dimanche 12 septembre 2021

Enfer

 Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

En liens familiaux les plus forts

Liens du sang, plus forts que la mort


L'enfer niche et tisse sa toile

Tous les jours, tension infernale,

Nous suce tous jusqu'à la moelle

Dans nos cœurs, corps, esprit s'installe.


Les liens du sang, ô chair royale,

Nourrissent l'hôte parasite

Et le combat n'est pas loyal.


Dans la maisonnette fleurie

Le doux cocon où tous unis

Déjà morts, chair empuantie

Le démon se repaît âmes, corps, esprits.


Dans la maisonnette fleurie

Les enfants dansent, jouent et rient.

Les parents travaillent et se plient

A tous leurs devoirs et soucis.

Enfants? Parents? Cœurs, corps, esprits?

Vidés! Des sépulcres blanchis...


Grenouilles

Grenouilles

Ils sont allés par leurs petits chemins secrets

Ils se sont enfoncés dans ruisseaux et marais

Pour attraper peut-être la craintive grenouille

Ils vont explorer l'infini dans cette fouille


Se penchant tout bas, fascinés, vers l'ombre fraîche

De l'eau qui fuit en silence; alors se dévoile

Un monde invisible à l'œil nu,  rires et fêtes

Saisis, ils avancent sur la gran'voie royale


Royaume éclatant d'insectes multicolores,

Royaume vrombissant, guerre ininterrompue,

Royaume grouillant, empli de vie et de mort,

Royaume des enfants, aux soldats inconnus.


La reine en son domaine, elle trône gentiment

C'est la verte grenouille, objet d'enchantement

On en voit une, c'est merveille, son œil cligne,

On lève une main, on va saisir la coquine

Mais plouf! Un joli son perlé salue sa fuite

Et l'écho brillant et lisse compose sa suite.




 


mardi 3 août 2021

2021

 "Il y a une vérité toute simple, qu'on pourrait appeler biologique,  mais que la plupart des gens se refusent à accepter : c'est que la vie a deux bouts.

(...)

Entre les deux, il existe pour chacun d'entre nous des jours fastes et d'autres qui ne nous apportent que des emmerdements. 

Je croyais naïvement qu'à partir d'un certain âge on pouvait connaître la sérénité,  autrement dit jouir de l'existence à sa guise.

Cela n'est pas vrai si l'on possède une famille. Au moment où l'on se sent mieux dans sa peau, où on jouit du fait d'être deux, unis au maximum, le téléphone sonne et l'on sent d'avance que de nouveaux problèmes vont se poser.

Ces problèmes,  on les résout du mieux que l'on peut, mais il n'empêche qu'il laissent des cicatrices."


Simenon, "Au-delà de ma porte-fenêtre "


Ce petit passage d'une lecture de vacances est assez approprié à l'anniversaire de mariage que je célèbre avec Chuck aujourd'hui. 

Il n'est pas éclatant de joie, il n'est pas triste non plus. Il est lucide et réaliste et je n'aime rien tant que la justesse ou la vérité. 

Des termes appropriés permettent de retrouver notre place, toute notre place, rien que notre place, dans ce monde et de nous y tenir. Sans être ballotés par l'irrationnel, l'hystérie qui, en plus d'être vulgaires, ne permettent pas de se tenir debout malgré les tempêtes.

mercredi 14 juillet 2021

La Méthode

 "Gouverner des hommes innocents est impossible. Le seul pouvoir d'un État, c'est de mettre les contrevenants hors d'état de nuire. Et quand il n'y a pas assez de contrevenants, on en fabrique. Il suffit de déclarer tellement de choses hors la loi qu'il devient impossible de vivre sans l'enfreindre. Qui voudrait d'une nation de citoyens respectueux des lois? Que pourrait-on en tirer? Mais si vous promulguez des lois qui ne peuvent être ni respectées ni appliquées ni objectivement interprétées,  vous fabriquez une nation de fraudeurs... Et là,  il ne reste plus qu'à récolter les fruits. Voilà la méthode,  monsieur Rearden."

La Grève,  Ayn Rand, éd. Les Belles Lettres, p443

jeudi 8 juillet 2021

Gabrielle

 Dans le temps et l'espace tu déploies ta flamme

Comme la frange qui ceint l'uniforme gris :

C'est l'or des romantiques vaincus, les Sudistes,

L'ultime lueur qui se noie dans le monde en larmes.


Chère petite étincelle, née de notre joie,

Vivante dans un monde gris qui s'étale

Comme une mer de mourants écrasés de peur

Ils respirent à peine, mol ressac sans heurt…


Toi qui vis au sein de ces cadavres mourants

Agite au gré des tempêtes ta foi, ton être,

La grâce ardente  de tout' ton âme, sans trêve,

Car morts devant l'Eternel nous restons vivants.

dimanche 27 juin 2021

Baptême

 L'enfant est né, après de fortes et grandes alarmes

Il est beau et posé sur le sein de sa mère.

L'enfant est né, après des cris et des larmes

Il est une créature de notre terre.


Mais son regard se porte déjà vers le ciel,

Ses petits bras se tendent vers l'immatériel

Et se ferment en pleurs dans le vide et le néant

Il est une créature des cieux, pourtant.


Baptisé selon la coutume, avec de l'eau

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,

Notre Dieu se love dans son cœur aussitôt

Feu ardent et rouge sang dans le pur joyau.


Feu ardent et si brûlant attiré par l'eau

Il murmure maintenant pour l'éternité

Dans le cœur immense de cette âme dilatée

"J'ai soif, Moi le Seigneur Tout Puissant, le Très-Haut."


Descendu aux enfers, volontaire enfermé,

Au cœur de l'homme, un brûlant et divin secret.

Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié,

"J'ai soif" murmure t-Il à l'enfant nouveau-né.


"J'ai soif!" La gran'voix divine enfle mais se perd

Dans une longue vie d'épreuves et de misère.

"J'ai soif!" crient l'enfant et son Dieu Trinitaire,

Ils sont à la fois, tous deux, l'eau et le désert.


"J'ai soif!" Parfois la Voix se tait et tout s'endort.


Le bruit du monde, la mollesse de nos corps,

Assourdissent le soupir, le cri délirant,

La voix du Père, et celle de l'enfant.

Occultée, écrasée la voix du Tout-Puissant,

Moquée, piétinée, cette douce voix d'enfant


Et dans un sidéral silence d'outre-tombe,

Alors que tout est fini, mort dans une nuit sombre

Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux,

De leur bouche de cendre qui ne s'ouvre plus

Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus

Puisqu'ils ont appelé, et le Verbe est venu.

Le Calice suprême, la coupe du Salut,

S'est versée sur les lèvres exsangues  : 

Jusqu'à la lie ils ont bu.





mercredi 9 juin 2021

Beauté du soir

 


Beauté du grand ciel qui déploie son feu du soir,
Sur le blé flamboyant où soupire l'amour 
De Celui qui a tout créé. Dans ce miroir,
Ô vivante Hostie, je plonge en Elle, pour toujours.

Je voudrais tant raconter mon bonheur, ma vie,
Remercier mon Dieu de toute cette beauté
Mais il faudrait alors, je crois bien, retrouver
Le pur langage de l'originel Paradis.