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vendredi 20 mars 2020

Vendredi 20 mars, Je javellise, tu javellises, nous javellisons

Après le déjeuner, j'ai ordonné aux cinq garçons de me suivre à leur étage pour une leçon de nettoyage à l'aide de Javel. Voilà l'exercice qu'ils devront effectuer chaque jour, à tour de rôle : nettoyage à l'aide d'un spray Javel et d'une éponge, de la douche, du robinet de douche, du pommeau de la douche et de son rideau; nettoyage du lavabo et de son robinet. Nettoyage des toilettes et de sa brosse à récurer (frissons d'horreur chez les mecs, je poursuis imperturbable); nettoyage de toutes les poignées de porte de l'étage, des fenêtres, et de celle de l'escalier menant à l'étage, toujours avec de la Javel.

Je le faisais jusqu'à présent mais je vois la nécessité de déléguer, d'autant qu'ils se mettront plein de Javel sur les mains ce qui est très bien. Ma fille s'occupera d'une autre salle de bain et de quelques poignées de porte, je me chargerai du reste et surtout de vérifier la régularité du travail.
Je me fais de plus en plus l'impression d'être une sorte de sergent chef. Avec les bidasses de la 7ème Compagnie mais ça va le faire quand même.

Je ne comprendrais jamais les délicatesses de diva des garçons ou des hommes lorsqu'on leurs demande des tâches ménagères. J'ai cru qu'ils allaient défaillir quand je leurs ai indiqué leurs toilettes à récurer.

Sylvain Tesson, toujours dans le même ouvrage, relate l'expérience d'un américain décidé à vivre avec cent objets essentiels. Pour ma part, je mettrais en premier mon Opinel de cuisine, une casserole, puis un carnet et un stylo, puis un chapelet. Pour la suite, je compléterai plus tard.

Avec Gabrielle en CE2 que je dois faire travailler, j'apprends mon histoire de France.Nous en sommes à la chute de l'Empire d'Occident. Ce dernier, envahi de peuples barbares qui se pressent devant le limes, résiste de plus en plus mal avec une armée mal payée, des citoyens écrasés d'impôts, un état en pleine implosion,  etc. D'autant que les Barbares sont poussés par un "peuple redoutable", déboulant de la lointaine Mongolie, les Huns, avec à sa tête un terrible chef, Attila.

Je songe en moi-même que nous sommes en plein désastre romain : nos frontières sont débordées, notre état en phase de putréfaction avancée et maintenant un ennemi redoutable qui vient de Chine, presse tout le monde, un virus.

Attila a épargné la ville de Paris grâce à la prière des parisiens et l’intercession de sainte Geneviève, les catholiques de France devraient prier un peu plus fissa parce que Paris est déjà tombé.

jeudi 19 mars 2020

Jeudi 19 mars, la saint Joseph

Jeudi 19 Mars, la saint Joseph



Ce bon saint Joseph, nous le prions et le  sollicitons tous les soirs lors de la prière familiale. Avec la prière de saint François de Sales : " Glorieux saint Joseph, époux de Marie, accordez-nous votre protection paternelle, nous vous en supplions par le cœur de Jésus-Christ. O vous, dont la puissance infinie s'étend à toutes nos nécessités et sait nous rendre possibles les choses les plus impossibles,  ouvrez vos yeux de Père sur les intérêts de vos enfants. Dans l'embarras et la peine qui nous pressent,nous recourons à vous avec confiance;daignez prendre sous charitable  conduite cette affaire importante et difficile, cause de notre inquiétude. Faites que son heureuse issue tourne à la gloire de Dieu et au bien de ses dévoués serviteurs. Ainsi soit-il."

Que j'aime cette prière,  en termes choisis ! Le seul souci, c'est qu'on n'évoque qu'une seule "affaire importante et difficile" alors que chaque soir ce sont plutôt quatre ou cinq "causes de notre inquiétude" qui me turlupinent. Le comportement d'un enfant, le mariage à préparer (saint Joseph nous en a payé une partie!), les boulots à trouver, les études compliquées,  etc, etc.

Du coup, avec cette pandémie qui nous donne bien de "l'embarras et de la peine", j'ajoute une corde à mon arc de prières,  le canon de la saint Patrick dont je vous livre une partie superbe :

CANON (lorica) de SAINT PATRICK
Je me lève aujourd’hui,
(...)
Le Christ avec moi,
Le Christ devant moi,
Le Christ derrière moi,
Le Christ en moi,
Le Christ au-dessus de moi,
Le Christ au-dessous de moi,
Le Christ à ma droite,
Le Christ à ma gauche,
Le Christ en largeur,
Le Christ en longueur,
Le Christ en hauteur,
Le Christ dans le coeur de tout homme qui pense à moi,
Le Christ dans tout oeil qui me voit,
Le Christ dans toute oreille qui m’écoute.
Je me lève aujourd’hui,
Par une force puissante,
L’invocation à la Trinité,
La croyance à la Trinité,
La confession de l’unité du Créateur du monde.
Au Seigneur est le Salut,
Au Christ est le Salut,
Que Ton Salut Seigneur soit toujours avec nous.
Amen !

