jeudi 26 janvier 2023

Mélange des genres

 Etre dans le monde tout en n'étant pas de ce monde : 

Hier soir, je me rends à mon heure d'adoration devant le Saint Sacrement dans un petit oratoire. J'y retrouve une vieille bénévole de la petite école qui assure les cours d'histoire et géographie en Ce1 et Ce2 en remplacement d'une autre vieille professeur. 

J'étale, par terre, sur le tapis,  devant le Saint Sacrement,  toute une floppée de photocopies que m'a laissée ma petite vieille,  à distribuer aux élèves le lendemain en vue d'un contrôle. Nous chuchotons devant chaque feuille, les Croisades se mêlent au résumé sur les montagnes de France, puis un cours sur les invasions normandes vient parasiter un texte sur les plaines et plateaux. Je suis perdue et elle aussi. 

Les murmures deviennent des logorrhées de plus en plus hystériques car ma vieille est sourde. Au bout de 20 minutes, l'ordre est rétabli dans ma tête, dans mes photocopies et dans l'oratoire. Je crois que nos anges gardiens se sont enfuis indignés. Le Seigneur semble me dire mi-figue, mi-raisin : "J'ai bien envie de déplacer quelques montagnes d'ici le prochain cours."

Prendre à bras le corps le réel

 


Ma vie personnelle est celle, très routinière, d'une mère de famille. J'ai souvent le sentiment (le terme est très juste, il s'agit d'un sentiment et non d'une raison) d'avoir une vie "tiède" : ni héroïsme ou actions grandioses, ni grands péchés ou crimes. Mais des activités  ménagères (tenir la maison) et professionnelles (préparation des cours) immuables. 

Je pense alors à cette phrase de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus : "je veux sanctifier les battements de mon coeur, mes pensées et mes oeuvres les plus simples en les unissant [ aux mérites infinis du Coeur Sacré de Jésus]" Dans ma vie spirituelle, je me rabats sur la prière quotidienne, en particulier le chapelet dans la voiture, avec "plus d'entêtement que d'attention" comme le dit avec une simplicité directe Flannery O'Connor.*

Le secret de toute vie réussie est sans doute dans cette plongée dans le réel, plongée quotidienne, acharnée, persévérante, joyeuse.

En ce qui me concerne, la réalité c'est le mariage : "Je suppose qu'il en va de la conversion comme du mariage, on découvre, en l'acceptant, qu'il signifie le commencement, et non la fin, d'un combat dont l'amour est l'enjeu" (Toujours Flannery dont je relis la correspondance en ce moment).


*Citation complète : "La seule force en laquelle je crois est la prière et je m'en sers avec plus d'entêtement que d'attention".

mardi 10 janvier 2023

La pensée captive (Czeslaw Milosz)

 En relisant péniblement quelques extraits cornés de "La pensée captive de Czeslaw Milosz, je tombe sur ces lignes, à propos de l'intellectuel ou de l'écrivain qui, ayant avalé le dogme de la Nouvelle Foi (la doctrine marxiste), sous la forme d'une pilule, subit enfin une transformation complète de son être et devient lui-même un adepte totalement soumis à la doctrine : "Malgré sa résistance, malgré ses moments de désespoir, le moment, enfin, arrive. Cela peut se produire la nuit, au petit déjeuner, dans la rue. Quelque chose comme un déclic métallique, comme lorsqu'on passe les vitesses. Il n'y a pas d'autre chemin. C'est l'évidence. Sur toute la longueur et la largeur du globe terrestre, il n'y a pas d'autre salut."

Auparavant, ce nouvel adepte est passé par quelques phases : le vide laissé par l'abandon de la religion, l'abandon d'une philosophie réaliste, d'une métaphysique ( abandon qui procure un sentiment profond de l'absurdité de l'existence), la nécessité (parfois vitale) de s'intégrer dans une Pensée collective qui réduit à néant sa propre réflexion individuelle, personnelle. Cette nécessité de se fondre dans la Pensée unique procure alors le succès que recherche l'écrivain. "Nous voyons concrètement comment se développent les divers processus de dissimulation, de transformation intérieure, comment on en arrive au bond subit de la conversion, comment un homme se scinde en deux hommes."

