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vendredi 11 août 2023

Chronique estivale 21

 


Ma vie personnelle est celle, très routinière, d'une mère de famille. J'ai souvent le sentiment (le terme est très juste, il s'agit d'un sentiment et non d'une raison) d'avoir une vie "tiède" : ni héroïsme ou actions grandioses, ni grands péchés ou crimes. Mais des activités  ménagères (tenir la maison) et professionnelles (préparation des cours) immuables. 

Je pense alors à cette phrase de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus : "je veux sanctifier les battements de mon coeur, mes pensées et mes oeuvres les plus simples en les unissant [ aux mérites infinis du Coeur Sacré de Jésus]" Dans ma vie spirituelle, je me rabats sur la prière quotidienne, en particulier le chapelet dans la voiture, avec "plus d'entêtement que d'attention" comme le dit avec une simplicité directe Flannery O'Connor.*

Le secret de toute vie réussie est sans doute dans cette plongée dans le réel, plongée quotidienne, acharnée, persévérante, joyeuse.

En ce qui me concerne, la réalité c'est le mariage : "Je suppose qu'il en va de la conversion comme du mariage, on découvre, en l'acceptant, qu'il signifie le commencement, et non la fin, d'un combat dont l'amour est l'enjeu" (Toujours Flannery dont je relis la correspondance en ce moment).


*Citation complète : "La seule force en laquelle je crois est la prière et je m'en sers avec plus d'entêtement que d'attention".

lundi 26 mars 2018

"Là où l'on ne croit pas à l'existence de l'âme, il n'y a que fort peu de drames."


En référence à Bernanos et Dantec que Flannery O'Connor aurait qualifiés de grands romanciers ayant écrit de grands romans religieux, en référence à Houellebecq qui a décrit dans ses romans ce "démon qui nous possède" de notre incertitude spirituelle.

"L'écrivain sérieux prend invariablement pour point de départ l'imperfection humaine, et souvent l'imperfection d'un personnage par ailleurs admirable. Généralement le drame se fonde sur le péché originel, que l'auteur le conçoive ou non en termes de théologie. En outre, tout personnage de roman digne de ce nom est supposé porter un fardeau de significations qui le dépassent. Le romancier ne met pas en scène des créatures observées sous vide; il peint des êtres en situation, dans un monde qui représente à l'évidence un manque, qui rend manifeste ce mystère d'incomplétude partagé et la tragédie particulière à notre temps. Mais le romancier s'efforce aussi de nous communiquer, dans les limites de son récit, une expérience universelle de la nature humaine en tout temps. Pour cette raison, les plus grands drames impliquent naturellement la perte ou le salut de l'âme. Là où l'on ne croit pas à l'existence de l'âme, il n'y a que fort peu de drames. Le romancier chrétien se distingue de ses confrères païens en ceci qu'il tient le péché pour le péché. Fidèle à son Eglise, il ne le considère ni comme une maladie ni comme un accident imputable au milieu social, mais comme un choix dont l'homme est responsable, une liberté d'offenser Dieu qui engage son avenir éternel. Le salut, cela se prend ou non au sérieux. Et il est bon de se rappeler que c'est le comble du sérieux qui mène au comble du comique. Si et seulement si nous sommes fermes dans nos croyances, l'aspect comique de l'univers apparaît à nos yeux. Que tant de fictions contemporaines soient dépourvues d'humour s'explique en partie par le relativisme de tant d'auteurs, continuellement réduits à justifier les actes de leurs personnages en se référant à une échelle de valeur mouvante.
Notre salut est un drame qui se joue avec le démon, démon qui n'est n'est pas simplement le mal généralisé, mais une intelligence maligne agissant de sa pleine souveraineté. Si les romanciers qui se font du monde une conception religieuse excellent de nos jours à décrire le mal, c'est qu'ils doivent faire en sorte que leur public ne se méprenne pas sur sa véritable nature.
Quand ils ne font pas qu'un, le romancier et le croyant ont encore bien des traits communs -une même méfiance de l'abstrait, un même respect des limites, un même désir de découvrir, sous l'écorce des choses, l'esprit qui les informe et donne au monde sa cohésion. Mais tant que nous ne retrouverons pas l'heureuse union d'une société croyante d'artistes croyants, je ne crois pas que nous aurons de très grands romans religieux. D'ici là, le romancier doit faire de son mieux pour aider à la douloureuse gestation d'un monde qui est le sien. Peut-être découvrira-t-il, au bout du compte, qu'au lieu de réfléchir l'image de ce qui est au cœur des choses, il n'a guère reflété que notre incertaine condition, et, à travers elle, le visage du démon dont nous sommes possédés. C'est une oeuvre modeste, mais sans doute est-elle nécessaire."

Flannery O'Connor, "Mystère et manières", "Romancier et croyant"; in "Œuvres complètes" , éditions Quarto Gallimard, P 897-898

mercredi 17 octobre 2012

Réelle Présence



"Pas d'erreur, il y avait deux lunes.
(...)
Komatsu lui avait dit : "Tengo, essaie de réfléchir à ceci. Les lecteurs ont toujours vu dans le ciel une lune, une seule. Tu es bien d'accord? Mais on peut supposer que personne n'a jamais vu deux lunes dans le ciel. Lorsqu'on introduit dans un roman quelque chose qu'aucun lecteur n'a encore vu, cela nécessite une description aussi précise et détaillée que possible."
C'était une opinion sensée." (1Q84, Livre 2, Haruki Murakami)

                                                                   ***


"L'écrivain, plus vite peut-être que le lecteur, apprend à se montrer humble devant ce-qui-est. Ce-qui-est, voilà son affaire. Le concret, voilà son moyen d'expression.
(...)
le romancier catholique a le sentiment que la vie s'ordonne suivant la perspective du mystère chrétien central : à savoir qu'en dépit de toute son horreur, elle valait la peine, au jugement de Dieu, qu'il souffre et meure pour elle."(Flannery O'Connor, Le romancier et le croyant)

                                                 ***
—" Pour vous, qu’est-ce que la fiction ?"
"Le Réel, soit le dévoilement de l’Invisible."(Mg Dantec)











Les livres que nous lisons peuvent se rapprocher, par analogie, des hosties que nous dévorons à la messe. L'idée m'est venue ce matin, à 8h01. J'ai regardé le réveil de mon mari. Il projette de gros chiffres verts flamboyants qui m'empêchent de dormir pratiquement chaque nuit. D'autres choses m'empêchent de dormir entre 3h et 5h du matin environ, mais ce réveil en fait partie, indéniablement.
De même que le Christ se donne à chaque individu qui se pointe dans une procession à l'autel le dimanche, Un et pourtant Multiple, de même un  livre se donne à toute personne qui l'achètera et le lira, unique dans son histoire et multiple dans sa distribution. Expérience personnelle avec le Verbe, vécu intime avec une parole écrite.
Cette analogie m'est venue parce qu'hier je lisais distraitement un article du Stalker sur George Steiner qui emploie le terme de "réelle présence" à propos du Christ présent dans l'eucharistie. Je me suis arrêtée à ce terme, je ne suis pas allée plus loin ni plus profond dans ma lecture pour le moment et peut-être d'ailleurs n'irai-je pas au delà : n'oubliez pas que je suis une crevette qui aime à vivre à la surface des éléments; je peux m'enfoncer sous un peu de sable mais guère plus.
Je pense donc que la méditation de ce mystère eucharistique -c'est un vrai mystère pour qui s'y arrête cinq secondes : le même Dieu qui se donne à tous et chacun en particulier- et la réflexion sur qu'est-ce que lire     -j'avais lu au coeur de la nuit quelques pages de 1Q84 de Murakami- ont abouti ce matin à ce croisement de courants, à cette analogie évidente, à 8h01 précises.
Cela m'arrive fréquemment d'avoir de bonnes idées le matin, au sortir de la nuit où mon cerveau n'a cessé de s'activer, où mon cerveau a été plus actif que jamais, libéré de contingences intellectuelles, morales, psychologiques qui le freinent en journée.

