comme d'habitude, je me réveille pile à l'heure souhaitée, sans réveil. Les enfants ont organisé une nuit d'adoration devant notre coin prière, transformé pour l'occasion en petit reposoir. J'ai pris un premier tour entre 22h et 23h mais il manquait quelqu'un à cette heure-ci pour faire une nuit complète. C'est une heure que je préfère entre toutes parcequ' à partir de cinq heures, le chant des oiseaux commence immuablement, immanquablement. C'est le son le plus reposant, vivant que j'aie jamais entendu. Après le sommeil, c'est la musique qui vous rattache aux monde des vivants avec sérénité, sans angoisse, dans une joyeuse ébriété matinale. C'est le moment de prendre les décisions importantes de la journée, le menu des repas, telle démarche à mener.

Hier soir, après le lavement des pieds dignement assuré par le chef de famille et la messe suivie de chez nous, j'ai lu cette phrase de saint Augustin dans le carnet consacré au chapelet de la divine Miséricorde.
"Le péché seul, en effet, sépare les hommes d'avec Dieu, et s'ils peuvent en être purifiés en cette vie, ce n'est point par vertu, mais bien par la Miséricorde Divine."
S'il y a une chose dans laquelle j'aurais la certitude d'avoir avancé dans ce confinement, c'est dans ma foi. Je croyais. Oui je croyais sans trop de difficulté aux messages du Credo. Dieu venu sur terre pour nous sauver par sa propre mort et résurrection. Mais je n'avais pas saisi jusqu'à présent que ce salut ne dépendait que de Lui et certainement pas de moi. Et la découverte de cette évidence, qui était sous mes yeux depuis le début mais que je voyais pas, est une immense libération. Je peux maintenant dire "que votre volonté soit faite" sans crainte parce que cette volonté de Dieu c'est de prendre en charge ce salut impossible à accomplir de moi-même.
Je peux dire et comprendre :"Dieu saint Dieu fort, Dieu éternel, prends pitié de nous et du monde entier. J'ai confiance en Toi."





A l'aube, le ciel lumineux, le jardin en fleur
Jonquilles blanches et jaunes, rosée froide
Le soleil peine à réchauffer la terre, son cœur
Quelques oiseaux silencieux, une brise qui effleure

Et pourtant! Aujourd'hui mon Dieu se meurt!
Aujourd'hui! Sur la Croix! A quinze heure!
Le Dieu infini, Tout-Puissant, le Créateur!
Il disparaît,maintenant, Il n'est plus, Il meurt!

Des cris, un rire perlé, un enfant qui pleure
La journée s'écoule comme si de rien n'était
Sans que le ciel s'effondre, sans que la mer
Là-bas cesse son ressac régulier, sans heurt

J'avance toute seule, dans mon chemin bien réglé
Il avance vers le Calvaire, le dos en sang, fouetté
Je prends dans mes bras les petits, je les embrasse
Il prend sur ses épaules le poids lourd qui l'écrase

Je rentre en ma demeure, avec les soucis, des projets
Il monte sur la Croix, avec la souffrance si vive,
Les clous enfoncés, le corps qui pend, tiré, indicible
Je regarde ailleurs, je m'agite, Il meurt! J'ai oublié.

Il meurt sur son bois, Il ne ressemble plus à rien,
Ce Dieu Tout-Puissant, Il va tout prendre avec Lui
Tout détruire, remodeler sa créature mal pétrie
C'est sa ruse d'Amour, son Grand Secret, sa fin.

N'as-tu donc rien compris?! Arrière misérable Satan!
C'est l'Homme lui-même qui va me tuer, me piétiner
Je vais mourir broyé, en poussière, vidé de mon Sang,
Je l'ai permis, c'était pensé depuis la nuit des temps!

J'ai ordonné tout ce plan magnifique, cette mort obscure
J'ai crié vers Mon Père sans mentir car tu l'aurais discerné
"Mon Dieu! Mon Dieu! je suis seul! sans personne! Abandonné!"
Pour sauver de tes griffes diaboliques, mes aimés, ma créature.

