lundi 9 mars 2026

La sixème heure 2


"Je voudrais cependant que vous vous y arrêtiez une minute. Combien d'entre nous, chrétiens, avons vraiment conscience d'être à l'image et à la ressemblance de Dieu? Qui se préoccupe du sens réel de ces paroles surprenantes? Si elles sont véridiques, ce n'est donc pas l'observation des choses qui nous révèlerait le monde, son secret serait en nous, au plus profond de nous-mêmes, là où nous ne descendons jamais, évidemment (...). Le mot de l'énigme du monde en nous pourquoi pas? Le destin ordinaire des hommes n'est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de sa vie, ce qu'ils avaient, sans le savoir, à portée de la main? Ce mot de l'énigme, nous n'espérons le trouver que par l'observation pratique des choses. Mais dans cette recherche la science ne collabore pas avec la nature, elle l'affronte.

(...)

"La foi que quelques-uns d'entre vous se plaignent de ne pas connaître, elle est en eux, elle remplit leur vie intérieure, elle est cette vie intérieure même par quoi tout homme, riche ou pauvre, ignorant ou savant, peut prendre contact avec le divin, c'est à dire avec l'amour universel, dont la création tout entière n'est que le jaillissement inépuisable. Cette vie intérieure contre laquelle conspire notre civilisation inhumaine avec son activité délirante, son furieux besoin de distraction et cette abominable dissipation d'énergies spirituelles dégradées, par quoi s'écoule la substance même de l'humanité."

Georges Bernanos, Les Prédestinés



C'était environ la sixème heure, midi.

Sous le ciel implacable de la Samarie

Une région obscure où s'étale un péché

Au milieu du peuple élu, la nation aimée.


Jésus fatigué s'arrête à un puits, s'assied.

Une femme vient à passer, elle veut puiser

De l'eau. Le Seigneur, épuisé, d'une voix douce

Quémande à boire à la femme, dans un souffle.


La Samaritaine a cherché en vain l'amour

Toute sa vie, en tout cinq maris, et l'Amour

Personnifié qu'elle rencontre et qui la connaît

Dans le puits de son âme va l'accompagner.


Plonge avec Moi demande-t-Il en ce midi

Où nul n'est jamais allé, même toi : l'abîme

De tes grandes blessures, souffrances et péchés

Ma pauvre soeur, ce que tu cherches à oublier.


 Au fond de ta Samarie, au fond de ton puits

Se cache une Source Vive, celle de l'Esprit

Au fond de ta forteresse, dans ta cité

Jésus le Dieu fait homme vient se reposer.


Il vient gravir le cours des choses, les douleurs

Non cicatrisées qui empoisonnent ton coeur.

Il vient te soigner en Esprit et Vérité

Goutte à goutte, toute ta personne brisée.


Une bonne fois pour toutes cautériser

Cette lèpre obscure tapie dans ta psyché,

Parcourir tous les chemins infectés, les ruines

De ce coeur perdu, ta géographie intime.


Dans ce puits profond, au coeur de nos misères

Une Eau divine coule qui régénère

Nos Samarie asséchées, nos âmes épuisées

Il est midi, et l'heure du Salut a sonné.


mercredi 31 décembre 2025

L'unique raison



Chers petits-enfants, descendus un jour des cieux
Au sein de ce monde perdu dans l'univers,
Connaissez-vous le but de cette grande affaire :
Descendus pour y remonter, du coeur de Dieu.

Chute vertigineuse amortie mollement
Dans les bras de vos tendres parents, vous naissez
Créés par l'Amour divin, chacun reflété
Par un Dieu infini au grand débordement.

Cette chute n'est pas un écrasement, non!
Vous apprenez  par la marche en tout premier lieu
A tomber et relever plus audacieux,
Et le péché et la grâce obtenue par don

L'être même de toute âme : corps et esprit,
Élans afin de rebondir de mieux en mieux
Jusqu'à s'accrocher pour de bon au Seigneur Dieu
A l'aube de la vie et quand tout se finit.

Il arrive bien souvent que des chutes blessent
Nous traînons notre âme brisée au fond des grottes
Cacher notre péché, notre vie quasi morte
Jusqu'à ce que sa Sainte Présence apparaisse.

La vraie  Révélation : nés grâce à l'Amour
Vos existences singulières, une histoire
Ou mystère si difficile à concevoir,
Nés par l'Amour et rendus divins à l'Amour.

Chers petits enfants apprenez ce grand secret
Votre vie toute entière, une trace de feu
Un chemin de lumière, une montée vers Dieu
Des enfants de la terre et des fils d'un seul Dieu.

dimanche 14 septembre 2025

Le moment de fondamentale incertitude

 Auparavant : Théophanie, "Job et l'excès du mal" de Philippe Nemo.

