samedi 31 juillet 2010

La contraception : le danger de la planification absolue

J'ai lu comme tous cette histoire des huit bébés étouffés par leur mère à la naissance. J'avoue que j'ai du me forcer à lire un article ce matin tant la conjonction entre ces huit bébés et mes huit enfants me troublaient horriblement. Quelques réflexions me sont venues à l'esprit et j'espère pouvoir les coucher sur le papier le plus clairement possible.

Je ne vois guère de différence entre un avortement et un infanticide. Si ce n'est que c'est la mère qui assume tout toute seule, tous les gestes de mort. D'une certaine façon cela me rend ces mères plus humaine parce que ne déléguant pas le soin de tuer leurs enfants à d'autres. Il y a une forme de courage là-dedans. Je sais que vous allez trouver cela du plus mauvais goût mais c'est ce que je pense.On fait tout un pataquès de ce monstre maternel, on oublie toutes les femmes qui tuent sciemment leurs gamins à la maternité. Là, elles sont considérées comme des "victimes" de la société. C'est un peu léger je trouve.

Le lien entre la contraception et l'avortement ou l'infanticide est direct, lumineux, évident. J'ai lu partout : " A l'époque de la contraception, pourquoi cette femme n'a telle pas utilisé les moyens contraceptifs mis à la disposition de toutes et de tous? Elle n'a aucune excuse!"
Justement : le fait d'avoir aucune excuse lui donne toutes les raisons de ces actes criminels.
La contraception est aujourd'hui la plus grande planification de la Vie, à l'échelle mondiale. Nous savons pourtant que planifier n'a jamais été, en économie, en matière éducative, sociale, créative etc... une réussite pour l'homme, au contraire.

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, à savoir, il ne faut tout laisser au hasard et ne rien prévoir.

Je dis que la prévoyance absolue, la planification devant la Vie, c'est aller absolument contre la nature humaine de façon générale et celle de la femme en particulier.
Je crois que les hommes (et les femmes elles-mêmes) ne mesurent pas à quel point ils sont investis, dépendants, imprégnés par l'appel de la vie qui est la chose la plus puissante, l'instinct le plus primordial qui existe.
Il est évident, si l'on décide de rationnaliser  totalement (et c'est l'adverbe qui importe) le courant de la vie, si on veut le maîtriser complètement, on se heurte au simple fait que c'est aller à l'encontre de ce qui meut les hommes depuis que l'homme existe.
Delsol : " D'une certaine manière, la connaissance tue la vie, parce que la vie est aventure. A l'époque de la contraception, les peuples capables de durer seront forcément des aventuriers.(...) la raison ne suffira pas - la raison ne court jamais l'aventure."
Effectivement, si l'on devait tenir compte, le plus rationnellement possible de tous les critères (économiques, sociaux, physiques etc...) pour faire un enfant, on n'en aurait jamais. Il faut le savoir. Nous parents ne serons jamais parfaits, nous ne serons pas de bons parents, c'est une certitude. Nous serons simplement des parents, et les parents de nos enfants, ce qui est déjà (mais tout le monde l'oublie) quelque chose de proprement miraculeux et incroyable.

Je songe à cette femme et sa répulsion pour les gynécologues : je la comprends personnellement très bien : j'éprouve la même, depuis toujours et Dieu sait que j'ai du me soumettre, à chaque grossesse, à tous les examens possibles. Le gynécologue est le maître, un moment donné de la vie et de la mort : c'est lui qui édicte les critères de santé (et donc de vie)  de la mère, c'est lui qui vous déclare "apte" ou pas à avoir des enfants et c'est sans doute le diplôme le plus difficile à obtenir aujourd'hui, je puis vous l'assurer! : "vous êtes trop grosse, madame, ou trop menue, ou trop ceci et trop cela, votre enfant risque de ne pas être vraiment à la fête avec vous, en votre sein! " Voilà ce qu'entend une femme à longueur de grossesse... Cela peut sembler anodin mais c'est terrible en fait. Votre enfant, il n'est pas bien, il ne sera pas bien avec vous, la mère! Vous n'êtes pas capable d'être mère! Voilà la traduction immédiate dans le cœur d'une maman.

Je me souviens à la naissance de ma deuxième : elle pesait un poids ridicule de 2kg 6 et j'en étais toute surprise, d'abord parce que l'accouchement avait été particulièrement difficile et éprouvant, et ensuite parce que l'aîné pesait lui 3kg 8! Pourquoi tant de différence au sein de la fratrie? Le médecin de garde m'avait jeté hargneusement : "c'est simple! Problème d'atrophie du cordon! Votre enfant crevait de faim dans votre ventre!"
Épouvantée, j'avais traduit : "j'ai fait mourir de faim ma petite fille! je ne l'ai pas assez nourrie!"
Vous allez me dire : "sensibilisé de mère qui vient d'accoucher, vous voyez le mal là où il n'y a rien qu'une bête explication scientifique et vous aurez raison : c'est l'accumulation de tous ces détails, c'est l'idée que si l'on pousse la raison jusqu'au bout, on ne devrait jamais avoir d'enfant. 

A chaque visite post accouchement du gynécologue, je me battais pour avoir le droit d'utiliser  les méthodes contraceptives qui me convenait et non pas celles que l'on voulait m'imposer à tout prix. J'en ai conçu une méfiance contre ces planificateurs qui s'introduisent jusque dans l'intimité la plus essentielle et délicate des couples.

Cette femme, inconsciemment (je l'espère) a repris, s'est battue pour reprendre une part de liberté là où il n'y en a plus. Je le dis comme je le pense. Elle l'a fait de façon instinctive, animale (mais un homme n'est pas un animal et lorsqu'il s'abaisse à l'animalité, il est pire qu'une bête évidemment), elle est le produit type d'une société qui nie et s'oppose de façon brutale et insidieuse toute à la fois à ce qu'est un homme : un être libre et imparfait. Et c'est parce qu'il est une créature bourrée de défauts qu'il peut évoluer et souffrir, et être heureux, et vivre.

jeudi 29 juillet 2010

Apport du christianisme- fragilité du christianisme

Extraits du livre : Le sel de la terre, par le Cardinal Ratzinger, éditions Flammarion/Cerf, 1997

Deux mille ans d'histoire du salut - et pas de rédemption?  

