http://ilikeyourstyle.net/2011/01/28/pensee-du-jour/
Un homme de gauche ne prend jamais la parole où la plume pour défendre des idées, mais le principe selon lequel il n’est pas légitime d’en avoir une autre.
Si par extraordinaire il est plus ouvert et plus tolérant que ses semblables, il est prêt à débattre… Sur la légitimité ou non de son adversaire à exprimer les siennes, en dépit de leur intrinsèque illégitimité.
Comme l’homme de gauche n’a pas les moyens de sa conviction cardinale dans une démocratie libérale, il est parfois contraint de rencontrer et d’échanger des mots avec ses adversaires, mais on aurait tort d’en conclure qu’il lui arrive de débattre avec lui.
Dans le fond, le gauche est un homme sans conviction, ou plus exactement d’une conviction, celle selon laquelle le monde ne sera pas en paix avant d’avoir dépassé le stade des convictions et des disputes…. C’est l’adepte d’une religion de paix, lui aussi.
Un homme de gauche n’adopte jamais un point de vue parce qu’il le croit meilleur qu’un autre, mais parce qu’il juge qu’il y a matière à le présenter comme définitif et incontestable, que le défendre peut aider à faire accéder l’humanité au stade de la postdispute.
Prenons exemple le plus emblématique en la matière: Jean-Paul Sartre n’a jamais eu la moindre controverse avec Raymond Aron et ne l’a jamais traité en adversaire, mais en obstacle.
"Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde."*** " Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou non."(Dantec) *** l’Art, qu’il soit littéraire ou plastique, n’exprimait jamais rien d’autre, à ses yeux, que l’idée que la partie n’est jamais et n’est pas jouée (Muray)***"la vérité ne peut-être obtenue qu'au prix de renoncer à la certitude" (Nemo)
vendredi 28 janvier 2011
mercredi 26 janvier 2011
La question totalitaire
La question totalitaire avec Marcel Gauchet et Philippe de Lara, Répliques du 22 01 2011, avec Alain Finkielkraut.
Extraits retranscrits (non la totalité de l'émission)
Qu’est-ce que exactement un régime totalitaire ? Définition de Marcel Gauchet avec l’insistance sur la caractéristique idéologique appuyée par un Parti unique. Puis celle de Philippe de Lara avec comme caractéristique d’être, pour les totalitarismes, inédits avant le 20ème siècle et d’être ni de droite ni de gauche, une sorte d’ « organisation de l’enthousiasme » selon la formule d’Elie Halévy.
Marcel Gauchet : En première approximation, pour donner une définition aussi simple que possible mais saisissant l’essentiel, il me semble qu’on pourrait dire le totalitarisme, c’est un régime de monopole politique et idéologique dont la pièce centrale est un parti qui règne –qui règne seul ! Parti unique !- au nom d’une idéologie également unique qui se veut une science de l’achèvement de l’histoire ou sa vérité dernière et qui prétend unir la société qu’il encadre avec le pouvoir qu’il exerce au nom, donc, d’une fin de l’histoire –conçue d’une manière ou d’autre, qu’il se revendique. Au-delà il s’agit de porter la société à sa formule définitive.
Philippe de Lara : même réponse parce que plus on rajoute de critères dans la question du totalitarisme, plus les définitions ne finissent par converger sans que cela soit forcément pertinent. Je souscris donc tout à fait à ce que viens de dire Marcel Gauchet et j’ajouterai deux-trois points : le premier qui va de soi mais qu’il est bon de rappeler c’est que c’est un phénomène politique inédit : les totalitarismes du 20ème siècle n’ont pas de précédents dans l’histoire bien que des régimes sanguinaires, ultra autoritaires et très personnels il y en ait eu. La deuxième caractéristique sur laquelle je voudrais insister est que l’idéologie n’est pas simplement une pensée, un discours dans le cas des totalitarismes mais c’est un ensemble d’institutions, de pratiques et l’un des premiers auteurs à avoir parlé de ça je trouve a eu une formule immortelle à ce sujet, c’est Elie Halévy quand il parle de « l’organisation de l’enthousiasme » : l’idéologie dans le totalitarisme c’est son exacerbation, c’et plus que la propagande, c’est plus que le discours incessant, c’est « l’organisation de l’enthousiasme ». La troisième chose que je voulais dire c’est que il me semble qu’il est important de considérer que les totalitarismes sont une pathologie de la modernité démocratique et non pas des monstruosités locales. Louis Dumond disait : « Le totalitarisme est la Némésis de la démocratie abstraite. »… Et il en résulte une dernière chose que je voudrais dire où peut-être là vais-je affronter un tabou : c’est que stricto sensu les totalitarismes ne sont ni de droite ni de gauche. Bien sûr, certains sont plus réactionnaires, d’autres plus révolutionnaires mais la caractéristique des totalitarismes, semble t-il, c’est le mélange, l’ambivalence, la réversibilité entre révolution, réaction, futurisme et retour régressif à quelque chose du passé.
Entre le communisme et le nazisme : le terme de religion séculière rend compte de la similitude (entre les deux totalitarismes) dans leur antagonisme radical. Le bolchevisme est un futurisme qui, pour accomplir son projet d’avenir va chercher en fait une forme politique rétrograde. A l’inverse, le nazisme (pour prendre la forme extrême du totalitarisme partant du nationalisme) est une tentative de revenir au passé ; c’est un passéisme révolutionnaire mais qui pour arriver à ranimer ce passé des anciens systèmes de domination que lui inscrit à l’intérieur de l’idée d’un empire racial, va chercher et mobilise des moyens modernistes. C’est ce mystère qui a été bien identifié par des historiens du caractère totalement contradictoire du nazisme qui est un futurisme réactionnaire.
Philippe de Lara : Je voudrais remarquer deux choses. La première c’est que cette convergence en effet tout à fait énigmatique, déroutante, des contraires qui sont en plus l’un l’ennemi juré de l’autre, dont les seconds naissent comme les ennemis jurés du premier et qui se font la guerre à la fin, ont néanmoins une familiarité, le parti du Bien a une accointance avec le parti du Mal, c’est compliqué pour nous, c’était évident pour les contemporains. Du moins les plus clairvoyants d’entre eux c'est-à-dire ceux qui ont compris ce qu’était la révolution bolchevique, le fascisme italien et le nazisme, ont aussi compris la familiarité profonde entre ces…
Alain Finkielkraut : Vous pensez à qui ?
PdL : Je pense en Italie par exemple à Don Luigi Sturzo ou à M. qui sauf erreur est l’inventeur du mot totalitarisme et plus tard à Grossman qui est un écrivain et pas un académique mais qui à mon avis a plus que sa place dans la lignée des penseurs du totalitarisme et d’une façon générale, tout le débat sur… Il y a bien sûr Halévy avec son « Ère des tyrannies » qui est une conférence prononcée juste avant la guerre en France et dans un genre plus louche et carrément apologétique notre George Sorel avait lui aussi fort bien compris à sa façon paradoxale puisqu’il faisait l’éloge de l’un et de l’autre, la familiarité de Lénine et de Mussolini.
Les totalitarismes : des religions séculières anti religieuses. Elles s’opposent avec une ferveur toute religieuse aux « vraies » religions dans le sens où elles manifestent une volonté de fin de l’histoire, un accomplissement terrestre que récusent absolument les vraies religions basées sur la notion de finitude chez l’homme, son imperfection, son état de péché.
AF : Mais alors arrêtons nous donc à ce concept central dans votre analyse Marcel Gauchet de religion séculière. Vous dites, c’est l’idée de religion séculière qui permet sinon de résoudre l’énigme du moins de penser cette parenté improbable entre nazisme, fascisme et bolchevisme. Ce concept vous n’en n’êtes pas l’inventeur bien sûr, Eric Voegeline a parlé de « religion politique », Waldémar Gurian aussi, et J.M. lui, a parlé carrément de religion séculière.(…) Pourquoi parler de religion pour désigner des doctrines, des idéologies qui se sont voulues elles-mêmes, pensées elles-mêmes et qui ont été attirantes pour nombre de militants en tant précisément qu’elles affirmaient délivrer l’homme de l’emprise religieuse ?
MG : Je souscris aux critiques d’Hannah Arendt et cela ne m’empêche pas de parler de religion séculière parce que précisément cette discussion vous vous en doutez bien a été le point de départ de toute ma réflexion. Je n’ai pas ignoré la complexité de cette affaire et c’est la raison pour laquelle je définis même en référence à cette discussion la religion séculière comme anti religion religieuse (…) Je crois que dans cette affaire tout réside dans ce qu’on met sous le mot religion et je crois que le piège est de réduire la religion à une croyance sur le surnaturel. C’est une part essentielle mais historiquement les religions ça été tout autre chose, c’est une forme complète de société, une unification de la communauté humaine en fonction d’un certains nombres de rouages, de hiérarchies, de traditions, de dominations… une forme très bien définie d’organisation collective qui est supposée traduire justement l’union du ciel et de la terre qui est le but ultime dans une forme d’union des hommes qui répond à une organisation bien précise. Et bien les religions séculières c’est le projet, à la faveur d’une conjoncture historique qu’il s’agit évidemment d’éclaircir très particulière et qui n’existe qu’à partir du début du 20ème siècle, c’est la tentative de reconstruire cette forme religieuse ancienne par des moyens modernes, séculiers et le plus souvent en fonction d’une visée effectivement antireligieuse. C’est faire la forme religieuse de la société par des moyens hostiles à la religion, d’où l’ambiguïté, l’insaisissabilité à laquelle nous revenons de nouveau qui est la caractéristique de ces régimes.
PdL : …. Or il est bien connu que rien ne ressemble plus un torpilleur qu’un contre torpilleur et il me semble que cette hostilité encore une fois viscérale aux religions, aux vraies religions si je puis dire, aux religions existantes dans les mouvements totalitaires signe d’une certaine façon quelque chose de religieux chez eux.
