jeudi 4 décembre 2014

Le Bien Commun et la doctrine sociale de l'Eglise... socialiste



L’économie est une chose annexe. — Polo
Pour un fonctionnaire français qui a le frigo plein, la garantie de l’emploi et une retraite assurée, peut-être. Pour les hommes normaux, non.
Pour un Russe qui a risqué sa vie pour son pays, qui reçoit une retraite de 30 euros par mois, et qui est obligé d’acheter ses médicaments au marché où on lui refile des pilules contrefaites et empoisonnées à cause du « grand homme d’Etat Poutine qui défend les intérêts de son peuple », l’économie est une chose très importante.
Pour un jeune Français qui entre sur le marché du travail, envoie des centaines de CV sans réponse, ne trouve que des stages gratuits, et se voit demander la caution de la Banque de France pour louer un studio où il ne faut pas se retourner trop vite si l’on ne veut pas se cogner dans les murs, l’économie n’est pas une chose annexe, non.
C’est marrant, cette façon de débattre en disant qu’il y a un truc qui est important à l’exclusion de tous les autres (et ce qui compterait, ce serait de choisir son truc). Il y a des millions de trucs qui sont importants.
Je ne sais pas trop ce qu’est cette « doctrine sociale de l’Eglise », qui me paraît surtout être la doctrine de l’Eglise socialiste. On a l’air d’y trouver tout et son contraire.
Je me méfie de ce fameux « bien commun » qu’on nous ressort à chaque tournant dans le réaco-milieu depuis quelque temps. J’aimerais savoir qui décroche le droit de définir ce qu’est ce bien commun, et qu’est-ce qu’on fait si les gens sont en désaccord sur ce qui constitue le bien commun (ce qui est l’état normal des choses). J’aimerais être sûr que le bien commun n’est pas le bien communiste. J’ai comme un doute quand j’entends des gens avec une carte officielle de catholique nous dire que tel ou tel point « n’est pas négociable ». Je trouve que cela augure assez mal de ce que serait le « bien commun » si ces gens parvenaient au pouvoir. M’est avis que le caractère commun de ce bien serait assez douteux.
Je ne sais pas bien ce que dit « la doctrine sociale de l’Eglise » sur le sujet (doctrine que je ne me souvient pas d’avoir signée, d’ailleurs), mais je sais que pour le Christ, l’économie était très importante : c’est lui qui a multiplié les pains et les poissons. Il n’avait pas l’air de penser que la rareté des biens comparée aux besoins (réalité humaine éternelle qui fonde l’économie) était un problème secondaire.
Et puis je ne me souviens pas d’avoir lu l’expression « bien commun » dans la Bible.
Robert Marchenoir 
C’est marrant, aussi, cette haine contemporaine de l’abondance. Il y a des gens qui prennent la plume pour s’indigner sérieusement de ce que l’on trouve un trop grand nombre de modèles de yaourts dans les supermarchés. Ils doivent penser que ça réchauffe la couche d’ozone ou que ça troue le changement climatique — whatever.
Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze paniers pleins de morceaux de pain et de ce qui restait des poissons.Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.
Autrement dit, Jésus a inventé le gaspillage alimentaire. Non seulement il donne à bouffer à tout le monde, mais en plus il y en a en trop ! Jésus, premier consumériste de l’humanité ! En voilà un qui n’a pas dû lire la doctrine sociale de l’Eglise !

9 commentaires:

  1. Robert Marchenoir4 décembre 2014 à 19:29

    Merci, La Crevette. Depuis, quelqu'un m'a fait remarquer que l'expression "bien commun" était bel et bien citée dans la Bible. Il va de soi que je ne nie ni l'existence du bien commun, ni la nécessité d'y pourvoir. Ce sont les modalités de sa protection qui me préoccupent.

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    1. Oui oui j'ai lu le commentaire suivant mais il était "annexe"!

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  2. L'indépendant12 décembre 2014 à 13:45

    Vous ne savez pas ce qu'est la Doctrine sociale de l'Eglise ? Manifestement, vous avez besoin d'enrichir votre culture historique. Lisez donc l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII et l'encyclique Quadragesimo Anno de Pie XI...
    Mélangez "social" et "socialiste", cela est ridicule...

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    1. Désolé, L'Indépendant, on ne peut pas tout lire. Les extraits de la doctrine sociale de l'Eglise que m'oppose Michel Janva, sur le Salon Beige -- que je réfute en trente secondes et dont il censure la réfutation -- me suffisent amplement. Et vous êtes bien gentil de vous intéresser à "ma culture" : vous, vous êtes un Pic de la Mirandole, je présume. Aucun pan du savoir humain ne vous est étranger. Vous avez tout lu et tout compris.

      Les catholiques qui se réclament de "la doctrine sociale de l'Eglise" s'opposent par principe à l'autorisation du travail le dimanche. Pourquoi ? Parce que cela détruirait la famille. Je prends là l'argument le plus proche de la religion. J'accorde un handicap à mes contradicteurs en fermant les yeux sur les arguments plus proches du marxisme (ne pas favoriser la "consommation", s'opposer aux grandes surfaces).

