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dimanche 14 septembre 2025

Le moment de fondamentale incertitude

 Auparavant : Théophanie, "Job et l'excès du mal" de Philippe Nemo.

"Cependant, l'adhésion de Job à l'Intention de Dieu comporte un aspect paradoxal qu'il ne faut pas  passer sous silence, malgré le ton triomphant des derniers passages commentés.
Job a bien vu que, pour rejoindre l'intention intime de Dieu, il lui a fallu "s'avancer" et, comme il l'a dit dans une formule puissante, "prendre[sa] chair entre ses dents". "Emporter sa chair entre ses dents", comme le fauve emporte sa proie, est une locution proverbiale pour dire qu'on risque sa vie. Donc Job savait qu'il n'avait aucune garantie. Il a fait une sorte de pari. En s'avançant vers Dieu, il ne connaissait pas encore sa réponse. Néanmoins, il a fait le pas, se "découvrant" comme un duelliste en chemise sur la prairie s'exposant au feu de l'adversaire.Il s'est exposé à l'ambiguïté de Dieu, à son absence. Il a décidé d'être bon même si Lui était méchant. Il a décidé de choisir pour l'amour indépendamment, sinon de toute perspective, du moins de tout calcul, de salut. Et alors il y a eu salut!
On voit que, dans cette affaire, le moment de fondamentale incertitude est à jamais inesquivable. La nuit est l'unique chemin du jour. Et cette nuit se reforme à chaque instant, aucune de nos réponses antérieures ne vaut pour la question posée aujourd'hui par l'excès du mal. Rien ne peut remplacer l'engagement. Rien ne peut dispenser de passer par le découvert, par le nada. Avant saint Jean de la Croix, Job fait l'expérience de la nuit de l'esprit. Dieu n'est trouvé que dans le nada. Telle l'éblouissante certitude de Job.
C'est si l'on veut la foi. L'excès du mal a produit ce fruit spirituel."

"Job et l'excès du mal", par Philippe Nemo








Je m’engage, seule, dans un petit chemin,

Le vent souffle dans les arbres immenses.

Mille bruits, diffus, éclatants, me dérangent.

Je marche doucement vers un lieu incertain ;

Puis, de plus en plus vite, mon pied avance :

J’ai vu une lumière, me semble t-il, au loin .


Clarté rassurante, clairière paisible,

La fleur est odorante et le papillon voltige.

Je me suis endormie dans une chaleur rassurante

J’ai fermé les yeux sur une lueur aveuglante.

La forêt fraîche et sombre m’a happée de nouveau

Dans ma nuit, enfoncée, dans le gouffre, le saut.


Relevée lentement, la poussière retombe

Doucement.

Où suis je ?


L’arène est lumineuse, le sable brûlant sous mes pas ;

Dans la lumière incandescente, au milieu des vivats

J’ai mon glaive bien en main, rien ne m’atteindra.

La bête est énorme, luisante et noire, l’œil fou.

Je n’ai pas peur, non, je suis déjà morte, c’est tout.

L’ombre immense se lève, oh fraîcheur bienfaisante !

Le soleil tournoie, je suis piétinée, broyée, pantelante.


Je respire et je vis, paupières obstinément baissées ;

Voir sans regarder, savoir sans lire, pas de réalité.

Je me suis ensevelie dans le gouffre – tombeau

Je pensais vivre ainsi cachée au milieu du troupeau.

Mais le monstre m’a trouvée, mon propre cerveau

Il m’a tuée pour de bon , réveillée à nouveau.


Relevée lentement,

Je suis

En enfer

Maintenant


Ballet immémorial, défi transcendantal

Ne pas s’endormir, rester éveillé,

Chercher la vérité, trouver la réalité

Je suis A, petite fille de la forêt,

Je suis A, petite fille du soleil,

Je suis A, entre terre et ciel. 


mardi 11 mai 2021

Théophanie : "Job et l'excès du mal", de Philippe Nemo.


 "Dévoiler sous le masque noir de la Négation
L’éclat magnifique de la Transfiguration."*



J’ai commencé à lire ce magnifique livre de Philippe Nemo, « Job et l’excès de mal » et j’avoue poursuivre ma lecture comme un explorateur suit la trace d’un monde perdu…Ce livre est, je crois, le plus beau lu depuis trois ans. Je vous le recommande particulièrement, il existe dans une nouvelle version modifiée avec un dialogue avec Lévinas à la fin, chez Albin Michel (couleur bleu-violet) mais sur Amazone malheureusement vous ne trouvez que l’ancienne version chez Grasset.

Un premier chapitre ouvre la réflexion sur la notion d’angoisse. Plus que la souffrance, c’est, de l’avis de l’auteur, l’angoisse éprouvée par Job qui est décrite. L’angoisse de l’homme devant le temps qui passe, « le temps d’avant, le temps irrécupérable, in-restaurable, » l’idée d’un « jamais plus comme avant » Angoisse et panique qui prennent possession de tout l’être devant l’inéluctable qui se profile et s’abat, les épreuves (parents qui ne s’aiment plus, enfants qui décèdent, précarité de l’existence matérielle, catastrophes naturelles, guerres, injustices en tous genres, maladies incurables, déchéance morale, spirituelle, physique, etc…) qui nous tombent dessus alors que nous n’avions même pas, au départ demandé à naître et à exister !

« L’armée hurlante lancée à son assaut est spécialement équipée d’arcs et de flèches –blessure soudaine, profonde, douleur paroxystique : « Il me cerne de ses traits, transperce mes os sans pitié et répand à terre mon fiel » (16, 13) ; « Les flèches de Shaddaï sont en moi plantées, mon humeur boit leur venin » (6, 4ab).

Angoisse, venue d’on ne sait où en fait, qui transparaît au travers de notre époque avec tous ces jeunes ou moins jeunes qui se droguent, qui boivent, qui sombrent ou tentent de sombrer dans l’oubli bienfaisant, pour échapper, ne serait-ce que quelques heures à la chape d’anxiété ou de déréliction complète qui les enserre. Chacun a ses trucs pour y échapper, et souvent, en creusant en moi-même ou en observant les autres, les larmes me viennent de voir notre humanité si fragile, si pauvre, si délicate, si blessée et pourtant, si belle… Vraiment, je ne saurais expliquer ce paradoxe qui me prend à la gorge tous les jours que Dieu fait.

