En ce moment l'ami XP commet des meurtres en série. Des "tueries" dit-on en langage d'ado. Il aligne les portraits.
Comme je suis quelqu'un qui dit tout mais qui n'a surtout rien à dire de spécial, je vous les signale au cas ou n'auriez pas le réflexe vital d'aller sur un des rares sites qui vaut son pesant de cacahuètes.
L'intelligence des mendiants
"... qu’est-ce que c’est qu’un catholique décroissant, un catholique antilibéral? C’est un garçon qui affirme que nous vivons la pire des époques parce que les gens vont moins à la messe et que les femmes ont le droit d’avorter, mais qui n’a pas honte de dire que c’était mieux en 1900, quand un enfant sur deux ne passait pas l’année, et que leurs mères mouraient en couches une fois sur cinq…. Si c’est vraiment un crevard, le catholique décroissant, il ajoute que l’âge d’or de la chrétienté, c’était le Moyen-Âge, l’époque où un homme enterrait six de ses enfants avant ses trente ans."
Dissection du Michéa
"Avoir une mentalité de Michéa : être mesquin, tout rapporter sans arrêt à l’argent, suspecter tout le temps son prochain d’en avoir trop, se sentir volé quand on donne sans espoir de retour et grugé si par hasard on fait le bien autour de soi, parce qu’il y a la redistribution, pour ça…
le Michéa pense que la société doit être morale, généreuse et soucieuse de son prochain non parce qu’il a une quelconque appétence pour la morale et la générosité, mais parce qu’il considère au contraire que ce n’est pas à lui de s’occuper de ce genre de trucs (variante: avoir une mentalité de fonctionnaire syndiqué)."
Eloge de la fortune, du gaspillage et de la paresse
"Le propre de la société capitaliste, c’est qu’elle n’a aucun sens, qu’elle n’accorde pas la moindre place au Sens, au Sacré, qu’elle ne se fixe aucun but, contrairement aux régimes théologiques ou socialistes qui n’en finissent jamais de viser des objectifs nobles et respectables.
Pourtant, dans la société marchande, au milieu du fatras des babioles, des films de Série B, des canettes de Coca Cola et des grosses bagnoles rutilantes, il finit invariablement par surgir de la beauté, du sens, justement, et disons-le, une civilisation…."
Open bar
"Le contempteur de la finance internationale....Lui, il a une autre idée… Il a réfléchit, et il en a conclu que tous ces gens qui constituent le marché en prêtant leurs économies à 2% sont des affameurs, certes, mais qu’ils ont surtout le défaut de se tenir sur tous les continents, d’être loin, c’est à dire hors de portée de la police républicaine et pour tout dire impossible à serrer chez eux au petit matin, en caleçon, pour l’intérêt de la France…. Comme disait un républicain véreux de la troisième République, les banques je les ferme et les banquiers je les enferme, mais c’est une tâche difficile à mener à bien, quand on ne peut pas envoyer ses flics."
La France est une colonie américaine
"Ce que n’arrive pas à s’empêcher de nous dire Michel Serres, c’est qu’au temps du CNR, en Mai 68 ou en 1981, si la France n’avait pas été une colonie américaine et s’ils avaient dirigé une France souveraine, lui et ses camarades, ils nous auraient fait passer l’envie de nous abrutir avec de la pub et du fric et l’on n’aurait pas pu leur échapper comme on leur a bon an mal an échappé."
"Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde."*** " Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou non."(Dantec) *** l’Art, qu’il soit littéraire ou plastique, n’exprimait jamais rien d’autre, à ses yeux, que l’idée que la partie n’est jamais et n’est pas jouée (Muray)***"la vérité ne peut-être obtenue qu'au prix de renoncer à la certitude" (Nemo)
vendredi 30 septembre 2011
mercredi 28 septembre 2011
Une réunion de profs.
"Le Dr. Mayfield continua. Wilt, qui fixait dehors le nouveau bâiment consacré à la branche électronique, se demanda pour la millième fois ce qui faisait qu'un comité transforme toujours des hommes et des femmes cultivés, relativement intelligents et possesseurs de titres universitaires, en gens acerbes, ergoteurs et ennuyeux, dont le but unique est de s'écouter parler et de prouver aux autres qu'eux seuls possèdent la vérité.Et le Tech n'était plus dirigé que par des comités.
Il avait connu une époque où il pouvait arriver le matin et passer des journées entières à enseigner ou, du moins, à essayer d'éveiller la curiosité intellectuelle de tous ces jeunes, qu'ils soient tourneurs ou ajusteurs et jusqu'à des platriers ou des imprimeurs; et même s'il ne leur avait pas appris grand-chose, il pouvait rentrer chez lui à la fin de la journée en sachant que lui, au moins, s'était un peu enrichi à leur contact.
