mercredi 31 août 2011

Un homme véritable

"-Un principe qui est en train de détruire le monde. Celui dont vous parliez tout à l'heure. Le prétendu oubli de soi-même.
-En faveur d'un idéal qui peut-être n'existe pas?
-Si, il existe, mais pas comme les gens l'entendent. Mais voilà ce qu'il y a de terrible avec les gens et que j'ai mis longtemps à comprendre. Ils n'ont aucune personnalité, ils vivent en fonction des autres. Ce sont des parasites.
(...)
-N'est-ce pas ainsi que vivent la plupart des gens?
-Oui! Et n'est-ce pas là la source de toutes les actions méprisables? Non pas l'égoïsme, mais précisément la trahison de soi.
(...)
-Si j'étais Ellsworth Toohey, je vous dirais que vous êtes en train de faire le procès de l'égoïsme. Tous ces gens dont vous parlez n'agissent-ils pas pour un motif égoïste... être remarqué, aimé, admiré?
-... par les autres! Et même si cela doit leur coûter le respect d'eux-mêmes. Dans l'échelle des valeurs, ils placent les autres au-dessus d'eux-mêmes, exactement comme l'exige l'altruisme. Un homme véritablement égoïste n'a cure de l'approbation des autres. Il n'en a simplement pas besoin.
-Je suis persuadé que Toohey comprend cela. Et c'est pourquoi il s'acharne à répandre ses idées malsaines. Par faiblesse et par lâcheté. Il est si facile de hurler avec les loups, si difficile de vivre selon son propre idéal. On peut simuler la vertu aux yeux des autres, mais pas à ses propres yeux.On est pour soi-même le plus strict des juges. La plupart des hommes fuient devant ce juge.Il est plus facile de faire une donation de quelques milliers de dollars à des œuvres de charité que de baser le respect de soi-même sur ce qu'on a accompli réellement. Il est facile de chercher à la compétence des substituts tels que l'amour, le charme, la bonté, la charité. Mais il n'existe en réalité aucun substitut à la compétence.
-Et c'est là précisément le côté lamentable des êtres qui vient en fonction des autres. Ils ne sont jamais réellement préoccupés par des faits, ou des œuvres, mais uniquement par les gens. Ils ne se demandent pas  : Telle chose est-elle vraie? Ils se demandent : Les autres gens  pensent-ils qu'elle est vraie? Ne pas avoir d'opinion à soi, répéter celle des autres. Ne pas agir, mais donner l'impression qu'on agit. Ne pas créer, mais se faire valoir. Ne pas avoir de capacités, mais des amis utiles. Pas de mérite, mais des relations. Mais qu'adviendrait-il du monde sans ceux qui agissent, pensent, produisent? Ceux-là sont les vrais égoïstes.Lorsque vous cessez d'avoir un jugement indépendant, vous n'avez plus de conscience de vous-même et vous ne vivez plus. De tels êtres n'ont plus de réalité, car leur réalité n'est plus en eux-mêmes, mais quelque part dans cet espace qui sépare un individu d'un autre.(...) C'est ce néant que je ne puis supporter chez certains hommes. L'homme qui vit en fonction des autres agit, mais l'impulsion qui le fait agir provient des autres et non de lui. Et c'est pourquoi vous ne pouvez discuter avec lui. Il n'est pas sensible au raisonnement. Vous lui parlez... il ne vous entend pas. C'est une masse aveugle qui va de l'avant et qui est prête à vous écraser sans même savoir pourquoi. Steve Mallory ne peut définir le monstre, cette bête grondante qu'il redoute tant. Mais moi, je le connais, c'est l'homme qui vit en fonction des autres."
("La source vive", Ayn Rand)

Je ne connais que fort peu de personnes pouvant se réclamer d'être de parfaits égoïstes tels que l'entend Ayn Rand, des êtres incapables de se soumettre à l'opinion mais qui oublieraient leur âme, oui, vous lisez bien, et leur cœur aussi, pour être en adéquation avec ce qui est, en adéquation avec ce qu'ils doivent être...Un philosophe et un écrivain.
Cela fait qu'ils sont ces hommes véritables, si rares en notre monde et si précieux.



lundi 29 août 2011

Spéciale dédicace à Didier et Catherine...