Plus que la souffrance disais-je, l’angoisse universelle : « Les textes cités montrent au contraire de façon probante, croyons-nous, que Job souffre d’un mal démesuré qui l’atteint jusqu’à briser son « moi », que c’est la folie de cette souffrance qu’il qualifie d’injuste, et que c’est à supprimer cette souffrance que visent tous ses propos et toutes ses démarches. »

L’injustice du mal, voilà le grand mot est lâché, voilà le cœur de l’incompréhension de Job et son angoisse absolue : Job non seulement n’a pas demandé à naître et à exister mais il a eu à cœur de prendre cette existence donnée et de faire au mieux avec la Loi prescrite. Il a été un bon père, un bon époux, un bon maître et grâces lui ont été rendues d’ailleurs…jusqu’au jour de l’épreuve où il a tout perdu.
Alors ses bons amis pointent du doigt des fautes nécessairement commises par Job car dans le monde tel qu’il nous apparaît, selon la loi divine, l’impie est puni et le juste récompensé. Si donc Job se retrouve dans la déchéance la plus totale, c’est bien parce qu’il a du fauter quelque part…
Et nos bons amis à nous de nous dire, au jour de notre épreuve : tu l’as certainement cherché ... Culpabilité bienheureuse parce qu’elle nous délivrerait de l’incompréhension ou de l’injustice qui est le pire des maux.

Mais non : le mal ne s’explique pas, profondément, au bout du compte. Et quand bien même il s’expliquerait un peu, il apparaît de toutes les manières complètement hors de proportion par rapport à la pauvre figure de Job, homme de bien s’il en est. Ce mal est disproportionné par rapport au monde, il dépasse l’ordre du monde infiniment et personne ne peut répondre, que ce soit par une morale ou des sciences à la question du pourquoi, parce que le pourquoi, en ce qui concerne le mal, est hors de propos, hors de la réalité. Si le mal était transgression d’une justice du monde, alors il serait réparable s’il était bien compris ou connu. Mais là, on s’aperçoit que toute la science du monde ne permet pas d’arriver à trouver de cause au bout du compte, que cette dernière soit personnelle ou inscrite dans l’ordre du monde.

Cet « excès du mal, en définitive, consiste en ceci : l’humanité ni le cosmos n’ont régularité ni ordre, ils sont affolés et affolants, inintégrables à la pensée. » 

Au fond du fond, on en vient à penser, Job en vient à penser que ce Dieu auquel il a toujours obéi et sacrifié est aussi le Dieu créateur du Mal et qui le poursuit, lui le juste, avec ce mal et de façon acharnée en plus ! Dieu créateur de toutes choses, créateur du Mal… 

« … Job fait la rencontre d’un mal non neutre qui ne se contente pas de le tuer, qui ne veut même pas le tuer et lui interdit, nous l’avons vu, de mourir : un mal qui le torture, éternise sa douleur et en fait un enfer. Ce mal ne l’atteint pas de façon neutre ; sa folie même n’est pas celle du chaos. Il le cherche."
« Au contraire, ici, le mal n’est pas aveugle, il a des yeux. (…) Cette torture n’est pas sans un tortionnaire, une cause intentionnelle, une Intention.»

Dès lors, Job n’aura de cesse et nous avec, n’est-ce pas, de découvrir l’intention de l’Intention. A présent que nous comprenons que cet excès de mal attire l’attention de notre âme, de notre esprit vers Celui qui attend tout de nous, vers Celui qui frappe à notre porte comme le dernier des mendiants. Il en vient, ce Mendiant sublime, à nous frapper dessus pour qu’enfin nous nous tournions vers Lui, comme un enfant crie et hurle envers sa mère, et la frappe aussi de ses petits poings, comme un adolescent blesse ses parents qu’il adore par des piques sans cesse renouvelées pour attirer leur attention, pour faire croître un amour jamais comblé…

Ce Mendiant là, il nous fait mal pour qu’enfin nous tournions nos regards vers Lui et le voyions pour de bon. Le mal a servi à Job à revenir dans la « mémoire » de Dieu et c’est tout ce qui importait à Dieu. Au travers du mal, retrouver Dieu.

« Le monde est alors rendu à son vrai statut. Nous avions pris l’habitude de voir en lui notre unique partenaire, le seul être avec lequel nous dussions compter, au point que nous avions pensé lui dire le « grand Amen ». Mais nous sommes soudain séparés du monde, et le monde lui-même passe, du statut d’englobant ultime, à celui de réalité seconde, lui-même élément d’une autre totalité plus englobante, à savoir l’intrigue nouée entre l’Intention et l’âme. »

Alors que faire maintenant avec ce nouveau et premier Partenaire ? A deux maintenant, parce que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et pas à l’image d’un monde ou d’une réalité terrestre si je puis dire, à deux il faut se tourner vers le monde et parachever de concert la création enclenchée, lutter constamment contre le mal qui y sévit et qui y est le maître, faire son possible contre le mal. 

« Telle est en définitive la théophanie dont Job a été l’élu. Il a d’abord perçu l’Autre dans la déchirure de sa détresse ; puis, dans la conversion de son cœur, cet Autre s’est montré tout entier comme un ami magnifique. »

Cet Ami magnifique, c'est donc Dieu lui-même mais cette fois c'est un Dieu défenseur qui nous apparaît, après avoir été un Dieu accusateur, un Dieu suffisamment humain pour connaitre nos souffrances et notre douleur,un médiateur contre la propre justice divine :  le Christ vrai Dieu et vrai Homme car "comme l'empoisonneur qui connait aussi, et par définition, les remèdes, il n'est pas impuissant, s'il le veut, devant le mal"
Une forme de dédoublement de la personne divine, Dieu le Père créateur du Mal et Dieu le Fils qui vient nous sauver et lutter avec nous et en nous contre le mal et nous retrouver face à face avec Lui à jamais.

« Le combat que notre âme engage maintenant contre le mal n’est pas la mise en œuvre d’un moyen en vue d’une fin au sens technique, parce qu’il y a une absolue disproportion entre le moyen mis en œuvre et la fin eschatologiquement attendue. L’âme sait dorénavant que la fin qu’elle vise, la rencontre béatifique de Dieu dépasse infiniment ce qu’elle vise ».

« Seul l’excès de béatitude sera consonant avec l’excès du mal. Il ne s’agira pas seulement pour Dieu d’effacer le mal donné, mais de se montrer, par la béatitude donnée à l’excès, à la mesure de l’immesurable excès du mal. »



Notes :
Théophanie : Une théophanie (des radicaux grecs théo-, θεός « dieu », et phan-, « apparition ») est, dans le domaine religieux, la manifestation d'un dieu ou de Dieu, au cours de laquelle a normalement lieu la révélation d'un message divin aux hommes ou simplement un avertissement.

