mercredi 29 décembre 2010

Séminaire Alain Laurent le 20 Janvier à Paris

Tout en rappelant ce en quoi consiste historiquement et épistémologiquement l’individualisme méthodologique, il s’agira d’engager une réflexion critique pour déconstruire les actuelles interprétations biaisées qui reviennent à transformer ce principe en méthode d’explication des phénomènes sociaux émergents qui relève d’un holisme de composition et valide les « illusions groupales ». Mais aussi d’ouvrir de nouvelles pistes conduisant à une version plus subjectiviste et radicale de l’individualisme : un nominalisme sociologique (le fameux « rasoir d’Ockham ») non récupérable par les collectivistes. Une urgence intellectuelle à l’heure où, dans la rhétorique dominante, les acteurs sociaux ne sont plus que des « communautés » (qui succèdent aux classes d’antan !), des « sujets collectifs » ou des « processus sans sujets » – au détriment des individus pensants et agissants et de leurs interactions.
NB. Alain Laurent est l’auteur de « L’individualisme méthodologique » dans la célèbre collection Que Sais-je (PUF) en 1994 – maintenant épuisé mais non réédité car jugé d’inspiration trop…libérale.
Le jeudi 20 janvier 2011. A 19 heures au 35 avenue Mac Mahon, Paris 17e.
Alain Laurent le jeudi 20 janvier 2011 (pdf à télécharger, ouvrez la page puis clic droit et « enregistrer le lien sous »)

mardi 28 décembre 2010

Répliques, "l’art de la lecture" avec Michel Crépu et Charles Dantzig (04/12/2010)

Ici la retranscription de l'émission Répliques d'Alain Finkielkraut, "L'art de la lecture", avec Charles Dantzig et Michel Crépu.

Quelques répliques ou passages qui m'ont marquée : 

MC : Non, pas un jugement…un vrai livre pour moi n’est pas un livre qui suppose un jugement mais simplement qui est porteur d’une certaine vérité. Un livre qui n’est pas porteur d’une certaine vérité –pas au sens : j’ai raison, tu as tort mais au sens où il est porteur d’un enjeu auquel on ne peut pas ne pas se confronter et qui fait la valeur du livre, pour moi c’est un critère fondamental. Les livres où je ne reconnais pas la présence de cet enjeu là sont des livres qui tombent, qui ne m’intéressent pas. C’est en ce sens là que pour moi ce ne sont pas de vrais livres.

(...)

CD : Non, naturellement je suis d’accord avec vous, c’est une lecture qui existe mais ce que je veux dire aussi, ce que je voudrais –j’ai parfois du mal à faire comprendre ça- c’est que je crois qu’il existe, on pourrait dire qu’il existe, je ne sais pas moi, trois sortes de lectures –enfin c’est idiot comme ça de résumer mais enfin… Il peut exister comme vous le dites une lecture pour comprendre le monde, très bien, ça existe, on lit de la littérature pour comprendre le monde qui nous entoure ; on lit aussi pour se comprendre soi-même effectivement. Mais ce que je voudrais aussi faire comprendre et j’ai un peu de mal à faire comprendre ça, c’est qu’on peut aussi lire pour l’auteur du livre. Quand je vous parlais de Proust et de la raison pour laquelle il a écrit son livre, ce qui me passionne à force de lire Proust c’est que une fois que j’ai lu « La recherche du temps perdu » pour le côté funérailles du 19ème siècle et ça m’explique l’écroulement d’une société, etc… Très bien. Ensuite je lis Proust pour savoir les échos que ça a sur moi, comment je peux me comprendre, pourquoi j’aime tant le personnage de Robert de Saint Loup, etc… Mais à la fin, toutes ces lectures étant faites, ce qui me passionne encore plus, c’est d’essayer de comprendre pourquoi à tel moment Proust a écrit telle phrase, pourquoi l’auteur du livre a écrit ce livre là. C’est aussi un type de lecture qui est existe, c'est-à-dire une lecture esthétique si on peut dire…

(...)

