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mercredi 20 avril 2016

Êtes-vous progressiste, conservateur ou libéral ? Par Nicomaque

Êtes-vous progressiste, conservateur ou libéral ?

41bqlmXAMmL._SX312_BO1,204,203,200_En politique, certains penchent vers ceux pour qui l’ordre doit être imposé à tout prix, ce sont les conservateurs. Certains penchent vers ceux pour qui l’égalité doit être appliquée à tout prix, ce sont les progressistes. Les libéraux se retrouvent parfois avec les conservateurs et d’autres fois avec les progressistes, mais la plupart du temps ils sont isolés et peu représentés dans le paysage politique. Et vous ? Dans quelle famille politique vous situez-vous ?
Dans un article déjà ancien (Test politique : existe-t-il un autre choix que la droite ou la gauche ?), j’avais repris et exposé le diagramme de Nolan. J’expliquais que le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche (le progressisme), ni avec le nationalisme de la droite (le conservatisme). Par ailleurs, il y a des conservateurs à gauche et des progressistes à droite. Donc l’axe gauche-droite n’est pas le plus pertinent pour penser la politique.
La thèse que je voudrais exposer cette fois est celle du sociologue et économiste américainArnold Kling, dans un petit livre intitulé The Three Languages of Politics (« Les trois langues de la politique »). Selon Kling, trois grandes familles divisent le paysage politique contemporain : les progressistes, les conservateurs et les libéraux. Or chacune de ces trois familles parle une langue différente. Chacune voit la politique selon un axe différent. Pour les progressistes, l’axe principal est l’axe opprimés/oppresseurs Pour les conservateurs, l’axe principal est civilisation/barbarie. Pour les libéraux, l’axe principal est libre choix/coercition.
PROGRESSISME
Opprimés <————————-> Oppresseurs
CONSERVATISME
Civilisation <————————-> Barbarie
LIBÉRALISME
Libre-choix <————————-> Coercition
L’auteur m’a permis de mieux comprendre pourquoi nous sommes enclins à diaboliser nos adversaires politiques. Pourquoi nos discussions politiques, même entre amis, sont aussi clivantes et finalement profondément frustrantes, voire toxiques.
En effet, en tant que libéral je suis souvent frustré dans mes discussions avec des progressistes ou des conservateurs parce qu’ils ne se soucient pas de ce qui compte pour moi (et le sentiment est réciproque.) Par exemple quand je parle avec un conservateur du mariage gay ou de l’immigration, il croit systématiquement que je ramène tout à l’économique et que je dénigre le politique. De mon côté, j’ai tendance à penser qu’il réduit le politique à l’État et qu’il dénigre la puissance du marché comme facteur de régulation et de coopération. Quand je parle d’économie avec un progressiste et que je plaide pour une réglementation du travail plus souple, il m’accuse facilement de défendre l’oppression des travailleurs tandis que je le soupçonne de haïr la liberté.
Il est tentant de penser que nos opposants sont autoritaires, fascistes, racistes, homophobes etc. Nous avons beaucoup de mal à entendre leurs arguments et nous les rejetons d’emblée comme manifestement erronés, stupides, immoraux. Nos désaccords viennent-ils d’erreurs de bonne foi  ou de la méchanceté et de la stupidité d’autrui ?
En réalité, sans nier qu’il existe de réels clivages philosophiques, nous ne parlons pas la même langue. Car la politique est habituellement une affaire de tribus et donc aussi de dialectes. La plupart du temps, la politique n’est pas pratiquée comme un effort pour changer l’esprit de nos adversaires ou de nos alliés, mais comme un moyen de renforcer notre statut au sein de la tribu. La politique récompense ce type de comportement tribal et contribue à polariser davantage les débats (voir sur ce point l’Annexe à la fin de l’article).
L’hypothèse de Kling est que nous avons l’habitude naturelle de voir le monde sur un axe unique avec une extrémité qui représente le bien et l’autre qui représente le mal. Et dès lors qu’une personne est en désaccord avec nous, elle doit se trouver à l’autre bout de l’axe, dans le camp du mal. On sait déjà fort bien que ce type de polarisation fonctionne à plein avec les religions. Le fait de se trouver dans un camp religieux (ou de rejeter toute religion), incite à penser que ceux des autres camps sont forcément stupides et incapables de raisonner correctement.
Or pour Arnold Kling, la politique fonctionne exactement de la même manière. Les camps opposés jugent le monde selon des axes perpendiculaires et parlent ainsi des langues différentes. Chaque camp voit une réalité donnée et l’interprète d’une manière cohérente pour lui mais qui semble néanmoins incompréhensible, ou sans importance pour les autres. Et nous réalisons rarement que le langage politique que nous utilisons implique une vision du monde selon un certain axe de valeurs.
C’est pourquoi quand nous pratiquons notre propre langue dans une discussion avec un partisan d’un autre camp, le dialogue ne passe plus. Pire, il tourne très vite à l’affrontement verbal et aux insultes. Chacun réagissant au désaccord en criant encore plus fort dans une langue que l’autre ne comprend pas.
Typologie des familles politiques (a)
1° Pour les progressistes, les problèmes de société sont envisagés principalement comme des rapports de domination, des formes d’oppression des faibles par les forts. Par ailleurs, ils pensent en termes de groupes. Ainsi, certains groupes de personnes sont  les opprimés, et certains groupes de personnes sont les oppresseurs. Le bien implique de s’aligner contre l’oppression et les personnages historiques qui ont amélioré le monde ont lutté contre l’oppression. Ils ont tendance à vénérer la science. Ils croient que la science peut faire avancer leur projet d’amélioration de la société et de l’homme. Ils mettent les sciences sociales à égalité avec les sciences physiques et en font un guide de l’action publique.
2° Le deuxième axe est celui des conservateurs. Chez eux le bien s’identifie au fait de défendre les valeurs et les institutions traditionnelles qui se sont accumulées au cours de l’histoire et qui ont résisté à l’épreuve du temps. Et le mal est incarné par les barbares qui tentent de s’opposer à ces valeurs et qui veulent détruire la civilisation. Les conservateurs sont très disposés à voir l’utopie comme une menace qui ne peut être arrêtée que par l’autorité politique. Ils voient la barbarie comme étant une inclination de la nature humaine d’où la nécessité de recourir aux institutions politiques pour protéger la civilisation. Alors que les progressistes sont moins préoccupés par l’utopie, car ils ont tendance à voir les humains comme intrinsèquement bons, mais simplement affaiblis par l’oppression. Du point de vue de l’axe civilisation/barbarie, il faut s’opposer à la légalisation de la marijuana, à l’avortement et au mariage homosexuel dans la mesure où l’on pense  que l’avenir de la civilisation en dépend, ou du moins qu’elle risque d’en sortir affaiblie.
