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samedi 31 décembre 2016

"Longtemps je me suis couché de bonne heure", à propos de Proust, K. Dick







Pour ne pas rater l'émission, j'avais mis Europe 1 assez tôt dans l'après midi, en voiture, en revenant de Bretagne. La route était onirique à souhait, nous traversions, au milieu du brouillard, deux haies de givre, tout était blanc. J'ai donc écouté avant Enthoven, une émission sur Marcel Proust, le dernier quart d'heure. Et j'ai été frappée par la proximité de la quête de ces deux écrivains, Proust et K. Dick. Au travers d'une oeuvre monumentale, pour les deux hommes, une course éperdue CONTRE le temps, les deux écrivains recherchent une réalité qui leur échappe. Comme ma "course", mon voyage en voiture (mes nombreux voyages, qui sont toujours épiques et qui sont des courses contre le temps aussi et dans une réalité qui était particulièrement mouvante aujourd'hui au travers de toute cette brume blanche dans laquelle on devinait d'autres ombres, des réalités, des voitures). J'écoutais, au travers des grésillements, la voix d' Aurélien Lemant que j'étais heureuse d'entendre. Je l'avais déjà entendue, sa voix, mais il récitait un texte de Dantec, du coup, sa voix était peut-être différente... A la fin, il a conclu sur le fait que K. Dick était croyant. (Et là, à ce moment, le son dans la radio était limpide, comme si on abordait un coin de fleuve tranquille après des milliers de remous bruyants). "Ah, vous me l'apprenez", a dit Enthoven avec l'étonnement dans la voix de celui qui comprend que tout s'explique bien mieux chez K. Dick par ce détail (qui n'en n'est pas un). En rentrant à la maison, enfin, mon vieux chat Kikou est venu, après avoir poussé un cri très humain (j'ai cru que c'était un enfant), mourir sur mes genoux. J'ai dû expliquer à ma fille de 5 ans, Gabrielle, ce qu'était la mort. Et j'ai repensé à Proust et K. Dick : "Longtemps je me suis couché de bonne heure", c'est par ces mots que commence La recherche du temps perdu et il est vrai que vivre dans notre réalité c'est comme vivre dans un rêve éveillé (ce que j'avais vécu en voiture, dans ce voyage cette après midi). K. Dick aurait aimé cette idée, je crois. Donc, si nous vivons comme dans un rêve éveillé, nous nous endormons dans la mort pour trouver une autre Réalité qui nous échappe tant que nous vivons. 

http://oralaboraetlege.blogspot.fr/search?q=Traum

http://oralaboraetlege.blogspot.fr/2009/06/rester-vivant-lire-de-la-lecture-de.html

dimanche 16 juin 2013

Du lecteur, du rêveur, 4ème partie - "Traum Philip K. Dick, le martyr onirique", par Aurélien Lemant

Relire si possible auparavant cette petite série intitulée : "Du lecteur", pour mieux comprendre ce qui suit ci-dessous :




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J'ai découvert un petit essai chez le Stalker intitulé  : "Traum Philip K. Dick, le martyr onirique" aux éditions Le feu sacré. Je crois que c'est une bonne synthèse ou plutôt une bonne avancée dans cette quête sur le pouvoir de la littérature, son intérêt vital pour nous, lecteurs. Et là je parle de n'importe quel lecteur car c'est toute la force de ce petit livre, de montrer que tout lecteur est un "rêveur" au sens large du terme (il ne s'agit pas que de lire des livres mais d'être à l'écoute, profondément, de tout, d'être attentif à ce qui ne se voit pas, ne s'entend pas, ne se lit pas, paradoxalement, et qui pourtant existe et se voit, s'entend et se lit d'une autre façon que la manière orthodoxe),  et plus encore un lecteur est un homme qui "lit" ou rêve dans le sens donné précédemment pour sa survie physique et spirituelle (les deux se confondant).

On ne le sait pas forcément quand on lit, on ignore la plupart du temps les enjeux existentiels qui sous-tendent à chacune de nos lectures, même les plus frivoles, même les plus simples. Le lecteur est celui qui prend dans ses bras ce bébé dont a accouché l'écrivain : ce bébé, c'est le lecteur qui va s'en occuper, le faire grandir en lui. Aurélien Lemant montre qu'en fait le livre devient, par notre lecture, un hôte parasite de nous-même. C'est donc une graine, si vous voulez, ou plus exactement un atome qui est fissile, qui peut et doit exploser en nous, en nos cœurs, nos corps, nos esprits, nos âmes et nous transformer et transformer notre monde à jamais. "Les idées sont vivantes" avance Lemant par l'intermédiaire de Dick et oui, les idées sont en nous, une fois réceptionnées, elles sont nous.

Et Dieu là-dedans? Dieu qui est l'alpha et l'oméga pour toute vie, pour toute âme qui le reçoit, ou l'espère, ou le combat, croyante ou pas. Les chemins de la grâce sont multiples, la lecture, l'art en général en est un, de chemin, et pas des moindres, et l'écrivain ou l'artiste, comme le lecteur-rêveur, deviennent conducteurs et  réceptacles de cette Grâce et par cela même Dieu peut enfin nous suivre et consolider ("je partirai en guerre contre leur instabilité") ce qui est à la source de notre liberté : ce doute créatif, cet atome fissile dont l'explosion croît en nous en développant ses volutes et son champignon nucléaire, ce doute donc qui nous fait avancer sur le chemin, la route que nous avons choisie, ce doute créatif sur lequel Dieu se greffe et nous accompagne.


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                                                      Citations


"Soyons-en sûrs, le livre n'est pas un interface, ni support de télécommunication ni cordon ombilical. Il est un hôte. Un hôte ubiquitaire, métempsychotique, un hôte présent dans plusieurs organismes à la fois : un parasite. Et c'est ce que ce parasite pond en nous, puis ce qu'il advient de sa ponte, qui m'intéresse ici.
Combien de temps faut-il à un monstre pour faire son nid? En une trentaine d'années, parmi les plus étranges du siècle qui le vit naître, Philip K. Dick a niché toutes sortes de parasites dans ce que nous appelons la culture."

"Dorothy Kindred, la mère de Dick, l'expose plus efficacement dans cette lettre tapée à la machine au début des années cinquante, sans pour autant augurer que son commentaire s'appliquerait bien vite aux obsessions de son fils : "(...) plus j'en apprends sur la façon de penser d'autrui, plus il me semble universellement vrai que chacun porte un autre monde en soi".