AF : Je pensais en vous écoutant à une réflexion de Barthes, dans un entretien, et c’est étonnant parce que Barthes a été un théoricien du signifiant mais justement il dit : « Proust, pour moi (la lecture de Proust), a tout d’une consultation biblique ! » Donc nous sommes dans la Lectio Divina, si je puis dire, «  la rencontre d’une actualité (je cite de mémoire) et d’une sagesse. » Donc il est renvoyé à Proust par sa vie même ! Et c’est cela qui est extraordinaire, c’est une encyclopédie de l’existence et on peut en dire autant de James etc… La vie selon les nuances et donc on accède aux nuances de la vie –de la sienne et de la vie en général. Vous, vous dites : j’aime voir comment s’est fait et je crois que c’est un des plaisirs de la lecture de Proust mais quand même, c’est aussi une consultation biblique.
(...)
AF : Alors, Michel Crépu dans votre livre « Lecture » vous faites très souvent référence à Soljenitsyne et vous racontez d’ailleurs de manière passionnante une rencontre que vous avez eu avec lui dans les environs de Moscou. Alors je voudrais vous citer une définition de la littérature ou de la lecture, donnée par Soljenitsyne dans ce chef-d’œuvre qu’est son discours au Nobel, chef d’œuvre commenté et célébré notamment par le philosophe tchèque Patocka  - car il arrive aussi que des philosophes qui ne sont pas des littéraires soient nourris de littérature. Et voici ce qu’il dit : « Qui réussira à faire comprendre à une créature humaine fanatique et bornée les  joies et les peines de ses frères lointains, à lui faire comprendre ce dont il n’a lui-même aucune notion ? Propagande, contraintes, preuves scientifiques, tout est inutile. Mais il existe heureusement un moyen de le faire dans ce monde, l’Art, la littérature. Les artistes peuvent accomplir ce miracle, ils peuvent surmonter cette faiblesse caractéristique de l’homme qui n’apprend que de sa propre expérience tandis que l’expérience des autres ne le touche pas. L’Art transmet de l’un à l’autre pendant leur bref séjour sur la terre tout le poids d’une très longue et inhabituelle expérience avec ses fardeaux, ses couleurs, la sève de sa vie, la recrée dans notre chair et nous permet d’en prendre possession comme si elle était nôtre. »
Est-ce que ça répond à votre expérience de lecteur ? A votre amour de la littérature ?
(...)
AF : (  ...) Et moi j’ai pensé en lisant cet article à ce passage de votre livre, Charles Dantzig, qui m’a beaucoup touché, où vous dites –c’est une de vos injonctions- : donnez-leur (aux enfants et aux adolescents) des lectures qui ne sont pas de leur âge. Et en effet, on continuera à lire, mais si on n’accepte pas ce décalage, hé bien c’en sera finit de la littérature !

CD : Naturellement ! Par rapport à ce que vous disiez c'est-à-dire : il y a ce que nous voudrions que les choses fussent et ce qu’elles sont parce qu’il est quand même indéniable que des enfants peuvent réussir sans jamais lire. Ils le font, ça existe depuis trente, quarante ans ! Moi je fais partie d’une génération où j’ai vu arriver, à ma grande stupéfaction, [MC : vous parlez du président de la république ?!] j’ai vu arriver cette génération de gens de mon âge qui étaient le triomphe des écoles de commerce qui ne lisaient rien. C’était nouveau d’ailleurs et on leur disait vous serez les rois du monde. Et moi je pensais que ça ne marcherait pas. Or, ça marche ! Hélas, on ne peut que constater que les brutes réussissent. Point. Après, on peut le déplorer et effectivement déplorons le. Je crois profondément, ça n’est pas du tout un paradoxe quand je dis qu’il faut donner aux enfants des lectures qui ne sont pas de leur âge parce que tout simplement les enfants sont très intelligents et qu’ils sont capables de répartie. Puis ça n’est pas grave, on sait très bien que ça n’est pas grave si on ne comprend pas tout. Nous vivons dans une société de l’effort, l’effort est vénéré pour tout. Il s’agit de réussir dans son entreprise, d’être un capitaine d’industrie, de ceci, de cela, l’effort est vénéré. On propose à notre vénération les sportifs qui sont l’apothéose de l’effort. Et bien, dès qu’il s’agit d’effort pour la lecture, ça devient une chose scandaleuse. Ça me paraît mystérieux, des gens qui sont tout à fait prêts à admettre que il faut huit, dix ou quinze heures pour monter l’Anapurna et qu’au sommet de l’Anapurna on voit la lumière, ils ne l’acceptent pas pour la lecture ! C’est un mystère.
(...)
CD : Je crois que, pardon, je crois qu’on perd, je suis tout à fait d’accord avec vous, on perd même plus gravement que cela, en perdant la littérature on perd la contestation de la mort. Je crois que toute œuvre littéraire sérieuse est un cri de protestation contre la mort et que évidemment le néant finit par gagner mais qu’on fait des livres pour ça en se disant c’est toujours ça que le néant n’aura pas ou pas tout de suite et le lecteur est là-dedans. Le lecteur communie dans cette protestation dont il n’a peut-être pas tout à fait conscience contre la mort. Et c’est cela qu’on perd, c’est que le néant gagne sans la littérature.

dimanche 26 décembre 2010

Louis Funès, à propos du Christ : "je le vois riant beaucoup."