Maintenant, tout a changé, même son titre. "Responsable des Humanités" s'est mué en "Chargé des aptitudes à la communication et à la réalisation par l'expression"; et il passe le plus clair de son temps soit en réunions de comités, soit à rédiger des mémoires ou des comptes rendus, soit enfin à lire des textes, le plus souvent sans queue ni tête, que les autres lui envoient; et c'est la même chose partout dans le Tech. C'est ainsi que le responsable de la branche Bâtiment, aux aptitudes littéraires notoirement douteuses, a dû justifier son programme de maçonnerie "Briques et Plâtre" dans une étude de quarante-cinq pages intitulée Construction modulaire et application aux surfaces internes, un document si monumentalement ennuyeux et si bourré de fautes de grammaire que le Dr. Board a suggéré de le communiquer à l'Académie pour que lui soit attribuée une distinction en sémantique (cimentique?) architecturale. Il y a eu le même tollé à propos de la monographie commise par la responsable de la branche Restauration, intitulée Progrès diététiques par approvisionnement multiphase institutionnel. Le Dr. Mayfield avait fait tout un plat de ses "Bouchées à la Reine" où l'on prenait, disait-elle, un plaisir royal à sucer les pointes d'asperges avant de les croquer à petits coups, une expression qui, selon lui, pouvait suggérer des visions malsaines à certaines esprits mal tournés. Le Dr. Cox, responsable des Sciences, ayant demandé qu'on lui précise ce qu'il y avait de si incongru à mettre des asperges dans les Bouchées à la Reine, le Dr. Mayfield avait dû lui expliquer les possibles sous-entendus; la responsable Restauration avait alors aggravé son cas en proclamant qu'elle était absolument hostile aux membres mâles d'une société aussi grivoise. Wilt, resté en dehors de toute cette controverse, s'était demandé en silence, comme il le faisait maintenant, d'où vient cette curieuse idée très récente que les mots peuvent changer les choses. Un cuistot est un cuistot, n'en déplaise au titre de "Savant culinaire" dont on l'affuble. Quant à l'employé du gaz, lui donner du "Spécialiste en liquéfaction et gazéification" ne change rien au fait qu'il n'a jamais suivi qu'une formation d'employé du gaz."
(Wilt 3, de Tom Sharpe)
Pour compléter le tableau : cette vidéo édifiante : http://www.soseducation.com/greve27septembre/
Il avait connu une époque où il pouvait arriver le matin et passer des journées entières à enseigner ou, du moins, à essayer d'éveiller la curiosité intellectuelle de tous ces jeunes, qu'ils soient tourneurs ou ajusteurs et jusqu'à des platriers ou des imprimeurs; et même s'il ne leur avait pas appris grand-chose, il pouvait rentrer chez lui à la fin de la journée en sachant que lui, au moins, s'était un peu enrichi à leur contact.
Maintenant, tout a changé, même son titre. "Responsable des Humanités" s'est mué en "Chargé des aptitudes à la communication et à la réalisation par l'expression"; et il passe le plus clair de son temps soit en réunions de comités, soit à rédiger des mémoires ou des comptes rendus, soit enfin à lire des textes, le plus souvent sans queue ni tête, que les autres lui envoient; et c'est la même chose partout dans le Tech. C'est ainsi que le responsable de la branche Bâtiment, aux aptitudes littéraires notoirement douteuses, a dû justifier son programme de maçonnerie "Briques et Plâtre" dans une étude de quarante-cinq pages intitulée Construction modulaire et application aux surfaces internes, un document si monumentalement ennuyeux et si bourré de fautes de grammaire que le Dr. Board a suggéré de le communiquer à l'Académie pour que lui soit attribuée une distinction en sémantique (cimentique?) architecturale. Il y a eu le même tollé à propos de la monographie commise par la responsable de la branche Restauration, intitulée Progrès diététiques par approvisionnement multiphase institutionnel. Le Dr. Mayfield avait fait tout un plat de ses "Bouchées à la Reine" où l'on prenait, disait-elle, un plaisir royal à sucer les pointes d'asperges avant de les croquer à petits coups, une expression qui, selon lui, pouvait suggérer des visions malsaines à certaines esprits mal tournés. Le Dr. Cox, responsable des Sciences, ayant demandé qu'on lui précise ce qu'il y avait de si incongru à mettre des asperges dans les Bouchées à la Reine, le Dr. Mayfield avait dû lui expliquer les possibles sous-entendus; la responsable Restauration avait alors aggravé son cas en proclamant qu'elle était absolument hostile aux membres mâles d'une société aussi grivoise. Wilt, resté en dehors de toute cette controverse, s'était demandé en silence, comme il le faisait maintenant, d'où vient cette curieuse idée très récente que les mots peuvent changer les choses. Un cuistot est un cuistot, n'en déplaise au titre de "Savant culinaire" dont on l'affuble. Quant à l'employé du gaz, lui donner du "Spécialiste en liquéfaction et gazéification" ne change rien au fait qu'il n'a jamais suivi qu'une formation d'employé du gaz."
(Wilt 3, de Tom Sharpe)
Pour compléter le tableau : cette vidéo édifiante : http://www.soseducation.com/greve27septembre/
lundi 26 septembre 2011
Deus semper fidelis est
Je devais avoir sept-huit ans lorsque je suis allée pour la première fois au cinéma. En Italie, puisqu'à l'époque nous habitions Milan. Je m'en souviens comme si c'était hier.
