jeudi 28 juillet 2011

mardi 26 juillet 2011

Un tueur en série

On voit fleurir sur le net et dans les médias la belle idée de l'influence néfaste de tous les partis populistes ou blogs qui fleurent avec l'extrême droite sur ce pauvre et fragile tueur norvégien. Acculé par des vagues d'informations effrayantes sur l'avenir obscur qui attendait la Norvège, son doux pays adoré et pacifique, ouvert sans problèmes apparents au "vivre-ensemble", Breivik aurait pété un câble à un moment donné et aurait pris les armes tout seul pour sauver son monde, l'Occident. Cette influence mauvaise pourrait évidemment, dixit la presse aujourd'hui, se reproduire sur des milliers d'âmes innocentes et pacifistes dont les norvégiens (pourtant descendants de vikings plutôt barbares mais bon) sont les plus honnêtes représentants.
Breivik aurait sacrifié  une bonne vie (il était beau, pas spécialement dans le besoin, intelligent etc...) et se serait  précipité dans le massacre poussé en cela par les thèses anti immigrationnistes, anti islamiques, racistes évidemment qui ressurgissent -sans que l'on sache trop pourquoi, n'est-ce pas, "tout va bien" pourtant!!- partout en Europe. Même les religions, du moins les Chrétiens, des chrétiens nauséabonds, des "fondamentalistes" (??), auraient attisé la haine et la folie  de pauvres doux-dingues, de brebis à l'âme fragile égarées dans un monde de brutes...

Le décor est planté, comme à son habitude, le tueur devient une victime, rien de nouveau sous le soleil de notre époque de merde qui aide à la prolifération de ce que l'on appelle banalement en jargon policier un tueur en série.

Il en a en effet toutes les caractéristiques : l'apparence, tout d'abord, de normalité, il est parfaitement intégré dans la société, indécelable a priori par ses amis ou relations. Personne n'aurait pu je pense se douter des obscurs desseins qu'il fomentait. Une forme de solitude cependant qui aide à la dissimulation. Pas la solitude du pauvre gars seul blanc dans sa cité aux dix mille cultures mais une solitude volontaire, qui fait partie inhérente de ce type de personnage à l'intelligence aiguë mais à la sensibilité d'un enfant de trois mois.
Cette forme d'inhumanité, ce manque de sensibilité, d'émotion, de sentiments est une caractéristique typique que l'on retrouve chez tous les plus grands tueurs en série de l'histoire.
Ce tueur en série comporte d'autres éléments typiques de son espèce : le fait qu'il pose devant les médias et les caméras, (cf. ses poses photographiques) le fait qu'il s'épanche dans une logorrhée de 1500 pages pour se raconter lui-même. Son narcissisme est révélateur, il a même demandé lors de sa première audition pourquoi les portes de la salle étaient fermées! Il aurait voulu que beaucoup l'entendent et le voient... L'égo surdimensionné du monstre qui veut rentrer dans l'histoire, être reconnu.
En bref, cette extinction des sentiments, de l'émotion, cette inhumanité que l'on perçoit chez lui, cette froideur glaciale, un  "homme- machine"  est à mon sens très révélatrice de ce que tout humanité a déserté de lui. Il ne s'en est pas pris  pas comme un soldat, un vrai, à un adversaire à sa mesure, il s'en est pris  à des femmes et des enfants... Il ne s'est même pas tué in fine comme un terroriste pourrait l'envisager pour sa cause justement.Le comble de l'ignominie et de la lâcheté. Il n'est même pas un terroriste. Il n'est qu'un banal tueur en série.

La cause, pour ce personnage, "l'Occident à sauver"  et c'est cela qu'il faut absolument comprendre, n'est pas du tout une finalité en elle-même. Elle n'est qu'un moyen. Il aurait aussi bien pu être salaffiste dans les pays arabes, nazi à l'époque de la Guerre, criminel de guerre dans les Balkans ou en Chine; on retrouve ce genre de monstre à toutes les époques, dans toutes les conflits, dès qu'il y a un terreau suffisamment humecté pour se développer. C'est de cela dont il faut avoir conscience, point n'était besoin pour Breivik d'être d'extrême droite, il se trouve qu'en ce moment ces partis ont le vent en poupe à cause de l'irresponsabilité flagrante de nos pays à ouvrir en grand les portes au monde entier sans tenir compte de l'impossibilité pour nos concitoyens à avaler ce repas gargantuesque qu'on leur sert sous prétexte de "bonne soupe".
La cause n'était qu'un leurre, qu'une excuse, et surtout dans son esprit, que l'alimentation de sa logique de folie."un fou est quelqu'un qui a tout perdu, sauf la raison." dixit Chesterton et ce tueur possède à l'évidence un excellent cerveau, certainement un bon QI et il a pu alimenter sa raison de milliers de lectures, de faits, d'articles, de réflexions pendant des années pour développer une réalité toute bête : sa volonté perverse de tuer.

 "Il a sacrifié sa vie, une belle vie qu'il aurait pu avoir"a t-on pu penser  naïvement, pour cette cause qu'on lui aurait criminellement servi sur un plateau grâce à internet et grâce à toutes ses poisons extrémistes qu'il aurait ingurgité "à l'insu de son plein gré". Mieux que cela, nous dit-on, il a été sacrifié par ces criminels populistes qui distillent la haine et la crainte!