Un passage tiré d'une petite biographie de Louis de Funès, par Eric Leguebe, passage de circonstance en cette période de Noël :

"Cette réflexion aboutit essentiellement à un mysticisme joyeux. C'est l'évidence quand on réécoute son dialogue de la nuit du 24 décembre 1981 avec Guy Béart :
-Vous êtes croyant?
-Bien sûr, bien sûr.
-Depuis longtemps?
-Depuis toujours... Jésus était le compagnon radieux de mon enfance, c'est le compagnon radieux de ma vie professionnelle et de ma vie tout court.
-Est-ce qu'il vous a aidé dans votre vie professionnelle?
-Toujours. J'ai eu beaucoup de chance et c'est sûrement grâce à lui.
-Quelle image avez-vous de Jésus?
-"Selon les images de mon catéchisme, c'était toujours quelqu'un de très frêle, blond et l'on sentait qu'au moindre coup de vent, il s'envolerait. Alors qu'il était le fils d'un charpentier. Je crois, moi, que c'était un gaillard qui mesurait 1,90m, d'une puissance extrême et qui devait avoir des biceps comme ça! Quand il mettait à la porte les marchands du temple, il devait les prendre par trois et... Hop! Il parlait très fort, faisait des gestes... C'était un meneur d'hommes et moi, je le vois riant beaucoup. On ne le représente jamais en train de rire. Je suis sûr qu'avec les apôtres, il rigolait énormément. Je le vois en train de marcher sur les eaux disant à saint Pierre : "Viens, essaie voir." Et l'autre de faire "Plouf". Tous les apôtres rient..."
Au cours de la même émission, Funès confie à Béart : "Je rêve de tourner un film sur les évangiles. Avec de la joie. Il s'agissait de gens comme nous."
Le ton grave revient lorsqu'il répond à la question : "Et Jésus, vous le voyez tout le temps? -Je ne le vois pas, je le sens."

samedi 25 décembre 2010

Aujourd'hui vous est né un Sauveur.

"Aujourd'hui vous est né un sauveur dans la cité de David : c'est le Christ, le Seigneur!"

"La liturgie reprend ce mot "aujourd'hui" avec beaucoup d'amour. En effet, que recouvre t-il? Des générations entières ont attendu, ont douté, inquiètes, ont espéré. Et à présent, il est dit "aujourd'hui". Le grand jour est arrivé! Or, quand la liturgie chante sans cesse cet "aujourd'hui", ce n'est pas pour elle une simple commémoration : cet aujourd'hui de Dieu n'est pas retombé dans le passé. La liturgie le chante, car c'est vrai pour nous aujourd'hui. Si tu ouvres ton coeur, aujourd'hui est vraiment aujourd'hui. Ouvre-toi, pour que cette heure soit vraie. C'est aujourd'hui qu'il est né!"

("Dieu se cache sous les traits d'un enfant", Homélies de Noël, Benoît XVI)

vendredi 24 décembre 2010

Ilys à la Crèche (reprise et ajouts)


« une fonction essentielle de la véritable beauté consiste en la communication à l’homme d’une « secousse » salutaire, qui le met hors de lui, l’arrache à la résignation, aux accommodements du quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard blesse, mais ainsi l’éveille en lui ouvrant de nouveau les yeux du cœur et de l’esprit, en lui donnant des ailes, en l’élevant vers le haut » (citation de Ratzinger, tiré d'un texte de Pigi Colognesi, sur le peintre Bill Congdon, chez le Stalker)



Je m’en vais vous raconter ma dernière rencontre
Dans les plaines de Galilée, je marchais d’un bon pas,
Avec mes neuf agnelets serrés tout contre moi,
La nuit tombait, il faisait froid dans la vallée profonde.

J’allais vers Bethléem voir le Nouveau-Né, l’Enfant Jésus,
Mon Roi. Mon ange m’avait alertée et je courais sur le chemin
Sans m’attarder, sans hésiter, pressant tous mes petits bambins;
Depuis toujours j’attendais, et le moment crucial était venu.

Au loin, au bord du chemin, j’aperçus un grand feu de bois
Qui éclairait alentours, projetant mille étincelles joyeuses
Une troupe nombreuse, bruyante, agitée, des éclats de voix
Inquiète, j’avançais doucement vers la source lumineuse.

Un silence se fit, lorsque j’arrivais. Puis l’un d’entre eux
Dit: « venez donc petite dame, auprès de notre feu ! »
La voix se voulait apaisante et calme, elle était tonitruante
Mais si chaleureuse, que je me suis approchée, avec les enfants.

Il y avait une troupe de sbires un peu crasseux qui conversaient.
Quelques mercenaires, de retour chez eux, après une guerre ou deux
S’efforçant comme ils pouvaient, à quelques civilités,
Risettes aux petits, inclinaison du chef pour certains d’entre eux.

Celui qui m’a accueillie sans façons, s’est présenté :
Je suis portraitiste, à mes heures perdues, sur les champs de bataille
Je mets souvent des visages, des mots, là où il n’y en a plus, sous la mitraille
Je peins, j’écris, je rectifie… On m’appelle XP.