J'étais allée voir L'étalon noir. Pas beaucoup de dialogues, l'histoire d'un cheval qui fait naufrage avec un jeune garçon sur une île déserte. Des images d'aubes naissantes dans un désert caillouteux, puis sur des plages de sable, etc...Les deux vont apprendre à se connaître, à survivre, à s'aimer. Lorsqu'ils sont enfin recueillis par un bateau, le jeune garçon décide de faire courir son étalon.
Je me souviens de deux "courses". Un premier entraînement dans la nuit, sur un hippodrome, sous une pluie battante. L'étalon part comme une flèche, l'entraîneur ne voit bientôt plus le cheval et son petit cavalier mais il entend le galop... Le gamin est récupéré à demi-évanoui sur le dos de Black, son terrible coursier : la vitesse et la puissance du cheval ont eu raison du petit garçon.
La dernière course où l'étalon part bon dernier comme dans toutes les plus belles histoires hollywodiennes et remonte peu à peu tous ses adversaires; il finit vainqueur évidemment et là encore la beauté de la course, la beauté du cavalier sur son cheval, qui ne fait plus qu'un avec l'animal m'enthousiasment encore aujourd'hui. L'émotion est intacte, je ne peux voir des courses de chevaux sans être profondément émue, sans être "dedans" complètement.
Je ne connais rien au monde hippique, je suis montée deux-trois fois à cheval, je me souviens d'un galop à 10 ans en Camargue... Un de mes plus beaux souvenirs d'enfance, grisant de vitesse, d'harmonie avec ce cheval qui avait bien senti que je ne maîtrisais plus rien et que c'était lui qui menait le jeu, lui qui était la force et la puissance et la vitesse, lui qui était le moteur. Moi, je n'avais plus qu'à me laisser mener.... Mais je riais et je pleurais dans le même temps, bouleversée par cette incroyable sensation de liberté : mes parents étaient bien loin, j'avais coiffé au poteau tout le monde et le triple galop c'était pour moi, rien que pour moi, j'étais plus à l'aise ainsi, bien concentrée, bien solide et légère dans le même temps que dans un trot au rythme impossible... Je me souviens là aussi d'une lumière d'arrière-saison, rasante, magnifique, éblouissante.
Ce matin, lever du soleil au volant de la bétaillère, nous sommes en pleine prière "Voici que je sauve mon peuple" dit notre Dieu dans la première lecture, celle du livre de Zacharie, "Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu, dans la fidélité et la justice". Et là oh merveille, nous arrivons sur la plaine, avec le lever de soleil dans toute sa splendeur et sa gloire... J'ai doublé une voiture, la voie est libre! Et Dieu sauve! Je ressens alors cette émotion unique et plénière de ma course à cheval, de toutes mes courses et victoires vécues ou imaginées ce qui revient au même... Je voudrais communiquer à mes enfants encore un peu endormis ce sentiment de gloire et de victoire, de force et d'espérance. Dieu sauve! Dieu est fidèle!
Hier, pendant le sermon de notre prêtre, ce dernier expliquait que pour son sacerdoce il avait du choisir une devise. Au départ il avait choisi "Semper fidelis", toujours fidèle. Puis il avait réfléchi et avait trouvé cette devise assez arrogante... Il a donc troqué pour "Deus semper fidelis est", Dieu est fidèle. Oui, Dieu nous est fidèle même si nous, nous ne le sommes pas toujours et manquons à nos devoirs.
Libellés :
bétaillère réflexion sur la lecture,
famille,
photo,
prière
samedi 24 septembre 2011
vendredi 23 septembre 2011
Une mère ordinaire
"A un kilomètre de là, Eva Wilt se dirigeait vers sa maison avec une détermination qui ne cadrait pas du tout avec son aspect extérieur. Les quelques personnes qui la remarquèrent comme elle descendait, l'air préoccupé, par les rues étroites, ne virent qu'une ménagère ordinaire pressée de rentrer préparer le dîner de son mari, et de coucher les enfants. Mais sous son air ordinaire, Eva Wilt n'était plus la même. Finies la stupidité joyeuse et les idées toutes faites. Elle n'avait plus qu'une pensée en tête ; elle rentrait chez elle et personne ne saurait l'en empêcher. Ce qu'elle ferait une fois sur place, elle n'en avait pas l'ombre d'une idée. D'une manière confuse, elle se rendait compte que sa maison n'était pas simplement un lieu d'habitation. C'était aussi ce qu'elle était, elle, femme d'Henry Wilt et mère de quadruplées, une travailleuse descendant d'une lignée de travailleuses qui avaient nettoyé des planchers, préparé des repas et maintenu des familles unies en dépit des maladies, des décès, et des caprices des hommes. Elle ne s'en rendait pas clairement compte, mais c'était ce qui la faisait s'avancer comme par instinct."
(Tom Sharpe, "Wilt" 2)
(Tom Sharpe, "Wilt" 2)
Libellés :
être mère,
humour,
j'ai lu Tom Sharpe,
portrait
mercredi 21 septembre 2011
Info Ayn Rand
Pour ceux et ceusses qui voudraient -enfin- savoir qui est John Galt et accessoirement qui est Ayn Rand, vous pouvez vous rendre à cette invitation.