3° Le troisième axe est celui des libéraux (libéraux classiques ou libertariens). La principale menace étant pour eux l’empiétement du pouvoir sur les choix individuels. Le bien consiste dans la possibilité pour les individus de faire leurs propres choix, de contracter librement entre eux et d’en assumer la responsabilité. Le mal réside dans l’initiative de la menace physique, en particulier de la part des gouvernements, contre des individus qui ne portent préjudice à personne, sinon éventuellement à eux-mêmes. Pour eux, la coercition sous quelque forme que ce soit, y compris celle des gouvernements, est plus un problème qu’une solution. Chacun a le droit de décider pour lui-même ce qui est meilleur pour lui et d’agir selon ses préférences, tant qu’il respecte le droit des autres à faire de même. Le corollaire de ce principe est le suivant : « personne n’a le droit d’engager une agression contre la personne ou propriété de quelqu’un d’autre ». L’usage de la force ne se justifie qu’en cas de légitime défense. Pour le reste, il faut s’en tenir à la persuasion.
Typologie des familles politiques (b)
1° Les progressistes croient en l’amélioration de l’espèce humaine. Ils croient en une perfectibilité quasi illimitée dans le domaine matériel et, plus important encore, dans le domaine moral et politique. En revanche, pour eux les marchés sont sujets à des échecs inéluctables. Le succès des hommes d’affaire reflète souvent la chance et peut s’avérer être la récompense injuste d’une forme d’exploitation. Mais ces défaillances peuvent et doivent être traités par les interventions du pouvoir politique : la redistribution, la fiscalité, les réglementations.
2° Les conservateurs croient dans la faiblesse humaine. En termes bibliques, l’homme est « originellement pécheur ». Ce côté sombre de la nature humaine ne sera jamais éradiqué. Mais il peut être domestiqué par les institutions sociales, notamment la famille, la religion et l’autorité politique. Supprimez ces institutions et ce qui émerge est Sa majesté des Mouches (le roman de William Golding). C’est pourquoi ils sont enclins à vénérer le passé, notamment les traditions et l’ordre établi. Les conservateurs reconnaissent aisément avec les libéraux que les marchés récompensent les vertus de prudence et de patience. Mais ils les accusent systématiquement de saper les traditions culturelles, en mettant la vulgarité à égalité avec le sublime, sans hiérarchisation morale. Ils voient dans la défense libérale du marché une promotion de la marchandisation du monde et de l’humain.
3° Les libéraux voient la nature humaine comme imparfaite, corruptible, mais éducable. Ils croient en une rationalité humaine limitée. Tant qu’ils respectent la propriété d’autrui, les individus sont les meilleurs juges de leurs intérêts et il faut les laisser libres de les poursuivre. C’est pourquoi les libéraux refusent l’idée un gouvernement qui ferait le bien à la place des gens. En revanche, ils pensent que les dysfonctionnements du pouvoir politique et les interventions excessives de la loi représentent une menace pour la paix, bien plus grande que les dysfonctionnements du marché. Le marché s’auto-régule dans le temps par le mécanisme de la concurrence, l’Etat non car il exerce un monopole. Il tend à s’accroître de façon exponentielle. Par ailleurs, les libéraux sont enclins à penser la technologie comme une force libératrice dont les effets néfastes sont largement compensés par les bénéfices estimés. Enfin ils considèrent que les marchés encouragent la coopération pacifique parce que chaque échange volontaire profite aux deux parties. Et l’ensemble de ces échanges volontaires crée une prospérité qui profite au plus grand nombre.
Les controverses politiques actuelles
D’une façon générale, les conservateurs et les progressistes se rejoignent sur un point. Ils jugent le processus politique plus efficace que le processus de marché. Par processus politique j’entends ici la capacité d’un gouvernement central à créer un ordre social à la fois juste et stable pour le plus grand nombre. Et par processus de marché, j’entends l’échange libre et volontaire comme  mode d’interaction et mécanisme de coopération. Or les conservateurs et les progressistes sont tous favorables à l’augmentation du pouvoir de l’État central et à son intrusion dans la vie privée, mais pour des raisons différentes. Pour les uns c’est au nom de la défense de la civilisation, pour les autres c’est au nom de la défense des opprimés.
Philosophiquement le libéral pourra adhérer à certains objectifs des conservateurs et des progressistes, mais empiriquement il sera en désaccord avec leurs moyens. Ainsi le libéral sera d’accord avec les progressistes pour aider les travailleurs opprimés, mais il ne pensera pas que le salaire minimum puisse atteindre cet objectif, en tout cas pas un salaire minimum uniforme et imposé partout. De même, le libéral sera d’accord avec l’idée conservatrice que la civilisation doit être défendue, mais il ne sera pas d’accord pour dire que la civilisation est menacée par le mariage homosexuel ou par l’ouverture des frontières, en tout cas pas de façon alarmiste.
Examinons quelques-uns de ces sujets :
Le mariage gay
Les conservateurs voient dans le mariage traditionnel une institution fondamentale de la civilisation occidentale qui remonte à 2500 ans. Une redéfinition radicale du mariage serait une menace pour la société civilisée. Les progressistes d’autre part, voient une majorité hétérosexuelle opprimer une minorité homosexuelle en leur refusant le mariage et donc soutiennent naturellement la réforme.
Les libéraux sont partagés sur le sujet. Certains pensent que le mariage est un droit universel et militent avec les progressistes pour l’égalité des droits. D’autres pensent que le mariage est une institution qui ne relève pas de l’État et que ce dernier n’a pas à s’impliquer juridiquement pour forcer les autres à reconnaître le mariage traditionnel ou le mariage gay. La solution ? Se débarrasser du mariage civil obligatoire une bonne fois pour toute et laisser ce rôle aux associations privées : les églises, les synagogues, les mosquées ou les organisations privées laïques. Cette solution politique pourrait s’appeler l’abolition du mariage comme fonction étatique, ou, plus précisément, la séparation du mariage et de l’État. Personnellement c’est cette solution qui m’a toujours parue la seule bonne.
