lundi 28 février 2011

Iron Man contre "Celui chuchotait dans les ténèbres"

                                                      "Celui qui chuchotait dans les ténèbres", par HP Lovecraft.(citations en italiques du livre intégrées dans ce texte)

Avant : Iron man et le repère Maléfique


La bétaillère s’est envolée une fois de plus pour de nouvelles aventures ultra terrifiantes avec, à son bord, Le Plus Grand Héros de Tous les Temps, Terby-le –Zombie et Miss Pepper qui conduit adroitement sa machine d’une main tout en photographiant de l’autre les environs du repère de gauchistes, cible de nos héros. Paloma, le pigeon voyageur d’Ilys ouvre la marche et dirige nos bons amis.

XP a décidé d’en finir une fois pour toutes avec ses pires ennemis, les gauchistes en tous genres. Il y a quelques jours, après avoir récupéré le pauvre Terby errant hagard sur les bords de routes, il s’est rendu compte que certains membres de l’équipe d’Ilys, Cherea, Panda et Blueb., avaient été sauvagement attaqués, horriblement torturés –selon leurs dires- et sommés de révéler l’adresse de notre super héros. Dieu merci, ils étaient tous trop soûls pour donner une quelconque information valable. Miss Potts, en recevant les courriers de nos pauvres amis relatant leurs affreuses expériences qui avec des pervers, qui avec des perverses, avait failli accoucher prématurément à cause de fous ri… je veux dire à cause de l’angoisse ressentie pour nos héros malmenés. (1)

Bref, Iron Man était de mauvaise humeur. Son côté obscur prenait à cette heure largement le dessus par rapport à l’aura de lumière et de grâce qui l’éclairait habituellement. Ça sentait le roussi dans la bétaillère, pour ne pas dire le souffre ! D’ailleurs le paysage terrifiant traversé augmentait l’humeur sombre de notre héros :
« Peu à peu autour de nous la campagne devenait plus sauvage et plus déserte. D’archaïques ponts couverts survivaient effroyablement, comme s’ils surgissaient du passé, dans les plis des collines, et la voie ferrée à demi abandonnée au bord de la rivière semblait exhaler, telle une brume, une désolation visible… De temps à autre partaient de la route des chemins étroits à demi dissimulés qui s’enfonçaient dans l’épaisseur dense et luxuriante de la forêt, dont les arbres antiques pouvaient bien receler des armées entières d’esprits élémentaires…. A part le bruit du moteur, et le faible mouvement de quelques fermes isolées dépassées ici et là, l’unique son qui frappait [les] oreilles était le ruissellement gargouillant et insidieux des eaux étranges d’innombrables sources cachées dans le bois ombreux.»

Terby, en approchant du lieu maléfique, montre soudain des signes de nervosité et pousse des cris simiesques dans la voiture. Iron man est obligé de l’assommer avec une batte de base-ball qui traîne sous le siège de Miss Potts (cette dernière, après moult études réfléchies et attentives a conclu à l’efficacité de l’engin en cas d’attaque de motards : elle a souvent des soucis avec les motards qui ne comprennent pas bien sa conduite aussi élégante que sportive en bétaillère).
Le pauvre Terby, rappelons-nous a subi un véritable lavage de cerveau durant des semaines dans l’antre du Mal. Échappé miraculeusement, il souffre encore de séquelles graves et ses amis ont beaucoup de difficultés à faire sortir de son esprit quelques démons effroyables venus d’une autre planète ! Voici ce que nos héros sidérés avaient compris du calvaire de Terby :
« des créatures non humaines nous observaient tout le temps et des espions parmi nous recueillaient des informations…Je crois qu’elles avaient l’intention de se débarrasser de moi à cause de ce que j’avais découvert. C’est une grosse pierre noire portant des hiéroglyphes inconnus à demi effacés que j’avais trouvée dans les bois de RH à l’est d’ici ; tout avait changé depuis que je l’avais rapportée chez moi. Si elles avaient jugé que j’avais trop de soupçons, ou elles m’auraient tué ou elles m’auraient enlevé de cette Terre pour m’emporter là d’où elles viennent. »

La planète maudite avait pour nom étrange, avait ajouté Terby entre deux spasmes de terreur, « Goulag » ! Il avait fallu tout le courage héroïque de notre Plus Grand Héros pour entendre ces révélations jusqu’au bout…

En arrivant devant l’énorme bâtisse noire, le repère des monstres inhumains, Iron Man était paré à toute éventualité. Le plan édifié par toute l’équipe d’Ilys était simple donc excellent : s’introduire dans la place, plastiquer les points névralgiques, ressortir avant la désintégration finale. Notre Héros avait pour l’occasion revêtu le costume du parfait commercial, conseillé en cela par un des membres éminent de la bande, Lounès :
« Avant de sonner chez le client tu vérifies la moiteur de tes mains. As-tu bien pris tes échantillons ? Préparé tes USP et tes contre-arguments ? Ton haleine attention ! N’oublie pas de sourire. Ne croise jamais les bras. Perds l’habitude de remuer les mains. Assures-toi que ta voix est dans les basses. Plante-toi devant cet inconnu en étant complètement détendu mais sans l’être vraiment tu comprends ? Sois et deviens ce « bon vendeur » raconté en mille bouquins du rayon « business » des librairies. Sois à l’écoute du client. Mais force-lui la main. Ne te met pas de pression. Mais sache que si tu rates ta target tu seras viré. C’est compris ? Allez va !…”(2)

Au deuxième coup de sonnette, le haut portail s’ouvrit lentement sur un hall d’un noir insondable… La tension de Miss Potts, planquée dans sa voiture et qui suivait notre ami à la jumelle, était à son comble… Iron man réussirait-il à leurrer les créatures infernales et à vendre ses machines Nespresso? Heu non, à déposer ses pains de plastiques?

Une espèce de créature improbable vêtue d’un tablier à fleurs et coiffée ridiculement d’une casquette à étoile rouge sur le centre…Homme ? Femme ? Miss Pepper se frotte les yeux et tente de régler au mieux ses jumelles mais elle peine à cerner l’horrible extra-terrestre. Grâce à des micros portés par XP, elle peut suivre le début de la conversation, le ton volontairement jovial de notre ami, celui nettement plus glacé, dans une sorte de chuchotement ou toux sèche de la Créature.
« Vous êtes au Haut Château, notre Quartier Général, Monsieur, nous vivons ici depuis une décennie et formons une sorte de communauté. Nous rejetons de toutes nos forces, pour les autres, pas pour nous! les trouvailles du Capitalisme telles que la cigarette, les alcools et ce café Nespresso qui illustre parfaitement tout ce qui doit vous révulser dans notre société marchande et consumériste ! Mon nom est Alice Leroy-Mandon. » La voix apparaît comme « le vrombissement d’un insecte gigantesque et répugnant, lourdement modulé à l’image du langage articulé d’une espèce étrangère », et Iron Man demeure encore aujourd’hui « persuadé que les organes qui le produisaient ne ressemblaient en rien aux organes vocaux de l’homme, ni à ceux d’aucun mammifère. »

La porte se referme sur notre Héros et son ennemi et Miss Pepper a des difficultés à suivre la conversation entre les murs épais de la Maison Infernale. « Il y a de la friture sur la ligne » lance t-elle à l’équipe d’Ilys qui suit, haletante, la progression de XP. « Essaie de régler le système « Underground », enjoint le Sorpasso, tourne le bouton un peu sur la Droite, repart à Gauche, ne reste pas au Centre… » -« ça n’est pas une question de Droite ou de Gauche » s’impatiente le jeune XYR. « Miss Pepper essayez d’apprendre à lire correctement les modes d’emplois, à savoir nos textes, avec toute la subtilité et les nuances qui s’imposent… » -« Oh ! Et bien je fais ce que je peux Hordalf, mais vous savez, la complexité, c’est pas forcément ce qui intéresse les femmes ! Notre intelligence est tout autre ! »(3)

Alors que Miss Potts bidouille la machine, on aperçoit soudain Iron Man à une fenêtre, haut, très haut dans le Haut Château. Il brise un carreau et s’élance dans les cieux avec sa combinaison volante. Il atterrit gracieusement auprès de la bétaillère et ordonne : « vite ! Démarrage ! Tout va péter d’une minute à l’autre ! Miss Pepper ne fait ni une ni deux, et lance la bétaillère dans un vrombissement de pneus ; elle écrase au passage deux membres de la secte infernale qui déboulent d’un sous bois voisin et qui giclent sur le pare brise en une substance verte et visqueuse à l’odeur de fromage pestilentielle ! Ce cauchemar ne finira donc jamais ?!
Terby reprend alors conscience et observe, stupéfait l’explosion dantesque du Château où il a vécu les pires heures sombres de sa médiocre existence obscure. « Vous avez réussi » lance t-il à Iron Man. Mais ce dernier tarde à répondre. « Regardez, le capot » s’exclame t-il soudain : des tas de vers grouillants, sortis des créatures explosées, vivants et prêts à grossir et à se reproduire… Décidément, le combat du Plus Grand Héros de Tous les Temps n’est pas prêt de s'arrêter…

1/ Les terribles heures vécues par nos amis, les dossiers détaillés ici : http://ilikeyourstyle.net/2011/02/24/un-soir-apres-ca-mais-tres-tard/
2/ Les conseils par Lounès ici : "Hommage au Commercial Inconnu"
3/ Chez Hordalf, le texte "Ce que veulent les femmes" .

samedi 26 février 2011

A un ami qui écrit; portrait d'un écrivain à partir de "La contrevie" de Philip Roth (republication)


 

J’ai un beau jour allumé

Mon crayon-laser,

Un rayon-vert,

Éclair  de nausée

Vérité désespérée.