AF : Alors quand même : là j’insiste : que faites-vous l’un et l’autre de ces penseurs qui précisément ont redécouvert dans la religion, du fait de l’expérience totalitaire, une pensée de la finitude ? Voici ce qu’écrit Soljenitsyne dans « L’Archipel du Goulag » : « La ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les états, ni les classes ni les partis ; elle traverse le cœur de chaque homme qui irait déchirer un morceau de son propre cœur. » C’est une méditation sur le péché originel et je cite un autre témoin : Kolakowski : « Avec la disparition du sacré qui imposait des limites à la perfectibilité du profane, l’une des plus dangereuses illusions de notre civilisation ne tarde pas à se répandre, l’illusion que les transformations de la vie humaine ne connaissent pas de bornes, que la société est en principe parfaitement malléable et que nier cette malléabilité et cette perfectibilité, c’est nier l’autonomie totale donc nier l’homme même. » Et par opposition il définit dans le même article la religion comme la façon dont l’homme accepte sa vie comme défaite inévitable. Donc voilà, Marcel Gauchet…
Marcel Gauchet : Il y a une confusion qui ne faudrait surtout pas laisser s’établir : parler de religion séculière c'est-à-dire encore une fois dans la définition que j’en propose d’anti-religion religieuse malgré elle pourrait-on préciser, religieuse malgré elle, ne signifie pas inculper le moins du monde les religions établies de totalitarisme ! C’est même le contraire. Je dirai que tant que la religion règne quelque chose –là-dessus je rejoindrai évidemment Kolakowski-, tant que la religion règne quelque chose comme un totalitarisme est inimaginable parce que précisément ce projet d’un accomplissement terrestre radical ou absolu est inconcevable ! Effectivement les religions ont été, si je puis dire, des antidotes, par anticipation, au caractère totalitaire de la politique. Elles mettaient de diverses manières quelque chose à l’écart de l’emprise de la politique dans la vie humaine. Il y avait autre chose qui constituait une barrière infranchissable à toute tentative du pouvoir. C’est dans une certaine conjoncture qui me paraît la matrice historique des totalitarismes où à la fois précisément l’emprise des religions établies s’est effacée dans les sociétés et où en même temps l’esprit des religions est toujours vivant tellement que ceux qui croient en être ennemis en ramènent le modèle malgré eux, de manière inconsciente, c’est dans cette conjoncture bien précise qui a duré quelques décennies que les totalitarismes ont été possibles et il n’est pas douteux, au contraire, que les religions établies ont été des adversaires de première ligne des totalitarismes sur des modalités, avec des compromissions on le sait bien, les choses sont compliquées de nouveau, historiquement…. Mais bien entendu les religions séculières sont aux antipodes de l’esprit politique des religions quel qu’elles soient.
AF : Philippe de Lara vous êtes d’accord avec ça ?
PdL : Tout à fait oui. J’ajouterai peut-être un point à ce que vient de dire Marcel, c’est dans le cas allemand ; le phénomène quand même extrêmement troublant de ce qu’on appelle le christianisme allemand c'est-à-dire le fait qu’une fois de plus les nazis sont les meilleurs élèves de la classe totalitaire et d’une certaine manière il y a un effet d’apprentissage : on pourrait dire que le nazisme est le totalitarisme parfait que le communisme est un nazisme raté (….) La multiplicité des fronts et la subtilité de la politique chrétienne des nazis qui mélangent affrontement, combat frontal et subversion de l’intérieur. Avec notamment profiter si vous voulez de cette affinité entre la nation et le christianisme qui est propre au Luthéranisme pour fabriquer pas ex nihilo mais à partir de sources qui étaient déjà là un pseudo christianisme nazi et dans le même temps, Hitler qui était autrichien, il y a un très beau texte de Paul Thibaud dans le livre qui va apparaître à ce sujet sur l’habileté et la compétence avec laquelle Hitler subvertit de l’intérieur le langage catholique, s’attache à parler un langage que peuvent entendre, une musique catholique que peuvent entendre les fidèles de l’Église pour y introduire si je puis dire le message anti-chrétien qui est le sien.
[A propos de l’expression de PdL : « Le communisme est un nazisme raté », justification attendue par Finkielkraut] :
PdL : Ce que je veux dire par là c’est que d’abord –ça pour le coup c’est une banalité de perfection dans le genre du nazisme qui rend du coup la comparaison très difficile pare qu’il n’y a pas beaucoup d’aspects tout à fait exorbitants, uniques en son genre, à commencer par la centralité de l’antisémitisme et son passage à l’acte de l’extermination qui est sans équivalent, donc le nazisme est à part et pourtant, d’une autre manière il est le modèle de la chose et quand je dis « nazisme raté » je pense en particulier au contraste entre la réussite de l’enrôlement d’une large partie de la population par le nazisme et l’échec du communisme en la matière qui a eu beaucoup plus de succès en la matière auprès des masses à l’Ouest que là où il sévissait ; il y a un paradoxe du règne de l’idéologie qui est bel et bien là ; au fond dans une société qui massivement n’y croit pas.
La notion d’ennemi est centrale dans les totalitarismes, quel qu’il soit. A la base de chaque totalitarisme il y a un contre homme à éliminer, la haine est donc le moteur de cette idéologie.
AF : Je n’irai pas jusqu’à souscrire à cette formule dans la mesure où nombre de militants communistes étaient des gens bien donc ça crée une difficulté mais tout de même, on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements entre deux mentalités aussi opposées en apparence notamment quand on lit Aden Arabie de Paul Nizan reparu en 1960 avec la splendide préface de Sartre et cette première phrase si romantique : « J’avais vingt ans ; jamais je ne laisserai dire que c’est le plus âge de la vie. » Mais voilà : il n’existe plus que deux espèces humaines qui n’ont que la haine pour lien, celle qui écrase et celle qui ne consent pas à être écrasée. Il me semble que c’est ce qui rapproche ces deux phénomènes aussi lointains en apparence, c’est ça, c'est-à-dire la réduction du monde à l’affrontement inexpiable entre deux subjectivités. L’ennemi n’a pas le même statut dans un cas et dans l’autre, avez-vous dit Marcel Gaucher, et en même temps il y a quand même cette obsession de l’ennemi qui crée de la ferveur et ce remplissement de tout l’espace politique par la haine : l’homme peut tout et il arrivera à tout si précisément il met le contre homme hors d’état de nuire. La définition du contre homme n’est pas la même dans un cas et dans l’autre mais il ya dans un cas et dans l’autre –et c’est cela la force de l’idéologie- un contre homme qui explique tous les malheurs de l’histoire.
MG : Je crois qu’il faut faire très attention au contexte de ces propos pour bien en saisir la nature. Ce qui nous frappe, c’est cette mise en avant de la haine, c’est le caractère inexpiable. Mais je crois qu’il est subordonné à quelque chose qui est plus profond et ce quelque chose c’est le sentiment de vivre le moment de la révélation historique où la cause définitive arrive enfin à être jugée. La définition de l’ennemi est subordonnée à l’impératif du combat qui est la vérité de l’heure, la révélation de l’heure. Là je crois qu’on est vraiment dans une dimension religieuse, le sentiment de vivre un moment exceptionnel : l’apocalypse d’une certaine façon, premier sens du mot : la révélation, le dévoilement de l’enjeu dernier de ce qui se joue au travers du chaos de l’histoire depuis toujours. Et cela détermine une ferveur illimitée et une capacité de haine illimitée contre l’ennemi ultime que c’est le moment où ne jamais d’abattre. Je crois qu’il faut bien reconstituer la grammaire si je puis dire de ces propositions pour en entendre le vrai sens.
AF : Oui et en même temps division en deux du genre humain, c’est cela aussi, la guerre est inexpiable, il y a deux espèces humaines c’est cela qui est frappant : on veut réaliser l’unité de l’humanité mais il faut en passer par une guerre apocalyptique…
MG : … Par le combat extrême et ultime.
En avons-nous fini avec les totalitarismes ? L’islamisme apparaît comme une forme nouvelle de totalitarisme avec les caractéristiques suivantes : la ferveur religieuse, l’organisation de certains partis (Hezbollah par exemple) dans des pays fragiles, la volonté de domination universelle, le maintien dans la terreur des masses. Mais l'islamisme ne serait pas exactement un totalitarisme, selon Marcel Gauchet car il manquerait de carburant idéologique.
AF : PdL puisque vous êtes entièrement d’accord sur ce point avec MG, je vais ouvrir une autre question : en avons-nous fini avec le totalitarisme ? Et peut-être une question subsidiaire MG : vous vous intéressez dans votre livre au fascisme, au nazisme, au bolchevisme mais au fond vous ne traitez pas du totalitarisme asiatique, de l’expérience chinoise, de la terrifiante expérience cambodgienne, vous devez avoir vos raisons mais en tous cas ça veut dire que le totalitarisme s’est perpétué au-delà de sa mort en Europe, il s’est exporté et est-il définitivement, y a-t-il des raisons de croire que c’est une expérience historique close MG ?
MG : Je le crois avec la prudence qu’appelle une proposition de ce genre mais je peux au moins expliquer mes motifs.(…) En quoi pouvons-nous dire que nous sommes sortis de l’époque des religions séculières par ce que je crois qu’il faut en revenir à ce carburant premier pour avoir une réponse à la question. Le carburant idéologique est ce qui fait défaut aujourd’hui à un projet totalitaire. La ferveur des masses, l’entreprise mobilisatrice que suppose le totalitarisme est inimaginable faute de propositions idéologiques capables de le mobiliser et cela me semble s’expliquer par les transformations très profondes que le monde a connues depuis 50 ou 60 ans à l’intérieur desquelles quelque chose comme un projet totalitaire dans la plénitude du terme ne peut pas trouver sa place. Mais j’ajoute un dernier mot : être délivré du totalitarisme ne signifie pas être délivré de la barbarie politique, n’ayons pas cette naïveté : la barbarie politique reste une potentialité inscrite malheureusement dans l’histoire et dans l’humanité ; simplement elle n’aura pas nécessairement la forme des totalitarismes, ce n’est pas le dernier mot de la barbarie politique ; ça a été jusqu’à ce jour la forme suprême mais ça n’est pas la forme dernière hélas.
PdL : Je serai plus nuancé ou plus prudent que Marcel tout en reconnaissant en effet l’idée que il y a un basculement autour de 1974 qui est la date ronde que vous par symétrie avec 1914. Il y a un avant et un après de la crédibilité des révolutions totalitaires, néanmoins il me semble qu’il y a une actualité du totalitarisme pour deux raisons : d’abord, s’il y a un mystère totalitaire, il y a un mystère dans le mystère qui est la routinisation communiste du phénomène. Or le communiste existe toujours et n’en finit pas de finir, même en Chine, il me semble qu’il y a une continuité entre la dictature nationaliste et la dictature communiste. Deuxièmement le totalitarisme n’est pas seulement des régimes, me semble t-il, on ne peut pas éviter d’appliquer ce concept également à des mouvements qui ont des caractéristiques totalitaires et il me semble que la caractéristique centrale des mouvements totalitaires c'est-à-dire des totalitarismes qui n’ont pas encore gagné, c’est la conjonction du terrorisme, de la violence conspirationiste de petits groupes et la mobilisation des masses. Et de ce point de vue là des phénomènes comme ETA et plus encore l’islamisme me semble être de bons candidats à l’appartenance à la famille totalitaire.
AF : Alors justement, MG, là je vous interpelle parce que vous parlez de religion séculière, de religion politique : on a une religion politique aujourd’hui à l’œuvre : le Hezbollah. Je donne cet exemple : il vient de quitter le gouvernement pour les raisons qu’on sait mais c’est très exactement l’organisation de l’enthousiasme, des enfants qui défilent en uniforme noir (on aurait pu consacrer un chapitre de notre discussion à la mobilisation de la jeunesse et des enfants par le totalitarisme) mais là on le voit à l’œuvre ! Mais comment se fait-il que vous, qui êtes justement si attaché au thème de la religion séculière et de la religion politique vous refusiez le terme de totalitarisme pour un mouvement tout à la fois politique et religieux comme l’islamisme ?
