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lundi 23 décembre 2013

Ilys à la Crèche


« une fonction essentielle de la véritable beauté consiste en la communication à l’homme d’une « secousse » salutaire, qui le met hors de lui, l’arrache à la résignation, aux accommodements du quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard blesse, mais ainsi l’éveille en lui ouvrant de nouveau les yeux du cœur et de l’esprit, en lui donnant des ailes, en l’élevant vers le haut » (citation de Ratzinger, tiré d'un texte de Pigi Colognesi, sur le peintre Bill Congdon, chez le Stalker) 


Je m’en vais vous raconter ma dernière rencontre
Dans les plaines de Galilée, je marchais d’un bon pas,
Avec mes neuf agnelets serrés tout contre moi,
La nuit tombait, il faisait froid dans la vallée profonde.

J’allais vers Bethléem voir le Nouveau-Né, l’Enfant Jésus,
Mon Roi. Mon ange m’avait alertée et je courais sur le chemin
Sans m’attarder, sans hésiter, pressant tous mes petits bambins;
Depuis toujours j’attendais, et le moment crucial était venu.

Au loin, au bord du chemin, j’aperçus un grand feu de bois
Qui éclairait alentours, projetant mille étincelles joyeuses
Une troupe nombreuse, bruyante, agitée, des éclats de voix
Inquiète, j’avançais doucement vers la source lumineuse.

Un silence se fit, lorsque j’arrivais. Puis l’un d’entre eux
Dit: « venez donc petite dame, auprès de notre feu ! »
La voix se voulait apaisante et calme, elle était tonitruante
Mais si chaleureuse, que je me suis approchée, avec les enfants.

Il y avait une troupe de sbires un peu crasseux qui conversaient.
Quelques mercenaires, de retour chez eux, après une guerre ou deux
S’efforçant comme ils pouvaient, à quelques civilités,
Risettes aux petits, inclinaison du chef pour certains d’entre eux.

Celui qui m’a accueillie sans façons, s’est présenté :
Je suis portraitiste, à mes heures perdues, sur les champs de bataille
Je mets souvent des visages, des mots, là où il n’y en a plus, sous la mitraille
Je peins, j’écris, je rectifie… On m’appelle XP.

Un deuxième s’est avancé, grommelant contre le feu qui s’éteignait
Pas besoin d’appeler les troupes pour le raviver ! Ce que l’on peut
Soi-même faire… On le fait ! Joignant le geste à la parole, dans le feu
Il a posé du bois, Nicolas, préparé une soupe, soufflé sur les braises…

Trois autres se tenaient un peu à l’écart de l’agitation, attentifs
Cependant aux bruits, aux voix, à l’obscurité profonde…
Bien vêtus, élégants et nuancés, Eugène, Il Sorpasso, et Vae Victis :
Ils observaient la scène, les gens qui passaient, évoquaient le monde.

Allongé de tout son long, les yeux mi-clos, perdu dans un rêve
Son chapeau rebattu sur sa tête, ses bottes poussiéreuses aux pieds,
Blueberry chantonnait, appréciant la paix surnaturelle, la trêve
Un calme apparent, une fausse nonchalance pour cet inquiet.

Trois mercenaires venaient visiblement de joindre la troupe :
Cherea, calme, sérieux, appliqué; Terby un brillant fou-follet
Au rire éclatant et terrible; son ironie dévoile juste en dessous
Un esprit vif, il secoue nos intellects un peu étourdis, fatigués.

Enfin, un grand et beau gaillard au regard ardent se tenait
Devant les enfants… Tout de suite, ils l’ont adopté, Lounès,
En quête du bonheur, par tous les chemins possibles, du vrai,
Ah ! Celui-là est sans compromis, agité, décidé, c’est un fait !

Trois savants, trois érudits dans un coin devisaient vivement :
Nebo, venu de l’Est, le génie des sons, du langage musical
Restif, qui déchiffre tout manuscrit en un rien de temps
Denis, le maître de la mesure, à l’intelligence fatale.

J’ai vu aussi traverser la plaine sous la voûte étoilée
Un jeune chevreuil, rapide, un peu farouche, intimidé…
Je crois qu’il reviendra parmi nous, je l’espère de tout cœur
Pas eu le temps de bien l’observer, il a fui sans bruit, sans heurt…

(En fait dans cette vaste plaine où courait un vent léger,
Mille bruits confus, mille murmures me parvenaient…
Je crois que beaucoup de monde s’appliquait autour
A allumer son feu ; mais je n’ai pu de tous faire le tour.)

Deux nouveaux trublions attisaient le feu bruyamment
Paul Hodell tombé du toit d'une chapelle et dans les bras
Du Seigneur rattrapé, et Gil-Gato tourmenté et plaisant
Qui souvent me tient compagnie et me met en joie!

J'oubliais aussi celui-là Kitschophobe c'est son nom
Il lit tout ce qu'il peut, il observe, il écrit tout le temps...
Il brave les dangers de la Haute Littérature, ses fonds
L'Enfant Dieu va lui sourire, je le sais, je le sens.

Dans l’ombre, un peu éloigné des groupes, silencieux,
Seul, mais non solitaire, Kid A explique qu’il cherche sa route
Mais ne l’a pas encore trouvée, dans ses cartes, en ces lieux
Son sac est léger, et le joug de la beauté qu’il poursuit est si doux…

Je lui ai alors avoué que j’allais voir l’Enfant-Dieu incarné
Le Créateur et Maître de toute chose, de toute beauté
Lui, le plus beau des fils de l’homme un jour défiguré,
Mis à mort, crucifié par ses frères, pour nos péchés.

Toute la troupe a paru fort intriguée par ce Dieu fait homme
Dans une étable, toute proche d’eux, alors qu’ils l’ignoraient
J’ai montré l’étoile dans le ciel, et tous ces bons hommes
Ont plié le camp, éteint leur feu, sans sourciller, sans barguigner.

Petite mise en garde cependant, ai-je cru bon ajouter : on ne contemple
Impunément la Source de toute lumière sans être soi-même aveuglé.
La beauté blesse, brûle celui qui s’en approche, comme un dard acéré
Se plante dans le corps, le cœur et l’esprit des soldats les plus ardents.

L’Enfant au sourire si doux, embrasera toute votre âme en un rien de temps,
Vous serez piégés, sans vous rendre compte, vous serez morts, vous serez vivants
Cette Beauté là, c’est le Bien et le Vrai jaillis dans le même temps et réunifiés
Dans le Corps du Dieu Vivant, venu par amour, une nuit, un jour, nous sauver.

                                                                        *******


Où que vous , quoique vous fassiez, que le Seigneur vous protège et vous accorde ses grâces en tant qu'Enfant-Dieu.



dimanche 18 novembre 2012

Le meilleur des mondes*



                                       
 Prochaine manifestation à Paris : le 13 Janvier 2013

A Savoir dans Valeurs Actuelles N°3964

"Parent 1 et Parent 2" 
Le "mariage pour tous" va t-il bouleverser le vocabulaire de l'état civil? Christiane Taubira se veut rassurante : "Mari et femme" va certes être remplacé par "époux", et parfois "père et mère" par "parents", mais le mot est déjà très présent dans le code civil", a-t-elle justifié. L'examen du projet de loi indique tout de même que pas moins de 52 articles du code seront concernés par ce processus de substitution... Autre interrogation : le livret de famille. Selon Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, les idées de "parent 1 ou 2" ou de "parent A ou B" sont "totalement fausses". Mais si l'on remplace "père" et "mère" par "parent", comment ensuite les différencier? Une question restée sans réponse alors que se profilent les manifestations du 17 et 18 novembre."

*Cela rappelle la lecture du "Meilleur des mondes " d'Aldous Huxley où le terme de "mère" ou "maman" est banni comme un mot indicible ou "gros mot".