Cet homme n'a rien sacrifié, au contraire! Il a refusé de bonnes, et humaines, et légitimes passions (l'amour, la liberté, les richesses...), il a refusé d'être un homme de bien, de servir son pays honnêtement, ceci pour assouvir les passions les plus obscures de l'âme humaine : la domination, le contrôle sur des plus faibles que lui, le pouvoir absolu de vie et de mort sur d'autres humains. Cet homme n'a pas été un martyr mais un monstre, tout simplement. S'enfoncer dans ce qu'il y a de plus glauque dans l'âme humaine, et bien ça rend fou effectivement. Il a fait ceci au nom d'un christianisme dévoyé ce qui rend l'inversion dans le mensonge totale et définitive.

 L'époque veut que ce genre de personnage puisse développer ses pires instincts,  qu'ils puissent tout simplement les assouvir sans qu'aucune barrière, aucun frein ne les arrêtent. Ils sont excusés, légitimés, admirés -à quand le film sur lui? A quand un mariage avec une de ses avocates ou visiteuses en prison? -, ils sont impunis : il est prévu qu'il passe en gros une vingtaine d'année en prison, ce qui n'est RIEN pour la centaine de meurtres commis. Il aura tout juste le temps d'écrire un livre, de se faire un peu d'argent avec, de passer quelques diplômes dans d'excellentes conditions et de préparer ses prochains meurtres.



Notes :
Cf à propos du portrait d'un tueur en série l'excellent film avec Jean Dujardin "Contre-enquête"
Cf aussi deux romans de Dantec : "La sirène rouge" mais surtout "Les racines du mal".
cf cet article : http://www.atlantico.fr/decryptage/anders-breivik-mal-158743.html

dimanche 24 juillet 2011

De l'état de guerre, son jour a toujours été.

 "Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : "Puisque c'est cela que tu as demandé... le discernement, l'art d'être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n'en a eu avant toi et que personne n'en aura après toi."(Lecture du premier livre des Rois -3,5. 7-12)




Vu le film de Romain Gavras « Notre jour viendra », l’histoire d’un délire tragique d’un jeune roux et de son « mentor », roux lui aussi, joué par Vincent Cassel.

 L’idée d’une persécution des roux est très ancienne, ce qui est intéressant dans cette histoire très bien filmée (il y a de beaux plans de paysages du Nord, d’usines désaffectées, de maisons en briques rouges) c’est le rendu imperceptible et dans le même temps flagrant ou éclatant du malaise du jeune roux, persécuté dans sa propre famille, au milieu de son club de foot, partout en fait. La scène au début du film, pendant le match de foot où le héros est complètement rejeté par les membres de sa propre équipe et même frappé par cette même équipe est révélatrice du climat horrible dans lequel vit le jeune roux.
Le héros n’a pas les mots pour exprimer l’enfer qu’il vit au milieu des « siens » et il n’a sans doute pas les capacités intellectuelles (au contraire de Cassel qui est psychiatre et qui observe le drame que vivent tous ces roux). Il exprime sa frustration en se battant, en allant jusqu’à taper sur sa mère et sa sœur et finalement il va péter un câble en se mettant à tirer avec une arbalète sur tous ceux qui se mettent en travers de sa course folle : il veut rejoindre à tout prix l’Irlande, pays dont il a recueilli un dépliant publicitaire avec une photo idyllique de rouquins qui vivent entre eux…Cassel le suit dans son délire et, de profondément dépressif, devient lui aussi hargneux, agressif, violent.

Le délire, la folie est amenée chez les roux parce qu'ils éprouvent un malaise profond, ils voient, ils vivent une réalité qui semble échapper à tous. Celle d’une volonté "ethnocidaire" à leur égard. Celle d'un rejet absolu de ce qu'ils sont tout simplement. Ils en arrivent alors à s’attaquer à tous et n'importe qui parce que tout le monde est l'Ennemi, tout le monde est dans le mensonge, il n'y a qu'eux pour distinguer et surtout supporter cette terrible réalité.  Je force à peine le trait me semble t-il, de cette rage qui les prend lorsque l'Autre les regarde avec commisération, avec étonnement, avec prudence, comme s’ils étaient fous et dangereux. Ce qu’ils peuvent devenir  et deviennent à force de persécutions et frustration, à force de victimisation réelle ou supposée.

Mais la réalité est sans doute plus complexe que cela.

Les roux paraissent les victimes au départ puisque minoritaires mais il faut bien aussi observer le mépris et la haine qu’ils portent envers ceux qui les entourent, qui ne sont pas comme eux. A un moment donné, une petite gamine rousse apparaît et observe les agissements des deux lascars, et le mépris insondable qu’elle affiche envers tous ceux qui approchent les deux héros est incroyablement révélateur. Le roux se sent différent et supérieur. Le jeune roux s’invente d’ailleurs un destin messianique, certes sans doute pour reprendre confiance en lui, mais aussi certainement parce qu’il se croit mieux que les autres. Cassel le psy. est d’une arrogance absolue dans toutes les relations qu’il côtoie. Il n’y a pas dans le film forcément un « gentil » et un « méchant » mais deux protagonistes –les roux et le reste des gens-et ils ne supportent pas de vivre ensemble. Ils ne le souhaitent absolument pas ni les uns, ni les autres. Dans le film, les roux en viennent à fuir -en Irlande, terre promise, base arrière- car ils sont acculés. Ils ne peuvent plus vivre chez eux, ils sont chassés (Le jeune roux, au début du film, fuit la maison familiale où il est honni). Et ils sont voués à la disparition par leurs ennemis. L'enjeu est vital pour les deux protagonistes.