La discrimination
Un boulanger qui s’oppose au mariage gay a-t-il le droit de refuser de vendre un gâteau de mariage à un couple gay ? Non pour un progressiste, bien sûr, ce serait pour lui une forme d’oppression.
Mais la réponse du libéral serait de dire que (a) le boulanger doit avoir un tel droit et que le pouvoir central ne devrait jamais forcer un commerçant à faire des affaires avec un client qu’il juge indésirable. En revanche (b), une association libre de boulangers devrait pouvoir exclure un de ses membres indésirable, par exemple un boulanger raciste ou homophobe. Enfin (c) une association de consommateurs devrait pouvoir également appeler ses membres à boycotter le boulanger raciste ou homophobe.
Une réponse libérale complémentaire consisterait à dire (a) il doit exister une concurrence suffisante sur le marché de sorte que si vous étiez victime de discrimination par x, vous pourriez facilement obtenir ce que vous désirez ailleurs. Et (b) le gouvernement ne devrait intervenir que si la discrimination est omniprésente. Le principe de subsidiarité s’appliquerait. L’État laisserait le marché résoudre le problème autant que possible et n’interviendrait qu’en dernier recours.
L’immigration
Concernant l’immigration, les progressistes voient les immigrants illégaux comme un groupe d’opprimés et les natifs blancs, hostiles aux immigrants, comme leurs oppresseurs. Pour les conservateurs le fait d’avoir de frontières bien définies, et une population bien définie, fait partie des valeurs civilisées. Ils craignent qu’en permettant l’immigration on détruise l’identité des nations et qu’on fragilise un peu plus le travail des citoyens les plus modestes.
Les libéraux, qui n’aiment par l’idée de coercition politique, sont favorables à l’ouverture des frontières. Du point de vue de l’axe liberté/coercition, une frontière ouverte donne à l’individu le choix de son gouvernement et la capacité de voter avec ses pieds. Par ailleurs la relation de travail est un accord volontaire qui profite aux deux parties, peu importe l’origine ou le lieu de naissance de l’une ou de l’autre. Mais l’immigration, comme le mariage gay, est un sujet qui divise la famille libérale. Car dans un monde fortement étatisé, l’immigration est toujours subventionnée et crée un droit fâcheux sur le travail des autres (c’est-à-dire un faux droit, une forme de spoliation). Comme l’explique le professeur Pascal Salin dans un article fort éclairant sur ce sujet, « l’émigration et l’immigration devraient être totalement libres car on ne peut pas parler de liberté individuelle si la liberté de se déplacer n’existe pas. Mais la liberté de se déplacer n’implique pas que n’importe qui a le droit d’aller où bon lui semble. Les droits de chacun trouvent en effet pour limites les droits légitimes des autres ».
C’est ainsi que le prix Nobel d’économie Gary Becker a proposé d’instaurer un marché des droits à immigrer (ou, éventuellement, des droits à acquérir une nationalité). D’autres ont proposé que l’immigration soit libre, mais que les immigrants n’aient pas le droit aux bénéfices de la protection sociale. En fin de compte, la meilleure politique d’immigration consisterait à désétatiser la société et à laisser les citoyens décider dans quelle mesure ils souhaitent établir des contrats avec des individus d’autres nationalités.
L’obésité
Pour les progressistes, le problème de l’obésité, c’est le problème des industriels qui commercialisent des sodas. Ainsi taxer les sodas correspond à la narration selon laquelle les obèses sont des opprimés et les fabricants ou les vendeurs de sodas sont les oppresseurs. Peu importe l’incidence fiscale et autres concepts économiques. Une taxe soda fait avancer le récit oppresseurs-opprimés et c’est son principal attrait.
Pour les libéraux, les taxes sur le soda n’ont aucune efficacité pour atteindre l’objectif politique déclaré de réduire l’obésité. Ils chercheront des moyens d’atteindre cet objectif sans utiliser la coercition. Par exemple en ciblant la sortie, plutôt que l’entrée. Certaines solutions sont à l’étude comme le fait d’accorder des crédits d’impôt pour les personnes obèses qui perdent du poids. Les économistes américains Richard Thaler et Cass Sunstein appellent cela un « nudge » (to nudge : au sens littéral, pousser quelqu’un du coude ; amener quelqu’un à faire quelque chose). Ils ont choisi le terme étrange de « paternalisme libertarien » (un oxymore) pour désigner cette doctrine, qu’ils définissent comme « une version relativement modérée, souple et non envahissante de paternalisme, qui n’interdit rien et ne restreint les options de personne ; une approche philosophique de la gouvernance, publique ou privée, qui vise à aider les hommes à prendre des décisions qui améliorent leur vie sans attenter à la liberté des autres ». Les nudges sont des moyens d’inciter les individus à prendre les « bonnes » décisions sans les priver de leur liberté d’action.
Plaidoyer pour une éthique du dialogue politique
Nos débats politiques sont  souvent frustrants et sans fin parce que chaque groupe s’exprime uniquement d’après son axe de valeurs privilégié. Par conséquent, chacun parle devant l’autre au lieu de dialoguer avec lui. Chaque camp émet ses arguments presque exclusivement selon ses propres termes et ne voit pas que les opinions contraires sont les manifestations d’une autre façon de penser plutôt que la preuve de la stupidité ou de la duplicité du camp adverse.
Alors, que pouvons-nous faire pour éviter de céder à nos instincts tribaux, sans renoncer pour autant à nos convictions ? La prescription de Kling est simple : résister à la tentation d’argumenter uniquement à partir de notre axe préféré et apprendre à voir les choses à partir des autres axes. Il faut prendre le point de vue le plus charitable de ceux avec qui nous sommes en désaccord et résister à la tentation de se dire : « je suis raisonnable et eux non ».
Selon moi, bien sûr, les conservateurs et les progressistes ont tort sur ces questions. Mais je pense qu’ils sont raisonnables, que leurs idées sont dignes d’intérêt et comportent une part de vérité. Compte tenu de leurs préoccupations respectives, leurs idées politiques sont parfois pertinentes et peuvent m’apprendre des choses.
C’est pourquoi je propose une sorte d’éthique de la discussion consistant à s’imposer de respecter les quatre points suivants :
  1. Essayer de ré-exprimer le plus clairement possible la position de son adversaire de telle sorte qu’il puisse dire : « Merci, je pense exactement de cette façon » ;

