jeudi 24 mai 2012

Urgence


Pris chez Xyr, L'horreur du château. 

 Il s'agit au sens strict du terme d'une vraie mise en danger pour sa  vie que subit cette jeune fille. Pourvu qu'elle puisse quitter son lycée pourri  mais je ne suis pas sûre qu'elle sera vraiment en parfaite sécurité dans le privé... Ce témoignage est bouleversant. Combien sont-ils à subir cette vie? L'enfer existe, ces jeunes desouche vivent dedans. Et Taubira qui s'apprête  à fermer les tribunaux correctionnels pour jeunes!! L'impunité puissance mille pour des hordes entières dans les cités...

CF aussi ce témoignage d'une maman qui vit en ZEP, au milieu de ce texte.


Clémence, 15 ans

/* Email reçu après la publication du texte "C'est l'histoire d'un mec..." */

Bonjour.

Je me présente. Je suis Clémence, j'ai 15 ans et j'ai été élevé dans le même monde que toi, j'ai eu la même éducation, les mêmes références, la même culture et les même problèmes. Tout ça, une petite décennie après, et je me rappelle pourtant avoir défilé contre Le Pen en 2002. Je me rappelle de son visage effrayant, j'en avais pleuré, j'en avais fait des cauchemars et ses mots dans mes oreilles d'enfant bien pensante, ces mots m'ont terrorisée. Je suis née à la campagne, chez les 'fachos' comme les appellaient mes parents. Ces fachos comme on les hait, incapables de réfléchir par eux-mêmes, et pendant 3 ans, à l'école, on me voyait comme la fille de communistes, qui après l'école s'amusait à déchirer les affiches du FN sur le mur du village. J'ai eu un psy, à 5 ans, parce-que je posais trop de questions. J'ai été vive, comme toi, je n'avais pas de temps à perdre, il me fallait grandir, et vite. L'année d'après, j'ai déménagé. J'ai eu une amie malade, je faisais ses devoirs, je la défendais contre tous, et jusqu'à mes 10 ans je pensais qu'aimer tout le monde était le meilleur choix à faire pour s'assurer d'un bonheur plein, sain et omniprésent. A 11 ans, je suis rentrée en ZEP. J'étais la française, la blanche, j'ai dû devenir un mec pour me fondre dans la masse, j'écoutais du rap, j'ai pris du poids. Je devais cacher mon homosexualité, sinon c'était 'tu me suces après les cours ?' ou 'tu veux pas coucher avec moi et mon pote ?'. Aujourd'hui, je suis en seconde dans le pire lycée de Paris, quelque part dans le 19ème et rien n'a changé. J'ai seulement osé devenir plus féminine, j'avais l'espoir qu'à Paris, les gens seraient plus tolérants. Mais impossible de vivre une histoire d'amour ici, impossible, ici je suis 'sale' alors je me tais. Mon prof de SES passe toutes les heures de cours à nous parler de lui, de ses vacances, de son enfance. Les TES n'auront pas leur bac par sa faute. Ils ont voulu le faire virer, mais il a crié au racisme. Il est Sénégalais. Dans ma classe, on est 34. Je suis la seule 'française de souche'. Brune aux yeux bleus. Je pense à ma cousine, à ma sœur, qui sont blondes aux yeux bleus, je remercie la vie de pouvoir dire 'non, mais je suis arménienne'. La vérité, c'est que mon arrière-arrière-arrière grand père était arménien, mais que j'ai honte d'être française et mon prof de SES dit 'votre chance, votre richesse, c'est de ne pas être uniquement français, mais d'avoir d'autres origines'. A ses yeux je ne suis rien, je ne compte pas, je suis 'pauvre', je n'ai pas de culture. Alors je mens. Et pourtant... On m'a aussi volé des écouteurs, un jour, à la sortie des cours. J'ai voulu me défendre, d'ailleurs j'ai essayé, mais que faire, seule contre trois ? Ton article m'a énormément touchée. L'année prochaine, j'espère aller dans le privé, c'est mon seul espoir. J'ai tout écrit de travers, je suis un peu perdue (pour d'autres raisons) et mon récit n'est pas très poétique, je m'en excuse. En tout cas, merci.

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