... chez nous aussi, ça couve, devant mon bureau sur ma terrasse... Ah, j'espère aussi suivre l'histoire jusqu'à l'envol des pigeonneaux, un courageux et un feignasse peut-être!
Pour le moment nous en sommes aux œufs. Je vais relire fébrilement Didier pour savoir combien de temps ça dure cette histoire là...
Le loisir consistant à élever des pigeons voyageurs m'a toujours fascinée; je suis fermement décidée à me lancer dans l'aventure dans quelques années, en digne crevette mi-hollandaise .

Instinct de vie

 Sur ce blog, cette réflexion : "Que les femmes peuvent aussi savoir raisonner et gérer toutes seules comme des grandes la question du désir d'enfants et la possibilité d'en faire ? "



Personnellement j'avoue n'avoir jamais réussi quoique ce soit du point du vue d'un début de raisonnement sur cette question du désir d'enfant...
Quant aux hommes qui souhaitent être pères, et qui le disent sérieusement, je n'en ai jamais rencontré, même pas mon mari, pourtant très heureux papa!

En fait le désir d'enfant n'a strictement rien à voir avec une raison quelconque, il s'agit -et c'est tant mieux d'une certaine manière- d'un très puissant instinct. Cet instinct tend aujourd'hui à disparaître en Occident remplacé justement par une raison raisonnante dont je ne suis pas sûre qu'elle rende de grands services à la Femme.

Delsol explique cela assez bien dans son ouvrage "Qu'est-ce que l'homme" et on ne peut pas dire qu'elle soit contre la raison, elle, pourtant :
"D'une certaine manière, la connaissance tue la vie, parce que la vie est aventure. A l'époque de la contraception, les peuples capables de durer seront forcément des aventuriers. Ils voudront l'avenir parce qu'aucune prévision ne leur en dessinera la figure, de même que la folle joie de l'attente de l'enfant tient dans l'inconnu de cet être à venir. Parce qu'ils seront aventuriers ils seront religieux, car les deux vont de pair. Ils ne voudront pas durer parce qu'ils croiront en un dogme qui le leur imposerait. Mais plutôt, leur capacité à faire vivre l'inconnu, à courir des risques, fera d'eux naturellement des êtres spirituels plus que rationnels, en tout cas la raison ne leur suffira -la raison ne court jamais l'aventure."

Cette raison qui peut contrer un instinct de vie inhérent à la femme (et donc aux peuples souhaitant durer) on la voit apparaître aujourd'hui de façon bien étrange : toutes ces grossesses non désirées, par exemple, qui fleurissent et qui sont écrasées dans l’œuf très vite. Les femmes se rassurent d'une certaines manière, elles assouvissent cet instinct de vie irrépressible et puis, une fois comblé, elles avortent. C'est logique.

La raison doit intervenir après l'instinct de vie, ou bien à ses côtés mais pas pour le supplanter me semble t-il. La nature (humaine ici) reprend toujours le dessus.
C'est ce qui provoque cette forme d'hystérie féminine mais il ne faut pas la rendre si négative que cela : elle montre tout simplement que les femmes restent des vraies femmes avec de très puissants instincts et c'est tant mieux.

Hyper

Les garçons regardent un épisode de l'excellente émission " Man versus Wild", "Seul face à la nature". Bear Grylls, le fameux présentateur et idole de mes Pieds Nickelés se trouve dans la jungle vietnamienne. "Pendant la guerre du Vietnam, les Viets plaçaient des pièges dans la jungle destinés à blesser et non à tuer les soldats américains" explique t-il d'une voix sombre. "En effet, une patrouille était beaucoup plus fragilisée par ses blessés à transporter que par des morts ."
Basile : "Ils transportaient les blessés, M'man?"
Maman : "Oui mon chéri, il fallait les transporter au mieux pour les soigner et ça n'était pas facile dans cette terrible jungle... "
Grégoire : "Ah oui les blessés... Mais les hyper-morts? On en faisait quoi?"