Depuis deux mille ans, on proclame la doctrine du salut, et depuis deux mille ans il y a une Eglise qui à la suite de Jésus nous promet un homme nouveau, la paix, la justice et l'amour du prochain. Toutefois, à la fin du IIe millénaire après Jésus-Christ, le bilan semble maigre comme il l'a rarement été auparavant. L'écrivain américain Louis Begley appelle même déjà le XXe siècle "un Requiem satanique". C'est, dit-il, un enfer de meurtres et de tueries, de massacres et de violences, une somme de toutes les terreurs. On a assassiné plus d'hommes au XXe siècle que jamais auparavant. C'est en ce siècle qu'ont eu lieu l'Holocauste et le développement de la bombe atomique. On a cru qu'après la Seconde Guerre mondiale s'ouvrirait une époque de paix. Mais après 1945 est venue une période déchirée par plus de guerres qu'aucune époque précédente. Et dans les années quatre-vingt-dix il se livre en Europe des guerres et des guerres de religion, dans le monde entier croissent la faim, l'exclusion, le racisme, la criminalité, la supprématie du mal. Certes, à l'issue du millénaire on peut enregistrer aussi de grands changements positifs, la fin du totalitarisme officiel dans les anciens Etats communistes et le chute du rideau de fer en Europe centrale, des dispositions au dialogue dans les régions en crise, une conciliation dans le Proche-Orient. Bien des gens, en songeant à l'action de Dieu et à l'action de l'homme sur cette terre, sont pris de doutes considérables : le monde a t-il vraiment été sauvé? Peut-on vraiment appeler les années qui ont suivi l'avènement du Christ des années de salut?

Voilà bien des observations et des questions. La question fondamentale est effectivement celle-ci : le christianisme a t-il vraiment apporté le salut, a t-il apporté la rédemption, ou est-il en fait demeuré stérile? Le christianisme n'a t-il pas entre-temps perdu ses forces? Il faut d'abord répondre, je crois, que le salut, le salut qui vient de Dieu, n'est pas une grandeur quantitative ni que l'on peut additionner. Dans les connaissances techniques, le progrès de l'humanité peut s'arrêter à l'occasion, mais il continue d'une manière ou d'une autre. Ce qui est purement quantitatif est mesurable, on peut constater si tout a augmenté ou diminué. En revanche, il ne peut y avoir de progrès quantifiable dans l'amélioration de l'être humain, parce que chaque homme est un être nouveau et que l'Histoire recommence avec chacun de nous. Il est très important d'apprendre à faire cette distinction. La bonté de l'homme, pour l'exprimer ainsi, n'est pas quantifiable. On ne peut donc pas évaluer de combien s'est amélioré, de siècle en siècle, un christianisme qui l'année zéro a commencé comme un grain de sénevé, et qui devrait à la fin se dresser comme un arbre énorme, visible de tout le monde. Il peut toujours s'écouler et se briser, parce que le salut est toujours confié à la liberté de l'homme et que Dieu ne veut jamais lui ôter cette liberté.(...) La rédemption est toujours liée à la liberté, c'est ce qui fait d'elle aussi une aventure. Elle n'est donc jamais décrétée de l'extérieur ou cimentée par des structures inébranlables, mais elle est contenue dans le fragile vaisseau de la liberté humaine.(...)  Nous devons reconnaître aussi que le christianisme a toujours libéré les grandes forces de l'amour. Si l'on regarde ce qui est effectivement entré dans l'Histoire grâce au Christ, on voit que c'est déjà considérable. Goethe a dit : Vint alors le respect envers ce qui est au-dessous de nous. De fait, c'est seulement grâce au christianisme que s'est développé un respect envers tous les hommes dans toutes les situations. Il est déjà intéressant de noter que l'empereur Constantin, après avoir reconnu le christianisme, s'est senti en premier lieu obligé de modifier les lois afin que le dimanche soit férié pour tous, et a veillé à accorder certains droits aux esclaves. Ou je pense, par exemple, à Athanase, le grand évêque alexandrin du IVe siècle, qui évoque, de par sa propre expérience, comment les tribus s'affrontaient pour ainsi dire le couteau à la main, jusqu'à ce que les chrétiens introduisent une certaine disposition à la paix. Mais ce sont des choses qui ne sont pas données d'elles-mêmes par la structure d'un empire politique. Elles peuvent aussi, comme nous le voyons aujourd'hui, s'écrouler de nouveau. Là où l'homme abandonne la foi, les horreurs du paganisme reviennent en force. Je crois, nous avons réellement pu le voir, que Dieu s'est engagé dans l'Histoire avec une fragilité bien plus grande que nous l'aurions voulu. Mais c'est là sa réponse à la liberté. Et si nous voulons et affirmons que Dieu respecte notre liberté, alors nous devons aussi apprendre à respecter et aimer la fragilité de son action.

mercredi 28 juillet 2010

Ils ont osé

-Maman, maman, regarde mon super pistolet!
- Très chouette Mimiche, génial... Mais! mais! C'est mon embout "fin"d'aspirateur que tu as mis au bout!! Je le cherchais depuis un moment!
-Voui, c'est bien hein c'est pour faire le silencieux...

