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jeudi 18 décembre 2014

De la lecture et de la miséricorde divine

J'ai deux petits jumeaux de 11 ans, Basile et Grégoire. Ce sont de vrais jumeaux aux tempéraments bien différents qui s'entendent fort bien et qui sont de très bons garçons. Ces derniers temps, j'ai pris l'habitude de leur lire tous les soirs un chapitre d'un livre de mon choix parce qu'ils souffrent de difficultés "orthophoniques" qui les empêchent tous deux d'apprécier la lecture comme moi-même ou mon mari l'avons appréciée au même âge. 

J'ai commencé cette nouvelle activité du soir par une série peu connue mais que j'ai moi-même adorée plus jeune, celle de Francis Finn : Tom Playfair et Percy Winn, le deuxième tome. J'ai rarement lu livres pour enfant plus drôles, fins, édifiants et bien écrits. L'histoire de quelques collégiens dans un pensionnat catholique au 19ème siècle, en Amérique. Les brimades inévitables, les collégiens au grand cœur, les parties de sport (base-ball, rugby), les parties de chasse, de pêche (à l'époque les enfants n'étaient pas protégés comme les nôtres aujourd'hui et apprenaient moult choses passionnantes), la vie spirituelle, les difficultés scolaires, les épreuves morales, physiques, la maladie, la mort, etc... Tout est décrit dans un style enlevé, souvent à mourir de rire et toujours émouvant.
Mes deux jumeaux me quémandent la suite avec impatience tous les soirs et j'arrive malheureusement au bout de ces deux joyaux.



Je vous en livre un passage, qui n'est pas forcément le plus amusant mais qui a frappé mes enfants.

 Un point sur le contexte : un jeune collégien, mauvais garçon, s'est enfui du collège en ayant volé de l'argent à un de ses camarades. Il souhaite se réfugier dans des meules de foin pour la nuit car c'est l'hiver dans la prairie et il gèle. Il tombe sur deux "vrais" voleurs qui le ficellent et le bâillonnent et le laissent à terre dans le froid pour la nuit. L'enfant se remémore dans cet instant fatal toute sa mauvaise vie...