                                                                                                      *******


 Le grand rabbin de France a publié un texte très argumenté sur le sujet, sans doute l’un des plus convaincants. Sa conclusion : 

"A l’heure de conclure, il ressort que les arguments invoqués d’égalité, d’amour, de protection ou de droit à l’enfant se démontent et ne peuvent, à eux seuls, justifier une loi.
Que les droits en termes d’homoparentalité et d’adoption soient étendus ou limités, il ressort également que les militants LGBT utiliseront le mariage homosexuel comme un cheval de Troie dans leur entreprise, bien plus large, de nier la sexuation, d’effacer les différences sexuelles et de leur substituer des orientations permettant à la fois de sortir du « carcan naturel » et de mieux dynamiter les fondements hétérosexuels de notre société.
Il n’y aurait ni courage, ni gloire à voter une loi en usant davantage de slogans que d’arguments, en se conformant à la bien-pensance dominante par crainte d’anathèmes et encontre-attaquant in extremis par une question du type : « s’il n’y a aucune raison de faire une loi, en quoi est-ce que cela dérange qu’il y en ait une ? ».Ce qui me dérange, c’est le refus du questionnement, le refus de sortir de ses évidences.
Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses :
•les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité,
•le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit,
•les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences. Ces enjeux doivent être clairement posés dans le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité.Ils renvoient aux fondamentaux de la société dans laquelle chacun d’entre nous a envie de vivre."

                                                                        ********

Séparer le mariage traditionnel de l’État

extrait : 

"Que faire alors dans ce contexte ? Exiger le démariage civil
N’attendons pas de la loi qu’elle protège la personne, la liberté, la propriété ou le mariage. Comme le faisait déjà remarquer Hayek, à la suite de Bastiat, « jamais, en vérité, au cours de l’histoire entière, les gouvernements n’ont été comme aujourd’hui dans la nécessité de se plier aux desiderata spéciaux d’un grand nombre d’intérêts particuliers ». Et il ajoutait : « Le résultat de cette évolution est que le concept de loi, lui-même, a perdu toute signification. » (Droit, législation et liberté). La défense du mariage traditionnel doit se faire désormais par les institutions sociales ou la société civile (églises, associations) et non plus par la contrainte de la loi. Quand la loi prétend établir tel ou tel modèle de vie, il en résulte une lutte entre des factions qui veulent se l’approprier pour leur propre compte. Il en fut ainsi quand la loi établissait le christianisme comme religion d’État. On a vu le résultat : la lutte des anticléricaux pour s’emparer du pouvoir et faire des lois antireligieuses. Il se passe la même chose aujourd’hui pour la famille. La loi défendait la famille traditionnelle. Résultat : des groupes de pression s’en emparent pour établir des lois anti-famille."

                                                                                                 *********

Il faut mourir avec son temps

extraits : 

"Le danger, voilà ce que fuit l'animal domestique, ce gros chat qui exige que son maître l'Etat lui achète des croquettes parce qu'il est inadmissible de se risquer à aller chasser sa proie dans le jardin, voilà ce qu'il ne veut plus accepter. La sécurité absolue, le risque zéro, la vie régentée de bout en bout, voilà l'aspiration de l'homme occidental contemporain. 
(...)
Le mariage gay n'est qu'un symptôme  Ce vers quoi nous tendons, en annihilant tout obstacle de la vie d'un homme, c'est vers l'annihilation de l'homme lui-même. Nous posons les bases d'une espèce humaine effrayée par l'aventure et ce qu'elle peut impliquer, qui mendie des droits parce qu'elle renonce à la liberté."



mercredi 5 septembre 2012

Socialisme= criminels 17


"Sérieusement, est-ce que Maria se sentirait si proche des Maghrébins de France si ceux-ci avaient réussi, comme par exemple les Chinois ? Maria aime ces gens uniquement parce qu'ils sont des incapables, comme elle, et que parmi eux elles se sent normale. C'est pourquoi elle veut à tout prix les maintenir dans cet état, et dans cet État."

Un socialisme national, ça ne veut rien dire. La dynamique du socialisme c'est de canaliser tous les échecs, toutes les rancœurs qui viennent d'en bas, et d'en faire un argument pour qualifier de scandaleux tout ce qui arrive en haut. Une telle dynamique veut tout rabaisser pour apaiser les jalousies des moins réussis, et appelle ça "justice". 

"Qu'on se mette ça dans la tête : plus la France est libérale, moins elle est envahie. Si êtes un Blanc avec une sensibilité raciale et socialiste, vous n'avez rien compris. Tout comme ne comprennent rien ceux qui réclament un Etat plus fort pour stopper l'immigration. Moi je ne suis pas pour un État qui me prend mon argent pour "la nation" ou le "lien social", je suis pour un Etat qui me le laisse pour que je puisse vivre loin de la populace, africaine ou non. Je ne veux pas d'un Etat qui mette des flics partout, je préfère un Etat qui s'efface et qui me laisse me défendre contre la racaille au lieu de m'emmener au tribunal pour "racisme". Le besoin d'un Etat fort, voilà le repère de tous les tarés, ça ne loupe jamais."

"Qu'est-ce qu'un Arabe banquier et libéral pour un militant Front de Gauche ? Au mieux un casse-tête, au pire un traître. Quant à moi je ne le cache pas, je me sentirai toujours plus proche d'un Noir capitaliste que d'un Blanc anticapitaliste. "

""Je vote FN même si je reconnais qu'il y a un truc vraiment nauséabond chez eux : leur socialisme""

"Qu'ils détestent tous les deux les riches, la racaille en le disant franchement : "Donnez moi de la thune ou je vous brûle", et le socialiste par un chemin détourné : "Il faut sortir de la société de consommation, parce que j'ai pas réussi à y entrer". Chacun des deux ne supporte pas ce système "inégalitaire", et s'en considère comme "victime". Leur revendication, leurs gémissements, sont en réalité extrêmement proche.".

"Tous ces gens appartiennent à la même famille, celle des racailles qui de tout temps et à toute époque ont projeté sur les forts leurs propres faiblesses, dans un appétit de vengeance insatiable contre ce monde injuste et ce qu'il a pu créer de plus réussi. Ils ne sont que des degrés différents sur une même échelle qui va de la forme la plus brute, le criminel qui assume sa haine et prend les armes pour faire payer à ceux qui l'entourent sa propre misère existentielle, à la forme la plus camouflée, l'intellectuel de gauche, posé, calme, portant des lunettes et passant sur France Inter, Michéa ou Michel Onfray, vous voyez le tableau, des mecs qui parviennent au prix d'un effort harassant à dissimuler leur rage dans des arguments. Mélenchon lui est quelque part entre les deux, selon son humeur, et quand il met des lunettes il essaie de se distancier de la racaille émeutière de base, non pas parce qu'il s'en sentirait éloigné, mais justement parce qu'elle lui révèle qui il est au fond, parce qu'elle est une version plus pure de lui-même, une version à casquette qui ne s'encombre pas de justifications, une version qui lui rappelle qu'ils sont de même nature, qu'ils appartiennent à la même espèce, la gauche."

