vendredi 9 avril 2021

Je vous salue Marie

 Je vous salue Marie pleine de grâce

Dont la coupe déborde en flots de grâces

L'ange Gabriel descend  sur vos traces

Blottie parmi les enfants choisis  de votre race


Le Seigneur est avec vous

Murmure l'ange en un souffle

Suspendu, si puissant et si doux.

Et sa demeure à nouveau en nous?


Vous êtes bénie entre toutes les femmes

Et le Ciel, et la terre vous acclament

A votre "oui" chuchoté, ô Notre Dame,

Le prélude du Salut suspendu s'enflamme


Et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni

En votre sein apparaît aussitôt par l'Esprit

Ô mystère du Dieu fait homme, le Fils

D'un Père créateur qui prend tous les risques.


Sainte Marie, Mère de Dieu

Crucifiée par le fer et le feu

Comme le Fils en croix pour tous les miséreux 

La créature devient comme son Dieu


Priez pour nous, pauvres pécheurs

Oui, parlez au Créateur

Vous le teniez tout contre votre cœur

Il découvrait l'univers et son malheur


Maintenant, et à l'heure de la mort

Délivrez-nous de cet horrible sort

Ramenez-nous saints et saufs au port

A notre Dieu saint, éternel et fort.






Troisième confinement, vendredi 9 Avril, la nouvelle guerre de Cent Ans

 Ce troisième confinement ne me surprend pas dans le même état d'esprit que les deux précédents. Au premier confinement, le sentiment que la mort rôdait, l'arrêt total de toute activité dans le pays, l'état de sidération qui s'était emparé de tous, la volonté farouche de survie qui dominait au fond de moi, tout ceci avait provoqué une gravité pesante à nos premières semaines, d'autant plus que nous n'avions plus aucun recours concret à la religion (plus de sacrements). Au fur et à mesure, la pesanteur s'en était allée, les beaux jours remplissaient l'atmosphère de langueur et de légèreté, nous étions tous tombés malades et guéris. Seule subsistait et subsiste toujours l'horrible réalité des morts sous covid, seuls à l'hôpital, sans le recours de leurs proches, ni dans leurs derniers instants, ni dans les enterrements. Combien sont partis ainsi, dans une affreuse solitude?

Le deuxième confinement est passé complètement inaperçu pour ma part : je n'ai pas vu de différence dans mon quotidien. J'ai continué mes conduites d'école, mes réunions de travail, prière, de lecture, etc... La seule contrainte : les attestations qui me mettaient systématiquement en retard à chaque sortie.

Ce troisième confinement qui me voit effectuer autant d'attestations que le précédent, malgré l'appel hypocrite à notre responsabilité de nos gouvernants, me plonge dans une grande lassitude. Comme à chaque confinement, mes grands décident de vivre le plus normalement possible et le festival des attestations farfelues atteint des sommets. Ils sont tous devenus les rois du papier administratif, ils baignent dans les méandres bureaucratiques comme des poissons dans l'eau. La traversée de Paris, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, n'a pas de secret pour eux : ils connaissent le film par cœur, ils le vivent, dans cette "guerre", comme dit Macron, dont ils sont les plus furieux résistants. Ils rejettent profondément l'hypocrisie de ces consignes d'état qui cachent mal l'impuissance de nos gouvernants, pire, des manœuvres absurdes et inefficaces contre cette pandémie. Il est clair maintenant que ces gestes barrières, ces contraintes sanitaires sont devenus le fer de lance d'une attaque contre nos libertés les plus essentielles. Cette volonté de mes grands de rester dans le vrai et le juste malgré le marécage qu'est devenu leur pays, force mon admiration. 

Nous avons eu pourtant nos offices de Pâques, un Triduum presque normal, avec cependant une Vigile Pascale en plein après-midi. Tous les enfants étaient rentrés, sauf mon séminariste. Maison pleine donc, trois jours de cuisine qui m'ont vidée : et même pas la possibilité de retrouver un peu d'entrain en m'échappant avec mon mari pour un ou deux jours d'hôtel ou bien grâce à un bon restaurant!