Vérité à dévoiler,

Avec le Crucifié ;

Vérité à transcender,

Avec le Ressuscité.



CF l'actualité récente sur Ilys et le texte d'XP : "Les trois débiles mentaux de Causeur"

Cher Ami,

Philip Roth... Il faut lire "La contrevie". En voilà un qui mélange réalité et fiction de façon si géniale qu'il provoque une sorte d'hypnose, (c'est vraiment le terme qui convient le mieux, à retenir) qu'il transporte son lecteur dans cette quatrième dimension (celle de la fiction ou de la vraie réalité) sans ménagements aucuns et crois-moi, il faut s'accrocher à ses quelques certitudes maigrichonnes pour ne pas sombrer dans la folie.Folie qui me parait de jour en jour être la Normalité la plus pure mais qui est ainsi traduite, décrite par ceux qui ne peuvent justement accéder à ces dimensions de l'être: on est traité de fou parce que l'on sait,on voit.Je ne veux plus qu'on me traite de folle parce que je considère que je suis la plus normale de toutes les femmes mais parfois, ce que je vois ou ce que je lis est cependant la vérité vraie, la réalité dévoilée. Yuja Wang, pianiste de renommée mondiale, explique en parlant de Chopin : "on est dans cet ailleurs et la réalité revient" : une pianiste, une interprète d'un artiste. Un lecteur est l'interprète aussi, d'un écrivain, d'un artiste. Il est transporté dans cet ailleurs et la réalité lui revient.Un autre ami m'écrit ceci : "Mais écrire.... [de] la fiction...Je ne sais que trop ce que cela engage. Plus de pudeur, une vie de forçat du stylo et surtout une aventure  spirituelle épuisante, dangereuse qui m'a toujours fait reculer.Je ne veux pas mettre ma famille en danger." On peut remplacer le terme d'écrire par celui de lire et l'on aura aussi, dans la lecture, "une aventure spirituelle épuisante, dangereuse, qui m'a toujours fait reculer."

Je pense qu'un  écrivain ne se pose pas toutes ces questions, il DOIT écrire sous peine de sombrer. Dantec dit qu'il lui faut écrire sinon c'est la littérature qui pourrait le tuer.("Tout roman est une forme de vie qui vous demande de la mettre au monde.Sinon il se pourrait bien qu’elle vous tue, elle.") Il a le Don. Tu le possèdes aussi très certainement.

Nous autres, lecteurs, sommes à la périphérie de cette quatrième dimension que vous dévoilez, vous autres écrivains, nous tournons comme de petits satellites autour de l'immense soleil... Dans le même temps, ces satellites, invinciblement attachés au soleil par une puissance attractive indépendante de leur volonté, ces petits satellites parfois se rapprochent dangereusement de l'astre lumineux (l'écrivain) qui se révèle, être, en fait, un immense trou noir, qui avale tout, absorbe tout pour le régurgiter à sa façon.(sous forme de rayons, de lumière, de vérité). Tout vous sert pour écrire, les gens, les objets, vos proches, vos sentiments, vos maladies, vos emmerdes, etc...

C'est un peu beaucoup le thème de Philip Roth dans La contrevie et c'est pourquoi il faut le lire. C'est le portrait de l'écrivain le plus vraisemblable, le plus juste que j'ai trouvé jusqu'ici et il te ressemble bien, XP.

Un passage de Roth : "Tu cherches un nouvel adversaire, avoue-le. Tu en as peut-être assez de te battre contre les Juifs, contre les pères, contre les inquisiteurs de la littératures, parce que plus tu te bats contre ces adversaires à domicile, plus ton conflit intérieur s'intensifie. Mais te battre contre les goyim, voilà qui est clair. Pas d'incertitudes, pas d'états d'âme, on peut faire le coup de poing en toute légitimité, en toute bonne conscience. Toi, quand on te résiste, quand tu te retrouves au milieu de la mêlée, ça te donne du ressort. Après toute la douceur qui est la mienne, tu meurs d'envie d'une bonne collision, d'un choc - n'importe lesquels, pourvu qu'il y ait assez d'antagonisme pour faire fumer le récit et servir de détonateur à ces philippiques véhémentes que tu adores. être juif chez Grossinger, c'est un peu rasoir, de toute évidence - mais en Angleterre, tu découvres que la partie est plus difficile, alors pour toi, elle devient drôle. Les gens te disent : "il y a des réserves", et là, te voilà revenu dans ton élément. Les réserves, tu t'en délectes."

Ce texte de Roth où l'un des personnages du roman, une jeune femme, Maria, quatrième femme de l'écrivain Nathan Zuckerman, évoque son état, sa nature d'écrivain, je pourrais te l'attribuer mot à mot, XP, peut-être en remplaçant le terme de juif par celui de chrétien , ou d'européen ou d'occidental pour élargir le champ de ton adversaire actuel, à ta mesure. Non que tu voues une haine aux chrétiens, pas du tout, mais disons qu'il est le matériau, ta nécessité pour écrire, ta" réserve". Jérôme Leroy, tu l'as tiré de ces réserves, Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand, Christine Boutin, Naulleau,Ferrat récemment, les catholiques traditionalistes, les intégristes de tout poil, les intellectuels, les communistes, les socialos, les "artistes" , tous tirés du néant, de leurs abîmes insignifiantes pour servir ta Cause, celle de ton écriture. Nous ne faisons pas de politique sur Ilys, ne cesses -tu de répéter, tu as raison, tu n'en fais pas, jamais, tu fais de l'écriture, des pages et pages, tu avances en roulant comme un fou-furieux sur la route et ton bolide a besoin d'essence, de beaucoup d'essence. Nommer cet ennemi sans nom et sans visage, c'est cela le propre de l'écrivain et en nommant tu donnes la vie à ce qui était en  état de mort-vivant. "... il me ramène ses trouvailles.... - et pour l'artiste, toutes les choses sont pures." explique l'héroïne -écrivain , Mrs Stormer, dans la nouvelle d'Henry James :  "Greville Fane".

Grand rôle, grande responsabilité, tu tues, tu agresses, tu assassines, tu étripes, tu dissèques de façon obsessionnelle pour mieux régénérer ces zombies qui forment notre réalité. Voilà pourquoi ceux qui lisent vouent amour et haine à l'auteur : est-on vraiment heureux et satisfaits de sortir des limbes cette réalité qui se présente sous des jours pour le moins glauques et terrifiants? (et là je repense à Lovecraft, ses nouvelles, que je lis toujours en vacances, en Bretagne, dans ma chambrette à la géométrie bizarre, comme celle dans cette histoire de Lovecraft, "La chambre de la sorcière" : de cet espace tordu peuvent sortir, naitre des monstres infernaux auparavant "bloqués" dans une autre dimension souterraine... ) A-t-on vraiment, vraiment envie de tout savoir sur les gouffres de nos âmes? Les Jérôme Leroy, les Naulleau ainsi ressuscités dans différentes "contrevie" (combien de fois as-tu "suicidé" Jérôme Leroy, combien de situations pour le moins édifiantes lui as-tu fait "vivre"? combien de fois as-tu joué avec ta proie?) ils nous renvoient à nos propres esprits, cœurs, corps, ils sont les visages qui apparaissent dans nos miroirs et l'envie peut prendre de casser le miroir c'est à dire de détruire celui qui nous l'a tendu, ce miroir, en nous disant : "tiens! regarde! Mais regarde donc!!" Voilà ce que tu es vraiment! L'écrivain que tu es se réjouit comme un gosse de présenter cette glace et ce portrait, mais celui qui regarde lit jaune bien souvent et son rire sonne faux. Voilà pourquoi l'écrivain est "l'ennemi public" selon la formule de Houellebecq.