dimanche 28 août 2011

La leçon de Margaret Thatcher,3- Un mariage de convenance

Alors même que Denis [Thatcher] fait sa cour, ils restent très indépendants l'un de l'autre. Pour elle, priorité à la politique, pour lui priorité aux matchs de rugby, de cricket, aux parties de golf ou aux safaris. En décembre 1950, il lui offre un poudrier en cristal à couvercle d'argent. La voilà vraiment émue. Elle sent qu'il se passe quelque chose de sérieux. En septembre 1951, il fait sa demande. Peu de temps auparavant, il avait définitivement compris que "c'était la bonne". Sa vitalité, sa volonté, son courage l'enthousiasment. Il l'admire même. En outre, il sait qu'elle ne sera pas une plaie collante à toujours exiger présence et cajolerie. Il pourra continuer de mener sa carrière et sa vie. Quant à elle, elle comprend qu'il sera l'époux à la hauteur qui respectera ses choix et n'exigera pas une ménagère aux ordres, tenue d'apporter chaque soir le whisky rituel en attendant que Monsieur se déclare prêt à passer à table. Pour un homme né en 1915, c'est assez remarquable. Il acceptait parfaitement ce que disait Maggy dans une interview à Sunday Dispatch : "Une femme doit maintenir la paix avec son mari. Si elle n'a pas d'intérêts extérieurs, elle n'aura rien à lui dire." Sans doute pensait-elle à sa mère...
En tout cas, elle dit oui, d'autant plus que sir Bossom lui a vivement recommandé de faire une fin. Pour se lancer en politique, elle a besoin d'une aisance matérielle suffisante qui lui libère l'esprit de toute autre contingence. Elle a aussi besoin d'un mari à présenter, d'enfants à faire valoir, d'un home à faire visiter. Rien de moins romantique, mais rien de plus solide.
C'était un mariage de convenance, sans doute, mais qui était plus fort que tant d'unions, décidées trop vite au printemps de la passion et rompues trop tôt à l'automne de l'amour.Ce couple tiendra étonnamment bien. Denis acceptera son rôle de prince consort. Au grand désespoir des biographes toujours friands d’anecdotes croustillantes, impossible de trouver la moindre anicroche au contrat. Apparemment l'un et l'autre avaient banni la bagatelle illégitime. Chez les Thatcher, la morale victorienne n'était pas une tartuferie. Quarante-cinq ans plus tard, Margaret écrira : "Mon mariage est une des meilleures choses que j'ai jamais faites." Lorsque Denis disparaîtra le 26 juin 2003, elle ne s'en remettra jamais totalement. Les premiers symptômes de la maladie qui la mine aujourd'hui apparaîtront à ce moment-là. Quant à Carol, leur fille, elle écrira dans le livre consacré à son père : "Ce fut un mariage heureux, c'était un contrat fondé sur des valeurs communes et un tacite laissez-faire (...). Il n'y avait pas de possessivité, seulement du respect et de la fidélité."

vendredi 26 août 2011

"A ceux qui veulent taxer les super-riches", par Yves de Kerdrel

Extraits de la chronique d'Yves de Kerdrel dans le Figaro du mardi 23 août 2011

"... Vous faites partie de ces patrons qui souhaitez faire gagner votre pays, comme vous-mêmes avez réussi. Et cela est respectable. C'est ce qui vous a amené, tous les trois, par des chemins différents, à vous exprimer, au cours des derniers jours, sur la nécessité de faire payer davantage d'impôts à ceux qui gagnent très bien leur vie, grâce à leur travail ou au capital qu'ils ont su accumuler.
(...)
Qu'est-ce qu'un riche ou un super-riche? Si l'on vous écoute : quelqu'un qui perçoit au moins un million d'euros de revenu annuel .Pas plus de 300 000 Français, selon les statistiques de Bercy. Des français qui vivent encore en France, y payent des impôts à hauteur de 50%, voire plus, puisque le bouclier fiscal a été supprimé, consomment -ce qui entraîne des recettes de TVA pour l’État- emploient souvent du personnel, et constituent à eux seuls de petits écosystème qui rapportent au pays. Ce sont des français qui ont eu la patience et la précaution de se constituer une épargne, d'investir dans des sociétés françaises, voire même de détenir de la dette publique, à travers les contrats d'assurance-vie.
Créer une taxe à leur égard, quatre mois seulement après avoir allégé l'impôt sur la fortune, ce serait leur envoyer le signal que non seulement, ce sont des "parias" dans leur patrie, mais qu'ils seraient décidément mieux à Bruxelles, à Londres ou à Genève.Créer une telle taxe, ce serait envoyer le signal à tous les français que cela ne sert à rien de créer son entreprise, de travailler dur et d'avoir de l'ambition, puisque, in fine, c'est l’État qui remporte la mise.
(...)
...en période de crise, lorsque vous êtes aux manettes de vos entreprises respectives, est-ce que vous commencez par augmenter vos prix de ventes, au risque de vous retrouver en décalage avec la concurrence ou bien est-ce que vous cherchez à dépenser moins? C'est bien sûr la deuxième solution pour laquelle vous optez...
(...)
La France a besoin de riches qui enrichissent la France par la croissance, et non en venant au secours d'un "État-Léviathan".