A la place, j'ai pris le temps d'aller visiter mon séminariste le lundi de Pâques et j'ai pu assister, au cours de leur messe, à la prise de soutane de dix séminaristes qui fêtaient ainsi leur accession au cycle de théologie. On les sentait très émus de revêtir leur belle soutane noire. J'ai toujours été touchée de rencontrer dans le monde (aéroports, aires d'autoroutes, gares) des prêtres en col romain ou en soutane. C'est comme si le Ciel s'invitait un instant dans notre quotidien trépidant. Une sorte de quatrième dimension qui s'ouvre et qui provoque un ralentissement, voire un arrêt, dans le mouvement et le temps. C'est de l'ordre du surnaturel au sens strict du terme. "Sur la terre comme au Ciel".

Cette semaine s'est passée à faire travailler Gabrielle : j'ai invité trois camarades de sa classe à la maison afin qu'ils puissent travailler de concert, avec les mêmes horaires qu'une classe. La maîtresse envoyait tous les jours le programme très précis (c'est l'avantage d'être dans le "hors contrat" : tout y est sur mesure) et je faisais office de répétitrice. Cela a soulagé quelques mamans bien occupées avec leur boulot et avec beaucoup d'enfants à gérer et ça a permis à Gabrielle ne pas se sentir trop esseulée avec ses deux grands frères pour seule compagnie. Nous avons travaillé des leçons amusantes et passionnantes : la versification en français, la photosynthèse en science, la Guerre de Cent Ans en histoire.

Nous terminerons dimanche la belle neuvaine à la Miséricorde divine. Je l'affectionne particulièrement, tout en elle, dans les paroles du Christ adressées à sœur Faustine nous ramène au dessein de Dieu pour tous les hommes. Cette prière nous fait sentir comme les disciples d'Emmaüs qui s'exclament : "Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait…?"

mercredi 24 mars 2021

Dans ma petite église de campagne




 Dans ma petite église de campagne

Toujours fermée, silencieuse et calme

La sainte Vierge tient dans ses bras frêles

L'Enfant Jésus, son fils, le Dieu immortel.


Que d'heures passe-t-elle avec son Dieu, son roi

Penchée vers Celui qui se tient bien droit

Pour annoncer à toutes les pierres glacées

Son Amour, le Salut, de sa main levée.


Qu'il est lourd à porter ce Salut, ce Nouveau-Né!

Réfugiés comme en Egypte dans l'église fermée

Et l'Enfant, et la mère, dans le silence des pierres

Soupirent depuis longtemps pour tout l'univers.


Saint Joseph très pieux, très chaste, très fidèle

Protecteur dévoué de la Vierge et de l'Eternel

Se tient à leurs côtés. Protecteur de l'Eglise

Il écoute le silence de Dieu et les pierres qui crient


Un halo de buée s'élève en volutes d'encens

Un souffle de prières, de pleurs, de tourments

Que cette trinité de plâtre réchauffe avec amour

Et libère du mal, dans le secret de cette église,

 Pour toujours.



"L'homme est fait pour vivre en Dieu comme le poisson dans l'eau"

 Petit extrait retranscrit d'une vidéo sur l'oraison par les frères de Chéméré : 

"L'oraison est donc un temps où l'on cherche la présence de Dieu de façon prolongée, personnelle et intérieure. Sainte Thérèse d'Avila la définissait ainsi : "L'oraison n'est rien d'autre qu'un échange intime d'amitié où l'on s'entretient souvent seul à seul, avec Dieu, dont on se sait aimé."

Pourquoi faire oraison? Après ce que nous avons dit, il est facile de comprendre pourquoi l'oraison est si importante dans la vie chrétienne. Pour le chrétien, l'oraison est un devoir, un besoin et un droit.

