lundi 5 septembre 2022

La route, de Cormac McCarthy, troisième dimanche de l'Avent, dimanche de la Joie.

"Pour rencontrer l'espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va au bout de la nuit, on rencontre une aurore." Bernanos


J'ai relu plus lentement La route de Cormac McCarthy, je l'avais dévoré il y a un an et demi environ, lorsque je me suis remise à lire, lorsque je me suis "réveillée", lorsque je me suis mise aussi à utiliser un ordinateur... Il y a eu une espèce de conjonction dans ma vie, plusieurs facteurs convergeant dans le même sens : La route a été l'un d'entre eux.

Le résumé derrière mon édition : les éditions de l'Olivier.
"L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur un route, poussant un caddie rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité. Survivront-ils à leur voyage?"

Le Stalker dans sa recension magnifique du roman de McCarthy (1) écrit: "La sauvagerie doit être voulue, désirée, embrassée, comme toute maîtresse digne de ce nom : elle ne peut s'emparer de l'homme que si ce dernier s'est débarrassé de sa claire vision de ce que sont le Bien et le Mal."
Dans cet univers où tout a été détruit, où il n'y a plus d'héritage culturel, spirituel, plus de livres, le père et le fils marchent et tentent envers et contre tout de conserver une forme d'humanité, à partir de rien. De demeurer des hommes véritables.
"l'écriture de McCarthy... paraît s'évader hors du monde détruit par une guerre nucléaire totale, pour chercher l'ultime trace de charité s'étant réfugiée dans l'univers.
Où est-elle ? Dans quelques gestes élémentaires de survie, des paroles échangées entre un père et son fils,..." ajoute Asensio.
Dans le texte de McCarthy, il n'y a que des dialogues entre le père et le fils, souvent terminés par les termes : "D'accord? D'accord. ", sorte de promesse, comme le "Amen" signe toutes nos prières, adhésion entre le Seigneur et sa créature qui le prie. Dans le roman, il y a aussi le père qui raconte des histoires au fils, toujours donc la parole portée aux nues puisque de toutes les façons, il ne reste que cette parole, le langage et plus de textes écrits, plus de livres. (Les rares livres trouvés moisissent dans des maisons abandonnées).
Plus d'héritage donc, plus de passé qui façonne l'homme. Le père se refuse à penser au monde ancien, et même à en rêver. "Il disait que les rêves qui convenaient à un homme en péril étaient les rêves de danger et que tout le reste était une invite à la langueur et à la mort."

Et pourtant! "Pas d'humanisé qui ne soit un héritier." explique Chantal Delsol dans son ouvrage
Qu'est-ce que l'homme avant de développer longuement quelles sortes d'héritages essentiels et variés il s'agit absolument de transmettre pour que l'hominidé s'humanise... Évocation par la philosophe aussi de cet héritage corrompu et d'une transmission dévoyée et du danger mortel - le retour à la barbarie- d'interrompre cette transmission. Le danger mortel qui occupe une grande partie du roman de McCarthy où l'enfant ne cesse de répéter, à juste titre, "J'ai peur."
Dans
La route, en effet, ne restent que des humains, de vrais barbares justement, qui se mangent entre eux, des "morts vivants" dit la mère qui conclut : "En ce qui me concerne mon seul espoir c'est l'éternel néant et je l'espère de tout mon cœur."

Est-ce à dire que tout est perdu? L'aurore nous apparaît vraiment très fragile dans l'obscurité écrasante du livre : le renoncement scandaleux,- incompréhensible pour ma part, l'énigme absolue pour mon cœur maternel - de la mère désespérée qui abandonne son mari et son enfant, la nuit totale qui règne autour des deux héros ( "Le noir dans lequel il se réveillait ces nuits-là était aveugle et impénétrable. Un noir à se crever le tympan à force d'écouter."), la description d'une "humanité" réduite à son expression la plus abjecte. (" C'était à part le petit le premier être humain auquel il avait parlé depuis plus d'un an. Mon frère enfin. Les calculs reptiliens dans ces yeux froids et furtifs. Les dents grises en train de pourrir. Gluantes de chair humaine.")
Cette aube incertaine, qui ne se lève jamais qu'avec regret dans le livre ("Il s'était réveillé avant l'aube et regardait poindre le jour gris. Lent et opaque." Et : "Le jour le soleil banni tourne autour de la terre comme une mère en deuil tenant une lampe".), c'est justement cela qu'il nous faut chercher en compagnie du romancier, en compagnie du père et du fils : "Je ne t'abandonnerais pas." répète le père à l'enfant tout au long de son chemin.

Là est la ruse suprême de cet Occident anéanti en apparence, de ce monde complètement détruit:
"Les mots des mourants ne sont pas tous vrais et cette bénédiction n'en est pas moins réelle d'être coupée de son origine."
Cette constatation extraordinaire du père qui a décidé d'espérer au delà de toute espérance en un salut illusoire et de sauver, au travers de sa "morale" naturelle et par l'exemple donné à son fils, l'humanité, rejoint directement la réflexion de Xyr : "Nous sommes les héritiers d’un trésor qui n’existe pas encore." (4)

Il n'y pas d"héritage, en fait, pour l'être humain, ou, pour le moins, son héritage est contenu en lui. "On croit couramment que c'est cela la transmission : cet embaumement d'un passé que l'on se passe avec soin comme une momie." affirme Delsol, toujours dans le même essai. "Mais tout au contraire, cette sacralisation des œuvres du passé signifie que l'on ne sait plus transmettre des choses vivantes, susceptibles de subir les transformations nécessaires et de susciter le désir de permanente création." Et l'on peut mettre en parallèle l'assertion de Xyr : "C’est cette aptitude à penser le monde de manière dynamique et à le vivre comme tel qui nous sauvera encore et encore. C’est pourquoi toute vision figée est vaine en ce qui nous concerne."