jeudi 25 août 2011

La leçon de Margaret Thatcher,2-analyse thatchérienne de l'actualité.

 A propos du FMI :

"A l'étranger aussi elle fait des siennes. Lors d'un voyage à Washington en 1967, dans un langage tout sauf diplomatique, elle s'en prend à un malheureux directeur du FMI, français et énarque de son état, qui avait eu le malheur de défendre un interventionnisme tempéré. En dix minutes, elle lui explique l'économie de marché. Le haut fonctionnaire n'en peut mais. La délégation britannique est stupéfaite. Dans sa dépêche, l'excellence du Foreign Office conclut qu'elle s'était comportée "comme un taureau dans un magasin de chinoiseries". 


 A propos des émeutes anglaises récentes :
"Ce qui était vrai pour les terroristes de l'IRA le fut également pour les émeutiers qui, en avril 1981, ravagèrent Brixton à Londres et en juillet les banlieues de Liverpool ou de Birmingham. C'étaient de véritables scènes d'insurrection, avec pillages de magasins, incendies de voitures, jets de boulons et de cocktails Molotov sur les forces de l'ordre et les pompiers.En une seule nuit, en avril, plus de 149 policiers furent blessés. Ces incidents avaient manifestement une composante ethnique. La majorité des hooligans interpellés étaient d'origine antillaise ou en tout cas immigrés. Mais ce n'était pas le plus grave.
D'une certaine manière, ces évènements étaient plus graves pour Margaret que ceux de l'IRA, car nombre de commentateurs y voyaient un lien entre la politique sociale rigoureuse et la violence qui se développait dans les quartiers difficiles.
Mais Maggy rejette en bloc ces accusations. Elle n'a que mépris pour les voyous qui détruisent ainsi la paix civile. Elle est convaincue que les tensions raciales et la haine de la police sont "attisées par des éléments gauchistes". A Liverpool, elle a du mal à garder son sang-froid lorsqu'elle rencontre des "travailleurs sociaux" dont "l'hostilité à l'égard du directeur de la police et de ses hommes la consterne". Ils sont payés par l’État, que diable! Fille d'épicier jusqu'au bout, le premier cri que lui arrache le spectacle de boutiques calcinées est pour "ces pauvres commerçants" qui travaillent si dur. A Toxteh, elle constate que "là où les troubles avaient éclaté (...) le logement était loin d'être aussi catastrophique qu'on le lui avait dit.Mais il suffisait de jeter un coup d’œil aux terrains voisins des immeubles couverts de hautes herbes et de détritus pour comprendre que l'analyse était fausse. Les gens avaient beaucoup de choses à faire s'ils le voulaient (...). Ce qui manquait, c'était un sens de la fierté et de la responsabilité individuelle (...). Les gens devaient retrouver le respect de la loi, de leur entourage et bien sûr d'eux-mêmes". Bref, elle ne verse aucun sanglot sur les émeutiers, bien au contraire.
A court terme, elle ne voit qu'une solution : renforcer les pouvoirs de la police et lui donner plus de moyens. Elle est effarée de constater que les forces de l'ordre ne disposent ni de boucliers, ni de matraques, ni de flash-balls, ni de canons à eau. Elle charge Willie Whitelaw de mettre en place une police antiémeute digne de ce nom. D'une certaine manière, c'est une aubaine. Lors des grandes grèves de 1984, c'est cette police qui sera en mesure d'affronter les mineurs et leurs équipements lourds remontés du fond des puits. Elle se rend régulièrement à Scotland Yard pour donner des consignes de fermeté. Elle invite également les procureurs à réclamer des sanctions exemplaires. Mais à aucun moment elle n'envisage de changer de politique."

mercredi 24 août 2011

Bretagne


 

Canoé kayak, toujours d'attaque!!