mardi 27 juillet 2010

Le visage de mon ange-gardien




                                                                Chapelle à Douarnenez
Je suis donc partie en bétaillère en Bretagne la semaine dernière avec cinq enfants. La veille, je mets pompeusement sur mon petit blog pour les trois péquenots qui me lisent l’annonce de mon départ. En effet, internet ne me suit pas jusque par ces contrées marines. Didier Goux, mon « péquenot » le plus aimable, laisse immédiatement un petit commentaire, une question inquiète que j’estime amicalement provocante et qui me vexe un tantinet :
 « Vous partez avec la bétaillère ?
(Demande-t-il en s'efforçant de masquer sa profonde angoisse...) »
Je lui réponds toute frimeuse devant mon écran : « Oui bien sûr!^^ Mais la route empruntée est truffée de radars. Je suis obligée de brider l'engin. Tout ceci est lamentable. »
Ah ah ah.
Effectivement, après un début d’autoroute jusqu’à Rennes où le régulateur de vitesse ne décolle pas du 130 (je vous assure!), je réduis ma vitesse à 110 et commence alors, après le déjeuner express pique nique, un long, très long et très ennuyeux périple devant me mener quelque part en Bretagne sud. Un premier arrêt détente pipi et… café. Un deuxième une heure plus tard. Rien n’y fait, j’ai une envie irrésistible de dormir et les enfants ne m’aident guère, ils roupillent tous à l’arrière. Je bats des cils, désespérément, une pesanteur impitoyable ploie ma nuque, je suis crispée sur le volant, ma « mauvaise jambe » me fait un mal de chien et je ne peux la détendre, il faut que je m’arrête et vite. Impossible, cette misérable « quatre voies » digne de la plus minable des nationales n’a que quelques arrêts d’urgence mal fichus et les camions, nombreux, n’aident guère à la manœuvre. Pas une aire en vue, pas de pompe à essence, pas de café à moins de sortir et de me paumer dans la campagne locale. Au moment où je me décide à sortir pour de bon, mes yeux se ferment un dixième de seconde, je pique du nez, me redresse effrayée et crie intérieurement : « Les enfants ! Mon Dieu ! Les enfants ! »
 Et curieusement, un pan du commentaire de Didier Goux me revient à l’esprit : le terme « profonde angoisse » lancine mon pauvre cerveau complètement à la ramasse…Profonde angoisse, profonde angoisse… Je suis épuisée, la sortie se fait attendre, et la sarabande hallucinante dure :  « tiens bon tiens bon tiens bon le camion freine la voiture laisse là passer les enfants dormir tiens bon lâche pas le volant… » « Je suis mal barrée » ai-je le temps de penser vaguement.
Mais revenons un peu plus loin en arrière. Depuis toute jeune j’entretiens des rapports particuliers avec mon ange-gardien. Je le connais bien maintenant. J’en sais assez sur son caractère et ses habitudes pour savoir le « prendre ». C’est un ronchon. Il est sensible à la flatterie, il est sensible tout court, il est assez vif de caractère, se vexe pour un rien et le tout est enrobé d’une bonne couche de paresse. C’est pas un super doué, mon ange gardien. Je soupçonne le Bon Dieu de me l’avoir fourgué parce qu’Il ne savait pas trop quoi en faire. Quand je suis née, Il a du se dire, le Maître de l’univers : « voilà une petite fille assez quelconque, limite une petite souris grise, elle n’est pas embêtante, cet ange-gardien devrait lui convenir, à eux deux pas d’esbroufe, un petit sentier bien balisé pour le Paradis. » Je ne lui en veux pas du tout au Bon Dieu de son raisonnement : effectivement, un ange-gardien brillant, grandiose, un génie de l’angélisme ça ne m’aurait pas trop convenu et le pauvre Talentueux de la sauvegarde des âmes aurait certainement eut le sentiment de perdre son temps avec moi. Non qu’il n’y ait rien à sauver chez moi, au contraire, mais on ne peut pas dire que ma minuscule et médiocre âme soit vraiment un gros poisson des profondeurs spirituelles style Saint Pierre ou saint Paul ou Sainte Thérèse d’Avila. Non, une âme de crevette ça nécessite des moyens de crevette. Voilà. J’aurais été fort mal à l’aise avec un Génie de la protection physique et spirituelle. Comme si un scientifique de la Nasa avait été mon prof de maths au collège. Cela aurait été une sacrée déchéance pour ce dernier et bien inutile pour moi.
Mon ange-gardien, je le connais, j’ai appris à beaucoup l’aimer et il me le rend bien. Oh, la vie avec lui n’est pas toujours facile ! Vous ne pouvez imaginer les négociations infinies pour obtenir de petits services de sa part. La dernière fois que je lui ai demandé de traverser l’Atlantique pour veiller sur un vieil ami canadien, il a fait tout un foin, et il a fini par s’éloigner en voletant exprès lentement, bien lentement alors qu’il y avait urgence. Je ne me suis pas énervée mais je n’étais pas très contente, vous pensez.
Je le connais donc mon ange mais je n’arrivais pas à lui mettre un visage… Vous allez me dire, un ange, chère crevette, ça n’a pas de visage ni de corps puisque c’est un pur esprit. Bon, peut-être bien mais le mien, il parle, il bougonne, il paresse, il rigole, il pleure etc… Et pourtant sa face m’était voilée. En bonne petite souris très curieuse (ou crevette plutôt) j’attendais mon heure.
Adhonc, dans la bétaillère, nous étions mal barrés. Pas de sortie à l’horizon et les paupières de plus en plus lourdes. Au moment où je me remémore la « profonde angoisse » de Didier Goux qui fait écho à la mienne, au moment où j’hurle dans mon esprit embrumé : « les enfants, Mon Dieu ! », la radio qui grésillait depuis vingt minutes sans rien capter se remet en marche et j’entends ces mots chantés qui sonnent comme une trompette à mes oreilles : « Je ne suis qu’un homme, et ces mots RESONNENT ! », la clim qui coinçait m’envoie une grande bouffée d’air frais dans la figure, mes yeux s’ouvrent bien clairs, la fatigue disparaît, je suis parfaitement dispose et éveillée, la pesanteur qui me tenait encerclée se volatilise et je me retrouve à nouveau en pleine possession de mes moyens. Tout ça d’un coup. Comme je vous dis.
Et la chanson suivante est Finistère des Innocents, une de mes préférées, qui dit ces mots :
« Trouverais-tu cruel
que le doigt sur la bouche
je t'emmène, hors des villes
en un fort, une presqu'île
oublier nos duels
nos escarmouches
nos peurs imbéciles »
Je ne m’arrêterai plus ensuite, je rejoins au plus vite « mon Finistère, mon fort, ma presqu’île »
Et la chanson d’après est un autre tube que j’aime, « Devenir en gris » et d’ailleurs le ciel se couvre, il devient tout gris et il se met à pleuvoir. Là, je dis à mon ange : « T'étais pas obligé de me donner la météo, t’en fais un peu trop, tu ne sais jamais t’arrêter, t’es lourd ». Il se vexe et m’envoie une autre chanson ensuite, une daube évidemment dont j’ai oublié le titre. Puis il me dit : «  C’était Visage, gourde, VISAGE ! »
J’ai alors fais le lien entre mon ange et Didier Goux, c’est venu comme un éclair dans mon esprit : mon ange-gardien, en plus d’être un fichu caractère et en plus d’employer des moyens piles pour moi pour m’aider, genre de la variété rock de mon niveau à moi (il ne m’a pas envoyé un air d’opéra parce que là je crois que je serais tombée dans le coma illico), a, je le sais maintenant, le visage de Didier Goux, j’en suis absolument sûre et ceux qui doutent (malgré la logique imparable de ma démonstration) verront au Paradis avec moi que j’avais raison. Il a une « gueule » Didier, comme on dit, et l’on dit aussi que sur cette terre chacun de nous doit avoir son « clone » quelque part. Didier possède un clone mais ce clone n’est pas terrestre, il est angélique. Mon ange gardien a la tronche de Didier Goux.