Milosz a ceci de bouleversant qu'il s'intègre, tout en essayant d'analyser la transformation et l'aboutissement, dans le processus : il se demande s'il n'est pas lui-même devenu cet "Homme nouveau", adepte de la Nouvelle Foi, cet écrivain incapable de sortir du chemin de la Pensée collective. Il décrit tout l'art du Ketman qui impose à l'homme de vivre sous la méfiance de tous et qui se dédouble : un homme virtuel qui présente toutes les garanties de soumission au pouvoir et un homme secret, intérieur qui tente de penser par lui-même.

Milosz met en garde ses lecteurs contre ce terrible processus qui guette non seulement les "démocraties populaires" mais bien toutes les nations.

Autour de moi (j'entends  : sur les réseaux sociaux, les commentateurs de groupes de parole), les individus sont arrivés au terme de leur transformation : ils ont eu ce déclic intellectuel, moral, psychologique. Ils écrivent tous : "il n'y a pas d'autre salut" hormis la nouvelle foi socialiste.

Et réellement la question peut se poser pour nous tous aujourd'hui. Bien sûr, chacun s'écriera la main sur le cœur qu'il n'est pas ou plus marxiste, qu'il est de "droite". Mais il nous faut bien avouer ceci : le socialisme a gagné. Il imprègne tous nos esprits, que nous soyons de droite, de gauche, écolos, cathos, païens, européens, blancs, noirs, jaunes, patrons, ouvriers, jeunes, vieux.

Certains que je lis sur les réseaux sociaux ont aussi cette intuition de la nécessité, par exemple,  de combler le vide démographique qui menace notre Occident, ou bien s’expatrier sous des cieux plus sécures, moins envahis de populations agressives et conquérantes. Mais arrivent-ils à creuser plus profondément le pourquoi de cette nécessité? Ils constatent certains dangers : le remplacement de population, des idéologies destructrices, etc.… Pour autant, sont-ils parvenus jusqu'à la réflexion de Milosz : nous sommes devenus les captifs d'une Pensée qui nous détruit de l'intérieur.

 A l'époque du Covid que j'ai attrapé assez tôt et sans conséquence aucune, je me souviens avoir cédé à la vaccination lorsque j'ai compris que nos libertés seraient restreintes si nous ne cédions pas au vaccin. Je me souviens avoir reçu "l'ordre" comme un couperet : "il n'y a pas d'autre salut". Et j'ai cédé. Certes, beaucoup expliqueront que cette soumission est le premier pas vers la captivité intellectuelle, morale, spirituelle. Sans doute.  Mais en me dédoublant comme le Ketman décrit par Milosz,  intimement persuadée de l'inutilité du vaccin et me faisant vacciner simplement pour rester libre dans le quotidien, j'ai tenté aussi de garder une part de mon esprit dans la vérité.

La question, et Milosz la pose aussi, est de savoir combien de temps pouvons tenir dans ce dédoublement sans devenir soit fou, soit « convertis » à ce Néant absolu.

Ce dimanche de l'Epiphanie, nous recevions à notre table une personne absolument unique en son genre : unique parce que "non contaminée" par cette terrible pandémie socialiste qui a touché le monde entier, laissant sur le carreau des millions d'esprits morts, des nations entières de zombies à la parole creuse, aux concepts vides de sens et répétés à l'envie par des voix uniformes. Lorsqu'on rencontre une personne véritablement libre, le monde s'anime alors, même les couleurs des paysages deviennent plus vives, plus éclatantes. La vie revient.

C'était un prêtre, des Missions étrangères, formé dès sa jeunesse aux doctrines libérales classiques (doctrines qui sont les seuls "soins" possibles pour contrer le cancer socialiste). De retour pour quelques semaines en France, il goûte aux joies de la diversité dans le métro en s'interposant entre deux racailles enragées dans le métro et en les éjectant manu militari du wagon. Avec sa carrure et sa soutane, il impose à l'assistance (anesthésiée) stupeur et respect. Il nous fait part de cette anecdote et d'autres aussi : sa tristesse de n'avoir pu célébrer telle messe en Normandie à cause des églises fermées, le manque d'enfants dans notre petite paroisse locale, l'importance de s'investir dans les écoles hors-contrat, l'importance d'investir dans la jeunesse, en somme, dans la famille, nombreuse,  etc.… "Quand avons-nous perdu cet esprit de résistance?" conclut-il.