L'oraison est d'abord un devoir, parce que le premier des commandements de Dieu, c'est celui de L'aimer par-dessus tout et de L'adorer. Or, l'oraison est un temps donné exclusivement à l'amour de Dieu et une occasion privilégiée de l'adorer. Sans faire oraison, il est impossible d'accomplir le premier et le plus grand de tous les commandements. 

L'oraison est aussi un besoin parce que, comme le disait le père Caffarel : "L'Homme est fait pour vivre en Dieu comme le poisson dans l'eau." Or, l'oraison est comme une plongée en Dieu. Sans oraison notre vie théologale court le risque de rester routinière, peu consciente, peu intérieure.

Enfin, l'oraison est un droit : elle est un droit naturel que rien ni personne ne peut nous enlever parce que nous sommes nés, non pas pour travailler, ou pour consommer, mais pour jouir éternellement de Dieu. Faire oraison, c'est affirmer que nous ne sommes pas les esclaves des nécessités ou bien des plaisirs de la vie, mais de libres enfants de Dieu dans le Christ. Comme l'écrivait saint Paul aux Galates : "C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés."


mardi 23 mars 2021

Adieu, Meuse endormeuse

 Sublime poème de Charles Péguy, appris par ma fille en CM1, dans sa petite école hors contrat. Ces textes n'existent malheureusement plus pour nos enfants, en dehors de ces petites écoles, ces ilots de beauté, de paix, de bonheur.

Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance,

Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas.

Meuse, adieu : j’ai déjà commencé ma partance

En des pays nouveaux où tu ne coules pas.

 

 Voici que je m’en vais en des pays nouveaux :

Je ferai la bataille et passerai les fleuves ;

Je m’en vais m’essayer à de nouveaux travaux,

Je m’en vais commencer là-bas des tâches neuves. 

 

Et pendant ce temps-là, Meuse ignorante et douce,

Tu couleras toujours, passante accoutumée,

Dans la vallée heureuse où l’herbe vive pousse, 

O Meuse inépuisable et que j’avais aimée. 

                             

                            Un silence 

 

Tu couleras toujours dans l’heureuse vallée ;

Où tu coulais hier, tu couleras demain.

Tu ne sauras jamais la bergère en allée,

Qui s’amusait, enfant, à creuser de sa main

Des canaux dans la terre, - à jamais écroulés. 

 

La bergère s’en va, délaissant les moutons,

Et la fileuse va, délaissant les fuseaux.

Voici que je m’en vais loin de tes bonnes eaux,

Voici que je m’en vais bien loin de nos maisons. 

 

Meuse qui ne sais rien de la souffrance humaine,

O Meuse inaltérable et douce à toute enfance,

O toi qui ne sais pas l’émoi de la partance,

Toi qui passes toujours et qui ne pars jamais

 O toi qui ne sais rien de nos mensonges faux, 

 

O Meuse inaltérable, ô Meuse que j’aimais,

  

                              Un silence

 

Quand reviendrai-je ici filer encor la laine ?

Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous ?

Quand nous reverrons-nous ? et nous reverrons-nous ? 

 

Meuse que j’aime encore, ô ma Meuse que j’aime. 

 