Un deuxième s’est avancé, grommelant contre le feu qui s’éteignait
Pas besoin d’appeler les troupes pour le raviver ! Ce que l’on peut
Soi-même faire… On le fait ! Joignant le geste à la parole, dans le feu
Il a posé du bois, Nicolas, préparé une soupe, soufflé sur les braises…

Trois autres se tenaient un peu à l’écart de l’agitation, attentifs
Cependant aux bruits, aux voix, à l’obscurité profonde…
Bien vêtus, élégants et nuancés, Eugène, Il Sorpasso, et Vae Victis :
Ils observaient la scène, les gens qui passaient, évoquaient le monde.

Allongé de tout son long, les yeux mi-clos, perdu dans un rêve
Son chapeau rebattu sur sa tête, ses bottes poussiéreuses aux pieds,
Blueberry chantonnait, appréciant la paix surnaturelle, la trêve
Un calme apparent, une fausse nonchalance pour cet inquiet.

Trois mercenaires venaient visiblement de joindre la troupe :
Cherea, calme, sérieux, appliqué; Terby un brillant fou-follet
Au rire éclatant et terrible; son ironie dévoile juste en dessous
Un esprit vif, il secoue nos intellects un peu étourdis, fatigués.

Enfin, un grand et beau gaillard au regard ardent se tenait
Devant les enfants… Tout de suite, ils l’ont adopté, Lounès,
En quête du bonheur, par tous les chemins possibles, du vrai,
Ah ! Celui-là est sans compromis, agité, décidé, c’est un fait !

Trois savants, trois érudits dans un coin devisaient vivement :
Nebo, venu de l’Est, le génie des sons, du langage musical
Restif, qui déchiffre tout manuscrit en un rien de temps
Denis, le maître de la mesure, à l’intelligence fatale.

J’ai vu aussi traverser la plaine sous la voûte étoilée
Un jeune chevreuil, rapide, un peu farouche, intimidé…
Je crois qu’il reviendra parmi nous, je l’espère de tout cœur
Pas eu le temps de bien l’observer, il a fui sans bruit, sans heurt…

(En fait dans cette vaste plaine où courait un vent léger,
Mille bruits confus, mille murmures me parvenaient…
Je crois que beaucoup de monde s’appliquait autour
A allumer son feu ; mais je n’ai pu de tous faire le tour.)

Dans l’ombre, un peu éloigné des groupes, silencieux,
Seul, mais non solitaire, Kid A explique qu’il cherche sa route
Mais ne l’a pas encore trouvée, dans ses cartes, en ces lieux
Son sac est léger, et le joug de la beauté qu’il poursuit est si doux…

Je lui ai alors avoué que j’allais voir l’Enfant-Dieu incarné
Le Créateur et Maître de toute chose, de toute beauté
Lui, le plus beau des fils de l’homme un jour défiguré,
Mis à mort, crucifié par ses frères, pour nos péchés.

Toute la troupe a paru fort intriguée par ce Dieu fait homme
Dans une étable, toute proche d’eux, alors qu’ils l’ignoraient
J’ai montré l’étoile dans le ciel, et tous ces bons hommes
Ont plié le camp, éteint leur feu, sans sourciller, sans barguigner.

Petite mise en garde cependant, ai-je cru bon ajouter : on ne contemple
Impunément la Source de toute lumière sans être soi-même aveuglé.
La beauté blesse, brûle celui qui s’en approche, comme un dard acéré
Se plante dans le corps, le cœur et l’esprit des soldats les plus ardents.

L’Enfant au sourire si doux, embrasera toute votre âme en un rien de temps,
Vous serez piégés, sans vous rendre compte, vous serez morts, vous serez vivants
Cette Beauté là, c’est le Bien et le Vrai jaillis dans le même temps et réunifiés
Dans le Corps du Dieu Vivant, venu par amour, une nuit, un jour, nous sauver.

              "la vaste plaine" hier soir.



 








jeudi 23 décembre 2010

Pour les fans de "300"

Un article sur la notion de liberté, son origine et son originalité grecque, sur l'Institut Coppet.

