samedi 19 avril 2025

Souvenir pascal (2)

 Le feu flamboyait devant le petit visage rond

"Joyeuse Lumière, splendeur éternelle du Père"

Dans la nuit obscure, la fin des doutes, des raisons

La main blottie dans celle, toute rêche, de la mère

Oh fêtes de l'enfance, essence de religion.


Se souvenir alors, bien plus tard, quand la vie te blesse

Du feu pascal, du vent de la nuit, des tendres caresses

Se réchauffer à la chaleur des châles que ta mère

Serrait contre toi, et guérir par toutes les prières

Entendues, récitées autrefois. Dieu est là! Au creux

De tout ton esprit, de tout ton corps et de tout ton cœur,

Dieu est là qui t’apaise, qui murmure, qui effleure

Toute ta misère, tes doutes, ta grande douleur.




 

"Je veux être avec toi.
Tu ne peux pas.
S'il te plaît.
Tu ne peux pas. Il faut que tu portes le feu.
Je ne sais pas comment faire.
Si tu sais.
Il existe pour de vrai ? Le feu ?
Oui, pour de vrai.
Où est-il ? Je ne sais pas où il est.
Si, tu le sais. Il est au fond de toi. Il y a toujours été. Je le vois."

(La Route de Cormac McCarthy) 

Au tombeau





 En levant les yeux, alors que la nuit venait,
La lune ronde et pleine, immobile, levait.
L'astre des ténèbres, plus brillant que jamais
On était vendredi Saint, le Christ nous quittait.

Roule, tourne la lune,
Pleure et brille le disque
Contemple dans la brume
L' Hostie qui surgit.

Il s'en allait tout seul dans le noir, sa lumière
S'élevait, si rassurante, fixe et  joyeuse,
Il se'n allait au tombeau, sa maison dernière
Et roule la pierre ronde très lumineuse.

Roule, tourne la lune,
Pleurons devant le Fils
Contemplons dans la brume :
Le Corps, au tombeau, gît.

Les femmes attendaient à genoux au tombeau
Priaient, pleuraient leur Dieu mort, parti aux enfers,
Mais le rocher s'illumine comme un flambeau
Le Seigneur est présent, les ténèbres l'éclairent.

Roule, tourne la lune,
Nous prions l'Agnus Dei
Contemplons dans la brume
Le lourd porche qui luit.

En levant les yeux, alors que le jour venait
La lune s'est effacée, la pierre a roulé
Le Ciel s'est ouvert, le paradis, son entrée,
Le soleil et sa grâce, Christ ressuscité.

Roule, tourne la lune,
Bel astre glorieux
Contemplons dans la brume
Le Christ victorieux.

jeudi 17 avril 2025

Contemplation (2) pour le Jeudi Saint 2025



 


A terre, le visage renversé, en sang : 
On distingue les yeux morts levés vers le ciel
Ils contemplent, écrasés, un obscur néant.
Disparus, effacés, ses traits essentiels.

Je songe que sa Mère a scruté en détail
Avec amour, avec passion, dans sa vie
Tous les traits ciselés du visage; éventail
Dessiné par Celui qui a pleuré, sourit.

Je songe que Saint Joseph, son père terrestre,
A contemplé le Dieu caché jour après jour
Dans ce beau visage d'homme supraterrestre
Reflet exact d'un Enfant-Dieu qui est Amour

Je songe alors, observant jusqu’à la nausée
Ce visage crucifié, plein de douleur,
Que dans son sacrifice pour l'homme stupéfait,
Ce visage détruit retrouve sa beauté.

Je voudrais prendre, comme  Sainte Véronique
Au Golgotha, un doux tissu fin, bien léger
Et, d’une caresse pour cette Face Unique
Dévoiler au mieux le visage ensanglanté

Il paraît alors sous les traits d'une Hostie
Qui prend sous sa Face tous les hommes perdus
Dont la mort a effacé les traits, les esprits,
Que le monde a oublié et qui ne sont plus.

Visage de mon Dieu souffleté et broyé
Sous la clameur des âmes en perdition
Péchés incrustés dans sa blanche pureté
Par paroles, actions, pensées, omissions. 