MG : Ah mais il y a eu des mouvements politiques et religieux bien avant les mouvements totalitaires ! Cette alliance a des racines anciennes. Je crois précisément que là on est devant une catégorie nouvelle de phénomènes dont la caractéristique est non pas l’enthousiasme politique mais la ferveur religieuse et c’est complètement différent. Je pense précisément que ce qui arrête –mais c’est un immense débat qui exigerait… On peut le reprendre pour lui-même. L’élément religieux explicite celui-là l’Islam autour duquel s’organise le fondamentalisme qui, à certains égards, peut présenter des analogies avec un totalitarisme, l’empêche de devenir absolument un totalitarisme parce que jamais une religion ne pourra développer en son sein l’équivalent du projet d’organisation idéologique d’une société qui a été la marque distinctive des phénomènes totalitaires. Mais encore une fois, ça c’est une grande discussion et nous affaire avec l’islamisme radical à une nouvelle famille de phénomènes qu’ont n’avait pas non plus vus, qui sont inédits profondément ; une alliance qui rappelle le plus les totalitarismes, l’alliance entre le passéisme et le modernisme qui est ce qui les apparentent le plus à mon sens…. Il me semble relever d’une inspiration distincte et ne pas trouver en eux la possibilité d’une stabilisation minimale, d’une prise de pouvoir et d’une emprise sur la société avec un parti du même type que celle qu’ont réussi à opérer les régimes totalitaires.
AF : N’y a-t-il pas un autre élément qui accentue la parenté avec les régimes totalitaires, à savoir la réduction de la pluralité humaine, du monde à l’affrontement de deux forces…
MG : … Des fidèles et des infidèles…Celle-là est vieille !
AF : … Des fidèles et des infidèles ; elle est vieille mais elle a pris peut-être aujourd’hui une forme extrême donc éventuellement totalitaire.
PdL : Dans le cas de l’islamisme il y a un dernier trait qui rappelle le totalitarisme, c’est la conjonction entre un mouvement local et pour ainsi dire périphérique dans des pays particuliers qui se caractérisent toujours par une situation difficile, arriérée par rapport au reste du monde et un projet d’expansion mondial ce qui est la caractéristique des trois grands totalitarismes : des nations fragiles, des nations malades mais qui veulent rattraper la modernité en se projetant d’emblée dans un projet universel car même le nazisme, à sa manière, était un universalisme ainsi que le communisme ou la reconstitution de l’empire romain dans le fascisme on a la même chose… Alors je ne voudrais pas pas faire une conclusion œcuménique mais je ne suis pas sûr moi-même dans le débat qui nous sépare sur ce point précis avec Marcel où est la vérité et peut-être que la difficulté de cette question tient au fait qu’on n’est toujours pas sortis de ce brouillard de la signification de la Seconde Guerre Mondiale, que au fond la légende anti fasciste continue de…
AF : Pourquoi. Parce que en même la Seconde Guerre Mondiale ça a été aussi la victoire de Stalingrad. Donc la légende antifasciste ne peut pas remettre en cause la participation de l’Union Soviétique à la victoire sur le nazisme.
PdL : Non mais il y a deux choses : un il est très compliqué de penser que la victoire du Bien sur le Mal s’est fait avec l’alliance et le soutien décisif d’un autre mal et l’autre point de la légende antifasciste c’est l’illusion de la disparition sans reste, « fondant comme neige au soleil » pour reprendre une expression d’Emilio Gentile, du fascisme et du nazisme à la seconde où ils ont été battus comme si tout ce qu’ils représentait avait cessé d’exister instantanément ce qui malheureusement je crois n’est pas le cas.
Lectures utiles :
CF les notes sur George Steiner, "Nostalgie de l'Absolu" qui parle de "Théologie de substitution" à propos du marxisme.
CF le compte rendu de "La Guerre civile européenne" d'Ernst Nolte" par Jean-François Revel
CF une intervention sur l'Islam en tant que "religion" par Alain Besançon.
CF ce texte d'XP sur les caractéristiques de "l'homme de gauche"
mardi 25 janvier 2011
Un cours de philosophie "suspect"
Quelques perles relevées dans le cours de philo de mes deux ainés :
"Les impôts taxent 50% du revenu des pauvres en France et seulement 35% du revenu des riches"
"Qu'est-ce que vous voulez, c'est l'injustice sans nom de la société marchande capitaliste..."
"Pour porter un jugement sur la société, votre seul outil doit être la statistique, le reste est très suspect."
"La vraie et seule justice, c'est l'égalité fondamentale des hommes."
"Il est profondément injuste dans une société qu'il y ait des smicards et des patrons qui gagnent 100 fois le smic."
"La justice distributive en France est très suspecte."
"L' héritage doit être taxé à 100% pour l'égalité des chances."
"Les impôts taxent 50% du revenu des pauvres en France et seulement 35% du revenu des riches"
"Qu'est-ce que vous voulez, c'est l'injustice sans nom de la société marchande capitaliste..."
"Pour porter un jugement sur la société, votre seul outil doit être la statistique, le reste est très suspect."
"La vraie et seule justice, c'est l'égalité fondamentale des hommes."
"Il est profondément injuste dans une société qu'il y ait des smicards et des patrons qui gagnent 100 fois le smic."
"La justice distributive en France est très suspecte."
"L' héritage doit être taxé à 100% pour l'égalité des chances."
La liberté ou la mort.
En cette année 1948 qui semble encore idyllique, Niki apporte le bonheur dans le foyer d'un couple endeuillé par la perte de son enfant. Naturellement il ne peut s'empêcher que deux ans plus tard, l'ingénieur ne soit arrêté; il ne peut s'opposer à ce que sa femme, abandonnée à elle-même, ne vieillisse prématurément. Mais tandis que toute la nation [hongroise] s'est mise à fréquenter l'école de l'hypocrisie, le chien, lui, a le droit de rester sincère. C'est pourquoi les sentiments résolument non-humains de Niki deviennent tout ce qu'il y a de plus humains."(Postface)
"Madame Ancsa demeurait dans l'ignorance quant à la nature de la maladie de sa chienne, encore que nous craignons que là-dessus, même l'École Supérieure d'Art Vétérinaire n'aurait pu lui fournir des indications plus précises. La science ne sait pas grand-chose du corps de l'homme et encore moins de celui de l'animal. Et de l'âme, donc! Sans parler des relations entre le corps et l'âme, aussi peu connues, pour le moment, qu'une forêt vierge du Brésil. Mme Ancsa, par exemple, était convaincue que la décrépitude de sa chienne, qui allait s'accentuant, avait une cause psychique. A examiner le corps toujours plus maigre de la bête, son poil terne et pauvre qui collait par touffes entières à la main qui le caressait, les os saillants de son arrière-train, on était, bien entendu, fortement tenté d'imputer son mal à des vers, à la morve ou encore à une affection cardiaque; mais Mme Ancsa connaissait mieux le mal de sa chienne ou croyait le mieux connaître. "C'est la liberté qui lui manque", pensait-elle. La liberté, qui signifiait aussi le droit de vivre auprès de l'ingénieur, le maître qu'elle s'était donné de son propre gré. Mme Ancsa n'était pas sentimentale, elle ne surestimait pas la valeur de cet aspect de la liberté, encore qu'il jouât certainement un rôle très important dans la déchéance physique de la bête, mais elle était fermement convaincue qu'il était inutile de rechercher des agents pathogènes dans les vaisseaux sanguins, les os, les fibres ou les muscles de Niki."
Tibor Déry, Niki l'histoire d'un chien
"Madame Ancsa demeurait dans l'ignorance quant à la nature de la maladie de sa chienne, encore que nous craignons que là-dessus, même l'École Supérieure d'Art Vétérinaire n'aurait pu lui fournir des indications plus précises. La science ne sait pas grand-chose du corps de l'homme et encore moins de celui de l'animal. Et de l'âme, donc! Sans parler des relations entre le corps et l'âme, aussi peu connues, pour le moment, qu'une forêt vierge du Brésil. Mme Ancsa, par exemple, était convaincue que la décrépitude de sa chienne, qui allait s'accentuant, avait une cause psychique. A examiner le corps toujours plus maigre de la bête, son poil terne et pauvre qui collait par touffes entières à la main qui le caressait, les os saillants de son arrière-train, on était, bien entendu, fortement tenté d'imputer son mal à des vers, à la morve ou encore à une affection cardiaque; mais Mme Ancsa connaissait mieux le mal de sa chienne ou croyait le mieux connaître. "C'est la liberté qui lui manque", pensait-elle. La liberté, qui signifiait aussi le droit de vivre auprès de l'ingénieur, le maître qu'elle s'était donné de son propre gré. Mme Ancsa n'était pas sentimentale, elle ne surestimait pas la valeur de cet aspect de la liberté, encore qu'il jouât certainement un rôle très important dans la déchéance physique de la bête, mais elle était fermement convaincue qu'il était inutile de rechercher des agents pathogènes dans les vaisseaux sanguins, les os, les fibres ou les muscles de Niki."
Tibor Déry, Niki l'histoire d'un chien
Libellés :
gauchisme ou esprit totalitaire,
liberté
vendredi 21 janvier 2011
La vie, encore
Dimanche 23 Janvier, Marche pour la Vie à Paris, Place de la République à partir de 14h30, fin 17h30.
jeudi 20 janvier 2011
Aujourd'hui à partir de 19h
Tout en rappelant ce en quoi consiste historiquement et épistémologiquement l’individualisme méthodologique, il s’agira d’engager une réflexion critique pour déconstruire les actuelles interprétations biaisées qui reviennent à transformer ce principe en méthode d’explication des phénomènes sociaux émergents qui relève d’un holisme de composition et valide les « illusions groupales ». Mais aussi d’ouvrir de nouvelles pistes conduisant à une version plus subjectiviste et radicale de l’individualisme : un nominalisme sociologique (le fameux « rasoir d’Ockham ») non récupérable par les collectivistes. Une urgence intellectuelle à l’heure où, dans la rhétorique dominante, les acteurs sociaux ne sont plus que des « communautés » (qui succèdent aux classes d’antan !), des « sujets collectifs » ou des « processus sans sujets » – au détriment des individus pensants et agissants et de leurs interactions.NB. Alain Laurent est l’auteur de « L’individualisme méthodologique » dans la célèbre collection Que Sais-je (PUF) en 1994 – maintenant épuisé mais non réédité car jugé d’inspiration trop…libérale.
Le jeudi 20 janvier 2011. A 19 heures au 35 avenue Mac Mahon, Paris 17e.