Nous le récitons le soir en famille.

J'ai lu toute à l'heure dans Géographie de l'instant :
" Une technique.
Tous les matins, avant le café noir, récitez cette pensée de Pascal : On vit seul, on meurt seul." Ensuite, Cendrars : " L'homme est seul, bien seul. Dès sa naissance, il est tombé dans un baquet." Ensuite, vous verrez, tout ce qui arrive dans la journée paraît délicieux - par effet de contraste."

Deux réflexions à partir de la "technique" de l'auteur, ou bien de son astuce : je pense à  tous ceux qui meurent seuls dans les hôpitaux, en ce moment. Ils ne peuvent être entourés des leurs, et le dernier visage qu'ils voient est celui d'un homme ou d'une femme masquée.
Je pense à ceux qui sont seuls dans leur confinement. Et enfin à ceux, comme nous, qui ne sont plus jamais seuls!

Longtemps,  j'ai eu l'espoir saugrenu qu'un ou plusieurs de mes garçons devienne sous marinier. Je me justifiais en arguant que pendant trois ou quatre mois (peut-être plus, je ne sais pas trop), il leurs aurait été difficile de faire des bêtises (sauf d'appuyer par mégarde sur un bouton d'envoi de missile mais je sais depuis le Chant du loup que c'est plus compliqué que cela) et que, de toutes les façons, je n'en aurais rien su.

Bref, les enfants devraient choisir leur destinée,  ou plus prosaïquement leur métier en vue de la tranquillité d'esprit de leur mère !
Évidemment,  ça ne se passe pas comme cela dans la vie réelle.  Sauf quand il y a une pandémie : nous sommes tous coincés dans le même bateau , qui n'est tout de même pas un sous marin, pour plusieurs mois. Mais c'est encore et toujours raté pour la tranquillité d'esprit en fait.







mercredi 18 mars 2020

Mercredi 18 Mars, Nécessité de la main

Avant le décret de confinement, j'ai réfléchi à l'organisation des journée et la nécessité de garder un rythme d'horaires très régulier, avec des tâches quotidiennes bien définies. Pour les enfants, c'est facile, ils gardent au maximum des horaires d'études ou de télétravail. D'instinct, ils ont compris l'intérêt et c'est d'eux-mêmes qu'ils s'organisent. Pierre est le seul réfractaire pour le moment, les horaires fixes l'ennuient, l'organisation du travail, il ne sait pas faire. Il est parti hier soir camper en forêt, tout seul, avec sa boîte de cassoulet. Il est revenu plus apaisé ce matin. Il y a des personnes qu'on ne mettra jamais en boîte et qui sont des électrons libres heurtant les autres plus ou moins violemment. Parfois, il y a assez d'espace pour qu'ils puissent traverser comme l'éclair et poursuivre un chemin aléatoire sans trop de dégâts pour eux-mêmes et pour les autres. Parfois non. C'est ainsi.
Je comprends mieux son amour du rugby.

Le mercredi est un jour à part : moins de travail scolaire pour Gabrielle, j'ai donc envie de cuisiner un peu plus ( du moins, de faire des plats qui demandent plus de temps), et de me poser sur ma terrasse dans le premier beau soleil. En short et débardeur, une paire de lunettes de soleil sur le nez. Dans certains endroits, c'est la guerre, dans les hôpitaux, dans les groupes alimentaires, que sais-je. Je me sens un peu inutile dans mon transat mais je décide de profiter de l'instant donné. Quatre canards volent en escadrille au dessus de la maison, un rapace tournoie, intéressé de loin. 

Je lis Sylvain Tesson, "Géographie de l'instant", le début d'un chapitre au sous-titre intitulé "Nécessité de la main" : "Les autorités sanitaires préconisent d'arborer sur le revers de sa veste un badge frappé d'un slogan invitant nos interlocuteurs à un salut de la main afin d'éviter "les contacts directs" et la transmission des pandémies. Le titre du chapitre  : "Février 2010". S'ensuit une longue réflexion sur l'indispensable contact physique qui s'amenuise dans ce monde, d'autant que le virtuel prend une place conquérante... pour la plus grande inquiétude de l'auteur. "Comment croire que les cœurs continueront à être touchés par quoi que ce soit si les mains n'ont plus le droit de toucher à rien?"

Mon mari est toujours fiévreux, et ce matin, un peu ridiculement, je n'ai pas embrassé ma Gaby.