Il y a deux jours, vers 2h du matin, je suis montée dans mon bureau et j'ai allumé mon ordinateur et je suis tombée sur les conseils très scientifiques d'un ami à propos de l'insomnie. Il ne m'écrivait pas personnellement mais en le lisant sur le net je savais que c'était lui, cet ami, qui écrivait. Bien évidemment il expliquait qu'il ne fallait pas allumer la télévision ou son ordinateur en cas de panne de sommeil. Ce que j'avais fait, du moins en ce qui concerne le deuxième élément. Je ricanais donc sombrement en lisant sa prose : "Ecoutez un peu de musique douce, mangez un biscuit, détendez-vous" : j'avais tout faux comme d'habitude et ma nuit était devenue un bruit aussi aigu et envahissant que le son du ressac de la mer en pleine tempête.

Tout ceci pour dire que j'ai des amis brillants, intelligents, gais, entreprenants. J'en ai plein parce que je dois en changer tout le temps, je n'arrive pas à garder mes amis. Je les remplace.C'est parce que j'ai l'amitié "envahissante" : au bout de quelques semaines, mois ou années, mes amis se lassent de mon implacable  invasion chaleureuse et font marche arrière plus ou moins subtilement. Ils ont besoin de respirer! D'autres circonstances aussi font que l'entretien de l'amitié demeure constamment une gageure : les amis déménagent, par exemple. Ou bien ils orientent leurs pensées ou leur manière de vivre  dans des domaines qui vous sont parfaitement étrangers. Je suis triste, bien sûr, et je vais chasser ailleurs.

 On m'a bien expliqué que le Christ comble toutes les fêlures, que Seul un Dieu-Amour peut remplir une bonne fois pour toute ce tonneau des Danaïdes qu'est mon coeur, je ne suis pas encore une assez bonne chrétienne pour être arrivée à ce stade de gavage et je me rabats maladroitement sur mes pairs. Notre bon curé expliquait lors d'un de ses sermons que recevoir l'Amour infini d'un Dieu n'était guère possible pour les créatures "finies" que nous sommes : un peu comme si une petite ampoule recevait toute l'énergie d'une centrale nucléaire... Il faut des adaptateurs, ajoutait-il, c'est à dire les sacrements qui permettent de filtrer la Grâce et de la transmettre à la mesure de ce que nous sommes. Oui. Encore faut-il avoir l'idée d'utiliser ces fameux adaptateurs le plus souvent possible. Sans l'Eglise, le Christ n'est rien pour nous, Il ne peut parvenir jusqu'à nous. Vous allez me rétorquer que l'Esprit souffle où Il veut mais tout de même : je pense que le Christ ne s'est pas tué à la tâche au sens propre du terme pour fonder son Eglise pour rien et donc on ferait mieux d'avoir l'humilité de temps à autre de le reconnaître : les moyens concrets de la Grâce sont l'eau du baptême, le signe de croix d'un prêtre sur nous, un peu de pain et de vin; Dieu utilise le monde qu'il a créé pour parvenir jusqu'à nous, on ferait bien de s'en souvenir de temps à autre plutôt que de se prendre pour de purs esprits et de cramer bêtement comme la petite ampoule face à la centrale nucléaire.

 L'Eglise,  c'est  le passage obligé de la Grâce, c'est le creuset de notre foi.

Dernièrement, je regardais un reportage à la télévision sur le cas d'une femme à la maladie extrêmement rare : elle a ses jambes qui ne cessent de pousser, de grandir depuis qu'elle est née. Son corps est monstrueusement difforme à partir du bassin : des énormes jambes qu'elle traîne comme elle peut. Elle ne veut pourtant pas s'en séparer de ses jambes, véritables poids morts -ou à peu près- qui lui bousillent son coeur épuisé et qui vont finir par la tuer tout simplement. Elle les aime ses guibolles-poteaux. Hé bien, de la même façon mais en moins terrible à observer et à supporter bien évidemment, mon coeur est très lourd, trop lourd à porter mais j'ai fini par m'y habituer : il  pèse comme un poids de mort en moi et pourtant je fais avec. Il faut simplement trouver des moyens de l'alléger, avec des béquilles ou bien des adaptateurs pour reprendre l'image du prêtre. "Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. (Matthieu 11/29) Et puis : "Je changerai vos coeurs de pierre en coeurs de chair."

Mais sur notre terre, en attendant d'être parfaitement comblé et transformé  par Notre Seigneur, et avec ce souci prégnant de la solitude qui se tapit dans le fond de notre âme et qui rend notre fardeau très lourd, trop lourd, la littérature est ce qui se rapproche le plus de cette "Réelle Présence". En lisant des livres comme je dévore des hosties, je m'ouvre des passages vers des mondes, des réalités invisibles pour moi, je m'entoure de personnages plus vivants et proches de mon coeur que les plus aimables des amis. Certains crieront au danger, au poison :  ces réalités livresques ne sont pas la Réalité, il s'agit au bout du compte d'une illusion qui peut faire très mal lorsqu'on sort de sa lecture, m'avertiront-ils sur un ton raisonnable.

Je ne suis pas convaincue. J'ai vécu avec des personnages de romans, ils sont devenus des amis personnels, ils sont toujours présents quand j'ai besoin d'eux et les mondes dans lesquels ils évoluent ont une forme d'existence bien réelle dans mon esprit. J'ai voyagé dans ces mondes, je les ai visités minutieusement, je connais leur géographie, leurs sommets comme leurs gouffres, j'ai parcouru plus d'univers que n'importe quel aventurier de ce globe et ceci, grâce à la lecture. Ils m'ont entraînée dans leurs questionnements métaphysiques, avec leurs mots clairs, ils ont crié leurs douleurs que je ne pouvais exprimer et qui me tuaient, ils ont hurlé leurs colères que je gardais en moi et qui me suffoquaient, ils ont murmuré leurs douceurs quand je n'avais personne à mes côtés pour me soigner et me relever. La littérature utilise tous les humbles moyens mis à sa  disposition, (un stylo, du papier, ce qu'ils ont vu et entendu) pour me faire remonter des fonds dans lesquels j'étais enfouie, à la surface de mon monde intérieur. Elle m'a  libérée et m'a offert des visions que nul ne peut concevoir ou imaginer si elles n'existaient pas pour de bon.