Mais il ne s'agit pas simplement de faire partie du camp des gentils, de témoigner de cette humanité si fragile et improbable mais cependant bien réelle par rapport à ceux que le cannibalisme a ravalé non au rang de l'animal mais au rang du sauvage, du monstre, du zombie, de l'in-humain.
Une autre dimension se dévoile au travers de ce texte mystique, spirituel, théologique. Il s'agit de comprendre comment nous pouvons retrouver, et garder notre appellation suprême, celle de fils de Dieu.
"Ce dont nous avons réellement besoin, ce sont des gens qui sont intérieurement habités par le christianisme, le vivent comme un bonheur et un espoir et sont devenus des âmes aimantes. C'est cela que nous appelons des saints." (2)
"Habités par le christianisme", c'est à dire habités par le Christ.
La lecture du jour , d'aujourd'hui, troisième dimanche de l'Avent, dimanche de la Joie!: "Jean s'adressa alors à tous : "Moi, je vous je vous baptise avec l'eau; mais il vient, Celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu."
(3)
Le cœur de ce livre est là bien évidemment :
"Je veux être avec toi.
Tu ne peux pas.
S'il te plaît.
Tu ne peux pas. Il faut que tu portes le feu.
Je ne sais pas comment faire.
Si tu sais.
Il existe pour de vrai ? Le feu ?
Oui, pour de vrai.
Où est-il ? Je ne sais pas où il est.
Si, tu le sais. Il est au fond de toi. Il y a toujours été. Je le vois."


Reprenons l'explication lumineuse de notre Lanternarius de génie :
"Que s'agit-il, dans ce roman barbare et foudroyant, de révéler ? La fondation d'une nouvelle chrétienté, qu'importe que Rome ait été rasée ou pas." déclare le Stalker au sujet de cette Route dont l'origine s'est évaporée dans un cataclysme apocalyptique.
Au moment de notre Baptême, chez les catholiques, et plus généralement chez les chrétiens, nous devenons fils de Dieu et recevons la Grâce c'est à dire la vie de Dieu en nous. Les prêtres sont les "passeurs" de la Grâce, l'Église, réalité concrète, terrestre (mais pas seulement, nous allons le voir) composée de membres humains, est nécessaire pour que le Christ prenne place, littéralement, dans nos âmes. Comment cette réalité concrète peut-elle survivre dans un monde apocalyptique tel que celui de McCarthy? Le Christ est ressucité, m'enseigne ma foi,Il ne peut mourir . Comment survivra cette Église du futur, détruite, défigurée, où les prêtres n'existeront plus, où ses membres seront dispersés au travers d'un univers qui ressemble plus à l'enfer qu'au jardin d'Eden?
En exergue de ce blog, cette citation de Dantec : "Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde." (4)

Comment se révèlera Notre Seigneur et Notre Dieu, comment demeurera la présence divine dans le monde sans les sacrements?

"Qu'importe, même, que Dieu existe : il a peut-être été emporté lui aussi par la cendre pulvérulente qui a recouvert le monde entier, (...) ou affirmer à l'incrédule qu'Il, ce Dieu devenu fou adoré par des hommes redevenus bêtes, se cache dans le fils ..." ajoute Asensio.

McCarthy apporte alors en la figure du père et de son fils une réponse c'est à dire une Espérance : pas de solution concrète évidemment mais l'image proposée dans le roman, la vision lumineuse peinte sous nos yeux est telle qu'il ne s'agit pas d'être grand clerc pour la contempler. Sans doute vaut-il être mieux être fou ou enfant d'ailleurs pour y croire...
Par le baptême, nous devenons "une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis pour annoncer les louanges de Celui qui (les) a appelés des ténèbres à son admirable lumière"(1 P 2, 9) C'est cela l'Occident chrétien.
Le père devient ce prêtre, ce prophète et ce roi qui transmet la Grâce, le Christ à son fils et lui rend sa fonction absolue, ce pour quoi il est destiné de toute éternité : être un fils de Dieu.
Reprenons ce passage terrible où le père, pour défendre son enfant pris en otage par un cannibale, tire sur ce dernier, éclaboussant au passage du sang du monstre, la tête de son enfant. Dans le film, on croit un instant que l'enfant a été touché par le tir et qu'il est mort ou mourant. Puis le père va laver à grande eau le sang coagulé dans les cheveux de son fils, comme une sorte de purification, comme un baptême.(plongée dans la mort et la résurrection du Christ) Et la conclusion de cet épisode dramatique ne tarde pas avec ces mots révélateurs :
"... et il s'assit en le tenant contre lui, ébouriffant ses cheveux pour les faire sécher près du feu. Tout cela comme une antique bénédiction.Ainsi soit-il. Évoque les formes. Quand tu n'as rien d'autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle."
Et : "Le petit ne bougeait pas. Il s'assit à côté de lui et caressa ses pâles cheveux emmêlés. Calice d'or, bon pour abriter un dieu."