 

lundi 26 juillet 2010

Fête de Saint Anne, mère de la Sainte Vierge

Bonne fête à toutes les Anne que je connais!
Sainte Anne, patronne en particulier de la Bretagne et du Québec.
(Prière particulière pour Michel Germaneau vraisemblablement tué par Al Qaida au Niger.)

SAINTE ANNE
Mère de la très Sainte Vierge
        Sainte Anne appartenait à ce peuple choisi qui, dans les desseins de Dieu, devait donner naissance au Sauveur des hommes ; elle était de la tribu de Juda et de la race de David. Ses parents, recommandables par leur origine, devinrent surtout illustres entre tous leurs concitoyens par l'éclat d'une vie pleine de bonnes œuvres et de vertus. Dieu, qui avait prédestiné cette enfant à devenir l'aïeule du Sauveur, la combla des grâces les plus admirables.
        Après Marie, aucune femme plus que sainte Anne ne fut bénie et privilégiée entre toutes les autres. Mais si elle reçut tant de grâces, comme elle sut y répondre par la sainteté de sa vie ! Toute jeune enfant, elle était douce, humble, modeste, obéissante et ornée des naïves vertus de son âge. Plus tard, comme elle sut bien garder intact le lis de sa virginité ! Comme elle dépassait toutes les filles, ses compagnes, par sa piété, par la réserve de sa tenue, son recueillement et la sainteté de toute sa conduite !
        Puis, quand il plut à Dieu d'unir son sort à celui de Joachim, combien Anne fut une épouse prévenante, respectueuse, laborieuse, charitable et scrupuleusement fidèle à tous les devoirs de son état, vaquant à propos au travail et à la prière. Dieu lui refusa longtemps de devenir mère ; elle se soumit humblement à cette épreuve et l'utilisa pour sa sanctification. Mais à l'épreuve succéda une grande joie, car de Joachim et d'Anne, déjà vieux, naquit miraculeusement celle qui devait être la Mère du Sauveur et, dans l'ordre de la grâce, la Mère du genre humain. C'est sans doute un grand honneur pour sainte Anne, que d'avoir donné naissance à la Mère de Dieu ; mais il lui revient beaucoup plus de gloire d'avoir formé le cœur de Marie à la vertu et à l'innocence !
        L'Église célébrera dans tous les âges la piété maternelle de sainte Anne, et la gloire de sa fille rejaillira sur elle de génération en génération. Le culte de sainte Anne a subi diverses alternatives. Son corps fut transporté dans les Gaules, au premier siècle de l'ère chrétienne, et enfoui dans un souterrain de l'église d'Apt, en Provence, à l'époque des persécutions. À la fin du VIIIe siècle, il fut miraculeusement découvert et devint l'objet d'un pèlerinage. Mais c'est surtout au XVIIe siècle que le culte de sainte Anne acquit la popularité dont il jouit.
        De tous les sanctuaires de sainte Anne, le plus célèbre est celui d'Auray, en Bretagne ; son origine est due à la miraculeuse découverte d'une vieille statue de la grande Sainte, accompagnée des circonstances les plus extraordinaires et suivies de prodiges sans nombre. Sainte-Anne d'Auray est encore aujourd'hui l'objet d'un pèlerinage national.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