mercredi 22 décembre 2010

Critique littéraire

"L'art comme arme? me dit-il. Il mettait un tel mépris dans ce dernier mot qu'il en devenait effectivement une arme. "L'art qui prendrait les positions qu'il faut sur tous les sujets? L'art qui se ferait l'avocat du bien commun? Où êtes-vous allé chercher ça? Qui vous a dit que l'art est une affaire de slogans? L'art est au service de l'art, sinon il n'y en aurait pas qui mérite l'attention. Pourquoi écrirait-on de la littérature sérieuse, monsieur Zuckerman? Pour désarmer les ennemis du contrôle des prix? On écrit de la littérature sérieuse pour écrire de la littérature sérieuse. Vous voulez vous révolter contre la société? Je vais vous dire comment faire : écrivez bien. Vous voulez embrasser une cause perdue? Alors n'allez pas vous battre pour les classes laborieuses. Elles s'en tireront très bien toutes seules. Elles vont se donner une indigestion de Plymouth. Le travailleur viendra à bout de nous tous -de son absence de cervelle découlera la chienlit qui est le destin culturel de ce pays de béotiens. Nous aurons bientôt chez nous quelque chose de bien plus redoutable que la dictature des paysans et des ouvriers- nous aurons la culture des paysans et des ouvriers. Vous voulez une cause perdue à défendre? Battez-vous pour le mot. Pas le mot de haut vol, le mot exaltant, le mot pro ceci ou anti cela; pas le mot qui doit claironner aux gens respectables que vous êtes quelqu'un de formidable, d'admirable, de compatissant, qui prend le parti des exploités, des opprimés. Non, battez-vous pour le mot qui disent aux quelques rares personnes qui lisent encore et qui sont condamnées à vivre en Amérique, que vous prenez le parti du mot. Votre pièce, c'est de la crotte. Elle est effroyable. Elle est exaspérante. C'est de la crotte de propagande, c'est brut, primaire, simpliste. Ça noie le monde sous les mots. Et ça porte aux nues la puanteur de votre vertu. Rien n'est plus fatal à l'art que le désir de l'artiste de prouver qu'il est bon. Quelle tentation terrible, l'idéalisme! Il faut que vous parveniez à maîtriser votre idéalisme, et votre vertu tout autant que votre vice, il faut parvenir à la maîtrise esthétique de tout ce qui vous pousse à écrire au départ : votre indignation, votre haine, votre chagrin, votre amour! Dès que vous commencez à prêcher, à prendre position, à considérer que votre point de vue est supérieur, en tant qu'artiste vous êtes nul, nul et ridicule! Pourquoi écrire ces proclamations? Parce que quand vous regardez autour de vous vous êtes "choqué"? Parce que quand vous regardez autour de vous vous êtes "ému"? Les gens renoncent trop facilement, ils truquent leurs sentiments. Ils veulent éprouver des sentiments tout de suite, alors ils sont "choqués", ils sont "émus", c'est le plus facile. Et le plus bête. Sauf exception rarissime, monsieur Zuckerman, ce "choc" est toujours truqué. Des proclamations! L'art n'a que faire des proclamations! Enlevez votre aimable merde de mon bureau, je vous prie."

(J'ai épousé un communiste, Philip Roth)

(le gras est de mon propre fait.)

lundi 20 décembre 2010

Orphée notre orpheline

 

Nous avons en garde depuis ce week end la petite chienne d'un ami, une Lassah du Tibet. Ces chiens ont la particularité d'aboyer, de prévenir lors de déclanchements d'avalanches dans les hautes montagnes du Tibet. Ce sont des petits chiens absolument sans histoire, très tranquilles, des petites boules de poils aux yeux ronds comme des billes.
Orphée est une petite dame très douce et assez craintive, nous nous entendons bien. Elle me suit partout et voudrait bien s'installer dans mon bureau mais il y a le Chat! Notre gros chat noir grincheux qui a décidé de jouer la carte de l'indifférence absolue devant cette nouvelle invitée. Orphée est assez surprise et choquée devant ses manières de rustre mais elle se plie avec élégance aux mœurs de sauvage de la Bête.
Impossible au maître d'Orphée de récupérer cette dernière aujourd'hui comme prévu : il neige encore! Nous sommes à nouveau isolés du reste du monde... Je comptais sur Orphée pour nous prévenir hier soir de ces nouvelles chutes de neige mais elle n'a pas moufté... Didier Goux m'avait prévenue, très sceptique quant à ce réveil d'un instinct canin tibétain... mais je gardais espoir...

dimanche 19 décembre 2010

Les assises de l'islamisation

 Toutes les interventions sur Bivouac-id (merci Yanka)

Vidéo conférence de Tom Trento : "One team, one fight!"
http://fr.justin.tv/assisesislamisation/b/275904959


Oskar Freysinger, de Suisse :" Occultation par l'Europe de l'islamisation. Ceux qui tentent d'alerter sur ce problème, ne sont même pas diabolisés par les musulmans mais par l'élite européenne."
http://fr.justin.tv/assisesislamisation/b/275917542

Oskar Freysinger, menacé à sa sortie du colloque, à l'arme blanche. 
Une vidéo intéressante sur quelques opposants aux Assises. 

Renaud Camus, écrivain, président du parti de l'In-nocence "La Nocence, instrument du grand remplacement?"
http://dai.ly/gyNgf8

Anne Marie Delcambre  "L'islam n'est pas une religion comme le christianisme, il faut en terminer avec cette idée." (merci Anonyme)
http://fr.sevenload.com/pl/ljRoZBo/500x408/swf 

vendredi 17 décembre 2010

Galères hivernales

Beaucoup de difficultés ces jours-ci dues au climat hivernal et à notre isolement. Après les épisodes neigeux de la semaine dernière dans lesquels la bétaillère toute fringante mais peu habituée malgré tout, a fait une espèce de vol plané disgracieux au dessus d'un rond point, le verglas hier nous a joué des tours.