vendredi 12 octobre 2012

L'Eglise et le romancier

"Pour le romancier catholique, l'oeil est la pierre de touche universelle, l'organe qui finalement englobe sa personnalité entière dans tout ce qu'il peut percevoir du monde. Comme l'a écrit Mgr Romano Guardini, les racines de l'oeil plongent au tréfonds du coeur. Pour le catholique, en tout cas, l'oeil s'enracine aux inaccessibles profondeurs de ce mystère sur lequel est si partagé notre monde moderne -une partie s'efforçant d'éliminer tout mystère, une autre tâchant de le redécouvrir dans des disciplines moins exigeantes à l'échelle personnelle que la religion.
(...)
On admet, et les catholiques comme les autres, qu'un catholique qui écrit des romans cherche à exploiter son art pour démontrer la vérité de sa foi, ou au moins pour prouver l'existence du surnaturel. C'est possible. Pourtant personne n'est sûr des piètres motifs qui l'inspirent, sauf ceux que son oeuvre suggère quand elle est achevée, mais si le livre réalisé laisse penser que certains faits ont été manifestement falsifiés, dissimulés ou omis, alors, quel qu'ait été le dessein de l'auteur, on peut affirmer que son entreprise était vouée d'emblée à l'échec. Ce que découvre le romancier, si tant est qu'il découvre quelque chose, c'est qu'il ne peut altérer ni manipuler la réalité pour illustrer une vérité abstraite. L'écrivain, plus vite peut-être que le lecteur, apprend à se montrer humble devant ce-qui-est. Ce-qui-est, voilà son affaire. Le concret, voilà son moyen d'expression. Et il comprend au bout du compte que le roman ne peut se transcender qu'en n'outrepassant pas ses limites.
La valeur morale  d'une oeuvre romanesque, disait Henry James, se mesure à ce qu'elle renferme de "vie sentie". Pour autant qu'il reste fidèle à l'esprit de l'Eglise, le romancier catholique a le sentiment que la vie s'ordonne suivant la perspective du mystère chrétien central : à savoir qu'en dépit de toute son horreur, elle valait la peine, au jugement de Dieu, qu'il souffre et meure pour elle. Ce qui devrait élargir le champ de sa vision plutôt que de le rétrécir. Pour l'esprit moderne, tel que l'incarne Mr.Wylie, ce n'est là qu'une vision dénaturée, "qui n'a pas ou peu de rapport avec la vérité telle qu'elle est aujourd'hui connue". Dès lors, le catholique qui n'écrit pas pour un cercle restreint de coreligionnaires considère, selon toute probabilité, puisque telle est sa vision du monde, qu'il écrit pour un public hostile. Plus que jamais il lui faut donc édifier une oeuvre qui tienne d'elle-même sur ses deux pieds, qui soit complète, se suffise à elle-même, et demeure inébranlable de son propre chef. Quand on me dit que je ne peux pas être une artiste parce que je suis catholique, je suis vouée à répliquer, non sans tristesse, que parce que je suis catholique, je ne peux précisément pas me permettre d'être rien de moins qu'artiste.
(...)
A juste titre, on a souvent déploré que la littérature religieuse ait tendance à minimiser l'importance et la dignité de la vie ici et maintenant, en faveur de l'autre monde ou en faveur des miraculeuses manifestations de la grâce. Quand le roman se conforme à sa nature vraie, il doit renforcer notre sens du surnaturel en le fondant sur la réalité concrète, observable. Si l'écrivain fait usage de ses yeux dans l'absolue certitude de sa foi, il doit s'en servir en parfait honnêteté, et son sens, comme son acceptation du mystère ne peuvent être qu'accrus. Observer les éléments les plus impurs n'est pour lui qu'un acte de confiance en Dieu. Mais s'il en est ainsi pour l'écrivain, sans doute n'en va-t-il pas de même pour le lecteur. Ce qui, pour l'écrivain, est la voie du salut, peut être celle du péché pour le lecteur, et le romancier catholique qui envisage cette possibilité regarde Méduse en face et se sent transformé en pierre.
(...)
Protéger les âmes des dangers que lui fait courir la littérature appartient en propre à l'Eglise. Un roman qui satisfait aux lois impératives de l'art n'est pas nécessairement à remettre entre toutes les mains, et s'il est des cas où l'Eglise s'avise d'interdire aux fidèles de lire un livre sans permission, l'auteur, s'il est catholique, doit se montrer reconnaissant envers son Eglise des bons offices qu'elle consent à lui rendre. Cela revient à dire que, pour sa part, il n'a plus à s'inquiéter que des seules exigences de son art.
De fait, il semble plus facile pour beaucoup d'écrivains d'assumer une responsabilité universelle devant les âmes que de produire une oeuvre d'art, et l'on pense qu'il importe moins de sauver l'oeuvre que le monde. Cette idée doit sans doute autant au romantisme qu'à la piété, mais, à moins qu'une éducation regrettable ne lui ai inculqué, ou qu'écrire ne soit pas sa vocation première, il est peu vraisemblable qu'un véritable écrivain nourrisse des idées de cet ordre.
La croyance en un dogme immuable ne peut empêcher que la vie soit mouvante, ni aveugler un croyant sur ce point. Bien sûr, elle offre à l'observation de l'écrivain une dimension supplémentaire dont beaucoup, en conscience, ne peuvent admettre l'existence, mais à partir du moment où ce qu'ils peuvent admettre est présent dans l'oeuvre, ils ne peuvent pas dire que l'artiste est privé d'aucune liberté. Retrancher une dimension est une chose, ajouter une dimension nouvelle en est une autre. Et ce que l'écrivain catholique, comme le lecteur, ne doit pas oublier, c'est que dans un récit on juge de la réalité de cette dimension supplémentaire à l'intégrité et à la vérité des événements naturels qui y sont mis en scène. Si l'écrivain catholique espère révéler des mystères, il ne peut le faire qu'en peignant fidèlement ce qu'il voit d'où il est. On ne peut exiger de lui une vision dogmatique sans limiter sa liberté d'observer ce que l'homme a fait des choses de Dieu.
(...)
Le romancier met en scène le mystère à travers les manières, la grâce à travers la nature, mais une fois qu'il en a fini, il doit demeurer dans sa conscience ce sentiment de Mystère dont nulle formule humaine ne parvient à rendre raison."