Libellés :
Alain Laurent,
info,
Institut Coppet,
J'ai lu Ayn Rand
Les fondamentaux
Réunion de deux heures et demi, pour présenter le programme d'une petite classe de primaire, à côté de laquelle une assemblée générale d'une grande entreprise passe pour de la gnognotte en barre. Nous avons droit, entre autres perles, à ce moment d'anthologie :
La maîtresse : "Ouiiii, dans le cadre de nos projets, nous allons faire une sortie dans le parc public pour ramasser tous les détritus, c'est sponsorisé par les magasins L., ça sensibilise les enfants aux problèmes de l'environnement..."
Moi : "je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée que nos petits ramassent les bouteilles de bière et les seringues qui traînent dans le parc." (à ce moment là, quelques parents s'exclament : "oui oui c'est vrai!" d'autres s'insurgent : "mais non c'est paspossibleheuheu", d'autres s'affolent : "ah bon??" Et moi je me tâte pour savoir si j'ajoute le terme de "préservatifs usagés" à la collecte possible des mouflets mais finalement je n'ose pas...)
La maîtresse : "Heu oui mais non rassurez-vous madaaaame, cela n'arrive jamais" (faux, c'est justement pour cela que j'en parle).
Moi : "Je préfèrerais que vous les sensibilisiez plus simplement au fait de bien faire leur cartable, de ranger leur casier ce qui serait déjà énorme... Pour le reste, il me semble que c'est du ressort des parents" (souk dans la classe).
La maîtresse :" Ouiiii mais bon comme c'est prévu par les magasins L.... Par ailleurs les enfants rapportent leur petit sac poubelle bien remplis à la carriole tiré par un âne, c'est charmant et très écologique! En effet, nous n'utilisons pas de tracteur! "( Ah oui parce que le tracteur, la Machine, c'est le Mal, évidemment, surtout dans une région agricole...).
La maîtresse : "Ouiiii, dans le cadre de nos projets, nous allons faire une sortie dans le parc public pour ramasser tous les détritus, c'est sponsorisé par les magasins L., ça sensibilise les enfants aux problèmes de l'environnement..."
Moi : "je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée que nos petits ramassent les bouteilles de bière et les seringues qui traînent dans le parc." (à ce moment là, quelques parents s'exclament : "oui oui c'est vrai!" d'autres s'insurgent : "mais non c'est paspossibleheuheu", d'autres s'affolent : "ah bon??" Et moi je me tâte pour savoir si j'ajoute le terme de "préservatifs usagés" à la collecte possible des mouflets mais finalement je n'ose pas...)
La maîtresse : "Heu oui mais non rassurez-vous madaaaame, cela n'arrive jamais" (faux, c'est justement pour cela que j'en parle).
Moi : "Je préfèrerais que vous les sensibilisiez plus simplement au fait de bien faire leur cartable, de ranger leur casier ce qui serait déjà énorme... Pour le reste, il me semble que c'est du ressort des parents" (souk dans la classe).
La maîtresse :" Ouiiii mais bon comme c'est prévu par les magasins L.... Par ailleurs les enfants rapportent leur petit sac poubelle bien remplis à la carriole tiré par un âne, c'est charmant et très écologique! En effet, nous n'utilisons pas de tracteur! "( Ah oui parce que le tracteur, la Machine, c'est le Mal, évidemment, surtout dans une région agricole...).
vendredi 16 septembre 2011
Vice de la pomme
Hier, le bruit de la centrifugeuse broyant les pommes a terrorisé ma Gabrielle! Courageusement, elle a tenté durant quelques secondes de retenir un gros sanglot mais il a fallu tout arrêter, vite consoler un poupon hurlant, la recoucher tout émotionnée et fermer soigneusement quelques portes pour continuer le jus.
Cette petite dernière me ravit en permanence, tout n'est à ses côtés que quiétude et douceur de vivre.
Libellés :
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famille,
jus de pomme,
Mots d'enfants
mercredi 14 septembre 2011
Etre chrétien aujourd'hui
Aquinus dit sur Ilys :
Enfin une dernière chose: le mimétisme de la violence n’est qu’une vaste tarte à la crème. Nous ne devons pas imiter la praxis islamique, la racaille-attitude, sinon effectivement c’est la conversion à l’islam au bout du chemin. Mais se défendre, oui. Retrouver des instincts grégaires, oui. Le goût du sacré et de la verticalité, oui.
Le meilleur contre-exemple historique? l’Espagne. La reconquête fut faire à coup d’épée, village après village, à coup de sermons, avec une vision à long terme et un certain mimétisme dans la violence. C’est le côté arabe des Espagnols, qui s’est perpétué jusqu’à nos jours. MAIS ils n’en ont pas perdu leur âme pour autant, et à la libération de leurs terres ils ne se sont pas mis à chasser les érudits, les artistes et et à emprisonner les femmes – mais au contraire, ils ont fait feu de tout bois d’un point de vue scientifique, artistique, théologique. Jusqu’à penser conquérir le monde à partir de pas grand-chose, et à y parvenir en partie.