Voilà le nœud de l'histoire de l'homme qui, même abandonné de tous et de tout, même de son Créateur, retrouve non pas un héritage figé, un texte, un Livre ou une Religion formelle qui ne lui sera plus d'aucune utilité ("Il avait apporté le livre du petit mais le petit était trop fatigué pour lire."), et qui de toutes les manières sera introuvable puisque tout ceci n'existe plus, mais parvient malgré tout à retrouver, à réentendre,à se réapproprier au fond de son âme la Parole, le Verbe, le Christ, ce qui fait sa force et ce qui lui permet non seulement de survivre, non seulement de s'accomplir en tant qu'homme, mais surtout de réaliser ce pour quoi il est sur cette terre : devenir un fils de Dieu.
"Si je ne suis plus ici tu pourras encore me parler. Tu pourras me parler et je te parlerai. Tu verras." Et : "Il essayait de parler à Dieu mais le mieux c'était de parler à son père et il lui parlait vraiment et il n'oubliait pas. La femme disait que c'était bien. Elle disait que le souffle de Dieu était encore le souffle du père bien qu'il passe d'une créature humaine à une autre au fil du temps éternels."

La conclusion de Xyr arrive alors comme il faut au milieu de cette cacophonie d'horreur et de désespoir, comme le doux son de la petite flûte en bois de l'enfant dans La route :
"Repartir à zéro avec comme trace inaliénable de notre étoile commune et éternelle, un crucifix de bois autour du cou." (5)



1/ http://stalker.hautetfort.com/archive/2007/12/22/la-route-de-cormac-mccarthy.html
2/ Le sel de la terre, Cardinal Ratzinger, éditions Flammarion/Cerf
3/
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 3,10-18.
4/ Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute de Dantec.
5/ http://ilikeyourstyle.net/2009/12/11/la-foi-en-loccident-2/comment-page-1/#comment-80532




Muse, pour mes enfants qui aiment bien. Et des paroles en lien avec la réflexion ci-dessus : "No one's gonna take me alive/ the time has come to make things right /you and i must fight for our rights/ you and i must fight to survive."

Quelques lectures qui m'ont aidées dans ma réflexion :
«Elle lit toujours les mêmes pages, parce que dans chaque livre elle cherche toujours la même chose : ce qui dès le commencement lui est destiné» (à propos de Cristina Campo chez le Stalker)

"Occultée, la Voix du Tout-Puissant
Moquée, piétinée, écrasée, cette voix d’enfant

Et dans un silence d’outre-tombe
Quand tout est fini, mort, nuit sombre
Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux !
De leur bouche pleine de cendre et qui ne s’ouvre plus
Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus
Puisqu’ils ont appelé, et le Verbe est venu .

Le Calice suprême, La Coupe du salut,

S’est versée sur leurs lèvres, jusqu’à la lie

Ils ont bu.
"( J'ai soif)

"Ainsi, on peut dire avec Pierre Magnard, qu'on ne transmet rien sinon des gestes inauguraux : l'origine ne cesse de s'inaugurer à chaque génération. La transmission permet moins de continuer que de toujours recommencer, à nouveaux frais." (Chantal Delsol, Qu'est-ce que l'homme?)

"Et qu'est ce que Dieu veut réellement de nous?"
"Que nous devenions des êtres aimants, alors nous serons à son image. Car, comme nous le dit saint Jean, il est l'amour, et Il voudrait qu'il y ait des créatures qui Lui soient semblables et qui ainsi, à partir de la liberté de leur propre amour, deviennent comme Lui et relèvent de sa propre nature et répandent la lumière qui émane de Lui." (Cardianl Ratzinger, Le sel de la terre)


"Dans les premières années les routes étaient peuplées de fugitifs disparaissant sous leurs habits. Portant des masques et des lunettes de plongée, en guenilles, assis au bord de la route comme des aéronautes en détresse. Leurs brouettes encombrées de tout un bric à brac. Remorquant des charrettes ou des caddies. Leurs yeux luisant dans leurs crânes. Coquilles sans foi de créatures marchant en titubant sur les levées le long des marais tels des vagabonds sur une terre en délire. D'anciennes et troublantes questions se dissolvant dans le néant et dans la nuit. L'ultime expression d'une chose emporte avec elle la catégorie. Éteint la lumière et disparaît. Regarde autour de toi. C'est long jamais. Mais le petit savait ce qu'il savait. Que jamais c'est à peine un instant."(La route, de Cormac McCarthy)

mardi 9 août 2022

"Loin de la foule déchaînée" de Thomas Hardy

 J'ai lu un très beau roman, de Thomas Hardy, au titre évocateur : "Loin de la foule déchaînée ".

Titre évocateur parce que nous étions dans la maison de ma soeur, en Bretagne,  lorsque je l'ai lu, et cette maison de vacances est une petite maison de ville. La nuit, nous entendions les voitures défiler sur la route voisine et cela nous perturbait avec mon mari car nous ne sommes pas habitués à ces bruits citadins. Généralement nos nuits sont peuplées de cris nocturnes qui nous bercent et nous endorment : hululements de chouettes, glapissements de renards, miaulements de chats. Lorsqu'une voiture fait entendre son moteur dans nos nuits, c'est qu'il se passe quelque chose : nous nous réveillons et devenons attentifs. 

Nous avons déménagé dans la maison de mes parents, en pleine cambrousse,à quelques kilomètres de celle de ma soeur, et même si les installations sanitaires sont plus vétustes et la cuisine moins commode, nous nous y sentons mieux et retrouvons avec bonheur le ballet des chauve-souris à la place de celui des voitures.

Ce beau roman, lu "à hue et à dia" sur la plage,  met en scène une jeune fille héritière d'une belle ferme dans la campagne anglaise et trois prétendants qui gravitent autour d'elle. Trois figures de l'amour qui sont comme trois possibilités, trois chemins de bonheur qui sont proposés à la jeune femme.