J'avançais à l'allure hallucinante de 20 à l'heure sur une route entièrement recouverte d'une fine et solide couche de glace (impossible de marcher dessus par exemple) dans le deuxième village sur ma route, je retenais ma respiration depuis un bon moment (je dois battre d'ailleurs des records d'apnée en ce moment) lorsqu'un petit jeune racailleux et soudain hystérique (pléonasme je sais bien) voulut me doubler sur un dos d'âne. Mal lui en a pris : un car arrivait en face, le gamin a tenté désespérément de se rabattre derrière la bétaillère mais il ne pouvait freiner... Il nous a tapé dans le pare-choc, assez légèrement, puis a perdu tout contrôle de son véhicule et a heurté le car.
Résultat des courses : la bétaillère quoique légèrement vexée d'avoir eu ainsi une main aux fesses n'a pas moufté ni dévié. C'est une grosse dame costaude à qui on ne la fait pas. La racaille a explosé sa voiture contre le car mais ne s'est pas blessée elle-même miraculeusement. Il a reconnu qu'il avait "merdé, oh la galère c'est même pas ma voiture!!" Je n'ai pas eu le courage de l'engueuler plus avant, je crois qu'il était assez effondré comme ça. Le conducteur du car s'est chargé de lui hurler dessus. Je suis repartie un peu tremblante malgré tout avec mon précieux chargement (les huit enfants qui m'expliquaient que leur vie était plus précieuse qu'une journée d'école... Ce en quoi ils n'avaient pas tort mais j'étais décidée à arriver au bout, comme lorsque vous êtes dans un tunnel et qu'il est difficile de faire demi-tour).
Mon mari, qui m'avait vu partir d'un œil mitigé a alors passé un coup de fils sur le portable de ma fille pour savoir où nous en étions de notre route. J'ai coupé Elisabeth qui prenait son souffle pour lui bégayer notre incident: "Surtout ne raconte pas ce qui vient de se passer, il va être mort d'inquiétude! Je lui dirai plus tard avec des mots, hum, choisis..."
J'avoue n'avoir pas vu ne serait-ce qu'un grain de sel dans mon bled et les petites routes alentours... Beaucoup de branchages tombés, par contre, et trois énormes cerfs puis une biche avant hier soir au bord du chemin (lorsqu'il fait froid les animaux se rapprochent des axes pour trouver, je suppose, un peu de chaleur. ) Malheureusement, pas eu le temps de les photographier...

A partir de demain, la bétaillère va rester au chaud dans son écurie. J'ai de la cuisine à faire (truffes, sablés, bûches de Noël), des santons à peindre et à vernir et Finky à retranscrire. J'ai aussi quelques lectures, un Philip Roth en ce moment  : "J'ai épousé un communiste"!!

vendredi 10 décembre 2010

Une belle prière

 
Bienheureux John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien
Meditations and Devotions, Part 3, IV: Sin, § 2



  " Mon Seigneur Jésus, toi dont l'amour pour moi a été assez grand pour te faire descendre du ciel afin de me sauver, cher Seigneur, montre-moi mon péché, montre-moi mon indignité, apprends-moi à m'en repentir sincèrement, pardonne-moi dans ta miséricorde. Je te demande, mon cher Sauveur, de reprendre possession de moi-même. Seule ta grâce peut le faire ; je ne peux pas me sauver moi-même ; je suis incapable de recouvrer ce que j'ai perdu. Sans toi, je ne peux pas me tourner vers toi, ni te plaire. Si je compte sur ma propre force, j'irai de mal en pis, je défaillirai complètement, je m'endurcirai dans la négligence. Je ferais mon centre de moi-même au lieu de le faire de toi. J'adorerai quelque idole, façonnée par moi-même, au lieu de t'adorer, toi le seul Dieu véritable, mon Créateur, si tu ne m'en empêches pas par ta grâce. Ô mon cher Seigneur, entends-moi ! J'ai assez vécu dans cet état flottant, indécis et médiocre ; je veux être ton fidèle serviteur, je veux ne plus pécher. Sois miséricordieux envers moi, fais qu'il me soit possible, par ta grâce, de devenir ce que je sais que je devrais être."

jeudi 9 décembre 2010

Bonheur hivernal suite 2



Journée un peu pénible hier malgré l'intitulé "bonheur hivernal": la bétaillère a voulu sortir en fin de matinée pour aller chercher quelques grands à l'école et nous avons dérapé horriblement en quittant le village, nous avons survolé un rond point, pris dans la tronche un petit poteau indicateur et terminé notre envol devant les grilles du château local... Plus de peur que de mal, même pour la voiture, j'ai réussi à ramener cette dernière à la maison avec mes trois petits Pieds Nickelés un peu tétanisés et les plus âgés se sont fait ramener à la maison par une autre voiture (ils ont terminé le chemin en tracteur, ravis).