(Flannery O'Connor, "L'Eglise et le romancier")

mercredi 10 octobre 2012

Romancier et croyant

"En tant que romancière, l'essentiel de ma tâche consiste à rendre toute chose, y compris la recherche des fins ultimes, aussi concrète, solide et spécifique que possible. Le romancier commence à oeuvrer là où commence le savoir humain -par les sens. Il est assujetti aux limites de la matière, et à moins qu'il n'écrive un ouvrage de fantasy, il lui faut se garder d'outrepasser les possibilités concrètes de sa culture. Lié par son passé personnel, il l'est aussi par les institutions et les traditions léguées par ce passé à la société où il vit. En Occident, nous avons été formés par la tradition judéo-chrétienne. Nous lui sommes attachés par des liens qui, pour être souvent invisibles, n'en existent pas moins. Elle a informé notre morale laïque; elle a informé jusqu'à notre athéisme moderne. Quant à moi, c'est à l'intérieur même de cette tradition judéo-chrétienne que je dois me placer. Il me faut donc parler de l'Eglise sans faire d'apologie, même quand l'Eglise est absente, et parler du Christ, même quand le Christ n'est pas reconnu.
(...)
Un roman n'a pas la même teneur selon qu'aux yeux de son auteur le monde existe depuis peu et continue à advenir par l'action créatrice de Dieu, ou s'il est comme nous-mêmes le produit d'un accident cosmique. Selon que son auteur nous croit créés à l'image de Dieu ou croit que nous créons Dieu à notre image. Selon que le romancier croit notre volonté libre, ou déterminée comme celle des autres animaux.
Les choses du monde découlent de Dieu d'une double manière, a écrit saint Augustin : intellectuellement dans l'esprit des anges, et physiquement dans le monde des choses. Pour qui le croit aussi -comme l'a cru l'Occident jusqu'à ces derniers siècles- notre monde matériel et sensible est bon, parce qu'il procède d'une source divine. L'artiste le sait d'instinct. Ses sens, dont il pénètre le concret, le lui disent. Lorsque Conrad déclarait vouloir rendre à l'univers visible la plus haute justice possible, il parlait avec un instinct de romancier extrêmement sûr. L'artiste pénètre dans le monde concret pour y découvrir en ses profondeurs l'image de sa source, l'image de la réalité ultime. Ce qui n'émousse en rien sa perception du mal, mais plutôt l'affine, car à moins de considérer le monde physique comme bon, comment le mal peut-il être intelligible en tant que force destructrice et nécessaire conséquence de notre liberté?
Depuis quelques siècles, nous vivons dans un monde de plus en plus profondément convaincu que les confins de la réalité sont proches de la surface des choses, qu'il n'existe pas de source divine ultime, qu'il n'est pas vrai que les choses découlent de Dieu, ni sur un mode double, ni sur un autre. Depuis près de deux siècles, les générations successives cherchent à se convaincre que la vie finira par livrer ses mystères à l'intelligence humaine. Nombreux sont les romanciers d'aujourd'hui qui s'intéressent davantage aux démarches de la conscience qu'à la réalité objective, indépendante de l'esprit. Dans le roman du XXe siècle, il arrive de plus en plus souvent qu'un monde absurde, vide de sens, porte atteinte à la conscience sacrée de l'auteur ou de ses personnages. L'auteur et ses personnages cherchent désormais rarement à pénétrer et explorer un monde où se reflète le sacré.
Qu'on le veuille ou non, le romancier doit créer un monde, et un monde qui soit vraisemblable. Comme les vertus de la foi, celles de l'art s'étendent par-delà les frontières de l'intelligence et par-delà toutes les théories que peuvent aimer les écrivains. Le romancier qui demeure fidèle à sa vocation d'artiste, suggère immanquablement cette image d'une réalité ultime que laissent entrevoir certains aspects de la condition humaine. En ce sens l'art est révélation et le théologien ne peut plus feindre de l'ignorer. On voit, dans maintes Universités, la section de théologie courtiser la section des lettres avec une ardeur empressée. C'est au roman moderne que le théologien s'intéresse plus particulièrement, parce qu'il y voit se refléter l'homme de notre temps, l'incroyant qui n'en est pas moins désespérément aux prises, et souvent loyalement, avec les vrais problèmes de l'esprit.
Nous vivons dans un siècle qui ne croit pas, et caractérisé par une spiritualité bancale. Il existe un type d'homme moderne qui admet en lui-même l'existence de l'esprit mais ne parvient pas à concevoir hors de lui l'existence d'un être qu'il puisse adorer comme son Créateur et son Dieu.En conséquence, lui-même devient sa propre fin.
"Gloire à l'homme au plus haut des cieux car il est le maître du monde",dit-il avec Swinburne, ou Steinbeck : "A la fin était le verbe, et le verbe était avec les hommes." Pour lui, l'homme possède par nature l'esprit de courage, de dignité, d'orgueil, et doit mettre son point d'honneur à s'en satisfaire. Il existe un second type d'homme moderne qui, s'il reconnaît l'existence d'un autre être que lui-même, ne croit pas que cet être puisse être connu anagogiquement, ni dogmatiquement défini, ni reçu sacramentellement. Pour lui, l'esprit et la matière sont distincts. Pris dans un labyrinthe de culpabilités qu'il ne peut identifier, l'homme erre au hasard en s'efforçant d'atteindre un Dieu qu'il ne peut approcher, un Dieu impuissant à venir jusqu'à lui.
Et puis il est un autre type d'homme à la fois incapable de croire et de s'astreindre à l'incroyance, et qui désespérément, dans l'expérience des choses, cherche à tâtons son Dieu perdu.
Au mieux, notre époque est une époque de chercheurs et de découvreurs; au pire, une époque qui en est venue à domestiquer le désespoir, à apprendre à vivre heureusement avec lui. Le roman qui célèbre cette dernière étape est le moins susceptible de transcender ses limites, car lorsque le besoin de religion est victorieusement banni, il s'atrophie, même chez le romancier. le sentiment de mystère s'évapore. Il se produit une sorte d'évolution à rebours et c'est tout le registre de la sensibilité qui s'émousse.
(...)
Pour le romancier qui se propose d'écrire sur la rencontre d'un homme avec ce Dieu-là, le problème est de savoir comment, en vérité, rendre une pareille expérience -à la fois naturelle et surnaturelle- intelligible et vraisemblable à son lecteur. C'est un problème de tous les temps mais qui devient pour l'heure quasiment insoluble. De nos jours, le sentiment religieux du public, s'il ne s'est pas atrophié, est devenu une espèce de religiosité nébuleuse.
(...)
Le romancier n'écrit pas pour se raconter, il n'écrit pas non plus simplement pour donner du monde une vision qu'il croit vraie, mais il s'efforce de traduire sa vision de telle sorte qu'elle soit, aussi pleinement que possible, communicable à son lecteur. On peut sans danger ne pas tenir compte des goûts du public, mais on ne peut prétendre ignorer qu'il est, ni que sa patience a nécessairement des limites. La difficulté du problème sera proportionnelle à l'éloignement que nos croyances inspireront au lecteur.
(...)
L'écrivain sérieux prend invariablement pour point de départ l'imperfection humaine, et souvent l'imperfection d'un personnage par ailleurs admirable. Généralement le drame se fonde sur le péché originel, que l'auteur le conçoive ou non en termes de théologie. En outre, tout personnage de roman digne de ce nom est supposé porter un fardeau de significations qui le dépassent. Le romancier ne met pas en scène des créatures observées sous vide; il peint des êtres en situation, dans un monde qui présente à l'évidence un manque, qui rend manifeste ce mystère d'incomplétude partagé et la tragédie particulière à notre temps. Mais le romancier s'efforce aussi de nous communiquer, dans les limites de son récit, une expérience universelle de la nature humaine en tout temps. Pour cette raison, les plus grands drames impliquent naturellement la perte ou le salut de l'âme. Là où l'on ne croit pas à l'existence de l'âme, il n'y a que fort peu de drames. Le romancier chrétien se distingue de ses confrères païens en ceci qu'il tient le péché pour péché. Fidèle à son Eglise, il ne le considère ni comme une maladie ni comme un accident imputable au milieu social, mais comme un choix dont l'homme est responsable, une liberté d'offenser Dieu qui engage son avenir éternel. Le salut, cela se prend ou non au sérieux. Et il est bon de se rappeler que c'est le comble du sérieux qui mène au comble du comique. Si et seulement si nous sommes fermes dans nos croyances, l'aspect comique de l'univers apparaît à nos yeux. Que tant de nos fictions contemporaines soient dépourvues d'humour s'explique en partie par le relativisme de tant d'auteurs, continuellement réduits à justifier les actes de leurs personnages en se référant à une échelle de valeur mouvante.
Quand ils ne font pas qu'un, le romancier et le croyant ont encore bien des traits communs -une même méfiance de l'abstrait, un même respect des limites, un même désir de découvrir, sous l'écorce des choses l'esprit qui les informe et donne au monde sa cohésion."