La ruse perpétuelle de l’Antéchrist c’est le premier message de Grödion sur ce fil. Lounès* lui est dans le vrai. Le Sermon sur la montagne** n’efface en rien l’Ancien Testament, il le complète. Comme le dit Vertumne, une fois que nous avons réussi grâce à l’Ancien Testament bien compris et avec l’aide du Seigneur, à vivre dans une société chrétienne, alors les merveilles du sermon sur la montagne peuvent donner à plein. C’est ce qui explique l’incroyable boost de civilisation qu’a connu l’Europe à un certain moment.
*Début du texte de Lounès : "Mais si tu n’obéis pas à la voix du Seigneur ton Dieu, ne gardant pas ses commandements et ses lois que je te prescris aujourd’hui, toutes les malédictions que voici t’adviendront et t’atteindront."
**Sermon sur la montagne :
27 Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient29 A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. A qui te prends ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique. 30 A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien ne le réclame pas. 31 Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux.32 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. 33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs eux-mêmes en font autant.
34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. 35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. »
Enfin une dernière chose: le mimétisme de la violence n’est qu’une vaste tarte à la crème. Nous ne devons pas imiter la praxis islamique, la racaille-attitude, sinon effectivement c’est la conversion à l’islam au bout du chemin. Mais se défendre, oui. Retrouver des instincts grégaires, oui. Le goût du sacré et de la verticalité, oui.
Le meilleur contre-exemple historique? l’Espagne. La reconquête fut faire à coup d’épée, village après village, à coup de sermons, avec une vision à long terme et un certain mimétisme dans la violence. C’est le côté arabe des Espagnols, qui s’est perpétué jusqu’à nos jours. MAIS ils n’en ont pas perdu leur âme pour autant, et à la libération de leurs terres ils ne se sont pas mis à chasser les érudits, les artistes et et à emprisonner les femmes – mais au contraire, ils ont fait feu de tout bois d’un point de vue scientifique, artistique, théologique. Jusqu’à penser conquérir le monde à partir de pas grand-chose, et à y parvenir en partie.
La ruse perpétuelle de l’Antéchrist c’est le premier message de Grödion sur ce fil. Lounès* lui est dans le vrai. Le Sermon sur la montagne** n’efface en rien l’Ancien Testament, il le complète. Comme le dit Vertumne, une fois que nous avons réussi grâce à l’Ancien Testament bien compris et avec l’aide du Seigneur, à vivre dans une société chrétienne, alors les merveilles du sermon sur la montagne peuvent donner à plein. C’est ce qui explique l’incroyable boost de civilisation qu’a connu l’Europe à un certain moment.
*Début du texte de Lounès : "Mais si tu n’obéis pas à la voix du Seigneur ton Dieu, ne gardant pas ses commandements et ses lois que je te prescris aujourd’hui, toutes les malédictions que voici t’adviendront et t’atteindront."
**Sermon sur la montagne :
27 Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient29 A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. A qui te prends ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique. 30 A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien ne le réclame pas. 31 Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux.32 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. 33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs eux-mêmes en font autant.
34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. 35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. »
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lundi 12 septembre 2011
dimanche 11 septembre 2011
.....à partir des extraits du roman de McCarthy Le grand passage.
Dans une église en ruine, qui menace à tout moment de s'effondrer, un vieillard vitupère contre son Dieu, n'acceptant pas les épreuves dont ce Dernier l'a gratifié (mort de sa femme et de son enfant).
Il finit par admettre que la seule chose qui lui est demandée (si tant est que Dieu demande quelque chose) c'est de rester debout dans l'épreuve, dans son combat contre Dieu. C'est tout. Pas de réponses, pas d'apaisements, pas de joies, pas d'espérance, il reste là, debout, et sa seule présence dans cette église qui menace à tout moment de s'effondrer suffit à faire de lui un témoin de la Présence Divine, un homme véritable.
C'est pas grand-chose et dans le même temps, c'est Tout.
Il y a un prêtre, lui aussi considéré comme un "hérétique" malgré sa fonction éminente. "Tous deux hérétiques jusqu'à la moelle."Ce vieillard et ce prêtre partent du même point de départ, mais le vieil homme s'avance dans les ruines de l'église, le prêtre ne s'engage pas : "Le prêtre n'avait rien engagé. Il ne prenait aucun risque. Il n'était pas sur le même terrain que le vieillard à demi fou. Pas sous la même ombre. Il avait au contraire choisi de rester en dehors du fragile édifice de sa propre église et par ce choix il enlevait à ses propres paroles tout pouvoir de témoigner."
Le vieux passe ses journées dans l'église, terrain à la fois "miné et sacré" à défier son Seigneur et son Dieu. Il sait que : " Que ce que nous recherchons c'est l'adversaire digne d'être affronté. "
De façon inattendue, dit le narrateur, ce prêtre finit par être touché, par le vieillard, comme chacun d'entre nous serons touchés, à un moment donné, par quelque chose ou quelqu'un qui sera "porteur à son insu" d'une vérité nous concernant " Puis un jour, d'un geste machinal, d'un subtil mouvement d'abandon, ils déchaînent sans le savoir un tel tumulte sur un cœur soumis que ce cœur en est à jamais changé, à jamais arraché à la route qu'il comptait suivre, pour être au contraire jeté sur une voie qui lui était jusqu'alors inconnue."