Un autre passage de Roth, celui où le frère de Nathan l'écrivain, Henry, se glisse subrepticement dans l'appartement de son frère décédé pour subtiliser des pages de manuscrit compromettantes pour lui-même : "Il avait beau connaitre son frère, il ne l'aurait jamais cru capable d'écrire ces lignes. Toute la journée, il avait fait la sourde oreille à sa rancune, il l'avait condamnée, il s'était fait l'effet d'un misérable pour ne rien éprouver, il s'était flagellé pour son incapacité à pardonner, et voilà que ces pages, outre qu'elles le tournaient en ridicule de la pire façon, le mentionnaient par son nom. Tout le monde, d'ailleurs, apparaissait sous sa propre identité, Carol, les enfants, et même Wendy Casselman, la petite blonde qui, avant de se marier, avait brièvement été son assistante."

En tant que lecteur, cette fois, "[nous] aurions besoin de toute la pureté de l'artiste pour pardonner." continue Henry James.

C'est le juif dans tous ses états qui est observé à la loupe par Roth via son héros fétiche, Nathan Zuckerman, juif-américain, c'est le juif de la diaspora, le juif d'Israël, le juif qui rejette ses origines, celui qui les retrouve, le juif confronté à l'antisémitisme réel ou imaginaire, le juif, le juif, le juif.
Chez toi XP, c'est le chrétien dans tous ses états, le chrétien croyant, pratiquant, celui qui renie ses origines judéo-chrétiennes, l'athée, le chrétien "social", celui qui se dresse avec ces mêmes origines comme étendard, comme excuse, comme culpabilité, comme creuset de sa propre tombe, le chrétien, le chrétien, le chrétien. Le catholique à babouche, le gardien de vaches diplômé, le libéral à babouches, etc...

Qui comprend cela ? Qui accepte cela? Je ne sais pas, le petit satellite que je suis, à force de tourner autour de ces multiples soleils, ces lectures, ces vies et contrevies, a le vertige, parfois jusqu'à la nausée. Lire, se regarder dans la glace, s'essayer à différents visages, portraits, est plus difficile qu'on ne le croit. On croit tenir une vérité et tout à coup, l'image se tord, devient floue, se trouble.

Voilà XP, voilà une présentation bien particulière de Philip Roth, de sa "contrevie",  puisque c'est un portrait d'écrivain que j'ai dressé... et aussi, et toujours chez moi, en miroir, le "portrait" du lecteur.

jeudi 24 février 2011

être mère chrétienne

 
Paul VI : "En outre, l'Église étant intimement liée au Christ, la pénitence de chaque chrétien a également une relation propre et intime avec toute la communauté ecclésiale."


Partie trois jours en Europe voir un ami et un couple avec leurs enfants. Je suis marraine du petit dernier.
Accueillie à la gare par l'ami, nous filons nous restaurer avant de nous entretenir avec un curé qui s'occupe sur la ville de B. de l'accueil des non baptisés et de leur parcours de catéchuménat. Nous frappons à la large porte d'une vieille maison, le quartier est tranquille, désert et beau. Il fait très froid.
Le prêtre qui nous ouvre se présente avec un pull signé Ralph Lauren, sans col romain, un sourire figé qu'on devine forgé par des années de concessions et de diplomatie. La partie est perdue, je le pense immédiatement, un coup d'œil a suffi, j'ai compris les colères, les impatiences, le trouble de mon ami qui, après une sincère et brutale conversion, cherche maintenant à se faire baptiser, c'est à dire à recevoir le Dieu Trinitaire, Père, Fils et Saint Esprit en son âme... La grâce divine c'est à dire la Vie de Dieu.
Nous exposons néanmoins les difficultés : le parcours catéchétique trop maigre, nous n'osons dire médiocre, son attirance pour une Église et une liturgie traditionnelle, qui a plus de "corps". Le prêtre nous arrête, il ne comprend pas bien cette attirance qu'il remarque néanmoins chez de nombreux non baptisés. Je tente d'expliquer la chose, me remémorant mon propre cheminement, l'accès à la liturgie traditionnelle par le biais de mon école tenue par des religieuses, de la 6ème à la terminale, l'apparente sécheresse du latin, des prières, l'accès au Mystère lorsqu'on décide de s'y plonger pour de bon, ce Monde spirituel d'une incroyable richesse qui s'ouvre à nous alors, l'apprentissage surtout de l'oraison, la prière intérieure... Le prêtre au regard d'une fixité gênante ne comprend pas. Je me tais. Nous finissons par trouver un terrain d'entente, une possible sortie du nœud : le curé connaît une paroisse traditionnelle qui peut correspondre à mon ami; il se met à la disposition de celui-ci pour le mettre en relation avec le prêtre tradi. Nous acquiesçons tous deux.

En sortant, je vois le front de mon ami  barré d'un pli des mauvais jours, la mâchoire serrée, il éclate : "Quand je pense que ce prêtre s'occupe des non baptisés! Mais d'où sort-il? Ne voit-il pas où va le monde? Comment vivent les gens? Comment arrive t-il à dormir alors que jour et nuit il devrait songer à toutes ces âmes qui se perdent? Il y a le feu au lac" conclut-il avec violence.

Je soupire, l'urgence, cette urgence d'une apocalypse qui dure depuis la naissance du monde, je la ressens aussi bien souvent.

Je songe que si mon mari avait été là la conversation aurait sans doute été tout autre et nettement moins agréable pour ce prêtre. Je pense ensuite que je n'aimerais pas être à sa place devant le tribunal divin, mais tout de suite, effrayée de cette pensée "impie", je veux me reprendre et imaginer que si nos prêtres en sont là c'est aussi par la faute du manque de prière de nous les laïcs et de nous, les mères de famille en particulier...Si nous faisions notre travail de maman, élever dans la foi nos petits, leur apprendre la maîtrise de soi, la charité qui n'est pas une tolérance vague envers tout et n'importe quoi, si nous tentions de faire de nos enfants des âmes fortes et brulantes tout à la fois,ce travail maternel qui paraît si insignifiant et qui pourtant, j'en suis persuadée,est l'essentiel d'une vie, je pense que notre Église que j'aime tant et qui m'apparaît si défigurée aujourd'hui n'en serait pas là. Je vais m'en retourner chez moi, me dis-je en moi-même, et faire ce que j'ai à faire. "Just do it" comme la publicité le lance. Just do it parce que élever un gamin chrétiennement, ce n'est pas tant le préparer à la vie que de viser la Vie éternelle. Quand on y réfléchit d'un peu plus près, c'est proprement vertigineux.
Tenir sa maison, c'est tenir le monde.

J’ai soif 
L’enfant est né, après bien des alarmes.
Il est beau et repose sur le sein de sa mère.
L’enfant est né, après des cris et des larmes.
Il est maintenant une créature de la terre.

Mais son regard se porte déjà vers le ciel,
Ses bras se tendent vers l’immatériel,
Se referment dans le vide et le néant.
Il est une créature des cieux, pourtant.

Baptisé selon la coutume, avec de l’eau
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
Dieu se love dans son cœur aussitôt
Feu ardent et rouge-sang dans le joyau.

Feu ardent et brûlant attiré par l’eau,
Il murmure maintenant et pour l’éternité,
Dans le cœur de cette âme embrasée
« J’ai soif , Moi le Seigneur, le Très-Haut » .

Descendu aux enfers, volontaire prisonnier
Au cœur de l’homme, un brûlant et divin secret.
Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié
« J’ai soif » murmure t-Il à l’enfant nouveau-né.

« J’ai soif ! » la Voix enfle et se perd
Dans une vie d’épreuves et de misère.
« J’ai soif ! » crient l’enfant et son Dieu-Trinitaire,
Ils sont à la fois, tous deux, l’eau et le désert.
« J’ai soif ! » parfois la Voix se tait, tout s’endort.

Le bruit du monde, la mollesse de nos corps
Assourdissent le doux murmure, le cri délirant
La voix du Père, et celle de l’enfant.
Occultée, la Voix du Tout-Puissant
Moquée, piétinée, écrasée, cette voix d’enfant

Et dans un silence d’outre-tombe
Quand tout est fini, mort, nuit sombre
Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux !
De leur bouche pleine de cendre et qui ne s’ouvre plus
Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus
Puisqu’ils ont appelé, et le Verbe est venu .
Le Calice suprême, La Coupe du salut,
S’est versée sur leurs lèvres, jusqu’à la lie
Ils ont bu.

lundi 21 février 2011

L'égalité réelle : l'utopie socialiste

Un excellent article sur l'Institut Coppet sur cette notion d'égalité au cœur de l'idéal socialiste  : La stratégie du toc par Nicolas Martin. Une citation de Karl Popper :

« Je suis resté socialiste pendant plusieurs années encore, même après mon refus du marxisme. Et si la confrontation du socialisme et de la liberté individuelle était réalisable, je serais socialiste aujourd’hui encore. Car rien de mieux que de vivre une vie modeste, simple et libre dans une société égalitaire. Il me fallut du temps avant de réaliser que ce n’était qu’un beau rêve ; que la liberté importe davantage que l’égalité ; que la tentative d’instaurer l’égalité met la liberté en danger ; et que, à sacrifier la liberté, on ne fait même pas régner l’égalité parmi ceux qu’on a asservis. » Karl Popper, La Quête inachevée, éd. Calman-Lévy, 1976, p. 46-47.

samedi 19 février 2011

Un mercredi. (republication)

Intérieur d'un building de New York, building situé face au World Trade Center


Rares, très rares sont les jours où j'éprouve le sentiment bienfaisant du devoir accompli.
Ce qui prédomine, au quotidien : le fait de débuter chaque jour comme si la veille n'avait jamais existé.