Alain Laurent le jeudi 20 janvier 2011 (pdf à télécharger, ouvrez la page puis clic droit et « enregistrer le lien sous »)
NB de la crevette : Je tiens à préciser que malgré cette présentation un peu difficile, les conférences d'Alain Laurent sont très accessibles, pour des jeunes ou non philosophes. Et qu'il n'est pas nécessaire d'avoir suivi les premières conférences pour aller aux suivantes.
mercredi 19 janvier 2011
mardi 18 janvier 2011
"Le totalitarisme, c’est l’ADN de la gauche" par XP
Arrêtons-nous un instant sur cette perle magnifique…Un journaliste: Croyez-vous que ce soit possible, la démocratie en Tunisie?
Jean-François Kahn: Oui, oui, oui, je le crois, franchement…
Le journaliste: Très bien, alors…
Jean-François Kakn: Attendez, attendez… Moi, j’ai un principe, je crois que c’est possible partout, et je crois que c’est du racisme de penser qu’il y aurait des peuples qui ne seraient pas doués pour la démocratie… Donc, je crois que la démocratie est possible partout.
- Cet homme de gauche nous apprend d’abord qu’il décide de ce qu’il va penser d’une situation avant de l’avoir examinée, au nom de principes… Ce qu’il dit rigoureusement, c’est qu’il se fait fort de ne pas en penser quoi que ce soit, quoi qu’il arrive… Pour le dire autrement, il se présente comme un fanatique volontaire, l’adepte d’un fanatisme qui en l’occurrence, ne mange pas de pain, mais qui n’en demeure pas moins un fanatisme authentique, qui n’est pas coupé de la plus petite nuance et tempéré par la moindre inhibition.
- Il nous apprend à l’occasion qu’il ne se sent pas séparé de ses contradicteurs par des différences de points de vue, mais par des principes et des considérations morales, et donc qu’en réalité il ne débat jamais mais qu’il s’infiltre dans les débats pour les saboter et convoquer les protagonistes dans des procès en immoralité…
- Pour enfoncer le clou, il nous fait savoir que ses principes, c’est le refus du racisme, alors même que le racisme est condamné par la loi…. Ce que nous dit clairement cet homme de gauche médian, c’est que non seulement il n’entend pas débattre avec ses contradicteurs, puisque ne se sentant pas séparé d’eux par des différences de points de vue, mais, qu’en plus il les tient pour des délinquants.
On ne peut pas comprendre les cent-cinquante millions de morts du totalitarisme de gauche si l’on a pas compris le mécanisme qui est ici à l’œuvre… Si ce JFK ne touche rien de la Stasi et si je ne suis pas dans une mine de sel, c’est que les circonstances historiques n’ont pas permis que la chose se fasse, parce que la France n’est fort heureusement pas souveraine et que la gauche aux commandes ne peut donc pas faire ce qu’elle veut de moi dans mon pays, ligotée qu’elle est par son appartenance au monde libre et occidental…. On ne peut pas encore venir m’arrêter pour avoir dit que la démocratie n’est pas possible en Tunisie, mais c’est parce que ça ferait du foin à l’internationale, qu’une telle chose se passe dans un pays qui n’a pas les moyens de sortir de l’alliance atlantique, et certainement pas parce que JFK m’accorde la moindre légitimité à le contredire.
Ce n’est pas moi qui le dit, c’est lui.
Au passage, on peut comprendre pourquoi cet individu a des lecteurs: Il leur vend 2,5 € la semaine l’idée que non seulement ils peuvent mais qu’ils doivent se faire une opinion sans se creuser la tête une fraction de seconde, et que toutes personnes intelligentes qui s’aviseraient de les contredire seraient implicitement tenues pour des salauds… C’est un vendeur de bêtises, à côté duquel les producteurs d’Endemol sont des enfants du bon Dieu.
Source : Article écrit par XP le 18 janvier 2011
Libellés :
gauchisme ou esprit totalitaire,
J'ai lu XP,
liberté,
réflexion
lundi 17 janvier 2011
Le prochain pays qui basculera sera l'Egypte
Bernard Lugan, directeur de la revue L’Afrique réelle et auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l’Afrique des origines à nos jours (éd. Ellipses, 2009), s’inquiète de la chute du régime tunisien de Ben Ali en raison des conséquences que cette « révolution des jasmins » peut avoir. Voici son texte.
Quand Ben Ali était encore l'ami de la France…Les graves événements de Tunisie m’inspirent les réflexions suivantes :
1) Certes le président Ben Ali n’était pas l’illustration de la démocratie telle que la connaissent une trentaine de pays sur les 192 représentés à l’ONU, certes encore, de fortes disparités sociales existaient en Tunisie, mais, en vingt ans, il avait réussi à transformer un Etat du tiers monde en un pays moderne attirant capitaux et industries, en un pôle de stabilité et de tolérance dans un univers musulman souvent chaotique. Des centaines de milliers de touristes venaient rechercher en Tunisie un exotisme tempéré par une grande modernité, des milliers de patients s’y faisaient opérer à des coûts inférieurs et pour une même qualité de soins qu’en Europe, la jeunesse était scolarisée à 100%, les femmes étaient libres et les filles ne portaient pas le voile.
2) Aujourd’hui, tout cela est détruit. Le capital image que la Tunisie avait eu tant de mal à constituer est parti en fumée, les touristes attendent d’être évacués et le pays a sombré dans le chaos. Les journalistes français, encore émoustillés à la seule évocation de la « révolution des jasmins » cachent aux robots qui les lisent ou qui les écoutent que le pays est en quasi guerre civile, que les pillages y sont systématiques, que des voyous défoncent les portes des maisons pour piller et violer, que les honnêtes citoyens vivent dans la terreur et qu’ils doivent se former en milices pour défendre leurs biens et assurer la sécurité de leurs familles. Les mêmes nous disent doctement que le danger islamiste n’existe pas. De fait, les seuls leaders politiques qui s’expriment dans les médias français semblent être les responsables du parti communiste tunisien. Nous voilà donc rassurés…
3) La cécité du monde journalistique français laisse pantois. Comment peuvent-ils oublier, ces perroquets incultes, ces lecteurs de prompteurs formatés, que les mêmes trémolos de joie indécente furent poussés par leurs aînés lors du départ du Shah en Iran et quand ils annonçaient alors sérieusement que la relève démocratique allait contenir les mollahs ?
4) Le prochain pays qui basculera sera l’Egypte et les conséquences seront alors incalculables. Le scénario est connu d’avance tant il est immuable : un président vieillissant, des émeutes populaires inévitables en raison de l’augmentation du prix des denrées alimentaires et de la suicidaire démographie, une forte réaction policière montée en épingle par les éternels donneurs de leçons et enfin le harcèlement du pouvoir par une campagne de la presse occidentale dirigée contre la famille Moubarak accusée d’enrichissement. Et la route sera ouverte pour une république islamique de plus ; tout cela au nom de l’impératif démocratique…
5) Ces tragiques événements m’inspirent enfin un mépris renouvelé pour la « classe politique » française. Ceux qui, il y a encore quelques semaines, regardaient le président Ben Ali avec les « yeux de Chimène », sont en effet les premiers à l’accabler aujourd’hui. Nos décideurs en sont tombés jusqu’à expulser de France les dignitaires de l’ancien régime tunisien qu’ils recevaient hier en leur déroulant le tapis rouge. La France a donc une nouvelle fois montré qu’elle ne soutient ses « amis » que quand ils sont forts. L’on peut être certain que la leçon sera retenue, tant au Maghreb qu’au sud du Sahara… A l’occasion de ces évènements, nous avons appris que 600 000 Tunisiens vivaient en France, certains médias avançant même le chiffre de un million. L’explication de l’attitude française réside peut-être dans ces chiffres. Pour mémoire, en 1955, un an avant la fin du protectorat français sur la Tunisie, 250 000 Européens, essentiellement Français et Italiens y étaient installés, ce qui était considéré comme insupportable par les anti-colonialistes.
Quand Ben Ali était encore l'ami de la France…1) Certes le président Ben Ali n’était pas l’illustration de la démocratie telle que la connaissent une trentaine de pays sur les 192 représentés à l’ONU, certes encore, de fortes disparités sociales existaient en Tunisie, mais, en vingt ans, il avait réussi à transformer un Etat du tiers monde en un pays moderne attirant capitaux et industries, en un pôle de stabilité et de tolérance dans un univers musulman souvent chaotique. Des centaines de milliers de touristes venaient rechercher en Tunisie un exotisme tempéré par une grande modernité, des milliers de patients s’y faisaient opérer à des coûts inférieurs et pour une même qualité de soins qu’en Europe, la jeunesse était scolarisée à 100%, les femmes étaient libres et les filles ne portaient pas le voile.
2) Aujourd’hui, tout cela est détruit. Le capital image que la Tunisie avait eu tant de mal à constituer est parti en fumée, les touristes attendent d’être évacués et le pays a sombré dans le chaos. Les journalistes français, encore émoustillés à la seule évocation de la « révolution des jasmins » cachent aux robots qui les lisent ou qui les écoutent que le pays est en quasi guerre civile, que les pillages y sont systématiques, que des voyous défoncent les portes des maisons pour piller et violer, que les honnêtes citoyens vivent dans la terreur et qu’ils doivent se former en milices pour défendre leurs biens et assurer la sécurité de leurs familles. Les mêmes nous disent doctement que le danger islamiste n’existe pas. De fait, les seuls leaders politiques qui s’expriment dans les médias français semblent être les responsables du parti communiste tunisien. Nous voilà donc rassurés…
3) La cécité du monde journalistique français laisse pantois. Comment peuvent-ils oublier, ces perroquets incultes, ces lecteurs de prompteurs formatés, que les mêmes trémolos de joie indécente furent poussés par leurs aînés lors du départ du Shah en Iran et quand ils annonçaient alors sérieusement que la relève démocratique allait contenir les mollahs ?
4) Le prochain pays qui basculera sera l’Egypte et les conséquences seront alors incalculables. Le scénario est connu d’avance tant il est immuable : un président vieillissant, des émeutes populaires inévitables en raison de l’augmentation du prix des denrées alimentaires et de la suicidaire démographie, une forte réaction policière montée en épingle par les éternels donneurs de leçons et enfin le harcèlement du pouvoir par une campagne de la presse occidentale dirigée contre la famille Moubarak accusée d’enrichissement. Et la route sera ouverte pour une république islamique de plus ; tout cela au nom de l’impératif démocratique…
5) Ces tragiques événements m’inspirent enfin un mépris renouvelé pour la « classe politique » française. Ceux qui, il y a encore quelques semaines, regardaient le président Ben Ali avec les « yeux de Chimène », sont en effet les premiers à l’accabler aujourd’hui. Nos décideurs en sont tombés jusqu’à expulser de France les dignitaires de l’ancien régime tunisien qu’ils recevaient hier en leur déroulant le tapis rouge. La France a donc une nouvelle fois montré qu’elle ne soutient ses « amis » que quand ils sont forts. L’on peut être certain que la leçon sera retenue, tant au Maghreb qu’au sud du Sahara… A l’occasion de ces évènements, nous avons appris que 600 000 Tunisiens vivaient en France, certains médias avançant même le chiffre de un million. L’explication de l’attitude française réside peut-être dans ces chiffres. Pour mémoire, en 1955, un an avant la fin du protectorat français sur la Tunisie, 250 000 Européens, essentiellement Français et Italiens y étaient installés, ce qui était considéré comme insupportable par les anti-colonialistes.
