dimanche 19 avril 2026

Les disciples d'Emmaüs





Les deux amis étaient partis tôt le matin,

Ils cheminaient tristement tout à leurs pensées 

Ils avançaient, et, parfois, s'arrêtaient soudain

Trop émus encore pour la ville quitter.



Jérusalem! La ville qu'ils fuyaient, après 

Le brutal événement de la mort du Christ.

Leur seul maître bien-aimé en qui ils croyaient

Cloué sur le bois de la croix! Leur Jésus Christ!



Ils avancent lentement pleins de questions, 

Peinent à quitter la ville où ils ont connu

Tant de ferveur et d'espoir, de communion

Avec les Apôtres! Ils fuient vers Emmaüs.



Tout est fini. Il est mort comme le dernier

Des voleurs. Tout est fini, il n'est pas Sauveur

Du peuple élu, la race choisie en premier

Par un Dieu jaloux plein de douceur, de fureur



Il n'est pas le roi d'Israël prophétisé

Par des hordes folles et des siècles d'Histoire

Il n'est qu'une chimère réduite en fumée

Laissant sur tous sidération, désespoir. 



Soudain,  se joint à eux, un homme, un inconnu

Apparu à la croisée des chemins, sans bruit

Présence réelle au sein des esprits confus

Ils regardent, surpris,  l'inconnu qui sourit.



Les deux amis reprennent la route, suivis

Par l'homme, tous les actes de la Passion

Racontés. Tant de questions pour les amis

Et patiemment le nouveau venu y répond.



Il dresse le portrait infini du Salut

Il raconte son histoire depuis Moïse,

Quête des prophètes au sein du peuple élu

Les disciples émerveillés visualisent



La création du monde d'un Dieu d'amour

Le plan divin pour ses créatures chéries

L'alliance parfaite conçue pour toujours

Ce lien unique par le péché détruit.



Qu'à cela ne tienne! Car Dieu pourvoit à tout 

Il envoie son Fils aimé sauver ses enfants

Et, dans le mystère Trinitaire, se noue

Le sort de l'univers, son renouvellement.



Tout est pensé, pesé au coeur de l'Esprit Saint

Tout est décidé, proposé par Dieu le Père 

Tout est accepté, voulu par le Fils, si bien

Que le Sacrifice de la Croix est offert.


Les deux disciples écoutent l'homme parler

Ils restent sans voix devant ce tableau précis 

L'instant vécu emplit leur coeur d'éternité 

Ils contemplent sans voir leur Dieu grâce à l'Esprit.



L'alliance perdue depuis la nuit des temps

Se reconstitue alors et brûle en leur coeur :

Le lien brille au fond des âmes à l'instant

Timide étincelle qui surgit du malheur.



Mais, déjà, la nuit se rapproche et le jour baisse

Les disciples retiennent leur nouvel Ami

A la table, Il consacre les Saintes Espèces 

Le pain et le vin devant eux dressés, bénis.



Leurs yeux s'ouvrent enfin et leur esprit s'éclaire

Ils reconnaissent leur Seigneur crucifié 

Leurs coeurs si brûlants avaient compris le mystère 

D'un Dieu, pour les hommes, mort et ressuscité 



Leurs coeurs brûlants avaient reconnu le Messie

Les Ecritures ne les ont jamais trompés

La mort est vaincue, l'homme et son Dieu réunis

Rédemption acquise pour l'éternité.







Dimanche 19 Avril, Dimanche de la Miséricorde Divine, Journal de Bord, En revenant


"Du plus profond ennui quotidien, seuls nous sauvent l'impalpable, l'invisible et l'ineffable"
(Nicolàs Gomez Dàvila)

En revenant, au travers des champs et des prés,
Un vertige des nuages en rangs pressés,
Balancement euphorique des fleurs serrées,
Une douce rêverie des instants passés

Un léger poids s'installe, pressé tout au fond
De mon corps, de mon cœur. La jubilation
Pesante, légère, un appel, l'intention
Qui hurle dans le silence le plus profond.

J'étais passée te voir, Seigneur, te contempler
Sous les voiles secrets de l'Hostie consacrée
Éclairée par ma tremblante foi, m'arrêtais :
Véridique lumière du Ressuscité.