"Douter doit devenir un jeu. Un jeu dont les règles s'inventent et se remplacent indéfiniment au cours de la partie. Cette partie a la vie pour plateau, et pour but la remise en cause, à plusieurs et en public, et le plus sérieusement du monde, du fondement même de ce que nous vivons, au moment même où nous le vivons -je suis comédien dans l'une de mes existences, mais il ne s'agit certainement pas de cela, ou alors sous une tournure paroxystique, chauffée à blanc, interpréter le réel comme une pièce de théâtre- pour en retirer le meilleur bénéfice souhaitable : le rire. Le rire tonitruant de ce qui nous arrive sur cette terre. Une Nausée inverse. C'est toute notre vie, du haut de ses indélicatesses et revirements, cette vie encore trop précieuse malgré ceux-ci, qui doit faire l'objet du jeu; nul ne saurait y perdre, puisqu'il n'y a pas de game over! La mort elle-même fait partie de la manche. Comme le lui aurait dit une voix que Dick nomme Dieu dans le fragment 001 de son Exégèse, alors que l'écrivain conversait avec un ami par téléphone au même moment : "Tu n'es pas pas celui qui doute; tu es le doute lui-même. Aussi ne cherche pas à savoir, car tu ne peux pas savoir." Il n'y a pas de connaissance. Il n'y a que l'Infini.(...) Infinie est la méconnaissance de Dieu, mais Dieu comme infini suppose potentiellement une connaissance à sa mesure. A l'exemple des onze apôtres qui n'ont pas moufeté, il est par essence impossible de ne pas douter. Le doute est encore une forme de foi, la seule que personne ne peut ordonner, peut-être parce qu'elle sait s'imposer d'elle-même.C'est pourquoi le scandale causé par Socrate n'a pas duré : une fois le grand dubitatif assassiné, tout le monde pouvait faire sien le doute socratique; tel Socrate, Philip K. Dick enseigne et dispense le doute, en tant que cheminement vers la vérité. On l'aura saisi, seul importe cet itinéraire, puisque la destination est incertaine -et l'interlocuteur, variable : tel Philip K. Dick, Socrate entendait des voix, avec lesquelles il dialoguait, y compris en présence de ses disciples. Les deux hommes, à quelques milliers d'années de distance, déclarèrent entendre Apollon s'adresser à eux. Sublime privilège d'artiste.
Dieu à Dick, encore : "Construis des raisonnements qui te permettront de comprendre (...). Je partirai en guerre contre leur instabilité. Tu crois qu'ils sont logiques, mais il n'en est rien; ils sont infiniment créatifs.". Notre vie est un ouvrage, pas uniquement du point de vue créationniste, mais au sens artistique. Ce jeu du doute exige des joueurs artistes. Des êtres vivants qui sont aussi des personnages. Doutons, seule la certitude est source de génocides et de malentendus."

"Toute prise de parole devrait être l'expression artistique d'une vérité, et toute oeuvre d'art le compte-rendu d'un rêve. Dick n'écrivait pas de romans, il rédigeait des rapports."

"Le pouvoir qu'exercent les images sur notre vie, c'est nous qui le leur avons donné. Le pouvoir, et l'emprise. Emprise telle, que nous avons négligé que ce pouvoir était originellement nôtre, que nous étions en mesure de le retourner contre elles. La connaissance perdue de cette faculté à contrer le diktat de nos créations, même chez l'être le plus éveillé me semble t-il, ne s'active plus que par accident, lors de brèves incursions dans des zones reculées, ou peu survolées, de notre cerveau. Quel admirable territoire, pourtant, et quel saisissant voyage! Me croira-t-on si j'affirme que c'est la paresse qui a présidé à notre Chute, plus que la curiosité?"

"... Dick assure que "littéralement, les idées sont vivantes". Quelques mois plus tard, en février 1978, il consigne dans le folder 28 de son Exégèse : "Les pensées sont ontologiquement réelles et non de simples descriptions verbales d'une réalité matérielle; elles sont l'ordre définitif de la réalité".
"Attention à ce que vous écrivez, ça pourrait devenir vrai, avance quant à lui Grant Morrison..."

"Si les frontières avec l'au-delà ne sont pas infranchissables, et si les morts peuvent parler, de quel côté sommes-nous présentement? D'aucuns comprendront que l'une des questions les plus cruciales de l'héritage de Philip K. Dick soit contenue dans ce mantra, répété ou commenté à foison dans Ubik : Je suis vivant et vous êtes morts. Que ce message soit transmis dans le livre par un être prétendument décédé à un groupe de personnages en apparence bien vivants, renversant le cours et le sens de l'histoire, concourt à la dislocation de la réalité dans laquelle évoluent ce groupe, et le lecteur. Car c'est bien à nous que s'adresse Glen Runciter quand il envoie cet avertissement, simultanément démiurge christique et Christ alternatif défiant le projet manqué du démiurge, nous faisant connaître, comme saint Paul en Colossiens, III-3, que : "vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu". Notre vie véritable n'est pas celle que nous pensions mener? Notre renaissance est conditionnée par la révélation de notre mort? Alors Runciter est un Christ de S-F-Foe Chip, principal protagoniste du roman, le concède lui-même : Glen Runciter "a donné sa vie pour sauver la nôtre", or ce mort est le plus vivant de tous-, alors Chip et ses co-équipiers sont des apôtres sur la voie initiatique, et la bombe aérosol aérosol UBIK, qui permet de défier les caprices du monde matériel et temporel, est plus qu'un génie dans sa langue merveilleuse : elle est le Saint-Esprit diffusé selon un procédé technologique supérieur. Le propre génie de Dick est d'avoir compris l'Esprit comme une donnée grâce à laquelle étudier le monde. Dieu est information."

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Cimetière d'Arlington, Washington DC

« La clairière ne marque rien de plus qu’une halte temporaire car, de nouveau, nous devons pénétrer dans le haut massif de bois sombres qui se tient devant nous et avale la douceur de cette lumière qui n’aura donc été, lueur frôlant les sables mouvants plutôt que le seuil véritable, que l’entre-deux trompeur, l’orangeraie qu’évoque Yves Bonnefoy, où l’on peut se retenir afin de puiser de nouvelles forces ou, au contraire, s’endormir, croyant que nous sommes parvenus au bout de l’effort. Or, non, celui-ci reste à accomplir, comme le chemin d’ailleurs qui mobilise ses plus secrètes ressources. J’oubliais : no hay caminos, hay que caminar… » (Le Stalker)


Caminar

Je m’engage, seule, dans un petit chemin,
Le vent souffle dans les arbres immenses.
Mille bruits, diffus, éclatants, me dérangent.
Je marche doucement vers un lieu incertain ;
Puis, de plus en plus vite, mon pied avance :
J’ai vu une lumière, me semble t-il, au loin .

Clarté rassurante, clairière paisible,
La fleur est odorante et le papillon voltige.
Je me suis endormie dans une chaleur rassurante
J’ai fermé les yeux sur une lueur aveuglante.
La forêt fraîche et sombre m’a happée de nouveau
Dans ma nuit, enfoncée, dans le gouffre, le saut.

Relevée lentement, la poussière retombe
Doucement.
Où suis je ?

L’arène est lumineuse, le sable brûlant sous mes pas ;
Dans la lumière incandescente, au milieu des vivats
J’ai mon glaive bien en main, rien ne m’atteindra.
La bête est énorme, luisante et noire, l’œil fou.
Je n’ai pas peur, non, je suis déjà morte, c’est tout.
L’ombre immense se lève, oh fraîcheur bienfaisante !
Le soleil tournoie, je suis piétinée, broyée, pantelante.

Je respire et je vis, paupières obstinément baissées ;
Voir sans regarder, savoir sans lire, pas de réalité.
Je me suis ensevelie dans le gouffre – tombeau
Je pensais vivre ainsi cachée au milieu du troupeau.
Mais le monstre m’a trouvée, mon propre cerveau
Il m’a tuée pour de bon , réveillée à nouveau.

Relevée lentement,
Je suis
En enfer
Maintenant

Ballet immémorial, défi transcendantal
Ne pas s’endormir, rester éveillé,
Chercher la vérité, trouver la réalité
Je suis A, petite fille de la forêt,
Je suis A, petite fille du soleil,
Je suis A, entre terre et ciel.




vendredi 23 novembre 2012

Les premiers des Mohicans.