      Et je pose la question : montrez-moi un seul chrétien qui se fasse une règle de ne jamais prendre le train le dimanche, parce qu'il juge que cela nuit à la vie de famille des cheminots, et accessoirement parce que cela les empêche de se consacrer pleinement à rendre grâce à Dieu ce jour là.

      J'ai posé cette question à d'innombrables reprises, dans d'innombrables endroits. Je n'ai jamais reçu de réponse. Et maintenant, dans ce haut lieu de la défense de "la doctrine sociale de l'Eglise", j'ai nommé le Salon Beige, mon objection est carrément censurée.

      Comme sont censurées, désormais, mes objections concernant la grotesque allégeance à Poutine d'une bonne partie de la "vraie droite" française, dont les organes des chrétiens auto-proclamés.

      Pour des gens qui prétendent promouvoir la Vérité à chaque coin de blog (avec une majuscule), je trouve que ça la fiche un peu mal. Une vérité très arrangée, et fort contrôlée...

      Faites l'expérience : banchez-vous sur n'importe quelle discussion concernant le travail du dimanche sur un blog chrétien. Il ne faut pas plus de quelques minutes pour qu'apparaissent les vraies cibles de ce refus, nommément désignées : Castorama, Carrefour et Ikea (parfois les noms changent).

      Jamais on ne vous citera la boulangerie du coin (qui vend des pâtisseries après le messe du dimanche), le marché, la poste (qui ne suspend pas le transport des colis le dimanche), la librairie "indépendante", les musées, les restaurants... Non : c'est toujours les grandes surfaces. Avec une haine particulière pour ceux qui achèteraient des perceuses le dimanche. Apparemment, il y aurait un verset de la Bible condamnant les perceuses.

      Curieusement, je n'ai jamais, et je dis bien jamais, lu l'argument attendu, sous la plume de chrétiens condamnant le travail le dimanche : le dimanche, c'est fait pour aller à la messe. Voilà qui serait, du coup, un argument de doctrine. Mais il faudrait alors reconnaître que bien des paroisses s'arrangent pour placer une messe le vendredi ou le samedi matin, afin que les fidèles puissent partir en week-end sans remords...

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    2. Si les militants chrétiens de l'interdiction du travail du dimanche étaient vraiment motivés par des raisons altruistes et religieuses, ils s'interdiraient de partir en week-end, car cela les empêche d'assister à la messe.

      Ils se priveraient volontairement de pain frais le dimanche matin, afin de ne pas contribuer, par leurs actes, à la destruction de la vie familiale du boulanger. Ils s'interdiraient d'aller au marché le dimanche, par égard pour les enfants du boucher et du marchand de primeurs. Ils se feraient une règle de ne pas prendre le train le dimanche, de ne pas imposer leur présence aux serveurs de restaurant le dimanche, de s'interdire la petite séance de cinéma du dimanche, de s'abstenir de l'agréable visite de musée le dimanche, de ne pas flâner entre les rayons de la délicieuse petite librairie de proximité ouverte le dimanche, de ne jamais réserver de chambre dans une chouette petite auberge de campagne le dimanche, etc.

      Ils feraient tout ça en silence, humblement et sans rien demander à personne. Comme le prescrit, non pas "la doctrine sociale de l'Eglise", mais la foi chrétienne tout court.

      Les plus impliqués dans la vie de la Cité feraient des billets de blog pour exiger que le courrier prenne un jour de retard le dimanche, afin de ne pas obliger les postiers à travailler ce jour-là. Ils accepteraient de ne pas avoir accès à leurs blogs le dimanche (car Internet serait fermé ce jour-là). Sans aller jusqu'à réclamer l'arrêt de la distribution du courant (qui détruit la vie familiale des fonctionnaires d'EDF, si je suis la logique des doctrinaires socialistes de l'Eglise), ils s'obligeraient, comme les Juifs, à ne pas actionner les interrupteurs électriques le dimanche, à titre symbolique, pour manifester au moins leur soumission à Dieu.

      Mais non. Ils ne font pas tout ça. Tout ce qui favorise leurs petits plaisirs, tout ce qui arrange leur petit confort, ils ferment les yeux dessus.

      Et le reste, ce qui ne correspond pas à leurs besoins et à leurs envies à eux (travailler le dimanche chez Ikea pour financer ses études, acheter une perceuse le dimanche chez Bricorama pour retaper sa maison parce qu'on n'a pas le temps de le faire le reste de la semaine, voire –- abomination de la désolation ! –- flâner dans un centre commercial le dimanche), ils exigent, avec fracas, que l'Etat l'interdise aux autres !

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    3. A lire ces ahurissantes discussions, on a l'impression que tous ces chrétiens auto-proclamés sont surtout des gens aisés, avec un bon boulot de fonctionnaire qui leur donne toute latitude pour faire les courses dans la semaine, ou de bons revenus dans le privé qui leur permettent de payer une "employée de maison" pour remplir le frigo à leur place, et qui regardent avec une morgue mêlée de mépris tous ces ploucs qui courent toute la journée dans les transports en commun, qui n'ont pas les moyens de payer un plombier pour refaire leur cuisine, qui n'ont pas le bonheur d'avoir un CDI verrouillé de partout qui leur évite de chercher des boulots de complément, qui n'ont pas de "famille" parce qu'ils sont jeunes, vieux ou pas gâtés par le sort, et donc qui se moquent bien de se reposer le mardi ou le dimanche (voire qui préfèrent se reposer dans la semaine, parce que ça leur permet de faire les courses sans la cohue)...