Et Toi mon Dieu, rien qu'à moi, attentif au long
Monologue de mots endormis, sans raison,
En ta Présence, ton unique attention
Souffle de ton Esprit, sa seule obsession

Au travers de tout mon esprit si tourmenté
La ferme victoire de ton Cœur transpercé
Tes clous, tes plaies, ta sainte Croix à contempler;
Permettent de voir ta tendresse illimitée.
En revenant au travers des champs et des prés,Un vertige de nuages en rangs pressés,Tu m'as poursuivie, Dieu de l'infinie raison,Tu m'as aimée, moi, et, dans l'Hostie consacrée,Je T'ai vu dans ta Gloire et Révélation.

envoyé : 



En revenant, au travers des champs et des prés,
Dans le vertige des nuages en rangs pressés,
Le balancement euphorique des fleurs serrées,
La douce rêverie des instants passés

Je sens comme un poids pressé tout au fond
De mon corps, de mon cœur. Une jubilation
Pesante et légère, un appel, une intention
Qui hurle dans le silence le plus profond.

J'étais passée te voir, Seigneur, te contempler
Sous les voiles secrets de ton Hostie consacrée
Éclairée par ma tremblante foi, je m'arrêtais :
Fragile et sereine lumière du Ressuscité.

Tu écoutais, comme toujours, mon long
Monologue, mes mots endormis, sans conviction
Je profitais de ta Présence, de ton infiltration
Du souffle léger de ton Esprit, son obsession

Au travers des barrages de mon esprit agité
Tu opposes la violence de ton Cœur transpercé
Tes clous, ta lance, tes plaies sont des clés
Qui permettent de voir ta tendresse illimitée

En revenant au travers des champs et des prés,
Dans le vertige des nuages en rangs pressés,
Tu m'a poursuivie, dans une folle déraison,
Tu m'as aimé
Et je t'ai vu dans ta Gloire et Révélation.






samedi 4 avril 2026

Chant de L'Exultet, veillée Pascale 2020



















Chant de l'exultet


Exultez de joie multitude des anges, exultez serviteurs de Dieu; sonnez cette heure triomphale et la victoire d'un si grand roi. Sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feuxcar il t'a prise dans sa clarté et son règne a chassé ta nuit. Réjouis-toi, mère l'Eglise, toute parée de sa splendeur, entends vibrer dans ce lieu saint l'acclamation de tout son peuple.

Le Seigneur soit avec vous. Et avec votre esprit.
Élevons notre cœur. Nous le tournons vers le Seigneur.
Rendons grâce au Seigneur notre Dieu. Cela est juste et bon.

Vraiment, il est juste et bon de chanter à pleine voix et de tout cœur le Père tout-puissant, Dieu invisible, et son Fils unique, Jésus-Christ, notre Seigneur. C'est lui qui a remis pour nous au Père éternel le prix de la dette encourue par Adam; c'est lui qui répandit son sang par amour pour effacer la condamnation du premier péché. Car voici la fête de la Pâque dans laquelle est mis à mort l'Agneau véritable dont le sang consacre les portes des croyants. Voici la nuit où tu as tiré d'Egypte les enfants d'Israël, nos pères, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec. C'est la nuit où le feu d'une colonne lumineuse repoussait les ténèbres du péché. C'est maintenant la nuit qui arrache au monde corrompu, aveuglé par le mal, ceux qui aujourd'hui et dans l'univers, ont mis leur foi dans le Christ : Nuit qui les rend à la grâce et leur ouvre la communion des saints. Voici la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s'est relevé, victorieux, des enfers. Merveilleuse condescendance de ta grâce! Imprévisible choix de ton amour : pour racheter l'esclave, tu livres le Fils. Il fallait le péché d'Adam que la mort du Christ abolit. Heureuse était la faute qui nous valut pareil Rédempteur. Car le pouvoir sanctifiant de cette nuit chasse les crimes et lave les fautes, rend l'innocence aux coupables et l'allégresse aux affligés. O nuit de vrai bonheur, nuit où le ciel s'unit à la terre, où l'homme rencontre Dieu. Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père saint, en sacrifice du soir, la flamme montant de cette colonne de cire que l'Eglise t'offre par nos mains. Permets que ce cierge pascal, consacré à ton nom, brûle sans déclin dans cette nuit. Qu'il soit agréable à tes yeux, et joigne sa clarté à celle des étoiles. Qu'il brûle encore quand se lèvera l'astre du matin, celui qui ne connaît pas de couchant, le Christ, ton Fils ressuscité, revenu des enfers, répandant sur les humains sa lumière et sa paix, lui qui règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

lundi 9 mars 2026

La sixème heure 2


"Je voudrais cependant que vous vous y arrêtiez une minute. Combien d'entre nous, chrétiens, avons vraiment conscience d'être à l'image et à la ressemblance de Dieu? Qui se préoccupe du sens réel de ces paroles surprenantes? Si elles sont véridiques, ce n'est donc pas l'observation des choses qui nous révèlerait le monde, son secret serait en nous, au plus profond de nous-mêmes, là où nous ne descendons jamais, évidemment (...). Le mot de l'énigme du monde en nous pourquoi pas? Le destin ordinaire des hommes n'est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de sa vie, ce qu'ils avaient, sans le savoir, à portée de la main? Ce mot de l'énigme, nous n'espérons le trouver que par l'observation pratique des choses. Mais dans cette recherche la science ne collabore pas avec la nature, elle l'affronte.