Le mercredi je peux théoriquement me lever plus tard : les grands prennent le car pour aller en classe, les plus jeunes, en primaire (soit 4 d'entre eux) restent à la maison. Mon mari est parti à l'aube, je n'ai pas eu la force de répondre à son : "à ce soir?" interrogatif, comme s'il quémandait une parole, un geste, qui ne viendront pas, il faut l'avouer. Pas de rancœur ou d'embrouille là-dessous, une grande fatigue, simplement, de la paresse aussi, la force de ces fichues habitudes. Elles ont du bon, les habitudes, remarquez, elles sont fort utiles : s'il fallait vivre avec son homme comme aux premiers jours de notre amour, nous serions morts d'épuisement .
Et puis, je n'ai pas répondu, car cette phrase anodine, "à ce soir", sonnait le glas, comme tous les jours, de notre séparation : une porte qui se referme, qui me laisse dans ma demeure et face à moi-même, face aux enfants, face à toutes les responsabilités d'une journée, bref, c'est la trompette de la bataille quotidienne qui commence et j'ai la gorge trop serrée, déjà, pour parler.Allongée dans mon lit, je rassemble mes forces, mon esprit établit des plans d'action, je suis déjà partie, d'une certaine façon, au moment où D. s'en va.

Il m'appellera dans la journée, je le sais, pour reprendre le fil d'une conversation entamée la veille, ou pour ne rien me dire de particulier : sa voix, c'est tout. J'ai entendu la voiture dans le préau démarrer, je sais que les routes sont verglacées, une inquiétude me taraude, dans mon demi-sommeil. Nous demeurons reliés, de façon inconsciente, tout au long de ce jour sans fin, il est dans ma tête, dans mon cœur, il est partout, depuis que je l'ai connu, à 19 ans.

Je me lève, en sursaut, au son de cris stridents et de fracas de vaisselle : les jumeaux et les deux plus grands ont décidé d'aller déjeuner, c'est à dire de transformer la cuisine en champ de bataille. J'hésite, en enfilant maladroitement un jean, les cheveux dans les yeux, entre hurler : "qu'est ce qui se passe?" -phrase-type du mercredi- que personne n'entendra, me recoucher - la cuisine, je le sais, est foutue, déjà - me lancer dans les escaliers court vêtue - "maman, ton "pyzama", il est tout ouvert !!"-, j'hésite, et pourtant les automatismes prennent déjà le dessus, je suis à peu près habillée quand j'arrive sur le Théâtre des Opérations et je tends la main vers une cafetière-vide- sans un regard pour le lait renversé qui goutte à terre, deux gnomes qui se jettent dans mes jambes, rouges de colère, un troisième qui rase les murs avec trois tartines scotchées contre son cœur et un quatrième qui brandit un couteau menaçant et plein de miel...

La journée commence et tout commence. Avant de pouvoir bénéficier d'un petit déjeuner et d'un vrai café, je vais devoir ranger une cuisine dévastée, éteindre au lance flamme un conflit ou deux, éteindre au sens propre cette fois, le grille pain qui a pris feu pour la énième fois du mois, passer un coup d'aspirateur dans les miettes et les céréales qui collent sous mes pieds nus, expliquer sans impatience aux plus jeunes qui gambadent à poil dans la maison, que, oui, aujourd'hui, il faut mettre la tenue de sport, il y a cours d'arts martiaux pour toute la bande, et auparavant, sous le jogging, un slip est bienvenu.

J'épluche dans la foulée mes 5 kilos de pommes de terre, décongèle un peu de viande hachée -hachis Parmentier, à midi, succès assuré, il n'y aura pas de restes pour ce soir, c'est le seul problème - la neige commence à tomber et les enfants que j'avais installés pour travailler dans le salon, autour de la grande table, sautent dans tous les sens.
J'arrive dans un état de nerfs lamentable au bout de la lecture des jumeaux, de la conjugaison de Pierre ("Pierre n'a pas fait son travail hier, il doit écrire, à tous les temps : faire son travail avec sérieux. Signer la punition. Si Pierre ne se met pas plus sérieusement au travail, il ira dans le bureau de Madame la Directrice."). Seul mon Rémi, mon doux Rémi, travaille seul, vite et bien. "z'ai des soustractions avec Retenue, maman! Z'y arrive trop bien!"

Café. Il faudra que j'écrive un jour un hymne à cette boisson.

L'aspirateur reprend du service dans les escaliers, le garage aménagé, la salle de jeu, le salon etc... La veille, je l'ai bouché avec un petit jouet et en tentant de débloquer le tuyau avec un fusil (pas fusil-revolver! Un fusil pour aiguiser les couteaux), j'ai massacré ledit tuyau. Mon mari s'y est collé le soir et dans un calme admirable, a réparé le tout. Je suis une reine et j'ai trouvé mon Roi.
Les grilles- pain et les aspirateurs ont une durée de vie d'environ un mois, chez nous.
Le passage dans le garage me permet de lancer quelques machines de linge, le panier à linge était vide, la veille, mais j'ai du rêver, ce matin il est plein de fringues.

Je vais ensuite me lancer sur des routes verglacées, enneigées, laissant les enfants seuls pendant une bonne heure : je dois aller chercher les grands à l'école et il n'y a pas de cars pour le retour : les bus, comme le faisait remarquer Nicolas dans un article sur Ilys, dépendent d'un service public, pas du besoin des gens. Ici, ils dépendent uniquement des lycées publics de la grande ville. Mes enfants vont à l'école privée : pas de cars pour eux, au retour, le mercredi midi, les horaires ne correspondent pas avec la sortie du Public.

La voiture a toujours été un immense délassement : j'aime conduire, plus que tout, j'aime aller vite au travers de la forêt, au son d'Ennio Morricone, de Dire Straits, de Supertramp. Vieux tubes de ma jeunesse dont je ne me lasse jamais. Je double, par jeu plus que par nécessité, je me détends enfin, je décompresse un peu. Ces jours-ci, la neige et le verglas rendent "le jeu" nettement moins amusant et la bétaillère proteste d'être brimée dans ses élans.(1)

Déjeuner dans les bruits de tabouret, dans une cuisine minuscule où nous avons réussi à caser une grande table : les aînés se heurtent aux épaules, racontent avec animation leurs cours de la matinée. J'entends sans vraiment écouter : je ne supporte plus de relever les insanités des cours d'histoire,(la colonisation et ses méfaits, rien que ses méfaits) de géographie, (l'Amérique, l'axe du Mal), d'éducation civique,( comment vos parents pratiquent-ils Réellement l'écologie?) d'économie ( les méfaits du capitalisme), de SVT (comment enfile t-on un préservatif?). Je ne supporte plus, je me dis que les cerveaux de mes gamins sont bien formatés, que le chemin de la reconquête est trop dur pour nous les parents, qu'il est plus difficile de remonter un escalier que de le dévaler, que nous avons perdu la guerre sans même s'apercevoir que les morts, ce sont tous nos enfants.

Le gratin disparaît, j'en éprouve une certaine satisfaction en même temps que de l'inquiétude : la sempiternelle question : qu'est-ce que je vais faire à manger ce soir ? se pose depuis le matin... J'ai prélevé une bonne assiette de gratin, pour D. Je la protège jalousement, contre mes propres enfants qui tournicotent autour avec des airs intéressés, affamés, comme s'ils ne venaient pas de s'envoyer cinq kilos de purée et de viande...
J'ai réussi à fourguer au dessert les pommes du jardin, délicieuses, que nous entreposons dans le garage. Cette année a été une année "à fruits" : j'ai fait des confitures que les enfants ne mangent pas, des bocaux -réussis- et j'ai congelé des framboises et baies diverses : mon François, grand cuisinier devant l'Eternel depuis l'âge de dix ans environ, me concocte, dans ses temps libres, des cakes, des tartes, etc...
Je pense systématiquement, avec ces fruits, au passage dans la Route où le père découvre sous la neige un parterre de pommes... Si des évènements apocalyptiques ont lieu, il y aura, par ici, une réserve avec quelques nourritures de première nécessité et des bocaux de fruits. Je pourrai chasser dans les forêts avoisinantes, le gibier abonde. Nous avons été bloqués, samedi soir, à l'aller et au retour, avec mon mari, dans la forêt, par une harde de sangliers qui traversaient la route... La nuit, la forêt leur appartient. Et la route aussi.
Je dis : je pourrai chasser, parce que, évidemment, la fin du monde aura lieu pour les autres, pas pour moi et les miens. Pas ici. Ici, c'est le Paradis.(2)

Café. La troisième ou quatrième tasse de la journée. Un café léger, brûlant, j'ai rempli ma cafetière ce matin, elle restera allumée toute la journée jusqu'à tard le soir. Je prendrai un dernier café, dans mon bain, avec un bon bouquin.