dimanche 25 juillet 2010

La malédiction de l'écrivain



départ de Miss Pepper avec quelques trolls 


Miss Pepper Pots était en train de préparer ses valises pour des congés bien mérités –elle travaille, vous vous en souvenez avec Le Plus Grand Héros de Tous les Temps, plus simplement nommé Iron Man- lorsque Paloma, le pigeon voyageur et messager exclusif des Soldats de l’Ombre toqua du bec à sa fenêtre. Miss Pepper, après quelques tendres effusions au volatile déplia le message attaché à sa patte. Le texte, lapidaire, provenait de son Patron : « Pour l’amour du ciel, MP, décrochez votre téléphone ! »
Miss Pots trottina jusqu’à l’appareil qui avait disparu, ce qui est fréquent chez elle et le chercha frénétiquement : elle fini par le retrouver au milieu de ses roses, à demi enterré dans la terre. Vite, elle l’essuya un peu et appela le Boss.
-Bonsoir patron, c’est Miss Pots à votre service même si, je vous le rappelle, je suis sur le point de partir à la mer…
-Miss Pepper ! C’est pas trop tôt ! Vous êtes proprement infernale avec ce fixe jamais fixé à sa place ! J’ai dû emprunter Paloma à Nicolas et elle refusait de le quitter ! La scène des adieux a été proprement dégoûtante de mièvrerie…
-Que se passe t-il Patron ? demanda patiemment Miss Pots tout en farfouillant dans ses placards à la recherche de ses maillots de bain… Que devait-elle emporter d’ailleurs ? songea t-elle en aparté pendant que son Boss s’emportait sur le pigeon fou-dingue de Nicolas. Un maillot une pièce ? Un deux-pièces ? Un bikini ? Un burkini ? Le choix était crucial et Miss Pepper, pleine de bonne volonté pour être à la pointe de sa beauté et du progrès avait consulté scrupuleusement les pages lingerie et maillots de JMM Junior sur Ilys…
- Miss Pepper, l’heure est grave, l’heure est plus que grave, l’heure est gravissime…
-Vous vous répétez, Boss, c’est pas génial d’un point de vue stylistique…
-Vous mettez en cause mon Style ? Êtes-vous donc devenue complètement folle MP ?!
- Nan… à votre avis, le bikini Liberty est-il de taille à l’emporter cette année sur les plages bretonnes ?
-Miss Pots ! Songez que vous représentez votre immense Patron même sur les plages en vacances, même au Pôle Nord ! Avec votre silhouette quelque peu décrépite je vous conseille plutôt la combinaison de plongée…
-Ah bon… JMM Junior préconise aussi la combinaison de plongée, mais déposée sur le sable pendant qu’on plonge à poil dans l’eau…
-Miss Pots ! Vous me faites perdre le fil de la conversation avec vos histoires de plonge…Le monde est en danger !! Il y a urgence !!
- ?
-Dans le dernier texte que j’ai écrit, véritable arme de guerre contre nos ennemis les plus farouches et les plus monstrueux (j’ai nommé la secte infernale des GVD !), hé bien (le Boss baisse d’un ton et chuchote dans le tel)… une virgule a disparu !
-Une quoi ? interroge la pauvre secrétaire un peu dure d’oreille
- Une VIRGULE Miss Pots ! Une essentielle, une vitale virgule, la clé de voûte de tout cet article, celle qui justement devait faire exploser le dispositif  au bon moment… La mèche était allumée dès les premières phrases foudroyantes, la Chute allait être proprement dantesque, et je m’aperçois qu’il manque le détonateur. Quelqu’un me l’a dérobée. Mon sang se coagule devant la fin de ma virgule…
-Rhaa Patron ! Mais c’est très embêtant tout ça pour mes vacances à la mer je veux dire pour le monde en danger !
-C’est ce que je me tue à vous dire Miss Pots mais vous m’empêchez de m’exprimer clairement depuis au moins un quart d’heure…
-Je vais convoquer d’urgence le staff d’Ilys, le code d’urgence est bien hum : « sea, sexe and sun » ?
-Oui, C’est Terby qui l’a dégotté.
Il faut toujours et sans cesse rendre hommage aux soldats de l’ombre, la fine équipe d’Ilys : à peine Miss Pots avait-elle battu le rappel des troupes que tous débarquaient dans l’antre secrète du Boss. Il y a là, le jeune Lounès, l’œil fiévreux et le geste fébrile, le jeune Terby, vêtu en tout et pour tout d’un vieux short fatigué et d’espadrilles trouées, Blueb et Sorpasso en maillot de bain et bob sur la tête et SK, toujours tiré à quatre épingles, les observe avec une certaine stupéfaction et commisération, Cherea cravaté de frais et prêt à partir au bureau comme tous les jours, Nicolas qui retrouve Paloma avec bonheur, Kid A qui tente de se faire pousser une moustache Nietzschéenne  avec un certain succès, Vae Victis qui essaie de tenir son pistolet comme Lucky Luke, il le fait tournoyer pour le remettre dans son ceinturon mais le fait tomber systématiquement, ce qui inquiète Paloma et irrite Nicolas, enfin Hibiki toujours très mystérieux et Iron Man, les cheveux ébouriffés, les doigts tâchés d’encre qui entre immédiatement dans le vif du sujet et relate l’étrange et dramatique disparition de sa virgule adorée. Les autres écoutent avec attention. A la fin du récit, un silence se fait. Tous réfléchissent.