Prière : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2010/05/priere.html

*La belleza ferisce : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/12/la-bellezza-ferisce.html




mardi 3 juillet 2012

Christianisme et antiétatisme, par Nicomaque



Pie IX
Peut-on être chrétien et antiétatiste en France aujourd'hui ? La question pourrait surprendre un catholique, habitué à une défense traditionnelle de l'État par le magistère de l'Eglise. Mais les temps changent. Et le contexte actuel de la sociale-démocratie oligarchique, oblige à repenser les choses. Il est temps que les catholiques et les chrétiens en général, comprennent que soutenir l'État aujourd'hui signifie alimenter le processus même qui les détruit. 

A une époque, l'État était peut-être la réponse au chaos généré par les guerres et les prédations. Mais surtout, gouverner était une activité privée et l'État était la propriété d'une dynastie, qui exerçait la responsabilité à long terme de faire fructifier son royaume. Le roi devait laisser à son successeur un royaume prospère et paisible, dans une logique patrimoniale. 
Ce qu'on peut notamment regretter, c'est qu'à cette époque l'État employait souvent son pouvoir pour imposer la foi et la morale, détenues en commun par une communauté majoritaire. Or dans nos sociétés mondialisées, le pluralisme religieux est irréversible et il n'y a plus aucune justification d'un tel autoritarisme. Mais le problème c'est que l'État social laïque est devenu lui-même paternaliste et autoritaire, sous des apparences de légitimité démocratique. En réalité, le régime oligarchique de la sociale-démocratie ne supporte aucun véritable pluralisme idéologique, et ne parlons même pas des libertés économiques. 

Cela a été bien montré par Philippe Nemo dans son dernier livre : La France aveuglée par le socialisme. Dans un chapitre intitulé : La regression intellectuelle de la France, Philippe Nemo montre comment les libertés d'expression et d'opinion sont réduites par la multiplication des tabous et des interdits à caractère magico-religieux. Au Moyen-âge, les théologiens scolastiques, à la suite d'Abélard et de S. Thomas, avaient établi la distinction fondamentale entre le péché, qui relève de Dieu seul, et le crime, qui relève de la justice humaine. Or en rétablissant le délit d'opinion, (c'est-à-dire en criminalisant la parole, qui relève en fait du péché seulement, par exemple un parole haineuse ou mensongère), via la Halde, la loi Gayssot ou la loi Taubira, la France a fait retour vers la pensée magico-religieuse archaïque. 

Comme l'écrit aussi Yvan Blot :  « la démocratie représentative pure est devenue un régime oligarchique gouverné par des gérants irresponsables : politiciens mais aussi hauts fonctionnaires des finances, dirigeants de syndicats et associations irresponsables, dirigeants des médias, etc. » Ces gestionnaires, non-propriétaires, agissent avec l'argent des autres, dans une perspective à court-terme qui est d'assurer leur propre carrière. Et la préférence pour l'immédiat entraîne une série d'effets pervers bien connus : accroissement de l’endettement public, inflation monétaire, inflation législative, enfer fiscal, crise démographique et j'en passe... 

Pour revenir aux chrétiens, au lieu de rêver naïvement au retour de la chrétienté médiévale (même si j'ai de l'admiration pour cette période de notre histoire), ou de rêver à la christianisation de l'État social, ils devraient envisager une autre perspective, plus réaliste, à la fois sur le plan historique et philosophique. Elle a été bien résumée par John Zmirak (biographie ici), un catholique américain, auteur de Wilhelm Röpke: Swiss Localist, Global Economist, dont je traduis ici un texte :
Il semble clair que la sphère publique en Occident est irrémédiablement antichrétienne. Donc, la seule réponse logique des chrétiens doit être d'essayer de la réduire. Au lieu d'essayer de baptiser un Léviathan qui nous anéantit depuis longtemps, nous ferions beaucoup mieux de le mettre cage et d'affamer la bête. 

Nous devrions favoriser les impôts les plus faibles possible, quelle que soit la "bonne" utilisation que les politiciens nous promettent. Nous devrions nous opposer à presque tous les programmes que le gouvernement vise à atteindre, quels que soient leurs buts. Nous pouvons faire des exceptions ici et là : Nous pouvons favoriser la protection des vies innocentes, soutenir des mesures comme décider de l’emplacement des feux de circulation et jeter les criminels en prison. Mais c'est à peu près tout. 

Une politique publique d’inspiration chrétienne devrait se concentrer non pas sur la capture du pouvoir de l'État, mais sur sa diminution, au strict minimum nécessaire pour faire respecter les droits individuels. De même, la part de notre richesse saisie par l'État doit être radicalement réduite, afin de permettre les initiatives privées et les organismes de bienfaisance, à la place des institutions bureaucratiques qui sont sans âme et inefficaces, comme l'État-providence. 

Au lieu de demander l'aumône pour nos écoles, sous la forme de subventions, nous devrions plaider pour la privatisation des écoles publiques qui, par leur nature même, dans l’Occident post-chrétien d'aujourd'hui, sont des moteurs de la laïcité intolérante. Et ainsi de suite pour presque toutes les institutions de l'État centralisé, qui a détourné les activités légitimes de la société civile et des églises et qui, chaque année, vole tellement de notre richesse pour la gaspiller, que nous pouvons à peine nous permettre d’avoir des enfants.
En conclusion, John Zmirak rappelle son soutien à Ron Paul (voir ici ma traduction d'un article de Walter Block sur Ron Paul et les catholiques). Et il écrit : « Nous n'avons pas plus de raison de coopérer avec l'Etat laïque que les Irlandais ont à faire confiance à la Couronne britannique. Et c'est ainsi que je concilie Ron Paul avec Pie IX ».

Ceci avait déjà été fortement affirmé, avec plus d'un siècle d'avance, par le Cardinal Newman et Lord Acton en Angleterre, par Charles de Montalembert et Paul Leroy-Beaulieu en France, ou bien par le prêtre et philosophe Antonio Rosmini en Italie. A l'époque, ce dernier avait été condamné au silence par les jésuites pour ses thèses. Il fut pourtant béatifié en 2007 par Benoît XVI. Les temps changent...

A lire : 

samedi 23 juin 2012

Info- Philippe Nemo

Dimanche 24 Juin (fête de la saint Jean Baptiste), pour les parisiens, fête de Radio Courtoisie avec de nombreux stands dont celui de Philippe Nemo avec tous ses excellents livres que je recommande ici : http://oralaboraetlege.blogspot.fr/2012/01/des-livres-dexception.html

A ce stand de Philippe Nemo, vous trouverez aussi Nicomaque.