  2. Lister tous les points d’accord ;

  3. Mentionner tout ce qu’on peut apprendre de son adversaire ;

  4. Alors seulement s’autoriser à le réfuter ou à le critiquer.

Je voudrais finir cet article avec une citation du philosophe britannique Michael Oakeshott qui écrivait en 1939 : « L’action politique implique la vulgarité mentale, non seulement parce qu’elle implique le concours et le soutien de ceux qui sont vulgaires mentalement, mais à cause de la fausse simplification de la vie humaine implicite même dans le meilleur de ses objectifs » (The Claim of Politics). Tâchons tout de même de le faire mentir !
HaidtAnnexe 1 : Jonathan Haidt et Arnold Kling sur la psychologie des croyances politiques
À certains égards, la thèse de Kling est une adaptation au domaine politique des idées du philosophe et psychologue social Jonathan Haidt sur la morale dans The Righteous Mind: Why Good People Are Divided by Politics and Religion(2013). Selon ce dernier, les personnes sont prédisposées à envisager les questions morales selon un ou plusieurs axes éthiques :
loyauté/déloyauté, autorité/subversion, sainteté/dépravation,
fidélité/trahison, équité/tricherie etc. (Je conseille de voir cettevidéo TED d’un quart d’heure qui vaut le coup !)
Par ailleurs, Haidt explique que nous avons évolué au cours des millénaires pour développer notre statut au sein de groupes constitués. Un moyen important d’acquérir un statut au sein d’un groupe est de respecter et de défendre ses normes. Or la psychologie cognitive expérimentale nous apprend que nous sommes enclins naturellement à des processus de diabolisation et de mauvaise foi à l’égard des membres des autres tribus. Nous avons ainsi acquis une série de traits sociaux-psychologiques qui ont pour rôle de favoriser notre propre groupe et de l’aider à supplanter les autres. L’un de ces traits est la préférence pour les proches et l’autre est la diabolisation de ceux qui sont en dehors de notre groupe. Nous héritons donc de processus de pensée biaisés car conçus exclusivement pour la survie du groupe auquel nous appartenons. Haidt cite les recherches de Richard Sosis qui a constaté que les communautés religieuses avaient tendance à survivre plus longtemps que les communautés laïques. Haidt en conclut que « demander aux gens de renoncer à toutes les formes d’appartenance sacralisée et vivre dans un monde de croyances purement rationnelles, pourrait être comme demander aux gens d’abandonner la Terre et d’aller vivre dans des colonies en orbite autour de la lune ».
En effet, le sentiment d’appartenance à une tribu, c’est à dire à un groupe humain qui partage une même culture fondée essentiellement sur la langue, est un phénomène culturel universel. Il reflète en chaque homme la conscience de son identité et des devoirs liés à cette identité. Le tribalisme en tant qu’affirmation d’une identité culturelle, politique ou religieuse, n’est en rien un vice. Dans ce contexte, les langues agissent comme de puissants ancrages sociaux de notre identité.
Et au sein d’une tribu, le langage est souvent utilisé pour rassurer les autres sur notre loyauté à leur égard et pour attiser l’hostilité contre les tribus étrangères. Nous avons l’habitude de parler à l’intérieur de notre tribu, dans une langue que les adeptes de notre tribu comprennent. Ainsi toute personne qui peut parler notre langue, partage un peu nos valeurs et notre histoire culturelle. En revanche, ceux qui ne parlent pas notre langue sont toujours spontanément identifiés comme une menace pour notre propre tribu.
Annexe 2 : Facebook et la paranoïa politique, quand chacun met en avant un récit qui accuse l’autre d’un complot.
Progressistes, conservateurs et libéraux disposent chacun d’un récit dans lequel ils sont les héros et les autres sont les méchants. C’est là que le réflexe tribal devient un danger. Non seulement il conduit à diaboliser les membres des autres tribus par une rhétorique sophistique, mais il conduit également à certaines formes de délires paranoïaques.
Dans ce modèle à trois axes, la paranoïa consiste à voir son adversaire comme représentant le « mal incarné », à l’opposé de notre axe préférentiel. Par exemple, quand un libéral pense que les conservateurs et les progressistes n’ont d’autre but que d’écraser la liberté et d’augmenter la coercition, c’est un libéral paranoïaque. De même, quand un conservateur pense que les progressistes et les libéraux sont en train de démolir la civilisation et de faire advenir la barbarie, c’est un conservateur paranoïaque. Enfin, lorsqu’un progressiste pense que les conservateurs et les libéraux n’agissent que pour aider les oppresseurs à dominer les opprimés, alors c’est un progressiste paranoïaque.
Or ce type de délires prolifère sur Facebook et je m’interroge de plus en plus sur les effets pervers des réseaux sociaux. Il y a une forte impulsion à réagir immédiatement aux sujets politiques, en impliquant des émotions et des réflexes tribaux plutôt que des raisonnements posés. Le débat s’en trouve considérablement faussé et appauvri, quand il n’est pas tout simplement inexistant. Bien sûr, diaboliser nos adversaires en déformant leurs points de vue est un réflexe aussi vieux que l’humanité, mais Facebook amplifie ce phénomène à l’excès car la communication politique sur les réseaux sociaux est par définition tribale. A chacun d’en prendre conscience pour éviter de tomber dans le piège.

mardi 26 août 2014

A propos de Piketty, analyse libérale

Sur l'Institut Coppet

L’inégalité des revenus est-elle un scandale ? A propos d’un livre de Thomas Piketty. Par Damien Theillier