Montrer sous le masque de la Négation
La lumière de la Transfiguration


dimanche 13 avril 2025

Horizon (Modifié pour la remise de soutane de Mimiche)



 


Vivre en oscillant sur la corde raide
L'abîme est profond et la marge faible
Marcher vers l'horizon, seul et sans aide
Fixer le but, rester ferme et en paix.

Avancer dans les tourments, les orages
Poursuivre le chemin avec courage
Oublier les épreuves, les ravages
Sans jamais craindre les heurts, les dommages

S'enfoncer sans peur dans le noir, la nuit,
Braver les ombres, écouter les cris
Avancer vers la Lumière qui luit
Et traquer la Vérité qui nous fuit

Se relever des péchés, des blessures
Avec la Grâce qui toujours assure !
Croire que dans la brise et son murmure
Dieu  protège son fils, sa créature,
Vêtu de soutane, invincible armure.

dimanche 30 mars 2025

Midi (3)


 C'était environ la sixième heure, midi.

Sous le ciel implacable de la Samarie

Un brûlant désert où s'étale un noir péché

Au sein du peuple élu, la nation aimée.


Jésus fatigué s'arrête à un puits, s'assied.

Une femme, seule, arrive. Elle veut puiser

De l'eau. Le Seigneur, épuisé, d'une voix douce

Quémande à boire, si possible, dans un souffle.


La Samaritaine a cherché en vain l'amour

Toute sa vie, en tout cinq maris, et, autour

D'une margelle, soudain, le Seigneur paraît

Auréolé de soif, de joie de lui parler


Plonge avec Moi demande-t-Il en ce midi

Où nul n'est jamais allé, même toi : l'abîme

De grandes blessures, souffrances et péchés

Ma pauvre soeur, que tu cherches à oublier.


Au fond de ta Samarie, au fond de ton puits

Se cache la Source Vive, du Saint-Esprit

Au fond de ta forteresse, dans ta cité

Jésus le Dieu fait homme vient se reposer.


Il vient gravir le cours des choses, les douleurs

Non cicatrisées qui empoisonnent ton coeur.

Il vient te soigner en Esprit et Vérité

Goutte à goutte, toute ta personne brisée.


Une bonne fois pour toutes cautériser

Cette lèpre obscure tapie dans ta psyché,

Parcourir les chemins infectés, les ruines

De ce coeur perdu, ta géographie intime.


Dans ce puits si profond, au coeur de nos misères

Une Eau divine coule à flots et régénère

Nos Samarie asséchées, âmes épuisées

Il est midi, l'heure du Salut a sonné.

samedi 26 octobre 2024

Take the long way home


 


Retour, tout est calme, et silencieux, et beau.

La plaine s'illumine de lueurs du soir.

De l'ombre des champs s'envolent des bans d'oiseaux

Tournent un instant et se fondent dans le noir.


Je passe au travers des immenses paysages,

Je retourne chez moi avec tous mes enfants

Fatigués; et j'observe leurs petits visages

Emplis de lumière, sourires confiants.


Les musiques nous emportent aux fond des brumes;

La vie, les animaux, les arbres, les secrets

De forêt une dernière fois se rallument,

Mais la maison nous attend, pour panser nos plaies.

jeudi 24 octobre 2024

Au bord de la mer




 La mer, ce matin, est plus calme, enfin.

Hier, elle se précipitait, furieuse,

Sur les côtes impassibles, malheureuse,

Une mère submergée de chagrin.


Les vagues avancent sous le soleil

Sous forme de grands miroirs ondulés.

Elles grondent sourdement presqu'apaisées

L'eau frémit et pétille jusqu'au ciel.


Tout est sous contrôle.


Et je m'adonne pour un petit moment

A la contemplation douce et active.

Surgit dans mon esprit la douleur vive

D'un vieux malheur qui me berce à présent.


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Tout est recouvert d'une brume humide
Et, au coeur de cette atmosphère étrange,
Le son assoupi des Océanides
Danse au gré de leur respiration lente...
Tout est silence dans ce bruit liquide
Des oiseaux, leur cri dispersé au vent,
Les pas assourdis d'un marcheur rapide.

Dans ce monde hors du monde,
Dans ce temps hors du temps,

Je m'endors sans quitter une seconde
L'horizon des yeux. Et la mer s'étend
Lentement, se reprend, si vagabonde...
Je m'éveille soudain, étrangement :
Le réel et l'illusion se confondent.