Pourquoi changer les bons plans? Depuis dix ans environ nous allons en Bretagne pour les vacances. L'affaire est bien rodée avec les enfants. Le matin, kayak avec moi, l'après midi plage avec mon mari. Ceci pour tenter d'épuiser un peu la horde... En fait c'est plutôt moi et mon mari qui sommes rentrés épuisés mais bon...J'ai gardé Gabrielle à la maison, trop contente d'éviter les plans plages que je ne supporte pas trop. (Beaucoup de soleil et de vent dans le même temps, et je ne baigne pas dans une eau qui atteint rarement les 15 degrés...)
J'en ai profité pour lire une biographie de Margaret Thatcher qui vaut son pesant de cacahuètes, je vous en donnerai quelques extraits.



samedi 13 août 2011

Après le Sud Ouest, le Nord Ouest... à bientôt!


Socialistes=criminels 6

"Ces gens habitués à recevoir de l’argent pour tout, sous tout prétexte, sans jamais être contraints de créer de richesse réelle en investissant cet argent, donc habitués à détruire de la richesse — c’est la seule chose que sache faire le socialisme —, continuent différemment à faire ce qu’ils ont toujours fait. La richesse détruite quand on met le feu à un magasin ou qui y est pillée est seulement plus spectaculaire à voir que celle détruite via les mécanismes de l’État-providence, dont les émeutiers ont bien compris qu’on allait les sevrer en grande partie, pour simple cause de faillite et d’impossibilité de rembourser les dettes contractés."

Ici : "Non, les émeutes londoniennes ne sont pas raciales", par Nicolas d'Ilys

mercredi 10 août 2011

"Z'avez des objections?"

Fante-écrivain est marié à Joyce. Cette dernière est enceinte. Elle est en pleine crise de conversion et  voudrait que son mari se convertisse aussi au catholicisme. Elle demande au Père John de rencontrer son mari.