*"Je commence à comprendre, pour Jon, déclara Kastner à voix basse. Il avait sans doute une espèce d'accès au temps parallèle. Une conscience des autres futurs possibles." ( Philip K. Dick, "Le monde de Jon" )









Lorsque je considère mon époque, mon pays, ma civilisation, je prends une image pour les décrire : nous sommes comme le mur d'une forteresse, mur complètement effrité et qui ne tient plus debout que par un ensemble d'échafaudages qui lui est accolé comme un grillage qui retient la pierraille sur des routes de montagnes. L'échafaudage fait illusion : le mur paraît solide et tient debout mais en réalité il s'écroulerait sans les barres de fer collées contre ce dernier.
Nous sommes donc une forteresse ou bien dans une forteresse dont les murs ne tiennent plus par eux-mêmes. L'Etat est cet échafaudage qui maintient un semblant de protection.

 En fait, tout est détruit.

Nous ne sommes pas en cours de perte de civilisation, tout s'est déjà effondré. L'apocalypse s'est déjà produite, pour reprendre l'autre, et nous ne sommes, non pas le dernier des Mohicans  à l'intérieur de sa forteresse en fumée, mais les premiers d'entre eux à sortir de nos ruines. Point n'est besoin alors de se lamenter ou de désespérer. Le plus beau reste à faire comme dit la chanson.

Tout est illusion. Il faut en prendre conscience.*

Comment alors réagir? Hé bien en instillant à l'intérieur des interstices du mur, entre chaque pierre de notre édifice le ciment de nos convictions, de notre vérité, de notre volonté personnelle, de nos lectures, de notre réflexion, de l'éducation donnée à nos enfants. En bétonnant notre forteresse, fissure par fissure, nous nous passerons peu à peu de l'Etat, de l'échafaudage sur lequel beaucoup de personnes crient très fort, font beaucoup de bruit pour rien mais qui devient peu à peu, au fur et à mesure de notre travail actif et silencieux, inutile. Il tombera de lui-même comme la sangsue quitte la peau qu'elle suce si on l'y aide un peu en l'arrachant.**

Et nous nous rendrons compte alors que nous pouvons très bien nous en passer de cet Etat parasite.

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Video instructive :

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mardi 20 novembre 2012

Le meilleur des mondes 2





Un vaisseau intergalactique  arrive sur une petite planète habitée par des humains qui l'ont colonisée sans se lier avec l'Empire qui contrôle de nombreuses galaxies : "Le Relais maintient un niveau technocratique et idéologique constant à travers l'Empire tout entier." Cette petite planète refuse de se soumettre au gouvernement du Relais. Confrontation entre l'émissaire du Relais (Rogers) et un des représentants de la planète (Williamson) : 

"-Nous avons des flammes, des emblèmes... comme les anciennes tribus écossaises."
(...)
"C'est un système tribal. Avec le temps, nous finirons par former autant de tribus distinctes, je suppose. Nous avons conservé un langage commun, mais nous sommes en train de nous morceler -de nous décentraliser. Et ceci avec, pour chaque famille, des habitudes, coutumes et manières différentes.
-Mais pourquoi vous battez-vous donc?"
Williamson haussa les épaules. "Pour certaines choses bien réelles, comme la terre et les femmes par exemple. Certaines imaginaires, aussi. Le prestige... Pour les questions d'honneur, nous avons un combat public annuel, officiel, auquel prend part un représentant de chaque famille. Le meilleur guerrier.
- Un peu comme les joutes médiévales.
-Nous avons puisé dans toutes les traditions. Disons, dans la tradition humaine en général."
(...)
-Intéressant. Une société décentralisée s'acheminant graduellement vers un retour à l'organisation tribale primitive.Une société qui rejette les produits culturels et technocratiques avancés de la galaxie, et se tient donc délibérément à l'écart de tout contact avec le reste de l'humanité.
-Seulement de la société humaine uniforme telle que contrôlée par le Relais, souligna l'autre.
-Savez-vous pourquoi le Relais maintient un niveau uniforme sur tous les mondes? interrogea Rogers. Je vais vous le dire. Il y a deux raisons à cela. D'abord, le corpus du savoir accumulé par les hommes ne permet pas la reproduction de l'expérience. Nous n'avons pas de temps à perdre avec cela. Lorsqu'on fait une découverte, il est inutile qu'elle se répète sur d'innombrables planètes de part et d'autre de l'univers. L'information apparue sur n'importe lequel de ces mille mondes est expédiée en un éclair au Centre Relais, qui la renvoie ensuite à la galaxie tout entière. Le Relais examine et sélectionne les expériences, et les organise en système rationnel, fonctionnel, dénué de contradictions. Il ordonne l'expérience globale de l'humanité pour lui conférer une structure cohérente.
-Quelle est la seconde raison?
-Lorsqu'une culture uniforme est maintenue et contrôlée depuis une source centrale, la guerre ne peut éclater.
-C'est vrai, admit Williamson.
-Nous avons aboli la guerre.
(...)
Rogers jeta un coup d'oeil à sa montre."Je dois vous informer que vous disposez de six heures pour rejoindre nos rangs -sinon, vous serez rayés de la carte de l'univers.
(...)
"Est-ce bien nécessaire? dit durement Williamson.
-Les variations culturelles doivent être évitées si l'on veut que la paix règne dans la galaxie, répliqua fermement Rogers."

(Philip K. Dick, "Souvenir", éditions Folio science-fiction)

mardi 6 mars 2012

Portrait féminin



Un couple marié avec deux enfants, vit tranquillement dans une magnifique maison que lui a fait construire pour sa femme jusqu'au jour où ils rencontrent un jeune couple de voisins venus s'installer depuis peu.
La femme mariée, Fay,  est attirée dès le début de l'histoire par l'homme du jeune couple voisin et 
elle poussera d'une certaine façon son propre mari au suicide et épousera au final le jeune voisin (obtenant qu'il divorce préalablement); ceci sans paraître plus monstrueuse ou machiavélique que d'autres femmes... Quelque chose qui s'apparente à de la normalité. 

Dans cet extrait, le jeune voisin, fraîchement divorcé de son adorable femme, et futur marié de la mégère Fay, réfléchit et son constat, par ricochet, nous livre un portrait féminin des plus universels : 


"Je n'ai plus aucun espoir de m'en tirer, songea t-il. Et ça ,'est même plus terrible, peut-être même comique. C'est embarrassant, voilà tout. Un peu embarrassant de me rendre compte que je ne contrôle plus ma vie, que les décisions capitales ont été déjà prises, bien avant que j'aie pris conscience du changement qui s'opérait.
Quand je l'ai rencontrée, ou plutôt, quand elle a regardé par la fenêtre de sa voiture et nous a vus, Gwen et moi... c'est à ce moment-là que la décision a été prise, si jamais elle l'a été. Elle a fait son choix, dès qu'elle nous a vus, et le reste devait en découler inévitablement.

Elle fera sans doute une bonne épouse, songea t-il. Elle sera loyale envers moi, et essaierai de m'aider à faire ce que je veux faire. La passion qu'elle met à me dominer finira par s'atténuer; toute cette énergie qui la possède s'estompera. De mon côté, je provoquerai en elle des changements importants. Nous nous modifierons l'iun l'autre. Et un jour il sera impossible de dire lequel a le pas sur l'autre. Et pourquoi.