Comment se détacher à ce qui s'apparente à une véritable "possession" intérieure? Sans doute en retrouvant le chemin de la vérité, en surmontant nos peurs physiques, morales, psychologiques, en retrouvant une réflexion intellectuelle basée sur la réalité qui nous entoure, sans détourner le regard lorsque cette réalité est dure, et enfin, en retrouvant notre Foi.


Enfer

 Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

En liens familiaux les plus forts

Liens du sang, plus forts que la mort


L'enfer niche et tisse sa toile

Tous les jours, tension infernale,

Nous suce tous jusqu'à la moelle

Dans nos cœurs, corps, esprit s'installe.


Les liens du sang, ô chair royale,

Nourrissent l'hôte parasite

Et le combat n'est pas loyal.


Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

Déjà morts, chair empuantie

Le démon se repaît âmes, corps, esprits.


Dans la maisonnette fleurie

Les enfants dansent, jouent et rient.

Les parents travaillent et se plient

A tous leurs devoirs et soucis.

Enfants? Parents? Cœurs, corps, esprits?

Vidés! Des sépulcres blanchis...


vendredi 30 décembre 2022

Ma légitime défense

"Si votre monde est mort, c'est que vous n'avez pas su le maintenir en vie. Apprenez donc le bouche-à-bouche philosophique, et voyons ensuite s'il vous reste un filet de souffle." (Dantec, Le théâtre des opérations, 1999)







Il m'arrive de publier sur ce petit blog les textes des uns et des autres qui me paraissent pertinents ou simplement utiles pour ouvrir les yeux  (les siens d'abord et ceux des autres ensuite). Sur notre civilisation occidentale qui se laisse  volontairement mourir en maniant les armes d'un égalitarisme (racial, social, moral) ravageur, sur ma religion qui vogue sur cet air du temps, bref sur la Gabegie pour reprendre un terme et surtout une description détaillée de Lounès. Gabegie qui mine l'Humanité de l'intérieur (valeurs morales inversées ou effacées) et aussi à l'extérieur de nos demeures (démultiplications de violences, meurtres et développement vertigineux d'une impunité absolue  des criminels).

Il m'arrive aussi de lire des auteurs qui ont pointé d'un doigt lumineux cette Gabegie ou leurs conséquences ultimes ( je pense à Houellebecq et à un McCarthy) et souvent de trouver, en les lisant, que la couleuvre est difficile à avaler pour un estomac de crevette.. Je pourrais dire comme cette lectrice, qui écrivait en substance à Flannery O'Connor : "pourquoi écrivez-vous toutes ces méchancetés? L'américain moyen, lorsqu'il rentre chez lui fatigué, veut se reposer et lire de belles et gentilles choses".

Il y a quelques jours mes deux filles ont regardé le Vieux fusil avec Philippe Noiret, ce film terrible où Noiret qui campe un docteur, découvre en revenant dans son château familial le viol et le meurtre atroce de sa femme et de sa fille par une troupe allemande qui occupe les lieux. Il décide de faire justice et tue un à un tous les allemands de la compagnie. J'insistais sans succès auprès de mes filles pour qu'elles ne le regardent pas  car j'avais été moi-même très marquée par ce film. Mon mari, étonné, me dit que je l'avais sans doute vu trop jeune... En fait c'est l'inverse, j'ai regardé ce grand classique il y a quelques années seulement, déjà mère de famille nombreuse. Ma sensibilité maternelle, hypertrophiée d'une certaine façon, ne supporte plus certaines visions par trop noires (à tel point que j'ai demandé à mes filles de bien fermer les portes du salon pour que ne me parvienne pas la musique du film, glaçante, ou plutôt le son, le souffle du lance-flammes, horrible!).