antre secrète d'Ilys
-          Iron, ta virgule ne t’aurait-elle pas quitté tout simplement ? Peut-être ne se trouvait-elle pas bien à sa place… demande avec précaution Il Sorpasso se méfiant de la susceptibilité du Héros.
-          Oui, renchérit Lounès. Ces virgules ! Moi aussi j’ai les plus grandes difficultés avec elles… Je les approche subrepticement, je déploie des trésors de diplomatie pour les apprivoiser, je les chasse jour et nuit, j’en attrape quelques rares et chaque fois que je veux les fixer à tout jamais, chez moi, dans mes textes, elles me fuient ! Je vous le dis, conclut-il d’un air piteux : elles ne croient pas en moi.(1)
-          On est souvent assez cons avec ces petites choses fragiles, délicates et plus rapides que le vent… ajoute rêveusement Blueb.(2)
-          Ne m’en parlez pas !  s’écrie Terby. Les miennes ne restent pas plus de deux heur… deux jours avec moi !
-          Désolé, les gars, fanfaronne Kid, moi j’en ai trouvé une qui m’est parfaitement fidèle et adorable. C’est la plus mignonne des petites virgules, un ange, je vous dis.(3)
Les autres regardent le jeune premier de classe qui avec fureur, qui avec envie. Miss Pots, assise dans un coin de la pièce, émet timidement : « Je ne suis pas experte en virgules, loin de là, mais vous êtes-vous jamais posé la question, jeunes gens, de savoir pourquoi toutes ces dernières vous fuyaient avec autant de constance ? Sans doute , sans doute sont-elles sauvages et traîtresses, sans aucun doute n’ont-elles aucune cervelle et aucun sens de la responsabilité, certainement sont-elles toutes de misérables créatures apparues exprès pour votre édification et votre malheur mais, tout de même, il doit bien y avoir, dans vos façons d’être et d’agir quelque chose qui les rebute… Tout ceci n'est pas très catholique, je vous le dis moi »
Miss Pots n’est pas très écoutée par l’équipe des héros : ils savent combien son inexpérience de la vie et de l’écriture en font une sorte d’extra-terrestre complètement saugrenu dans ce monde-ci qui appartient aux Guerriers, aux Héros et aux Monstres… Miss Pots n’est rien de tout de cela : c’est une gentille chouette qui ne connaît pas grand-chose si ce n’est les confitures et les roses. Ils la supportent cependant avec beaucoup de charité parce que… de temps à autre, elle cuisine pas mal.
-          Non non reprend Iron, cette virgule était parfaitement fixée à sa place, toute prête à se sacrifier pour la noble cause du monde à sauver par l’éclaircissement –que dis-je !- par l’illumination provoquée dans un esprit obscurci de mensonges enténébrés et quelqu’un –un traître !- me l’a enlevée ! Miss Pepper apportez une version de l’article s’il vous plait…
Miss Pots distribue le texte à tous les preux chevaliers de la Littérature et chacun se met à ânonner dans son coin.
En effet, remarque Nicolas, le plus rapide des lecteurs, y a un problème à la fin. Lorsque tu écris : « Moi Le Plus Grand Héros de Tous les Temps, je vais vous en faire voir de toutes les couleurs… » Une virgule serait bienvenue entre « Moi » et « Le Plus. »
-          N’est-ce pas ? clame Iron. Le délit est avéré ! Il nous faut retrouver la brute infâme et perverse qui a osé s’en prendre directement à l’un de mes chefs-d’œuvre avant qu’il ne récidive. Sinon je serai maudit à tout jamais…
-          Je connais, suggère Terby, un pro de l’information et du renseignement qui pourrait nous aider dans cette enquête que je subodore par avance longue et fastidieuse et qui risque de compromettre non seulement l’avenir du monde mais surtout certains rendez-vous prometteurs au bar de la « Belle Poule »…
Lieu de rendez vous de Terby
-          Qui donc ?
-          Un certain Didier Goux, plus connu sous le pseudo de « Dédé les bons tuyaux » (4), il pourra nous en dire plus long sur toutes ces virgules qui se baladent dans la nature et surtout si certaines d’entre elles, disparues récemment ont avoir avec tel ou tel milieu mafieux : les Corses, les Italos-corses, les Yakusas, les Gens du voyage ou les Divers qui peuplent nos contrées verdoyantes et sublimes…(5)
-          Terby, vous en faites trop, … murmure SK. Toujours en revenir à une certaine simplicité et sobriété qui est la garantie du véritable style et du luxe assumés. Mais je m’égare.

(Suite au prochain numéro mais je ne sais pas quand parce qu'à cette heure-ci je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il est advenu de cette pauvre virgule et de comment nos héros vont gérer leurs affaires)

Notes : 
(1) Allusion à un texte de Lounès."Elles ne croient pas en moi"
(2) Allusion à un texte de Blueb "Vieux con" 
(3) Allusion à un titre du Père Castor, une histoire absolument ravissante et pleine d'esprit "La plus mignonne des petites souris" et à un texte de KidA "Un ange bleu" 
(4) Pour ceux qui SAVENT : "Starsky et Hutch"
(5)Allusion à un texte d'XP "Émeutes à Grenoble"

lundi 19 juillet 2010

Break


Break de quelques jours à partir de demain pour cause de Grande Bleue à rejoindre. Je vous salue tous bien bas et souhaite à tous ceux qui passent par ici plein de bonnes choses.

dimanche 18 juillet 2010

"ça rate et ça n'arrête pas de rater"


 
« Le destin ordinaire des hommes n’est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de leur vie, ce qu’ils avaient , sans le savoir à portée de la main ? » ( p.94, Les Prédestinés, de Bernanos ).


Il faut que "j'assure" ces jours-ci, parce que mon mari est parti en voyage. Je suis donc seule adulte à la maison avec trois, quatre, cinq, six enfants selon les allées et venues de ces derniers.

Je voudrais vraiment être une adulte, une mère responsable mais depuis qu'il est parti, tout part en vrille. J'ai oublié de mettre les poubelles vendredi, j'ai perdu le téléphone qui doit se balader dans un panier à linge ou dans une armoire, mon ordinateur sonne comme les trompettes de Jéricho m'indiquant tout un tas de virus que je suis incapable de virer et je n'ai pas de nouvelles de mon aîné depuis trop de jours. Hier, réveil à 6 heures pour accompagner mon fiston au départ de son camps scout : nuit blanche parce que je n'ai pas de réveil sans mon homme et j'avais trop peur de rater le départ. Cela fait plusieurs jours que mon sommeil est complètement déréglé, sans lui je n'arrive guère à prendre de repos, je regarde la télévision jusqu'à pas d'heure, je sursaute au moindre bruit "louche". Je mène une vie de patachon.
Il y a deux-trois jours, ballade aux grenouilles avec les deux jumeaux : je sermonne Basile sur le chemin à cause de sa crainte irrationnelle de passer devant une maison où il y des chiens qui aboient derrière leur grillage et qui lui fichent une frousse de tous les diables. J'ai beau expliquer au petit qu'il ne peut rien se passer, il n'en démord pas, il veut contourner l'obstacle. Nous prenons un chemin de ballade différent qui évite les chiens. Au retour, les enfants sont loin devant moi, à vélo, je marche tranquillement dans le sous-bois. Deux énormes clébards, surgis de je ne sais où, se jettent sur moi sans bruit. Je m'accroche, tétanisée à une barrière en bois, je suis au bord du malaise, je sens, pour la première fois de ma vie que je vais m'évanouir, là, comme ça, de terreur, littéralement. Le maître des chiens apparaît, appelle ses bestioles qui obéissent. Il voit que je ne vais pas bien et me dit : "N'ayez pas peur, ils viennent de manger..." Son ironie me ravigote mais je n'arrive pas à rire. Heureusement les enfants n'ont rien vu! Basile aurait certainement piqué une crise de nerfs. Il n'y a rien à faire : cette trouille est complètement irréfléchie et surtout elle me dépasse, je ne maîtrise rien.