Conduites l'après-midi pour les cours de sport des enfants : deux par deux, ils vont à une initiation d'arts martiaux, donnée par un prof. noir, de deux mètres de haut, très gentil, il est pro en Taekwondo, je crois. Les jumeaux font les combats ensembles : le prof. m'a expliqué qu'ils se tapaient dessus comme des brutes et qu'ils font pleurer les autres petits lorsqu'on décide de les mettre à combattre avec d'autres gamins... Je suis très fière.
Pierre se bat parfaitement : poings-pieds, la coordination est impeccable, les coups solides. Rémi, mon doux Rémi, est une catastrophe : il subi le combat. Bon, néanmoins, il se prend les coups sans broncher, sans pleurer, c'est déjà ça.

J'emmène les deux petits derniers, après le sport, à une heure d'adoration devant le Saint Sacrement. C'est un peu le clou de ma journée, mon heure de sport à moi, mon Combat!
Auparavant, dans l'après-midi,une maman m'aura appelé, me demandant d'animer cette heure prévue pour les petits enfants. Je n'ai rien préparé, je n'ai pas de montre à mon poignet, il faut "tenir" une heure, avec des tous-petits qui s'agitent dans tous les sens. J'adore ces instants de vérité, le vertige qui me touche lorsque je songe que je suis en présence de Celui qui a créé le ciel et la terre et tout l'univers, dans le décor d'une chapelle d'une banalité affligeante, au milieu de petits d'hommes qui batifolent sous le regard de leur Dieu. Ah! Cette Réalité infinie qui nous dépasse! Je songe que Bloy a écrit des pages là-dessus, il faudra que je retrouve quelques citations de celui qui a percé le secret de ce Réel et qui aura montré, comme McCarthy que je lis aujourd'hui : le réel est Grâce.
Mon curé me chope à la fin et me dit : "Ah! ils ne sont pas très sages, tout de même!" Je ne sais s'il s'inquiète pour moi ou s'il me reproche mon manque d'autorité. Je lui réponds que je n'ai rien vu ni entendu des cris et bruits des petits, que c'est normal qu'ils s'agitent, que le Bon Dieu s'en fout, en fait.(3) Cet instant, cette heure d'adoration est quelque chose de si unique, lorsqu'on y songe, que rien, pas même l'immolation par le feu du plus grand de nos saints ne pourrait compenser la Présence de Celui qui est Tout.

Retour à la maison, hurlements sur les grands que je trouve vautrés devant la télé ou sur Face Machin.
Douche pour les petits, je sors deux pizzas et une soupe toute préparée, rediscute avec mon fils aîné d'un épisode scolaire qui date d'avant les vacances : il a été auditionné par des flics, à l'école : une bagarre avait éclaté à la sortie des cours, près d'un arrêt de bus, avec 10 ou 15 jeunes issus du lycée public et issus de la Diversité. Ils avaient pris à partie un petit jeune du privé (sans doute pas complètement innocent : une histoire de trafic de drogue, certainement) que mon fiston connait : résultat, mon grand ado s'est cru obligé de se lancer au secours du petit jeune. Un troisième appelait les flics, pendant ce temps. Récit ordinaire d'une histoire ordinaire. J' ai attendu le coup de fil du directeur. "Tout va bien Madaaame, il ne s'est rien passé dans l'enceinte du lycée! "(traduisez : cela ne nous concerne pas). Bon, mon fils veut qu'on reste là, je l'engage de nouveau à ne pas forcément se mêler des bagarres entre racailles. Je voulais examiner ses côtes, il a tenu son pull, à deux mains, pudiquement, et crié avec un ton effarouché : "ça va pas non?! T'es ma mère!" Je ne comprenais pas trop l'argument mais me suis inclinée...

Vivement que D. rentre. (4) Je n'en peux plus, la nuit est tombée depuis longtemps, la maison bruisse, les petits crient dans les chambres, jouent avec leurs petits soldats, les filles mettent la musique à fond dans leurs tanières respectives, je me réfugie un instant dans mon bureau, je lis quelques blogs, me décide à commencer la correction d'un texte sur le libéralisme, pour mon mari. C'est un peu rasoir, je n'y comprends rien mais on me demande une bête correction, pas de refaire le monde... J'essaie de me convaincre que les grandes guerres se gagnent toujours dans les détails.

Les pizzas brûlent doucement dans le four, la soupe bout à gros bouillons, il est temps de sonner la cloche pour rameuter la troupe. J'installe les petits, oblige chacun à prendre un bol de soupe bouillant et c'est dans cette agitation que le maître de maison fait son apparition, tous sourires : un seul : "salut les gars" prononcé d'une voix douce et grave suffit à apaiser mes sauvages. Un baiser, pour moi, le premier vrai baiser de la journée!!

Je me rends compte à ce moment-là que le poids que j'avais sur le cœur, depuis l'instant où j'avais entendu son "à ce soir, chérie", le poids disparaît, miraculeusement. Je respire mieux maintenant et je voudrais raconter ma journée, j'ai plein de choses à lui dire mais tous, nous avons plein de choses à lui dire, alors mon tour attendra!

La soirée s'accélère : les jumeaux sont au lit, auparavant ils auront lu une histoire, soit tout seul, soit avec un grand, je serai montée les embrasser, chercher un doudou perdu et ils me feront, gravement, chacun leur tour, un signe de croix sur mon front...
Le couchage de Pierre et Rémi suit de près, ils sont fatigués et s'endorment sans difficultés. Mon cuisinier de treize ans achève au lit son Blueberry ou ses Tuniques bleues.Les trois aînés, le garçon batailleur et ses deux sœurs, se racontent quelques anecdotes scolaires ou terminent leurs devoirs.

La soirée commence tout juste, notre soirée, et je suis bien. Le monde tourne dans le bon sens, maintenant, le monde c'est ma maison. Nous gagnerons, j'en suis persuadée.
"Quand l’être aimé fait son entrée.
Communiquer, se relier, se retrouver, s’embrasser
Enfin !!
Dans la chambre, le lit luit faiblement.
Se laisser envelopper,
Se laisser tomber,
Se laisser aimer."(5)



1/ http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/03/blog-post.html

2/ http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/07/jai-pu-regarder-le-soleil-de-face.html
3/ http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/11/adoration-du-saint-sacrement_23.html
4/ http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/07/fatigue.html
5/ http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/03/normal-0-21-avril-2008-mes-deux.html

vendredi 18 février 2011

Du résultat

"Malheureusement, rien ne pousse les psychothérapeutes à trouver ce qui marche rapidement et facilement. Dans la plupart des activités professionnelles, on paie les gens quand ils réussissent ce qu'ils ont entrepris. Mais en psychothérapie, on vous paie à l'heure, qu'il y ait eu quelque chose d'accompli ou non. Si une thérapeute est incompétent, il gagne plus que celui qui peut réaliser le changement rapidement. De nombreux thérapeutes se font même une règle de ne pas être efficaces. Ils pensent qu'influencer une personne directement est une manipulation et que c'est négatif.C'est comme s'ils vous disaient : "Vous me payez pour vous influencer. Mais je ne vais pas le faire parce que ce n'est pas ce qu'il faut faire." Quand j'avais des clients, je faisais toujours payer au changement plutôt qu'à l'heure et seulement lorsque j'obtenais des résultats. C'était plus motivant.
Les raisons invoquées par les thérapeutes pour justifier leurs échecs sont vraiment choquantes, comme par exemple : "Il n'était pas prêt à changer." C'est une bien piètre excuse. S'il "n'est pas prêt", comment justifier de le voir semaine après semaine et de le faire payer? Plutôt dire à la personne de rentrer chez elle et de revenir quand elle sera "prête"! J'ai toujours pensé que si quelqu'un "n'était pas prêt à changer", mon rôle était de le préparer à changer.
Imaginez que vous confiez votre voiture à un mécanicien, qu'il travaille dessus plus de deux semaines, mais qu'elle ne fonctionne toujours pas. S'il vous dit : "La voiture n'était pas prête à changer", vous n'accepterez pas cette excuse, je suppose. Pourtant, c'est ainsi que les thérapeutes s'en sortent généralement.
L'autre motif souvent invoqué est que le client "résiste". Imaginez que votre mécanicien vous annonce que votre voiture "résiste" : "Votre voiture n'était pas assez mûre pour supporter un travail sur sa soupape. Rapportez-la la semaine prochaine, nous essayerons encore." Vous n'accepteriez jamais une excuse pareille. De toute évidence, soit les réparations qu'il essaie de faire n'ont aucun rapport avec le problème, soit il utilise les mauvais outils. Il en va de même avec le changement thérapeutique ou éducatif. Les thérapeutes et les enseignants efficaces arrivent à préparer les gens au changement, et quand ils font ce qu'il faut, ils ne rencontrent aucune résistance. Malheureusement, la plupart des individus ont une tendance perverse. Lorsqu'ils font quelque chose qui ne marche pas, en général ils persistent davantage, plus longtemps, ou plus souvent. Quand un enfant ne comprend pas quelque chose, son père ou sa mère va hurler exactement la même phrase au lieu d'essayer d'autres mots. Et quand la punition ne modifie pas le comportement d'une personne, la conclusion habituelle est que ce n'était pas suffisant, donc qu'il faut punir davantage.
J'ai toujours pensé que si quelque chose ne marchait pas, c'était peut-être une indication qu'il fallait faire autre chose! Si vous savez que quelque chose ne marche pas dans un cas précis, n'importe quoi d'autre aura de meilleures chances de réussir que de persister avec cette même chose."