Soumis par  sur 26 août 2014 – 17 h 14 min| 0 views
pikettyParmi les récents livres d’économie, il en est un qui continue de faire parler de lui, c’est Le Capital au XXIe siècle, de Thomas Piketty. Acclamé comme un best-seller mondial, depuis sa parution en anglais aux États-Unis, le livre repose sur l’idée que dans notre système capitaliste, les riches deviennent de plus en plus riches et concentrent dans leurs mains tout le capital. Autrement dit, d’une certaine façon la prédiction de Marx serait en train de se réaliser. « Aujourd’hui comme hier, écrit l’auteur, les inégalités patrimoniales sont à titre principal des inégalités à l’intérieur de chaque groupe d’âge, et nous verrons que l’héritage n’est pas loin de retrouver en ce début de XXIe siècle l’importance qu’il avait à l’époque du Père Goriot. »
Beaucoup de spécialistes disent que les calculs de Piketty en matière de capital, de rendement du capital et d’inégalités seraient minutieux et soignés. Bien que ces calculs reposent sur des définitions contestables, induisant un parti pris arbitraire, nous ne discuterons pas ici de la partie empirique du livre.
Les objections que nous voudrions faire sont plutôt d’ordre philosophique.
Thomas Piketty prend pour acquis des idées qui ne vont pas de soi. Ainsi, selon lui, la bonne réponse politique à ces inégalités serait de légiférer pour redistribuer les revenus de manière plus égalitaire. Il propose ainsi une super-taxation mondiale sur le capital. Mais cette stratégie n’est-elle pas au contraire une trappe qui enferme les gens dans la dépendance et l’assistance ? Ceux qui sont dans les tranches de revenu inférieures n’ont-ils pas surtout besoin de pouvoir entrer sur le marché pour devenir concurrentiels à leur tour ? La véritable solution au problème des inégalités n’est-elle pas dès lors de créer davantage d’opportunités pour tout le monde et d’aider ainsi les pauvres à échapper à leur sort ?
De même, l’inégalité des revenus est-elle nécessairement un problème moral ? Bien sûr l’inégalité peut refléter une situation d’exploitation fondée sur le vol et l’abus de pouvoir. Dans ce cas, elle est intrinsèquement injuste et elle doit être combattue. Cependant, l’inégalité des revenus peut aussi être un résultat naturel du bon fonctionnement de l’économie, quand l’échange volontaire est protégé par le droit. Elle peut être le signe d’une société dynamique, ouverte, qui donne droit à la différence, au changement, à l’innovation. Une société qui permet de nombreuses opportunités de mobilité sociale, notamment pour les pauvres. En d’autres termes, doit-on mettre la priorité sur l’égalité ou sur la mobilité ?
Enfin, Thomas Piketty annonce dans son livre le retour des grandes fortunes héréditaires, comme au XIXe siècle, et dénonce le mythe selon lequel les milliardaires gagneraient par eux-mêmes leurs fortunes. À supposer que cette critique soit juste, les politiques ne sont-ils pas des héritiers eux aussi ? Et la question ne méritait-elle pas d’être posée également ? Dès le XIXe siècle, des penseurs libéraux comme Charles Comte ou Charles Dunoyer et Bastiat à leur suite, ont montré que l’État était au centre d’une lutte pour l’acquisition de places, de rentes de situation financées par le contribuable. Quand la démocratie est devenue un système dans lequel les candidats achètent des voix au moyen de promesses de biens publics, de protection et de subventions, le jeu économique est nécessairement faussé. Il profit aux groupes les plus puissants et les mieux organisés, avec la complicité des autorités.
La vraie question : la mobilité des revenus
Il est sans doute vrai que dans une économie mondialisée comme la nôtre aujourd’hui, on observe des niveaux plus élevés d’inégalités. Cependant la vraie question est de savoir si les gens qui vivent au bas de l’échelle ont la possibilité d’utiliser leur créativité et leurs compétences pour évoluer. C’est la question de la mobilité des revenus, qu’on appelle mobilité verticale, de bas en haut. Si presque tous les niveaux de revenus sont en constante augmentation, cela signifie que vous n’êtes pas nécessairement destinés à rester pauvre (ou riche).
Or, d’après un certain nombre de critiques du livre de Piketty, il y a bien plus de mobilité verticale aujourd’hui que ce dernier ne l’admet. Peu de gens demeurent dans une tranche de revenu toute leur vie. C’est le cas notamment des plus riches, des fameux 1%.
Dans un article intitulé Les héritiers, le chroniqueur de Causeur Georges Kaplan a proposé une analyse de la destinées des dix hommes les plus riches du monde en 1987 et des origines des dix hommes (et femmes) les plus riches d’aujourd’hui. Que s’est-il passé depuis 1987 sur la planète des hommes les plus riches du monde ? Les lauréats du classement de l’époque vivent encore sans doute très confortablement mais, à l’exception des familles Walton, Rausing et Thomson et ce, sans même tenir compte de la division des héritages, tous se sont appauvris. Alors les milliardaires d’aujourd’hui sont-ils les enfants de ceux d’hier ? La réponse est non. Il ressort au contraire que parmi les dix personnes les plus riches du monde, selon le classement de Forbes, Larry Page, Sergey Brin, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg — pour ne citer que les noms les plus connus — ne sont en rien ce qu’on appelle des héritiers.
Historiquement, l’inégalité des revenus a été pendant longtemps un effet de la prédation des riches qui volaient les pauvres. Elle a donc été l’indice d’une absence d’échanges volontaires et d’une absence de marché libre.
Avant 1500, la vie était une lutte pour la survie. L’inégalité des revenus était le résultat du vol et de la corruption politique. Ceux qui étaient riches étaient souvent des leaders politiques qui vivaient sur ​​le dos de la population. Ils avaient acquis leurs richesses par la guerre, la confiscation et l’oppression fiscale.
Ce qui a changé ce n’est pas que les hommes seraient devenus moins mauvais. C’est l’avènement de nouvelles institutions. À partir du Moyen-âge et tout au long de la Renaissance, l’Occident a mis en place des institutions qui protègent les droits de propriété et qui favorisent le profit par le biais de services rendus aux autres, plutôt que par la spoliation et la guerre.
L’avènement de l’économie moderne de marché a permis le passage de la survie à la prospérité des masses. C’est ce changement institutionnel qui a rendu possible la création de richesses à grande échelle et la prospérité pour toutes les tranches de revenus. Mais cette transition est nouvelle dans l’histoire humaine. Elle est devenue effective en Occident depuis à peine deux cents ans. Il est donc important de comprendre la façon dont les richesses sont générées ou acquises : par la création de valeur et l’échange volontaire ou par la spoliation et la redistribution politique (donc forcée). Qu’en est-il aujourd’hui ?
Une entrave à la mobilité : le capitalisme de copinage
Si au cours de l’histoire, une grande partie de l’humanité a pu accéder à des niveaux de revenus plus élevés, alors l’inégalité des revenus n’est pas la variable sur laquelle il faut se concentrer. Un objectif plus réaliste serait de trouver la façon dont nous pouvons aider ceux qui restent piégés dans la pauvreté, sans possibilité d’évolution. Il faut comprendre ce qui fait obstacle à leur mobilité afin de leur donner une chance de réussir à leur tour.
Or l’une des réalités de notre époque est que nous vivons dans un « capitalisme de copinage » qui empêche les plus faibles d’entrer sur le marché pour se renforcer et faire concurrence aux puissants.
En effet, les entreprises privées de la plupart des pays du monde en développement ne sont pas vraiment capitalistes. Elles existent en grande partie sur la base de protections du gouvernement c’est-à-dire de privilèges octroyés par la loi : droits de douane, soutien aux prix, réglementations en tout genre. En effet, les sociétés bien connectées au réseau politique peuvent se permettre d’embaucher des lobbyistes et des avocats coûteux. Elles passent beaucoup de temps à étudier les lois et les réglementations, soit pour les contourner, soit pour les modifier en leur faveur. Toute nouvelle entreprise pourrait leur retirer leurs clients. Elles cherchent donc à se protéger légalement contre la concurrence. Leur stratégie économique est d’essayer d’exclure ou marginaliser leurs concurrents non en améliorant leur production en quantité ou en qualité, mais par des connexions politiques.
Ceci nuit aux pauvres de plusieurs manières. Quand les grosses entreprises font du capitalisme de copinage et payent fort cher des lobbyistes professionnels pour s’attirer des faveurs politiques, les petites entreprises au faible capital sont exclues du marché. La libre concurrence est entravée, le marché se contracte. Il en résulte une baisse de l’innovation, une baisse de la qualité des produits, et une hausse des prix.
Si la mobilité ascendante a régressé au XXe siècle, c’est parce que des lois ont été votées pour attribuer des licences qui limitent l’accès à une profession. Cela empêche bien souvent les gens de démarrer une nouvelle entreprise. Aujourd’hui, vous avez besoin d’une licence pour être chauffeur de taxi, fleuriste, ou coiffeur. Cédant à certains groupes de pression, l’État exige des licences pour tout, interdisant l’entrée de nouveaux concurrents sur le marché. Quand on supprime la réglementation, on crée des opportunités pour les plus faibles de sortir de leur situation précaire et de concurrencer les autres.
Conclusion
Faut-il se soucier que certains soient immensément plus riches si dans le même temps, d’autres peuvent sortir plus facilement de la pauvreté ? En fait les inégalités ne sont pas un problème en soi. Tout dépend de la façon dont elles sont produites historiquement et ce qu’elles traduisent. Elles sont dangereuses lorsqu’elles permettent à des gens d’augmenter leurs revenus par des faveurs politiques. L’enrichissement des riches se fait alors au détriment des pauvres. Au contraire, l’inégalité des revenus qui résulte du commerce et de l’innovation sur un marché libre n’est pas en soi immorale et fonctionne dans le sens opposé : les riches s’enrichissent parce qu’ils servent les moins riches, et il n’y a jamais de garantie qu’ils resteront riches, tandis que les moins riches peuvent devenir plus riches à leur tour.
Au bout du compte, on peut s’attaquer aux inégalités de deux façons : par le haut, en luttant contre les riches ou par le bas, en ouvrant le marché à tous. Seule une économie de marché libre permettrait de réaliser la seconde option. La vraie question à se poser n’est donc pas celle des inégalités. Ce qui compte vraiment c’est de savoir si les plus pauvres d’entre nous ont une chance légitime d’améliorer leur condition et d’échapper à la pauvreté. De ce point de vue, le capitalisme de copinage est un frein à la mobilité. Et on peut comprendre pourquoi la classe politique apprécie Piketty. Il justifie sa conviction que l’État est la solution à la pauvreté alors qu’en réalité il est peut-être la principale cause de la pauvreté durable.

mardi 7 janvier 2014

En 2014, la France sera-t-elle le pays de La Grève ?

En 2014, la France sera-t-elle le pays de La Grève ?