(Romancier et  croyant, Flannery O'Connor)

dimanche 7 octobre 2012

Différentes morales : la morale de l'artiste et la morale chrétienne

"... mon "message " (si vous voulez l'appeler ainsi) est profondément moral. Qu'il soit ou non "moraliste", je l'ignore. Je suis convaincue toutefois que le sens moral d'un écrivain doit coïncider avec son sens dramatique, ce qui signifie que le jugement moral se manifeste implicitement dans la vision de la réalité. Inutile de chercher midi à quatorze heures, je me situe dans l'orthodoxie chrétienne et n'ai pas d'autre point de vue. Rien ne me révolte davantage que l'idée de m'établir dans un petit univers que j'aurais choisi et à partir duquel je délivrerais quelques petits messages immoralistes. Mon oeuvre repose sur une foi solide et j'adhère à tous les dogmes chrétiens. J'ai constaté que loin de limiter ma liberté, mes convictions l'augmentent et me rendent lucide. On croit volontiers que, pour être lucide, il faut douter de tout. Peut-être est-ce vrai quand on observe des cellules avec un microscope, mais cela ne marche pas quand on écrit un roman. Pour le romancier, ne croire en rien revient à ne rien voir. Je n'écris pas pour délivrer un message et vous savez vous-même que tel n'est pas le but du romancier; mais le message que je lis dans la vie contient, pour moi, un sens moral."

(Flannery O'Connor; lettre "A Shirley Abbott", 17 mars 1956, dans "Oeuvres complètes", éd. Quarto Gallimard, p.1022)

dimanche 15 mai 2011

L'art de la nouvelle", par Flannery O'Connor (2ème partie)

"Peut-être la question décisive est-elle de savoir ce que nous entendons par bref. Qu'une nouvelle soit brève n'implique pas qu'elle soit superficielle. Une nouvelle doit être longue en profondeur, elle doit nous communiquer une expérience significative.
(...)
Qu'une nouvelle ait du sens est ce qui l'empêche d'être brève. Je préfère parler du sens d'une histoire plutôt que de son thème.
(...)
Dès lors qu'on est en mesure d'expliciter le thème d'une nouvelle, de le dissocier du récit, on peut être sûr qu'elle n'est pas bonne. Le sens d'un récit doit faire corps avec la matière romanesque, elle doit être concrétisée par elle. Un récit est une façon de dire ce qui ne peut se dire autrement, et chaque mot dont il est fait est nécessaire pour exprimer le sens.
(...)
L'art romanesque requiert la plus extrême attention au réel -que ce soit une œuvre naturaliste ou de la fantasy. Il part toujours de ce qui est, ou sinon, de ce qui présente un puissant caractère de vérité. La réalité, même dans une oeuvre d'imagination, est l'unique fondement qui convienne.Une chose est fantastique parce qu'elle est réelle, si réelle qu'elle en est fantastique.
(...)
"La Métamorphose" de Kafka est exemplaire de ce point de vue là. C'est l'histoire d'un homme qui se réveille un matin transformé en insecte géant, sans avoir rien perdu de sa nature humaine.(...) Le fait est que dans cette histoire, la double nature de l'homme est décrite avec tant de réalisme qu'elle devient presque insoutenable. La vérité, ici, n'est nullement déformée, disons plutôt que l'usage d'une certaine distorsion permet d'atteindre la vérité. Si l'on admet, et il le faut, que le monde des apparences n'est pas le monde réel, il faut accorder à l'artiste de procéder à certains arrangements de la nature si ceux-ci conduisent à une vision plus approfondie. De son côté, l'artiste ne doit jamais oublier que ce dont il s'carte est la nature, et qu'il faut d'abord la connaître et pouvoir la décrire avec précision s'il veut avoir autorité pour s'en écarter.
Le problème propre au nouvelliste est de savoir comment présenter l'action pour qu'elle révèle au mieux le mystère de la vie."

samedi 14 mai 2011

L'art de la nouvelle, par Flannery O'Connor (1ère partie)

 Il m'a manqué ces dernières années un ou une amie.J'aurais aimé connaître Flannery 0'Connor, m'assoir avec elle sur les marches de sa véranda, observer, une tisane à la main, ses paons, rire avec elle surtout, j'aurais voulu discuter à l'infini de la vie, de la mort, des enfants, du repas du soir à confectionner, bref, j'aurais voulu avoir une vraie amie. Une seule. En la lisant, Flannery, je me persuade que je suis avec elle, devant sa ferme, que le soir tombe et qu'elle me sourit.

Lisez ce petit texte, il est limpide comme un horizon au bout d'un champ.