Le seul fait tangible, se rendait-il compte, c'est que nous serons mariés et vivrons ensemble, que je gagnerai ma vie, que nous aurons deux filles d'un précédent mariage et peut-être nos propres enfants. Une question raisonnable se posera : sommes-nous heureux? Mais seul le temps pourra le dire. Et Fay elle-même ne peut répondre à cette question; elle est aussi dépendante que moi, dans cet ultime domaine."


("Confessions d'un barjo" de Philip K. Dick)

samedi 3 mars 2012

Lectures en Bretagne : Haruki Murakami, Philip K. Dick

"Hey brother, where's your soul?
(...)
we gotta go Aint no place safe for us to stay We better move on, we better move on" (Supertramp)



                                












En vacances en Bretagne, avec les enfants mais sans mon mari resté travailler, je me sens à l'écart du monde et de ses vicissitudes, perdue au bord de l'eau et près de marécages, le brouillard s'est abattu en ce premier jour  sur les lieux et tout est lent, silencieux et cotonneux. La maison s'est réchauffée cette nuit, nous n'éprouvons guère l'envie de sortir pour le moment. Les 6 heures de route m'ont épuisée hier, les enfants à peu près sages -entendons par là qu'il n'y a pas eu trop de bagarres. Simplement un coup d'Opinel confisqué à 130 à l'heure  à l’avant de la voiture avant l'estocade finale et quelques bombes à eau dont j'ai évité l'explosion pour le plus grand désespoir des jumeaux... Qui a dit que nous vivons une époque pacifique? Ah non, xyr a dit "pacifiste"... mais pacifique non, je n'y crois pas une seconde, ça n'est pas ce que je vis au quotidien.

 Seigneur, quelle pesante, quelle détestable, quelle laide expression "vivre au quotidien"... Je prône ce "quotidien" avec des airs enfarinés en veux-tu en voilà mais qui n'a pas vécu au jour le jour avec des impératifs fixes au moins une année, avec un boulot, des devoirs, des exigences bêtes et méchantes, ne sait pas, ne peut pas savoir combien il en coûte à l'homme de se plier à sa nature humaine, lui qui est aussi, parfois pour son plus grand malheur, "esprit"... Cela me rappelle un excellent passage -entendez "excellent" comme "drôle"- d'une série américaine vue récemment : un célibataire endurci va chaque année à Las Vegas pour le salon du porno; un de ses collègues de bureau l'interroge, surpris : comment fait-il pour s'y rendre en avion, lui qui panique complètement dans les airs?? Et l'autre de répondre d'un ton pénétré : "c'est toute la victoire de l'esprit humain...".
Cette histoire de quotidien c'est vraiment la quintessence du "tu enfanteras dans la douleur" de la Bible et du "tu travailleras à la sueur de ton front"... Oui, parce que c'est laid d'enfanter, c'est laid quelque part de bosser dans la sueur, "c'est pas sexy" dit un de mes amis (cette expression me fait rire aussi) et pourtant c'est le seul moyen, le seul chemin pour arriver à réussir quelque chose, à se réaliser ou bien à réaliser une œuvre d'art, ou bien tout simplement pour réussir à vivre en tant qu'homme...
Cela me fait songer à une réflexion qui me turlupine depuis un moment : c'est le texte de Xyr sur "Ce que veulent les femmes" qui m'aide à mettre un peu mieux des mots sur cette intuition somme toute très banale et évidente : les femmes ne sont pas attirées par les arts ou la philosophie, écrit-il et c'est vrai, je le pense aussi profondément.  Evidemment, mettons de côté les exceptions nombreuses.  C'est parce qu'elles ne pensent pas ce monde mais l'enfantent,  ajoute t-il. Oui, bien sûr. Je considère mes enfants comme de véritables héros de roman, des personnages que j'ai enfantés mais qui m'échappent complètement d'une certaine façon et que je dois pourtant maintenir en vie, faire avancer même si quelque part le chemin qu'ils prennent chacun est indépendant de ce que je pourrais bien décider... Exactement comme les héros d'un livre à qui l'écrivain donne vie mais qui lui échappent à bien des égards. Les enfants que j'ai eus sont tous les livres que je n'ai pas écrits ou bien les tableaux que je n'ai pas peints... C'est pour moi une grande évidence, d'une grande clarté. Et comme un écrivain, j'ai un rapport à ma famille, mes enfants, constitué d'amour-haine : amour de mes créations, haine de l'implication, des devoirs, du travail, de la douleur, de la sueur, des larmes qu'elles exigent et ce jusqu'à ma mort bien sûr.



Je regardais ce matin dimanche, avant la messe, une belle émission sur la 5 sur les écrivains contemporains de l'Ouest américain. L'un d'eux, James Lee Burke expliquait qu'il travaillait tout le temps : le matin, puis l'après midi jusque tard dans la nuit et ce sept jours sur sept. Exactement comme une  mère de famille songeai-je à ce moment-là. Un écrivain, un artiste est celui qui enfante comme une femme et Dieu  sait que les écrivains aiment chougner sur leur difficulté à écrire, à enfanter!! Cela m'amuse toujours. Et ça râle, et ça rue dans les brancards, et ça crie, et ça jure : bref, comme un accouchement quoi. Et ça s'inquiète pour son livre, ses essais, ses poèmes, et ça les peaufine, et ça les remanie sans fin : bref, comme une mère s'occupe d'un de ses poupons !
Et croyez-vous vraiment qu'on maîtrise tout dans l'éducation d'un enfant? Rien, rien du tout en fait, l'enfant, ce parfait inconnu qui se développe de façon absolument indépendante de tout ce que nous pourrions souhaiter ou désirer! Nous ne choisissons même pas son sexe, sa couleur de cheveux, d'yeux, tout est surprise et découverte. Il ne fera rien de ce que nous envisagerons pour lui et plus son autonomie sera grande, plus il aura de chance d'être épanoui et heureux... Croyez-vous qu'un artiste ou un écrivain maîtrise quoique ce soit ce son œuvre d'art? Celle-ci se développe de façon complètement autonome, il faut simplement que l'artiste ou l'écrivain soit à l'écoute, à l'intérieur de lui-même, pour savoir ce qu'il doit exactement faire. Il doit être disponible à une forme de "musique intérieure" dirait XP... Même si ça ne lui plaît que moyennement. Le reste est foutaise, le chef-d’œuvre sera complètement ratée si l'artiste se plie à des désirs ou des idées et non à ce qu'il doit exécuter.

Un autre écrivain-sans doute celui qui a retenu le plus mon attention dans cette émission et vous allez rire lorsque je vous donnerai la raison, chers lecteurs : il s'agit de Jim Harrisson et son "chez lui" ne ressemblait pas aux ranchs magnifiques des autres écrivains de l'Ouest, il habite une petite maison m'a t-il semblé, avec un bureau très quelconque et en désordre, pleins de ses souvenirs préférés, statuettes kitch, photos, etc. Et quelques photographies de femmes nues. Oui, des femmes à poil, je n'ai pas réussi à savoir s'il s'agissait de femmes par lui connues intimement ou de photos qui lui plaisaient, les enfants faisaient un potin pas possible à mes côtés pendant tout le temps de cette émission "littéraire». Ce détail m'a plu quoiqu'il en soit, je me suis dit qu'en plus d'avoir une vrai trogne (les autres écrivains étaient très propres sur eux, trop à mon sens,  non que je sois persuadée que pour être un digne écrivain il faille nécessairement ressembler à un clochard poivrot, mais Jim avait les rides et l'air torturé de celui pour qui l'écriture, la vie en général n'a pas été une partie de plaisir et cela s'est imprimé sur son visage...), il dévoile quelque chose de par son physique même, et un écrivain, s'il ne dévoile même pas par son être même quelque chose, hé bien il ne dira sans doute rien de très intéressant dans ses bouquins.
Comme une femme qui a accouché et qui garde dans son corps les marques de ses grossesses, les cicatrices de ses batailles, Jim Harrisson et ses rides. Bref, il dit que l'écrivain doit avoir la faculté de se mettre dans la peau d'une jeune fille de quinze ans, par exemple... C'est tout à fait juste, cela, et des parents, une mère, doit s'adapter à ses enfants, fille et garçon, de 0 ans à 30 ans, voire plus...