"Le père Gondalfo était du genre dur à cuire. Il avait été aumônier des Marines dans le Pacifique sud. Il m'attendait depuis plus d'une heure. A cause de la chaleur il avait enlevé son veston et était assis en t-shirt blanc; les poils noirs de son torse massif traversaient la résille de son maillot. Il avait des bras de lutteur, et pour garder la forme il jouait au handball contre le mur du garage de la paroisse. C'était un jeune prêtre d'une quarantaine d'années, au sombre visage sicilien, au nez cassé, et coiffé en brosse. On aurait dit un garde ou un pilier de l'équipe de Santa Clara. Dès que je l'ai vu, j'ai compris que, comme moi, il était de souche italienne, ce qui a aussitôt établi entre nous une violente familiarité. Il a écrasé mes phalanges dans une vigoureuse poignée de main.
"Il est cinq heures et demie, Fante. Où étiez-vous?"
Je lui ai répondu que je travaillais.
"A quelle heure vous décanillez?"
Je lui ai répondu : un peu après quatre heures.
"Quatre heures? Mais où donc avez-vous traîné pendant une heure et demie?"
Je lui ai répondu : chez Lucey's, pour boire un verre.
"Vous savez donc pas que votre femme est enceinte?"
Joyce était assise dans un grand fauteuil, l'énorme monticule se vautrait indolemment sur son giron, elle écartait légèrement les genoux pour le soutenir. Elle adorait le père John. Je devinais également l'admiration de papa, ainsi qu'une légère hostilité à mon égard.
"Ca vous plaît donc pas de boire un coup ici, sous votre toit?" a lancé le père John. "Avec votre épouse et ce grand homme qui est votre père?"
J'ai admiré ses épaules, l'intensité noire de ses yeux. "Mais si, mon père. Je bois aussi à la maison, beaucoup."
"Feriez mieux de pas faire le mariol, Fante."
"Certainement, mon père. Mais..."
"Inutile de discuter avec moi mon gars. Vous croyez peut-être que je sors tout juste du séminaire?"
(...)
Le père John a claqué ses mains puissantes l'une contre l'autre, les a frottées vigoureusement, puis a dit : "Bon, j'irai droit au fait. Fante, votre femme a l'intention de rejoindre la sainte Église catholique romaine. Z'avez des objections?"
"Pas d'objection, mon père."
(...)
"Et vous? Votre père ici présent, ce grand homme, ce merveilleux homme, me dit avoir sué sang et eau pour vous donner une solide éducation catholique. Et maintenant vous lisez des livres, et, s'il vous plaît, vous en écrivez. Qu'avez-vous donc contre nous, Fante? Vous êtes sans doute un esprit brillant. Expliquez-moi donc un peu ça. Je vous écoute."
"Je n'ai rien contre l’Église, mon père. Simplement je veux penser..."
"Ah, c'est donc ça! L'infaillibilité du Saint Père. Vous voulez donc savoir si l"évêque de Rome est réellement infaillible en matière de foi et de morale. Fante, je vais éclairer votre lanterne pas plus tard que maintenant : il l'est. Keski vous tracasse encore?"
Je me suis approché de papa, j'ai pris sa bouteille et j'ai bu une rasade au goulot. L'attaque surprise du père John m'avait secoué, je devais absolument calmer mon esprit.
"Voyez-vous, mon père, la Vierge Marie..."
"Je vais vous répondre à propos de la Vierge Marie, Fante. Je vais vous dire les choses carrément, sans la moindre équivoque. Marie, la mère de Dieu, a été conçue sans péché, et à sa mort elle est montée au ciel. Un type intelligent comme vous comprendra certainement cela."
"Oui, mon père. Je l'accepte volontiers pour le moment. Mais à la messe, pendant la consécration...
"Pendant la consécration, le pain et le vin se changent en le corps et le sang du Christ. Problème suivant..."
"Eh bien, mon père. Quand un homme se confesse..."
"Le Christ a accordé à ses prêtres le pouvoir de pardonner les péchés quand il a dit : "Reçois le Saint-Esprit. Les péchés que tu pardonneras seront pardonnés, et ceux que tu retiendras seront retenus." C'est écris noir sur blanc dans le Nouveau Testament. Lisez-le donc vous-même."
"Je comprends bien, mon père. Mais la doctrine du péché originel..."
"Ah! C'est donc ça! Par péché originel nous entendons qu'en qualité d'enfants de nos premiers parents nous sommes conçus dans le péché et le restons jusqu'au glorieux sacrement du baptême."
"Oui, mon père. Je sais. Mais la résurrection..."
"La résurrection? Pour l'amour du ciel, Fante, mais c'est d'une simplicité élémentaire. Le Christ, notre Seigneur, fut crucifié, puis il se dressa parmi les morts, et ce geste est une promesse d'immortalité pour tous ses enfants. A moins que vous ne préfériez mourir comme un chien, englouti jusqu'à la fin des temps dans l'oubli?"
Je me suis assis en soupirant. Il n'y avait rien à ajouter. Papa s'est raclé la gorge, un petit sourire aux lèvres, puis il a levé la bouteille. Il y avait une curieuse chaleur dans ses yeux. La cendre de son cigare maculait le devant de son pantalon.
"Ce gosse lit trop, mon père. Je lui répète ça depuis des années."
C'était donc "ce gosse" maintenant.
"Mais j'aime lire, papa. Ça fait partie de mon métier."
"C'est à cause de tous ces bouquins, mon père. Il m'a même parlé de contrôle des naissances."
"Contrôle des naissances?" Le père John a souri tristement en secouant la tête. "Je vais tout vous dire sur le contrôle des naissances dans l’Église catholique. C'est très simple : y en a pas."

