vendredi 23 décembre 2022

Journal du deuxième confinement, Lundi 21 Décembre, un Noël en avance.


 Nous débutons cette période de vacances et donc de grands mouvements migratoires de nos enfants vers "le home, sweet home" par une soirée de "retraite" à... l'hôtel. Nous faisons souvent ce genre de chose avec mon mari même si notre bourse ne nous l'autorise guère. Mais voilà; pour élever des enfants, pour maintenir dans une direction sereine et sans à coups le clan familial, il faut savoir faire des retraites "stratégiques", se requinquer dans les lignes arrières et revenir au front, en forme physiquement et avec quelques objectifs clairs.

Bon, la soirée à l'hôtel avec une débauche d'alcool (champagne, bière, vins blanc et rouge) et des discussions jusqu'à trois heures du matin, ne contribue pas du tout à la remise en forme physique. Mais le moral est excellent après moult discussions passionnantes avec des personnes intelligentes. Comme toujours, nous arrivions avec notre arrogante vertu, dans l'idée de soutenir ce que notre ami hôtelier vit dans son hôtel vide depuis quelques mois, et bien évidemment son accueil admirable dans lequel il s'oublie complètement pour nous recevoir merveilleusement devient un véritable soutien et réconfort pour nous-mêmes. J'investis sa petite cuisine au sous sol magnifique avec des murs de pierre apparente et je prépare des spaghettis avec une sauce tomate "maison". Un ami apporte le produit de sa chasse, des terrines de chevreuil et de sanglier, nous débouchons le champagne, notre hôte nous régale d'un apéro superbe et d'une salade de fruits grandiose.

J'écoute dans le train du retour, l'interview de Rochedy avec David Engels, qui vient d'écrire et d'éditer un ouvrage intitulé sobrement "Que faire?". Evidemment,  tout commence par le long déroulé de la situation occidentale en déclin. Puis quelques pistes apparaissent : former des communautés physiques, intellectuelles, sociales, loin des villes, à la campagne, éduquer intellectuellement (et à la Beauté) les enfants et les jeunes dans des centres scolaires, universitaires  en dehors des structures étatiques, publiques existantes, retirer son argent des banques, etc... Nous faisons tout cela déjà avec Chuck, depuis toujours, nos enfants sont tous passés à un moment donné dans des écoles privées hors contrat, une de nos filles a suivi un cursus universitaire hors contrat pour être institutrice, nous les avons tous élevés à la campagne (avec fréquentation des centres ville pour les études et le travail). Et Chuck manifeste un intérêt tout pragmatique pour les cryptos monnaies.

Engels insiste alors sur la puissance de réaction que représente la cellule familiale. "Pourquoi faire des enfants" interroge, au nom de toute une génération de trentenaires, Rochedy. "La question est  : pourquoi ne pas faire d'enfants" rétorque finement Engelsr. Comme le disait Péguy, dans un merveilleux texte que je dois retrouver sur ce blog, le père de famille est le vrai aventurier de notre époque. Et Engels d'ajouter que, selon des projections assez proches, les vraies forces démographiques aux Etats Unis seront bientôt non pas les hispaniques ou autres mais...les Hamishs. De quoi répondre à la question initiale "Que faire?" face au déclin de l'Occident de façon très simple, et sans révolution ni apocalypse : en ayant des enfants. Voilà qui nous éloigne d'un futur bourré de luttes, de guerres, de forteresses à protéger envers et contre tous à la mode de Raspail, tout cela remplacé par de mignons poupons roses et de gentils enfants courant partout dans nos vertes contrées. C'est d'une efficacité redoutable, comme une solution mathématique qui était juste sous notre nez mais que personne n'avait vue. Engels enfonce le clou : "je ne regrette qu'une seule chose, personnellement : c'est n'avoir pas eu plus tôt, plus jeune, mes deux premiers enfants".

Rochedy revient à la charge avec la question du christianisme (vite défini comme catholicisme pour l'Occident); ce dernier, avec le pape François, ne participerait-il pas au déclin de l'Occident? Non, affirme paisiblement Engels, le catholicisme fait partie même de l'essence européenne; que l'on soit croyant ou pas, il s'agit de connaître et d'assumer cette part de notre être. Et les futurs chrétiens, ceux qui rentrent aujourd'hui dans les séminaires seront ces catholiques "dissidents", qui devront témoigner jusqu'au bout de leur foi. Ils seront donc d'authentiques chrétiens, sans doute moins nombreux, mais beaucoup plus forts que les précédents. Cette analyse, affirmée avec conviction par cet intellectuel brillant et réaliste, me réjouit pour le fiston entré cette année en propédeutique. Il fera donc partie de cette nouvelle génération de catholiques authentiques et solides.

A la fin de cette interview, je me dis que notre famille, avec tous nos enfants, participent tous, chacun à leur manière, à ce renouveau de l'Occident alors même que son déclin n'est pas encore arrivé jusqu'à son terme. En bref, nous avons rempli le cahier des charges de "Que faire". A nos grands maintenant de continuer.

https://youtu.be/89mzU19XQAA

Les enfants entament, disais-je, leur grande migration vers la maison paternelle pour les fêtes. Notre fils aîné, notre Jean Baptiste part de Lille à vélo. Il bivouaque avant hier dans les environs d'Amiens. Il suit la messe à la cathédrale d'Amiens où se trouve le "chef" de saint Jean Baptiste, relique magnifique. Son vélo casse à 10 km de la ville. Il retourne au presbytère de la cathédrale, se fait accueillir par les prêtres de la communauté saint Martin responsables de la cathédrale. Il déjeune, il se douche, bref, c'est l'accueil à la mode martinienne stricto sensu. Le Supérieur de la communauté est de passage pour voir ses prêtres. Il embarque dans la soirée JB et son vélo dans sa voiture et nous les ramène. Nous le retrouvons attablé dans notre cuisine et discutant avec nous dans une simplicité totale.

Ce retour de notre "fils prodigue récurrent", ramassé sur la route par un représentant éminent de notre Eglise, nous plonge dans un de ces moments absolument surnaturel. "Je suis peut-être un looser, me dit JB, mais c'est quand même moi qui fais venir à la table un prieur!" Nous lui décernons sans conteste la palme du meilleur cadeau de Noël. "Je suis venu pour les malades et les pécheurs" dit le Christ...

Nous prions autour de notre crèche, et dans une discrétion absolue, le Supérieur repart dans sa voiture pour regagner sa Maison. "J'ai un sac de couchage dans la voiture si je fatigue trop". Ce Voyageur du soir qui nous ramène une de nos brebis si précieuse restera dans nos cœurs et dans nos esprits à tous. Il repart pour retrouver notre autre fils, Rémi, en propédeutique.

Avec cet évènement, vous l'avez compris,  pour moi, Noël a déjà eu lieu. "Le Christ s'est [déjà] manifesté parmi nous"... Je vous souhaite à tous, surtout à ceux qui souffrent et qui sont en chemin vers Celui qui est Tout, de garder le cap et de parvenir à la crèche et d'expérimenter ce qu'est vraiment l'Amour.

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