Un  autre livre lu pendant ce séjour breton vous donnera aussi une synthèse de cette réflexion ci-dessus, enfantement de personnages par une femme, création de personnages par l’écrivain : il s’agit  des « Confessions d’un barjo » de Philip K. Dick ; pour une fois, pas de SF,( il y a beaucoup de romans de K. Dick qui ne sont pas de la Science-Fiction) mais l’histoire d’un couple qui se désagrège sous l’œil du simplet mais très lucide de la famille, le frère de la femme. Les personnages sont extraordinairement décrits et la préface explique justement : « La réalité des personnages de Philip K. Dick tient tout simplement au fait qu’ils sont réels pour lui ; il les entend parler, dans son esprit, et enregistre leurs conversations et leurs pensées –ses dialogues, dans presque tous ses romans, sont excellents. »



Cela me conduit assez naturellement à une autre réflexion : j'ai lu ces jours-ci un roman génial -génial parce que je m'y retrouve assez en fait- de Haruki Murakami. Je précise Haruki parce qu'il existe visiblement plusieurs écrivains du nom de Murakami... Celui-là est japonais mais c'est certainement le plus occidental des japonais! Il a pris toute la quintessence de la civilisation occidentale, il écrit comme un véritable européen, d'une écriture très classique. Ses références culturelles, musicales en particulier, sont toutes occidentales (que ce soit de la musique classique, du jazz ou du rock). Le roman lu : "La ballade de l'impossible" qui décrit le passage de l'adolescence à l'âge adulte de plusieurs personnages, masculins et féminins... Chez Murakami ,des thèmes universels : l'adolescence, l'âge qui avance chez les femmes, le sexe, la mort, le suicide... En le lisant, je songeais à mon adolescent de fils, à tous mes ados en fait qui sont ici présents et avec qui je converse beaucoup mais avec plus ou moins de finesse ou réussite… Les portes claquent souvent avec moi, je ne suis pas une fine psychologue, je ne suis qu’une mère en fait. Donc c’est raté pour qui attend de l’objectivité ou du sang-froid.


La réflexion : un adolescent -garçon- c'est semblable à une larve. Le terme a une connotation péjorative mais je tiens ici à préciser tout de suite que je l'emploie de la façon la plus objective, rationnelle, scientifique possible... Une larve, cet animal qui n'est pas encore parvenu à sa forme définitive, qui est en pleine mutation, qui est déjà  quelque chose mais qui deviendra autre chose de tout à fait différent tout en restant ce même sujet de départ... Fascinant quelque part. Thème philosophique par excellence ! Matière et forme !  On devient autre mais en gardant sa "forme" au sens de ce qui définit substantiellement ce qu'est une personne, un animal ou une chose… Voilà comment j'utilise le mot de "larve". A partir de 14-15 ans environ, le drôle de petit insecte pondu à la naissance devient une grosse larve affamée et endormie. Il doit de façon permanente, pour sa survie, se nourrir et dormir ou hiberner dans un cocon sans être dérangé. Nous les parents, fournissons le cocon, la nourriture et la quiétude de la larve. Et c'est tout. Le sein maternel ne suffit plus à un moment donné à contenir le petit être en développement; ce dernier doit changer de cocon à un moment donné; une fois l'accouchement passé, il ne s'agit en fait que d'une première étape, il faut alors adapter un nouveau berceau, un nouveau cocon. Exiger autre chose d'une larve est une stupidité. La larve nécessite alors toutes sortes de soins, nourritures, physiques bien sûr mais aussi intellectuelles et spirituelles puisque l'homme a cette particularité de ne pas être que corps mais aussi esprit. Cependant, nous les parents mettons bien des années -parfois nous n'y parvenons jamais- à donner les nourritures correspondant à telle ou telle larve. Certaines font des allergies et ne supportent pas tel aliment; certaines sont gavées dans leur intellect de façon complètement disproportionnée, comme on donnerait un steak à un nourrisson édenté. Il faut adapter selon l'individu, cela demande une vraie attention de la part des géniteurs et éducateurs... C'est un travail de tous les instants et on y réussit plus ou bien, il faut l'avouer. Je me suis beaucoup trompée avec mon fils aîné et je ne cesse de tenter de rectifier le tir mais j'avance dans mes recherches comme si j'appuyais à tort et à travers sur l'embrayage d'une voiture qui bondirait en avant avec des chaos et secouerait toute l'assistance. Un pas en avant, deux pas en arrière. Tout est question de dosage, de finesse d'appui sur la pédale et pour les enfants, c'est pareil. Au départ,  on cale souvent puis on apprend à conduire en souplesse. La larve en son cocon ne fera rien de plus qu'hiberner et se développer. C'est ainsi. Nous avons tendance, nous parents, à vouloir mettre au travail notre ou nos larves mais elles en sont strictement bien incapables les malheureuses! Pire, cela pourrait nuire à leur développement! Et nous ne comprenons pas cela, ces larves doivent nous sucer jusqu'à la moelle, comme une œuvre d'art pompe tout de l'énergie créatrice d'un artiste et occupe chaque instant de la vie de ce dernier. Jusqu'à lui vider son cerveau parfois, le rendre fou...Et puis un jour, le cocon se brise, il devient inutile, la larve devient un magnifique papillon et l'on devine sur ses belles ailes colorées, irisées, fragiles, on devine tous les desseins, toutes les couleurs, toutes les nervures, toutes les blessures qui ont participé à son édification. C'est étonnant à observer un homme "fait». Ce passage à l'âge adulte, c'est le miracle absolu. C’est une pure merveille à contempler et nous ne prenons pas assez le temps, me semble t-il d’observer autour de nous chez nos amis, nos proches, nos enfants cette métamorphose.  Parfois on l'attend très longtemps parce que les larves n'ont pas toutes le même temps de chrysalide. C'est ainsi. Certains mettent cinq-six ans (rare) d'autre plus de dix ans (normal), la plupart une quinzaine d'année voire vingt ans (normal aussi en fait).
Tout ce que j'espère c'est avoir suffisamment d'énergie pour m'occuper jusqu'au bout de tous mes cocons... C'est pour moi une réelle inquiétude. Il faut une force physique et mentale relativement importante et c'est pourquoi avoir des enfants comme créer une œuvre d'art nécessite de s'y prendre assez tôt me semble t-il. Parce que cela demande du temps. Et un bon mental. Et puis d'autres facteurs interviennent : on a plus ou moins de talent à être mère. Personnellement je me considère comme une mère pas très douée, une médiocre éducatrice, inspiratrice, nourrice. Je cuisine d'ailleurs de façon très "basique", sans génie particulier. C’est un signe me semble t-il; je n'ai que peu de dons pour la tenue d'une maison : je ne couds pas, je ne sais pas trop bricoler, je fais mon ménage superficiellement. Je repasse un peu, par obligation. Mais surtout, surtout, je me bats contre mes fantômes personnels et je persuade mes pauvres enfants que ces derniers existent vraiment... Ceci ne favorise pas le climat serein nécessaire au bon ronronnement du cocon... c'est évident.