"Cependant, l'adhésion de Job à l'Intention de Dieu comporte un aspect paradoxal qu'il ne faut pas  passer sous silence, malgré le ton triomphant des derniers passages commentés.
Job a bien vu que, pour rejoindre l'intention intime de Dieu, il lui a fallu "s'avancer" et, comme il l'a dit dans une formule puissante, "prendre[sa] chair entre ses dents". "Emporter sa chair entre ses dents", comme le fauve emporte sa proie, est une locution proverbiale pour dire qu'on risque sa vie. Donc Job savait qu'il n'avait aucune garantie. Il a fait une sorte de pari. En s'avançant vers Dieu, il ne connaissait pas encore sa réponse. Néanmoins, il a fait le pas, se "découvrant" comme un duelliste en chemise sur la prairie s'exposant au feu de l'adversaire.Il s'est exposé à l'ambiguïté de Dieu, à son absence. Il a décidé d'être bon même si Lui était méchant. Il a décidé de choisir pour l'amour indépendamment, sinon de toute perspective, du moins de tout calcul, de salut. Et alors il y a eu salut!
On voit que, dans cette affaire, le moment de fondamentale incertitude est à jamais inesquivable. La nuit est l'unique chemin du jour. Et cette nuit se reforme à chaque instant, aucune de nos réponses antérieures ne vaut pour la question posée aujourd'hui par l'excès du mal. Rien ne peut remplacer l'engagement. Rien ne peut dispenser de passer par le découvert, par le nada. Avant saint Jean de la Croix, Job fait l'expérience de la nuit de l'esprit. Dieu n'est trouvé que dans le nada. Telle l'éblouissante certitude de Job.
C'est si l'on veut la foi. L'excès du mal a produit ce fruit spirituel."

"Job et l'excès du mal", par Philippe Nemo








Je m’engage, seule, dans un petit chemin,

Le vent souffle dans les arbres immenses.

Mille bruits, diffus, éclatants, me dérangent.

Je marche doucement vers un lieu incertain ;

Puis, de plus en plus vite, mon pied avance :

J’ai vu une lumière, me semble t-il, au loin .


Clarté rassurante, clairière paisible,

La fleur est odorante et le papillon voltige.

Je me suis endormie dans une chaleur rassurante

J’ai fermé les yeux sur une lueur aveuglante.

La forêt fraîche et sombre m’a happée de nouveau

Dans ma nuit, enfoncée, dans le gouffre, le saut.


Relevée lentement, la poussière retombe

Doucement.

Où suis je ?


L’arène est lumineuse, le sable brûlant sous mes pas ;

Dans la lumière incandescente, au milieu des vivats

J’ai mon glaive bien en main, rien ne m’atteindra.

La bête est énorme, luisante et noire, l’œil fou.

Je n’ai pas peur, non, je suis déjà morte, c’est tout.

L’ombre immense se lève, oh fraîcheur bienfaisante !

Le soleil tournoie, je suis piétinée, broyée, pantelante.


Je respire et je vis, paupières obstinément baissées ;

Voir sans regarder, savoir sans lire, pas de réalité.

Je me suis ensevelie dans le gouffre – tombeau

Je pensais vivre ainsi cachée au milieu du troupeau.

Mais le monstre m’a trouvée, mon propre cerveau

Il m’a tuée pour de bon , réveillée à nouveau.


Relevée lentement,

Je suis

En enfer

Maintenant


Ballet immémorial, défi transcendantal

Ne pas s’endormir, rester éveillé,

Chercher la vérité, trouver la réalité

Je suis A, petite fille de la forêt,

Je suis A, petite fille du soleil,

Je suis A, entre terre et ciel. 


samedi 12 juillet 2025

L'oiseau, l'homme et Dieu

 


Tout le jour, l'oiseau célèbre son Créateur
Dès l'aube, il chante, il éveille dans sa ferveur
Ce pour quoi il est créé, son unique tâche
"Louange, Honneur, Gloire" pépie-t-il sans relâche.

Dès lors que nous prions par la voix de l'Esprit
Nos paroles, semblables à l'oiseau, son cri,
Prières inaudibles s'élevant au ciel,
Prières saintes par la grâce du baptême

Ces mouvements de l'âme,
Doux ressacs de la mer,
Fil de l'oiseau qui plane,
Coupe riche et amère

Emplis selon sa volonté du Corps, du Sang
L'homme est heureux, son amour est exubérant
Avec l'oiseau, à genoux devant le ciboire,
Ils chantent tous les deux  : Honneur, Louange et Gloire

jeudi 10 juillet 2025

Les innocents

"Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue."


Une lumière, pâle et grise, se répand 
Sur la plaine infinie. A perte de vue bruissent
Des sons diffus, des pleurs ou des rires d'enfants,
Des tout-petits, et leurs âmes s'évanouissent
Dans l'air étrange de l'étrange lieu et temps.

Ils viennent d'arriver pour certains, et ils pleurent
Ils viennent de mourir dans le sein de leur mère 
Le nid douillet, empli d'amour et de douceur,
En fait : berceau du désespoir et de l'enfer.
Avortés et arrachés, par milliers, ils meurent.