Le berger Gabriel Oak, la première figure, un jeune homme plein de promesses, sûr de ses capacités,  exerçant avec savoir et humilité son métier de berger, d'intendant (au gré de sa vie), plein de fierté de ce qu'il est et de sagesse face aux épreuves. Il est une figure ordinaire de l'amour, extraordinairement belle, humble et forte. Il est la figure de l'amour réussi, un guide (berger) et un véritable soutien (un bon intendant).

Le fermier Boldwood, le voisin de la jeune Bathsheba, bien établi,  qui jouit de la réputation d'un homme austère mais juste. A cause d'une plaisanterie de sa jeune voisine, il va s'éprendre d'elle de façon brutale, absolue et définitive. Il est l'image de la passion brute et incontrôlée qui envahit tout l'homme jusqu'à lui faire perdre la raison. Il délaisse ses affaires et sa ferme pour ne plus que convoiter sa voisine. Prêt à se raccrocher à une promesse de fiançailles illusoire et impossible. 

Et enfin le sergent Troy, brillant soldat mais homme au tempérament faible, qui va l'emporter dans un premier temps sur les deux autres puisqu'il va convoler avec Bathsheba  mais cette dernière va vite comprendre l'égoïsme prédominant de son mari qui ne connaît dans l'amour que ses intérêts. 

Bathsheba ou Betsabée, la "fille du serment", qui devient, dans le récit biblique, la femme du roi David après que ce dernier ait fait tuer son mari Uri pour s'approprier sa très belle femme, Bethsheba Everdene est une très belle jeune fille, qui prend conscience, à l'aube de son indépendance,  de son pouvoir sur les hommes. Elle en prend conscience au départ avec Gabriel, qui, le premier des trois hommes, l'aperçoit et la demande en mariage. Flattée mais surprise, elle refuse. Il ne renouvelera pas son offre mais attendra, en homme qui a une vraie dignité,  que la demande vienne d'elle.

La jeune fille devra  passer par l'épreuve des deux autres sortes d'amour (la passion entière et l'amour intéressé) pour finalement réaliser à quel point l'amour du berger est le plus vrai, le plus équilibré,  celui qui convient le mieux dans une alliance entre deux personnes. Ces épreuves sont une sorte d'épure de son caractère un peu trop vaniteux  et léger et Oak, qui attend patiemment son heure (ou plutôt qui n'attend plus rien et porte sa croix courageusement), ne s'y trompera pas, lui qui l'accueillera, une fois délivrée de ses deux serments (son mariage d'abord et sa promesse de fiançailles) et surtout délivrée de ses défauts. 

Je me disais en moi-même que le Seigneur m'avait fait une immense grâce en me faisant connaître et accepter (sans tergiverser) en mariage mon "Gabriel Oak" à moi, à vingt ans, le premier rencontré,  mon mari. Véritable guide intellectuel, moral, spirituel et véritable soutien dans ma vie de couple et de famille.


jeudi 4 août 2022

Citadelle

 


"Qu’as-tu à crier à cause de ta blessure ? Ta peine est incurable. Sur la masse de tes fautes, tes péchés n’ont cessé de s’accroître : c’est pourquoi je t’ai infligé cela.
Ainsi parle le Seigneur : Voici que je vais restaurer les tentes de Jacob, pour ses demeures j’aurai de la compassion ; la ville sera rebâtie sur ses ruines, la citadelle sera rétablie en sa juste place."

Midi, la clarté aveuglante du soleil
Eclaire, et brûle, et écrase corps et âmes.
Je me souviens de ta parole matinale
Seigneur : "ta faute s'accroît, c'est toujours pareil

Toi qui me connais et qui a été instruite
Toute petite de tout ce que j'ai créé, 
Un paradis sans pareil de conte de fée,
Un amour infini qui toujours te poursuit. 

Mais tu fuis devant Moi, tu chasses des chimères, 
Tu traques des proies ridicules, tes désirs,
Tu inventes ta vie mais tu oublies de vivre
Et ta faute s'accroît et plus rien tu n'espères.

Quand verras-tu enfin ce Midi à ta porte?
Attirée par des sirènes machiavéliques 
Tu soupires au sein même des Eucharisties
Tes amours, tes rêves,  ta vie de cloporte.

Et ta faute s'accroît et plus rien tu n'espères 
Ma fille aînée,  ma seule et unique princesse
Mon enfant très aimée, ma France forteresse
Tu vacilles sans cesse entre Ciel et Enfer.

Et ta montagne de vices touche les cieux.
A présent tu me vois et tu m'appelles à l'aide: 
Gravir, chute après chute, la pente raide
Au travers d'une vie et des siècles de feu."

Un jour, je me réveillerai d'entre les morts.
Toutes les ruines fumantes qui m'écrasaient
Rassemblées à nouveau, cathédrale de paix
Aux vitraux lumineux et pleins de vérité 
Ma patrie restaurée, ses enfants relevés 
Habiteront en son coeur, ô Dieu saint et fort.







dimanche 10 juillet 2022

Voyage au pays des prénoms



"Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète des nations."

J-2 avant le mariage de ma fille : mon mari me demande de l'aide pour son discours. Je lui écris une petite introduction mais il modifiera car c'est lui qui parlera. Je lui dicte aussi des changements dans son récit d'anecdotes. Le résultat est bon, il correspond et à un père et à sa fille.

Je pense que nous travaillerons de la même façon, à deux, le discours pour mon fils dans quinze jours.

"Ma chérie, désormais nous serons trois à t'attribuer ce doux terme même si tu l'entendras beaucoup plus, tous les jours! de la part de ton mari, je voulais revenir aux origines de ton prénom si beau, Marie Liesse, qui permettra d'évoquer de façon un peu plus objective et précise ce qui fait l'essence de ton caractère.