Mais au delà du fait que pour une femme il y a sans doute incompatibilité entre sa nature même -j'y reviendrai- et une réalité vraiment difficile, violente, c'est en lisant l'excellent Allan Bloom que j'ai compris combien notre attitude désarçonnée, erratique, abasourdie face au délitement de ce monde était due au simple fait que notre intellect, notre esprit (et donc ce que nous sommes profondément) a été entièrement modifié et maintenu aujourd'hui dans l'incapacité d'affronter quoique ce soit en nous et hors de nous. Le livre de Bloom s'intitule L'âme désarmée et c'est exactement ce qui arrive à l'homme, trop désarmé aujourd'hui intellectuellement, moralement, spirituellement, psychologiquement et même physiquement pour affronter notre réalité, le monde.

Bloom décrit à quel point les jeunes d'aujourd'hui, vides de préjugés comme de croyances ou de connaissances, ne peuvent s'appuyer sur ces dernières pour avancer dans un chemin de vérités qui leurs permettaient et  leurs permettraient de se confronter à la réalité, au monde qui nous entoure pour le connaître autant que possible, le comprendre et le modifier à loisir. "Peut-être notre première tâche consiste-t-elle à ressusciter ces phénomènes, afin de disposer à nouveau d'un monde que nous puissions interroger et de nous mettre par là même en mesure de philosopher." conclut Bloom.
En effet,  l'homme a besoin  de donner un sens à la vie et il le trouvera dans la confrontation directe avec cette réalité à changer.  Il la trouvera dans le défi, dans le combat ou la volonté de modification permanente de la réalité. Son bonheur et sa joie seront dans cette confrontation. Un ami -le même qui m'a donné cette réflexion de O'Connor ci-dessus- m'expliquait que toute grande, ou plutôt, toute bonne littérature doit instiller le doute ou le trouble, une remise en question personnelle... une mauvaise littérature ne laissera que peu de place au doute et, ajoutait-il, ça n'est pas un hasard si beaucoup d'artistes ont été catholiques et qu'il n'y en a pas en terre d'Islam : doute interdit, seulement de la poésie, et pas de portrait en peinture..." Précisons que ce doute sera moteur pour toute foi digne de ce nom.

Au moment même où je lisais ces phrases de Bloom dans L'âme désarmée, un autre ami m'envoyait ce clip d'un rappeur blanc qui répète tout le long : "on s'en branle du futur quand on ne comprend pas le présent" Magnifique représentation de cette attitude atone des hommes d'aujourd'hui dans un monde dont ils ne maîtrisent plus les codes d'accès car on leur a dit que ces codes étaient des illusions dont ils devaient se défaire par tous les moyens. "Le roi est nu" et malheureusement il ne peut pas et ne doit pas se rhabiller sous prétexte de passer pour un ringard vêtu d'oripeaux de vieilles croyances mitées. Mais l'homme n'est pas fait pour être nu, nous le savons depuis l'aube des temps bibliques et il doit s'armer; s'armer au niveau de son esprit parce que c'est tout de même ce qui le caractérise dans son essence même. Reprenons donc nos armes, c'est à dire, comme je le disais précédemment :  "notre raison, notre réflexion, nos lectures, notre courage, lâchons -pour le moment seulement- nos vraies armes : elles ne sont pas encore utiles. Si elles le deviennent un jour, et bien, ce sera tant mieux d'une certaine façon, c'est que nous aurons gagné la plus importante de toutes les guerres, celle de la Vérité."

