"Je voudrais cependant que vous vous y arrêtiez une minute. Combien d'entre nous, chrétiens, avons vraiment conscience d'être à l'image et à la ressemblance de Dieu? Qui se préoccupe du sens réel de ces paroles surprenantes? Si elles sont véridiques, ce n'est donc pas l'observation des choses qui nous révèlerait le monde, son secret serait en nous, au plus profond de nous-mêmes, là où nous ne descendons jamais, évidemment (...). Le mot de l'énigme du monde en nous pourquoi pas? Le destin ordinaire des hommes n'est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de sa vie, ce qu'ils avaient, sans le savoir, à portée de la main? Ce mot de l'énigme, nous n'espérons le trouver que par l'observation pratique des choses. Mais dans cette recherche la science ne collabore pas avec la nature, elle l'affronte.
(...)
"La foi que quelques-uns d'entre vous se plaignent de ne pas connaître, elle est en eux, elle remplit leur vie intérieure, elle est cette vie intérieure même par quoi tout homme, riche ou pauvre, ignorant ou savant, peut prendre contact avec le divin, c'est à dire avec l'amour universel, dont la création tout entière n'est que le jaillissement inépuisable. Cette vie intérieure contre laquelle conspire notre civilisation inhumaine avec son activité délirante, son furieux besoin de distraction et cette abominable dissipation d'énergies spirituelles dégradées, par quoi s'écoule la substance même de l'humanité."
Georges Bernanos, Les Prédestinés
C'était environ la sixème heure, midi.
Sous le ciel implacable de la Samarie
Une région obscure où s'étale un péché
Au milieu du peuple élu, la nation aimée.
Jésus fatigué s'arrête à un puits, s'assied.
Une femme vient à passer, elle veut puiser
De l'eau. Le Seigneur, épuisé, d'une voix douce
Quémande à boire à la femme, dans un souffle.
La Samaritaine a cherché en vain l'amour
Toute sa vie, en tout cinq maris, et l'Amour
Personnifié qu'elle rencontre et qui la connaît
Dans le puits de son âme va l'accompagner.
Plonge avec Moi demande-t-Il en ce midi
Où nul n'est jamais allé, même toi : l'abîme
De tes grandes blessures, souffrances et péchés
Ma pauvre soeur, ce que tu cherches à oublier.
Au fond de ta Samarie, au fond de ton puits
Se cache une Source Vive, celle de l'Esprit
Au fond de ta forteresse, dans ta cité
Jésus le Dieu fait homme vient se reposer.
Il vient gravir le cours des choses, les douleurs
Non cicatrisées qui empoisonnent ton coeur.
Il vient te soigner en Esprit et Vérité
Goutte à goutte, toute ta personne brisée.
Une bonne fois pour toutes cautériser
Cette lèpre obscure tapie dans ta psyché,
Parcourir tous les chemins infectés, les ruines
De ce coeur perdu, ta géographie intime.
Dans ce puits profond, au coeur de nos misères
Une Eau divine coule qui régénère
Nos Samarie asséchées, nos âmes épuisées
Il est midi, et l'heure du Salut a sonné.