Demandez-vous : que se passera-t-il en 2014 si nos entrepreneurs disparaissent, si leur génie créateur n’alimente plus l’économie ? La réponse réside dans La Grève.
Dans ce roman prophétique, (Atlas Shrugged, 1957, La Grève en français, traduit par Sophie Bastide-Foltz aux éditions Les Belles Lettres en 2011) Ayn Rand montre le prix à payer, par l’individu et par la société, lorsque la réussite individuelle dans la société est discréditée, punie et diabolisée. Après une crise majeure, la société menace de s’effondrer. Mais le plus grave c’est moins la situation économique que la folie collectiviste qui s’empare des politiciens.
À force de nouvelles lois sur l’égalisation, d’interdictions de posséder plus d’une entreprise, de taxes punitives, les « hommes d’esprit » (penseurs, industriels, scientifiques, artistes et autres innovateurs) se mettent « en grève » et refusent de contribuer à un monde qui leur impose une culpabilité imméritée.
John Galt, le héros du roman, est un ingénieur qui a décidé de faire sécession en quelque sorte et de disparaître. À la radio, il lance un appel à résister à l’oppression : les victimes doivent rejeter l’éthique collectiviste qui les condamne. « Nous sommes en grève contre l’auto-immolation. Nous sommes en grève contre le credo de récompenses non acquises et les devoirs sans récompense. Nous sommes en grève contre le dogme selon lequel la poursuite de son bonheur est mauvais. Nous sommes en grève contre la doctrine que la vie est la culpabilité. » Les révolutions sont souvent sanglantes. Mais la révolution imaginée par Ayn Rand dans son roman est différente : c’est la grève des hommes de l’esprit contre une société qui pratique le pillage sous couvert d’altruisme et de philanthropie. Son héros n’est pas un chef de guerre mais un ingénieur. C’est une adaptation contemporaine du droit de résistance, tel qu’il a été défini par la scolastique médiévale, par John Locke au XVIIe siècle, puis par la Déclaration des droits de l’homme de 1789.
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Dagny Taggart est un personnage central de La Grève. Elle est vice-présidente en charge des opérations de la Taggart Transcontinental, une société de chemin de fer familiale. En raison de l’incompétence de son frère James Taggart, occupé à obtenir des privilèges du bureaucrate corrompu Wesley Mouch à Washington DC, c’est elle qui assume seule la responsabilité de l’entreprise.
Elle est un exemple rare d’une vie vécue par ses propres moyens et pour ses propres valeurs. En tant qu’ingénieur et femme d’affaire, elle fait preuve d’un savoir-faire exceptionnel. Dagny comprend le pouvoir de la responsabilité personnelle et du choix. Ses actions illustrent la logique propre au libre marché. Elle est aussi confrontée à la vive opposition des bureaucrates et syndicalistes qui tentent de s’emparer du contrôle de sa société. Elle est continuellement harcelée, taxée, ou réglementée – et cela au nom de l’intérêt public – jusqu’à la faillite.
Francisco d’Anconia est un ami de John Galt. C’est un provocateur doué d’une ironie corrosive. Sa manière à lui de faire la grève, c’est de ruiner par tous les moyens le système collectiviste et de ridiculiser les bureaucrates arrogants et prétentieux. Il se rapproche de Dagny Taggart pour l’aider à résister :
« Nos ennemis ont empoché l’argent qu’ils ne méritaient pas, mais aussi les honneurs que nous méritions et que nous n’avons pas reçus. Notre faute est là. Nous avons aidé l’humanité à survivre, mais nous avons laissé les hommes nous mépriser. Nous avons encensé ceux qui voulaient notre perte. Nous les avons laissé vouer un culte à l’incompétence, à la violence, aux exploiteurs, aux parasites. En acceptant d’être punis, non pour les fautes que nous aurions pu commettre, mais pour nos qualités, nous avons trahi nos valeurs et accrédité les leurs. Dagny, leur morale est celle des preneurs d’otages. Notre amour de la vertu est pris en otage.
Ils savent que tu es capable de tout supporter pour travailler et produire. Parce que tu sais que se réaliser est l’idéal le plus élevé qui soit ; parce que l’homme ne peut pas vivre sans cela, et que cet amour de la vertu n’est autre que l’amour de la vie. Ils savent que tu accepteras de porter n’importe quel fardeau pour servir ton idéal. Dagny, tes ennemis se servent de tes capacités, de ta générosité, de ta résistance, pour te détruire. Ils n’ont qu’une seule prise sur toi : ton inégalable droiture. Ils le savent. Pas toi ! Ils ne craignent qu’une chose : que tu t’en rendes compte. Tu dois comprendre comment ils fonctionnent. Tu ne t’en libéreras qu’en ayant compris. Mais quand tu auras compris, ta colère sera si violente que tu préféreras faire sauter tous les rails du réseau plutôt que de laisser la Taggart entre leurs mains. » (Ayn Rand, La Grève, traduction Sophie Bastide-Foltz, Les Belles Lettres, p. 623-624)

Pour Rearden, l’innovation seule peut empêcher la société de sombrer dans le chaos. Mais il est haï par tous les parasites qui veulent lui faire payer sa réussite, en particulier les politiciens. Pourtant, Hank Rearden est un industriel qui améliore la qualité de la vie de tous et mérite sa récompense. Francisco d’Anconia s’adresse également à Hank Rearden en ces termes :
« Vous qui ne vous laissez pas impressionner par les forces de la nature, vous n’avez de cesse, au contraire, de la conquérir, pour la mettre au service de votre bonheur et de votre confort, jusqu’où vous faites-vous exploiter par les hommes ? Vous qui savez, par votre travail, que seul celui qui accumule les échecs mérite une sanction, pourquoi endurer tout cela ? Pourquoi ? Ce ne sont pas vos défauts, mais vos plus grandes qualités qui vous valent d’être attaqué. Ce ne sont pas vos échecs qui vous valent d’être détesté, mais vos succès.
On vous méprise pour ces qualités qui sont les vôtres et dont vous tirez la plus grande fierté. On vous a traité d’égoïste parce que vous avez le courage d’agir selon votre jugement et d’en accepter toute la responsabilité. On vous a accusé d’arrogance en raison de votre indépendance d’esprit. On vous a taxé de cruauté parce que vous avez témoigné d’une totale intégrité. On vous a qualifié votre conduite d’antisociale parce que vous regardiez loin devant vous et que vous vous aventuriez sur des routes inconnues. On vous dit sans pitié à cause de l’énergie et de la discipline personnelle dont vous avez fait preuve pour atteindre votre objectif. On vous a traité de requin parce que vous avez la merveilleuse faculté de créer des richesses. V
ous qui avez toujours déployé une incroyable énergie, on vous a traité de parasite. Vous qui avez créé l’abondance, là où, auparavant, il n’y avait rien que déserts et famine, on vous a traité de voleur. Vous qui avez procuré à tant d’individus de quoi subsister, on vous a traité d’exploiteur. Vous, l’être le plus droit, le plus pur, vous avez été méprisé comme un “vulgaire matérialiste”. Leur avez-vous demandé : de quel droit ? En vertu de quelles règles, de quels critères ? Non, vous avez tout enduré en silence. Vous avez subi leurs lois sans même essayer de défendre vos principes. Vous aviez ce qu’il fallait de droiture pour produire le moindre clou, mais vous les avez laissés vous taxer d’immoral.» (Aynd Rand, La Grève, Les Belles Lettres, p. 460-461)
Le roman, écrit avec un génie littéraire unique, a suscité l’inspiration et la controverse depuis sa publication en 1957. Quelle est sa pertinence pour nous aujourd’hui ? Après la révolte des « pigeons », celle des bonnets rouges et l’exil des cerveaux, la France n’est-elle pas en train de devenir le pays de La Grève ? Il y a un an, Depardieu déclarait : « Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés. ». En 2014, la réalité peut-elle rejoindre la fiction ? Voulons-nous vivre dans le monde de La Grève ?
À lire : Alain Laurent, Ayn Rand ou la passion de l’égoïsme rationnel, Les Belles Lettres, 240 p, 24 €.
Sur Nicomaque :

samedi 13 avril 2013

Que faire après le mariage pour tous?