Ce qui frappe est qu’il y a une guerre. Entre les roux et le reste du monde. Et la guerre permet à chaque haine de s’exprimer, d’un côté comme de l’autre, de perdre ou de gagner des points, du terrain, une bataille. Les roux victimes se retournent dès qu’ils en ont la possibilité contre leurs ennemis ou ceux présumés comme tels c'est-à-dire tout le monde. Avec son arbalète en main, le jeune rouquin menace sadiquement un jeune couple dans un jacuzzi avec la complicité jouissive de son mentor.
Le problème, est que cette guerre est oblitérée, niée, non avouée : personne n'en parle mais la persécution existe et elle est le fait de tous les instants, du moindre geste des uns et des autres.Dès lors, en niant la réalité de la  guerre on en vient à être stupéfait par la violence de certains comportements.C'est l'incompréhension qui prime lorsque des actes violents ou agressifs sont menés par une partie ou l'autre. L’étonnement sans borne des gens confrontés aux deux héros est risible ; la scène où les invités d’un mariage qui sortent de la messe et se font agresser par nos deux lascars qui les obligent à se rouler une pelle entre hommes est très drôle.

Cette violence ou haine qui s’exprime de façon complètement désinhibée et surtout dans une pagaille sans nom, dans une folie absolue dans le film est un excellent reflet de ce qui se passe aujourd’hui : cette violence délirante  et la stupéfaction qui en découle, sont le fruit de la négation du fait qu’il y a une guerre en cours. C’est xyr, qui, dans son excellent article Die Welle, l’explique le mieux à mon sens : " Il y aura demain des centaines, des milliers d'Anders Behring Breivik. (…) Et la guerre c'est un temps idéal pour ceux qui sont nés avec l'âme d'un  nazi, ou d'un taliban. Et même s'ils sont ultra-minoritaires, ils  subsistent un peu partout sur le continent. Sans compter ceux qui  viennent d'ailleurs et qu'on invite à entrer."

 Effectivement, la guerre larvée, souterraine, idéologique et physique est commencée depuis toujours, effectivement, « Depuis la fin de cette guerre, des gens se sont obstinés à détruire l'Europe blanche de l'intérieur. » et effectivement les signes de plus en plus visibles de cette guerre vont apparaître. Dans les deux camps. Mais ces signes ne seront pas contrôlés par le biais d’armées disciplinées, des soldats obéissants à des ordres intransigeants, de soldats bridés dans leurs instincts de violence, d'hommes véritables animés par un  vrai esprit de paix et de sagesse...Ces signes ne seront pas contenus dans le cadre de lois justes et fermes qui tiennent compte de la réalité des faits, de la nature pécheresse de l'homme, de l'agencement des nations, des différences intrinsèques entre les cultures et les civilisations.

Non, ces signes sont et seront le fruit d’un aveuglement permanent, puisqu'on nie le simple fait qu'il y ait une guerre... et que l'on prône à tout va et de façon criminelle le "vivre ensemble" impossible... Donc ces signes seront le fait de fous ou des monstres sans morale, sans raison, sans honneur, sans foi ni loi lâchés en pleine nature . Et il n'y aura aucune préparation face à ce déferlement, aucune vigilance, les innocents tomberont des deux côtés. Parfois un peu plus victimes, morts, parfois un peu moins victimes, avec un peu de chance...
« Tout va bien » ironiserait  Dantec.

Bonzour, vous!

 

Et bon anniversaire à certains que ze connais!

 

 

Children, wake up

vendredi 22 juillet 2011

Restif à propos de Philip Roth

 Restif de temps à autre me fait l'honneur de commenter quelques unes de ses lectures. Ici, il évoque Roth que j'aime beaucoup. Je laisse donc, après sa permission, à qui le souhaite, le plaisir de découvrir cette évocation d'un très grand écrivain par un ami qui s'y entend en littérature.