C'est un instant fatidique, absolu, et il est donné à chacun d'entre nous, il faut s'y attendre même si l'on ne peut rien contre ce mouvement qui nous arrache le cœur, qui nous jette sur une route inconnue. On peut, bien entendu, rester les bras ballants, sur ce nouveau chemin, ou bien tenter d'avancer de quelques pas, comme ce prêtre qui a peur de marcher et ce vieux qui vit sous la voûte fragile.
Le vieil homme vitupère contre son Dieu, il dresse un catalogue précis de tout ce qui foire dans sa vie, dans la vie, etc... Et les choses qui foirent, autour de nous, les raisons de douter d'un Dieu (je ne parle même pas d'un Dieu d'amour!) sont si nombreuses qu'une vie ne suffit pas à tenir ce registre...
Peu importe tout cela, pourvu qu'il soit, ce vieil homme, là, dans cette église menaçante, minable, à moitié détruite. Car sa simple présence, vengeresse, blasphématoire ou plaintive, même si c'est pour "déposer contre Lui" suffit à rendre hommage , à rendre lumineuse la Présence Divine dans le monde : car s'il n'est pas là, voici ce qui risque d'arriver : "Et il commençait à voir en Dieu une terrible tragédie. A penser que l'existence de l'être divin était compromise par l'absence même de cette chose simple. A penser qu'il ne pouvait y avoir de témoin de Dieu." S'il n'y a pas de témoin, il n'y a plus de Dieu.
Le prêtre tente d'échapper à son combat, sa crainte est grande, il ne veut pas avancer sur ce chemin miné mais : "On ne pouvait Lui échapper ni même L'ignorer ou Le contourner et il était bien vrai que toute chose jusqu'au raisonnement de l'hérétique était en Lui contenue sinon Dieu ne serait pas Dieu du tout." et le vieillard, au moment de mourir, l'interpelle de façon foudroyante et poignante! : " C'est toi qu'il faut sauver, dit-il dans un souffle. C'est toi."
Ce qui est important de retenir c'est que, quoi qu'il arrive, quoi que l'on fasse, quoi que l'on aura fait ou fera, tous nous aurons notre Instant. Il nous sera donné, gratuitement, pour rien, simplement parce que Dieu est et que nous sommes. Simplement parce que "rien n'est réel que Sa Grâce."
Cette église en ruine peut être une préfiguration de notre Eglise en ruine. On peut vitupérer contre Elle. On peut dresser le catalogue précis de tout ce qui fait qu'elle est lamentable et digne d'être quittée avec pertes et fracas. Ce qui importe, c'est de rester debout au milieux des ruines, simplement pour témoigner de la Présence Divine dans le monde. Pourquoi? Parce que, nous savons, je sais, les hommes " savent dès le premier instant que si les hommes sans Dieu peuvent vivre assez heureux dans leur exil ceux à qui Il a parlé ne peuvent envisager la vie sans Lui mais seulement les ténèbres et le désespoir. "

"Je voudrais donc qu'en tout lieu les hommes prient en levant les mains vers le ciel, saintement, sans colère ni mauvaises intentions. "
Textes de McCarthy, sur ce blog, d'où sont tirées les citations en gras :
http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/12/le-grand-passage-cormac-mccarthy-pas.html
http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/12/le-grand-passage-suite.html
http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/12/le-grand-passage-de-cormac-mccarthy.html
http://oralaboraetlege.blogspot.com/2010/01/le-grand-passage-cormac-mccarthy-lacte.html
http://oralaboraetlege.blogspot.com/2010/01/le-grand-passage-cormac-mccarthy-e.html
http://oralaboraetlege.blogspot.com/2010/01/le-grand-passage-de-mccarthy-f-cest-toi.html
http://oralaboraetlege.blogspot.com/2010/01/le-grand-passage-de-mccarthy-g-un-seul.html
Libellés :
combat spirituel,
le grand passage,
littérature,
réflexion,
religion,
un homme véritable
samedi 10 septembre 2011
New York, 2, World Trade Center (republication dans la série Voyage NY)
Avec mon mari, nous sommes bien entendu allés sur le site du World Trade Center. Sur les lieux, on a du mal à réaliser que deux immenses tours se dressaient là. Aujourd'hui on voit un grand chantier et c'est tout.
Ce qu'il faut aller voir c'est bien sûr la petite église épiscopale de St Paul, située devant le chantier, et qui a accueilli les secours pendant les jours qui ont suivi les attentats. C'est à l'intérieur que l'on trouve tous les témoignages les plus émouvants de ceux qui sont morts lors de ces attentats, les témoignages des familles, des femmes, des enfants, des frères et sœurs, des maris...
Mon cœur s'est brisé devant un dessin d'enfant.
vendredi 9 septembre 2011
Vertus du jus de pomme
Ces jours-ci, je fais mon jus de pommes. Le jardin compte quelques pommiers non traités, les enfants ramassent un panier de pommes le soir en rentrant de l'école, puis Pierre prend un "vide-pomme" (petit instrument qui retire le trognon de pomme), il s'active sur une vingtaine de pommes que je coupe en quartiers, puis je les passe dans ma centrifugeuse, le jus coule, j'enlève le maximum de dépôt (sorte de mousse brunâtre) et j'obtiens ce que vous observez ci-dessus à défaut d'y goûter. Il est bon et très sucré.