Bernard Lugan
dimanche 16 janvier 2011
Une vie
Cela fait plusieurs semaines maintenant que je le sens bouger. Je mets du temps, j'ai du mal à m'habituer à cette idée, à ce fait : un nouveau bébé, encore un enfant... J'avais pris grand goût à mon indépendance retrouvée, une liberté que je n'avais jamais ressentie auparavant : mariée à 20 ans, j'habitais encore chez mes parents à l'époque et je suis allée de la chambre que je partageais avec ma sœur à la chambre conjugale! Jamais seule finalement!
Puis les enfants se sont succédés et toute mon attention leur a été consacrée à tel point que pendant longtemps, de longues années, j'étais incapable de suivre un semblant d'actualité locale, régionale, mondiale, incapable de lire aussi... Lorsque les jumeaux sont partis à l'école j'ai eu l'impression de me réveiller d'un très long sommeil.
J'ai donc un peu peur de retomber dans ce sommeil.
Je le sens bouger surtout la nuit, quand je suis tranquille, l'esprit et le corps en repos, attentifs enfin à moi-même... Là, il sait qu'il peut accaparer toute l'attention de maman et il en profite largement. Il lutte déjà pour prouver au monde qu'il existe, il veut déjà avoir toute sa place, il se bat déjà de toute la force de sa si jeune vie! J'en suis profondément touchée et inquiète aussi : comment répondre à tant d'amour, comment subvenir à cette soif que l'on devine insatiable?
Lorsqu'il bouge ainsi en tout sens je ressens aussi profondément tout son bonheur d'exister... Il est joyeux cet enfant, vous ne pouvez savoir à quel point il est heureux... Et je ris toute seule,stupéfaite, là avec lui, nous passons de bons et doux moments. Je pense alors, que même si sacrifice de liberté il y a, hé bien malgré tout ça vaut le coup, ça vaut toujours le coup, une vie.
(Hoppe, Hoppe Reiter,
Hue Hue Cavalier,
Ta vie a commencé,
Parfois avec un pied, souvent en prenant appui
Sur les deux il veut s’étendre et fait son caprice.
De mes mains, je l’englobe, il se fige, tout surpris.
Et là, c’est une avalanche de signes et de quêtes
Il se tourne en tous sens, s’agite et me guette
Je le caresse avec force, avec amour, avec rage
Mon bébé, mon amour, ma paix, mon orage.
Au cœur de la nuit, allongée, l’étrange agitation
Mouvante, douloureuse, brutale et éperdue
Délicieuse, évidente, douce, pleine de retenue
Je le sens grandir, irrésistible actualisation.
Parfois, épuisé, il s’endort et ne bouge plus.
Inquiète, c’est à mon tour de m’agiter,
La main sur le ventre, instinctive et pressée
Donne vie à celui qui n’en peut déjà plus.
De nouveau alors, mollement, il remue
Un peu, se laisse porter par l’onde lourde
Pleurniche en silence, suçote son pied, son poing
Tourne sur lui-même et se niche dans un coin.
Double vie à mener, à porter jusqu’à la fin
Trop intense, trop immense et cependant si simple.
Autour de moi, les autres, tout est vain.
C’est un monde si vaste que mon ventre contient.
samedi 15 janvier 2011
Iron Man et le Repère Maléfique
Un cri épouvantable, qui oscillait entre le rugissement du tigre en colère et du couinement du koala presque égorgé, retentit. Miss Pepper, somnolant dans son fauteuil préféré sursauta et alla ouvrir sa porte. Devant elle un spectacle navrant : son boss préféré, le Plus Grand Héros de Tous les Temps, Iron Man, (plus simplement nommé XP) se tenait avec un homme demi-nu, une vague chemise en loques sur les épaules, hagard, dépenaillé, décoiffé. La secrétaire poussa une exclamation et ouvrit largement sa demeure au pauvre hère.
« -Qu’est-ce donc que... ceci Patron ?
- Cette …chose ? Cet animal ? Cette personne ? M’a attaqué il y a quelques jours, alors que je sortais faire mon tour de garde habituel dans mon quartier et au travers du monde entier et accessoirement acheter mes clopes: je suis tombé sur ça qui m’a agrippé l’armure et m’a bredouillé : « I like your style, Mr XP, je suis Terby, votre fan number one, je veux rester avec vous ! » Quoique flatté bien sûr de cette marque de bon goût absolue, j’ai tenté de m’en débarrasser en lui proposant un paquet de Gitanes mais il a secoué la tête et m’a expliqué qu’il ne fumait plus … que des joints ! Je me suis dit alors, chère secrétaire, que vous pourriez peut-être en faire quelque chose de cette loque, un fan présentable, digne de ce que je suis ! Il est temps que mon image ne corresponde plus à la réalité ! Qu’en pensez-vous ? Je vous le laisse quelques jours voire quelques mois ? Il est assez discret si vous parvenez à lui faire prendre une douche de temps en temps… Dieu sait que vous habitez un bled paumé au milieu de nulle part, je crois bien avoir croisé plusieurs sangliers et quelques cerfs (un crapaud aussi) mais ces derniers ont immédiatement senti le Chef qui sommeille en moi et ont fui…
-A la place d’une chose, ce pourrait être une chouette suggéra Miss Pepper déconcertée mais pleine de bonne volonté devant la misérable créature. Mon mouflet Grégoire dans sa définition du verbe à apprendre (« le verbe est un mot qui dit ce que fait une personne, un animal ou une chose ») n’arrive pas à dire le terme « chose » qu’il transcrit systématiquement par le terme « chouette »… La vérité sort de la bouche des enfants, c’est bien connu, j’aurais du me douter que quelque chose de grave allait vous arriver Patron, et qu’une chouette géante et maléfique allait vous attaquer et mettre le monde en danger…
-Ne soyez pas stupide Miss Pepper, s’il vous plait ! La seule vieille chouette que je vois ici c’est vous… Quant à votre fiston, son problème d’élocution lui passera… Bientôt il ne dira plus que les mots de « fille », « mignonne », « bonne » etc… Nan, le problème est certainement plus grave que cette ridicule explication que vous donnez… Le problème est métaphysique ! C’est évident. Ce Terby évoque dans ses moments les plus lucides mes textes, ce qui est très bien, mais aussi un « château » (1) dont il se serait enfui… Certainement un repère de gauchistes qui s’en prennent à mes groupies… Voyez à quoi il les réduisent! Des zombies!
-Patron gardez votre sang-froid et venez vous réchauffer au coin du feu… Puis-je vous servir à boire ?
-Oui, quelque chose d’un peu corsé…
-Votre Chartreuse que vous m’offrîtes l’année dernière pour mes bons et loyaux services…
-Nan, j’ai vraiment besoin d’un remontant… Préparez-moi donc une Ricoré, avec deux sucres siouplait…
-Hum, Patron, c’est bien parce que c’est vous, Iron Man, Le Plus Grand Héros de Tous les Temps, mais vraiment je vous conjure de ne pas abuser de certaines liqueurs…
«… le réveillon de la saint Sylvestre est immanquablement le pire moment attendu de l’année… En ce moment, « Je baigne dans le beat comme un connard. »… Mais : « Un type n’apprécie pas. Je finis explosé dans la rue par les videurs racistes qui manifestement ne comprennent ni le deuxième ni le premier degré. » Alors : « J’envisage déjà de me déguiser en clown et lis les modes de fabrication de bombes artisanales sur le net.
A moins que.
A moins que je n’opte pour la méthode dure, l’ultima ratio : être heureux. »
(Pauvre Sorpasso! En être réduit à être heureux! Le cœur de guimauve de Miss Pepper se serre devant la déroute du jeune homme)
Miss Pepper cherche à joindre en particulier un nouveau venu dans la troupe, le Docteur El Restif Ben Maalouf qui allie érudition et pragmatisme et connaît tous les cas les plus rares de démence avancée, en particulier la « groupimania xpéenne compulsive », plus simplement dite : la Rodionmania. Elle-même, Miss Pepper en a été atteinte mais elle est guérie maintenant, enfin je crois.
Iron Man suit des yeux sa secrétaire qui s’agite à roucouler par la fenêtre pour faire venir le volatil messager et s’exclame d’un coup :
- Miss Pepper ! Rêve-je ou vous avez pris du poids ? Qu'est-ce qui vous prend? Ne savez-vous pas que toute personne qui travaille pour moi (et donc pour le Salut du monde) se doit d’être constamment jeune, belle, mince et blonde ? Bon, j’ai fermé les yeux sur la jeunesse parce que personne ne s’est proposé à part vous pour ce poste de Correctrice in chief mais tout de même, faudrait pas abuser du confit de canard…
Miss Pepper rougit violemment et explique embarrassée :
-Oui je voulais vous le dire Patron, mais l’occasion m’a manquée… J’ai pris du poids parce que voilà, j’attends un bébé…
-Quoi ? Mais qu’est-ce donc que cette chose-là ?
-Un bébé, Patron, un petit bout de chou, un petit d’homme quoi…
-Mais où l’avez-vous trouvé ? Et comment ?
Miss Pepper, perplexe, suggère alors doucement au Boss : « Vous devriez arrêter la Ricoré Patron, je trouve qu’elle ne vous réussit pas tout à fait au teint et à l’esprit, vous perdez en acuité…
-Hum oui Miss Pepper, néanmoins faudra pas renouveler tous ces batifolages intempestifs ! Il en va quand même de ma tranquil… de mon orthogra…, je veux dire du monde à sauver ! Je vous trouve d’une légèreté coupable !
-Faudrait savoir ! Je suis légère ou lourde ?! Miss Pepper a pris un ton aigre qui précède ses crises d’hystérie que redoute énormément Iron Man. Il sait combien sa secrétaire peut rapidement devenir incontrôlable aussi préfère t-il temporiser.
-Bien Miss Pepper, n’en parlons plus ! Quand l’événement doit-il avoir lieu ?
-Ben dans neuf mois a priori c’est pour tout le monde pareil.
-Neuf mois ! Doux Jésus ! Cela laisse largement à un tas de sales communistes le temps de revenir au pouvoir ! Y songez-vous ?
-Bah, ils y sont déjà au pouvoir, ils ont simplement changé un peu de nom, ils se font appeler les CAB ou GVD…
-Je le savais ! Les traîtres ! Les infâmes ! Certainement eux qui m’ont auparavant piqué mon armure ! Miss Pepper, sortez la bétaillère ! Nous allons attaquer un de leurs nids à rats ! Ce château par exemple ! Même nu je vaincrai !