"J'ai tendance à penser que la plupart des gens ont un talent inné de conteur, qui se perd par la suite. Bien sûr, l'habileté à créer de la vie avec des mots est essentiellement un don. Si vous le possédez au départ, vous pouvez le cultiver. Si vous ne l'avez pas, mieux vaut abandonner.
Je me suis aperçue que ce sont ceux qui ne l'ont pas qui sont possédés par le démon de la littérature.
(...)
Une nouvelle implique nécessairement, d'une façon dramatique, le mystère de la personne humaine. Je me souviens qu'une de mes voisines, une femme de la campagne à qui j'avais prêté quelques nouvelles, me les a rendues en me disant : Eh bien, ces histoires-là racontent simplement ce que bien des braves gens seraient capables de faire", et je me suis dit qu'elle avait raison. Il faut consentir à partir de là : montrer ce que certains seront capables de faire et feront en dépit de tout.
C'est donc à un très modeste niveau qu'il faut se situer, mais la plupart de ceux qui cèdent au désir d'écrire refusent de partir de si peu. Ils veulent écrire sur des problèmes, pas sur des êtres humains, ou sur des questions abstraites, pas sur des situations concrètes. Ils ont une idée, un sentiment, un moi surdéveloppé, ou le désir d'Être Ecrivain, ou encore ils veulent communiquer leur sagesse au monde à travers un mode d'expression assez simple pour que le monde puisse s'en pénétrer facilement. En tout cas, ils n'ont pas d'histoire à raconter, et même s'ils en avaient, ils ne consentiraient pas à l'écrire. A défaut de récit, ils sont en quête d'une théorie, d'une formule, d'une technique.
Tout ça ne veut pas dire que pour écrire un récit il faut oublier ou abandonner aucune de vos opinions morales. Vos convictions sont la lumière qui vous guide, mais elles ne sont pas ce que vous voyez, elles ne vous dispensent pas de voir. C'est dans l’œil que s'opère la vérification pour l'auteur de fictions. L’œil plonge au tréfonds du cœur. Notre œil englobe, avec tout ce qu'il peut percevoir du monde, notre personnalité toute entière. Il renferme le jugement. Le jugement a sa source dans l'acte de voir, et lorsqu'il ne l'a pas, ou s'il dissocie de la vision, une confusion s'établit dans l'esprit, qui passe dans le récit.
(...)
J'ai une amie qui suit des cours d'art dramatique à New York chez une dame russe qui passe pour former d'excellents comédiens. Elle m'a écrit que le premier mois, les élèves n'avaient pas déclamé une seule ligne; ils n'ont rien fait qu'apprendre à voir. Apprendre à voir est à la base de tous les arts, à l'exception de la musique. Je connais beaucoup d'écrivains qui font de la peinture, non parce qu'ils sont doués mais parce qu'ils savent que cela les aide. Peindre les oblige à regarder. L'art romanesque consiste très rarement à dire, il consiste à montrer les choses.
(...)
Naturellement, ceci soulève la question épouvantable de savoir à quel genre de lecteur on s'adresse. Sans doute chacun de nous croit avoir une solution. Quant à moi, je mets la barre très haut quand il s'agit de l'art romanesque, mais très bas quand il s'agit de ce qu'on appelle le lecteur "moyen". Je sais que je ne peux lui échapper, que c'est lui dont je suis censée soutenir l'intérêt, en même temps je suis censée fournir à mon lecteur intelligent l'expérience profonde qu'il cherche dans la littérature. En fait, l'un et l'autre ne sont que des aspects de la personnalité de l'auteur, si bien qu'en dernière analyse, le seul lecteur que l'auteur puisse un peu connaître est lui-même."

lundi 2 mai 2011

"Nous ne voulons pas votre bien"



A propos de la citation actuelle d'ILYS : "Nous ne voulons pas votre bien", excellente, j'ai relu une nouvelle de Flannery O'Connor qui met assez bien en exergue le problème soulevé par cette volonté désormais universelle (et très étatique) de s'occuper du bien ou du bonheur des personnes à leur place :
Dans la nouvelle : "Les boiteux entreront les premiers"  un veuf est décidé à faire le salut d'un jeune garçon misérable et peu gâté par la vie envers et contre tout , surtout contre le garçon en question... Il y a ce dialogue hallucinant entre le père et le jeune qu'il veut "sauver" :

"Écoute, dit-il. [le veuf] Tu es allé fourrer ton nez à cette fenêtre à seule fin de me démonter, d'ébranler ma détermination de te sauver. Mais tu as manqué ton but. Je suis plus fort que toi. Je suis plus fort que toi et je te sauverai. Le bien triomphe toujours.
-Pas quand il n'est est ni vrai ni juste. 
-Ma décision n'est pas ébranlée. Je vais te sauver.
(...)
-Johnson [le jeune] tendit brusquement la tête. "Sauve-toi donc toi-même, glapit-il. Personne ne peut me sauver, que Jésus."


Finalement la haine entre les deux protagonistes prend le pas sur la charité mal ordonnée du veuf car la liberté prime sur tout, même sur le Salut. Les hommes sont libres ou pas d'accepter d'être "sauvés" et c'est la première condition au bonheur, cette liberté.
Le veuf déterminé à sauver ce jeune sacrifie alors non seulement la possibilité de salut du garçon en question en aliénant sa liberté mais il détruit aussi son propre fils qu'il "oublie" dans sa volonté de charité et son petit garçon se suicide... pour rejoindre sa mère dans l'espace.

jeudi 28 avril 2011

De la finalité du roman catholique

"Les romans mal écrits -pour édifiants ou dévots que soient leurs personnages- ne sont pas bons en eux-mêmes, ils ne sauraient donc édifier vraiment leurs lecteurs. Mais combien de problèmes soulèvent une affirmation de ce genre! Aussi bien la lecture d'un mauvais roman peut-elle être édifiante pour qui n'en connaîtrait pas de meilleur. Notre monde fournit mille exemples de niaiseries inspirées par de bonnes intentions. Dieu peut faire de toute chose médiocre, et jusque du mal lui-même, l'instrument du bien, mais je tiens que cela ne regarde que Dieu et n'est pas l'affaire des hommes.
S'il est un bel exemple de très médiocre roman truffé de bonnes intentions, c'est bien L'Enfant trouvé, du cardinal Spellman. Il n'appartient à personne de juger le cardinal autrement que comme romancier, mais comme tel il est un peu léger. Certes, il est satisfaisant de savoir qu'en achetant L'Enfant trouvé on vient en aide aux orphelins à qui va le montant des ventes; et à tout prendre, on peut toujours s'en servir comme butoir de porte. Mais il faut avouer qu'en l'occurrence on soutient l'œuvre de bienfaisance des orphelins, pas que l'on promeut la littérature catholique dans ce pays. S'il faut opter, il revient à chacun de choisir."
("Les romanciers catholiques et leurs lecteurs", par Flannery O'Connor)

Nous avons hérité avec mon mari d'un nombre incalculable d'ouvrages sur l'histoire de l'Eglise ou sur des témoignages édifiants etc... Et il est vrai que certains livres servent aujourd'hui à redresser le lit conjugal pour faire en sorte que mes jambes qui ont quadruplé de volume en cette fin de grossesse puisse réduire leur inélégant gonflement.... (ce qui me fait penser aux dernières photos de JMM sur Ilys qui s'érige contre la vulgarité féminine : en d'autres temps je lui aurais volontiers donné raison mais à l'heure actuelle où je ressemble plus à un boudin qu'à une crevette d'élite, je me verrais bien volontiers dans la peau d'une de ces vulgaires filles!!)
Tout cela pour dire que l'usage des pavés catholiques a des fins absolument étonnantes comme le fait remarquer Flannery O'Connor ci-dessus. Peut-être des fins pas très catholiques mais qui me paraissent à moi excellentes.

Je crois que je suis une très bonne lectrice.

lundi 25 avril 2011

Mon chérubin

Pierre en casquette, à droite avec son frère François.


Trouvé dans les œuvres complètes de Flannery O'Connor, ce passage à propos d'un petit garçon placé dans une Institution de religieuses et c'est une religieuse, Mère Alphonsa,  qui raconte : ce portrait est à mourir de rire et je retrouve quelques traits assez précis de mon Pierre qui va avoir 12 ans dans deux jours et qui bien souvent nous laisse, son père et moi, quelque peu perplexes et démunis devant notre tâche éducative...