Tu sais, tu avais mis un très bel extrait de Philip Roth sur ton blog, un passage tiré de "J'ai épousé un communiste". J'avais trouvé ça si bien écrit, si sec, efficace, dense et intelligent au plus haut point que j'ai commencé un travail intérieur de réhabilitation de Roth que j'avais méconnu. En Bretagne il s'est trouvé que je suis tombé sur un livre excellent de l'auteur (mais j'ai un problème de titre. Je crois que c'est "Ma vie d'homme" mais ce pourrait être "La contrevie" que je possède, dont le nom m'est donc familier et sur lequel  je n'arrive pas à mettre la main –pas plus d'ailleurs que sur "Le théâtre de Sabbath" et "Opération Shylock" que je désirais relire  sérieusement). Enfin si tu l'as lu tu retrouveras  le titre : en fait c'est la même histoire écrite deux fois et encore passé en revue dans une troisième "nouvelle" qui  forme avec les deux autres un véritable roman. Art de la fugue, de la variation, médiation sur la fiction et le réalisme, sur les pouvoirs de l'écriture, mais tout ça –et beaucoup d'autres choses encore – sort du livre sans jamais être démontré, jamais l'auteur ne monter en chaire pour expliquer son esthétique, non, tout est  découvert par le lecteur même grâce aux indices que le texte laisse affleurer, magistralement, une écriture d'une subtilité extrêmement rare, qui ne prend pas le lecteur pour un idiot à qui il faut mâcher les choses, mais qui se contente de raconter et décrire des sentiments et des événements et de laisser le lecteur en tirer toute la substantifique moelle.  C'était une vraie redécouverte d'un écrivain que "Portnoy et son complexe" que j'avais adoré mais qui n'était pas très sérieux, qui a bien des aspects de pochade, que Portnoy disais-je m'avait d'abord fait classer dans les néo-Miller à la sauce hyperbolique et hyper satirique carnavalesque. Donc "Ma vie d'homme" (on va dire que c'est ce titre là) fut déjà une révélation et je rendis justice à l'homme qui avait écrit avec une telle maestria.


Car il y a là une maîtrise des techniques narratives à couper le souffle, je ne vais pas entrer dans les détails mais ce bouquin devrait être donné à lire aux étudiants de Deug de lettres pour qu'ils apprennent ce que c'est que trousser une histoire, savoir jouer sur des angles qui se contrarient et s'appellent en même temps, comment l'agencement permettent de saisir les personnages et leur(s) aventure(s) sous toutes leurs dimensions- disons que là où tant de personnages avec leur fait, leur vie, sont en deux dimensions, ici ils apparaissent en trois. Et cette manière de  rejouer la même partition trois fois de suite en y intégrant des textes de lecteur professionnelles (agent, éditeur, ami fin lecteur )mais aussi ceux des personnages eux-mêmes qui donnent leur avis sur la manière dont on les a transformés, et bien cette manière, ce tour de main et de force est d'une maestria très rare.

 
 Du coup, lorsque j'ai pris le train ce matin, en furetant pour trouver un livre à lire (des fois que les 3 que j'avais avec moi ne suffiraient pas ^^ ; en fait c'est une excuse pour acheter un livre et parfois lire en train de la littérature "facile", du polar dont on cause avec Cherea notamment) lorsque j'ai vu "Exit le fantôme" de Roth j'ai bondi dessus. C'est tout simplement magnifique. Un grand livre. Pas très épais -366 pages folio, rien à voir avec "Le théâtre de sabbath" ou "Opération Shylock" - , ce livre au titre à mon avis mal traduit (en effet, "exit le fantôme", en anglais "exit the gost" fait référence aux pièces élisabéthaines où sont indiquées les entrées et les sorties –enter the gost/Exit the gost. Et quelle est la pièce élisabéthaine la plus connue où il y ait un fantôme? Hamlet! Enfin pour revenir à la traduction du titre –le reste est très bien mais faudrait voir le texte anglais- je ne crois pas que les gens feront forcément le rapprochement avec le monde du théâtre, or c'est capital. Moi j'aurais osé appeler ça "Le fantôme quitte la scène", c'est bien plus lourd mais bien plus fidèle aussi. En tous cas…Écoute, je n'ai pas le temps et ce que je fais là n'est pas bien il me faut manger et voir si je peux un peu bosser avant de finir demain. Je ne veux pas massacrer ce que j'ai découvert en écrivant  poussé aux fesses, en culpabilisant. Mais c'est tellement beau…Je veux juste te citer un passage (qui met en relief le fait que le "fantôme" du titre ce n'est pas seulement l'écrivain Zuckerman, double de Roth, vieillissant, ayant dépassé les 73 ans et qui avance vers sa fin, avec le corps qui l'abandonne, et qui se paye un dernière virée de retour au monde après être resté 10 ans seul dans sa maison sans voir personne que le couple qui gère le matériel, sans lire une seule revue, sans regarder une seule chaine, ne faisant qu'écrire et lire. Non, il y a bien des fantômes dans ce livre. 

Enfin lis ça "Nous les gens qui lisons et qui écrivons nous sommes finis, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l'ère littéraire.".  C'est si déchirant ce livre, avec cet écrivain qui ressemble à Roth (mais qu'importe? Il nous le fait bien comprendre, la vie réelle des écrivains n'a aucun intérêt, seule compte l'œuvre), cet écrivain qui vieillit qui voit arriver, inéluctable,la fin du voyage. Et qui ne croit pas.Qui n'a que son art, qui n'a que la littérature pour espérer  en une survie. C'est magnifique, c'est un livre de grand maître.  Roth à mon sens se hausse au dessus de tout ce qu'il a fait, même l'excellent (et peut être plus qu'excellent) "Ma vie d'homme" que j'ai lu là-bas pâlit à côté de ce livre testamentaire. Et c'est une découverte que je te dois, car si je n'avais pas lu l'extrait de "J'ai épousé un communiste" que tu as délicatement cité sur ton blog, le travail du changement de regard ne se serait peut être jamais déclenché, ou dans combien de temps. Je comprends aujourd'hui que j'étais trop jeune pour le lire bien avant. Il faut avoir vécu pour reconnaître l'acuité du regard.

jeudi 21 juillet 2011

Le paradis du soir

 

On peut vaguement discerner un chevreuil à la lisière de la bande verte au milieu du blé



A la nuit tombée, je suis partie retrouver mon paradis.
J'ai marché un peu, assez vite, dans un petit chemin sablé,
J'ai levé la tête soudain et, au loin, devant moi, il a surgi :
C'est un soupir de Dieu, le souffle du soir qui l'a déposé.