Vous pouvez saluer de la part de la crevette Philippe Nemo, il connait bien ce monde sous marin des petits blogs qui flottillent dans nos mers occidentales agitées sans désemparer.

dimanche 5 février 2012

Trois jours hors du temps





Un de nos amis s'est fait baptiser il y a deux jours. C'est un presque trentenaire revenu de tout, et qui, à lui tout seul, résume le titre de Philippe Nemo : "La belle mort de l'athéisme moderne" parce que décidément, cet athéisme qu'il soit scientifique, philosophique, artistique, religieux,"n'a pas tenu ses promesses et n'a pas établi que l'homme est moins misérable sans Dieu qu'avec Dieu".(...) "Tout ceci est tombé", continue Nemo," il reste le Deus absconditus." Le Dieu caché mais qui peut, si on le cherche et le réclame, se révéler et se rencontrer.

C'est ce qui est arrivé à notre ami et nous, nous n'avons été que les témoins privilégiés, émerveillés, abasourdis de cette Rencontre.

Nemo, dans ce beau petit recueil d'articles explique : "L'humanité est à nouveau à l'écoute. Mais qui transmet la Parole? j'ai vécu une expérience assez triste à Notre Dame de Paris le soir de l'élection de Benoît XVI. Toute une jeunesse était venue, elle remplissait entièrement la nef immense et attendait sagement, évidemment prête à entendre ce qu'on lui dirait. Or, personne ne lui dit rien. Des prêtaillons tragiquement indignes de Lacordaire lui firent seulement allumer de ridicules lampions. Nul doute que plus d'un de ces jeunes revint chez lui l'âme éteinte."

Notre ami a été à l'écoute. Il a attendu sagement qu'un prêtre lui parle. Il en a rencontré un grand nombre. Certains  lui ont dit qu'ils n'avaient plus la foi ou le coeur. Il a été renvoyé à ses doutes, ses questions, ses peurs. Il a été à deux doigts de revenir chez lui l'âme éteinte durant ces dernières années. Il a finalement rencontré et trouvé autre chose que des "prêtaillons", il a pu se mesurer et mesurer sa foi naissante à de vrais hommes, de bons prêtres. Ça a été un parcours semé d'embûches, d'épreuves, d'endurance, de combats envers lui-même et d'autres. Il a vaincu parce que le Christ le voulait. Le Seigneur n'abandonne jamais une âme à l'écoute. Il est là et Il se rit des grands de ce monde qui s'opposent à sa volonté souveraine. Il est allé cherché parmi tous ce "jeune homme", Il l'a "sacré de son huile sainte" parce que de tous temps son "amour et sa fidélité étaient avec lui"!

Voilà la réalité toute simple. Voilà pourquoi il faut TENIR. Simplement parce que notre Dieu TIENT de toute éternité.

jeudi 26 janvier 2012

Si l'on veut progresser vers la vérité, il faut renoncer à la certitude.

"Si l'on veut progresser vers la vérité, il faut renoncer à la certitude. Il faut poser en thèse que toute vérité scientifique peut être remise en cause, par des faits, par des raisonnements, par des paradigmes nouveaux qui ouvriront à l'esprit humain des perspectives qu'il ne pouvait même pas imaginer à l'étape précédente, dans un processus aux infinis rebondissements, processus que l'on peut considérer comme l'équivalent épistémologique de l'épectase théologique de saint Grégoire de Nysse.
Cette idée est née, croyons-nous, sur un terreau chrétien. Elle parcourt les grands débats européens sur la tolérance qui ont eu lieu au Moyen-Âge (Abélard, Nicolas de Cuse...), au temps de l'humanisme (Pic de la Mirandole, Montaigne, Bodin...) et aux XVIIe-XVIIIe siècles (Grotius, Milton, Locke, Bayle...). Chaque fois, dans ces débats, on note que l'intolérance vient de la prétention à l'infaillibilité, et l'on souligne le caractère incomplet de toute connaissance humaine. On s'appuie sur l'opposition paulinienne entre l'esprit et la lettre. Dire que la lettre "tue" revient à affirmer la thèse de l'inadéquation de toute forme à la vérité substantielle, laquelle, donc, ne peut être qu'approchée. On cite la Bible qui dit que Dieu seul "sonde les coeurs et les reins", ce qui revient à dire qu'il y a toujours d'autres vérités au-delà de celles sur lesquelles l'homme peut mettre la main, et même lorsqu'il s'agit de sa propre existence. C'est en vertu de l'idée que la vérité, pour le chrétien, est insaisissable, que l'on combat les positions chrétiennes par trop dogmatiques. Avant qu'il puisse voir Dieu au Ciel, l'homme est dans l'obscurité. Si donc il prétend avoir une vision si complète du dogme chrétien qu'il soit certain qu'autrui est dans l'erreur et, à ce titre, puisse lui faire violence, il se gonfle d'un orgueil coupable.
Certes, pendant que les sages discutent ainsi de l'incertitude des choses, des milliers de chrétiens s'entretuent dans les guerres de Religion. Mais lesquels sont les plus chrétiens? Les foules persécutrices de la Saint-Barthélémy qui ressemblent à toutes les foules persécutrices de tous les temps- toutes religions confondues- ou les Erasme, les Mélanchton, les Montaigne, et les Pascal?
Le texte de Pascal sur les Deux infinis met en évidence que cette situation ontologiquement et épistémologiquement instable de l'homme fait sa fécondité intellectuelle. Le "roseau" qu'est l'homme est "pensant". Et c'est dans ce contexte que Pascal se risque, d'un même élan, aux hypothèses les plus novatrices en matière scientifique et au "pari" de la foi."


(Philippe Nemo, "La belle mort de l'athéisme moderne")

mercredi 11 janvier 2012

Des livres d'exception

"Ton Nom est une huile qui s'épanche"(Ct 1, 3). Les hommes touchés au coeur par la charité du Christ inventeront au christianisme un avenir que les hommes de dogme et d'antidogme ne peuvent anticiper."

Je m'apprête à lire un petit ouvrage de Philippe Nemo, "La belle mort de l'athéisme moderne" (PUF) reçu dans ma boîte aux lettres avec une petite dédicace.
J'ai l'honneur d'avoir pu discuter plusieurs fois avec Philippe Nemo, de le connaître. La première fois que nous nous sommes rencontrés lors d'un dîner, j'exprimais avec une certaine virulence mon découragement quant à l'avenir de mon pays, quant à l'avenir tout court... Il avait alors réagi avec l'intelligence, la finesse, l'humour, la vitalité et la liberté d'esprit qui sont ses caractéristiques propres et avait su trouver les mots d'espérance adéquats. Je ne les jamais oubliés et ils sont ravivés à chaque rencontre ou  chaque lecture de ses ouvrages magnifiques. Je vous recommande donc particulièrement tous ses livres. Ici, quelques recensions plus ou moins réussies mais peu importe! L'idée est d'aller lire ces livres.