(Scath-anud; "La gauche")

vendredi 3 août 2012

Gitans de luxe




"Certes, je suis totalement espagnol par mes parents et par mon éducation familiale. Cependant je ne suis pas né en Espagne, mais à Istanbul, à cause de la carrière diplomate. Je suis donc un "enfant de la balle", destinée étrange et pas entièrement heureuse qui est celle de tous les enfants de ces nomades d'une espèce particulière, que ma mère appelait "les Gitans de luxe". Comme nombre d'entre eux, je ne sais pas très bien d'où je suis, puisque, au cours de mes premières années, j'ai beaucoup plus vécu hors d'Espagne qu'en Espagne. Mon acculturation française a pour moi une origine immémoriale, puisque je suis à Paris à l'âge de trois ans et que j'y suis resté jusqu'à l'âge de sept ans? Je n'ai donc pas, à proprement parler, appris le français : je n'ai effectivement aucun souvenir d'un temps où je n'aurais pas su le parler." (JM Garrigues, "Par des sentiers resserrés")

Toutes proportions gardées, je me retrouve assez dans ce portrait de nomade de luxe, avec ce sentiment d'être de nulle part, sans racines. Un père hollandais, une prime enfance vécue en Italie et un retour pour mes années de collège et lycée en France. Et effectivement, ça ne rend pas toujours très "heureux"et surtout plus fragile, moins solide que celui qui sait d'où il vient et d'où il est et qui a eu ses bottes plantées dans la gadoue de sa terre. Le sentiment du monde qui passe et ne dure pas est quelque chose de plus prégnant en soi. On vit avec une forme de mort, de déliquescence qui vous colle à la peau en permanence et ç'est un peu lourd à porter dès l'enfance.
J'ai souvenir ainsi, un jour, d'avoir visité la maison-mère des religieuses chez qui j'avais passé toutes mes années de collège-lycée. Cette arrivée dans ce "couvent" perdu en pleine nature m'avait paru comme un retour à la maison, à ma maison, une demeure primordiale si je puis dire, alors que je n'y avais jamais mis les pieds, et je n'avais pu m'empêcher de pleurer tant les émotions qui m'envahissaient avaient été puissantes. La digue avait cédé, et furieusement, sans que je ne puisse rien y faire. Sans doute que dans ce monde appelé à passer, dans cet effritement vécu jusqu'au plus intime de soi, ces religieuses représentaient de façon concrète et solide une permanence, un mur contre la mort, une fidélité rassurante de Celui qui est éternel et qui nous englobe dans son éternité.



Cependant, c'est sans doute une des raisons pour lesquelles j'ai une forte volonté à faire de ma maison, un  lieu enraciné, un foyer chaleureux qui m'a  manqué durant ma jeunesse.

Et puis cela permet, ce manque d'attaches, une forme d'objectivité et d'ouverture sur le monde très intéressante : en effet on se rend compte à quel point l'illusion française (nos idéologies gauchistes) éclatent comme  bulles de savon dès que nous sommes à l'étranger, même dans un pays "socialiste" comme l'Italie; nous réalisons qu'il n'y a que la France pour se persuader par exemple, qu'un remplacement de population est l'alpha et l'oméga du progrès humain (c'est xyr qui soulignait ce constat); cela aide à relativiser la pesanteur et l'absolutisation de notre "pensée" française.

samedi 14 juillet 2012

Argumentaire




Une lectrice me communique une réaction qu'elle a obtenue après avoir mis un lien de mon texte "C'est l'histoire d'un mec..." sur son facebook.

Waaaouh à vrai dire je n'aurais jamais cru que toi Marie, tu puisses penser de telles choses. Ce garçon a peut-être un master et eut par le passé 20/20 à son bac blanc d'Histoire Géo (applaudissement), mais il méconnaît son Histoire (et ceux contre qui ils s'opposaient plus jeune aussi). Quant à prendre pour bouc émissaire les immigrés ça va deux minutes mais il ne faut pas oublier que la France est par essence une terre d'accueil et qu'aujourd'hui des français pure souche ça n'existe pas, ou alors ils sont une minorité. Eh oui ça vous fait peut-être mal au coeur, mais la France n'appartient pas aux "blancs". Que ce soient les juifs, les tsiganes, les italiens, les espagnols, les polonais ou aujourd'hui ces arabes qui vous dégoutent tant, de tout temps on a cherché des boucs émissaires. Sans eux la France n'est rien, tous les rapports purement économiques vous le montrent. L'extrémisme n'a jamais permis à un pays d'être grand, il a simplement alimenté les haines et l'horreur.
Dans la vie, je ne réponds plus à ce genre de conneries. Mais ici, c'est mon boulot. Alors je m'y colle, encore et encore. Dans l'ordre :
Waaaouh à vrai dire je n'aurais jamais cru que toi Marie, tu puisses penser de telles choses.
"de telles choses", entame fantastique déjà. La moraliste qui fait semblant de se boucher le nez, de devoir prendre nos propos avec des pincettes. Quelle posture ridicule. Comme si parler du racisme antiblanc lié à la politique migratoire de notre pays était atroce, horrible. Mais c'est le nier encore en 2012 qui devrait être qualifié de "telles choses". C'est votre aveuglement volontaire, votre consentement actif à de la haine raciale concrète qui est ignoble, nauséabond, qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Nous aussi on peut utiliser vos mots, et le pire c'est que nous on est sincère, ce n'est pas une posture, vous nous effrayez réellement.

Ce garçon a peut-être un master et eut par le passé 20/20 à son bac blanc d'Histoire Géo (applaudissement), mais il méconnaît son Histoire (et ceux contre qui ils s'opposaient plus jeune aussi)

Aucun argument, donc difficile d'y répondre. Une affirmation parmi tant d'autres, pas plus étayée que "Les communistes n'ont pas de sang sur les mains" ou "Il n'y a pas d'avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb". De l'irrationnel, du sophisme, des techniques dialectiques qui me rappellent la propagande soviétique, destinée à masquer la réalité des camps de la mort, des exterminations en Sibérie, en Ukraine...

Quant à prendre pour bouc émissaire les immigrés ça va deux minutes
Jamais je ne fais ça. A aucun moment. Et chaque fois que vous le répéterez, je vous collerai contre le mur en exigeant que vous le prouviez. Mon texte s'adresse à la gauche, pas aux immigrés. Je dis "Je vous emmerde, la gauche" et non "Je vous emmerde, les immigrés". C'est justement cette gauche à la quelle je reproche d'avoir fait et de continuer de faire du Français de souche, pardon, pas assez mélangé, le bouc-émissaire. Le fils de nazi, puis de colon d'Algérie. Puis le raciste qui déteste l'Autre. C'est vous qui avez encouragé la haine des Blancs ici même, en l'ayant pointé du doigt en permanence comme l'obstacle d'un monde meilleur, la pourriture passée, présente et future, l'homme à abattre. Et ça, ça va bien non pas "deux minutes", mais trente ans. Ça va, on n'en peut plus, c'est terminé. C'est ça, le fond de mon texte.

il ne faut pas oublier que la France est par essence une terre d'accueil et qu'aujourd'hui des français pure souche ça n'existe pas, ou alors ils sont une minorité.
"par essence". Voilà, c'est vous, le discours essentialiste. L'intransigeance, l'extrémisme, l'intolérance. Des preuves ? Un argument ? C'est quoi ce fanatisme ? Et l'accueil ça veut dire quoi ? Il faut pas quelqu'un pour accueillir ? Accueillir quelqu'un chez soi ça veut dire déménager ? Et c'est une contradiction, en plus. Les Français pure souche sont en minorité ? Mais d'où viennent-ils alors, si le peuple de France n'existe pas, que cette terre n'est qu'un accueil depuis toujours ?

Et si c'est une minorité, elle ne vous émeut pas, vous qui utilisez sans cesse ce terme ? Vous ne vous inquiétez pas du sort de cette minorité de Français de souche dans certaines zones de notre territoire ? Même quand elle vous lance des appels sous forme de textes, au lieu d'agresser des gens et casser des choses ?

Et même s'il y avait toujours eu une immigration semblable à celle d'aujourd'hui, quel est le rapport ? Ceux qui sont-là ont le droit de parler en leurs noms, celui de leurs familles, de vouloir protéger leurs enfants, ce qu'ils sont non ? Chacun a défendu à toute époque ce qu'il était et ce qu'il croyait être bon. Sinon des millions de Chinois peuvent se pointer en Afrique en disant "Toute façon l'Afrique a toujours été une terre de colonisation", ce qui pour le coup serait assez vrai, colonisée par les empires musulmans puis occidentaux. Donc le Malien doit fermer sa gueule si on bouleverse le visage de son pays, et que l'on bousille celui de ses filles ? Sinon c'est un sale raciste ?