J'ai constaté une chose : dans mes périodes de stress ou de grande fatigue je ne cuisine plus, je n'arrive plus à trouver des idées de repas, des recettes, je me rabats honteusement sur les pizzas surgelées ou les oeufs brouillés ou bien la nouille recuite "sauce provençale".
Avec la rentrée, il y a eu du stress et de la fatigue mais j'ai décidé de contrer l'affaire avec un petit détail, un rituel, le jus du pommes. Ca marche. De fil en aiguille je reprends la main sur ce que je ne maîtrisais plus : les horaires, les activités, les rendez-vous de médecin, les vaccins, les certificats médicaux pour le sport, l'installation de mes étudiants, les courses, les commandes de livres, les fournitures à compléter, les livres à couvrir, les papiers de sécu., la garde de la petite par ma fermière en face de chez moi, les leçons d'orthophoniste, les coups de fil de ma mère, le ménage, le repassage, le courrier du travail qui s'accumule, les projets associatifs, les corrections de textes, le stress des jumeaux, les réunions d'école, de collège, de lycées, de prépa, les coups de fil de mes étudiants déboussolés et esseulés...
Le soir donc, nous rentrons de l'école, Basile et Grégoire sont fatigués et se tapent dessus, Rémi hurle, Pierre joue des coudes et des poings. Je demande aux jumeaux de remplir le panier en osier de pommes, j'installe Rémi dans mon bureau avec ses aquarelles ou un livre, je garde Pierre auprès de moi avec son vide-pommes. ça les occupe cette affaire une demi heure. Une demi-heure où chacun est à sa tâche, les jumeaux grignotent les trognons de pommes pas trop abîmés et observent fascinés la centrifugeuse. Pierre enchaîne les pommes. Nous fabriquons un litre de jus avant le dîner. Une demi-heure où la maison est calme, Gabrielle est soit dans son baby relax avec nous, soit dans les bras de Marie-Liesse, soit dans son couffin. Gabrielle a trouvé son paradis : je l'emmène le soir à la sortie des école et elle pleure, affolée par le monde et le bruit de la cour. Gabrielle n'est bien qu'avec ses terribles frères, si doux avec leur petit ange, dans sa maison ou dans la bétaillère dont elle raffole, bercée par le gros moteur et les virages serrés. Gabrielle n'aime pas le monde extérieur pour le moment, son univers s'arrête aux visages de toute la fratrie.
Cette demi-heure me permet de reprendre le fil de l'histoire interrompu par les vacances, un rythme chaotique, il me permet une forme de concentration perdue et me rend un peu de sérénité.
Tenir sa maison, c'est tenir le monde.
lundi 5 septembre 2011
Rentrée
"Je combats pour que leurs coeurs soient remplis de courage et qu'ils soient rassemblés dans l'amour, afin d'acquérir toute la richesse de l'intelligence parfaite, et la vraie connaissance du mystère de Dieu. Ce mystère, c'est le Christ,en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance." (Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1,24-29.2,1-3)
Info philo chez Nicomaque : http://nicomaque.blogspot.com/2011/09/lenseignement-de-la-philosophie.html
Libellés :
famille,
info,
j'ai lu Philippe Nemo,
Nicomaque,
philosophie
vendredi 2 septembre 2011
jeudi 1 septembre 2011
De l'utilité des crucifix dans les écoles.
Un garçon a de si mauvaises notes que ses parents décident de le retirer de l'école publique pour le mettre dans une école catholique réputée très stricte.
Sur son premier bulletin, ils découvrent stupéfaits et heureux, que leur fils a récolté des notes presque parfaites dans toutes les matières.
Ils l'interrogent et le garçon leur répond :
- Quand je suis entré dans la classe et que j'ai vu qu'ils en avaient cloué un sur une croix, j'ai immédiatement compris, qu'ici, les profs ne rigolaient pas !
Sur son premier bulletin, ils découvrent stupéfaits et heureux, que leur fils a récolté des notes presque parfaites dans toutes les matières.
Ils l'interrogent et le garçon leur répond :
- Quand je suis entré dans la classe et que j'ai vu qu'ils en avaient cloué un sur une croix, j'ai immédiatement compris, qu'ici, les profs ne rigolaient pas !
(merci Charles)
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Ayn Rand is back :
chez Nebo et chez Nicomaque
Je délaisse un moment les synthèses sur le colloque sur l'Islam pour revenir à une question importante :
Ce que j’ai compris de ce texte d’XP est ceci : indépendamment du fait que Moix et BHL sont de bons ou mauvais écrivain et philosophe, c’étaient en tant qu’écrivain et philosophe que chacun analysait des faits de société et c’est cette fonction là (écrivain et philosophe) qui leur était refusée par Zemmour et Naulleau. D’où XP qui explique : “ils (Z et N) n’étaient pas là.”
C’est très intéressant.