"La régression intellectuelle de la France", chez Texquis : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2011/06/la-regression-intellectuelle-de-la.html

"Qu'est-ce que l'Occident" : http://lajoiedujour.blogspot.com/2009/07/quest-ce-que-loccident-de-philippe-nemo.html

"Job et l'excès du mal" : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2011/03/theophanie-job-et-lexces-du-mal-par.html  et aussi : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2011/03/le-moment-de-fondamentale-incertitude.html

"La France aveuglée par le socialisme" : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2011/12/gabrielle-chope-sa-premiere-grosse.html

mardi 13 décembre 2011

Avancer ses pions




Gabrielle a chopé sa première grosse bronchite et doit subir des séances de kinésithérapeute pour dégager ses petites bronches bien encombrées. J'ai dégoté un kiné qui aime cogiter tout en malaxant violemment ma pauvre crevette qui braille en braquant des regards indignés vers son tortionnaire. Etant une habituée de ces séances, j'avoue ne plus guère éprouver d'émotion, je connais l'efficacité redoutable et mécanique du procédé et cela me convient très bien. Je discute donc avec le kiné tranquillement. Ce soir, je lui ai dit que je revenais de mon travail. Il rit et me dit : vous travaillez dans quoi? Les bagnoles?? A mon tour de rire, je venais de lui expliquer que j'avais dû déposer les enfants à la maison puis repartir illico pour la séance du bébé et que j'avais doublé pas mal de voitures en forêt, avec brio, que j'avais conduit vite et bien ce qui paraît de plus en plus contradictoire dans nos esprits lobotomisés. J'avais fait un "bon trajet", pas d'accrocs, et je m'en réjouissais comme une gamine. Arrivée à la ville, j'étais tombée sur un barrage de flics; ils vérifiaient les assurances. Pas très à l'aise, j'ai laissé le gendarme vérifier le petit carré vert sur le pare-brise... Dieu merci, j'ai un mari qui me connaît bien et qui a cette prévenance naturelle et tout à fait remarquable de s'occuper des aspects pénibles de l'entretien de la voiture de madame. Tout était OK.
Bref, conclut mon kiné, vous avez "chauffé les pneus" et, enthousiaste je lui réponds que oui, c'est exactement cela! Parfois vous vous accordez avec des gens qui vous comprennent... C'est une sensation assez rare et que j'apprécie. Je continue :  "Non, je travaille en milieu associatif, c'est une activité qui convient bien à mon "statut" de mère de famille." Nous discutons voiture, éducation, justice et à un moment donné il en vient à me dire :"la France est une oligarchie". -Oh! lui ai-je répondu, c'est drôle, j'ai assisté hier à une conférence qui traitait -entre autres-  de ce thème". A son tour, mon kiné relève la tête et prend un air curieux : "donnez moi, s'il vous plaît, les références de votre philosophe et conférencier! " -" Bien volontiers : Philippe Nemo, il a écrit un petit bouquin qui devrait vous plaire : "Qu'est-ce que l'Occident".
La séance est terminée, les références inscrites dans son calepin, il me renvoie à son tour à Malaparte que je ne connais pas et nous repartons chacun de notre côté ravis de nos trouvailles. Gabrielle respire mieux et moi aussi d'une certaine façon... Je me sens moins seule.

                                               **********




Ci-joint, une petite synthèse de la conférence de Philippe Nemo que vous pourrez prochainement écouter sur l'Institut Coppet. Une présentation du dernier livre de Philippe Nemo :"La France aveuglée par le socialisme".

Dans ce nouvel ouvrage, j'ai rassemblé des articles écrits depuis 2006 et qui étaient éparpillés... J'ai voulu les réunir avec un fil conducteur dont le thème est  : la France aveuglée par le socialisme. Une des clefs pour comprendre notre pays est de constater qu'il est devenu socialiste sans le savoir ou , du moins, sans se l'avouer consciemment. La Gauche s'est emparée de l'Ecole, il y a 100 ans environ, des médias (après la Deuxième Guerre Mondiale) et de la presse, complètement, à partir de 1981. C'est cela notre exception française : nous sommes socialistes, nous sommes le pays le plus communiste de l'Occident.
On l'est dans le discours public. Ce discours apparaît comme complètement anti-libéral : qui aujourd'hui, dans le discours public défend la liberté? Nous sommes accablés d'interdictions (fumer, manger ce que nous voulons etc...) et nous nions ainsi la notion la plus élémentaire de liberté. Un exemple révélateur de ce fait : nous pouvons remarquer que nous n'avons jamais su comment se passaient les élections à la Sécurité Sociale, qui est le plus gros organisme distributeur financier de notre pays! Y a t-il des élections à la Sécu?

Dans la préface de ce livre, je fais le constat de cette France devenue socialiste (même un parti comme le Front national se "Mélanchonise"!). Nous ne sommes pas encore entièrement dans un état policier mais je peux constater, d'après ma propre expérience, que le discours libéral n'est pas seulement absent mais aussi et surtout déconsidéré, discrédité. Les samizdats qui étaient la forme d'auto-édition des dissidents russes sous le communisme, étaient très limitées et particulières. (Soljenitsyne, par exemple). En France, nous pouvons dire que les "dissidents" face à ce discours public forment au moins 50% de la population et donc que nous vivons une situation schizophrénique : un discours officiel, un pays officiel et 50% de la population qui ne pense pas pareil. Un seul média résiste, c'est l'édition. En effet, les livres jouent le rôle de média parce qu'on n'apprend plus rien dans la presse officielle. Cette moitié de population qui croit encore dans la liberté n'est absolument représentée. C'est pourquoi je reprends à mon compte la distinction de Maurras entre la pays réel et le pays légal. Un symptôme de ce fait : à la suppression du Parlement sous la Vème république, les référendums vont tomber en désuétude et il y aura eu autant de référendum en 40 ans qu'en 8 ans avec le Général de Gaulle, par exemple.