Oui, je crois que , d'une façon mystérieuse, le Seigneur nous inspire (nos prénoms, sans mêmeque nous en ayons conscience.. (selon la célèbre citation biblique :" Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, Je te connaissais")
Après Jean-Baptiste et Élisabeth, c'était évidemment la sainte Vierge que nous voulions convoquer et invoquer pour toujours rendre gloire à Celui qui est au fondement de tout amour, foyer et vie :Dieu.
Donc Marie et puis comme toute vie est source de bonheur dans un foyer chrétien, nous t'avons attribué la liesse, la joie.
Et alors, c'est là que j'en reviens au mystère du prénom qui influe avant même la naissance sur la personne qui le porte, il se trouve que la joie de vivre te caractérise absolument.
Tu es une personne joyeuse, qui irradie autour de toi de cette joie profondément personnelle, humaine, propre à toi, et spirituelle.Géraud a bien de la chance de se trouver sous tes rayons de bonheur, rayons qui s'étendent à ton entourage et à tous ceux qui te côtoient car tu n'es pas avare en générosité. Ton énergie bienfaisante participe naturellement de ce que tu es.
Il te suffira donc de rester telle que tu es, une bonne personne, joyeuse, heureuse dans ta vie et ton foyer.
Je vais laisser ton père ajouter sa pâte personnelle, marier une fille, c'est peut être mourir un peu pour un père, et tu percevras certainement sous ce qu'il dira d'anecdotique tout l'amour qu'il te porte."

Je refléchis au mariage suivant, celui de François : pourquoi ce prénom? saint François a été baptisé sous le nom italien de Giovanni mais son père, marchand de draps, après avoir conclu de bonnes affaires pour son commerce en France, le nomme Franscico en l'honneur de notre beau pays. Nous quittons avec François le pays de Jésus pour "visiter" d'autres contrées de l'univers catholique. Un prénom qui rappelle la France, ce que nous sommes, Français, François, et un saint très renommé, qui fait partie de nos saints les plus connus, les plus priés. Saint François d'Assise, le Poverello, le saint qui parle aux loups et qui s'extasie devant "Mère Nature", le saint de la beauté du monde, qui glorifie Dieu dans cet univers créé pour l'homme et rien que pour lui!

Et notre François était à l'image de son saint patron, un enfant doux, réservé, souriant, d'humeur toujours égale, un caractère pacifique, loyal et fidèle. Un diplôme gestion/ comptabilité et un master en "management du risque" reflètent de cette personnalité rassurante et solide.

 François donc. Mais dans ses autres prénoms, nous trouvons Basile et depuis toujours cette attirance pour l'église d'Orient  : mémoire de philosophie par mon mari sur saint Irénée de Lyon, et goût pour les belles liturgies orthodoxes.

Saint François, c'est aussi cet autre saint, saint François de Sales qui écrivit cette admirable prière à saint Joseph que nous aimons beaucoup réciter chez nous : 

Glorieux saint Joseph,
époux de Marie,
accordez-nous votre protection paternelle,
nous vous en supplions par le Cœur de Jésus-Christ.
O vous dont la puissance infinie
s'étend à toutes nos nécessités
et sait nous rendre possibles
les choses les plus impossibles,
ouvrez vos yeux de père
sur les intérêts de vos enfants.
Dans l'embarras et la peine
qui nous pressent,
nous recourons à vous avec confiance ;
daignez nous prendre sous votre charitable conduite
et réglez pour nous
cette affaire si importante et si difficile, (l'exprimer)
cause de toutes nos inquiétudes.
Faites que son heureuse issue
tourne à la gloire de Dieu
et au bien de ses dévoués serviteurs.

Avec cette simple prière, nous avons pu expérimenter plusieurs fois la puissance et l'efficacité pragmatique redoutable de celui qui est le saint patron des hommes par excellence. Désormais, après François, tous nos enfants auront dans leurs prénoms Joseph.

Après, nous avons eu un Pierre : saint Pierre c'est le rattachement à l'Eglise de Rome, notre fidélité absolue à cette Eglise qui est une, sainte catholique et apostolique. Quels que soient ses travers. Saint Pierre, celui qui se laisse déborder par son tempérament de chef, de meneur d'hommes, de pêcheur d'hommes. A l'image de notre bonhomme à nous, toujours leader avec ses amis, ses cousins, sa fratrie. Pierre, jamais aussi heureux que quand il s'agit de résoudre une crise. Vif et frondeur comme son saint patron mais tenant dans sa main une épée à double tranchants : la vérité et la justice. Il avance dans la vie en taillant son chemin avec ces deux vertus.

Rémi, ensuite : oh, le saint évêque qui fit de la France la fille aînée de l'Eglise! Le nombre d'églises placées sous la protection de saint Rémi est énorme, en France. Nous avons chez nous, dans notre village, une église saint Rémi et dans le village voisin aussi. Partout, l'évêque qui baptisa Clovis et la France, par des chapelles, des cathédrales, des églises, des statues, est célébré, raconté, prié. Notre Rémi rend honneur à son patron en choisissant la voie sacerdotale. Quoi de mieux pour ressembler à son saint? 