Je ne maîtrise donc plus rien et j'en discute avec une bonne amie qui a un mari contraint à des voyages quasiment hebdomadaires à cause du boulot. Je lui raconte mes déboires, lui demande comment elle gère. Elle me dit qu'on ne s'habitue jamais, au bout du compte, qu'elle a tout de même bien du se forger quelque part une carapace, ne plus penser à ce qui pourrait arriver etc... Bon. Il fut un temps où nous étions séparés de façon régulière avec mon mari, les enfants étaient moins nombreux et plus jeunes et je me souviens que tout se passait à peu près bien sauf que j'avais le sentiment de vivre à moitié, d'être comme dans une sorte de rêve durant tout le temps de ses absences... Rien n'a changé aujourd'hui, tout est pareil, simplement, je crois que je supporte moins bien d'être séparée de lui. C'est benêt mais c'est ainsi, je ne peux rien y faire que subir passivement cet état de demi-vie. "ça rate et ça n'arrête pas de rater" dirait le Sorpasso...Je ne suis donc rien sans lui? Cette évidence me turlupine, il faut bien que je l'accepte, sans lui je ne suis pas moi-même.

Sans l'Autre je ne peux vivre mais pourtant l'Autre ne comblera jamais toutes mes attentes, toutes mes aspirations, je suis un être condamné à rechercher ad vitam aeternam tout l'amour possible.Mais rien ne suffit dans cette quête. Même quand l'Autre est là, il demeure une barrière infranchissable, il demeure le manque criant, une béance qui fait mal, une solitude qui pointe son nez et qui fait partie de notre essence d'homme.
  "Compte tenu des caractéristiques de l'époque moderne, l'amour ne peut plus guère se manifester; mais l'idéal de l'amour n'a pas diminué. Étant, comme tout idéal, fondamentalement situé hors du temps, il ne saurait ni diminuer ni disparaître. D'ouï une discordance particulièrement criante, particulièrement riche "( Houellebecq dans "Rester vivant")
Je veux croire toujours qu'entre l'idéal, la plénitude d'amour et de perfection qui ne sont pas de ce monde et la réalité, il existe un chemin à trouver, celui de cette" petite bonté" qu'évoque Finkielkraut dans son "Cœur intelligent"
Dans les évangiles, il y a ce passage, une femme qui crie à Jésus  : "Seigneur viens à mon secours! " Il répond : "Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens - C'est vrai, Seigneur, reprit-elle; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres "(Mathieu, 15; 21-28)
Oui, je crois que se contenter de miettes n'est pas si déshonorant ni misérable que cela, je veux bien comprendre que manger tout l'Amour, c'est trop pour moi alors je veux bien les miettes de l'amour. Sans doute que celles-ci sont plus adaptées à mon estomac réduit par mes défauts, mon état de créature tout simplement. Je comprends mieux les précautions de Dieu qui se donne à nous par son Hostie consacrée, par son Fils Jésus, je comprends que le Mystère, l'incompréhension, le voile qui lui sont attaché est nécessaire pour l'homme qui ne pourrait supporter de fait l'Infini.

Je comprends aussi que cet état de manque est à l'origine et la source de toute énergie vitale. Si le désir n'existait pas, si la douleur de la frustration ne nous brûlait pas, nous serions comme des larves immobiles, sorte d'état végétatif, état minéral dit même Delsol. Sans désir et sans amour.
"Nature" signifie "ce qui nait". Le règne naturel dans lequel nous sommes immergés raconte la perpétuelle naissance  des êtres, et aussi la perpétuelle mort des êtres. Non parce qu'il faudrait "faire de la place", selon une idée finaliste, donc incompréhensible hors de tel ou tel système de pensée défini.(...) Le désir d'immortalité est d'immobilité.(...) La modernité tardive peut manipuler des organes, elle engendrera une société pétrifiée qui s'inscrira dans une sorte de règne minéral davantage que dans la nature vivante."



 

De l'équilibre chrétien (2)

"Si notre vie devient un jour aussi belle qu'un conte de fée, il faudra nous rappeler que toute la beauté d'un conte de fée tient à ceci : l'émerveillement du prince s'arrête au seuil de la peur. S'il redoute le géant, c'en est fini de lui; mais s'il n'est pas impressionné par le géant, c'est la fin du conte de fée. Tout dépend de la capacité du prince d'être à la fois assez humble pour s'émerveiller et assez orgueilleux pour lancer un défi. Ainsi notre attitude face au géant de ce monde ne doit pas être une sensibilité croissante ou un mépris croissant, mais une proportion particulière des deux, la juste mesure. Il faut que nous ayons en nous assez de respect pour tout ce qui nous est extérieur afin de fouler l'herbe dans la crainte. Et il faut que nous ayons aussi assez de mépris pour tout ce qui nous est extérieur afin de cracher, si nécessaire, sur les étoiles. Pourtant (si nous voulons être bons ou heureux) ces deux qualités doivent être réunies, non en une combinaison quelconque, mais en une combinaison singulière. Le bonheur parfait des hommes sur la terre (s'il a jamais lieu) ne sera pas quelque chose de plat et de solide, comme la satisfaction animale. Ce sera un équilibre exact et périlleux, comme celui d'un roman d'amour désespéré. Il faut que l'homme ait en lui juste assez de foi pour avoir des aventures et qu'il doute juste assez de lui pour jouir de ces aventures.
   