"Des gouttes de sueur, sueur de l'agonie, gelaient sur son visage, tandis que ses péchés, les uns après les autres, revenaient à sa mémoire dans toute leur horrible nudité. A mesure que cette hideuse procession passait sans déguisement devant son esprit, il se laissait submerger par le désespoir. Trop tard maintenant! étouffés tous ses espoirs! l'enfer le réclamait. Dans son cœur, il fut sur le point de se maudire, de maudire Dieu, quand soudain, un souvenir apaisant envahit son âme.
N'était-ce pas hier seulement que le Père Middleton, au catéchisme, avait parlé avec tant de douceur et d'insistance de l'infinie miséricorde de Dieu!
La scène entière revint à la mémoire du pauvre enfant avec une vivacité qui le surprit lui-même.
Le Père avait tout d'abord dit quelques mots sur la nécessité de la contrition, puis il avait posé des questions aux élèves afin de s'assurer qu'ils avaient bien compris sa pensée.
"Harry Quip, commença-t-il, répondez-moi. Supposez, mon ami, que vous êtes un grand pêcheur : depuis que vous avez l'âge de raison, vous avez commis péché mortel sur péché mortel. Toutes vos fautes souillent encore votre âme... toutes vos confessions ont été mauvaises, et vous apprenez subitement que vous allez mourir, ici même, dans cette classe. Faut-il désespérer?
---- Non, Père, répondit Harry. Je demanderais à notre Mère Bénie de m'obtenir la grâce de faire un bon acte de contrition, et je me confesserais, m'abandonnant dans les bras de la miséricorde de Dieu.
---- Mais voici, Carmody, continua le professeur, vous n'avez jamais fait une seule bonne action, et d'un autre côté, vous avez sur la conscience tous les péchés que tous les enfants du monde ont commis. Que feriez-vous dans ce cas, si l'on vous disait qu'il faut mourir tout de suite?
---- Je me confierais dans les mérites infinis du Précieux Sang.
---- Jo¨Whyte, voici un cas plus grave : votre conscience est salie de tous les péchés dont j'ai parlé, et vous êtes seul, sans compagnons, livré à vos faibles forces, au milieu de l'océan; aucun prêtre près de vous pour vous absoudre, aucun ami pour prier pour vous.
Jo¨répondit avec une élévation suggérée sans le vouloir par les paroles mêmes de son professeur :
---- J'essaierais avec la grâce de Dieu de faire un acte de contrition parfaite : alors, je m'enfoncerais dans les vagues comme dans les bras de Dieu, Dieu est partout!
---- Voilà une belle réponse. Mais Reynolds, supposez que Dieu, en punition de tous vos péchés, vous afflige d'une hideuse maladie. Supposez alors que tous vos amis s'éloignent de vous avec horreur, que vos relations vous rejettent parmi les bêtes; supposez que vous êtes mourant de dénuement et de faim, et au moment de votre mort, vous demandez un prêtre pour entendre votre confession, mais celui-ci, épouvanté par votre état repoussant, s'enfuit au loin, criant que Dieu vous a déjà damné! Seriez-vous désespéré?
---- Non, répondit Reynolds, avec la grâce de Dieu, même dans ce cas je ne désespérerais pas.
---- Le cas est encore plus embarrassant, Daly. Pendant que, objet d'horreur, vous êtes mourant, délaissé par ce prêtre indigne, une foule de démons se précipite sur vous, hurlant que votre âme est à eux, et qu'ils viennent l'emporter. Vous livreriez-vous au désespoir?
L'enfant hésitait.
---- Je... je ne pense pas, répondit-il enfin.
---- Très bien. Mais le cas peut-être pire encore, Playfair... En résistant à cette foule de démons vous appelez à votre aide les anges de Dieu et ses saints, et ils répondent tous, d'une seule voix, qu'il est trop tard. Que faire alors?
---- Je ne les croirais pas, Père! répondit Tom : la parole de Dieu est plus pour moi que la parole des anges et des saints.
---- Mais supposez, Summers, que la Sainte Vierge elle-même vous assure qu'il est trop tard.
---- Alors..., alors, Père, j'abandonne tout.
---- Vous désespéreriez? pourquoi?
---- Parce que Marie est trop bonne Mère pour nous tromper.
---- Pas mal! mais ne pourrait-on donner une réponse différente?
Il y eu une longue pause.
---- Je ne crois pas que la Sainte Vierge puisse dire une telle chose, Père Middleton., dit Tom. Vous nous avez dit souvent qu'elle est la meilleure sauvegarde des pécheurs : elle serait la dernière des créatures à les abandonner.
---- Allons jusqu'aux extrêmes : supposons un instant, ce cas impossible, Tom. Seriez-vous désespéré?
---- Non, Père!
---- Pourquoi?
Tom ne répondait pas.
---- Pensez-vous que notre bonne Mère nous tromperait?
Tom gardait toujours le silence.
---- Seriez-vous désespéré, Percy Wynn, si Marie elle-même venait vous dire qu'il est trop tard?
---- Non, Père, elle voudrait seulement dire qu'il est trop tard si je néglige de faire un acte de contrition parfaite, car nous savons par la sainte parole de Dieu qu'aussi longtemps que nous vivons, il ne faut pas désespérer, et Il a promis la vie éternelle et la sainte grâce à tous ceux qui espèrent en Lui, et l'aiment.
---- Mes enfants, vos réponses sont belles, car elles sont vraies. Laissez-moi ajouter deux citations de ce grand écrivain catholique, le Père Faber. "Au jour du jugement, dit-il, j'aime mieux être jugé par Dieu que par ma mère".
A un autre endroit, il dit en parlant des pécheurs moribonds : " Dieu est infiniment miséricordieux pour chaque âme... Quant à ceux qui seront perdus, je crois fermement que notre Père céleste les avait regardés avec des yeux d'amour, dans l'obscurité de leur vie, et que c'est de leur volonté délibérée qu'ils n'ont pas voulu de Lui. Telle est, mes enfants, l'infinie miséricorde et l'infinie tendresse de Dieu."
(...)
Alors revint au pauvre enfant, dont les pieds et les mains étaient engourdis par le froid, la conversation qu'il avait eu un jour avec Percy Wynn. Y avait-il réellement un ange à côté de lui, son ange gardien, à lui? Un grand flot d'amour divin inonda l'âme de l'enfant, et pour la première fois, il parla à Dieu avec des accents de véritable contrition. Et tandis qu'il avouait son repentir et son amour, et remerciait Dieu qui le conduisait à la vérité par une voie si rude, il perdit connaissance."

vendredi 18 avril 2014

Nos paradis : les champs de bataille

Qu'il est bon de rendre grâce au Seigneur,
De chanter pour ton Nom, Dieu Très-Haut,
D'annoncer dès le matin ton amour,
Ta fidélité au long des nuits,
Sur la lyre à dix cordes et sur la harpe, 
Sur un murmure de cithare.
(Psaume 91)




Ce matin, réveillée un peu avant 6h, je me sens irrésistiblement appelée à me lever et à filer directement à la paroisse pour une adoration débutée après la messe du Jeudi Saint, hier soir et qui doit se prolonger jusqu'à vendredi soir. Je ne m'étais pas inscrite à cette adoration, me disant que je n'en aurais pas le courage, songeant que j'essayerai malgré tout d'y aller dans la journée si et si... Finalement réveillée impérieusement à 6h, j'obéis aux "ordres" et je file après avoir prévenu mon mari dans un murmure.
J'ai revêtu mon anorak kaki aux beaux boutons gravés de canons dorés, j'ai pris ma bétaillère qui file sur la route sans dévier, tous les feux sont au vert, j'ai toutes les places du parking pour me garer, rien ne pouvait entraver ma volonté ni celle de mon Seigneur et mon Dieu : quand nos volontés sont défaillantes, Lui se charge du reste. Quand nous nous croyons incapables mais désireux malgré tout, Lui nous montre qu'avec son aide tout est possible.