("Pleins de vie", de John Fante)















A very good trip


Pour ceux qui ont la comprenette un peu lente :

mardi 9 août 2011

Des bienfaits du consumérisme, par XP



""Il est indéniable que ce que nous avons gagné en avancée technologique, nous l'avons perdu en spiritualité et en méditation"

Pardonnez-moi, mais votre affirmation est totalement gratuite et me semble relever d'une reconstruction mythique du passé.

Grâce à la modernité et la technique, du temps pour la méditation et la lecture, vous en avez, beaucoup, comme moi, comme vos voisins, vos amis, votre famille. Et infiniment plus que vos grands-parents...

Vous avez le pouvoir d'en faire ce que vous voulez, de ce temps... Et nous touchons au cœur du problème... Vous ne voulez pas de cette liberté, vous ne voulez pas que l'on vous laisse en face de vous-même. Vous voulez que l'on règle d'en haut cette histoire de spiritualité, que l'on assigne d'en haut une place à la méditation et la spiritualité, parce que dans le fond, vous n'aimez pas vous poser ce genre de question.

Moi, je pense que notre époque est profondément spirituelle, mais que la spiritualité n'y prend pas la forme à laquelle on était habitué, la place où elle était assignée. Et c'est bien cette incertitude qui rend notre époque passionnante et...spirituelle...

"force est de reconnaître que la large majorité des gens n'appliquent pas des principes de cet ordre dans leur vie quotidienne, préférant se consacrer à une ivresse consumériste et "festive"

L'homme masse s'adonne aux plaisirs d'homme masse, et c'est très bien comme ça.... Enfin hélas, il ne le fait plus assez, justement. Maintenant, il se met en tête de lire Proust et Montaigne et d'aller dans les musées, alors qu'il est fait pour le consumérisme.... C'est ça un GVD.[Gardien de Vaches Diplômé]

Moi je trouve que du consumérisme et de la consommation, il n'y en a pas assez. On ne vide pas assez le cerveau des masses pour leur vendre du coca-cola, alors que c'est le meilleur antidote au bourrage de crâne.

Moi, je trouve très sain que la populace soit devant le football et la télé-réalité. C'est la seule manière pour qu'elle ne soit pas devant Edwy Plenel et qu’elle traîne dans les musées. C'est une des grandes vertus du libéralisme, ça.

Le problème, c'est qu'on ne peut pas vouloir une chose et son contraire.
En l'occurrence, la fin de la philosophie et de la littérature n'est pas dû au fait que l'on s'y intéresse de moins en moins, mais au contraire que l'on s'y intéresse de plus en plus, que l'Homo Faber a colonisé ces domaines pour en faire une chose à son image.
On ne peut pas en même temps déplorer la disparition de la philosophie et de la littérature et déplorer que le peuple préfère s'adonner au consumérisme. C'est parfaitement stupide (je ne parle pas de toi, j'évoque un discours général).
De nos jours, beaucoup trop de gens lisent des livres qui ne sont pas pour eux, font des études qui ne sont pas pour eux. 
D'un mot: le GVD, c'est l'homme de masse qui ne se cantonne pas au consumérisme. Qui pense que la "culture" est faite pour tous. Et pour lui."


Edith Stein


mardi 09 août 2011

Ste Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein), o.c.d., copatronne de l'Europe (1891-1942)

Sa vie ici

 Une conférence à lire ici : Exaltation de la Croix I                                               Exaltation de la Croix II 
Une autre conférence ici : Le mystère de Noël




Pape Benoît XVI
Audience générale du 13/08/2008 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)



« Jésus est ici aussi au milieu de nous »
      Celui qui prie ne perd jamais l'espérance, même lorsqu'il en vient à se trouver dans des situations difficiles voire humainement désespérées. C'est ce que nous enseigne la Sainte Écriture et ce dont témoigne l'histoire de l'Église. Combien d'exemples, en effet, pourrions nous apporter de situations où c'était véritablement la prière qui a soutenu le chemin des saints et du peuple chrétien ! Parmi les témoignages de notre époque je voudrais citer celui de deux saints dont nous célébrons ces jours-ci la mémoire : Thérèse Bénédicte de la Croix, Édith Stein, dont nous avons célébré la fête le 9 août, et Maximilien Marie Kolbe, que nous célébrerons le 14 août, veille de la solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. Tous deux ont conclu leur vie terrestre par le martyre dans le camp d'Auschwitz. Apparemment leurs existences pourraient être considérées comme un échec, mais c'est précisément dans leur martyre que resplendit l'éclair de l'amour, qui vainc les ténèbres de l'égoïsme et de la haine. A saint Maximilien Kolbe sont attribuées les paroles suivantes qu'il aurait prononcées en pleine fureur de la persécution nazie : « La haine n'est pas une force créatrice : seul l'amour en est une »...