Jeanne d’Arc, A Domrémy,1897

De l'éducation du nouveau-né

 Mon équipée du week-end pour aider une belle-sœur et ses 4 petits m'a rassurée : j'ai emmagasiné une expérience assez solide en matière d'éducation, en particulier sur la façon de gérer un nourrisson. La petite de 4 mois dort peu, digère mal et laisse sur le carreau sa mère affublée en Mon équipée du week-end pour aider une belle-soeur et ses 4 petits m'a rassurée : j'ai emmagasiné une expérience assez solide en matière d'éducation, en particulier sur la façon de gérer un nourrisson. La petite de 4 mois dort peu, digère mal et laisse sur le carreau sa mère affublée en sus de 3 petits garçons pleins de vie. En 10 minutes j'avais posé un diagnostic assez précis et j'enjoignis ma belle-soeur d'aller faire quelques courses indispensables : un lait de maternité plus épais, de la farine pour nourrisson et des tétines de biberon à l'ouverture plus large. Nous avons ainsi modifié le régime du bébé qui s'est mise à boire mieux (nous avons ouvert les tétines au ciseau de couture) et qui surtout à moins régurgiter. Ceci, plus quelques conseils pour le couchage ( matelas légèrement surélevé et couffin pour bien envelopper bébé). Je suis étonnée par le manque d'assurance des jeunes mamans actuelles. En ce qui me concerne, les nuits devaient être réglées en 3 mois (sauf problème particulier bien sûr). Tous mes enfants, jumeaux compris, ont joué le jeu. C'était réellement une question de survie personnelle et familiale. Une jeune maman me demandait si je ne culpabilisais pas en agissant ainsi, comme si je ne donnais pas tout l'amour possible aux derniers nés. Mais non! Au contraire : l'amour à un bébé ne se traduit pas essentiellement par les démonstrations verbales d'amour ou bien même par une stimulation excessive. Mais bien par le "réglage" de ses besoins réels et élémentaires : la nourriture, la digestion, le sommeil. Un bébé qui est bien réglé est un bébé paisible et heureux. Les démonstrations et stimulations viennent plus tard et sont indispensables à la fratrie plus âgée, d'où l'importance de bien régler le nourrisson pour ne pas négliger les autres. Les jeunes mamans qui se glorifient presque d'avoir leur bébé noctambule jusqu'à un an voire plus se trompent et doivent absolument résoudre les difficultés, pour le bien de tous les enfants. J'ajoute ceci, pour préciser mon raisonnement : Il faut sortir du cas particulier de chacune. C'est une constatation générale que je fais, rien de plus. Aujourd'hui, dire qu'un bébé peut faire ses nuits tôt, est devenu inaudible. Même pour des mamans "expérimentées ". Or, je pense que c'est la normalité ou bien la "règle " que de faire ses nuits tôt et c'est très positif! Ça permet à toutes celles qui galèrent de garder le cap et de croire que c'est un bon objectif (avec des problématiques particulières, spécifiques et personnelles). En inversant cette généralité objective et positive ( c'est à dire : les bébés ne dorment pas la nuit et c'est normal et bon! ), je pense que l'on plombe la société, les parents, les mamans et les enfants. Et accessoirement ça freine beaucoup de gens à "faire" des familles nombreuses.

vendredi 12 mars 2021

"Il faut que les paroles se taisent pour que parle le Verbe"


 Gabrielle a rapporté de l'école un petit élan en peluche : elle l'a choisi sérieusement dans l'armoire aux "trésors" de la maîtresse, comme récompense de dix images. Une image est le fruit de dix bons points. C'est donc un cadeau très précieux qui reflète un dur labeur! Gabrielle le trimballe partout avec elle, elle dort avec évidemment.

J'aime cette capacité, ce trait ou ce génie enfantin pour l'essentiel qui est invisible à nos yeux, pour reprendre le Petit Prince... C'est cela que je ressens quand j'écris mes "poèmes". Ils sont pour moi plus importants que tout. Lorsque je réussis à en "sortir" un, j'ai le sentiment très net de re-vivre. Ces petits textes de rien du tout nécessitent d'avoir l'âme pas trop encombrée, un vrai "état de grâce". Sinon, point d'intériorité possible, et pas de concentration réelle sur le monde qui m'entoure. "La vérité s'est perdue, elle a disparu de leur bouche" disait la première lecture d'hier... Ces petits textes sont les "bons points", ou bien les images, ou bien encore un petit élan en peluche que j'ai gagné dans le combat spirituel quotidien. La frontière entre le Bien et le Mal passe dans notre cœur. Elle est mouvante. A nous et à Dieu de repousser les lignes par sa Grâce.