(...)

"La foi que quelques-uns d'entre vous se plaignent de ne pas connaître, elle est en eux, elle remplit leur vie intérieure, elle est cette vie intérieure même par quoi tout homme, riche ou pauvre, ignorant ou savant, peut prendre contact avec le divin, c'est à dire avec l'amour universel, dont la création tout entière n'est que le jaillissement inépuisable. Cette vie intérieure contre laquelle conspire notre civilisation inhumaine avec son activité délirante, son furieux besoin de distraction et cette abominable dissipation d'énergies spirituelles dégradées, par quoi s'écoule la substance même de l'humanité."

Georges Bernanos, Les Prédestinés



C'était environ la sixème heure, midi.

Sous le ciel implacable de la Samarie

Une région obscure où s'étale un péché

Au milieu du peuple élu, la nation aimée.


Jésus fatigué s'arrête à un puits, s'assied.

Une femme vient à passer, elle veut puiser

De l'eau. Le Seigneur, épuisé, d'une voix douce

Quémande à boire à la femme, dans un souffle.


La Samaritaine a cherché en vain l'amour

Toute sa vie, en tout cinq maris, et l'Amour

Personnifié qu'elle rencontre et qui la connaît

Dans le puits de son âme va l'accompagner.


Plonge avec Moi demande-t-Il en ce midi

Où nul n'est jamais allé, même toi : l'abîme

De tes grandes blessures, souffrances et péchés

Ma pauvre soeur, ce que tu cherches à oublier.


 Au fond de ta Samarie, au fond de ton puits

Se cache une Source Vive, celle de l'Esprit

Au fond de ta forteresse, dans ta cité

Jésus le Dieu fait homme vient se reposer.


Il vient gravir le cours des choses, les douleurs

Non cicatrisées qui empoisonnent ton coeur.

Il vient te soigner en Esprit et Vérité

Goutte à goutte, toute ta personne brisée.


Une bonne fois pour toutes cautériser

Cette lèpre obscure tapie dans ta psyché,

Parcourir tous les chemins infectés, les ruines

De ce coeur perdu, ta géographie intime.


Dans ce puits profond, au coeur de nos misères

Une Eau divine coule qui régénère

Nos Samarie asséchées, nos âmes épuisées

Il est midi, et l'heure du Salut a sonné.


mercredi 31 décembre 2025

L'unique raison



Chers petits-enfants, descendus un jour des cieux
Au sein de ce monde perdu dans l'univers,
Connaissez-vous le but de cette grande affaire :
Descendus pour y remonter, du coeur de Dieu.

Chute vertigineuse amortie mollement
Dans les bras de vos tendres parents, vous naissez
Créés par l'Amour divin, chacun reflété
Par un Dieu infini au grand débordement.

Cette chute n'est pas un écrasement, non!
Vous apprenez  par la marche en tout premier lieu
A tomber et relever plus audacieux,
Et le péché et la grâce obtenue par don

L'être même de toute âme : corps et esprit,
Élans afin de rebondir de mieux en mieux
Jusqu'à s'accrocher pour de bon au Seigneur Dieu
A l'aube de la vie et quand tout se finit.

Il arrive bien souvent que des chutes blessent
Nous traînons notre âme brisée au fond des grottes
Cacher notre péché, notre vie quasi morte
Jusqu'à ce que sa Sainte Présence apparaisse.

La vraie  Révélation : nés grâce à l'Amour
Vos existences singulières, une histoire
Ou mystère si difficile à concevoir,
Nés par l'Amour et rendus divins à l'Amour.

Chers petits enfants apprenez ce grand secret
Votre vie toute entière, une trace de feu
Un chemin de lumière, une montée vers Dieu
Des enfants de la terre et des fils d'un seul Dieu.

dimanche 14 septembre 2025

Le moment de fondamentale incertitude

 Auparavant : Théophanie, "Job et l'excès du mal" de Philippe Nemo.