"L'enfant nous fut amené par un membre de l'institution pour séjourner quelque temps parmi nous. Dès le premier coup d'œil que je jetai sur cette frimousse intelligente, rose et brillante de santé, un frisson prémonitoire saisit mon âme. N'était-ce pas là le florissant rejeton d'une souche criminelle? Il y avait dans l'insolence de son regard une vigueur démoniaque... J'entrepris de le catéchiser. Avec la meilleure volonté du monde il demeurait tranquillement assis devant moi et répondait correctement à mes questions. "Son catéchisme, il préfère l'étudier plutôt que de rester à ne rien faire, disait sa grand-mère. Moi aussi je lui faisais réciter dans le temps;" Au cours de ces leçons, les yeux de l'enfant prenaient une sorte de flou mystique et j'étais convaincue qu'il ne mentirait plus et que ce petit barbare allait devenir doux et tendre.
Nous cachions la nourriture dans les coins sombres car ce chérubin était trop bien nourri. Nous masquions ou nous démontions ses larcins et ses farces, et les jolis habits que j'avais choisis pour lui curieusement disparurent, comme son costume neuf du dimanche, lorsqu'il s'en fut visiter sa mère... En quelques semaines notre Willie passa pour le pire garnement du quartier, alors que notre voisinage était infesté de petits vauriens. Les pensionnaires de la maison et des pavillons adjacents avaient peur de lui, les chenapans faisaient cercle autour de lui quand il se précipitait dans cette rue diabolique livrée aux outrages des jeunes ou des vieux. Willie allumait des feux sur le toit des baraques, nous jetait des briques dont seuls nos anges gardiens pouvaient préserver nos têtes, et plusieurs fois il alla jusqu'à blesser plusieurs petits garçons que nous dûmes recoudre dans notre salle de repos. Il poussait des exclamations si épouvantables que les oreilles profanes étaient choquées... Il adorait les images des saints que je lui donnais, volait celles que je ne lui donnais pas, et les revendait toutes. Je le sermonnais affectueusement. Docile, il m'écoutait, promettait de "faire attention", et se montrait fort contrit de ses péchés quand une poigne de fer lui en avait fait accepter la révélation. Il fit une très favorable impression sur un prêtre expérimenté que nous fîmes appeler pour sauver son âme, mais une fois relâché, il alluma un immense feu de joie sur le toit de notre resserre à bois. Sa pauvre grand-mère se mit à avoir de graves hémorragies, provoquées par le choc et par les réprimandes qu'elle lui devait faire. Avant qu'il n'arrive, elle l'appelait "mon petit ange". Plus prudente désormais, elle se bornait à déclarer qu'il ne manquait pas de cœur."



lundi 22 novembre 2010

citation



"C'est en créant que l'artiste prie"

mardi 16 novembre 2010

"Tu as la réputation d'être vivant, et tu es mort"


Livre de l'Apocalypse 3,1-6.14-22. (lecture du jour)

Moi, Jean, j'ai entendu le Seigneur qui me disait : Tu écriras ceci à l'Ange de l'Église qui est à Sardes : Ainsi parle celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles : Je connais ta conduite : tu as la réputation d'être vivant, et tu es mort. Sois vigilant, raffermis ce qui te reste et qui est en train de mourir, car je n'ai pas trouvé que ta conduite soit parfaite devant mon Dieu. Rappelle-toi donc comment tu as reçu et entendu la Parole ; garde-la fidèlement et convertis-toi. Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur et tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai te surprendre. Mais chez toi, à Sardes, il y en a quelques-uns qui n'ont pas sali leurs vêtements ; habillés de blanc, ils marcheront avec moi, car ils l'ont bien mérité. C'est ainsi que le vainqueur portera des vêtements blancs. Jamais je n'effacerai son nom du livre de la vie ; je me prononcerai pour lui devant mon Père et devant ses anges. Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises. Tu écriras encore ceci à l'Ange de l'Église qui est à Laodicée : Ainsi parle le témoin fidèle et véridique, celui qui est « Amen », celui qui est le commencement de la création de Dieu : Je connais ta conduite : tu n'es ni froid ni brûlant - mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant - Aussi, puisque tu es tiède - ni froid ni brûlant - je vais te vomir. Tu dis : « Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien », et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! Alors je te donne un conseil : viens acheter chez moi de l'or purifié au feu, pour devenir riche, des vêtements blancs pour te couvrir et cacher la honte de ta nudité, un remède pour te frotter les yeux afin de voir clair. Tous ceux que j'aime, je leur montre leurs fautes, et je les châtie. Sois donc fervent et convertis-toi. Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Le vainqueur, je le ferai siéger près de moi sur mon Trône, comme moi-même, après ma victoire, je suis allé siéger près de mon Père sur son Trône. Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises.
 


Reprise : 

Tout brûler

Cela faisait quelques jours, quelques mois

Quelques années, en fait, que des démons

Petits, discrets, pas gênants, ma foi

Me tenaient compagnie, tapis, dans le fond


De mon âme.


Il y en avait plusieurs, pas tous repérés

Je m’en vais évoquer ceux que j’ai observés.

Le premier s’appelle la Peur, en fait nommée

Fragilité, chez une jeune femme bien née.


Qui a une âme.


Le second a toute l’apparence lui aussi

De la vertu. C’est la terrible Résignation

Un démon qui m’attrape le cou et me plie

La tête. On n’y peut rien , c’est l’acceptation.


Avec force d’âme.


Ce troisième, c’est le plus fort,

Je combats comme je peux tous les jours,

Je secoue dans tous les sens le joug

C’est le Désespoir qui entraîne vers la mort


Ma pauvre âme.


Oh, Seigneur, viens me délivrer de ces monstres

Brûle-les, écrase-les, détache-les de ta flamme

Comme des virus, inoculés, dans le cœur profond

Dis une parole, Jésus, une seule, contre le Mal


Et guérie sera mon âme.



Extrait tiré de la nouvelle "Le confort du foyer" dans le recueil intitulé "Mon mal vient de plus loin", par Flannery O'Connor : 


"Thomas n'avait rien du cynique et, loin de s'opposer à la vertu, il la considérait comme le principe de tout ordre et comme la seule chose qui rende la vie supportable. Il s'accommodait aisément d'une vie que certaines qualités de sa mère -raisonnables, celles-là- parait d'agréments positifs : une maison excellemment tenue, et sa cuisine, délicieuse. Mais quand elle se laisser déborder par sa fringale de vertu, comme tel était maintenant le cas, il avait le sentiment d'être cerné par de diaboliques présences, qui n'étaient pas les créations de quelque caprice de l'imagination, chez lui ou chez sa mère, mais des êtres réels, quoique invisibles, dont on  pouvait à tout moment s'attendre à ce qu'ils poussent des cris perçants et secouent les pots et les cruches."


Merci à C. et A. pour les fleurs. (lys et roses)

jeudi 11 novembre 2010

"Notes éparses et anecdotiques à propos de Flannery O'Connor " par Didier Goux

 Un magnifique billet de Didier Goux à propos de l'écrivain Flannery O'Connor et de sa perception du mal dans le monde.