Sur ce cadavre brisé tu ne pouvais rien,tu cherchais alentour
Satan,dans le tombeau, dans les limbes, tu le traquais partout

Mais Il était loin mon Dieu Ressuscité,
Et Il cachait en son sein toute l'Humanité
Qu'Il avait broyée contre son cœur et recréée et régénérée, 
Il était loin, Mon Roi,hors de ta portée,

Il s'était sauvé et avait sauvé ses enfants bien-aimés.

jeudi 9 avril 2020

Jeudi 9 Avril, Journal de Bord, Jeudi Saint, retour en arrière




Jeudi 9 Avril
La journée d'hier avait débuté de façon morose. Je soupirais à l'idée de jouer au curé pendant trois jours. J'avais à nouveau mal à gorge sans savoir si c'était le virus ou bien trop de soleil.
Mais cette morne atmosphère a été balayée à petits coups, tout au long de la journée.
Premier déjeuner barbecue dehors, sur la terrasse. Sauvetage de la chatte de la voisine coincée en haut d d'une porte de hangar. Elle me laisse la prendre dans ses bras, en haut de l'échelle, sans me griffer, ce qui me touche car elle est assez sauvage. J'en profite pour discuter avec les fermiers qui m'expliquent que le confinement ne change rien à leur vie.
Dans l'après-midi, rugissements de moteur et de voix, dans le désert de la rue. Nous nous précipitons pour voir, ahuris, un étrange équipage. C'est le curé local qui débarque en Jeep, faisant la tournée de tous ses clochers. "Nous prévenons la population, nous passerons dimanche de Pâques bénir les maisons et les rameaux ! Faire sonner les cloches des églises !"
Merveille des merveilles! J'en profite pour parler à tous mes voisins sortis sur le pas de la porte. Tous sont séduits par l'initiative du curé qu'ils ne connaissent pas.
Les enfants proposent de préparer le Triduum Pascal au dîner. C'est un festival. Entre le lavement des pieds à exécuter par le père de famille et l 'idée d'une nuit d'adoration jeudi soir à vendredi matin, devant le coin prière avec le feu de la cheminée à entretenir, je suis touchée de voir que tous sont bien décidés à vivre leurs Pâques bien chrétiennement. Ces catholiques du futur, comme dirait Dantec, ce sont mes enfants!!
Le soir, petite balade aux poneys, Whisky le chat trottine avec nous comme un chien. Douceur du soir, bon anniversaire de baptême à un de mes grands filleuls, aujourd'hui au séminaire.






J’ai soif
L’enfant est né, après bien des alarmes.
Il est beau et repose sur le sein de sa mère.
L’enfant est né, après des cris et des larmes.
Il est maintenant une créature de la terre.

Mais son regard se porte déjà vers le ciel,
Ses bras se tendent vers l’immatériel,
Se referment dans le vide et le néant.
Il est une créature des cieux, pourtant.

Baptisé selon la coutume, avec de l’eau
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
Dieu se love dans son cœur aussitôt
Feu ardent et rouge-sang dans le joyau.

Feu ardent et brûlant attiré par l’eau,
Il murmure maintenant et pour l’éternité,
Dans le cœur de cette âme embrasée
« J’ai soif , Moi le Seigneur, le Très-Haut » .

Descendu aux enfers, volontaire prisonnier
Au cœur de l’homme, un brûlant et divin secret.
Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié
« J’ai soif » murmure t-Il à l’enfant nouveau-né.

« J’ai soif ! » la Voix enfle et se perd
Dans une vie d’épreuves et de misère.
« J’ai soif ! » crient l’enfant et son Dieu-Trinitaire,
Ils sont à la fois, tous deux, l’eau et le désert.
« J’ai soif ! » parfois la Voix se tait, tout s’endort.

Le bruit du monde, la mollesse de nos corps
Assourdissent le doux murmure, le cri délirant
La voix du Père, et celle de l’enfant.
Occultée, la Voix du Tout-Puissant
Moquée, piétinée, écrasée, cette voix d’enfant

Et dans un silence d’outre-tombe
Quand tout est fini, mort, nuit sombre
Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux !
De leur bouche pleine de cendre et qui ne s’ouvre plus
Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus
Puisqu'ils ont appelé, et le Verbe est venu .
Le Calice suprême, La Coupe du salut,
S’est versée sur leurs lèvres, jusqu’à la lie
Ils ont bu.