-Hum Patron, voici une nouvelle armure qui défit tous les canons de la mo… du Style apportée par Eugène (3), quelques accessoires indispensables (4) ainsi que des recettes de survie de Vae Victis (5), quelques règles de droit élémentaire de Blueb (bon en fait ces dernières sont inutiles : quoique vous fassiez, en défense ou en attaque, sachez que vous irez en taule de toutes les façons) (6), je crois que c’est tout ce dont vous avez besoin…
-Parfait ! Mais qu’allons-nous faire de Terby pendant cette nouvelle épreuve ? Le laisser à la garde de vos enfants me paraît dangereux pour lui, on ne peut pas lui infliger ça après ce qu’il a subi dans cet horrible Goulag…
-J’ai songé lui proposer une infirmière ?
-Vous n’y pensez pas ! Ne savez-vous point de quelle engeance abominable il s’agit ? La dernière à qui j’ai eu affaire s’appelait Josyane… « Depuis l’âge de quarante-six ans, elle était payée pour surveiller la nuit des légumes de cent kilos et un mètre soixante qui dormaient et qui avaient de la peine à faire coucou avec leurs mains dans la journée… » (7) Et Terby, dont je suis le Maître à penser serait bien capable d’en embrocher une et de la cuire…(8) Trouvez autre chose !
-Écoutez, s’il est si atteint que cela, je pense que le mieux est encore de l’emmener avec nous pour qu’il nous aide dans notre héroïque entreprise de faire sauter la pépinière gauchiste. Ce sera une forme de thérapie pour lui. Et puis, il a peut-être les plans de cette prison quelque part…
-Oui, il m’a montré un tatouage étrange sur sa fesse droite, Miss Pepper, vous devriez jeter un coup d’œil, vous arriverez peut-être à déchiffrer quelque chose d’utile et à reproduire le dessin en rectifiant les erreurs dues aux pustules et autres poils…
-Vous savez Patron, je suggère préalablement une augmentation…
-Miss Pepper ! Comment osez-vous ! Faire montre de votre dégoûtant esprit capitaliste et libéral en cette heure fatidique !! Vous devriez avoir honte ! Vous n’avez donc aucune dignité, aucun Honneur personnel ?
- Ma qué Honneur ?! Ne soyez pas verbeux Patron, vous êtes « dans le fond pas plus évolué qu’Aimé Césaire, le primitif qui pensait du participe passé ou des vers de mirliton bien verbeux que ce sont des canons utilisés par les blancs qu’il faut leur voler pour leur tirer sur la gueule ». (9)Laissez cela aux amateurs de belles lettres, vous savez, « l'homme politique [qui] dégrade la langue où il s'exprime, … son discours tombe tôt ou tard dans le stéréotype ou le cliché, et … il est rarement authentique ou personnel, car chez lui ce qu'il convient de dire finit toujours par primer sur ce qu'on devrait dire …comme la marionnette du ventriloque, disant des choses qui semblaient proférées par un autre… ». (10) Avec toutes ces bouches à nourrir à la maison tous les moyens sont bons… Et comme je ne peux pas trop prétendre vendre mes charmes à l’instar des belles d’ilys que JMM reluque h24 (11) faut bien que je trouve autre chose.
-Z’avez pas tort Miss, vous êtes lucide au moins. Bon ! Je vous promets rien, je vais voir s’il me reste un semblant de magnanimité ou de largesse à votre égard… Vous devriez vous lancer dans l’import-export, Miss Pepper, avec votre véhicule, j’ai ouï dire que ça marche très bien…
Notes indispensables sauf la dernière :
1/cf. Terby : http://ilikeyourstyle.net/2010/11/22/le-chateau/
2/ cf. Il Sorpasso: http://ilikeyourstyle.net/2010/12/29/les-10-pires-31-decembre-de-ma-vie/
3/ cf. Eugène : http://ilikeyourstyle.net/2010/12/04/dehors-3/
5/ cf. Vae Victis : http://ilikeyourstyle.net/2010/12/12/faire-ses-allumes-feu-en-gelifiant-de-lessence/
8/ cf. Terby: http://ilikeyourstyle.net/2011/01/13/la-fin/
10/ cf. Vargas Llosa dans “Les enjeux de la liberté” : « "Je n'interroge pas Havel sur ces six et quelques années passées en prison, ajoutées aux trois de détention, parce que j'ai lu ses essais et connais ses sobres réflexions sur le sujet. Je lui dis, plutôt, qu'une de mes expériences les plus mortifiantes, lors de mon passage par la politique, a été de découvrir que presque inévitablement l'homme politique dégrade la langue où il s'exprime, que son discours tombe tôt ou tard dans le stéréotype ou le cliché, et qu'il est rarement authentique ou personnel, car chez lui ce qu'il convient de dire finit toujours par primer sur ce qu'on devrait dire. N'a t-il pas eu parfois l'impression d'être comme la marionnette du ventriloque, disant des choses qui semblaient proférées par un autre?
Oui, cela lui est arrivé quelquefois. Et c'est évidemment quelque chose qui le préoccupe et à quoi il essaie d'être attentif. Aussi écrit-il lui-même ses discours. D'un autre côté, il faut distinguer le langage littéraire et le discours politique. Celui-là peut-être tout ce que l'écrivain voudra qu'il soit. Celui-ci a l'obligation d'être clair, simple, direct, capable de toucher la grande variété de publics qui constituent une société."
Oui, cela lui est arrivé quelquefois. Et c'est évidemment quelque chose qui le préoccupe et à quoi il essaie d'être attentif. Aussi écrit-il lui-même ses discours. D'un autre côté, il faut distinguer le langage littéraire et le discours politique. Celui-là peut-être tout ce que l'écrivain voudra qu'il soit. Celui-ci a l'obligation d'être clair, simple, direct, capable de toucher la grande variété de publics qui constituent une société."
11/ : il est hors de question que je confère quoique ce soit de ce blog éthique vers les femmesàpouals de JMM, je ne suis lue que par des gens qui ignorent tout de ces dérives lubriques qui composent l’être humain et l’homme en particulier. Non mais.
lundi 10 janvier 2011
Aube pâle
Quelques photos du lever du jour dans le froid, un ciel rose et bleu pâles qui me change des flamboyances des couchers du soir... Une forme de douceur qui m'ont arrêtée en voiture ce matin. Des nouvelles couleurs qui m'ont enchantée.
dimanche 9 janvier 2011
Ce qu'il faut faire.
« Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère: "Vois! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction, - et toi-même, une épée te transpercera l'âme! -- afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs." »(Luc 2,34-35)
"Il l'assassinait. On n'a pas besoin de tuer son père. Le monde s'en charge. Il y a des tas de forces qui guettent le père. Le monde va lui faire son affaire, et il l'avait faite, en effet, à Mr Silk. Celle qu'il faut assassiner, c'est la mère. Et il était en train de s'y employer, lui, l'enfant qu'elle avait aimé comme elle l'avait aimé. Il assassinait au nom de son exaltante idée de la liberté! Tout aurait été beaucoup plus facile sans sa mère. Mais il fallait surmonter cette épreuve s'il voulait être l'homme qu'il avait choisi d'être, séparé sans retour de ce qu'il avait rçu en partage à sa naissance, libre, comme tout humain voudrait l'être, de se battre pour sa liberté. Pour arracher à la vie cette destinée de rechange, dont il dicterait les clauses, il lui fallait faire ce qu'il avait à faire. La plupart des gens ont bien envie de se tirer de l'existence de merde qu'il ont reçu en partage. Seulement ils ne passent pas à l'acte, et c'est ce qui fait qu'ils sont eux, tandis que lui est lui. Balancer son direct, démolir, et puis fermer la porte à jamais. On ne peut pas faire ça à une mère merveilleuse qui vous aime inconditionnellement et vous a rendu heureux; on ne peut pas lui faire ce chagrin et penser qu'on pourra revenir en arrière. C'est tellement affreux qu'il ne reste plus qu'à vivre avec. Quand on a fait une chose pareille, d'une telle violence, on ne peut plus jamais la défaire -or c'est justement ce qu'il veut. C'est comme à West Point, au moment où le gars s'écroulait. Il a fallu que l'arbitre l'empêche de faire ce que lui dictait ses tripes. Ce jour-là comme à présent, il faisait l'expérience de son pouvoir en boxeur. Parce que cela aussi faisait partie de l'épreuve, de donner au rejet toute sa vraie signification humaine impardonnable, d'affronter avec tout le réalisme et la clarté possibles l'instant où le destin vient à croiser quelque chose d'énorme. Cet instant est venu, pour lui. Cet homme et sa mère. Cette femme et son fils bien-aimé. Si, pour s'aiguiser comme une lame, il a décidé de faire la chose la plus dure qui soit, à part la poignarder, c'est bien celle-ci. Le voilà placé au cœur même sujet. C'est l'acte majeur de sa vie, et sciemment, intensément, il en ressent la démesure."
Philip Roth, "La tâche"
jeudi 6 janvier 2011
"...le besoin de consolation que connait l'être humain est impossible à rassasier ."
En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier.Partout où je crois l'apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n'atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d'un souffle de vent dans la cime d'un arbre, je me dépêche de m'emparer de ma victime.
Qu'ai-je alors entre mes bras?
Puis que je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie ou de l'effroi à bander. Puis que je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puis que je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur."( Stig Dagerman)
Le lien de ce texte à lire en entier : http://incarnation.blogspirit.com/archive/2011/01/04/stig-dagerman-notre-besoin-de-consolation-est-impossible-a-r.html
mercredi 5 janvier 2011
Notes personnelles sur la première conférence d'Alain Laurent du 11/2010 : le libéralisme hispanique, 2ème partie.
José Vargas Llosa
Lien audio de cette conférence d'Alain Laurent sur l'Institut Coppet : http://www.institutcoppet.org/podcasts/alain-laurent/
Cet écrivain a fait l’actualité récente en recevant le prix Nobel de littérature 2010, prix qui lui a certainement été refusé longtemps à cause de ses prises de positions résolument libérales. Il avait obtenu en 1999 le prix de journalisme Ortega y Gasset, prix de la puissante fondation Ortega y Gasset. Il a d’ailleurs consacré un article très pénétrant sur Gasset. J’ai quant à moi consacré une grande partie de ma conclusion de mon ouvrage « La philosophie libérale » (2002) à Vargas Llosa. J’ai reçu d’ailleurs, à l'époque, une lettre de Llosa me félicitant pour ces pages écrites. J’ai fait sa connaissance lors d’un festival de musique en 1994 à Aix en Provence.
Cet écrivain a fait l’actualité récente en recevant le prix Nobel de littérature 2010, prix qui lui a certainement été refusé longtemps à cause de ses prises de positions résolument libérales. Il avait obtenu en 1999 le prix de journalisme Ortega y Gasset, prix de la puissante fondation Ortega y Gasset. Il a d’ailleurs consacré un article très pénétrant sur Gasset. J’ai quant à moi consacré une grande partie de ma conclusion de mon ouvrage « La philosophie libérale » (2002) à Vargas Llosa. J’ai reçu d’ailleurs, à l'époque, une lettre de Llosa me félicitant pour ces pages écrites. J’ai fait sa connaissance lors d’un festival de musique en 1994 à Aix en Provence.