Dehors, l'air était d'une douceur incroyable, et les oiseaux chantaient. Eux fêtent leur Dieu sans cesse. Depuis l'aube jusqu'au soir. Quand nous nous défaillons, la création entière se charge d'avancer. L'univers est notre arrière garde et notre première ligne pour atteindre notre paradis.

Dans l'église, je m'incline et je prie. Je confie tous ceux que je connais et puis je lis ce passage dans Romains 1,12-21 :

"En effet, tous ceux qui ont péché sans la Loi périront aussi sans la Loi; et tous ceux qui ont péché en ayant lu la Loi seront jugés au moyen de la Loi. Car ce n'est pas en ayant écouté la Loi qu'on sera juste devant Dieu; c'est en ayant pratiqué la Loi qu'on sera justifié. Quand des païens qui n'ont pas la Loi pratiquent spontanément ce que prescrit la Loi, ils sont à eux-mêmes leur propre loi, bien qu'ils n'aient pas la Loi. Ils montrent ainsi que la façon d'agir ordonnée par la Loi est inscrite dans leur cœur, et leur conscience en témoigne, ainsi que leurs arguments pour se condamner ou s'approuver les uns les autres. (...) Mais toi qui portes le nom de Juif, qui te repose sur la Loi, qui mets ton orgueil en Dieu, toi qui connais sa volonté et qui discernes l'essentiel parce que tu t'es mis à l'école de la Loi, toi qui es convaincu d'être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, l'éducateur des ignorants, le maître des simples, et de posséder  dans la Loi l'expression même de la connaissance et de la vérité, toi donc qui instruis les autres, tu ne t'instruis pas toi-même!"

Ah Seigneur, je connais beaucoup de jeunes qui n'ont pas reçu l'enseignement de ta Loi mais qui l'ont pratiquée humblement depuis leur jeune âge et il est vrai que moi qui aie beaucoup reçu, de ton enseignement par tes prêtres, tes saints, tes religieuses, je n'ai pas beaucoup pratiqué... tout en faisant la morale à ceux qui m'entouraient.
Tu dis cependant que je serai jugée selon ta Loi : je ne connais qu'une seule règle de cette Loi, devant laquelle je m'incline et que je pratique à cœur perdu : celle de ta Miséricorde! Seigneur, malgré mon péché, pardonne-moi tous mes manquements et mon hypocrisie. Pardonne mon orgueil mal placé, et qui te reviens en tout car sans Toi oh mon Dieu je ne suis rien et ne peux rien et tu me l'as encore prouvé à l'aube de ce sixième jour, à l'aube de ce jour suprême où Tu meurs pour exterminer tout le péché qui nous tue.

Quant à ceux qui te suivent sans Te connaître, et qui souffrent, bienheureux sont-ils parce que ce jour du salut qui arrive enfin, il est pour eux, mon Dieu, il est spécialement pour eux parce qu'eux n'ont jamais rejeté ta Loi qu'ils aimaient et pratiquaient sans même ta Grâce, avec leur simple et humble volonté d'hommes purs.

Parfois, ceux qui pratiquent ta Loi, Seigneur, ne la comprennent pas bien mais la pratiquent envers et contre tout : je pense à Marie ta mère, qui gardait toutes ces choses dans son cœur même si beaucoup de choses lui échappaient, en particulier une : la douloureuse présence du Mal, partout autour d'elle et à tes côtés : le massacre des saints Innocents, la fuite en Egypte, ta crucifixion et ta mort. Comme elle dû souffrir de ne pas comprendre! et de se prendre de plein fouet tout ce Mal qui rôdait à tes alentours, elle, la pure parmi les purs! Et pourtant, sans dévier, elle a tout accepté et a pratiqué ta Loi. Qu'elle demeure pour tous ceux qui ont reçu ta Loi, un modèle de pratique et de foi.

Toutes nos vies sont des champs de bataille et Toi mon Dieu Tu es la victoire.
Le Salut nous est accordé de toute éternité, à tous, et nous l'avions manqué, ce grand secret.