Un cerveau pour changer- Comprendre la Programmation Neuro-Linguistique, de Richard Bandler, éditions Pocket Evolution

jeudi 17 février 2011

Conversation


"…. et  pour l'artiste, toutes les choses sont pures." Henry James

"Le fond n'a strictement aucune importance. Seule compte la forme. La forme ne détermine pas plus le fond qu'elle ne le soutient ou qu'elle le sert, elle EST le fond."
"Ce que Céline a voulu vous dire, c'est qu'il ne vous appartient ni de déterminer ni d'exprimer le fond, qu'il inutile de s'en soucier, et que la petite musique vous le livrera." XP
   
Le roman qui ne découvre pas une
portion jusqu'alors inconnue de l'existence est immoral. La connaissance
est la seule morale du roman."
Kundera, "L'art du roman"

Je vois presque comme le geste de notre
 temps l'homme tenant un livre entre ses mains, comme l'homme
agenouillé, les mains jointes, fut le geste d'un autre temps.
(Hugo von Hofmannsthal, "Le poète et l'époque présente")
 
"Esseulé, tu n'es cependant pas seul. Quand tu avances, la Bibliothèque marche avec toi."(Christophe van Rossom, "Savoir de guerre")  


"Hawthorne leva la tête pour la dévisager. Il avait une expression presque féroce.

-Cela veut dire, n'est-ce pas, que mon livre est vrai?

-Oui, dit-elle.

-L'Allemagne et le Japon ont perdu la guerre? dit-il, fou de colère.

-Oui.

Alors, Hawthorne referma les deux volumes et se leva sans rien dire.

-Et même vous, vous ne regardez pas les choses en face, dit Juliana." (Le Maître du haut Château de Philip K. Dick.)


 
Conversation :

XP :

"-Je suis en train de relire Cioran, et je gamberge sur notre conversation de ce matin.... Tu parlais du bon sens. Mais si un Soral est imperméable à la littérature et la métaphysique, c'est qu'il en a trop, du bon sens, justement! Et ce qu'il déteste chez les juifs, c'est justement ce manque volontaire de bon sens.

Par exemple, quand on dit "la philosophie n'apporte aucune réponse, mais uniquement des questions", quand Roth écrit que la littérature ne doit servir aucune idée, aucun combat, c'est un manque de "bon sens" évident".
Et d'ailleurs, la religion musulmane se distingue du christianisme par le bon sens et la rationalité! La Trinité? Tordu! Un Dieu dont chaque seconde est à lui mais dont le royaume n'est pas de ce monde? Tordu, irrationnel, insulte au bon sens!

 Le libéralisme, la main invisible,  l'absence de plan, la spéculation? Irrationnel, manque de bon sens total. La finance islamique, l'interdiction de l'usure? Du bon sens! Les prévisions écologistes? Il faudrait quatre planètes pour avoir assez de matières premières et consommer cinquante ans comme on le fait? Du bon
sens! Les anti écolos leur répondent "qu'on trouvera autre chose, qu'il faut faire confiance à l'homme"? Irrationnel, insulte au bon sens!"


La crevette :

"-Ah c'est vrai... Tu remets tout en question du coup. Zut. Mon idée de bon sens ne marche plus du tout.

Disons que philosophie et littérature, toutes irrationnelles qu'elles apparaissent se plient en fait à des formes de raisons très différentes mais très essentielles. Chacune de ces disciplines suit en fait un chemin très rigoureux. Tu ne peux pas dire que ce sont des chemins irrationnels. Je pense au contraire que c'est très rationnel, très scientifique dans les deux cas. La poésie est vraiment une source de connaissance au même titre que la philosophie ou les mathématiques. Simplement on fait appel à des formes différentes de la raison.

Je pense que l'on peut suivre, pour certains, un chemin de philosophie, d'argumentation, d'autres se meuvent sans souci sur une route littéraire, la plupart des gens s'en tiennent à l'entrée de la forêt et n'empruntent aucun des deux sentiers. Ils n'ont pas tout simplement les capacités.

Il n'en demeure pas moins que tout le monde possède normalement ce que l'on appelle communément du bon sens ou le sens commun. Lorsque ce dernier se targue d'être l'unique voie de connaissance, c'est peut-être là que ça foire.


Maintenant, aujourd'hui, même ce sens commun a disparu : on le voit bien dans l'éducation des enfants par exemple, où les parents font n'importe quoi! Le simple fait de dire à un enfant : "termine ton assiette" ne coule plus de source. Il n'y a plus de bon sens du tout.

C'est là qu'intervient l'idée du Sorpasso de son Faux-Bien.* C'est le Bien lui-même qui est déformé, perverti, pas le Mal.  D'où la perte de repères des gens, la perte de bon sens. Le Bien n'est plus le Bien. Et nous nous mouvons dans une réalité confuso-onirique comme il dit qui nous leurre en permanence sur la réalité vraie.

Alors je pense que ce Bien (lié au Vrai) on peut le retrouver par la voie de la poésie; c'est elle qui, si certains qui sont doués, qui ont reçu ce talent, se plient à son écoute, à l'écoute d'une mélodie très secrète et très cachée qui demande des oreilles particulières, et s'ils la restituent au mieux de leur art, c'est elle et elle seulement qui peut nous faire éclater cette fausse bulle de Bien.

Je pense plus à la force de la littérature qui comme le dit Roth ne dépend de rien (aucune idée aucun combat) qu'à la philosophie qui dépend, qui a pour matière les idées (et donc des fausses idées aussi)."




*« N’ayant pas compris qu’une civilisation n’existe que par la coexistence du Bien et du Mal, et les valeurs qui s’en dégagent, ils ne risquent pas de saisir que la violence nihiliste dite des banlieues n’est que la compensation de ce discours lisse et onirique d’un monde privé du péché originel et de tout ce qu’il suppose dans la construction d’un individu. »

mercredi 16 février 2011

« Ouvre mes yeux...aux merveilles de ta Loi »



Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,22-26.

Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. On lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher. Jésus prit l'aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait : « Est-ce que tu vois quelque chose ? » Ayant ouvert les yeux, l'homme disait : « Je vois les gens, ils ressemblent à des arbres, et ils marchent. » Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l'homme ; celui-ci se mit à voir normalement, il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté. Jésus le renvoya chez lui en disant : « Ne rentre même pas dans le village. »


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris



Commentaire du jour :

Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Marc, n°8, 235 (trad. SC 494, p. 143)

« Ouvre mes yeux...aux merveilles de ta Loi » (Ps 118,18)


      « Jésus lui a mis de la salive sur les yeux, lui a imposé les mains et lui a demandé s'il voyait quelque chose. » La connaissance est toujours progressive... Ce n'est qu'au prix de beaucoup de temps et d'un long apprentissage qu'on peut parvenir à la connaissance parfaite. D'abord les saletés s'en vont, la cécité s'en va, et c'est ainsi que la lumière vient. La salive du Seigneur est un enseignement parfait : pour enseigner de façon parfaite, elle provient de la bouche du Seigneur. La salive du Seigneur, qui provient pour ainsi dire de sa substance, est la connaissance, comme sa parole qui provient de sa bouche est un remède...