Il y a quelques jours je suis allée à la conférence d’Alain Laurent sur Ayn Rand. Ce qui m’a fascinée et la chose sur laquelle a insisté Alain Laurent c’est que Ayn Rand, avant d’être une philosophe, une politologue, une libérale, etc (elle n’a jamais pu être classée dans aucune catégorie d’ailleurs ce qui est un signe!), a été, avant toute chose, un écrivain, une romancière. Alain Laurent racontait que toute jeune elle s’isolait pour écrire des histoires… Elle avait lu petite un obscur roman d’aventures de Maurice Champagne “La vallée mystérieuse” et elle va être influencée toute sa vie par cette lecture basique (on peut l'observer dans Atlas Shrugged, son best seller n° 2.)
Ayn Rand, après avoir écrit ses deux grands romans, a voulu conceptualiser ses idées-clé. Mais le mouvement (l'objectivisme, le retour à la notion d'individu par rapport à la notion de collectivisme) qu’elle a entraîné au travers de l’Amérique et du monde, c’est par ses romans qu’elle l’a créé. Uniquement par ses romans.
Je vais plus loin en ce qui concerne Ayn Rand : je pense qu'au départ, lorsqu'elle a écrit ses romans, elle n'en n'avait rien à cirer quelque part d'être "libérale" ou "conservative" ou étiquetée autrement. Elle est partie de sa vie, de son expérience ( lecture de romans divers, fuite et haine du communisme, etc) et de là, elle va écrire ses romans. Elle prend dans ce qu'elle est pour en tirer ses livres.
Le roman avant tout. C’est là que tout se joue, c’est là qu’est la vérité. Dantec dit je ne sais plus où : l’écrivain opère un véritable “hold up” dans le cerveau du lecteur.
Ayn Rand est une sorte de Dantec à son époque. Le roman avant tout. C'est là qu'est la vérité. Dantec explique dans une réponse acerbe à une analyse critique d'Elisabeth Bart (texte sur le Stalker : "Donner un cri à notre déchirement", le 14/02/2010, la réponse de Dantec est dans les notes) : que le Mal, il le circonscrit, il le NOMME et le méprise. Nommer : c'est en fait sa seule fonction.
L’arme de l’écrivain,son arme absolue, c’est l’écriture, c’est le livre, c’est celui qu’il écrit, c’est le roman. Ça n’est pas d’être un fondateur d’association ou président de parti, ni un analyste en stratégie politique ou économique ou un philosophe ou un théologien. C'est d'être simplement un écrivain, qui avait quelque chose à "sortir" de lui à tout prix. C'est tout. Que cette "chose" qu'il a réussi à sortir corresponde avec une forme de réalité est bien logique, un écrivain c'est une éponge pressée, une éponge de son temps, de son époque.
Dantec dans cette interview : "Tout roman est une forme de vie qui vous demande de la mettre au monde.
Sinon il se pourrait bien qu’elle vous tue, elle.
C’est le plus implacable de tous les contrats"
Alain Laurent remarquait le paradoxe entre une Ayn Rand, une femme faible, dépressive, colérique, dévoyée, etc et ses héros de roman impassibles, véritables rocs face à l’adversité qui les accable, etc… Les libéraux et intellectuels proches d'Ayn Rand étaient troublés aussi par cela et ont tenté de cacher ses dévoiements pour que la femme corresponde peu ou prou à ses écrits.
Je ne vois là aucune contradiction pour ma part : l’écrivain n’a rien à voir avec ce qu’il écrit. Rien. La Vérité est dans ce qu’il écrit, pas en lui, en quelque sorte.
On demande aujourd'hui à un écrivain d'être un homme accompli, un saint, un prophète et un chef de guerre. On oublie leur fonction principale et unique, si fondamentale : écrire.*
Ayn Rand, a été rejetée (pour sa plus grande souffrance) par tous ses amis ou proches intellectuels, libéraux, elle était écrivain avant tout et cela ne pouvait que la ramener à une forme de solitude et d’incompréhension dans le monde. Peut-être que la haine d’un Naulleau s’explique par cette incompréhension de la sphère des écrivains ou des artistes, sphère qui n’est pas celle de l’idéologie, de la construction de belles phrases ou argumentation logique, sphère totalement irrationnelle mais qui obéit pourtant à une logique interne très sûre, implacable (”la petite musique” dixit XP via Céline). Faut-il vouloir décortiquer cette logique? Je ne le crois pas, il faut simplement contempler le résultat, c’est à dire LIRE, et être illuminé. La haine d’un Naulleau c’est la haine de la contemplation. Ils ne savent pas se laisser envahir le cerveau par l’œuvre, ils refusent le rapt de leur esprit, ils se ferment à tout. C'est la haine de la vérité. Et du Verbe.
Et pourtant cette illumination triomphe de tout, lorsque l'on voit l'immense succès et "impact" de ces deux écrivains.Et l'apparition de ces écrivains à des époques de l'histoire particulières : Ayn Rand pour s'élever contre toute forme de collectivisme, pour remettre à l'honneur l'Individu face au Groupe, Dantec pour s'élever comme une torche au milieu d'un monde qui s'enténèbre, où toute lumière divine disparaît.
*Ajout : je veux tenter une analogie qui éclairera d'autant plus mon propos : de même que le prêtre catholique est le vecteur de la Grâce (tout en demeurant un homme comme les autres), de même l'écrivain est le vecteur du Verbe (tout en demeurant un homme comme les autres).