Nous n'avons aucun délire racial, c'est vous qui en avez un. La conscience "de souche" n'est née que grâce à vous, la racialisation de la société c'est SOS racisme et la marche des Beurs, entre autres choses, des milliers d'autres choses.

Eh oui ça vous fait peut-être mal au coeur, mais la France n'appartient pas aux "blancs"
Est-ce que c'est ça mon témoignage de "C'est l'histoire d'un mec..." ? Est-ce que j'ai voté FN parce que quelqu'un m'a dit "La France n'appartient pas aux "Blancs"" ? Je n'ai eu conscience d'être blanc que le jour où on m'a insulté de "Sale Blanc". Ce que nous disons n'a aucun rapport avec une idéologie suprématiste, et votre insistance à faire semblant de croire le contraire en dit long sur vos motivations profondes. Combien de témoignages de l'échec de votre modèle vous faudra-t-il ? "Vous n'êtes que des frileux racistes", vous pensez que ça va marcher combien de temps ?

Cela vous fait peut-être mal au cœur, mais les mouvements de populations que nous connaissons n'ont rien d'habituel, ils sont inédits. Aucun pays n'aurait encaissé ça avec aussi peu de réaction xénophobe, la France est le pays le moins raciste du monde. Et le mépris avec lequel vous traitez les gens qui sont ici depuis des siècles voire des millénaires est d'une violence inouïe, d'une rage folle. Ça ne fait pas que "mal au cœur", ça fait mal physiquement, à nos copines, nos frères et soeurs, dans la rue. Ça en revanche, ça ne vous fait absolument pas mal au cœur, à vous, qui parlez de bonté d'âme toutes les deux minutes.

Que ce soient les juifs, les tsiganes, les italiens, les espagnols, les polonais ou aujourd'hui ces arabes qui vous dégoutent tant, de tout temps on a cherché des boucs émissaires.
Mensonges, encore des mensonges, sans arrêt, à chaque mot et chaque phrase. On dirait un discours d'Adolf Hitler à l'envers, ça me donne des frissons moi, quand je repense aux montagnes de cadavres auxquelles amènent de telles contre-vérités. Jamais je ne dis être dégouté des Arabes, je suis surtout dégouté de ceux qui beuglent "Les Arabes te dégoutent hein ?!".

La France a connu une immigration homéopathique jusqu'à la moitié du vingtième siècle. Nous faisions venir des gens en petit nombre, pour travailler car la santé économique était bonne, des gens qui en plus viennent de la même aire de civilisation que nous, avec qui nous partageons des siècles de valeurs chrétiennes, à la racine des Droits de l'Homme que vous le vouliez ou non. Des gens pour qui l'assimilation a été possible, pour ces raisons et bien d'autres. Mais le problème majeur est la question de nombre. Ce à quoi nous assistons n'a rien d'un "accueil", c'est une substitution démographique. C'est pas Hitler qui le dit, c'est Aristote :


Parvenu à son terme logique, dit-il [Aristote], l'état de sédition dû à l'absence d'homogénéité raciale ne peut se résoudre que de deux façons: soit la population indigène arrive à se débarrasser de la population allogène qu'elle s'était imprudemment associée; soit au contraire, cette dernière devient assez puissante pour exclure la population d'accueil. Dans les deux cas, la Cité ne survit, en tant que telle, que par suite d'un phénomène de ségrégation; dans le premier, elle retrouve son unité d'origine, avec tous les biens qui en découlent, par l'exclusion de ce qui y faisait obstacle; dans le second, le remplacement d'une population par une autre assure éventuellement la reconstitution, sur d'autres bases, d'une nouvelle unité sociale, dont, par discrimination, est exclue la population originelle.
Lui aussi c'est un raciste ? Il faut l'interdire ? Vous mentez, sans cesse.

Je suis d'origine italienne moi-même, et je ne brûle aucune voiture. Je ne me suis jamais promené en bande avec d'autres gens d'origine italienne. Je n'ai jamais dit "Vous" aux Français de souche. Le drapeau français n'a jamais été remplacé sur la place d'une mairie par le drapeau italien. Parce que ces gens d'origine italienne se font aussi insulter de "Sale Blancs". Et aller faire un sondage chez les Arabo-musulmans pour savoir ce qu'ils pensent des Juifs. Mohamed Merah ne votait pas FN.

Le modèle multiculturel ne fonctionne pas. Et si vous répondez "Oui mais moi j'y crois", ça n'a pas plus de valeur que le catholique qui répondait la même chose à Galilée lorsqu'il lui disait que la Terre n'était pas plate. Et comme Galilée, nos critiques nous valent le tribunal. Je suis comme le Juif qui dans les années trente devait supporter des horreurs sur lui dans les dîners en Allemagne, des gens qui faisaient de lui et de sa minorité l'obstacle au renouveau national, le bouc-émissaire. Et vous êtes comme ceux qui niaient, un peu plus tard, la réalité de ces horreurs, celle des camps, lorsqu'on leur racontait. Vous êtes des idéologues, des religieux, des fanatiques.

Une nation, ça se fait aussi à travers les générations, les liens qui se tissent, les goûts, les odeurs et les pierres, il y a un corps, quelque chose de charnel, une réalité physique à prendre en compte. Je ne dis pas "à garder pur à tout prix" ou "à sacraliser comme race supérieure", non, à prendre en compte. Les valeurs dont vous parlez ne sont pas suspendues au-dessus du territoire français et ce peu importe ce qu'il y a dessus. Les valeurs, les réflexes, toute la culture inconsciente que l'on partage encore, elle est encore là parce qu'il y a un peuple qui va avec, des gens qui endorment leurs enfants en leur racontant telle fable, tel conte, avec telle morale derrière, cette morale dont toute notre civilisation est issue. Tout ça est très concret. Les valeurs ça ne se décrète pas, ça se transmet. Vous qui faites appel à l'Histoire, tous les penseurs de tout bord ont pris en compte ces réalités, des philosophes de la Grèce antique aux penseurs des Lumières en passant par les Pères de l'Eglise. La France, peu importe vos croyances, n'est pas exceptionnelle. Elle est aussi chair.

Les jeunes comme moi n'avaient aucune chance de tomber dans la haine raciale, le nationalisme extrême, ce que vous voulez. Nous vivons dans une Europe de paix, on nous a appris les barbaries nazies dès le berceau, l'humanisme, la tolérance. Le risque identitaire il vient de ceux que vous importez par millions. Ils ne se fonderont dans aucun moule, puisqu'ils sont là en masse. Ce n'est plus de l'immigration, c'est un remplacement de population, c'est la création d'un Etat dans l'Etat. En remplaçant les gens vous remplacez les valeurs, c'est comme ça. Sans compter les violences inter-ethniques que l'on peut constater chaque seconde. Votre démarche revient à mettre le feu aux poudres. Votre politique irresponsable me rappelle les massacres de l'Europe de l'Est, et bien d'autres. Vous qui hurlez souvent "L'humain d'abord", vous ne prenez absolument pas l'humain en compte. Vous êtes en train de fomenter un nationalisme arabo-musulman sur ce sol. Vous niez qu'autour de tout espace de liberté, il faut des frontières, parfois des murs. C'est le prix à payer. Pour que des gens puissent jouir de droits, d'insouciance et même d'amour, il faut autour quelque chose qui protège tout ça.

Tout ceci n'a rien à voir avec une obsession génétique, c'est au contraire le pragmatisme le plus simple. C'est vous, en nous pointant du doigt comme haineux des Arabes en général, comme les dingues d'une France blanche pure, qui "montez les gens les uns contre les autres". Mais ça marche de moins en moins, justement parce que le FN compte des millions de gens parmi lesquelles beaucoup d'origines juive, portugaise, polonaise, italienne, espagnole, et aussi arabo-musulmane. Je reçois moi-même des mails de remerciements et de soutien de personnes marocaines, de métis, d'une foule de gens très divers. Comment expliquez-vous cela ? Vous leur répondez quoi à eux ? Qu'ils sont des sales racistes pétainistes ?