A partir des articles du livre, je montre comment au travers du prisme idéologique socialiste nous considérons les problèmes de notre pays et nous rendons de ce fait ces problèmes insolubles. Les problèmes comme la mondialisation, la baisse démographique occidentale, l'environnement, le problème du logement, l'immigration, tous ces problèmes sont traités dans d'autres pays européens (en Allemagne, dans les pays du Nord), et sont traités et résolus  sous l'angle de décisions publiques, avec auparavant des débats contradictoires. Pour se sortir de ces problèmes, d'une crise, il faut pouvoir les penser avec des thèses opposées, remettre en cause certains choix pris auparavant et qui n'ont pas fonctionné. En France, certaines thèses sont refusées "a priori" par la "religion" socialiste. J'emploie exprès le terme de religion : le socialisme, en effet, est une hérésie millénariste, avatar de la religion chrétienne. Cette thèse hérétique date au moins de l'Antiquité. Il y a une vraie volonté dans cette hérésie d'ériger un paradis sur terre. Evidemment, la dimension eschatologique peut nous échapper lorsqu'on considère François Hollande ou Ségolène Royal! Cette dimension est alors largement atténuée! Mais il y a malgré tout dans le socialisme aujourd'hui l'idée d'écraser une injustice, un mal représenté par un groupe, un "sang impur" (dans la Marseillaise). L'analyse socialiste comprend une dimension religieuse indéniable et surtout anti-cléricale : la France a toujours été considérée comme en retard par rapport aux pays du Nord car trop "chrétienne". A partir de 1900, La Franc-Maçonnerie -appelée sans complexe "l'Eglise de la République"- s'introduit dans l'Ecole puis l'Etat et renverse alors cet aspect "trop chrétien".

Mais revenons à ce prisme socialiste qui empêche la résolution de nos problèmes. Nos sociétés peuvent se régénérer, elles ne meurent pas d'une certaine façon et elles peuvent donc résoudre leurs difficultés. Dans un article j'évoque le système politique français en expliquant que ce dernier n'est absolument pas une démocratie mais une oligarchie.En effet, la Constitution de la Vème République a un grave défaut : elle a supprimé le Parlement. De plus, le fondateur de la Vème République était un étatiste. Le système électoral produit des députés par le biais de l'Etat! Nous sommes en fait de plus en plus gouvernés par des fonctionnaires, issus de grandes écoles véritables machines à créer des fonctionnaires et ces derniers ne sont pratiquement plus issus de la société civile, du pays réel.
La Hollande, longtemps gouvernée par des marchands ou des membres de la société civile était un modèle de démocratie libérale, très tolérante d'ailleurs d'un point de vue religieux envers les catholiques et les juifs auparavant.
Ce Condominium de fonctionnaires qui nous dirige éclaire l'énormité de nos prélèvements obligatoires, nos impôts : en effet, ces derniers servent en priorité à payer les hommes de l'Etat et comme ceux-ci dirigent le pouvoir fiscal il est évident que cela génère des prélèvements de plus en plus importants : l'homme reste humain et s'il peut prendre plus, il le fait. Il y a donc un lien direct entre la Vème République et nos records de prélèvements obligatoires.

Trois chapitres inédits dans ce recueil d'articles sur l'Etat-providence [non-traité ce soir], sur la Franc-Maçonnerie et sur l'éducation.

1/ La Franc-Maçonnerie
J'évoque les réseaux qui permettent de s'unir entre fonctionnaires, d'agir par capillarité. La Franc-Maçonnerie est l'un de ces réseaux et sa puissance n'est pas des moindres à l'heure actuelle. Il existe des résistances très concrètes à évoquer ce type de réseau. L'une de ces caractéristiques géniales est son secret : l'idée de la Franc-Maçonnerie est qu'on peut d'autant plus agir efficacement dans une société qu'on le fait en agissant caché. Mais alors, je vous ferai remarquer que c'est une caractéristique absolument anti-démocratique!
Aujourd'hui, la FM française est très nombreuse, plus nombreuse qu'elle n'a été auparavant. Elle n'est pas en déclin comme on pourrait le croire. J'ai une explication personnelle à ce phénomène : à la fin du 19 ème siècle, la FM française a été largement investie de membres anti-religieux très virulents qui ont obtenu la majorité au Grand Orient. Les Franc-Maçonneries anglo-saxonnes qui n'étaient pas aussi anti religieuses, qui croyaient en Dieu et en l'immortalité de l'âme, ont rejeté la FM française de ce fait et celle-ci s'est retrouvée isolée et spécifique. Avec un pouvoir grandissant sous la III République. Tous les ministres étaient franc-maçons et on peut évoquer la fameuse histoire des fiches dans l'armée : les officiers considérés comme religieux, chrétiens étaient fichés et brisés dans leur avancement.

Quel lien entre la FM et le socialisme? Les FM étaient, sont toujours d'idéologie "solidariste". Ils avaient créé le Parti Radical; mais lors de l’avènement du marxisme, les franc-maçons ont préféré suivre une voie plus"pâle", plus molle que celle prônée par les marxistes (et leurs figures bolchéviques pressées par une révolution ou un Grand Soir), une voie socialiste donc. Le Parti Radical paraît alors comme tiède et sans intérêt intellectuel alors que les marxistes semble s'appuyer sur une pensée scientifique solide. D'où un certain recul de la FM à ce moment-là. Arrivent les années 70 et avec  la découverte des ravages du marxisme (les goulags, les millions de morts, Pol Pot etc...) son déclin spectaculaire suit et remet en selle la FM et son "solidarisme".

Le solidarisme prône l'égalité des conditions par le biais de la fiscalité. Le solidarisme est l'idée (définie par Léon Bourgeois) que, au fond, chaque société a une dette envers la société qui la précède. Nous devons recevoir une part de l'héritage que nous lègue la société précédente, mais cette part d'héritage est inégalement répartie entre des riches qui prennent une grosse part du fruit de ce travail commun du passé et les pauvres qui en recueillent moins ce qui n'est pas logique car tout le monde se doit d'être égal devant un héritage. Les riches doivent alors "rendre" (spoliation) cette part d'héritage qu'ils ont en trop et les pauvres doivent prendre une part plus grande sans que l'idée de travail intervienne le moins du monde puisqu'il s'agit d'un héritage, de quelque chose qui nous est du, indépendamment du travail fournit par ailleurs. Nous parlons donc d'assistanat à l'inverse de la spoliation. Vous trouverez ce concept de solidarisme développé chez le socialiste Vincent Peillon qui est un philosophe de formation.

Dans le livre de Sophie Coignard, on s'aperçoit fort bien que 50% des policiers et magistrats sont franc-maçons. Il y a aussi une proportion considérable de franc-maçons chez les dirigeants des grandes entreprises publiques. Comme il existe plusieurs obédiences dans la FM, il y a une apparence de pluralisme. Mais en fait ce qui les unit est plus fort que ce qui les sépare : les franc-maçons se réunissent en "fraternelles" et tout ce qui pourrait passer comme anti-républicain (au sens jacobin du terme) est condamné. Ainsi, beaucoup de blocages en France de ce fait. La France est une oligarchie avec comme tissu conjonctif des réseaux comme celui de la FM. La FM a été très opposée au schéma de la famille traditionnelle; en effet cette dernière s'opposait de par son influence directe à la Famille que représente la FM. Les manoeuvres pour déconstruire ces schémas ne s'exécutent pas à la façon des bolcheviques ou des révolutionnaires. Elles sont le fruit de plans effectués sur du long terme, discrètement et doucement. On peut railler les théories du complot, bien sûr, mais il n'empêche que des complots peuvent exister!