La presse française, à l’occasion de son prix Nobel dont je pensais qu’il ne l’aurait jamais à cause de son libéralisme, a fort peu évoqué son libéralisme. Par contre, ces positions ont été largement évoquées sur le net, dans sa fiche wikipédia qui a été réécrite il y a un mois. On y trouve cette scandaleuse et hallucinante phrase par exemple à propos du libéralisme de Llosa : « Pour beaucoup de penseurs et analystes l'écrivain péruvien s'est transformé en fondamentaliste d'un néolibéralisme autoritaire. » Vraiment il faudrait rectifier tout ce tissu de mensonges et d’erreurs sur wikipédia!
Llosa est un journaliste de profession, au départ, dans son pays natal, le Pérou. Il a été aussi journaliste en France (à l’agence France-Presse), il s’est rendu en Europe dans les années 60. C’est bien évidemment un grand romancier (j’ai été époustouflé personnellement par son roman : « La guerre de la fin du monde », texte d’une densité inouïe avec également une exubérance très sud-américaine que l’on trouve aussi dans l’écriture) En arrivant en Europe et en France, il devient alors Sartrien. Il est castriste, résolument d’extrême gauche. Il n’a pas hésité à soutenir des mouvements de guérilla de gauche qui éclosent à cette époque. Mais sur le plan littéraire il a toujours été un grand fervent de la liberté. Cet élément (propre aux écrivains ou artistes) le « travaille » à partir des années 75-76 et un événement fondateur va alors le faire basculer dans le libéralisme. Un de ses amis écrivain va se faire arrêter et emprisonner à Cuba. Llosa rompt alors avec le régime castriste et devient son ennemi juré en quelques années. Cela se passe en mars 71. Mais à la différence de beaucoup qui étant d’extrême gauche au départ puis sont devenus des antitotalitaires mais sont demeurés dans la social-démocratie ensuite, Llosa va aller beaucoup plus loin dans son cheminement et réflexion. Il lit Karl Popper « La société ouverte et ses ennemis » et cet ouvrage est pour lui une révélation et il devient un libéral convaincu. En France, sa rencontre avec Revel est déterminante. Il lit d’autres spécialistes libéraux (Hayek, Berlin) et devient un grand connaisseur de la pensée libérale. Ceci pendant les années 70-80.
Cependant, dans ses romans, sa pensée libérale n’apparaît jamais. Pour découvrir sa pensée libérale, il faut lire ses ouvrages d’entretiens ou recueils de chroniques (on trouve aussi souvent dans le journal Le Monde de grands papiers de Vargas Llosa : par exemple, il y a quelques années il avait publié une série de 6 articles sur ce qu’il avait vu en Irak, articles qui n’étaient pas d’ailleurs très politiquement corrects). En particulier son recueil intitulé « Les enjeux de la liberté » : on y trouve des articles sur Popper, Hayek et c’est souvent en fait, une paraphrase en quelque sorte de ces derniers mais comme ça vient de lui, ça fait faire davantage de chemin au lecteur qui ne s’attend pas forcément à trouver sous la plume de cet écrivain de telles positions intellectuelles.
En Amérique du Sud, il s’oppose à un courant de pensée en vogue, « l’indigénisme » que pratiquent Chavez au Vénézuela par exemple ou les Boliviens (avec Morales) ou bien encore en Équateur. L’indigénisme consiste à penser que la conquête espagnole a détruit des cultures anciennes et premières et qu’il faut les réveiller aujourd’hui. Llosa attire l’attention sur le danger justement à redonner vie à ces anciennes cultures (très collectivistes par ailleurs, c’était le règne de la tribu.) qui feraient replonger l’Amérique Latine dans la barbarie et le sous-développement. Cf. en particulier dans les livres de Llosa : « Un barbare chez les civilisés »
Llosa se présente aux élections présidentielles au Pérou en 1990 (après avoir fondé un parti libéral qui a beaucoup de succès) et perd contre Fujimori (très étonnamment parce que toute la presse de l’époque le donnait vainqueur). D’autres courants de droite se déchaînent cependant contre lui en particulier ceux de l’Église catholique car Llosa se définit comme un laïc pur et dur. Il partage alors son temps entre Lima, Madrid, Londres, Paris : il a la double nationalité, espagnole et péruvienne.
En quoi consiste son libéralisme : là aussi, il n’est pas d’une très grande originalité, il reprend les grands libéraux classiques. Son originalité est à observer dans l’extrême extension qu’il donne à sa conception du libéralisme. Il est un « passeur » de la pensée et de la cause libérale extraordinaire.
Le premier pilier de son libéralisme : la souveraineté de l’individu. Ce qui est une notion assez radicale. L’individu est souverain, il n’a de compte à ne rendre à personne.
Le deuxième pilier : l’importance de la notion et l’idéal de la société ouverte qu’il a repris chez Popper et Revel.(J’ai lu assez récemment dans La Règle du jeu, revue dont le directeur est Bernard Henri Lévy, 4 pages sur la société ouverte selon Karl Popper par Vargas Llosa). On s’aperçoit que la société ouverte est un concept qui s’oppose à celui de tribalisme.
Le troisième pilier : une idée qui lui vient aussi de Revel : la liberté politique et la liberté économique vont de paire et sont indissociables. Il est partisan d’une liberté politique totale et cette dernière est indivisible avec une vraie liberté économique complète avec libre concurrence, dérégulation, non intervention de l’État dans l’économie). L’une ne va pas sans l’autre. Liberté politique et liberté économique sont une et indivisibles. On retrouve ce pilier dans beaucoup de ses chroniques mais la plupart d’entre elles n’ont pas forcément été traduites en français, elles sont en espagnol. Le dernier ouvrage de Llosa traduit en français date de 2005, « Le langage de la passion ».
Dans les sources de sa pensée libéralisme il y a un œcuménisme qui se réfère aussi bien à Berlin, Hayek, Popper, Misses. Il se réfère aussi beaucoup à Aron. Il assume parfaitement et clairement son antiétatisme qu’il étend aussi au domaine culturel. C’est un adversaire acharné de la subvention par l’État à la culture. Les subventions étatiques dans le domaine de la culture lui paraissent comme foncièrement nocives à la création. Il ne peut y avoir de liberté créatrice pour des personnes soudoyées par l’État. Le domaine de la culture est vraiment selon lui, le point central pour s’emparer de l’opinion publique.
Il ne craint pas par conséquent de s’en prendre à l’État-providence et à tout système distributif. Il prône cependant un état minimum dans le domaine de la santé, de la sécurité.
Il y a pour lui un lien très fort entre laïcité et libéralisme. Il est, à titre personnel, agnostique et la séparation entre Église et État est essentielle à ses yeux, il n’y a pas à transiger là-dessus.
C’est aussi un antinationaliste complet. La Nation, pas plus que l’État n’est propriétaire des individus. Pour Llosa, l’exception culturelle française est du protectionnisme et du nationalisme à l’état pur et par conséquent c’est quelque chose de tout à fait inqualifiable.
Llosa a été un des premiers à faire la guerre au multiculturalisme (cf. son combat contre l’indigénisme) car selon lui derrière le multiculturalisme il y a un relativisme moral selon lequel toutes les cultures se valent, et que donc on peut se réclamer de n’importe quoi et déclarer que c’est de la culture. Le multiculturalisme ne fait que prolonger le règne de la tribu et la tribu absorbant tout de l’individu.
Il a rejoint dans cette guerre le beau livre de Finkielkraut « La défaite de la pensée » p 274-275-276 dans « Les enjeux de la liberté ». Extrait :
« De la sorte, comme l’a magnifiquement montré Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée, les défenseurs du multiculturalisme –insolite amalgame où Lévi-Strauss côtoie Frantz Fanon- ont rajeuni et légitimé, depuis une perspective contemporaine, au nom du tiers-mondisme, les doctrines nationalistes de romantiques allemands tels que Herder et d’ultra-réactionnaires comme Joseph de Maistre. Pour ces derniers, comme pour ceux-là, l’individu n’existe pas en dehors de son milieu culturel, produit de la langue, des traditions, croyances, coutumes et paysages où il est né et a grandi, et par conséquent, cette patrie constitue une unité cohérente, suffisante et intangible, qui doit être préservée contre tout ce qui la menace. L’impérialisme, bien sûr, et aussi, ces corrosifs de l’ »esprit national » : le cosmopolitisme, le métissage, l’internationalisation. En d’autres termes : contre l’évolution de l’histoire moderne, voire la réalité elle-même.
(…)
Mais sur les décombres du collectivisme est alors apparu, ruant impétueusement dans les brancards et renforcé par de nouvelles recrues, pour s’opposer à cette évolution de l’humanité vers un monde plus intégré, le nouveau bouclier de l’esprit rétrograde et de l’obscurantisme historique, en défense du plus récalcitrant de tous les atavismes, l’esprit de la tribu, la peur que l’individu ne soit libre et souverain pour de bon.
(…)
Il n’est pas vrai que toutes les cultures se valent et qu’elles existent comme des blocs de granit ou des compartiments étanches. Il y a dans toutes, sans doute, des ingrédients et des trouvailles qui enrichissent l’espèce, et aussi de laides et horribles réminiscences des temps obscurs où l’individu n’existait pas encore, était un simple parasite de ce placenta grégaire, la tribu. La lutte interminable pour faire naître l’homme comme individu, le rendre chaque fois plus différent du singe et du tigre, a commencé quand il a pu commencer enfin à être plus lui et moins sa tribu, à prendre ses distances par rapport à elle et se reconnaître, en dépit des innombrables tatouages ou des magies, semblables aux autres tribus, avec lesquelles il commerça et finit de se mêler en formant des sociétés nouvelles et plus grandes.
(…)
C’est là une vieille confrontation qui n’a pas connu de progrès rectiligne, mais d’innombrables faux pas et reculs, dans l’incessante entreprise pour émanciper l’homme de la tutelle atavique de la tribu, de le libérer des tabous, des peurs et des conjurations qui permettaient aux sorciers et aux petits chefs de le maintenir soumis, afin de consolider et de perpétuer leur pouvoir. (…) Cette lutte a été renouvelée à plusieurs reprises dans l’histoire…(…) Mais la nouvelle pointe déjà la tête en jonchant le terrain, ici et là, de victimes. Et elle dispose de contenus bien définis : la progressive dissolution des frontières ou leur rétablissement et prolifération, la mondialisation de la culture au rythme des marchés, des idées et des techniques ou leur atomisation et confinement dans une planète multiculturelle, se divisant et subdivisant sans trêve pour que beaucoup d’ambitieux puissent enfin réaliser leur rêve d’être les premiers dans leur village. »
Conclusion : Trois points que je voudrais souligner.
Llosa a toujours assumé son libéralisme ouvertement. Il ne fait pas que parler et écrire. Il a assuré, par exemple, la campagne du nouveau président chilien, Sebastian Pinera, très libéral. Llosa aime aller sur le terrain et se bagarrer pour que ses idées l’emportent.