J'ai critiqué ce quotidien hier, mais aujourd'hui je vais tenir le discours inverse : la routine est ce qui me défend le mieux contre ces propres fantômes qui m'assaillent depuis toujours. La routine est garante de protection contre le désespoir, l'angoisse, le chaos et le désordre. La routine est source de vie. Il ne faut jamais la négliger, toujours la chérir. Dans le Murakami, "Ballade de l'impossible", à un moment donné, un jeune explique qu'il souhaite devenir un "gentleman". Il donne une définition de ce curieux idéal : « faire ce que l'on doit faire ». Hé bien! C'est exactement cela que j'entends par "routine" ou quotidien dans un sens positif.

Après une première  soirée bretonne où les vertiges n'ont pas cessé, je me suis laissée tomber sur mon lit et j'ai dormi comme une bûche. Avec insomnie tout de même... Mais bon sommeil quand même. Justement, à propos des insomnies et de la nuit, j’ai commencé un autre Murakami, « Sommeil », son dernier livre, une grande nouvelle sur les dix-sept jours sans sommeil d'une femme mariée. Lors de sa première nuit sans sommeil, la femme explique qu'elle dévorait les livres quand elle était jeune : "Depuis l'enfance, la lecture avait toujours été au centre de ma vie. Déjà, à l'école primaire, je dévorais tous les livres de la bibliothèque, tout mon argent de poche passait dans l'achat des livres. J'avais cinq frères et sœurs et j'étais juste au milieu, mes parents travaillaient tous les deux et étaient des gens très occupés, personne ne faisait attention à moi. C'est pourquoi je passais tout mon temps à lire."
Pareil pour moi, sauf que nous étions trois et j'étais au milieu. J'ai dépensé aussi tous mes francs de l'époque en livres, j'avais à un moment donné une très bonne amie (une seule) : elle m'invitait chez elle le mercredi et nous passions notre après-midi à...lire en mangeant des bonbons. C’étaient des après-midi merveilleuses et une très bonne amitié.
Puis, quelques années après mon mariage, j'ai cessé de lire complètement  (Comme la femme dans le Murakami). Je ne lisais plus que des magazines quand j'en avais et les journaux quand mon mari m'en rapportait. Après la naissance des jumeaux, j'ai fait partie d'un club de bibliothèque de « dadames » du village; j'ai recommencé un peu à lire... Puis, un jour j'ai lu un polar de Dantec ; non, je me trompe, j'ai d'abord lu une partie de son Journal et cela m'a enchantée; je découvrais un esprit libre et profondément imprégné de son art, l'écriture. Cela m'a fascinée, comme au temps de ma jeunesse j'étais fascinée par le pouvoir de l'écriture. Mon mari m'a alors plantée devant un ordinateur (jusque là cela ne m'avait pas intéressée, tout occupée que j'étais avec mon mariage et mes enfants) et je suis allée un jour sur un site; le premier. Celui de Dantec. J'étais surprise, cela ne correspondait guère à l'idée que je me faisais d'un écrivain, il y avait sur ce site des barbelés partout, des allusions aux guerres passées, présentes et futures. Un monde apocalyptique qui tranchait avec le monde dans lequel je vivais mais qui curieusement rejoignait certaines intuitions, certains "ressentis «que je nourrissais... Mon incapacité à observer le réel en face, ma volonté de fuir ce réel qui, par bien des égards me faisait horreur. Là, tout était décrit par le menu, sans trop de fioritures, dans une langue profondément "réaliste" au sens concrète du terme (anglo-saxonne pourrais-je dire en fait, comme celle de Murakami) et avec une ironie joyeuse, beaucoup d’humour  qui permettait un peu de respiration et de douceur. Alors, je me suis remise à la lecture en essayant de découvrir tous les auteurs découverts par cet écrivain. Et j'ai changé. Et j'ai écrit ce texte (le seul que je retiens vraiment de tous ceux que j’ai bien pu écrire) : http://lajoiedujour.blogspot.com/2008/11/rester-vivant-lire.html  Et j'ai fait de drôles de rencontres. D'autres lecteurs, d'autres écrivains, d'autres personnes à la lucidité sereine et entreprenante. Mon mari m'avait précédée dans toutes ces démarches car c'est un esprit qui ne s'arrête jamais. Le mien, d’esprit, s'était mis en sommeil un long moment; et j'en reviens au Murakami et sa nouvelle : je me dis que si cette femme perd le sommeil un long moment c'est parce qu'elle s'était "endormie", plus ou moins volontairement. La réalité du coup finit par la rattraper et la fin est assez glaçante, un peu -beaucoup- à l'image de notre époque.

Aujourd'hui, depuis cette époque où j'ai repris la lecture -et bien plus que cela, vous l'avez compris-, je ne dors moins et c’est tant mieux ! Je lis énormément la nuit, comme l'héroïne de la nouvelle de Murakami qui dévore dans sa première nuit "Anna Karénine". C'est très bien de lire la nuit, d’écrire aussi parfois, ou pour le moins de préparer ses textes, l'esprit est plus aiguisé, il n'y a pas d'interférences entre le monde, la réalité et vous-même; la lecture est un moyen pour accéder à cette réalité que je ne fuis plus. La lecture est ce conduit, ce passage obligé. Sans livre, sans lecture, le monde m'échappe, je m'échappe moi-même et demeure dans une atmosphère cotonneuse, un brouillard insaisissable... Cela a du bon de vivre dans un coton, un cocon, remarquez... j'en ai parlé plus haut. Mais il faut à un moment donné retrouver son corps, joindre la chair et l'esprit, se réunifier d’une certaine façon.
Cela me rappelle une autre lecture de mon enfance que j'ai adorée : celle de "Mon amie Flicka". Au début du livre, on voit le petit garçon de dix ans, Ken, essayer d'écrire une rédaction. Il se met à rêvasser, oublie d'écrire et se retrouve avec un zéro pointé.  Il rentre chez lui, dans le ranch de ses parents. Il observe, en descendant les étages de sa chambre à la salle de séjour un tableau avec des canards. A chaque fois qu'il passe devant, il s'arrête devant la peinture et s'imagine "entrer" dans le tableau... Puis, à la fin du roman, après moult aventures, le petit garçon a grandi, il a muri. Lorsqu'il passe devant le tableau, ce dernier ne lui "parle" plus. Il ne tente plus de s'évader dans une réalité imaginaire, il demeure prisonnier du vrai réel, de notre terre.

Fait curieux, c’est quand je suis exactement à ce que je dois faire dans mes journées que je rêve le plus la nuit.