"Cependant, l'adhésion de Job à l'Intention de Dieu comporte un aspect paradoxal qu'il ne faut pas  passer sous silence, malgré le ton triomphant des derniers passages commentés.
Job a bien vu que, pour rejoindre l'intention intime de Dieu, il lui a fallu "s'avancer" et, comme il l'a dit dans une formule puissante, "prendre[sa] chair entre ses dents". "Emporter sa chair entre ses dents", comme le fauve emporte sa proie, est une locution proverbiale pour dire qu'on risque sa vie. Donc Job savait qu'il n'avait aucune garantie. Il a fait une sorte de pari. En s'avançant vers Dieu, il ne connaissait pas encore sa réponse. Néanmoins, il a fait le pas, se "découvrant" comme un duelliste en chemise sur la prairie s'exposant au feu de l'adversaire.Il s'est exposé à l'ambiguïté de Dieu, à son absence. Il a décidé d'être bon même si Lui était méchant. Il a décidé de choisir pour l'amour indépendamment, sinon de toute perspective, du moins de tout calcul, de salut. Et alors il y a eu salut!
On voit que, dans cette affaire, le moment de fondamentale incertitude est à jamais inesquivable. La nuit est l'unique chemin du jour. Et cette nuit se reforme à chaque instant, aucune de nos réponses antérieures ne vaut pour la question posée aujourd'hui par l'excès du mal. Rien ne peut remplacer l'engagement. Rien ne peut dispenser de passer par le découvert, par le nada. Avant saint Jean de la Croix, Job fait l'expérience de la nuit de l'esprit. Dieu n'est trouvé que dans le nada. Telle l'éblouissante certitude de Job.
C'est si l'on veut la foi. L'excès du mal a produit ce fruit spirituel."

"Job et l'excès du mal", par Philippe Nemo








Je m’engage, seule, dans un petit chemin,

Le vent souffle dans les arbres immenses.

Mille bruits, diffus, éclatants, me dérangent.

Je marche doucement vers un lieu incertain ;

Puis, de plus en plus vite, mon pied avance :

J’ai vu une lumière, me semble t-il, au loin .


Clarté rassurante, clairière paisible,

La fleur est odorante et le papillon voltige.

Je me suis endormie dans une chaleur rassurante

J’ai fermé les yeux sur une lueur aveuglante.

La forêt fraîche et sombre m’a happée de nouveau

Dans ma nuit, enfoncée, dans le gouffre, le saut.


Relevée lentement, la poussière retombe

Doucement.

Où suis je ?


L’arène est lumineuse, le sable brûlant sous mes pas ;

Dans la lumière incandescente, au milieu des vivats

J’ai mon glaive bien en main, rien ne m’atteindra.

La bête est énorme, luisante et noire, l’œil fou.

Je n’ai pas peur, non, je suis déjà morte, c’est tout.

L’ombre immense se lève, oh fraîcheur bienfaisante !

Le soleil tournoie, je suis piétinée, broyée, pantelante.


Je respire et je vis, paupières obstinément baissées ;

Voir sans regarder, savoir sans lire, pas de réalité.

Je me suis ensevelie dans le gouffre – tombeau

Je pensais vivre ainsi cachée au milieu du troupeau.

Mais le monstre m’a trouvée, mon propre cerveau

Il m’a tuée pour de bon , réveillée à nouveau.


Relevée lentement,

Je suis

En enfer

Maintenant


Ballet immémorial, défi transcendantal

Ne pas s’endormir, rester éveillé,

Chercher la vérité, trouver la réalité

Je suis A, petite fille de la forêt,

Je suis A, petite fille du soleil,

Je suis A, entre terre et ciel. 


samedi 12 juillet 2025

L'oiseau, l'homme et Dieu

 


Tout le jour, l'oiseau célèbre son Créateur
Dès l'aube, il chante, il éveille dans sa ferveur
Ce pour quoi il est créé, son unique tâche
"Louange, Honneur, Gloire" pépie-t-il sans relâche.

Dès lors que nous prions par la voix de l'Esprit
Nos paroles, semblables à l'oiseau, son cri,
Prières inaudibles s'élevant au ciel,
Prières saintes par la grâce du baptême

Ces mouvements de l'âme,
Doux ressacs de la mer,
Fil de l'oiseau qui plane,
Coupe riche et amère

Emplis selon sa volonté du Corps, du Sang
L'homme est heureux, son amour est exubérant
Avec l'oiseau, à genoux devant le ciboire,
Ils chantent tous les deux  : Honneur, Louange et Gloire