Il était donc là, il a dressé la tête, attentif, m'a observé
Le joindre.Puis il s'est mis à me parler, comme souvent.
Sa voix est murmure et résonne dans le même temps
Douce et lointaine, claire et pure dans le champ de blé

"Ne crains-tu donc pas de fouler cette terre vierge
Qui retrouve sa pureté originelle chaque nuit tombée
Celle d'avant l'homme, avec lune et étoiles, ciel et terre
Buses, lièvres, renards, et moi, le chevreuil léger.

Tu marches à ma rencontre comme si de rien n'était,
Tu t'avances dans la plaine qui fond dans l'obscurité,
Élargissant les contours infinis de la forêt et du monde
Tu t'enfonces sans peur dans l'espace et ses ombres...

 Et nous les gardiens de la plaine et de la forêt
Te laissons fouler notre domaine à la nuit retrouvé
Tu imagines pouvoir entrer dans ce paradis inutile
Par la porte du silence et du temps immobile

Tu voudrais te faire enrôler à jamais dans les armées
Sereines de cette nature originelle et chaque soir inviolée
Mais tu n'es qu'une poussière, accrochée à l’épi de Blé.

Par le souffle du soir, par un soupir de Dieu tu seras

Dans ta demeure

Renvoyée."

mercredi 20 juillet 2011

Fusion

Flèches de Chartres à l'horizon


Avez-vous jamais entendu cette musique des grands espaces?
Avez-vous jamais élargi votre esprit et votre coeur aux dimensions
D'une mélodie? Avez-vous jamais roulé en suivant ce mur du son
 Au volant alors, le son qui vous emplit le cœur de feu et de glace
Ce mur liquide, transparent, aux milles reflets, ce dieu de la vitesse
Édifié aux coups d'un rythme exclusivement, sans lesquels la machine
Ne peut avancer évidemment. Oh! tenter de fusionner à tout prix
La musique et la machine, c'est le défi délicieux que par faiblesse
Je poursuis chaque jour au volant et n'en déplaise à ma raison
Qui m'adjure de ralentir, je m'envole et je danse et je vis!
 Harmonie impossible,dangereuses et traitresses illusions
Je roule, et, sirènes aux voies enchanteresses, je vous suis!
Priez pour que le mirage un jour, lentement, disparaisse
Pour que l'horizon s'estompe et la musique enfin cesse....
Priez pour que la voiture freine et s'arrête.



mardi 19 juillet 2011

Réciter son chapelet





"Je vous avouerai que ce moyen mécanique pour réciter des oraisons me gêne un peu; je ne sais pas, mais il me semble qu'au bout de quelques secondes, je ne pourrais plus penser à ce que je répète; je bafouillerais, je finirais certainement par balbutier des bêtises...
- Vous avez connu, fit tranquillement le prieur, des pères de famille.Leurs enfants leur bredouillaient des caresses, leur racontaient n'importe quoi et ils étaient cependant ravis de les entendre! Pourquoi voulez-vous que Notre Seigneur, qui est un bon père, n'aime pas à écouter ses enfants même lorsqu'ils ânonnent, même lorsqu'ils lui débitent des bêtises?"
("En route", Huysmans)


plus de bâillon rose!

lundi 18 juillet 2011

Socialistes=criminels 5

 Marchenoir :

"La seule façon dont un peuple peut décider, collectivement, de "boucler les frontières" et de "renvoyer les zimigris", c'est en adoptant lui-même une mentalité résolument opposée au parasitisme et à l'assistanat, une mentalité où la liberté va de pair avec la responsabilité individuelle, une mentalité où la réussite vient de l'effort personnel et non de la "justice sociale", c'est à dire socialiste ; bref, une mentalité libérale."

 Prolo de la Lite :
"Robert Marchenoir , lui , ne triche pas"

"Et la réponse est dans le titre . Le libéralisme , une règle du jeu . Point . Celui qui garde son Roy et sa Reine dans une partie d'échecs ne triche pas , il est le meilleur , avec une part de hasard . Si au bout de cent parties il gagne 95% du temps , il est le plus efficace . Un collectiviste ne défini pas que des règles du jeu , mais aussi une stratégie . Il ne suffit pas de faire avancer son fou en diagonale , il faut le garder jusqu’à la fin . Il faut sacrifier les pions . IL FAUT .
Le libéral joue dans les règles , le plus efficace gagne . S'il perd , il travaille , revoit sa stratégie , le niveau global augmente .
Oui , le libéralisme n'est pas un système complet . Et heureusement . Oui , le libéralisme refuse toute transcendance . En revanche , il pose les règles susceptibles de les voir s'épanouir . En matière de religion , Dieu s'adresse aux cœurs , aux âmes , aux hommes , pas aux masses . Il y a des imams très bien pour ça .
Oui , le libéralisme est individualiste . Ce qui vous permet d'élever des chèvres ou monter un kolkhoze privé en Ardèche si vous en ressentez l'envie et le besoin .
Le libéralisme est une règle du jeu , si vous êtes un être vide de toute pensée propre , de toute créativité , de toute individualité , le libéralisme est vide . Il permet de poser les bases d'une croissance de l'individu , de son être et de sa pensée .
Si vous croyez en Dieu parce que telle religion est la religion d'état , si vous êtes solidaire parce que 60% de vos revenus sont prélevés par l'état , ces principes deviennent dénués de toute valeur . "

jeudi 14 juillet 2011

Les guerriers.