mercredi 8 avril 2020

Mercredi 8 Avril, Journal de Bord, du confinement de plus en plus confit




Mercredi 8 Avril
Les Yvelines décident d'interdire le jogging entre 10h et 19h, pour faire comme Paris. Ça a toujours été l'obsession des provinces, de faire comme la Capitale. Interdiction qui paraît saugrenue, absurde, dans notre campagne, aux confins des Yvelines. On voit une voiture de gendarmes tourner dans les ruelles du village comme une toupie qui tourne, grâce à la force centrifuge mais dont le principe actif, la main, le cerveau, a depuis longtemps lâché l'objet.
Tout cela parce que le confinement n'est pas géré dans toutes les zones de non-droit, dans les quartiers sensibles de nos villes, grandes ou moyennes.
D'autres pays européens encouragent, au contraire, les activités de plein air, avec quelques règles d'hygiène simples.
Ce confinement, solution du pauvre, est strictement inapplicable pour certaines populations pudiquement décrites comme "populaires ". Et, à court terme, ce remède devient pire que le mal. Nous ne pourrons pas mettre à l'arrêt plus longtemps tout notre pays, nous ne pourrons pas isoler plus longtemps nos personnes âgées dont la vie même consiste à être touchées, embrassées, enlacées, massées, nourries à la main, habillées, soulevées, manipulées. Sinon elles meurent.
Nous ne pourrons pas continuer à nous confiner entre nous sans échanges possibles avec d'autres à l'extérieur, comme des tribus de primitifs (qui ont disparu justement).
Le confinement, même strictement appliqué ne tient pas. Nous-mêmes sommes bien sortis pour faire des courses alors même que nous étions contagieux.
La course en avant pour un confinement de plus dur, total, est un manque élémentaire de réalisme basique.
La difficulté avec cet état socialiste, c'est qu'il n'y aura personne pour prendre la décision et donc la responsabilité de décréter un "déconfinement". Cela va prendre des mois. Des mois de fatigue, de stress, de fermetures d'entreprises, de morts autres que par ce virus, dans l'anonymat le plus absolu. Ce confit va faisander et pas qu'à moitié.
L'état, avec ses affidés, les journalistes, se lance donc dans le jeu inverse de "celui qui confinera "le plus, le mieux, le plus fort".
Je ne comprends pas qu'on supporte à la radio et à la télévision ces hordes de journalistes, sans masques, âgés, qui déblatèrent à longueur de plateaux sur des potins politiques, des chiffres, des stratégies. Hier, Duhamel sur bfm avec trois/quatre journalistes. Mais pourquoi ces gens là ne sont-ils pas confinés comme le lambda?? Au nom de quoi se permettent ils une telle impunité ? Sont-ils, par la grâce d'un totalitarisme étatique et divin, immunisés contre le virus? Effrayant, écœurant.
Hier, Basile a fait un moelleux au chocolat, selon la recette de Cyril Lignac, regardé à la télévision, qui cuisine de chez lui, confiné (avec son caméraman visiblement). Je lui demande de doubler les proportions, ce qu'il fait à peu près mais, dans sa lancée de doublement, il multiplie aussi par deux le temps de cuisson! Le moelleux n'est plus très fondant mais demeure délicieux.
Hier soir, "super lune". Décor de carte postale depuis ma terrasse. J'appréhende ces trois jours saints où il va falloir motiver les troupes pour tenter de les vivre le plus catholiquement possible. Le cœur
n'y est pas. Nous sommes plutôt comme les apôtres endormis au jardin des Oliviers pendant que Jésus agonise.

dimanche 5 avril 2020

Dimanche 5 Avril, Journal de Bord, "Qu'Il vous aide à découvrir jusqu'où va le don de sa Grâce"


Dimanche 5 Avril, dimanche des Rameaux
Nous avons fait une petite procession des Rameaux dans le jardin jusqu'à un autel fabriqué par les garçons. Nous nous sentons comme des colons d'un nouveau monde dans lequel il n'y a pas de prêtres, pas d'églises mais où le Christ est bien présent. En regardant la photo de la table en bois, un ami me dit :" ça a un petit côté païen tout cela ..." je lui réponds que nous allons nous empresser de rendre ce "tout cela" catholique ...
la fin de la messe paroissiale suivie sur notre écran, dans la bénédiction finale, le prêtre a cette expression : "Qu'Il vous aide à découvrir jusqu'où va le don de sa Grâce ".
Les garçons veulent construire un foyer dans un coin du jardin, avec du sable et des grosses pierres. Puis un poulailler. Je crains que mon jardinet ne ressemble à un village gaulois à la fin de cette Semaine Sainte !
Rémi se coupe la main avec une scie, je soigne et désinfecte, à priori pas besoin d'un médecin (inexistant). Je me promets d'apprendre à recoudre une plaie après ce confinement.
La vague de grippe coronée a l'air de se terminer chez nous. Je me demande si nous pourrions donner notre sang "d'immunisés" à quelques malades qui en nécessiteraient. Quelqu'un d'intéressé par mon sang de franco-néerlandaise ?