Mais où se retrouvent-ils alors ? Apparu
Un jour ou une nuit, dans le secret d'un corps,
Sous le souffle de l'Esprit partout répandu
Naissance d'une vie, atome en plein essort, 
Petit univers à l'inaltérable élan...

Il ne connaîtra pas ce monde magnifique 
Une nature sans pareille, les saisons,
Leur cycle immuable, le contenu biblique :
La terre, le soleil, les océans profonds,
L'univers beau comme un admirable cantique

Il ne vivra pas d'une vie d'homme, joyeuse
Et douloureuse. Il ne chancellera pas pour 
Tomber sur Dieu : folie miséricordieuse 
Jaillissant en flots brûlants d'éternel amour
Il ne saura pas d'être sauvé la joie heureuse

Il ne grandira pas dans les bras de son père
Sous la voûte lumineuse brillant pour lui
Il ne vivra pas pour tout l'amour d'une mère 
Dans l'attente, à son tour, de procurer la vie
A des petits d'hommes, du fond de l'univers

Il ne vivra pas. Seigneur, il ne vivra pas. 
Et je pleure sur l’immense fleuve de sang 
Charriant ces nouveaux nés perdus jusqu’à Toi
J'en reconnais certains, chaque nuit, en rêvant:
Ils apparaissent doucement et je les vois.

Et il y en a trois, assis en indien,
La tête un peu penchée, toujours, des tout petits,
Si sages, si beaux, mes amours, mes chérubins
Je veux leur raconter le bonheur d'une vie
Mais je ne fais que pleurer, sans bruit, sans fin.

Alors je prie et je leur apprends mes prières
Ils récitent par coeur les mots essentiels
Et leur âme grandit dans cette étrange sphère
Je veux croire qu'ils sont aimés par tous au Ciel.
Un jour, je verrai leur demeure singulière.

lundi 16 juin 2025

Le Bon Pasteur

 


Il est là, seul, debout, appuyé contre un mur,
Son odeur forte l’encercle comme une armure,
Un pantalon en loques, couvre sa misère,
Un cabat gris rassemble tous ses biens, par terre.

Elle est à genoux et, dans ses bras enserrés,
Son trésor,  sa fille qu'un tremblement de terre,
Au matin, dans son école, a écrasé,
Retrouvée morte, broyée, par sa pauvre mère..

Ils sont là, seuls, dans la boue, dans un désert, nus
Ils n’ont plus rien : l’ouragan a tout dévasté
De leurs maisons, leurs terres, tout est ravagé
Après la folle tempête. Ils ont tout perdu..

Elle est toujours là, Seigneur, ton humanité,
Celle que tu as voulue, chérie et créée.
Comme des pantins brisés,aux fils disloqués, 
Mains fatales d'une cruelle destinée.

La révolte gronde d'où la haine s’épanche
En un immense fleuve obscur, lourd et brûlant
Seigneur, Ô Dieu, il faut alors que tu te penches
Afin d'emporter de cet univers ardent
Ceux qui brûlent, et désespèrent, et se noient
Ceux qui pleurent, et agonisent, et s’assoient,

Ils n’ont pas vu, non, ils n'ont jamais vu ta Croix
Se pencher sur eux à chaque instant, avec Toi.
Ils restent en terre et ne se retournent pas
Pour te reprendre et relever tout à la fois
Pour te rependre, éternellement, sur la croix

Ou t’emporter, Jésus, te serrer dans leurs bras
Te soigner, te guérir, t'aimer, te consoler
Enlever, toute la boue, la suie, la poussière
Avec leurs mains, leurs gestes, leurs belles prières,
Les corps brisés, les âmes noyées, submergées

Tu es notre Berger et  tu vas nous chercher
Dans le fleuve, dans le noir, dans cette folie 
Tu es notre Berger et tu vas nous sauver
Rassembler le triste troupeau de ceux qui fuient

Affolés.

Et moi, Seigneur, qui ai tout vu, tout observé
Avec Toi, toute ma vie, je vais rattraper
Les petits agneaux mais aussi les noirs béliers
Te remettre, ces âmes, Seigneur, à jamais.

mercredi 21 mai 2025

Douce France




 
Parce que le blé vert, en ordre de bataille,
Jusqu'à être fin prêt pour les chaudes semailles,
Parce que le ciel agité, écume blanche,
Couvre la grande plaine aux verts tourbillonants,
Parce que l'oeil se perd dans l'horizon lointain,
Rend aux vies circulaires son début,sa fin,
Parce que ce paysage, la belle terre,
Accompagne jusqu'aux confins de l'univers...
Parce que ce monde ne cesse en nous de vivre
Nous pouvons partir et ne jamais revenir.
Parce que nous gardons au fond de notre coeur
Douce France, que l'on soit ici ou ailleurs.