Durtal est un jeune homme en pleine conversion spirituelle : il se décide à aller faire une retraite chez des moines trappistes. Dans la nuit, il doit se lever pour un office et il se rend à la chapelle où se réunissent les moines. Il a mal dormi, hanté par des cauchemars lui rappelant toutes ses turpitudes, sa vie passée, ses vices. Il arrive dans la chapelle et là....

"Il fit un pas, se signa et recula, car il venait de heurter un corps; il regarda à ses pieds.
Il entrait sur un champ de bataille. 
Par terre, des formes humaines étaient couchées dans des attitudes de combattants fauchés par la mitraille; les unes à plat ventre, les autres à genoux; celles-ci, affaissées les mains par terre, comme frappées dans le dos, celles-là étendues les doigts crispés sur la poitrine, celles-là encore se tenant la tête ou tendant les bras.
Et, de ce groupe d'agonisants, ne s'élevaient aucun gémissement, aucune plainte.
Durtal contemplait, stupéfié, ce massacre de moines; et il resta soudain bouche béante. Une écharpe de lumière tombait d'une lampe que le père sacristain venait de déplacer dans la rotonde et, traversant le porche, elle éclairait un moine à genoux devant l'autel voué à la Vierge.
C'était un vieillard de plus de quatre-vingts ans; il était immobile ainsi qu'une statue, les yeux fixes, penché dans un tel élan d'adoration que toutes les figures extasiées des Primitifs paraissaient, près de la sienne, efforcées et froides.
Le masque était pourtant vulgaire; le crâne ras sans couronne, hâlé par tous les soleils et par toutes les pluies, avait le ton des briques; l’œil était voilé, couvert d'une taie par l'âge; le visage plissé, ratatiné, culotté tel qu'un vieux buis, s'enfonçait dans un taillis de poils blancs et le nez un peu camus achevait de rendre singulièrement commun l'ensemble de cette face.
Et il sortait, non des yeux, non de la bouche, mais de partout et de nulle part, une sorte d'angélité qui se diffusait sur cette tête, qui enveloppait tout ce pauvre corps courbé dans un tas de loques.
Chez ce vieillard, l'âme ne se donnait même pas la peine de réformer la physionomie, de l'anoblir; elle se contentait de l'annihiler, en rayonnant, c'était, en quelque sorte, le nimbe des anciens saints ne demeurant plus autour du chef mais s'étendant sur tous ses traits, baignant, apâli,  presque invisible, tout son être.
Et il ne voyait et n'entendait rien; des moines se traînaient sur les genoux, venaient pour se réchauffer, pour s'abriter auprès de lui et il ne bougeait, muet et sourd, assez rigide pour qu'on pût le croire mort, si, par instant, la lèvre inférieure n'eût remué, soulevant dans ce mouvement sa grande barbe.
L'aube blanchit les vitres et, dans l'obscurité qui commençait à se dissiper, les autres frères apparurent à leur tour, à Durtal; tous ces blessés de l'amour divin priaient ardemment, jaillissaient hors d'eux-mêmes, sans bruit, devant l'autel. Il y en avait de tout jeunes à genoux et le buste droit, d'autres, les prunelles en extase, repliés e n arrière et assis sur leurs talons, d'autres encore faisaient le chemin de croix et souvent ils étaient posés, les uns devant les autres, face à face et ils se regardaient sans se voir, avec des yeux d'aveugles.

("En route", Huysmans)


mardi 12 juillet 2011

Socialistes=criminels 4

"Le plus frappant n’est pas tellement dans le fait que ces gens, dans leur jeunesse, aient triché aux examens, mais dans le fait qu’ils ne voient absolument aucun problème dans le fait de s’en vanter" (Marchenoir)

Le fil est à lire impérativement dans son entier chez Didier Goux, ici : "C’est la faute à leulibéralisme"

lundi 11 juillet 2011

Satellite sisters*



* titre du prochain roman de Dantec.

Loi de substitution

"-Vous n'ignorez pas, Monsieur, que de tout temps, des religieuses se sont offertes pour servir de victimes d'expiation au Ciel. Les vies des Saints et des Saintes qui convoitèrent ces sacrifices et réparèrent par des souffrances ardemment réclamées et patiemment subies, les péchés des autres, abondent. Mais il est une tâche encore plus ardue et plus douloureuse que ces âmes admirables envient. Elle consiste, non plus à purger les fautes d'autrui, mais à les prévenir, à les empêcher d'être commises, en supplantant les personnes trop faibles pour en supporter le choc.