Basile et Grégoire, nos deux fils jumeaux : cette fois nous nous tournons résolument vers l'Eglise d'Orient pour donner toutes les grâces nécessaires à ces enfants. Dans la famille de Basile le grand, il existe un frère, Grégoire de Nysse qui sera canonisé. C'est une famille de Cappadoce, extraordinaire, de neuf enfants, emplie de prêtres et de religieuses.  Grégoire est très proche de son saint frère Basile, lui-même très ami avec un autre Grégoire, Grégoire de Nazianze. Les deux présentent chacun des qualités différentes qui se complètent : saint Basile, évêque au don d'organisateur et de législateur des moines d'Orient. Saint Grégoire de Naziance est un poète contemplatif, orateur persuasif.  Saint Basile est considéré, avec son frère Grégoire de Nysse et Grégoire de Naziance, comme l'un des trois « Pères cappadociens ».

Une chose est sûre : nos deux garçons, de façon très spontanée, ont à cœur de parler de leur foi à tous leurs amis et interlocuteurs. Et entourent comme des anges protecteurs ceux dont la foi ou le moral vacillent. Sans se concerter, naturellement. Merveille de vivre et d'agir en chrétien. Et puis cette histoire de la famille de saint Basile et saint Grégoire, composée de neuf enfants.... comme chez nous! A l'époque, évidemment, nous ne savions pas encore qu'une petite Gabrielle allait venir compléter le groupe familial.

Gabrielle, donc, et la détermination de son prénom a été plus difficile que prévu : j'avais choisi un prénom qui, lorsque je le soumis aux frères et soeurs venus voir la petite nouveau-née, souleva une opposition générale. Je me mis à énumérer alors quelques prénoms éventuels, essuyant refus sur refus. Je commençais à désespérer lorsque soudain me vint à l'esprit ce prénom de Gabrielle. Et là, unanimité générale! Prénom inspiré évidemment, retour aux sources, à la sainte famille du début, l'archange Gabriel c'est celui qui rend visite à Marie lors de l'Annonciation.

Avec ce retour aux débuts de l'aventure familiale, je m'aperçois que je n'ai pas évoqué notre aîné, Jean-Baptiste et sa soeur, Elisabeth: Jean-Baptiste, le dernier prophète, celui qui prépare le chemin du Sauveur, celui qui est empli de l'Esprit Saint avant même sa naissance, la voix qui crie dans le désert. Celui qui brûle au désert et qui meurt pour que la Vérité, le Chemin, la Vie naissent au monde.
Porter un tel prénom n'est pas sans concéquences : la vie spirituelle des Jean-Baptiste est emplie de mystère, comme celle de leur saint patron.
Elisabeth, cela coulait de source (vive) après Jean-Baptiste : celle qui s'élance au devant de la Sainte Vierge, celle qui a attendu longtemps de porter un enfant...? Celle qui reconnaît la mère du Sauveur de toute l'humanité.

Ainsi se termine ce petit voyage au travers de l'espace et du temps, dans les limbes spirituelles de notre famille. 









lundi 4 juillet 2022

La mer suspendue




 Dans une semaine nous marions notre fille et quinze jours après,  nous marions un de nos fils. Je croule sous les détails pratiques à gérer et je déteste cela. La semaine prochaine sera un délire d'organisation, de rendez-vous, d'aller-retours, de repas à préparer, de courses à faire, d'enfants à accueillir (avec leurs animaux! : Toupie le chiot beauceron de ma fille et Moïse, le chaton de mon fils). La maison devient une arche de Noé. Les animaux demeurent ces extraordinaires compagnons placés sur nos routes, destinés à nous aider à grandir en maturité,  en responsabilité,  en charité. Ils font de nous des êtres meilleurs tout simplement. 

Histoire de poules: jeudi matin nous découvrons dans le jardin cinq petites poules grises et noires absolument ravissantes et éperdues. Le soir même,  je convaincs mon mari et les jumeaux de fabriquer un cabanon acquis il y a deux ans mais jamais monté.  A 21h, le cabanon est presque fini mais sur les cinq poules, une seule erre dans le jardin: les autres se sont enfuies dans d'autres clôtures.  Adieu, veaux,  vaches, cochons, couvées! Vendredi matin, j'apprends que les petites fuyardes appartiennent à la belle-fille de mes fermiers d'en face. Cette dernière arrive avec un filet à papillons et nous attrapons la petite esseulée avant que notre chat Whisky ne s'y intéresse. Malgré tout, avec cette expérience, l'intention d'avoir nos poules se précise et nous terminons de construire le cabanon dimanche.

Gros rangements dans la maison le matin, cette semaine, et après midi, jardinage : les deux activités se confondent : vider des armoires, déplacer des meubles, jeter des affaires inutiles revient excatement au même dans le jardin : désherber, planter des graines ou repiquer des plants, jeter tout ce qui a été taillé ou arraché. Ces deux activités, intra muros et extra muros sont très satisfaisantes pour le corps et l'esprit. Seul bémol : j'ai des ongles noircis en permanence et des griffures partout : je risque d'arriver au mariage avec l'allure d'une paysanne.

Curieusement, loin de subir les assauts d'une angoisse qui m'a longtemps pesée,  nuit après nuit, je garde en cette période une sorte de sérénité au fond de moi. Je suis comme un bon petit soldat qui quitte sa tranchée et part à l'assaut. Vous me direz que ça n'est pas forcément la sérénité qui l'étreint à ce moment là, le soldat, mais plutôt une terreur folle. Peut-être que le Seigneur, dans sa grande miséricorde, m'offre t-Il cette grâce de paix. Peut-être me signifiet-Il ainsi que si je dois m'angoisser ce n'est certes pas pour des détails pratiques mais plutôt pour des choses plus importantes comme mon salut. Peut-être bien que je vieillis aussi.