Sans eux la France n'est rien, tous les rapports purement économiques vous le montrent
Sans eux qui ? Les gens d'origine italienne aussi ? Donc moi alors ? Arrêtez d'essayer de diviser les gens, de noyer le poisson, car c'est un requin blanc et il vous résiste maintenant. Votre discours purement économique, froid, est horrible, vous qui osez vous en prendre aux traders malfaisants, aux banquiers véreux, vous avez la même vision du monde qu'eux, glaciale et cynique. Vous utilisez des slogans, des idées que vous considérez vraies de tout temps, sans jamais prendre en compte le contexte, les repasser à l'aune du réel. Car c'est faux, actuellement l'immigration coûte beaucoup plus à la France actuelle qu'elle ne lui rapporte. Ce ne ne sont pas des politiques qui disent ça mais des spécialistes.

"Rien sans eux" ? C'est désespérant de lire encore des propos aussi radicaux, aussi imbibés d'ignorance en 2012. Cela vous fait peut-être mal au cœur mais la France n'est pas rien sans ses dernières vagues d'immigration, elle a été à la tête du monde pendant des siècles, grâce aux ancêtres des Français "de souche".

L'extrémisme n'a jamais permis à un pays d'être grand, il a simplement alimenté les haines et l'horreur
Je suis tout à fait d'accord avec cette phrase. C'est pourquoi je déplore votre frénésie. J'ai largement montré, ici comme sur le reste du blog, qui était l'extrême, le borné, la mauvaise foi, la manipulation, la non-remise en question, les gens aux "valeurs" absolues qui rejettent en bloc toute nuance à leur discours, et qui le taxent de "fasciste" à la manière de la propagande totalitaire, qui rappelle les heures les plus sombres. C'est vous qui alimentez les haines en affirmant, contre toute réalité, que "les Arabes nous dégoutent". Que pensez-vous qu'imagine une mère de famille arabe en vous lisant ? Elle se remplit de haine pour nous. Et je n'ai plus la générosité de vous laisser le bénéfice du doute, je sais que vous le faites exprès. La haine c'est vous, et ça devient de plus en plus clair, pour tout le monde.

Une fille m'a récemment dit "Votre discours est vide, on devrait vous laisser parler pour vous combattre ! Je ne comprends pas pourquoi vous n'avez que deux députés !". Et cette idiote n'en tire aucune déduction, ne surmonte pas cette contradiction, pourquoi on nous ferait taire si on n'avait rien à dire ? Aujourd'hui le pouvoir, les puissants, c'est vous. Nous sommes les hérétiques, coupables de contredire la religion majoritaire. Nous sommes les résistants, et vous êtes les collabos. C'est un constat, votre nature est celle de la collaboration. Vous suivez le sens de l'Histoire, même quand celui-ci nous guide au massacre. Vos semblables disaient "Plutôt Hitler que la guerre", si on se rappelle bien.

Ce sont vos partis politiques qui ont mené la France jusqu'ici, jusqu'à la haine, l'horreur dans les rues, jusqu'à une guerre civile larvée. Pas le FN. Vous légitimez la haine du Français de souche par tous les moyens, tous les mensonges, vous galvanisez le ressentiment de populations avec lesquelles nous avons un passé colonial, vous nous montrez du doigt en disant "Voici les responsables". Cette immigration est déjà trop massive pour lui demander de prendre le relais de nos valeurs républicaines, elle reste elle-même et c'est bien normal, mais en plus vous la poussez à la haine raciale depuis des dizaines d'années, et vous appelez ça "antiracisme". Mais c'est du racisme d'Etat, et des gens comme Desproges le disaient déjà. Votre idéologie n'est que ressentiment, haine du Blanc, pointé du doigt comme trop riche pour être honnête, trop méchant, refusant les lois de la nature, votre antiracisme n'est qu'un autre antisémitisme, il rappelle les discours racialistes des responsables du régime nazi. Vous comme eux êtes prêts à tout pour l'avènement de votre homme nouveau, prêts à tout pour ce que vous appelez "progrès de l'humanité".

Et je ne vous lâcherai pas. A chaque mensonge, chaque crachat de plus, vous aurez une réponse. On est nombreux, de plus en plus nombreux à exploser vos "arguments", toujours les deux ou trois mêmes d'ailleurs. Votre machine de guerre idéologique est en fin de course, votre terrorisme intellectuel n'a plus d'effet. Ma seule violence à moi est celle des mots. Ce ne sont pas des gens, que je démonte, mais des poncifs funestes, des vieilles idées moisies qu'on entend depuis toujours et qui méritent d'être dévoilées au grand jour.

Revenir sur chaque mot avec une rigueur scientifique, avec de la logique et non de la doctrine, c'est la tâche que je me suis donnée ici. Retourner votre vocabulaire contre vous, nauséabond, haineux, extrême, car il vous sied bien plus qu'à nous. Car moi j'ai une véritable aversion pour le véritable fanatisme, et le véritable racisme. C'est pour cela que je ne vous supporte plus. Vous mettre tout nus, vous et vos slogans, vos préjugés et vos idées reçues, voilà mon boulot.

dimanche 24 juin 2012

Parce que j'ai un fils de 13 ans....


... Pierre, je relaie ce texte de Xyr.



DIMANCHE 24 JUIN 2012

Killian et Souleymane

Killian, 13 ans, battu et étranglé par Souleymane, 16 ans, dans la cours de son collège, jusqu'à ce que mort s'en suive. Ça me rappelle ma jeunesse.

J'étais en 5ème, lui en 3ème. J'étais petit à l'époque, et lui plutôt grand. C'était pas sa première 3ème en même temps. Il s'appelait pas Souleymane, mais pas loin. Et dans la cours, un jour, sans prévenir, il m'a pris à la gorge. Il a serré sa main sur ma pomme d'Adam, comme s'il voulait l'écraser. Je commençais à m'étouffer quand un prof est passé. Il n'a rien vu, ce prof, ils ne voient jamais rien, mais mon agresseur a pris peur et m'a relâché, avant de se casser. J'ai eu très mal pendant plusieurs jours, mais j'avais oublié cette anecdote, puisque la nature est bien faite. Mais ce fait divers est venu me la rappeler.

Ils parlent d'un motif très futile, "un banal échange de regards". Tout à l'heure un sociologue passait à la télé, un type du CNRS. Il parlait de violence imprévisible, incompréhensible, sans motif apparent. Une violence qui augmenterait partout dans "la jeunesse", selon lui : campagne, centre-ville, banlieue. Une violence indifférenciée en somme, un peu comme "la jeunesse". Mais "fort heureusement", dit-il, "les morts sont rarissimes". Les profs eux "n'ont rien vu venir". Ils ne voient jamais rien.

Moi, quand j'avais 12 ans, j'ai pas compris non plus. A cette époque j'en étais au même point qu'un chercheur du CNRS. Je me disais "mais pourquoi tant de haine ?". Puis, avec le temps, j'ai tiré quelques conclusions disons... empiriques. J'ai constaté des éléments qui revenaient sans arrêt. Comme le fait que les agresseurs, dans ces histoires, ont souvent la même tête et que les agressés, aussi. Comme le fait que j'ai souvent vu des Souleymane tabasser des Killian, et jamais le contraire. Ces quelques faits qui, étrangement, attirent rarement l'attention des chercheurs du CNRS, comme des gens qui passent à la télé en général.

Tant d'autres scènes reviennent, quand j'y repense. Dans la salle de permanence de mon collège, une bande de Souleymane faisait régner "la terreur". Ils obligeaient les autres, les Killian, à lécher leur table, sous peine de menaces physiques immédiates. Je me souviens avoir refusé, moi. La fin de l'heure a sonné juste après. Les petites racailles sont parties en courant, tandis que j'ai dit aux autres "Mais pourquoi vous leur obéissez ? Dites-leur 'Non', comme moi". On m'a répondu "C'est facile pour toi de dire ça, toi tu rentres chez toi le soir, nous on va les croiser, on habite là avec eux". Il est vrai que je ne vivais pas au sein même de la cité qui entourait l'établissement, mais apparemment assez près pour avoir vu ce qu'il s'y passait, sur des années.