XP : "Le vrai clivage n'est pas entre ceux qui réclament une politique socialiste et les autres une politique libérale. Il est entre ceux qui réclament une politique et ceux qui ne réclament rien."



J'ai participé aux Manifs pour tous anti dénaturation du mariage civil; j'ai signé la pétition pour le CESE; je l'ai fait signer autour de moi, je salue la travail d'information remarquable d'Alliance Vita. Je participerai jusqu'au bout à toutes les actions et manifestations contre la loi dénaturant le mariage.

Pour autant, je suis gênée aux entournures par tout ce foin autour du mariage pour tous : d'abord, parce que la loi, au cas ou quelqu'un aurait loupé un épisode, est passée : désormais, se marier concerne deux personnes du même sexe, comme deux personnes de sexe opposé. La notion classique de mariage est clairement dénaturée dans notre loi française.

Les députés anti mariage pour tous se sont battus dix jours dans l’hémicycle en vain et sachant que c'était en vain. Ils pourront bientôt sortir quelques entretiens intitulés : "Mes dix jours contre Taubira" ou bien : "Moi tout seul contre le mariage pour tous"; ils raconteront leurs heures de lutte et leurs nuits glorieuses... Ils expliqueront qu'ils ont perdu une bataille mais pas la Guerre. Enfin bon. Si, la Guerre, mais peut-être pas d'autres batailles.
Notons au passage qu'ils sont payés pour se battre ainsi et qu'on aimerait que ce ne soit pas que dix jours par an qu'ils décident de s'activer pour de bonnes causes mais passons.

Car il s'agit maintenant de sauver la filiation et l'adoption des enfants en refusant que l'Etat ne s'engage en faveur de la Procréation médicalement assistée et la Gestation pour Autrui.

Il y a de bonnes chances en fait que le gouvernement recule devant ces dernières et pour une raison très simple : les deux se pratiquent de façon très satisfaisante à l'étranger et Taubira a fait judicieusement passer dans la pagaille générale une petite loi facilitant l'intégration, par la France, des enfants nés ainsi à l'étranger. Tout va pour le mieux pour le couple se mettant dans une -fausse et hypocrite- illégalité pour obtenir un enfant.

Si donc le gouvernement recule (ce qu'il a plus ou moins prévu au grès de l'opposition qu'il rencontrera en face), les opposants au mariage pour tous crieront victoire devant la reculade du gouvernement face à la PMA et la GPA; ils expliqueront qu'un grand mouvement solidaire est né en France, que les français ont montré leur opposition, leur révolte pour ces lois iniques (qui sont passées) et que ben oui tout cela est très grave et qu'on a limité les dégâts et le pire ouf bon.

Les catholiques après toutes ces manifs, cette agitation se mêleront au concert de congratulations générales. Il y a aura des hourras et des prières d'action de grâce dans les églises.

Peut-être quelques regrets car la loi est passée, mais discrètement émis.

Et puis plus rien. Voilà. Tout le monde retournera à ses occupations et à sa vie, tout le monde se rendormira dans une bonne conscience du devoir accompli. La loi sera passée, les couples homos pourront fabriquer leurs mouflets comme ils le voudront, il y aura une joyeuse pagaille dans les filiations futures, le mariage civil ne correspondra plus à rien. Evidemment, les maires qui seront opposés à marier les homosexuels auront quelques soucis, l'Eglise aussi à plus ou moins long terme, qui sera traitée d'homophobe, puisqu'elle refusera de marier ou même de bénir ces couples (enfin du moins il faut l'espérer).

Je pense que les chrétiens, et l'Eglise catholique à leurs côtés, devront en fait se réveiller et se dresser à ce moment-là et appliquer ce qui est écrit ici :

"Concrètement, les chrétiens et les juifs, qui sont à peu près les seuls à dénoncer la supercherie3, devraient considérer le « mariage pour tous » comme une rupture unilatérale de contrat entre les églises et l’État et annoncer qu’elles ne seront plus tenues de respecter leurs engagements. En effet, l’État interdit aux églises de marier leurs fidèles avant qu’ils soient passés devant le maire pour le mariage civil. Cet interdit était respecté par les églises sur la base d’un compromis avec l’État autour de la définition traditionnelle du mariage. A partir du moment où l’État redéfinit le mariage pour l’appliquer aux LGBT, le contrat est rompu. Dès lors, les églises devraient de facto se sentir déliées de toute obligation légale et boycotter le mariage civil c’est-à-dire revendiquer leur droit de marier qui elles veulent et quand elles veulent, sans autorisation."

Quand l'Etat devient notre principal ennemi et s'introduit jusque dans nos vies intimes, jusque dans nos lits et dans l'appropriation de nos enfants, nos patrimoines, nos droits les plus élémentaires, je crois qu'il est temps de prendre la mesure de cet Ennemi et de lui refuser la moindre alternative dans laquelle il s'engouffre systématiquement. Jusqu'où le laisserons-nous aller? Il est déjà en train d'obtenir droit de vie et de mort sur nos personnes âgées comme il a obtenu droit de vie et de mort sur nos tout-petits.

"Tout comme l’État n’a pas compétence pour redéfinir nos droits en tant qu’individus, il n’a pas le pouvoir de redéfinir le mariage, a fortiori dans le seul but de satisfaire aux exigences d’un groupe d’intérêt."

Tout commencera en fait, une fois que tout sera terminé.Il est temps de comprendre à quel point trop d'Etat tue nos libertés individuelles. Faire appel aux bonnes volontés politiques aide justement à participer à son expansion déplorable et maléfique. Le mieux est de s'en défaire dans tous les domaines possibles -et Dieu sait qu'il y a des sujets où l'Etat n'est absolument pas utile ou compétent et où il s'est arrogé un pouvoir absolu.










samedi 16 mars 2013

Le 24 mars, Manifestation pour nos libertés individuelles












Retour de Bretagne, parenthèse magique et ensoleillée, jours de paix tranquille, avant de participer à la manifestation du 24 qui dépasse largement le cadre de la loi mariage gay : je la considère pour ma part plus comme une manif pour la sauvegarde de nos libertés individuelles bafouées.





samedi 2 mars 2013

Dépasser la démocratie

Extraits d'un petit livre capital  : "Dépasser la démocratie" par Frank Karsten et Karel Beckman, à commander ici.

Visiter le site : Dépasser la démocratie
(Mais bientôt sur l'Institut Coppet)




Citation d'H16 pour introduire le sujet : "À CHAQUE FOIS QUE L’ÉTAT FOURRE SON NEZ ET CRÉE DES CRIMES SANS VICTIMES, À CHAQUE FOIS QUE L’ÉTAT DÉCIDE DE CE QUI EST BON POUR CERTAINS EN LIEU ET PLACE D’EUX-MÊMES OU DES RESPONSABLES, À CHAQUE FOIS CELA SE TERMINE DE FAÇON CATASTROPHIQUE. À CHAQUE FOIS. À chaque putain de fucking fois."