Murakami,  et la lecture de certains écrivains aujourd’hui, c’est pour moi cette analyse de K. Dick que l’on retrouve dans la préface de « Confessions d’un barjo » : elle résume tout de ma façon d’aborder les livres ou les textes :
 « A vrai dire, je n’ai jamais très bien compris l’idée d’un protagoniste unique… pour moi, les problèmes sont multipersonnels, ils nous concernent tous ; un problème strictement personnel, ça n’existe pas… C’est seulement une forme d’ignorance, quand je me réveille le matin, que je trébuche contre un fauteuil et me casse le nez, que je suis fauché et que ma femme m’a quitté –c’est mon ignorance qui me fait penser que je suis l’univers tout entier et que ces misères me sont propres et n’affectent en rien le reste du monde. Si je pouvais le contempler du haut d’un satellite, ce monde, je verrais, dans sa totalité, chaque être humain en train de se lever et, d’une façon plus ou moins analogue, de trébucher contre un fauteuil et de se casser quelque chose. »












samedi 25 juin 2011

"La régression intellectuelle de la France", par Philippe Nemo

"Anderton reprit : "L'inconvénient fondamental, du point de vue juridique, inhérent à la méthodologie de Précrime ne vous a probablement pas échappé non plus. Nous arrêtons des individus qui n'ont nullement enfreint la loi." (Minority Report, de Philip K. Dick)



La « pensée unique », les sujets interdits
Le débat public en France n’est plus possible quasiment pour des raisons  qui prennent leur source dans un monopole d’État idéologisé  à gauche depuis quelques décennies. Ce monopole se réalise concrètement d'une part  dans « l’école unique », volonté de réduire les inégalités sociales et de donner une même chance pour tous dans l’éducation, ce qui a provoqué un effondrement des savoirs parce qu’on ne peut niveler que par le bas et non par le haut, et d'autre part dans une mainmise sur la presse et les médias qui ont écarté définitivement le moindre journaliste de droite ce qui a donné une presse  à la pensée unique ou monocolore. « Soumis à ce régime, le pays a commencé à être frappé de paralysie intellectuelle. »

Les lois de censure
C’est la loi de 1881 sur la presse qui consacrait la liberté d’expression en France, préalable indispensable à toute réflexion ou débat intellectuel digne de ce nom. « Sous le régime créé par la loi de 1881, il y eut en France, à la fin du XIXe siècle, plusieurs centaines de quotidiens allant d’une extrémité à l’autre de l’éventail politique, et il y eut une floraison de publication les plus diverses, livres, brochures, etc., traitant librement de tous les sujets. »

A partir des années 70, plusieurs lois vont écorner puis briser complètement cette liberté nécessaire à la qualité du débat intellectuel en France.
 -La loi Pleven, tout d’abord, en 1972, qui constitue en délit « la provocation  à la haine » ; sauf que la haine est un sentiment et donc quelque chose de difficilement quantifiable ou démontrable chez quelqu’un. Le rôle octroyé, ensuite,  aux associations qui peuvent se déclarer partie civile, au nom du combat contre le racisme,  à la place d’une « vraie » victime sans être elles-mêmes (les associations) directement touchées ou lésées par celui qu’elles attaquent. Le combat est alors non pas celui d’une victime contre son agresseur mais un simple combat idéologique.
-La loi Gayssot, en 1990, établit le délit d’opinion. Certaines opinions (la Shoah, par exemple, ou plutôt la contestation de cette dernière, de ses chiffres ou autres points concernant ce fait historique) ne peuvent, sous peine de tomber sous le coup de la loi, être remises en cause.
-Le nouveau code pénal crée par la suite trois infractions nouvelles, celles de « diffamation, d’injure et de provocation à la discrimination non-publiques » ce qui consacre le régime de censure très strict qui sévit en France : des conversations mêmes privées entre deux ou plusieurs personnes peuvent être sanctionnées par la loi…. « Une révolution est intervenue, faisant de la France un équivalent des pays totalitaires du passé où tout le monde écoutait tout le monde, y compris au sein des familles. »
-Les lois mémorielles qui s’ajoutent à la loi Gayssot en comptant comme non contestables la traite des noirs et l’esclavage en Europe à partir du XVe siècle ; une loi mémorielle à propos de la colonisation (aspects positifs et négatifs) et une autre sur le génocide arménien.
-La loi sur HALDE : en décembre 2004, une loi portant sur de nouveaux délits d’opinions (« Renforcement de la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe ») établit un véritable tribunal d’exception : « ses agents peuvent entrer chez les particuliers sans mandat judiciaire, utiliser à leur encontre des « testings » qui sont des méthodes de fraude et de tromperie, imposer discrétionnairement des amendes… »

Un grave détournement du droit
Toutes ces lois pervertissent dans sa nature même la nature du droit. En effet, elles sanctionnent des propos et non des actes ; elles s’attaquent à des intentions ou des idées jugées délictueuses au lieu d’actes que l’on pouvait constater.
Certes, certains propos peuvent influer directement sur certains comportements délictueux (par exemple distinguer à l’embauche les femmes enceintes pour éviter d’embaucher ces dernières) mais aujourd’hui, par ces lois, la simple distinction intellectuelle ou démarche informative (évoquer les noirs, les arabes, les homosexuels, les femmes enceintes, les immigrés, etc….) peut être considéré comme un délit, indépendamment du contexte dans lequel la distinction est faite (un cours, une recherche ou autre).
Par ailleurs si victime il y a, cette dernière n’est jamais identifiée au sens strict du terme puisqu’il s’agit d’une catégorie de personnes, une « personne collective » que l’on estime incriminée.
Enfin, l’enchaînement causal (opinion ou idée qui entraînerait de facto un comportement ou des actes délictueux) ne peut pas être prouvé ; en effet, on ne peut pas prouver rationnellement qu’une parole exprimée publiquement a directement influencé une personne à commettre un acte nuisible.
C’est pourquoi en Europe tout au long des siècles, « on [avait] renoncé à faire d’une simple idée l’équivalent d’un acte et, partant, à punir l’auteur d’une idée comme on punit l’auteur d’un délit. » On en revient donc à des sociétés primitives où l’on sanctionnait de façon irrationnelle des personnes considérées comme « mauvaises » d’office mais ceci nous apparaît alors clairement comme une régression et non comme un progrès juridique, quasiment comme une démarche superstitieuse…C’est au nom d’une idéologie d’État que les milieux politiques français en sont venus à pervertir ainsi le droit. Mais « Ils ont cru plus habile de dissimuler leur volonté de mainmise idéologique sur le pays sous le masque de lois pénales ordinaires. » 

En quoi consiste cette idéologie ? 

« Il conviendra d’enseigner aux jeunes juges que
1)      la « diversité » est désormais la norme en France, que la France n’a d’ailleurs jamais été autre chose qu’une « terre d’immigration »…
2)      que les nations ou même civilisations sont dépassées, que le métissage universel, culturel aussi bien que racial, doit devenir la règle…
3)      que la colonisation n’a eu que des effets criminels et dramatiques…
4)      que le mariage et la famille ne sont plus et n’auraient jamais dû être une norme sociale valide…
5)      qu’il n’y a a aucune distinction morale ni sociale à faire entre l’hétérosexualité et l’homo-, la bi- et la trans-sexualité…
6)      que la Résistance en France a été le seul fait des communistes et de certains gaullistes (pas tous)… »

Les juges deviennent  au gré de leurs idées ou opinions des adversaires ou alliés non objectifs des citoyens français. Ils ne jugent plus selon des critères juridiques mais selon des opinions personnelles rarement étayées car ces juges ne sont pas des scientifiques, des philosophes, des historiens. Discriminer, classer, distinguer et par là même exposer des jugements positifs ou négatifs sur certaines catégories de personnes fait partie du débat critique dans nos pays démocratiques, cela est nécessaire à l’intérêt général, au progrès de nos sociétés. Ceux qui ont été à l’origine de ces lois de censure sont donc contre les sociétés démocratiques modernes et pour un contrôle étatique de ces dernières en vue de les transformer selon leur idéologie.