      « Je vois des hommes, comme des arbres qui marchent » ; je vois toujours l'ombre, pas encore la vérité. Voici le sens de cette parole : je vois quelque chose dans la Loi, mais je n'aperçois pas encore la lumière éclatante de l'Évangile... « Et il lui posa à nouveau les mains sur les yeux et il commença à voir si bien qu'il voyait tout clairement. » Il voyait, dis-je, tout ce que nous voyons : il voyait le mystère de la Trinité, il voyait tous les mystères sacrés qui sont dans l'Évangile... Nous aussi nous les voyons, car nous croyons en Christ qui est la vraie lumière.




mardi 15 février 2011

La foi est pour l'âme une nuit profonde ; mais c'est par son obscurité même qu'elle l'éclaire


  

"La foi, disent les théologiens, est une habitude de l'âme, certaine et obscure à la fois. Elle est obscure parce qu'elle nous propose des vérités révélées de Dieu même, qui surpassent toute lumière naturelle, qui excèdent...toute compréhension humaine quelle qu'elle soit. De là vient que cette lumière excessive fournie par la foi devient pour l'âme de profondes ténèbres. Une force supérieure, on le sait, surmonte et fait défaillir une force moindre. Ainsi le soleil éclipse toutes les autres lumières, au point que lorsque celui-là resplendit, celles-ci ne semblent plus, à proprement parler, des lumières. En outre, son éclat dépasse totalement notre puissance visuelle quand il est dans sa force, en sorte qu'au lieu de la faire voir, il l'aveugle, parce qu'il est excessif et hors de proportion avec notre vue. De même la lumière de la foi, par son excès prodigieux, accable et fait défaillir la lumière de notre intelligence...

      Je prends un autre exemple...: supposez une personne née aveugle, et qui par conséquent n'a jamais vu les couleurs. Si vous cherchez à lui faire comprendre ce que c'est que le blanc et le jaune, vous aurez beau accumuler les explications, elle n'en retirera aucune connaissance directe, parce qu'elle n'a jamais vu ces couleurs...; il ne lui en restera dans l'esprit que le nom, qu'elle a reçu par l'ouïe... Il en est de même de la foi à l'égard de l'âme. Elle nous dit des choses que nous n'avons jamais vues ni connues...; nous n'avons à leur égard aucun rayon de connaissance naturelle... Mais nous les savons par l'ouïe, en croyant ce qui nous est enseigné..., en aveuglant en nous la lumière naturelle. En effet, comme dit saint Paul : « La foi naît de ce qu'on entend » (Rm 10,17). Comme s'il disait : La foi n'est pas une science qui entre en nous par les sens, c'est un assentiment de l'âme à ce qui entre par l'ouïe... Il est donc évident que la foi est pour l'âme une nuit profonde ; mais c'est par son obscurité même qu'elle l'éclaire et plus elle la plonge dans les ténèbres, plus elle l'illumine de ses rayons. En effet, c'est en aveuglant qu'elle éclaire, selon la parole d'Isaïe : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas » (cf 7,9). "



Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Montée du Carmel, II, 3 (trad. OC, Cerf 1990, p. 637 rev.)

samedi 12 février 2011

Harry Brown

J'ai rarement le temps d'aller voir un film au cinéma. J'ai rarement le temps de faire tout et n'importe quoi. Je dois élever mes enfants, leur apprendre à construire leur avenir.
C'est pourquoi j'ai regardé Harry Brown et je le conseille aux grands jeunes et aux adultes.

Lire à ce sujet l'excellent texte du Sorpasso sur Ilys : "Harry Brown contre les journalistes" ; un extrait :

"N’ayant pas compris qu’une civilisation n’existe que par la coexistence du Bien et du Mal, et les valeurs qui s’en dégagent, ils ne risquent pas de saisir que la violence nihiliste dite des banlieues n’est que la compensation de ce discours lisse et onirique d’un monde privé du péché originel et de tout ce qu’il suppose dans la construction d’un individu. En quoi un individu peut-il se distinguer de la massification d’un tel discours, appelé à juste titre discours unique ? Rien. Je veux dire par là rien en propre. Et lorsqu’un individu est privé de cette capacité à distinguer le bien du mal, il ne peut plus que faire appel au nombre pour identifier quelque chose, ce nombre étant incarné par les médias, c’est à dire l’écran. L’image. La télévision. Et qu’est-ce qu’il y trouve ? Le discours du Bien (2)."

 


Bill Gates et ses 11 commandements

 Bill Gates dans un discours dans une école : en fait il semblerait que ça n'est pas Bill Gates qui aurait prononcé ces paroles mais il les a extraites d'un petit ouvrage dont vous trouverez toutes les références chez Nebo. Allez-y ! c'est intéressant.

Règlement 1: La vie est injuste, habituez vous!

Règlement 2 : Le monde se fout de votre amour-propre. Le monde s'attendra à ce que vous accomplissiez quelque chose AVANT que vous ne vous félicitiez vous-même.

Règlement 3 : Vous ne gagnerez pas $60,000 l'an en sortant de l'école. Vous ne serez pas vice-président avec cellulaire fourni avant d'avoir gagné ces deux privilèges.

Règlement 4: Si vous croyez que votre professeur est dur avec vous, attendez d'avoir un patron.

Règlement 5 : Travailler dans une friterie n'est pas s'abaisser, vos grands-parents avaient un mot différent pour ça : ils appelaient ça une opportunité.

Règlement 6:
Si vous gaffez, CE N'EST PAS LA FAUTE DE VOS PARENTS, arrêtez de chialer et apprenez de vos erreurs.

Règlement 7 : Avant que vous naissiez, vos parents n'étaient pas aussi ennuyeux qu'ils le sont maintenant, ils sont devenus comme ça en payant vos factures, en nettoyant vos vêtements et à vous entendre raconter comment bons et cool, vous vous croyez. Ainsi, avant de sauver les forêts tropicales des parasites de la génération de vos parents, commencez donc par faire le ménage dans la garde-robe de votre propre chambre.

Règlement 8 : Votre école s'est peut-être débarrassée du système gagnant-perdant, mais PAS LA VIE.

Dans certaines écoles, on a aboli les notes de passage et on vous donne autant de chances que vous voulez d'obtenir la bonne réponse. Ceci ne ressemble d'aucune façon à la vraie vie.

Règlement 9 : La vie n'est pas divisée en semestres. L'été n'est pas une période de congé et très peu d'employeurs sont disposés à vous aider à VOUS TROUVER, faites ça sur votre propre temps.

Règlement 10 : La télévision n'est pas la vraie vie. Dans la vraie vie, les gens quittent le café et vont travailler.

Règlement 11 : Soyez gentils avec les 'nerds', il y a de bonnes chances que vous en ayez un pour patron.

vendredi 11 février 2011

Décapotable

-Waouh Maman! T'as vu?!
-Quoi donc?
-Cette voiture! Elle est décapitée!!

jeudi 10 février 2011

Diversité




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La littérature ; voir, à l'intérieur des termes, où se situe l'être humain tourmenté.

"La politique est la plus grande généralisatrice, me dit Leo, et la littérature la grande particularisatrice, et elles sont dans dans une relation non seulement d'inversion mais d'antagonisme. Pour la politique, la littérature est décadente, molle, sans pertinence, ennuyeuse, elle a la tête mal faite, elle est morne, elle n'a pas de sens et ne devrait même pas exister. Pourquoi? Parce que la pulsion particularisatrice est l'essence même de la littérature. Comment peut-on être artiste et renoncer à la nuance? Rendre la nuance, telle est la tâche de l'artiste. Sa tâche est de ne pas simplifier. Même quand on choisit d'écrire avec un maximum de simplicité, à la Hemingway, la tâche demeure de faire passer la nuance, d'élucider la complication, et d'impliquer la contradiction. Non pas d'effacer la contradiction, de la nier, mais de voir où, à l'intérieur de ses termes, se situe l'être humain tourmenté. Laisser de la place au chaos, lui donner droit de cité. Il faut lui donner droit de cité. Autrement, on produit de la propagande, sinon pour un parti politique, du moins une propagande imbécile en faveur de la vie elle-même -la vie telle qu'elle aimerait se voir mise en publicité. Au cours des cinq, six premières années de la Révolution russe, les révolutionnaires clamaient : "L'amour libre, nous aurons l'amour libre!" mais une fois au pouvoir, ils n'ont pas pu le permettre. En effet, qu'est-ce que l'amour libre? C'est le chaos. Et ils n'en voulaient pas, du chaos. Ce n'était pas pour ça qu'ils avaient fait leur révolution glorieuse. Ils voulaient quelque chose de soigneusement discipliné, organisé, contenu, de scientifiquement prévisible, si possible. L'amour libre perturbe l'organisation, la machine sociale, politique, culturelle. L'art aussi perturbe l'organisation. La littérature perturbe l'organisation. Non pas qu'elle soit de manière flagrante, voire subtile, pour ou contre quelque chose. Elle perturbe l'organisation parce qu'elle n'est pas générale. La nature intrinsèque du particulier, c'est d'être particulier, et la nature intrinsèque de la particularité, c'est de ne pas pouvoir être conforme. Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature. De cette polarité naît leur antagonisme. maintenir le particulier en vie dans un monde qui simplifie et généralise, c'est la bataille dans laquelle s'engager. On n'est pas obligé d'écrire pour légitimer le capitalisme. On est en dehors de l'un comme de l'autre. Si l'on est écrivain, on ne fait pas plus alliance avec le premier qu'avec le second. On voit la différence, oui, et, bien sûr, on sait que cette intox-ci vaut un mieux que cette intox-là, ou bien que cette intox-là vaut un peu mieux que cette intox-ci. Un peu ou beaucoup mieux. Mais on voit l'intox. On n'est pas un employé du gouvernement. On n'est pas un militant. On n'est pas un croyant. On entretient des rapports d'une autre nature avec le monde et ce qui s'y passe. Le militant introduit une foi, une vaste conviction qui changera le monde, et l'artiste introduit un produit qui n'a pas de place en ce monde."