"En réalité, dans son essence, la démocratie est une idéologie totalitaire, bien qu'elle ne soit pas aussi extrême que le nazisme, le fascisme ou le communisme. Par principe  aucune liberté n'est sacrée dans une démocratie, et chaque aspect de la vie de l'individu peut potentiellement être l'objet d'un contrôle étatique. Finalement, la minorité est complètement à la merci des souhaits de la majorité. Même si la démocratie possède une constitution limitant les pouvoirs de l'Etat, cette constitution peut être elle aussi amendée par la majorité. Le seul droit fondamental que vous ayez dans une démocratie, en plus du droit de vous présenter aux élections, est le droit de voter pour tel ou tel parti politique. Avec ce seul vote vous transmettez votre indépendance et votre liberté à la volonté de la majorité.
La véritable liberté est le droit de choisir de ne pas participer au système et ne pas avoir à payer pour le financer. En tant que consommateur, vous n'êtes pas libres si vous êtes obligé de choisir entre différents postes de télévisions, et peu importe s'il existe beaucoup de marques ou non. Vous n'êtes libres qu'à partir du moment où vous pouvez également choisir de ne pas acheter un poste de télévision. Dans une démocratie vous êtes obligé d'acheter ce que la majorité choisit -que cela vous plaise ou non.

(...)

Un marché de la gouvernance
(...)
Il y a en effet peu de choix et peu de concurrence sur le marché de la gouvernance. Les gens estiment qu'il est important que les entreprises se fassent concurrence. Ils souhaitent un marché libre et flexible pour les voitures, les vêtements et les assurances, avec de nombreux fournisseurs différents. Alors pourquoi pas un marché pour la gouvernance, où les gouvernements sont en concurrence, et où les citoyens peuvent facilement se déplacer vers une autre zone étatique pour vivre et travailler? Aujourd'hui, les gens peuvent se déménager dans une autre ville, mais puisque la plupart des impôts et des lois proviennent du gouvernement fédéral, cela ne change rien. Pour obtenir un autre type de gouvernance, les gens sont obligés d'émigrer, ce qui est un énorme obstacle.
(...)
En matière de gouvernance, la concurrence fait défaut. Comme les vrais monopoles, les hommes politiques ne veulent pas de concurrence en matière de gouvernance. Ils préfèrent que toutes les questions soient décidées collectivement au niveau central. "L'immigration illégale ne peut être résolue que dans un contexte européen", diront-ils. Ou encore : "La crise de la dette ne peut être combattue qu'au niveau international." Ou encore : "Le terrorisme ne peut être combattu que par une agence centrale puissante." Cependant, il y a beaucoup de petits pays dans le monde qui ne font pas partie des "blocs" et qui n'ont pas souffert de crises économiques ou de terrorisme. De même, nous sommes censés croire que l'éducation, la santé, la finance, l'assurance sociale, et ainsi de suite, doivent être coordonnées et réglementées au moins au niveau national. mais il n'y a aucune raison pour qu'il en soit ainsi.
La décentralisation serait bénéfique pour de nombreux groupes de la société. Avec l'autonomie locale, les penseurs progressistes peuvent apporter leurs idées progressistes dans la pratique et la pensée conservatrice peut faire de même avec ses valeurs, sans forcer les autres à s'adapter à son mode de vie. Les personnes qui souhaitent démarrer une communauté éco-hippie peuvent vivre selon leurs rêves. A leurs propres frais, bien sûr. Une communauté religieuse qui veut garder ses magasins fermés le dimanche peut le faire. Le principe du "une taille unique" est inutile et indésirable. La décentralisation, contrairement à la démocratie nationale, est un système de "vivre et laisser vivre". Alors laissons fleurir un millier de nations.

La diversité dans la gouvernance implique que les gens peuvent décider plus facilement sous quel système ils souhaitent vivre. Ils peuvent aller dans une autre municipalité ou une autre région s'ils désirent un mode de gouvernement différent. Une telle concurrence veille à ce que les dirigeants soient tenus responsables, ce qui n'est guère le cas quand l'influence d'un citoyen est limitée à des élections tous les quatre ans. Même si seulement quelques citoyens déménagent vers une autre zone géographique, les dirigeants seront fortement incités à améliorer leurs politiques.

Si tout n'est pas déterminé au niveau central, les régions peuvent tout de même choisir une direction qui convient à leurs particularités et à leurs préférences. Par exemple, une zone particulière peut choisir de réduire considérablement les impôts et la réglementation afin de stimuler l'activité économique. L'historien américain Thomas E. Woods souligne que la liberté politique s'est développée en Europe occidentale précisément en raison de la fragmentation et de la différenciation qui, historiquement, y régnait. La multitude de petits territoires a permis aux gens de fuir les lieux où régnait l'oppression en destination des lieux plus libres. Les dirigeants tyranniques se trouvent donc contraints de laisser plus de liberté."

vendredi 23 novembre 2012

Les premiers des Mohicans.


*"Je commence à comprendre, pour Jon, déclara Kastner à voix basse. Il avait sans doute une espèce d'accès au temps parallèle. Une conscience des autres futurs possibles." ( Philip K. Dick, "Le monde de Jon" )









Lorsque je considère mon époque, mon pays, ma civilisation, je prends une image pour les décrire : nous sommes comme le mur d'une forteresse, mur complètement effrité et qui ne tient plus debout que par un ensemble d'échafaudages qui lui est accolé comme un grillage qui retient la pierraille sur des routes de montagnes. L'échafaudage fait illusion : le mur paraît solide et tient debout mais en réalité il s'écroulerait sans les barres de fer collées contre ce dernier.
Nous sommes donc une forteresse ou bien dans une forteresse dont les murs ne tiennent plus par eux-mêmes. L'Etat est cet échafaudage qui maintient un semblant de protection.

 En fait, tout est détruit.

Nous ne sommes pas en cours de perte de civilisation, tout s'est déjà effondré. L'apocalypse s'est déjà produite, pour reprendre l'autre, et nous ne sommes, non pas le dernier des Mohicans  à l'intérieur de sa forteresse en fumée, mais les premiers d'entre eux à sortir de nos ruines. Point n'est besoin alors de se lamenter ou de désespérer. Le plus beau reste à faire comme dit la chanson.

Tout est illusion. Il faut en prendre conscience.*

Comment alors réagir? Hé bien en instillant à l'intérieur des interstices du mur, entre chaque pierre de notre édifice le ciment de nos convictions, de notre vérité, de notre volonté personnelle, de nos lectures, de notre réflexion, de l'éducation donnée à nos enfants. En bétonnant notre forteresse, fissure par fissure, nous nous passerons peu à peu de l'Etat, de l'échafaudage sur lequel beaucoup de personnes crient très fort, font beaucoup de bruit pour rien mais qui devient peu à peu, au fur et à mesure de notre travail actif et silencieux, inutile. Il tombera de lui-même comme la sangsue quitte la peau qu'elle suce si on l'y aide un peu en l'arrachant.**

Et nous nous rendrons compte alors que nous pouvons très bien nous en passer de cet Etat parasite.

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Video instructive :

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