Lisez, à cette occasion, sainte Thérèse; vous verrez qu'elle obtint de prendre à sa charge les tentations d'un prêtre qui ne pouvait les endurer, sans fléchir. Cette substitution d'une âme forte débarrassant celle qui ne l'est point, de ses périls et de ses craintes, est une des grandes règles de la Mystique.

Tantôt, cette suppléance est purement spirituelle et tantôt, au contraire, elle ne s'adresse qu'aux maladies du corps; sainte Thérèse se subrogeait aux âmes en peine, la soeur Catherine Emmerich succédait, elle, aux impotentes, relayait, tout au moins, les plus malades; c'est ainsi, par exemple, qu'elle put souffrir les tortures d'une femme atteinte de phtisie et d'une hydropique, pour leur permettre de se préparer à la mort en paix."

("En route", Huysmans)

vendredi 8 juillet 2011

Socialistes=criminels 3

"Quand on se trouve devant une prison doublée d’un asile de fous et d’une association de meurtriers, on ne se demande pas s’il faut les détruire au nom du libéralisme, de la social-démocratie, de la « troisième voie », du « socialisme de marché » ou de l’anarcho-capitalisme."

(Revel, La grande parade, ici)

Avis aux commentateurs

Un blog est un espace privé, un peu comme son salon que l'on ouvre et où on reçoit des amis, des proches, des personnes que l'on a envie de rencontrer. On y montre ce que l'on veut, ici des photos de famille, on y évoque des souvenirs, on y produit ses propres réflexions personnelles et vision du monde souvent pour ses enfants.
Vous comprenez mieux, je suppose, après cette toute petite introduction, pourquoi je ne tiens pas à accueillir n'importe qui ici, en particulier des inconnus qui s'invitent la bave aux lèvres et tous sourires dans le même temps (yes they can!) et qui, entre deux injures devant mes amis, mes enfants, mon mari et quelques jeunes qui me lisent, se vantent de participer à l'écrasement- disparition-abrutissement de leur pays sous prétexte d'être de bons "catholiques de gauche".
S'ils veulent exprimer leur point de vue -que je juge intenable personnellement- libre à eux d'ouvrir leur propre salon et d'y produire leurs propres conversations. Mais pas chez moi. Il ne s'agit pas de censure -la censure s'applique à un espace public et un blog est un espace privé, mon petit chez moi- mais de simple savoir vivre ou politesse.
A ma table, je n'aime pas prendre les postillons de mes invités tout en leur servant la bonne soupe qui est la mienne et que j'ai préparé avec amour et précision.
En ce moment, j'agrémente mes bonnes soupes avec quelques herbes, des citations. Certains trouvent ces herbes trop amères. La moindre des choses est de continuer à sourire en remerciant la maîtresse de maison sans l'injurier ou la critiquer.au minimum. Bref, en ne disant rien et en continuant à lire ou à manger. Ou bien en ne s'invitant pas comme un parasite ou un mal -élevé si vraiment on y est allergique et je puis fort bien le comprendre.Je ne juge pas ces personnes, je veux simplement exprimer une vérité qui est mienne : être catholique et socialiste me paraît inconciliable. C'est tout.

J'en ai assez que l'on juge admirable ou même possible d'être catho. de gauche. Cela fait trop de décennies que le mensonge perdure. La honte, comme dit mon ami Restif, doit changer de camp et ceux qui étaient sincèrement à gauche ou socialistes possèdent aujourd'hui suffisamment d'éléments (économiques, sociaux, spirituels même) pour faire un retour en eux mêmes et s’effarer des conséquences de telles idéologies désastreuses. Il en va de l'avenir de leurs enfants et de leur propre liberté.

mercredi 6 juillet 2011

Socialiste=criminel 2

"Un socialiste c’est un proche des Cantat, des DSK, des Batisti, des cogneurs, des violeurs, des tueurs, des admirateurs de Mesrine. Un socialiste est un être gangréné de l’âme, un lépreux spirituel, une tumeur maligne sur la politique française" (Restif)

ici

Enthousiasme



"Maman ! M'man! Regarde les trottinettes que Papa a achetées!

C'est mes préférées trottinettes du monde entier!"

lundi 4 juillet 2011

Nécessité de l'homme.


Dans ce passage de Kundera , un fils, Jaromil, rentre chez lui  : sa mère (qui vit sans mari et seule avec le fiston) le questionne :

"Je tremblais pour toi! Où étais-tu? Tu n'as aucun égard pour moi!"
(...)
Tu m'assassines! Tu m'assassines! s'écria t-elle d'une voix hystérique, et elle s'élança dans la pièce voisine.
Jaromil restait cloué sur place, épouvanté, et il avait le sentiment d'avoir commis une grande faute.
(Ah, petit, jamais tu ne te débarasseras de ce sentiment-là. Tu es coupable, tu es coupable! A chaque fois que tu sortiras, tu sentiras derrière toi un regard réprobateur qui te criera de revenir! Tu iras par le monde comme un chien attaché à une longue laisse! Et même quand tu seras loin, tu sentiras toujours le contact du collier sur ta nuque! Et même quand tu passeras ton temps avec des femmes, même quand tu seras avec elles dans leur lit, il y aura une longue laisse à ton cou et quelque part au loin ta mère en tiendra l'extrémité et sentira au mouvement saccadé de la corde les mouvements obscènes auxquels tu t'abandonnes!)"