Ceci concerne de façon éminente l'homme en tant qu'être masculin. La position de la femme est un peu différente et j'aimerais la préciser dans ce que je perçois pour moi-même, je le précise bien :  pour une femme, une vision par trop sombre ou désespérante de la réalité, même si elle est malheureusement juste, va à l'opposé de cet instinct de vie qui la pousse en avant. Si nous nous arrêtions, nous les femmes, à cette Gabegie,  nous ne ferions plus rien et tout s'arrêterait d'une certaine façon pour l' Humanité. Aussi,  préférons-nous contourner l'obstacle, car nous sommes des coureuses de fond. Nous avons donc une attitude en apparence légère, nous lisons parfois des livres, des journaux truffés de détails pratiques et futiles qui retiennent notre attention, les idéaux nous accaparent moins, en apparence du moins. Le doute n'est pas un moteur pour nous mais un frein. Nous faisons celles qui nient la réalité ou pour le moins qui refusent de la regarder en face. Ça n'est pas exactement ce qui se passe dans les faits : nous préférons prendre un autre chemin, un chemin de traverse. Et c'est très bien ainsi. Nous cherchons et surtout devons protéger  la vie, donc une position de repli paraît la plus logique et nécessaire dans notre cas. A aucun prix la femme ne doit livrer bataille si ce n'est quand elle est directement acculée ou attaquée. Ça n'est pas dans son intérêt,  au sens strict de sa nature même, ni dans celui de la vie. La femme n'est pas un être fragile avec cette connotation un peu négative donné au terme, mais ce qu'elle protège est, lui, extrêmement précieux et fragile. Son objectif est donc de construire et de protéger au mieux le nid édifié pour que la vie s'y développe en toute sécurité : son identité féminine, son corps, (qui peut contenir la vie) sa demeure avec les siens, les "vivants", qui y habitent et qui y grandissent. Tenir sa maison, c'est tenir le monde, pour une femme. Et cela comporte tout ce qui fait l'intégrité féminine, tout ce qu'elle est. Voilà pourquoi j'insiste tant auprès de mes filles, par exemple, pour qu'elles ne fument pas, ne boivent pas de façon excessive etc... Des "détails" qui sont aujourd'hui considérés comme s'opposant directement à l'épanouissement féminin! Je maintiens qu'il est plus grave pour une femme de se livrer à des excès, que pour un homme.

Alors, évidemment, on comprend mieux "la joie du jour", ce petit blog: opposer à la Chienlit quelques menus descriptifs heureux d'un quotidien familial, d'une espérance spirituelle; quelques recettes simples -et en apparence vraiment anodines- d'un bonheur édifié jour après jour... Des photos de beaux paysages, de plats culinaires, de jeux de petits, des anecdotes enfantines, des extraits de belles lectures.

L'homme doit ressusciter les phénomènes selon l'heureuse expression de Bloom, la femme, pourrait-on ajouter, doit les maintenir en vie.

Lorsque ces intérêts vitaux sont directement menacés, lorsqu'il y a une remise en question absolue de l'Humanité par l'homme lui-même, il me paraît important de faire face au danger et de proposer, selon ce que l'on est, une ligne de défense. Les hommes proposeront par le biais de leurs génies artistiques divers et variés, par leur réflexion approfondie, leurs essais et leurs recherches intellectuelles ou scientifiques ou bien par leurs actions pragmatiques, leurs luttes, un compte rendu précis et minutieux de l'Ennemi à abattre, cet Ennemi sans nom et sans visage. Les femmes se garderont bien d'aller voir de trop près cet Ennemi et de le trouver séduisant et non pas dévastateur et dangereux -ce qu'il est en réalité- et continueront, pour les plus fortes d'entre elles, leur chemin de vie et sa protection.

La joie du jour, ce petit blog, cette vie qui est la mienne, est ma légitime défense.

vendredi 23 décembre 2022

Noël (2)



 En ces longs jours d'hiver froids et venteux

Où l'on se recroqueville sans apprêts, sans voeux,

Tout au fond de nos âmes obscures, froides et vides,

Tu viens, doux Enfant Jésus, ramener la vie.


La paille est piquante comme les épines

De ta couronne, et, broyé contre la poitrine

De Marie, de Joseph, des bergers du monde

Comme une Hostie pleine d'amour qui surabonde.


A chaque messe, c'est Noël qui se dévoile

Mille Séraphins chantent sous les étoiles

L'autel comme ta mangeoire devient ton trône

Ta présence invisible et réelle, l'Icône.


Par ta présence minuscule, atomique,

L'univers s'accroît de façon automatique

L'univers se dilate aux battements de ton Coeur

L'univers entier déborde de Toi, Seigneur.


Et moi je te prends, je te garde avec ferveur

Et mon coeur, et mon âme t'adorent, Seigneur;

L'univers tout entier ne peut pas te garder

Mais ta créature indigne, tous tes pécheurs,

Te reçoivent, Jésus, pour t'aimer à jamais.