Mais aujourd'hui j'ai quasiment toutes mes troupes à la maison, et ils sont partis à l'assaut des collines pour d'homériques glissades... J'ai voulu rejoindre la horde sauvage au travers des champs mais j'ai bien failli me perdre!
 
 
 


 
 Basile voudrait bien canarder de boules de neige le pauvre canard...



mercredi 8 décembre 2010

Bonheur hivernal suite





Du divorce et de mon mariage.



Courrier à un ami à propos du divorce et du mariage :
En fait, je rencontre deux types de situations et personnes : des jeunes de parents divorcés qui ne veulent pas revivre ou faire revivre à leurs enfants ce type de situation littéralement destructrice et qui donc sont extrêmement sérieux ou prudents dans leurs choix de vie et de femmes ou d'hommes, (mais peu de réussite car une sélection extrêmement serrée) et des jeunes qui, au contraire, pensent que construire quelque chose de sérieux ou de durable se situe dans le domaine de l'illusoire ou du leurre et donc vivent avec une forme de légèreté toutes leurs relations. Pour ces derniers, c'est un suicide lent qui a commencé dans leur enfance. Car le divorce peut-être vécu par les enfants comme une forme de mise à mort. Les jeunes qui décident malgré tout de tenter le pari du mariage ou pour le moins d'une relation sérieuse tentent littéralement de "s'en sortir" donc de survivre.


Mes parents ont failli divorcer. Je suis de cette catégorie qui a voulu réussir son mariage pour simplement réussir sa vie, plus exactement réussir à vivre.


Il existe aussi une autre forme de catégorie : des jeunes adultes qui ont eu une enfance heureuse et aimante au sein d'une famille "réussie" mais qui foirent malgré tout leur relation, leur couple. Il y a bien entendu des situations particulières mais aussi une forme nouvelle que tu décris assez bien, d'adultes qui ne conçoivent plus fidélité, durabilité avec vie de couple ou amour. D'où tes "sermons"qui demeurent sans effet. Un effet effectivement de la modernité mais quelque chose de plus profond que cela : l'idée, parfaitement intégrée dans nos consciences que la famille n'est plus une cellule vitale et essentielle à la base de la société et à la base de tout amour. 


 Reprise et modification d'un petit texte écrit il y a deux-trois ans :





Je vais vous avouer un secret inavouable : j'ai fait des enfants parce que je ne voulais pas mourir. J'ai été un monstre d'égoïsme, j'ai voulu sauver ma peau avant toute chose et j'ai réussi à me tirer de la nasse grâce à mes enfants. Mon mariage plus précisément.
Le combat que je menais durait depuis trop longtemps et j'étais sur le point de le perdre. Les ombres envahissaient mon espace vital de façon inquiétante. Le Bon Dieu m'a tendu la main pour me tirer de cet enfer. Je suis remontée à la surface et c'est là que je me suis rendue compte de mon état. Ça n'était pas joli-joli à voir.
Il a fallu trouver des remèdes très puissants, très efficaces, c'était la fin.
J'étais sur le point de disparaître quand j'ai rencontré D.Mon mariage a été un électro-choc, le premier d'une longue série, mon cœur s'est remis à battre, très faiblement, très lentement.La rééducation a pris un certain temps pendant lequel le Bon Dieu ne m'a pas dit un mot. Rien, nada, nothing, niente. Un silence absolu. Il est vrai que je ne pouvais pas non plus entendre grand-chose vu mon état. Lorsque j'ai reconnu sa Voix, j'ai du aller voir un curé pour qu'il me certifie que c'était bien Lui! C'est fou je sais...
Aujourd'hui, bien sûr, je ne suis pas à l'abri d'une rechute. Je me dope, c'est obligé, avec l'amour de mon mari et de tous mes enfants. J'entretiens scrupuleusement ma santé.Sinon, je sais bien que je mourrai pour de bon.


vendredi 3 décembre 2010

Portrait d'un juif

 "Un jour parut dans la Zukunft une suite d'aphorismes signés d'un pseudonyme dont je ne puis me souvenir et qui me frappèrent par une intelligence particulière ainsi que par la puissance de concentration de l'expression." Il s'agissait de Walter Rathenau, "fils du tout-puissant directeur de la Société berlinoise d'électricité et lui-même grand commerçant, grand industriel, membre du conseil d'administration d'innombrables sociétés, un de ces nouveaux hommes d'affaires allemands qu'on peut (en utilisant une expression de Jean-Paul) qualifier d'"aussi divers que l'univers".
(...)
"J'ai rarement éprouvé plus fortement que chez lui la tragédie de l'homme juif qui, avec toutes les apparences de la supériorité, est plein de trouble et d'incertitude. Mes autres amis, par exemple Verhaeren, Ellen Key, Bazalgette, n'avaient pas le dixième de son intelligence, pas le centième de son universalité, de sa connaissance du monde, mais ils étaient assurés en eux-mêmes. Chez Rathenau, je sentais toujours qu'avec son incommensurable intelligence le sol lui manquait sous les pieds. Toute son existence n'était que conflit de contradictions toujours nouvelles.Il avait hérité de son père toute la puissance imaginable, et cependant il ne voulait pas être son héritier, il était commerçant et voulait se sentir artiste, il possédait des millions et jouait avec des idées socialistes, il était très juif d'esprit et lorgnait du côté du Christ."