2/ L'éducation
Le dogme de l'Ecole Unique a provoqué l'échec scolaire monstrueux que nous observons aujourd'hui. Le but de ce dogme, créer un Homme Nouveau.
Lorsqu'on veut enseigner des vérités aux enfants, il faut nécessairement employer des méthodes "impositives" (le par coeur par exemple). Il n'y a rien à inventer en pédagogie en fait. Mais lorsqu'on emploie ces méthodes impositives destinées à faire apprendre réellement quelque chose, cela provoque alors de la différenciation. En effet, vous aurez des enfants qui comprendront vite et apprendront de ce fait rapidement, d'autres qui auront besoin de répétitions, d'autres enfin qui n'apprendront jamais parce qu'ils ne comprendront rien. Cela entraînera la formation de groupes de niveaux.
Si, pour des raisons d'utopie millénariste, vous ne voulez pas de différenciation mais de l'égalité partout, il faut alors tout simplement éviter d'apprendre quoi que ce soit aux enfants. Il faudra alors trouver des biais, par exemple les "sensibiliser" à des thématiques, mais en aucun cas employer des méthodes d'apprentissage qui ont fait leur preuve depuis fort longtemps.
On voit combien le prisme socialiste bloque complètement la résolution de l'échec scolaire en France. Tout est du à l'aveuglement socialiste : les différenciations existent malgré tous les efforts pour les nier. mais elles sont honteuses.

3/ L'Etat Providence
Non traité par Philippe Nemo par manque de temps.

Notes :
Un article de Philippe Nemo sur La double oligarchie de la Vè République
A propos du socialisme considéré comme religion, je renvoie à cette synthèse de Steiner : "Nostalgie de l'Absolu"

Une remarque intéressante  à partir des questions qui ont suivi :
Internet comme moyen extraordinaire de rejoindre le pays réel, beaucoup plus que les livres?
Réponse : oui, mais Internet est avant un vecteur de communication, il faut aussi étayer avec de la production d'idées. D'où l'importance d'écrire des livres et de créer des écoles libres.

lundi 5 septembre 2011

Rentrée







"Je combats pour que leurs coeurs soient remplis de courage et qu'ils soient rassemblés dans l'amour, afin d'acquérir toute la richesse de l'intelligence parfaite, et la vraie connaissance du mystère de Dieu. Ce mystère, c'est le Christ,en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance." (Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1,24-29.2,1-3)


samedi 25 juin 2011

"La régression intellectuelle de la France", par Philippe Nemo

"Anderton reprit : "L'inconvénient fondamental, du point de vue juridique, inhérent à la méthodologie de Précrime ne vous a probablement pas échappé non plus. Nous arrêtons des individus qui n'ont nullement enfreint la loi." (Minority Report, de Philip K. Dick)



La « pensée unique », les sujets interdits
Le débat public en France n’est plus possible quasiment pour des raisons  qui prennent leur source dans un monopole d’État idéologisé  à gauche depuis quelques décennies. Ce monopole se réalise concrètement d'une part  dans « l’école unique », volonté de réduire les inégalités sociales et de donner une même chance pour tous dans l’éducation, ce qui a provoqué un effondrement des savoirs parce qu’on ne peut niveler que par le bas et non par le haut, et d'autre part dans une mainmise sur la presse et les médias qui ont écarté définitivement le moindre journaliste de droite ce qui a donné une presse  à la pensée unique ou monocolore. « Soumis à ce régime, le pays a commencé à être frappé de paralysie intellectuelle. »

Les lois de censure
C’est la loi de 1881 sur la presse qui consacrait la liberté d’expression en France, préalable indispensable à toute réflexion ou débat intellectuel digne de ce nom. « Sous le régime créé par la loi de 1881, il y eut en France, à la fin du XIXe siècle, plusieurs centaines de quotidiens allant d’une extrémité à l’autre de l’éventail politique, et il y eut une floraison de publication les plus diverses, livres, brochures, etc., traitant librement de tous les sujets. »

A partir des années 70, plusieurs lois vont écorner puis briser complètement cette liberté nécessaire à la qualité du débat intellectuel en France.
 -La loi Pleven, tout d’abord, en 1972, qui constitue en délit « la provocation  à la haine » ; sauf que la haine est un sentiment et donc quelque chose de difficilement quantifiable ou démontrable chez quelqu’un. Le rôle octroyé, ensuite,  aux associations qui peuvent se déclarer partie civile, au nom du combat contre le racisme,  à la place d’une « vraie » victime sans être elles-mêmes (les associations) directement touchées ou lésées par celui qu’elles attaquent. Le combat est alors non pas celui d’une victime contre son agresseur mais un simple combat idéologique.
-La loi Gayssot, en 1990, établit le délit d’opinion. Certaines opinions (la Shoah, par exemple, ou plutôt la contestation de cette dernière, de ses chiffres ou autres points concernant ce fait historique) ne peuvent, sous peine de tomber sous le coup de la loi, être remises en cause.
-Le nouveau code pénal crée par la suite trois infractions nouvelles, celles de « diffamation, d’injure et de provocation à la discrimination non-publiques » ce qui consacre le régime de censure très strict qui sévit en France : des conversations mêmes privées entre deux ou plusieurs personnes peuvent être sanctionnées par la loi…. « Une révolution est intervenue, faisant de la France un équivalent des pays totalitaires du passé où tout le monde écoutait tout le monde, y compris au sein des familles. »
-Les lois mémorielles qui s’ajoutent à la loi Gayssot en comptant comme non contestables la traite des noirs et l’esclavage en Europe à partir du XVe siècle ; une loi mémorielle à propos de la colonisation (aspects positifs et négatifs) et une autre sur le génocide arménien.
-La loi sur HALDE : en décembre 2004, une loi portant sur de nouveaux délits d’opinions (« Renforcement de la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe ») établit un véritable tribunal d’exception : « ses agents peuvent entrer chez les particuliers sans mandat judiciaire, utiliser à leur encontre des « testings » qui sont des méthodes de fraude et de tromperie, imposer discrétionnairement des amendes… »