Le pur et l’impur
Cette censure généralisée dans les débats publics (et privés !) en France prend un caractère crypto-religieux digne des anciennes sociétés primitives. En effet, ce ne sont pas les arguments rationnels ou juridiques qui sont retenus mais au contraire des comportements ou un vocabulaire complètement irrationnel et parfois violent. Ces comportements obéissent à une autre logique : « …ils relèvent des structures mentales typiques des sociétés pré-scientifiques et de ce que les anthropologues appellent les phénomènes de tabou, lesquels consistent à ne pas juger et hiérarchiser les idées selon le critère du vrai et du faux, mais selon celui du pur et de l’impur. » La France est littéralement retombée dans les travers d’une société archaïque qui obéissait à des mythes. Exemple, à la simple évocation de l’idée d’utiliser des tests ADN (ce qui est pratiqué dans beaucoup de démocraties en Europe) pour aider au contrôle de l’immigration clandestine, les médias se soulèvent pour évoquer un lien entre ces tests et les tests raciaux nazis au moment de la Seconde Guerre Mondiale. Même si le lien n’existe pas objectivement. L’utilisation de ces tests serait donc honteuse, tabou.

Cette régression à une société primitive se caractérise par deux traits décrits par René Girard : « le rôle croissant de l’imitation moutonnière » par les journalistes qui relaient sans recherche ni vérification les informations reçues par l’AFP ou les services presses des ministères ; cette diffusion moutonnière de l’information ressemble à s’y méprendre à la diffusion de l’information dans les sociétés archaïques. Et ces phénomènes de mimésis se produisent aux dépens de boucs émissaires qui essuieront les foudres de tous sous prétexte de tenter d’exprimer la réalité qu'ils connaissent et qu'ils vivent.

Une société aveugle
Le résultat de cette censure du débat public en France est que celui-ci s’est appauvri et faussé. Les intellectuels ou chercheurs n’osent plus poser en vérité les problèmes qui gangrènent notre société car ils ont bien trop peur de se faire lyncher par la vindicte publique, de perdre leur emploi, d’avoir des comptes à rendre à la justice. Et pourtant bien des problèmes mériteraient qu’on s’attarde un peu et qu’on tente de les résoudre :
 Le problème de l’ « École unique », présenté comme l’alpha et l’oméga de réussite scolaire et sociale, et qui pourtant ne provoque qu’une baisse de niveau pour ne pas dire un effondrement de celui-ci.
Le problème d’une immigration trop rapide et massive dans notre pays auquel s’ajoute la difficulté d’un islam peu « accordable » avec notre civilisation.
Le problème du poids de l’État, des impôts, qui font augmenter le chômage chez nous et détruisent le tissu entrepreneurial de la France.
Le problème de la justice  et de la sécurité: on nous explique qu’aujourd’hui il n’y a plus de délinquants et de victimes mais simplement des victimes de notre société qui corrompt tout le monde. La prison n’est plus la solution pour les criminels, mais il faut au contraire les accompagner dans leur liberté souveraine… Les vraies victimes, elles, sont coupables de tenter de se défendre contre ceux qui ne sont, selon l’idéologie ambiante, que des malades.

Conclusion
Il faut donc impérativement, pour retrouver notre liberté d’expression et surtout notre possibilité de faire avancer au mieux notre pays qui souffre de vrais problèmes, abroger sans complexe et au plus vite ces lois de censure.

mardi 15 mars 2011

Comment tuer un roman : mettre la littérature au service d'une cause

Merde à Raspail

Actu — Article écrit par XP le 14 mars 2011 à 14 h 21 min
L’écrivain de passage Jean Raspail en général et son petit Camp des Saints en particulier m’ont toujours inspirés une indifférence sidérale, laquelle, à l’occasion de la réédition triomphale du fascicule, est en train de tourner à la colère froide… Quand il s’agit de littérature, on doit dire merde à la Patrie, comme le disait Daudet, mais aussi à la défense de l’Occident et leurs militants, en oubliant pas de surcroît que militer, c’est mal, c’est vulgaire et ça fait populace, quelle que soit la cause.
Ne faut-il pas être bête, et vulgaire, pour mettre la littérature au service d’une cause, comme un bédouin milliardaire en barils de pétrole met les rideaux d’organdi du Carlton au service de son gros nez, quand il est plein?…. Et surtout, de quelle suffisance et de vanité doit-on être rempli pour se proclamer le défenseur de l’Occident en démontrant du même geste que l’on est viscéralement étranger à son essence? Ce que cherche quoi qu’il arrive l’écrivain imprégné d’occidentalité, en effet, c’est  l’art pour l’art, c’est à dire l’absence de signification qui  signifie davantage, et c’est précisément cette posture et ce dandysme qui met en rage ceux qui en le sachant ou pas, rejettent de toutes leurs fibres ce qui le constitue, l’Occident, bien plus qu’un tract politique romancé rédigé pour le défendre… C’est si peu occidental et tellement français, cette façon de faire, de s’acharner à signifier et se moucher dans l’Art, ça empeste tellement la Francité et la Fwancoownie… Le Camp des Saints, c’est le livre que Césaire aurait écrit s’il avait eu la peau blanche tout en ayant sa structure mentale de Nègre, pour reprendre ce terme dont il était si fier…
Le Camp des Saints, de la littérature pour nègres blancs…
Ce qui m’ennuie, avec ce livre, ce sont ces gens qui au prétexte de défendre l’Europe contre l’Afrique, se comportent en Africain, en parasitant, en pénétrant bruyamment le sanctuaire feutré de la littérature, en transformant cet espace aristocratique  bâti pour s’isoler des masses en repère de masses militantes.
Mais je m’arrête là, car le Stalker vient d’expliquer tout cela  bien mieux, et l’objet de ce post était de vous le faire savoir.

Avec un commentaire :
XP dit :
C’est intéressant, ce que vous dites… Du roman de gare écrit par un sous écrivain à destination des masses, pourquoi pas.
Une espèce de plus belle la vie droitarde et couchée sur du papier.
Seulement, il se trouve que ce n’est pas ça, ce livre n’est pas grand public, il ne s’adresse pas à lui mais à la jeunesse de droite, pour dire les choses très rapidement… Il est censé faire partie de la « bibliothèque de survie » du jeune réac et refléter sa conception de la littérature, en partie tout au moins. C’est comme ça que Raspail voit les choses, lui qui se voit en héritier des Hussards de même que la garde rapprochée de ses lecteurs. Et c’est pour ma part tout ce que je déteste et que j’ai d’ailleurs bien raison de détester, si j’en juge aux gens que ça attire (Le pauvre Leroy, par exemple) ou ce que deviennent certains natios qui aiment ce genre de chose (droite moisie façon Duteurtre ou Lapaque…).
Et bien moi, ce monde là je m’en sens viscéralement éloigné, autant que celui des cocos, pour les mêmes raisons qui font que je me fous autant de Nimier que de Sartre…
C’est un monde qui n’est pas le mien, leur occident n’est pas le mien, leur France n’est pas la mienne, et je ne veux pas qu’il y ait la moindre ambiguïté. Je n’aime pas ce livre, pas cet univers et pas les gens qu’attire cet univers.

A relire : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2010/12/critique-litteraire.html