Souvenir pascal (2)

 

Souvenir pascal

Le feu flamboyait devant le petit visage rond
"Joyeuse Lumière, splendeur éternelle du Père"
Dans la nuit obscure, la fin des doutes, des raisons
La main blottie dans celle, toute rêche, de la mère
Oh fêtes de l'enfance, essence de la religion.

Se souvenir alors, plus tard, quand la vie te blesse
Du feu pascal, du vent de la nuit, des tendres caresses
Se réchauffer à la chaleur des châles que ta mère
Serrait contre toi, et guérir par toutes les prières
Entendues, récitées autrefois. Dieu est là! Au creux
De tout ton esprit, de tout ton corps et de tout ton cœur,
Dieu est là qui t’apaise, qui murmure, qui effleure
Toute ta misère, tes doutes, ta grande douleur.




 

"Je veux être avec toi.
Tu ne peux pas.
S'il te plaît.
Tu ne peux pas. Il faut que tu portes le feu.
Je ne sais pas comment faire.
Si tu sais.
Il existe pour de vrai ? Le feu ?
Oui, pour de vrai.
Où est-il ? Je ne sais pas où il est.
Si, tu le sais. Il est au fond de toi. Il y a toujours été. Je le vois."

(La Route de Cormac McCarthy) 

Journal du deuxième confinement, Lundi 21 Décembre, un Noël en avance.


 Nous débutons cette période de vacances et donc de grands mouvements migratoires de nos enfants vers "le home, sweet home" par une soirée de "retraite" à... l'hôtel. Nous faisons souvent ce genre de chose avec mon mari même si notre bourse ne nous l'autorise guère. Mais voilà; pour élever des enfants, pour maintenir dans une direction sereine et sans à coups le clan familial, il faut savoir faire des retraites "stratégiques", se requinquer dans les lignes arrières et revenir au front, en forme physiquement et avec quelques objectifs clairs.

Bon, la soirée à l'hôtel avec une débauche d'alcool (champagne, bière, vins blanc et rouge) et des discussions jusqu'à trois heures du matin, ne contribue pas du tout à la remise en forme physique. Mais le moral est excellent après moult discussions passionnantes avec des personnes intelligentes. Comme toujours, nous arrivions avec notre arrogante vertu, dans l'idée de soutenir ce que notre ami hôtelier vit dans son hôtel vide depuis quelques mois, et bien évidemment son accueil admirable dans lequel il s'oublie complètement pour nous recevoir merveilleusement devient un véritable soutien et réconfort pour nous-mêmes. J'investis sa petite cuisine au sous sol magnifique avec des murs de pierre apparente et je prépare des spaghettis avec une sauce tomate "maison". Un ami apporte le produit de sa chasse, des terrines de chevreuil et de sanglier, nous débouchons le champagne, notre hôte nous régale d'un apéro superbe et d'une salade de fruits grandiose.

J'écoute dans le train du retour, l'interview de Rochedy avec David Engels, qui vient d'écrire et d'éditer un ouvrage intitulé sobrement "Que faire?". Evidemment,  tout commence par le long déroulé de la situation occidentale en déclin. Puis quelques pistes apparaissent : former des communautés physiques, intellectuelles, sociales, loin des villes, à la campagne, éduquer intellectuellement (et à la Beauté) les enfants et les jeunes dans des centres scolaires, universitaires  en dehors des structures étatiques, publiques existantes, retirer son argent des banques, etc... Nous faisons tout cela déjà avec Chuck, depuis toujours, nos enfants sont tous passés à un moment donné dans des écoles privées hors contrat, une de nos filles a suivi un cursus universitaire hors contrat pour être institutrice, nous les avons tous élevés à la campagne (avec fréquentation des centres ville pour les études et le travail). Et Chuck manifeste un intérêt tout pragmatique pour les cryptos monnaies.