Un grave détournement du droit
Toutes ces lois pervertissent dans sa nature même la nature du droit. En effet, elles sanctionnent des propos et non des actes ; elles s’attaquent à des intentions ou des idées jugées délictueuses au lieu d’actes que l’on pouvait constater.
Certes, certains propos peuvent influer directement sur certains comportements délictueux (par exemple distinguer à l’embauche les femmes enceintes pour éviter d’embaucher ces dernières) mais aujourd’hui, par ces lois, la simple distinction intellectuelle ou démarche informative (évoquer les noirs, les arabes, les homosexuels, les femmes enceintes, les immigrés, etc….) peut être considéré comme un délit, indépendamment du contexte dans lequel la distinction est faite (un cours, une recherche ou autre).
Par ailleurs si victime il y a, cette dernière n’est jamais identifiée au sens strict du terme puisqu’il s’agit d’une catégorie de personnes, une « personne collective » que l’on estime incriminée.
Enfin, l’enchaînement causal (opinion ou idée qui entraînerait de facto un comportement ou des actes délictueux) ne peut pas être prouvé ; en effet, on ne peut pas prouver rationnellement qu’une parole exprimée publiquement a directement influencé une personne à commettre un acte nuisible.
C’est pourquoi en Europe tout au long des siècles, « on [avait] renoncé à faire d’une simple idée l’équivalent d’un acte et, partant, à punir l’auteur d’une idée comme on punit l’auteur d’un délit. » On en revient donc à des sociétés primitives où l’on sanctionnait de façon irrationnelle des personnes considérées comme « mauvaises » d’office mais ceci nous apparaît alors clairement comme une régression et non comme un progrès juridique, quasiment comme une démarche superstitieuse…C’est au nom d’une idéologie d’État que les milieux politiques français en sont venus à pervertir ainsi le droit. Mais « Ils ont cru plus habile de dissimuler leur volonté de mainmise idéologique sur le pays sous le masque de lois pénales ordinaires. » 

En quoi consiste cette idéologie ? 

« Il conviendra d’enseigner aux jeunes juges que
1)      la « diversité » est désormais la norme en France, que la France n’a d’ailleurs jamais été autre chose qu’une « terre d’immigration »…
2)      que les nations ou même civilisations sont dépassées, que le métissage universel, culturel aussi bien que racial, doit devenir la règle…
3)      que la colonisation n’a eu que des effets criminels et dramatiques…
4)      que le mariage et la famille ne sont plus et n’auraient jamais dû être une norme sociale valide…
5)      qu’il n’y a a aucune distinction morale ni sociale à faire entre l’hétérosexualité et l’homo-, la bi- et la trans-sexualité…
6)      que la Résistance en France a été le seul fait des communistes et de certains gaullistes (pas tous)… »

Les juges deviennent  au gré de leurs idées ou opinions des adversaires ou alliés non objectifs des citoyens français. Ils ne jugent plus selon des critères juridiques mais selon des opinions personnelles rarement étayées car ces juges ne sont pas des scientifiques, des philosophes, des historiens. Discriminer, classer, distinguer et par là même exposer des jugements positifs ou négatifs sur certaines catégories de personnes fait partie du débat critique dans nos pays démocratiques, cela est nécessaire à l’intérêt général, au progrès de nos sociétés. Ceux qui ont été à l’origine de ces lois de censure sont donc contre les sociétés démocratiques modernes et pour un contrôle étatique de ces dernières en vue de les transformer selon leur idéologie.

Le pur et l’impur
Cette censure généralisée dans les débats publics (et privés !) en France prend un caractère crypto-religieux digne des anciennes sociétés primitives. En effet, ce ne sont pas les arguments rationnels ou juridiques qui sont retenus mais au contraire des comportements ou un vocabulaire complètement irrationnel et parfois violent. Ces comportements obéissent à une autre logique : « …ils relèvent des structures mentales typiques des sociétés pré-scientifiques et de ce que les anthropologues appellent les phénomènes de tabou, lesquels consistent à ne pas juger et hiérarchiser les idées selon le critère du vrai et du faux, mais selon celui du pur et de l’impur. » La France est littéralement retombée dans les travers d’une société archaïque qui obéissait à des mythes. Exemple, à la simple évocation de l’idée d’utiliser des tests ADN (ce qui est pratiqué dans beaucoup de démocraties en Europe) pour aider au contrôle de l’immigration clandestine, les médias se soulèvent pour évoquer un lien entre ces tests et les tests raciaux nazis au moment de la Seconde Guerre Mondiale. Même si le lien n’existe pas objectivement. L’utilisation de ces tests serait donc honteuse, tabou.

Cette régression à une société primitive se caractérise par deux traits décrits par René Girard : « le rôle croissant de l’imitation moutonnière » par les journalistes qui relaient sans recherche ni vérification les informations reçues par l’AFP ou les services presses des ministères ; cette diffusion moutonnière de l’information ressemble à s’y méprendre à la diffusion de l’information dans les sociétés archaïques. Et ces phénomènes de mimésis se produisent aux dépens de boucs émissaires qui essuieront les foudres de tous sous prétexte de tenter d’exprimer la réalité qu'ils connaissent et qu'ils vivent.

Une société aveugle
Le résultat de cette censure du débat public en France est que celui-ci s’est appauvri et faussé. Les intellectuels ou chercheurs n’osent plus poser en vérité les problèmes qui gangrènent notre société car ils ont bien trop peur de se faire lyncher par la vindicte publique, de perdre leur emploi, d’avoir des comptes à rendre à la justice. Et pourtant bien des problèmes mériteraient qu’on s’attarde un peu et qu’on tente de les résoudre :
 Le problème de l’ « École unique », présenté comme l’alpha et l’oméga de réussite scolaire et sociale, et qui pourtant ne provoque qu’une baisse de niveau pour ne pas dire un effondrement de celui-ci.
Le problème d’une immigration trop rapide et massive dans notre pays auquel s’ajoute la difficulté d’un islam peu « accordable » avec notre civilisation.
Le problème du poids de l’État, des impôts, qui font augmenter le chômage chez nous et détruisent le tissu entrepreneurial de la France.
Le problème de la justice  et de la sécurité: on nous explique qu’aujourd’hui il n’y a plus de délinquants et de victimes mais simplement des victimes de notre société qui corrompt tout le monde. La prison n’est plus la solution pour les criminels, mais il faut au contraire les accompagner dans leur liberté souveraine… Les vraies victimes, elles, sont coupables de tenter de se défendre contre ceux qui ne sont, selon l’idéologie ambiante, que des malades.

Conclusion
Il faut donc impérativement, pour retrouver notre liberté d’expression et surtout notre possibilité de faire avancer au mieux notre pays qui souffre de vrais problèmes, abroger sans complexe et au plus vite ces lois de censure.