"Un banal échange de regards" qu'ils disent. Ces fameux "regards de travers" de la cours de récré, accompagné quelques années plus tard des "hey t'as pas une garro ?"et autres "prête ton tel faut qu'j'envoie un sms !" de la rue. "Sans raison apparente"qu'ils disent. N'empêche qu'à 12 ans, j'avais une petite gueule d'intello et un teint franchement blanc, comme Killian j'en suis sûr. "Imprévisible, violence globale" qu'ils disent, mais j'avais deviné que l'agresseur ne s'appelait pas Julien, moi, et je l'avais dit à un ami avant que le vrai prénom ne soit publié.

Je ne sais pas si un jour les Killian de France apporteront une réponse à tout ceci et je ne sais pas si, dans le cas où ils le feraient, les chercheurs du CNRS la comprendraient. Ce que je sais en revanche, c'est que si j'ai la folie d'avoir un garçon, celui-ci pratiquera au moins un sport de combat, et que si cet énième fait divers ne change rien, je l'écris quand-même car c'est une fable, cette histoire. Une fable contemporaine. Le 17ème avait "Le corbeau et le renard", nous avons "Killian et Souleymane".

jeudi 7 juin 2012

Ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas.


Je vous invite à lire en entier ce texte de xyr  très juste , et il me venait à l'esprit cette après-midi,  que oui, bien sûr, le danger aujourd'hui ne vient pas en premier des racailles qui agissent en toute impunité mais de ceux qui leurs laissent cette impunité en toute connaissance de cause et avec un réel plaisir mauvais... J'ai un exemple  : un certain Léon, qui commente sur ce blog régulièrement mais que je coupe systématiquement, ironisait dans un énième commentaire sur les soldats morts au combat (dans le post ci-dessous je faisais un rappel sur la date du 6juin 1944 et célébrais ces soldats morts pour notre liberté). Et je me disais en moi-même que si je devais avoir un jour un fils engagé et mort dans une guerre, c'est à Léon que j'irais demander des comptes, en priorité. 

Ces gens-là, par Xyr

(...)

Démonter une dizaine de leurs poncifs ils en sortiront une dizaine d'autres, démonter les nouveaux et ils ressortiront les anciens, et ainsi de suite. Ils reviendront à la charge, inlassablement, avec les mêmes slogans. Parce que tout ça n'a rien d'un débat, c'est une guerre dont les mots sont les armes. On se trompe lorsqu'on croit leur apprendre leur incohérence, ils sont au contraire parfaitement cohérents dans leur démarche globale. Il faut cesser de les considérer comme des inconscients, des idiots utiles, même s'ils font tout pour se faire passer pour tels, en utilisant le vocabulaire poussiéreux des "nauséabond", "abject" et autres "ignoble", un peu comme un vieillard dans un hospice qui ferait exprès de se chier dessus pour nuire un maximum en prétendant être incontinent. Jospin lui-même a vendu la mèche il y a quelques années, qu'on s'en souvienne :
Pendant toutes les années du Mitterandisme nous n'avons jamais été face à une menace fasciste et donc tout antifascisme n'était que du théâtre, nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d'extrême droite, un parti populiste aussi à sa façon, mais nous n'avons jamais été dans une situation de menace fasciste et même pas face à un parti fasciste.

C'est clair, mesdames et messieurs, tout ceci n'est que du théâtre. Leur négationnisme n'a rien d'un angélisme, c'est une stratégie de combat. Cyril Montana joue un rôle lorsqu'il dit que c'est "avec effroi" qu'il a pris connaissance de l'écho considérable de mon texte, et il le joue très mal. Il sait où est la véritable violence de notre temps. Il est au courant pour les agressions quotidiennes dans les bus et les RER, pour la situation dans nos cantines, piscines et hôpitaux, pour le peuple qui est en train de crever la gueule ouverte, ou plutôt fermée... il sait bien qu'il n'existe pas un quartier dans ce pays où il est risqué pour un Arabe ou un Noir de se balader, que c'est bien nous qui sommes en danger, et que nous le serons de plus en plus si nous ne nous rassemblons pas. Mais il ment, lui et ses semblables mentent pour ne pas avoir à assumer ouvertement le sang qu'ils ont sur les mains. Pour ne pas avouer que cette agonie leur plait terriblement, que ce climat leur procure un plaisir vicieux, que la destruction qu'ils encouragent les fait bander et que la haine qui s'abat sur nous les fait jouir. Et c'est bien pour cela qu'ils ne veulent surtout pas que ça s'arrête.
Nous ne sortons pas de cinq ans de sarkozysme à la sauce Hortefeux pour qu'un hâbleur de votre acabit continue de jeter de l'huile sur le feu
Il faut l'analyser cette phrase, la retourner dans tous les sens pour lui faire cracher son sens profond, son dernier corollaire : ils feront tout pour nous faire taire, parce qu'ils savent à quel point ce qu'on a à dire est vrai. Qu'on se le dise, ces gens-là sont nos ennemis mortels, bien plus que n'importe quelle racaille et que n'importe quel imam.

jeudi 24 mai 2012

Urgence


Pris chez Xyr, L'horreur du château. 

 Il s'agit au sens strict du terme d'une vraie mise en danger pour sa  vie que subit cette jeune fille. Pourvu qu'elle puisse quitter son lycée pourri  mais je ne suis pas sûre qu'elle sera vraiment en parfaite sécurité dans le privé... Ce témoignage est bouleversant. Combien sont-ils à subir cette vie? L'enfer existe, ces jeunes desouche vivent dedans. Et Taubira qui s'apprête  à fermer les tribunaux correctionnels pour jeunes!! L'impunité puissance mille pour des hordes entières dans les cités...

CF aussi ce témoignage d'une maman qui vit en ZEP, au milieu de ce texte.


Clémence, 15 ans

/* Email reçu après la publication du texte "C'est l'histoire d'un mec..." */

Bonjour.

Je me présente. Je suis Clémence, j'ai 15 ans et j'ai été élevé dans le même monde que toi, j'ai eu la même éducation, les mêmes références, la même culture et les même problèmes. Tout ça, une petite décennie après, et je me rappelle pourtant avoir défilé contre Le Pen en 2002. Je me rappelle de son visage effrayant, j'en avais pleuré, j'en avais fait des cauchemars et ses mots dans mes oreilles d'enfant bien pensante, ces mots m'ont terrorisée. Je suis née à la campagne, chez les 'fachos' comme les appellaient mes parents. Ces fachos comme on les hait, incapables de réfléchir par eux-mêmes, et pendant 3 ans, à l'école, on me voyait comme la fille de communistes, qui après l'école s'amusait à déchirer les affiches du FN sur le mur du village. J'ai eu un psy, à 5 ans, parce-que je posais trop de questions. J'ai été vive, comme toi, je n'avais pas de temps à perdre, il me fallait grandir, et vite. L'année d'après, j'ai déménagé. J'ai eu une amie malade, je faisais ses devoirs, je la défendais contre tous, et jusqu'à mes 10 ans je pensais qu'aimer tout le monde était le meilleur choix à faire pour s'assurer d'un bonheur plein, sain et omniprésent. A 11 ans, je suis rentrée en ZEP. J'étais la française, la blanche, j'ai dû devenir un mec pour me fondre dans la masse, j'écoutais du rap, j'ai pris du poids. Je devais cacher mon homosexualité, sinon c'était 'tu me suces après les cours ?' ou 'tu veux pas coucher avec moi et mon pote ?'. Aujourd'hui, je suis en seconde dans le pire lycée de Paris, quelque part dans le 19ème et rien n'a changé. J'ai seulement osé devenir plus féminine, j'avais l'espoir qu'à Paris, les gens seraient plus tolérants. Mais impossible de vivre une histoire d'amour ici, impossible, ici je suis 'sale' alors je me tais. Mon prof de SES passe toutes les heures de cours à nous parler de lui, de ses vacances, de son enfance. Les TES n'auront pas leur bac par sa faute. Ils ont voulu le faire virer, mais il a crié au racisme. Il est Sénégalais. Dans ma classe, on est 34. Je suis la seule 'française de souche'. Brune aux yeux bleus. Je pense à ma cousine, à ma sœur, qui sont blondes aux yeux bleus, je remercie la vie de pouvoir dire 'non, mais je suis arménienne'. La vérité, c'est que mon arrière-arrière-arrière grand père était arménien, mais que j'ai honte d'être française et mon prof de SES dit 'votre chance, votre richesse, c'est de ne pas être uniquement français, mais d'avoir d'autres origines'. A ses yeux je ne suis rien, je ne compte pas, je suis 'pauvre', je n'ai pas de culture. Alors je mens. Et pourtant... On m'a aussi volé des écouteurs, un jour, à la sortie des cours. J'ai voulu me défendre, d'ailleurs j'ai essayé, mais que faire, seule contre trois ? Ton article m'a énormément touchée. L'année prochaine, j'espère aller dans le privé, c'est mon seul espoir. J'ai tout écrit de travers, je suis un peu perdue (pour d'autres raisons) et mon récit n'est pas très poétique, je m'en excuse. En tout cas, merci.