"Plus que celle du Bien et du Mal en tant que tels, c'est la question du Mal se parant des oripeaux du Bien qui traverse toute l'œuvre de Flannery O'Connor, la sous-tend. C'est-à-dire que le démoniaque y est à l'ouvrage, que la tentation est là, toujours présente, ne relâchant que très rarement son emprise. Satan est presque tout entier contenu dans ce masque que les damnés prennent pour leur visage même. Et on comprend, du coup, pourquoi Flannery O'Connor fut une lectrice passionnée et assidue de Bernanos. Ce phénomène du Mal agitant une caricature de Bien comme un montreur le fait d'une marionnette est particulièrement intense et effrayant dans la nouvelle intitulée Les Boiteux entreront les premiers, où le personnage du père ne cesse de clamer son goût du dévouement, sa passion d'aider autrui, de soulager les misères. Or, pendant que ses lèvres remuent et produisent des sons, ce qu'on voit à l'œuvre c'est sa profonde sécheresse de cœur et d'esprit, lesquels sont le plus grand obstacle à une grâce éventuelle, par la satisfaction qu'ils exposent d'eux-mêmes. Cette sécheresse brutale s'exprime clairement une fois, lorsque le père reproche à son fils de pleurer à l'évocation de sa mère, morte depuis une année à peine. "Tu as tout de même onze ans!", lui dit-il, ce ce ton de componction raisonneuse et mielleuse dont il ne parviendra jamais – sur le temps de la nouvelle – à se départir. Et l'on se doute qu'après le suicide de son fils, parti rejoindre sa maman au ciel après avoir découvert le ciel physique – et seulement lui – au travers d'un téléscope, et à moins d'une grâce dont Flannery O'Connor ne refuse jamais la possibilité, y compris pour ses “damnés”, le père continuera de se dévouer aux autres tout en restant aussi éloigné que possible de la charité.

Il faudrait bien sûr parler du troisième personnage de cette nouvelle, dont le nom m'échappe (je suis dans la Case et le livre est resté à la maison...), ce semi-voyou (délinquant, caillera...) très intelligent, que le père force à venir s'installer sous le toit familial afin qu'il le conforte dans la vision merveilleuse qu'il a de lui-même ; ce garçon toujours soumis à une tension presque inhumaine et qui, dès l'entrée du récit, proclame qu'il est damné et ira rôtir en enfer. De fait, il ressemble puissamment au diable, au Père du mensonge, au Prince de la tentation, et encore plus lorsqu'il brandit la Bible pour mieux détruire le fils. C'est lui qui va lui faire découvrir le ciel, par le téléscope, mais un ciel vide qui ne peut susciter rien d'autre que des hallucinations. De fait, l'enfant croira y découvrir sa mère et se pendra pour la rejoindre.

Dans ce Sud où nous plonge Flannery O'Connor, la religion est omniprésente. Mais, le plus souvent, privée de la charité et de la grâce, elle ne fait que se résoudre en émanations malsaines qui rendent les hommes fous, assassins, alcooliques ou prêcheurs – parfois tout ensemble.

Les nègres sont en toile de fond, aussi fous et haineux que les blancs (pas de rédemption bon marché chez Flannery O'Connor), toujours présents, circulant dans les consciences comme les termites dans une maison de bois, un remords à bas bruit, un exutoire à la violence qui ne résout jamais rien, une vision matérielle, mais niée avec rage et rancœur, du monde dévalant vers le Jugement dernier.

Les prêcheurs ne sont fous que parce qu'ils invoquent un dieu auquel ils tournent le dos ; leurs disgrâces physiques plaident contre eux, en même temps qu'elles pourraient être une occasion de rachat.

Le soleil change de forme, de couleur, de taille et de nature selon qu'on le supporte ou le contemple. Mais il est toujours là, pour qui veut bien s'en aviser : Tout ce qui s'élève converge.

Si peu d'amour au fond. Et lorsqu'il survient, il se gauchit, s'exacerbe et se dénature. Pas davantage de sexe ou à peine : l'élan vital fait défaut.

Chaque personnage, par la profondeur du regard et la puissance du verbe, est retourné comme une peau d'animal écorché et contraint de montrer son vrai visage ; lequel peut être soit brûlé soit illuminé."

mercredi 10 novembre 2010

Miséricorde

[Mr. Head, un vieux grand père qui élève seul son petit-fils, Nelson, a emmené ce dernier à la grande ville. Perdus sur le chemin du retour, le grand père abandonne un instant le petit endormi, ce dernier se réveille et, affolé, heurte une vieille dame et la renverse. Cacophonie générale, des harpies entourent le petit garçon et Mr Head, arrivant dans la mêlée, paniqué par la tournure des évènements, nie connaître l'enfant. Après ce reniement, les deux protagonistes repartent vers leur train discrètement. Le garçon est abasourdi par le rejet de son grand père et le grand père, très malheureux, cherche à se faire pardonner par son petit fils.]



"Lorsqu'ils descendirent du train, l'armoise des champs avaient des frissons d'argent et sous leurs pieds le mâchefer s'éclaira de lumière noire. Les cimes des arbres qui entouraient la station comme l'enclos d'un jardin étaient plus sombres que le ciel tendu de gigantesques nuages blancs illuminés.
Mr. Head s'arrêta, garda le silence et sentit à nouveau l'effet de la miséricorde, mais il compris cette fois qu'aucun mot au monde n'était capable de le traduire. Il compris qu'elle surgissait de l'angoisse qui n'est refusée à aucun homme et qui est donnée, sous d'étranges formes, aux enfants. Il compris que c'était tout ce qu'un homme peut emporter dans la mort pour en faire don à son Créateur et il s'empourpra de honte qu'il en avait si peu à Lui offrir. Et il était effrayé, et il jugea sa vie avec l'absolue perfection du jugement divin, tandis que la Miséricorde couvrait son orgueil comme d'une flamme et le consumait.
Jamais il ne s'était considéré comme un grand pécheur, mais il voyait maintenant que sa vraie souillure lui avait été cachée de crainte qu'il ne s'abandonne au désespoir. Il compris que ses péchés lui avaient été pardonnés depuis le commencement des temps, lorsqu'il avait conçu dans son propre cœur le péché d'Adam, jusqu'à cette journée où il avait renié le pauvre Nelson. Il vit qu'aucun péché n'était trop monstrueux qu'il ne s'en puisse accuser et, puisque Dieu aimait dans la mesure où Il pardonnait, il se sentit, à cet instant, prêt à entrer au Paradis."


Flannery O'Connor, "Les braves gens ne courent pas les rues".

vendredi 5 novembre 2010

Flannery O'Connor

Merci à Didier Goux pour cet extrait de Flannery O'Connor dont je recommande la lecture à tous :

Chère Comtesse,*
ayant commencé la lecture de la correspondance de Flannery O'Connor, je ne puis résister au plaisir de vous copier cet extrait d'une lettre qu'elle adresse le 20 septembre 1951 à ses amis Sally et Robert Fitzgerald :
« Vous devez avoir entamé l'année académique 51-52, qui verra la naissance de votre numéro 5. J'espère que, cette fois, il s'agira d'une fille, qu'elle portera un des redoutables prénoms de l'Ancien Testament et qu'elle coupera beaucoup de têtes. Pour vous, mieux vaut ne plus vous occuper de rien que de votre santé car vos enfants me semblent assez costauds pour faire tout le travail. En les battant régulièrement mais modérément, vous les habituerez à remplir toutes les tâches ménagères. »
 
 
*Pour Didier Goux je suis plus la "Comtesse" et moins la "crevette", j'apprécie les deux!^^