"La vie est ailleurs", Kundera.

Voilà un passage qui en dit long sur la nécessité d'avoir un homme, un mari, un époux,  qui est celui qui coupera cette "laisse" entre la mère et les enfants.


cf aussi ce texte de Philippe Roth tiré de "La tâche"



samedi 2 juillet 2011

Socialiste=criminel

"La première raison pour laquelle on devient socialiste, c’est parce qu’on a une mentalité d’assassin."(Marchenoir)

vendredi 1 juillet 2011

L'affaire du jour

Vend petite poule rousse, bien grassouillette maintenant, à point pour être dévorée de baisers.
Caractéristique de cette espèce : une fois logée dans vos bras, elle y fait son nid et ne souhaite plus en sortir  - manifeste toutes sirènes hurlantes si par malheur vous esquissez un geste pour la déposer quelque part.
Autre caractéristique : biberonne volontiers toutes les heures et hoquète  (caquète?) joliment ensuite.

De l'insécurité

"Quand quelqu'un joue au casino ou achète une grille de loto, il prend l’initiative des opérations, et le résultat ne tarde pas à être connu : l'attitude est active, et l'incertitude de courte durée. Il en va tout autrement pour l'exposition au risque diffus d'être victime d'un délinquant ou d'un criminel : la victime potentielle est passive, et elle ignore complètement où elle sera agressée,...(...)
Comme l'expliquent Bauer et Raufer (2001), "l'insécurité n'est pas un fantasme" : elle existe. Certes, l'information étant imparfaite, et notre capacité à la traiter l'étant aussi, le sentiment d'insécurité n'est pas toujours correctement proportionné au danger réellement couru. Les probabilités subjectives peuvent différer des probabilités objectives. Mais on n'est pas dans la subjectivité pure, dans le fantasme : les actes criminels et délictueux sont bien à l'origine du sentiment d'insécurité." (Dans "le coût du crime et de la délinquance", par Jacques Bichot, économiste, professeur émérite à l'Université Lyon III)

A lire : "Florensac n'est pas Chicago" : "Il y a sur la Promenade, c’est vrai, un noyau de jeunes qui vocifèrent le soir. Mais ce ne sont pas des violents. Aucune agression n’a d’ailleurs été enregistrée à cet endroit. Les gens ont peur mais ils ne devraient pas."

Témoignage  "maison", JB me raconte  : 

"Vers 21h30, ou 22h, on est parti chercher à deux de la bouffe pour un barbecue, dans le centre de F. (banlieue bourgeoise de la région parisienne), chez un épicier ouvert tard.
On marchait tranquillement, ils sont arrivés en bande, une quinzaine, filles et garçons. Ils étaient stationnés à un carrefour, nous n’avons pas voulu changer de trottoir, nous les croisons sans rien dire et les insultes fusent. Nous nous sommes retournés pour les fixer sans nous arrêter cependant. Ils n’ont pas du tout aimé qu’on les regarde sans rien dire. Un type de la bande s’est avancé pour taxer une clope à mon copain et lui n’a pas voulu lui donner ; du coup, j’ai commencé à voir que toute la bande s’énervait à l’arrière et ils nous ont sauté dessus immédiatement (mais en fait à peine nous avaient-ils repéré que l’affaire était déjà « bouclée » dans leur esprit.) Les filles rigolaient. 

Un des types m’a poussé  en pleine poitrine, j’ai reculé puis suis revenu sur lui et j’ai frappé tout de suite. J'étais très énervé et décidé à ne pas me laisser faire... Du coup la bande s’est vraiment excitée devant cette attaque. En fait au départ c’était « un contre un » mais la bande a rappliqué très vite pour un tabassage en règle. Ils m’ont calé contre un mur et j’ai pris des coups, puis je suis tombé et ils m’ont shooté dedans quelques secondes ou minutes  (impossible de savoir combien de temps).

Mon ami s’est fait tapé par un mec puis les nanas ont voulu le frapper avec les poings refermés sur des clefs entre les doigts ; il a eu des griffures sur un bras et s’est explosé le coude en tombant. Il n’osait pas frapper les filles (si tant est qu’on puisse appeler ça des "filles"). 

Nous avons réussi à nous dégager et ils n’ont pas réussi à prendre mon portable. Ils ont été surpris parce que le premier type qui m’a touché je l’ai immédiatement frappé et ils ne s’y attendaient pas en fait. Mais malgré tout, ils étaient trop nombreux …
L’ami qui recevait chez lui avec sa grande sœur a insisté pour que j’aille faire un tour aux urgences (j’avais la mâchoire explosée , je saignais du nez et un œil « noir » dans le coin et quelques hématomes ailleurs) mais je n’y suis pas allé finalement.

Le lendemain, samedi, retour à la maison il y avait de la famille pour le baptême de Gabrielle et je n’ai pas voulu raconter devant tout le monde ce qui s’était passé. J’ai simplement dit que j’avais mal à la mâchoire et que j’avais du mal à manger, maman a cru à un abcès… Elle a vu mon œil noir mais j’ai réussi à noyer le poisson."

Someone somewhere in summertime