Stefan Sweig, "Le monde d'hier"

jeudi 2 décembre 2010

Du poète et du silence

"Si j'écris le nom très cher de Rainer Maria Rilke sur cette feuille consacrée à mes jours parisiens, bien qu'il fût un poète allemand, c'est que Paris a été le cadre de nos rencontres les plus fréquentes et les plus heureuses, et que je vois toujours son visage se détachant, comme dans les portraits anciens, sur le fond de cette ville qu'il a aimée plus qu'aucune autre. Quand je songe aujourd'hui à lui et à ces autres maîtres du Verbe forgé comme par l'art auguste de l'orfèvre, quand je songe à ces noms vénérés qui ont resplendi sur ma jeunesse comme d'inaccessibles constellations, cette question mélancolique m'assaille irrésistiblement : d'aussi purs poètes, tout entiers dévoués au lyrisme, seront-ils encore possibles dans notre époque de turbulence et de désordre universel? N'est-ce pas une lignée disparue que je regrette en eux avec amour, une lignée sans postérité immédiate dans nos jours traversés par tous les ouragans du destin? Ces poètes ne convoitaient rien de la vie extérieure, ni l'assentiment des masses, ni le profit; ils n'aspiraient à rien d'autre qu'à enchaîner, dans un effort silencieux et pourtant passionné, des strophes parfaites dont chaque vers était pénétré de musique, brillant de couleurs, éclatant d'images. Ils formaient une guilde, un ordre presque monastique au milieu de notre époque bruyante, eux qui s'étaient délibérément détournés du quotidien, eux pour qui rien ne comptait dans l'univers que le chant délicat - et qui pourtant survivrait au fracas de l'époque- d'une rime qui s'accorde à une autre en libérant cet ineffable émoi, plus insensible que la chute d'une feuille au vent, mais qui touche de sa vibration les âmes les plus lointaines. Qu'elle était exaltante pour nous, les jeunes, la présence de ces hommes fidèles à eux-mêmes! Comme ils étaient exemplaires, ces sévères serviteurs et conservateurs de la langue, qui n'accordaient leur amour qu'à la parole décantée, à la parole qui n'étaient point dévouée au jour et au journal mais à la durée et au durable! On avait presque honte, quand on levait les yeux sur eux, tant leur vie était silencieuse, sans éclat et comme invisible, l'un menant une existence paysanne à la campagne, l'autre installé dans un petit métier, le troisième parcourant le monde en passionate pilgrim, tous connus d'un petit nombre seulement, mais d'autant plus ardemment aimés. L'un était en Allemagne, un autre en France, un autre en Italie, tous cependant dans la même patrie, car ils ne vivaient que dans la poésie, et tandis qu'ils évitaient ainsi dans un sévère renoncement tout ce qui est éphémère, en créant des œuvres d'art, ils transformaient leur propre vie en œuvre d'art.Je ne cesse de m'émerveiller que nous ayons eu devant les yeux, au temps de notre jeunesse, d'aussi purs poètes. Et c'est aussi pourquoi je ne cesse de m'interroger avec une sorte de secrète inquiétude : des âmes totalement consacrées à l'art lyrique seront-elles encore possibles à notre époque, dans nos nouvelles conditions d'existence qui arrachent les hommes à tout recueillement et les jettent hors d'eux-mêmes dans une fureur meurtrière, comme un incendie de forêt chasse les animaux de leurs plus profondes retraites? Je sais bien que le miracle des poètes se reproduit au cours des âges et que l'émouvante consolation de Goethe dans ses Nénies sur Lord Byron demeure éternellement vraie :

Car la terre encor les enfante,
Qui les a toujours enfanté.

Toujours on assistera au retour fortuné de tels poètes car l'immortalité, de temps à autre, confie ce précieux gage même aux époques qui en sont le moins dignes. Mais la nôtre n'est-elle pas précisément une de celles qui ne permettent pas le silence de l'attente, de la maturation, de la méditation et du recueillement qui était encore accordé à ceux-là dans ces temps plus heureux et paisibles de l'Europe d'avant la guerre?"

Stefan Sweig, "Le monde d'hier"

Bonheur hivernal