samedi 12 mai 2012

Espoir

"Pour les besoins de la cause et un peu à la manière du film Goodbye, Lénine, imaginons un citoyen français sortant actuellement de coma au bout d'une trentaine d'année. Inutile de prendre les devants en le prévenant que "La France a changé" (la formule scandée par les bien-pensants intimant à leurs compatriotes de se résigner à la disparition de leur paysage familier...), transformée en profondeur par des flux migratoires.
(...)
Tout en mesurant la dégradation intervenue dans leurs conditions de vie quotidienne en rapport avec une certaine immigration, ce qu'ils vivent, observent, entendent ou voient relater même au travers du filtre "politiquement correct" suffit amplement à les exaspérer ou les désespérer."
(...)
Alors que la "vulgate immigrationniste" -cette "dernière utopie fataliste des bien-pensants [qui] tient lieu de pensée politiquement correcte sur la question des flux migratoires (Taguieff, 2007 : 559 et 561)- veut que l'immigration soit "un phénomène inéluctable et positif" et que les difficultés occasionnées soient dues au modèle français d'intégration et au "racisme" latent de beaucoup de français (de souche), les citoyens en colère ont une toute autre idée de la chose.
(...)
Rien, en effet et de manière plus générale, ne peut objectivement autoriser à qualifier de "xénophobe" cette interprétation du ratage d'une certaine immigration ou l'opinion selon laquelle "il y a a trop d'immigrés" ou encore le désir de revivre en paix et de voir préserver l'identité culturelle de sa patrie. La plupart des citoyens exaspérés ne rejettent nullement l'"Autre" en soi mais certains "autres", en raison de leurs comportements ancrés dans la violence ou d'hostilité aux règles de vie en Europe et non de leur "origine" ou "race".(...) Ils leur consentent volontiers des circonstances atténuantes en considérant que la responsabilité ultime des agissements de ces jeunes revient aux pouvoirs publics. Car cette vindicte citoyenne vise avant tout les gouvernants successifs et les bien-pensants qui les inspirent, coupables principaux de toutes les capitulations et forfaitures qui ont enrayé l'intégration et dont ils ne veulent plus entendre parler : la culture de l'excuse, la démission de l'école, la non-exécution des expulsions, le droit mécanique du sol, la confusion du multiracial ou du multiethnique avec un multiculturalisme "dur" méprisant pour la langue et l'histoire du pays d'accueil.
(Alain Laurent, "La société ouverte et ses nouveaux ennemis" éd. Les Belles lettres, p. 94 à 102)

MERCREDI 9 MAI 2012


En tant que mère de famille, ce témoignage de Xyr m’intéresse vivement et me rassure aussi beaucoup; malgré un laminage idéologique intense, xyr termine par « je suis un électeur du FN ».
Alors certes, m’est avis que le cheminement intellectuel doit se poursuivre, comme pour nous tous et sans doute aurons-nous d’autres histoires de CE mec, pour notre plus grand intérêt et bonheur et surtout ces histoires-là seront-elles celles d’individus de plus en plus nombreux. Elle est là, la vraie politique, la plus noble et lucide et réaliste et en acte, elle se joue au coeur de chaque personne (en particulier dans certains parcours « sans faute » digne d’éloges) et cette politique là je la comprends et j'y adhère.





Un électeur FN, normalement, c'est une personne âgée assez aisée, qui aimerait interdire le rock, la techno et toutes les musiques de "jeunes", qui vit dans un village paumé à la campagne et qui n'a jamais vu un Arabe de sa vie, une personne xénophobe pleine de préjugés qui regarde trop TF1. Ou bien c'est un pauvre gars inculte faisant partie de la frange la moins éduquée de la population, qui ne comprend pas le monde dans lequel il vit.

J'ai la vingtaine et quelques années, je vis avec à peine 500 euros par mois, j'écoute du métal et de l'électro en passant par du rap, j'ai passé tout mon secondaire dans une ZEP et j'ai habité dans une banlieue encore après mon bac, j'ai été élevé dans une gauche Canal plus et chez nous le bouton 1 de la télécommande est resté à l'état neuf. J'ai toujours eu d'excellentes notes au cours de ma scolarité, avec notamment un 20 sur 20 en histoire/géo pour mon bac blanc, et je suis des études supérieures en étant à quelques semaines d'un master avec mention Bien.

Moi, raciste ? Il y a une quinzaine d'années encore lorsque j'allais à un repas avec mes parents, et que j'entendais des convives dire qu'ils n'aimaient pas les Arabes et qu'ils votaient Le Pen, je sortais discrètement de la pièce pour aller dehors cracher sur leur bagnole. Moi, raciste ? Mes potes au collège s'appelaient Abdelkader et Saïd et je vomissais avec eux les "fachos". Moi, raciste ? Au lycée j'ai signalé à la direction, qui m'emmerdait pour des broutilles, que des élèves néonazis se pointaient avec "Mein Kampf" au bahut.

Moi, je ne suis pas dans le "champ républicain" ? Je vous emmerde, la gauche. Je vous ai appartenu corps et âme assez longtemps pour avoir le droit de le dire, haut et fort. Je n'ai aucune leçon à recevoir de vous. Entre les deux tours de 2002 j'avais 15 ans et j'ai défilé contre Jean-Marie Le Pen. Qu'est-ce qui selon vous m'a rapproché de lui un peu plus tard ? Les paroles de "division" de Nicolas Sarkozy ? Il n'existait pas à l'époque. C'est la réalité qui m'a fait voter FN quand tout dans mon éducation, mes valeurs, mes préjugés me destinait au contraire. Ce qui crée la "division" dans ce pays ce ne sont pas les paroles des politiques, ces dernières ne sont que le reflet des aspirations qui viennent de la base, ce qui crée la "division" c'est la présence de plusieurs peuples distincts sur un même territoire, à force d'immigration massive sur des dizaines d'années, démarche irresponsable dans le meilleur des cas, diabolique dans le pire des cas. Sarkozy n'a fait que récupérer la colère qui couvait, il ne l'a en rien créée. 