L'incroyable beauté qui se dégage des paysages de la Beauce me frappe à chaque trajet en voiture. La mer de nuages qui se superpose aux champs de blé. Certains se glorifient de vivre toute l'année au bord de la mer : c'est mon cas, ici, en Beauce. Mon océan infini est à l'envers, je lève la tête pour le contempler, les nuages sont comme les moutons formés à la crête des vagues. Les pieds bien ancrés au sol, j'écoute le silence bruyant de la plaine et je m'abreuve de beauté et de paix.

Sur ce thème de l'inversion du ciel et de la mer, j'avais commencé avec mes petits élèves un livre magnifique sur les arbres. Où l'on s'aperçoit qu'il existe sous terre, sous chaque arbre, une sorte d'arbre inversé,  composé des grosses racines, racines et radicelles avec des sortes de poils pour absorber l'eau. En gros, ce que l'on voit (l'arbre avec ses branches et ses feuilles) et ce que l'on ne voit pas (l'arbre avec ses racines et radicelles). C'est absolument fascinant.

Dimanche soir : reçue en confession en urgence. Je me fous de ma santé mais pas de celle de mon âme. 


vendredi 24 juin 2022

"Un savoir vivre"




 Je réponds au téléphone en cueillant mes framboises : il faut le faire tous les matins, en ce moment car elles peuvent mûrir en quelques heures. J'ai deux sortes de framboises : des framboises "classiques", rouge mat, qui proviennent des vieilles pousses déjà plantées quand nous sommes arrivés il y a vingt ans, et de nouvelles pousses que j'ai ajoutées. Celles-ci donnent des framboises rouge brillant, plus rondes, moins coniques que les anciennes. De vrais bonbons. Les classiques se répandent un peu partout devant la maison, entre les dalles. Je les préfère car elles demeurent, à mes yeux, des vrais fruits! Il y a enfin les framboises jaunes, qui tirent vers le orange quand elles arrivent à maturité : plus sucrées que leurs consoeurs rouges mais qui se délitent plus. Elles sont très bien pour les confitures.

Au téléphone, c'est une vieille tante, ma marraine, qui me raconte ses soucis de santé et ceux de mon oncle, mon parrain. Je rentre dans la maison pour l'écouter : les connexions sont excrécrables chez nous (nous sommes en zone blanche même si personne ne l'avoue) et je ne veux pas être interrompue (jusqu'à six ou sept fois pour un coup de fil basique) car ma vieille tante serait destabilisée. Elle arrive à un âge où , une fois lancée, il faut laisser se dérouler le fil, ici la conversation, avant qu'elle ne le perde justement. Le fil. Etrange vieillesse qui dégrade jusque dans ses fonctions les plus brillantes des personnes qui nous sont chères et que nous peinons à imaginer autrement qu'elles n'ont été! Ma tante était une personne remarquablement vive, intellectuellement, moralement : elle a élevé parfaitement six enfants et m'a offert mes premiers livres de lecture : des comtesse de Ségur, dans une belle édition. J'ai toute la collection, grâce à elle, je la conserve précieusement. Je crois que si je devais garder seulement quelques livres, ce serait ceux-ci que j'emporterai avec moi.  Ils m'ont donné le goût de la lecture, il m'ont ouvert au monde de tous les possibles.

Derniers jours d'école avec olympiades sous le cagnard : tout le monde gagne un diplôme de participation, une médaille et un bon goûter. Je continue de ranger les costumes et décors du spectacle et remballe dans la voiture un parasol, son pied, des ventilateurs, des Kaplas, des Playmobils, des Legos, tout ce que j'ai apporté de chez moi pour passer ces jours de canicule dans la joie et la bonne humeur. Avec tous les enfants que j'ai eu, j'ai un stock de livres, de jeux, de jouets très fourni et, en attendant qu'il fasse le bonheur de futurs petits enfants, il sert à la petite école. 

Mercredi: je file à Paris présider l'assemblée générale de mon association.  En courant pour choper mon train de retour, je me froisse un muscle et claudique misérablement. Deux heures dans Paris sont le maximum que je puisse désormais supporter. Retour dans le soleil couchant, avec le soir et sa fraîcheur relative, les odeurs lourdes de la terre et du blé mûr...

Vendredi : panique à 7h 45. Grégoire,  sur le point de partir à son grand oral du bac, descend pour se faire un sandwich, et cherche désespérément sa convocation de bac ainsi que sa carte de train. Beuglements et brassage d'air, le moteur tourne, le train n'attendra pas. Comme toujours, Grégoire réussit à transmettre ses nerfs à tout le monde et, lorsqu'enfin il part, je suis épuisée. Certains enfants nécessitent plus de soins que d'autres.

Sur un réseau de discussion entre jeunes femmes, mamans pour la plupart : toutes évoquent les dangers de crèmes contre les piqûres de moustiques,  les allergies nombreuses et variées de certains produits.

Je finis par écrire :

"Quand je pense à mon enfance et ma jeunesse où l'on nous collait médocs, crèmes, tétines, plastiques et autres allègrement sans trop réfléchir aux potentiels dangers ou allergies...

Bon, très honnêtement on s'en est tous bien sortis^^^

Et pour mes grossesses, j'y suis allée franco sur la viande, les fruits du jardin, les poissons et le vin (sans abuser hein), je n'étais pas immunisée contre la toxo avec des chats à la maison et dehors. Bon, si cela se trouve j'étais immunisée mais pas assez selon les critères ou l'échelle médicale.

Mon père fumait la pipe ou d'énormes cigares en bagnole qui nous rendaient verdâtres... ma mère nous collait du sirop pour nous faire dormir pendant les voyages : en gros, elle nous droguait^^^^^

C'est dingue. Ça me fait rire maintenant."

Peut-être faut-il considérer certaines précautions écologiques ou hygiénistes comme excessives...