      Édith Stein, le 6 août 1942, à trois jours de sa fin dramatique, approchant de ses consœurs du monastère de Echt, en Hollande, leur a dit : « Je suis prête à tout. Jésus est ici aussi au milieu de nous. Jusqu'à présent j'ai pu très bien prier et j'ai dit de tout mon cœur : ' Ave, Crux, spes unica. Je te salue, ô croix, notre unique espérance ' ». Des témoins qui sont parvenus à échapper au massacre horrible ont raconté que Thérèse Bénédicte de la Croix, tandis qu'elle revêtait l'habit carmélitain, avançait consciemment vers sa mort. Elle se distinguait par son comportement empli de paix, par son attitude sereine et par des manières calmes et attentives aux nécessités de tous. La prière a été le secret de cette sainte copatronne de l'Europe, qui « même après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, a dû vivre jusqu'au bout le mystère de la croix » (Jean-Paul II, Spes aedificandi).

samedi 6 août 2011

"So peaceful"*

Vacances familiales dans le Sud Ouest  : nous descendons qui par le train, qui en voiture puisque nous sommes trop nombreux maintenant pour la bétaillère, pour aller à des noces... Nous louons un gite pour toute la fratrie car nous sommes, là aussi, trop nombreux pour investir la demeure familiale de vacances...
Bonheur tranquille de jours de fête, rendus paisibles par la grâce toute chrétienne qui traverse toutes ces journées. Noces chrétiennes avec un bénédicité imposé par les deux familles des mariés au dîner, des discours paternels axés sur la vie chrétienne du futur couple : cela me saisit tellement que j'en ai les larmes aux yeux, de voir ces deux pères affirmer d'une voie forte que tout vient de Dieu et tout est à Dieu et que nous sommes tous en Dieu!





Le soir suivant, nous fêtons nos vingt ans de mariage et nous nous éclipsons avec mon mari pour un concert de jazz offert par la famille... Ils sont trois, deux guitaristes et une contrebasse, ils sont jeunes trentenaires et beaux. Ils sont possédés par leur musique et celle-ci coule alors avec une aisance, une limpidité merveilleuse... "So peaceful", composé par un des guitaristes qui avoue avec une humilité désarmante : "et pourtant, je ne sais pas faire la paix avec mes amis". Ah! que j'aime cette réflexion! Voilà certainement un honnête homme! Préférer la vérité, la beauté à la paix...
J'observe par le truchement d'un écran les musiciens et le guitariste en question, fascinée par son air concentré, les yeux fermés et, parfois, il relève la tête, vivement, pour fixer ses compagnons et reprendre le morceau à leur suite. Cet air d'intense concentration me rappelle ma fille dernière née, les nourrissons ont souvent cet air éminemment réfléchi, de réflexion intense, ou bien, après avoir mangé, un air d'extase absolue, je retrouve ces deux images dans le guitariste : réflexion intense dans le suivi d'un chemin musical inconnu pour moi, un langage qui m'échappe, et nirvana de l'apogée. J'aime retrouver chez mes tout petits ce dénuement complet face à la sensation pure... Et je la retrouve chez certains artistes.



*Biel Ballester trio
*"So peaceful"
"So peaceful", ces jours de vacances, mais pour obtenir cette atmosphère il faut batailler dur contre soi-même, les énervements, les jalousies mesquines, la fatigue : les familles qui durent sont un miracle permanent, me semble t-il, et j'avoue ne pas me lasser de contempler et de goûter à ce miracle, sans doute parce qu'il m'a  manqué dans ma jeunesse.... Préserver cela est, je crois, un de mes moteurs personnels. Sans doute le principal. Je ne le conçois plus sans la Grâce, rien ne serait possible sans elle, c'est une certitude maintenant.