Le mot "racailles" Nicolas Sarkozy ne l'a pas inventé, il l'a repris de la bouche de cette dame qui lui parlait à la fenêtre, parce qu'elle vit là-bas, elle. Ça vient d'en bas, c'est clair, la gauche ? C'est un "jeune" qui vous parle, vous aimez tellement ce mot, un jeune qui constate que la "division" c'est vous qui l'avez provoquée, encouragée, en important ici des populations qui nous étaient hostiles, par souvenir de la guerre d'Algérie, en les rendant encore plus hostiles avec le mouvement "antiraciste", avec votre "marche des beurs", en les appelant à revendiquer leurs origines tout en nous contraignant à avoir honte des nôtres, en apprenant à tous que tout ce qui était "de souche" était nazi, colon, ignoble à tout point de vue, en nous effaçant littéralement de votre "diversité", vous avez créé ce racisme dont vous ne parlez jamais, pourtant largement majoritaire dans les faits : le racisme de ceux qui nous appellent "les faces de craies".

Moi, raciste ? Je vous emmerde, tellement profondément, vous ne pouvez même pas l'imaginer. Votre "multiculturalisme" je l'ai pris en pleine gueule. Vous m'avez fait croire qu'ils étaient français, ceux-là même qui m'insultaient de "sale Français" quand c'était pas "sale Blanc". Plus jeune je recevais des stylos blancos au visage, et les insultes qui allaient avec. Je ne comprenais même pas ce que ça voulait dire. Je continuais à me prendre la tête avec des potes qui connaissaient le terrain encore mieux que moi et qui me disaient "Ils nous emmerdent les Arabes", je leur répondais "Attendez on les a colonisés quand-même ! C'est normal !". Je me souviens de cette petite blonde aux yeux bleus, en 4ème, qui vivait dans la cité entourant notre collège. Je l'aimais bien et elle aussi, mais un jour elle m'avait avoué, les larmes aux yeux, qu'elle ne pourrait pas sortir avec moi, que ça serait trop mal vu ici d'être avec un Blanc. Trop risqué pour elle.

Plus tard j'ai vécu dans un de ces quartiers, dans une autre ville. Je n'avais pas encore de voiture ni de permis, trop cher pour moi, alors je devais rentrer chez moi en bus le soir, sur cette ligne hautement fréquentée par les racailles. Une nuit je rentrais avec ma petite amie et un pote, nous nous sommes faits encercler dans ce bus, ils étaient une bonne quinzaine, ils ont commencé à toucher les cheveux de ma copine en rigolant, elle bouillonnait autant que moi, mais que faire, ils étaient trop nombreux, comme toujours. Elle s'est retournée et a bougé leurs mains violemment, "hey mais tiens ta femme toi" m'a dit un des gars, le ton est monté d'un cran et ils se rapprochaient, le chauffeur voyait mais n'a rien fait, on a réussi à descendre à l'arrêt suivant, sous les insultes, forcément. Quand les portes se refermaient j'ai dit "Vous étonnez pas après qu'on vote Sarkozy !", avant que mon pote n'ajoute "Ou pire.", et je me souviens lui avoir dit "Oh arrête, faut pas exagérer non plus...". "Faut pas exagérer", putain, même après ça je ne voulais pas "exagérer".

Ma copine ne disait rien mais pleurait de colère. Quelques mois après, cette fois je n'étais pas avec elle, elle s'était fait arracher son Ipod à un arrêt de bus. Et deux ou trois jours plus tard, alors qu'on était en ville, on a croisé le voleur avec des potes à lui, une dizaine, ils sont passés devant nous et ma copine m'a dit "C'est lui" en le fixant d'un regard noir malgré ses yeux bleus. Et lui a dit à ses potes "Wesh les cousins c'est elle !" en pointant du doigt ma copine, et en riant. Ils sont passés devant nous en prenant soin de bien ralentir pour nous montrer comme ils étaient fiers de leur impunité, de notre impuissance. Encore une fois, que faire, à un contre dix, et avec sa copine. Elle était déjà allée voir les flics avant, qui avaient "noté" sa plainte, bien sûr. Elle a encore pleuré des larmes de rage, en disant entre deux sanglots "Mais bon Dieu c'est pas possible que ça existe ça, pourquoi ça existe", alors que je la prenais dans mes bras.

Je vous emmerde, la gauche. Grâce à vous j'ai dû passer ma jeunesse à accepter les agressions au faciès, à admettre les humiliations quotidiennes, à subir des situations qui font penser à certains récits de braves gens pendant l'occupation. Devoir gérer les rues que l'on va emprunter pour éviter leurs bandes, établir des diversions, être sur le qui-vive à chaque instant, se priver de sortir parfois, élaborer des parcours dans l'espoir de rentrer vivants, baisser les yeux et fermer la bouche, est-ce que ça parle à l'un d'entre vous ? Et encore, je ne parle ici que des agressions, des risques physiques, pas de tout le reste, du moins évident, de cette époque où il n'y a plus de place pour moi, pour nous. 

Moi, raciste ? Je vous emmerde de tout mon être. Je n'ai jamais eu de peurs irrationnelles, j'ai tout pesé et jugé sur le terrain. Je n'ai pas de préjugés, je n'ai que des post-jugés. Tout votre vocabulaire est à foutre aux ordures, toute votre artillerie lourde et votre chantage permanent n'ont plus aucun effet sur moi, comme sur des millions d'autres, c'est de la pluie sur un imperméable. Tout ce qui me définit aujourd'hui c'est la réalité qui me l'a appris. Je ne suis pas le fils d'Hitler mais celui des jeunesses antiracistes. Je suis le fils de votre matrice. Je suis le fruit de l'éducation nationale et de la FCPE, des cours d'éducation civique qui finissaient tard le soir, quand il faisait déjà nuit et qu'on n'était plus que 4 dans la classe car c'était ramadan. Je suis Libé et le Canard Enchaîné. Je suis de Caunes et Garcia, Nulle Part Ailleurs, Siné et le professeur Choron, Polac et Ardisson, CNN International et Jules-Édouard Moustic. Je suis une rédaction du brevet des collèges dans laquelle j'incendiais l'Etat autoritaire français qui selon moi avait tué Coluche. Je suis l'enfant de Desproges et Nina Hagen, de Robespierre et Ras l'Front. Je suis le rejeton de la culture. Je suis les Sex Pistols et The Clash, je suis Alliance Ethnik et NTM, j'ai appris à marcher dans le salon près de statuettes africaines, mon univers est coloré, je suis le mélange, fruit d'un Breton et d'une Italienne, je suis le hip hop celtique à la con de Manau. Je suis tout sauf la Tradition moisie, je suis le résultat des nouvelles technologies et de Katsumi, je suis aussi l'art et je joue de la guitare depuis mes cinq printemps, je suis le zapping, Karl Zero et les Guignols de l'Info, Jack Lang et Mitterrand. 

Vous m'avez fait, puis abandonné, je suis votre propre créature qui vous a échappé. Je suis l'archétype du garçon vif et intelligent, hostile d'instinct aux réactionnaires, je suis à mille lieues des conservateurs de tout bord et c'est précisément pour ça que je suis à mille lieues de vous, de vos slogans éculés et de vos poncifs périmés. Et je ne suis pas seul, il y a une autre jeunesse en France que vous ne voulez pas voir, qui ne vous intéresse pas, une jeunesse que vous n'excusez jamais, que vous n'écoutez jamais, que vous méprisez toujours, une jeunesse pleine d'énergie et de talent, d'envie et d'amour, une jeunesse qui ne brûle rien sinon de désir de changement, de vrai changement, elle est là dans la rue et dans les concerts, elle n'est pas honteuse elle veut simplement vivre, et vous ne la ferez plus taire avec vos mensonges et votre haine. Je suis le seul palestinien colonisé dont vous vous foutez. Je suis le seul type de Français qui n'a pas droit à votre "tolérance". Je suis celui qui fait s'effondrer toute votre propagande, vos réflexes usagés, comme le World Trade Center ou l'immeuble à la fin de Fight Club. C'est votre monde qui m'a fait, qui m'a conçu, je suis immunisé contre la culpabilité, vos anathèmes ne marchent plus. Je ne suis que la dernière conséquence de votre racisme contre tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un Européen. Je suis une erreur dans votre système, je suis votre électeur FN.