Je tombe sur cette jolie réflexion :

« Le jour où je vais disparaître, j'aurai été poli avec la vie car je l'aurai bien aimée et beaucoup respectée. Je n'ai jamais considéré comme chose négligeable l'odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis. Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés. Le passé c'est bien, mais l'exaltation du présent, c'est une façon de se tenir, un devoir. 

Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l'on voudrait avoir, on ne s'émerveille plus de ce que l'on a. On se plaint de ce que l'on voudrait avoir. Drôle de mentalité! Se contenter, ce n'est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l'on a, c'est un savoir vivre. »

Olivier de Kersauson

samedi 18 juin 2022

Beautiful life





 Deux constatations en ce début de week end : j'ai une vie de rêve et cette année est une année à fruits.

J'ai une vie de rêve : j'habite une contrée magnifique, la Beauce, où les champs se succèdent à la forêt, où la faune et la flore prolifèrent. Je roule tous les jours au travers des routes de campagne, à travers champs, les lièvres m'ouvrent le chemin, le matin, en sautant, concentrés, devant moi. Puis ils bifurquent brusquement, me laissant accélérer. Plus tard, c'est la poule faisane qui conduit ses petits sur le bord de la route. Parfois, en lisière de bosquet un chevreuil dresse la tête et retourne tranquillement à sa quête de nourriture. L'horizon est dégagé, la plaine immense et nous récitons une prière ou un chapelet avec Gaby.Je la dépose à l'école: les hirondelles, à cette époque, nichent dans une rangée de nids sous la gouttière de la maison en face. Nous observons toutes les deux leur ballet agité puis Gaby file dans sa cour.

Je retournerai donner mes cours dans l'après-midi. Pour l'heure, je m'en retourne chez moi, ranger la maison, préparer un cours d'histoire ou de sciences. Parfois, si j'ai un peu de temps, je file faire un petit plein de courses et j'en profite pour m'arrêter prendre un café dans la galerie de ma grande surface. Je papote avec la tenancière. Bientôt, je la connaîtrai bien. Après avoir admiré les paysages, j'observe les aller et venues des gens dans le supermaché. J'y retrouve comme toujours depuis quelques années maintenant, un trio étrange : trois femmes, la grand-mère, la mère et la fille. Toutes trois vêtues de tshirt et pantalons informes, les cheveux longs et filasses, plus ou moins gris selon l'âge; toutes trois grosses, usées par la vie et l'alcool. Elles remplissent tous les jours leur caddie de bouteilles puis s'en retournent toutes les trois dans une vieille voiture. Ce trio pathétique et soudé dans sa misère morale, physique et psychologique est comme une résurgence de la campagne d'autrefois. 

On en voit de moins de moins, des comme elles. Ce que l'on voit toujours et sans doute de plus en plus, ce sont des couples avec un homme en short ou pantalon de travail et madame, toujours une grosse femme, moulée dans un jean serré ou bien une robe longue et décolletée, moulante. Quelques mouflets maigrichons, eux, et agités comme des puces de lit, autour du caddie familial. 

Cependant, s'il y a un Grand Remplacement, c'est plus par les personnes âgées que par la diversitude qu'il est visible à la campagne (quoique beaucoup, beaucoup de couples mixtes) : la France est un pays de vieux. Triste constat parce que tous ces vieux seraient certainement heureux de partager leur quotidien avec un peu plus de vie apportée par les enfants ou les jeunes. Mais il n'y en a guère...

La matinée passe généralement très vite, surtout si je dois surveiller la cantine de l'école. J'y retrouve mes petits élèves avec leurs paniers repas, dont ma fille. L'après-midi, je m'amuse enfin avec mes différents cours et les heures s'écoulent à une vitesse folle : nous terminons par le ménage de la classe et une prière.

Nous sommes plutôt fatiguées et silencieuses avec Gaby sur le chemin du retour. Lorsque j'arrive, je pars dans le jardin m'occuper de mes fleurs et plantations de légumes et fruits.Cette année est une année à fruits, disais-je en préambule : je cueille des framboises tous les jours, devant la maison, jusque sur le pas la porte d'entrée. Mon prunier sur la terrasse est chargée en petites prunes rouges qui mûrissent gentiment. Et je me suis rendue ce matin chez une amie qui possède des cerisiers prolifiques. Evidemment, cueillir des cerises en plein cagnard n'a rien de vraiment agréable mais je suis galvanisée à l'idée de tout ce que je vais pouvoir faire avec ces fruits délicieux.

J'ai réussi l'exploit de me noircir tous les ongles des mains en dénoyautant un saladier rempli de cerises pour confectionner quelques pots de confiture.

Le deuxième saladier me sert à faire deux gros bocaux de cerises. Malgré les recommandations de recettes lues ici ou là,  je ne dénoyaute pas les cerises pour mes bocaux. Pourvu que ça reste bien conservé....

Demain, je tenterai de refaire un pot de pâte à tartiner "maison" selon l'excellente recette de la duchesse Anne (nom de l'hôtel que nous avions réservé pour le mariage civil de ma fille).

Ces week-end tranquilles sont propices aux activités culinaires. S'il faisait moins chaud, j'aurais sans doute jardiné...

Il me restera aussi pour demain à terminer le repassage.

Demain, jour de la fête Dieu avec, cette fois-ci,  une vraie procession dans les ruelles autour de l'église. Je dois cueillir et apporter les pétales de mes plus belles roses. Je sens qu'arracher des fleurs pour la gloire de Dieu va terriblement me coûter.  Mais il faut savoir se faire violence : j'ai tant à me faire pardonner et je sais si peu aimer!