(Philip Roth, "J'ai épousé un communiste")

mardi 8 février 2011

Après le miel, les glaces.

-Maman! Maman! Aujourd'hui la maîtresse nous a parlé du Roi Louis XIV!
-Oh bien et alors? Qu'a t-elle dit?
-Elle a espliqué qu'il vivait dans un très grand château mais ce château c'est pas comme un vrai château, tu sais, avec un pont levis et tout et tout... C'est un château avec de grandes fenêtres.
-Oui mon chéri, le château de Versailles n'a rien à voir effectivement avec l'époque moyenâgeuse...
-Et pis tu sais quoi M'man?
-Non mon lapin?
- Dans le château de Louis XIV, il y a une galerie de glaces! Une salle avec que des glaces à manger partout partout!!

De l'art d'utiliser la tradition.

 


"Je sais que mes élèves, tous professeurs depuis de longues années dans les meilleures Académies de Chine, étaient pleins d'énergie et prêts à accepter mon enseignement mais j'ignore s'ils se sont rendu compte à quel point le chemin qu'ils doivent parcourir est long et pénible.J'ai essayé de leur expliquer ce que j'avais vécu moi-même : se défaire de la tradition, sans oublier qu'elle peut être bénéfique puisque la peinture chinoise est l'une des plus grandes de l'histoire de l'art, lutter contre la répétition car elle gangrène la spontanéité et la transforme en recette cent fois répétée; ce dégager de ce que l'influence soviétique a laissé de plus détestable: le réalisme socialiste, la négation, non seulement de l'art, mais de ce qu'il y a de meilleur dans notre tradition.
Souvent j'ai répété à mes élèves : "Pourquoi essayez-vous d'imiter la peinture soviétique alors que notre tradition est si riche et si forte? Toute la peinture chinoise est une recherche de l'appropriation de l'espace et de la lumière. pourquoi ne cherchez-vous pas dans cette direction? Pourquoi ne cherchez-vous à travailler ce que les Occidentaux nous ont tant envié?"
J'ai essayé de faire comprendre que la tradition ne doit pas être reniée comme je l'avais fait moi-même, mais qu'elle est un élément de départ pour le travail du peintre et non une fin en soi."

Zao Wou Ki, "Autoportrait"

lundi 7 février 2011

Après les crêpes, le miel.

Caliméro-Grégoire s'est réveillé samedi matin avec un doigt tout rouge à son extrémité, tout enflé, avec une vilaine couleur jaune autour de l'ongle. J'étais en train de rêver biberons, petites mains potelées aux ongles parfaits et en ouvrant un œil je tombe sur cette vision de cauchemar avec au dessus la bonne bouille ronde et crispée du petit. Panique! Je songe aussitôt à un début de panaris; il se trouve que j'en ai souffert à peu près au même âge que mon jumeau et me suis retrouvée un soir  aux urgences italiennes de la ville de Milan où j'ai vécu plus jeune. Je me souviens de tout : la douleur intense, la main qui avait triplé de volume, l'endormissement au gaz ou plutôt  la sensation d'étouffement, mon réveil dans une chambrée de 24 mouflets! Certains entouraient mon petit lit et m'observaient avec curiosité; je ne disais rien, je parlais à l'époque un doux mélange italo-français qui surprenait tout le monde. Plus tard, j'ai appris à bien distinguer les deux langues. La main opérée (le panaris était assez "avancé") prise dans un énorme pansement. Pendant deux -trois jours refus absolu de toucher à la polenta servie sur des petites tables en plastique. Retour à la maison enfin.

Voulant éviter tous ces désagréments à Caliméro qui prenait sa respiration pour hululer sa plainte en voyant ma mine déconfite, je téléphone à une amie médecin qui ordonne le trempage du doigt dans une solution antiseptique et me convainc de crémer la plaie avec du ...miel. Ce dernier possède en effet de remarquables vertus cicatrisantes et est donc  de plus en plus utilisé dans le milieu hospitalier. Il est vrai qu'appliqué sur des escarres ou brûlures, il fait merveille, je l'avais lu ou entendu quelque part.
Tremper son doigt dans le pot de miel, Grégoire sait faire! Depuis deux jours il insiste pour bien faire son traitement , il est un malade très enjoué et il va beaucoup mieux. Il  n'a plus "marre de la vie" comme il nous le brame de temps à autre.

La cuisine, c'est important tout de même.

samedi 5 février 2011

Réflexions sur la crise égyptienne


par Bernard Lugan[1]  

Vendredi 4 février 2011

Après la Tunisie, l’Egypte s’est donc embrasée[2]. Oubliant le « je ne blâme ni ne loue, je raconte », cette règle d’or de leur profession, les journalistes se sont une nouvelle fois faits les porte-voix des manifestants. Se pâmant littéralement devant leurs actions, ils n’eurent pas assez de superlatifs pour décrire le « Peuple » égyptien unanimement dressé contre le « dictateur » Moubarak.
Tout a basculé dans leur petit univers borné de certitudes et d’approximations quand des partisans de ce dernier sont à leur tour descendus dans la rue ; et en masse. Il y avait donc deux peuples !!! Cette constatation avait de quoi perturber des esprits formatés. Durant un temps l’explication leur fut facile : les contre-manifestants étaient des policiers et des nervis payés[3] ; puis, horreur, ils découvrirent qu’il s’agissait d’habitants venus  des « quartiers les plus pauvres». 
Ainsi donc, des miséreux osaient venir gâcher la grande célébration démocratique dont ils étaient devenus les porte-voix. Plus encore, ces gueux osaient, crime des crimes, s’en prendre aux journalistes, ignorant qu’en France, cette intouchable caste constitue un Etat dans l’Etat devant lequel rampent et se prosternent les plus puissants. Ils auront du moins retenu de leur séjour au Caire que sur les rives du Nil les références ne sont pas celles des bords de Seine et que les voyages sont plus formateurs que les écoles de journalisme.
Ces ignorants n’ont pas vu que la vie politique égyptienne est organisée autour de trois grandes forces. La première, celle qui manifeste en demandant le départ du président Moubarak et pour laquelle ils ont les yeux si doux, est, comme en Tunisie, composée de gens qui mangent à leur faim ; il s’agit en quelque sorte de « privilégiés » pouvant s’offrir le luxe de revendiquer la démocratie. La seconde est celle des Frères musulmans ; pourchassée depuis des décennies et aujourd’hui abritée derrière les idiots utiles, cette organisation tente de se réintroduire dans l’échiquier politique pour imposer sa loi. La troisième force dont aucun « envoyé spécial » n’a jamais entendu parler est celle qui vit dans les quartiers défavorisés, loin donc de l’hôtel Hilton, ce spartiate quartier général des journalistes « baroudeurs », ou dans les misérables villages de la vallée du Nil, loin des yeux des touristes. C’est celle des fellahs besogneux, de ce petit peuple nassérien au patriotisme à fleur de peau qui exècre à la fois la bourgeoisie cosmopolite lorgnant du côté de Washington et les barbus qui voudraient ramener l’Egypte au X° siècle. Ce sont ces hommes qui ont volé au secours du Rais Moubarak en qui ils voient, à tort ou à raison, là n’est pas la question, un  successeur, même lointain, du colonel Nasser.
Dernière remarque : pendant que la classe politique française sommait le président Moubarak de quitter le pouvoir, le président russe Medvedev avait un long entretien téléphonique avec lui, l’assurant qu’il s’élevait contre les ingérences étrangères. D’un côté des chiens de Pavlov levant la patte face à l’air du temps et de l’autre, un  homme d’Etat familier des subtilités de l’ « orient mystérieux » …      


[1] Auteur d’Histoire de l’Egypte des origines à nos jours. Editions du Rocher, 2002.
[3] Le chamelier et les vingt-deux cavaliers que l’on vit traverser la foule sont des guides pour touristes affectés au site des pyramides et rendus furieux d’être sans travail depuis le début de la révolution.