Engels insiste alors sur la puissance de réaction que représente la cellule familiale. "Pourquoi faire des enfants" interroge, au nom de toute une génération de trentenaires, Rochedy. "La question est  : pourquoi ne pas faire d'enfants" rétorque finement Engelsr. Comme le disait Péguy, dans un merveilleux texte que je dois retrouver sur ce blog, le père de famille est le vrai aventurier de notre époque. Et Engels d'ajouter que, selon des projections assez proches, les vraies forces démographiques aux Etats Unis seront bientôt non pas les hispaniques ou autres mais...les Hamishs. De quoi répondre à la question initiale "Que faire?" face au déclin de l'Occident de façon très simple, et sans révolution ni apocalypse : en ayant des enfants. Voilà qui nous éloigne d'un futur bourré de luttes, de guerres, de forteresses à protéger envers et contre tous à la mode de Raspail, tout cela remplacé par de mignons poupons roses et de gentils enfants courant partout dans nos vertes contrées. C'est d'une efficacité redoutable, comme une solution mathématique qui était juste sous notre nez mais que personne n'avait vue. Engels enfonce le clou : "je ne regrette qu'une seule chose, personnellement : c'est n'avoir pas eu plus tôt, plus jeune, mes deux premiers enfants".

Rochedy revient à la charge avec la question du christianisme (vite défini comme catholicisme pour l'Occident); ce dernier, avec le pape François, ne participerait-il pas au déclin de l'Occident? Non, affirme paisiblement Engels, le catholicisme fait partie même de l'essence européenne; que l'on soit croyant ou pas, il s'agit de connaître et d'assumer cette part de notre être. Et les futurs chrétiens, ceux qui rentrent aujourd'hui dans les séminaires seront ces catholiques "dissidents", qui devront témoigner jusqu'au bout de leur foi. Ils seront donc d'authentiques chrétiens, sans doute moins nombreux, mais beaucoup plus forts que les précédents. Cette analyse, affirmée avec conviction par cet intellectuel brillant et réaliste, me réjouit pour le fiston entré cette année en propédeutique. Il fera donc partie de cette nouvelle génération de catholiques authentiques et solides.

A la fin de cette interview, je me dis que notre famille, avec tous nos enfants, participent tous, chacun à leur manière, à ce renouveau de l'Occident alors même que son déclin n'est pas encore arrivé jusqu'à son terme. En bref, nous avons rempli le cahier des charges de "Que faire". A nos grands maintenant de continuer.

https://youtu.be/89mzU19XQAA

Les enfants entament, disais-je, leur grande migration vers la maison paternelle pour les fêtes. Notre fils aîné, notre Jean Baptiste part de Lille à vélo. Il bivouaque avant hier dans les environs d'Amiens. Il suit la messe à la cathédrale d'Amiens où se trouve le "chef" de saint Jean Baptiste, relique magnifique. Son vélo casse à 10 km de la ville. Il retourne au presbytère de la cathédrale, se fait accueillir par les prêtres de la communauté saint Martin responsables de la cathédrale. Il déjeune, il se douche, bref, c'est l'accueil à la mode martinienne stricto sensu. Le Supérieur de la communauté est de passage pour voir ses prêtres. Il embarque dans la soirée JB et son vélo dans sa voiture et nous les ramène. Nous le retrouvons attablé dans notre cuisine et discutant avec nous dans une simplicité totale.

Ce retour de notre "fils prodigue récurrent", ramassé sur la route par un représentant éminent de notre Eglise, nous plonge dans un de ces moments absolument surnaturel. "Je suis peut-être un looser, me dit JB, mais c'est quand même moi qui fais venir à la table un prieur!" Nous lui décernons sans conteste la palme du meilleur cadeau de Noël. "Je suis venu pour les malades et les pécheurs" dit le Christ...

Nous prions autour de notre crèche, et dans une discrétion absolue, le Supérieur repart dans sa voiture pour regagner sa Maison. "J'ai un sac de couchage dans la voiture si je fatigue trop". Ce Voyageur du soir qui nous ramène une de nos brebis si précieuse restera dans nos cœurs et dans nos esprits à tous. Il repart pour retrouver notre autre fils, Rémi, en propédeutique.

Avec cet évènement, vous l'avez compris,  pour moi, Noël a déjà eu lieu. "Le Christ s'est [déjà] manifesté parmi nous"... Je vous souhaite à tous, surtout à ceux qui souffrent et qui sont en chemin vers Celui qui est Tout, de garder le cap et de parvenir à la crèche et d'expérimenter ce qu'est vraiment l'Amour.