      A force de lire le Salon Beige, on croirait que tous les Français se conforment au modèle "papa, maman, la bonne et moi", et ressemblent à une photo de Doisneau : les parents et les enfants assis autour de la table du salon, avec le gigot fumant au milieu.

      Ben... non. Personne n'empêche ces gens-là de travailler dans la semaine, de "faire du sport" le dimanche (comme je l'ai lu sur un blog de prêtre : quel rapport avec les prescriptions de la foi chrétienne ?), et de ne pas aller chez Bricorama ce jour-là s'ils préfèrent faire des lectures de Sénèque en famille (quoique j'aie un petit doute).

      Mais qu'ils n'empêchent pas les autres de vivre leur vie.

      En fait, la prétendue opposition au travail du dimanche, elle est extrêmement limitée : elle se cantonne aux grandes surfaces. Apparemment, la "doctrine sociale de l'Eglise" autorise le travail dominical des petits commerçants, des commerçants ambulants sur les marchés, des fonctionnaires, de tous les salariés du service public, de tous ceux qui travaillent à un titre ou à un autre dans la culture, des ouvriers dans l'industrie, des chauffeurs de camion sur les routes, des livreurs, des agriculteurs, des marins, des pilotes d'avion... et des techniciens de Radio Courtoisie qui sont obligés de bousiller leur vie familiale le dimanche, pour permettre à de bons chrétiens de tonner au micro contre le travail du dimanche.

      Tous ces gens-là, apparemment, n'ont pas de "famille", ne sont pas soumis aux "règles anthropologique immuables" qui gouvernent le reste de l'humanité, sont exemptés des "valeurs chrétiennes et traditionnelles", n'ont pas à être protégés du vice "consumériste", ne "produisent" rien du tout...

      Voilà pourquoi la prétendue "doctrine sociale de l'Eglise" est surtout une doctrine socialiste. Et bobo – mais ça va avec.

      Curieusement, d'ailleurs, elle a surgi il y a fort peu de temps dans le débat public, tout comme le fameux "programme du Conseil national de la Résistance". Si vraiment elle était si importante dans la doctrine chrétienne, pourquoi n'en entend-on parler que maintenant ? Léon XIII a accédé à la papauté en 1878 ! De même, la réapparition du "programme du Conseil national de la Résistance", qui n'a absolument pas le contenu qu'on lui prête, est une manipulation communiste qui date d'une dizaine ou d'une vingtaine d'années seulement.

      Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'une opération de propagande anti-libérale, qui se dissimule sous des oripeaux consensuels ou prestigieux : le christianisme dans le premier cas, la Résistance dans le second. Il s'agit une fois de plus de nous refourguer l'idéologie socialiste, en l'habillant de nobles sentiments.

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    4. Merci Bob; ces débats totalement absurdes sur le "travail" du dimanche m'agacent aussi prodigieusement. Personnellement, pour vivre à la campagne, je prends plaisir à faire mes courses le dimanche, avec mes enfants étudiants, qui rentrent le week end parfois; je préfère effectivement aller au cinéma le dimanche plutôt que de marcher dans la campagne désolée (ce que je fais aussi rassurez-vous et ce qui est certainement pour les cathos un signe de grande foi^^ je suppose). Je tiens à préciser qu'en tant que mère de famille nombreuse, je "travaille" énormément le dimanche (repas plus sophistiqués pour les grands qui rentrent, repassage pour mes pensionnaires et étudiants, bref, tout le train d'une maison à mener) et le week end n'est pas le moment le plus calme de la semaine. Cela ne m'empêche nullement de pratiquer ma foi, d'aller à la messe ou autres veillées particulières etc. La lecture littérale des évangiles ou des dogmes est une absurdité qui n'a rien à voir avec la théologie catholique qui utilise sa raison, ce qu'on a tendance à oublier un peu trop souvent...

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    5. Les personnes qui nous expliquent ce que l'on doit faire le dimanche ont une attitude et une mentalité de collectivistes de grande classe (c'est à dire de socialistes du style Martine Aubry) c'est cela la réalité et les cathos aujourd'hui ressemblent furieusement à ces socialistes en imposant à tout le monde leurs diktats concernant ce qu'on doit faire le dimanche ou pas.
      La seule chose qui peut faire tiquer pour cette histoire de travail du dimanche c'est le fait que le dimanche devient insensiblement un jour comme les autres et dans nos sociétés occidentales et chrétiennes, c'est une perte de tradition, de culture chrétienne, bref de ce qui caractérise notre Occident. A nous catholiques de manifester par notre foi et notre pratique cette tradition essentielle sans vouloir en fait un dogme imbécile.

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