Il est le seul prix Nobel de littérature, à ma connaissance, à avoir lu et apprécié Ayn Rand. Il y fait allusion non pas dans ses chroniques politiques mais dans son roman « Les cahiers de Don Rigoberto ». « Tu sais bien ! L’égoïsme est une vertu ! » dit le héros de l’histoire à un moment donné. Et aussi de dire plus loin : « Être individualiste, c’est être égoïste ! Ces deux allusions à la vertu d’égoïsme sont évidemment typiquement randiennes.
Enfin, bon sang ne saurait mentir, Llosa est le père d’Alvaro Vargas Llosa, libertarien en vogue aux États-Unis, président de l’Independent Institute.
Llosa n’est pas le plus grand penseur libéral actuel mais un des libéraux les plus influents.
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samedi 1 janvier 2011
Notes personnelles sur la première conférence d'Alain Laurent du 11/2010 : le libéralisme hispanique, 1ère partie.
Lien audio de cette conférence sur l'Institut Coppet : http://www.institutcoppet.org/podcasts/alain-laurent/
Première partie sur José Ortega y Gasset
Il existe une tradition libérale hispanique importante. Je vais évoquer deux figures de cette tradition mais cette dernière ne se limite pas à ces deux figures, bien évidemment. En Allemagne, en Italie, il y a des libéraux très intéressants aussi. En Espagne, ces derniers sont édités par une maison d’édition ce qui permet leur « visibilité » plus importante que dans d’autres pays d’Europe. Cette maison a traduit par exemple tout Hayek, tout Mises, etc…Atlas Shrugged a été traduit en espagnol il y a environ dix ans de cela. (Toujours pas en France !) Le monde hispanique (qui comprend non seulement l’Espagne mais aussi tout le continent sud-américain) est très réceptif au libéralisme.
Les deux figures dont je vais parler : José Ortega y Gasset et Mario Vargas Llosa.
Gasset est espagnol ; j’ai édité de lui « La révolte des masses » dans ma collection Classiques de la liberté aux Belles Lettres. C’était un livre épuisé, édité en France pour la première fois chez Stock en 1937. Gasset a fait la une de l’actualité récente grâce à Raffaele Simone, essayiste italien qui a écrit : « Pourquoi l’Occident s’enracine droite » et il faisait grand cas de Gasset dans cet essai. D’ailleurs le journal Le Monde a fait une recension de la « Révolte des masses » récemment. C’est à Gasset qu’Aron voulait consacrer sa dernière conférence mais il est mort à Madrid juste avant cette conférence.
Qui est Gasset ? Né en 1883 et mort en 1955. C’est un philosophe au vrai sens du terme, professeur de métaphysique de 1910 à 1938 à Madrid. Il a la même valeur, comme autorité intellectuelle, que celle d’un Miguel de Unamuno.En 1923, il prend deux initiatives : il écrit un premier livre, « Le thème de notre temps » qui anticipe son ouvrage « La révolte des masses ». Dans ce premier livre il établit un lien entre individualisme et libéralisme. L’autre initiative : il publie une revue « Revista de Occidente ». Gasset a joué un rôle majeur dans la pensée européenne dans la première moitié du XXème siècle. En 1929, il publie toute une suite d’articles qui serviront de prémisses à « La révolte des masses », publié en 1930. En 1931 il est élu député du centre-droit en Espagne. Mais en 1936, lorsqu’il observe les dégâts de la guerre civile, il déclare qu’il ne lui reste qu’à s’exiler. Il part d’abord à Paris puis en Argentine ainsi qu’au Portugal. Il ne reviendra en Espagne qu’en 1945 sous le régime de Franco qu’il désapprouvait. Il a cessé assez vite de s’occuper des affaires politiques (dès la fin de 1931) pour se consacrer à la philosophie pure.
« La révolte des masses », un concept original. Le concept-phare de cet ouvrage est celui de l’homme-masse : un homme moyen, conformiste, médiocre qui reproduit ou imite le modèle des autres. Tous les hommes s’observent donc, se surveillent. C’est à partir de la naissance de cet homme-masse que l’État apparaît et non l’inverse. Ce sont les masses qui produisent l’État et pas l’inverse, comme le pensent et l’expliquent souvent les libéraux. Les masses veulent le pouvoir et elles l’obtiennent par le moyen de la création de l’État, qui est un moyen, un instrument du pouvoir. L’homme accepte tout à fait le collectivisme mais pas au sens habituel du terme : il y a collectivisme lorsque l’individu se dépossède d’une certaine façon de sa capacité critique et se fond dans le groupe. Il apprécie en fait la démagogie. L’homme-masse est un homme sans culture véritable, il croit que tout naît avec lui, il rompt avec tout héritage et au fond, c’est un enfant gâté. Le pendant de l’homme-masse est la minorité éclatée. Son opposant est l’homme de raison, de culture.
Un très beau passage, page 72, dans « La révolte des masses » :
« A considérer dans les grandes villes d’aujourd’hui ces immenses agglomérations d’êtres humains, allant et venant par les rues ou se pressant dans des fêtes ou des manifestations publiques, une pensée prend corps en moi, obsédante : comment un homme de 20 ans pourrait-il aujourd’hui se faire un projet de vie qui ait une figure individuelle et qui par conséquent, puisse être réalisé de sa propre initiative et par ses efforts personnels. Lorsqu’il essaiera de développer imaginairement cette fantaisie, ne s’apercevra t-il qu’elle est, sinon irréalisable, du moins fort improbable, puisque l’espace manque pour la loger, pour se mouvoir à son gré. Il constatera bientôt que son projet se heurte à celui du voisin, il sentira combien la vie du voisin opprime la sienne. Le découragement le portera à renoncer, avec la facilité d’adaptation propre à son âge, non seulement à tout acte, mais encore à tout désir personnel ; il cherchera la solution contraire et imaginera alors pour lui-même une vie standard, faite des desiderata communs à tous ; il comprendra que pour obtenir cette vie, il doit la demander ou l’exiger en collectivité avec les autres. Voilà l’action en masse.
C’est une chose horrible ; mais je ne pense pas qu’il soit exagéré de dire qu’elle représente la situation effective dans laquelle presque tous les Européens commencent à se trouver. Dans une prison où sont entassés beaucoup de prisonniers qu’elle n’en doit en contenir, personne ne peut changer de position de sa propre initiative ; le corps des autres s’y oppose. Dans de telles conditions, les mouvements doivent être exécutés en commun ; même les muscles respiratoires doivent fonctionner au rythme du règlement. Voilà ce que serait l’Europe convertie en termitière. Si encore ce tableau cruel était une solution ! Mais la termitière humaine est impossible, car ce fut ce qu’on a appelé l’individualisme qui a enrichi le monde et tous les hommes au monde ; et c’est cette richesse qui a si fabuleusement multiplié la plante humaine. Si les restes de cet « individualisme » disparaissaient, la famine gigantesque du Bas-Empire ferait sa réapparition et la termitière succomberait, emportée par le souffle d’un dieu haineux et vengeur. Il resterait beaucoup moins d’hommes, mais qui le seraient un peu plus. »
Gasset se réclame du libéralisme et le dit de façon assez banale en fait. Pas de grande théorie originale du libéralisme chez lui. Il est assez rare qu’un auteur de premier plan se réclame de l’individualisme, d’un libéralisme classique (celui du 18ème siècle, celui de Turgot, Smith, Locke) sans être complètement satanisé. Dans « La révolte des masses » pages 63-65, il écrit :
« 1° le libéralisme individualiste appartient à la flore du XVIIIe siècle ; il inspire en partie la législation de la Révolution française, mais il meurt avec celle-ci ;
2° la création caractéristique du XIXe siècle a été justement le collectivisme. C’est la première idée que ce siècle invente dès sa naissance ; et cette idée n’a fait que grossir au cours de ses cent années jusqu’à inonder l’horizon tout entier ; »
Et il conclut page 65 : « Ainsi donc, ma défense du vieux libéralisme est – on le voit- toute chevaleresque, gratuite et désintéressée. Car pour ma part, je ne suis rien moins qu’un « vieux libéral ».
Ce que Gasset appelle le « libéralisme » est quelque chose d’ordre intellectuel, philosophique mais nullement d’ordre économique. A son époque le danger est celui du totalitarisme, c’est la liberté individuelle qui est l’enjeu premier.
Le Chapitre 13 de « La révolte des masses » est intitulé : « Le plus grand danger : l’État ». Gasset est un anti-collectiviste et un anti-étatiste absolu. Dans ce chapitre, il met en cause « l’étatisation de la vie ». Le problème, pour lui, n’est pas économique mais un problème de globalisation de la pensée. L’État régule, réglemente tous les aspects les plus personnels de l’existence.
Le Chapitre 13 de « La révolte des masses » est intitulé : « Le plus grand danger : l’État ». Gasset est un anti-collectiviste et un anti-étatiste absolu. Dans ce chapitre, il met en cause « l’étatisation de la vie ». Le problème, pour lui, n’est pas économique mais un problème de globalisation de la pensée. L’État régule, réglemente tous les aspects les plus personnels de l’existence.
Page 196 : « Voilà le plus grand danger qui menace aujourd’hui la civilisation ; l’étatisation de la vie, l’ »interventionnisme » de l’État, l’absorption de toute spontanéité sociale par l’État ; c'est-à-dire l’annulation de la spontanéité historique qui, en définitive, soutient, nourrit et entraîne les destins humains. Quand la masse éprouve quelque malheur, ou lorsque simplement elle ressent quelque violent désir, c’est pour elle une bien forte tentation que cette possibilité permanente et assurée de tout obtenir –sans effort et sans lutte, sans doute et sans risque- en se bornant à appuyer sur le ressort et à faire fonctionner ainsi la majestueuse machine. La masse dit : « l’État c’est moi », ce qui est une parfaite erreur. L’État est la masse dans le seul sens où l’on peut dire de deux hommes qu’ils sont identiques parce qu’aucun d’eux ne s’appelle Jean. L’État contemporain et la masse coïncident seulement en ce qu’ils sont anonymes. Mais le fait est que l’homme-masse croit effectivement qu’il est l’État, et qu’il tendra de plus en plus à le faire fonctionner sous n’importe quel prétexte, pour anéantir grâce à lui toute minorité créatrice qui le gêne –qui le gêne dans n’importe quel domaine : dans celui de la politique, de l’industrie, aussi bien que dans celui des idées. »
Gasset constate que les tendances de fond, l’étatisation sont déjà à l’œuvre à son époque. « L’homme devra vivre pour la machine gouvernementale » écrit-il, tout ceci entre 1925 et 1930. L’État, à force d’avoir tout exploité, finira par mourir de sa belle mort. Le peuple devient la chair dévorée par l’État. Derrière l’État ce sont les masses qui agissent pour elles-mêmes, ces masses révoltées qui sécrètent cette machine étatique.
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