Et pourtant : "ça rate et ça n'arrête pas de rater" dit le Sorpasso  et c'est normal : "Cette révolution éternelle, continue Chesterton un peu plus loin, cette suspicion maintenue à travers les siècles, vous l'appelez (en vague moderne) la doctrine du progrès. Si vous étiez philosophe, vous l'appelleriez, comme je le fais, la doctrine du péché originel. Vous pouvez l'appeler progrès cosmique autant que vous voudrez : je l'appelle par ce qu'elle est  : la Chute."
(Chesterton Orthodoxie et Il Sorpasso dans "Je me souviens, le soir")

jeudi 15 juillet 2010

Grenouilles

Ils s'en sont allés de par leurs petits chemins secrets,
Ils se sont enfoncés vers les ruisseaux et les marais
A la recherche de la sautillante et craintive grenouille,
Ils vont traquer l'infini à partir d'une minutieuse fouille.

Se penchant tout bas vers le ruisselet, à l'ombre fraîche
De la verdure, en silence, sans respirer, ils observent
Un monde invisible à l'œil nu. Au bout des doigts en fait
Une clé magique d'une terre féérique ils détiennent.

Ce royaume éclatant, peuplé d'insectes multicolores,
Ce royaume vrombissant d'une guerre ininterrompue
Ce royaume grouillant, tout empli de vie et de morts
Ce royaume pour les enfants, aux soldats inconnus!

Une reine en son domaine croasse gentiment,
C'est la petite grenouille, objet d'enchantement
On en voit une, c'est merveille, son œil cligne
On avance un doigt, on va saisir la coquine
Mais plouf! Un minuscule son perlé salue sa fuite
Et l'écho d'un petit rire cascadé lui sert de suite...



 


De l'équilibre chrétien

  "La guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir". ( Dantec,Babylon Babies)

"J'espère que tu auras compris que cette mort biologique partielle n'est que le prix à payer pour que l'économie du Don en toi, peut-être, se fasse jour."  (Villa Vortex Dantec)
 
"Pour vivre en paix, il faut mener contre soi-même la plus implacable des guerres."(Dantec, TD1)"  



 Dans le chapitre intitulé :  "Les paradoxes du christianisme", dans Orthodoxie, de Chesterton.

" Le paganisme a affirmé que la vertu résidait dans un équilibre; pour le christianisme, elle résidait dans un conflit : la collision entre deux passions apparemment opposées. Bien entendu, ces passions n'étaient pas réellement incompatibles, mais elles étaient telles qu'il était dur de les posséder en même temps. Suivons un instant la piste du martyre et du suicide et prenons le cas du courage. Aucune qualité n'a autant confondu les cerveaux et embrouillé les définitions des sages les plus raisonnables. Le courage est presque une contradiction dans les termes. C'est un puissant désir de vivre qui prend la forme d'un empressement à mourir. "Celui qui perdra sa vie la sauvera" n'est pas une sentence mystique à l'usage des saints et des héros. C'est le conseil quotidien aux marins et aux montagnards. On pourrait l'imprimer dans un guide des Alpes ou dans un manuel de manœuvres maritimes. Ce paradoxe est tout le principe du courage, même du courage tout à fait terrestre ou tout à fait brutal. L'homme coupé du rivage par la mer peut sauver sa vie s'il la risque au bord du gouffre. Il ne peut échapper à la mort qu'en la frôlant sans arrêt. Le soldat entouré d'ennemis, s'il veut s'en sortir, doit allier un désir ardent de vivre à une singulière insouciance de la mort. Il ne faut pas qu'il se cramponne simplement à la vie, car il serait un lâche et ne s'échapperait pas. Ni qu'il attende simplement la mort, car il serait un suicidaire et ne s'échapperait pas. Il doit chercher sa vie dans un esprit de furieuse indifférence à son égard; il doit la désirer comme de l'eau et boire cependant la mort comme du vin. Aucun philosophe n'a, à mon sens, exprimé cette énigme romantique avec la lucidité qu'elle exige, et je ne l'ai certainement pas fait. Mais le christianisme a fait davantage : il en a tracé les limites sur les effroyables tombeaux du suicidé et du héros, en montrant la distance qui sépare celui qui meurt au nom de la vie de celui qui meurt au nom de la mort. Et il a brandi depuis lors, au-dessus des lances européennes, l'étendard du mystère de la chevalerie : le courage chrétien, qui méprise la mort, et non le courage chinois qui méprise la vie.
 (...)
Telle fut la grande affaire de la morale chrétienne : la découverte du nouvel équilibre. Le paganisme avait été comme un colonne de marbre, verticale parce que aux proportions symétriques. Le christianisme était pareil à un énorme rocher déchiqueté et romantique : bien qu'il oscille sur son socle au moindre choc, il trône là depuis mille ans parce que ses irrégularités exorbitantes s'équilibrent parfaitement. Dans une cathédrale gothique, les colonnes sont toutes différentes, mais elles sont toutes nécessaires. Chaque pilier semble être un pilier accidentel et fantastique; chaque contrefort est un arc-boutant. Ainsi, dans la chrétienté, des accidents apparents s'équilibraient. Becket portait un cilice sous sa chasuble d'or et de pourpre, et il y aurait beaucoup à dire sur cette association, car Becket bénéficiait du cilice alors que le peuple bénéficiait de l'or et de la pourpre. Cette conduite vaut mieux du moins que celle du millionnaire moderne qui arbore des habits noirs et ternes pour autrui et garde l'or près de son cœur. Mais l'équilibre ne figurait pas toujours sur le corps d'un seul homme comme celui de Becket; il se répartissait souvent sur tout le corps de la chrétienté."

Il fallait y penser!


- Maman, maman tu vas aux courses aujourd'hui?
- Oui chéri, je dois acheter deux trois choses...
- Achète du cassis s'il te plait!
- Du cassis?! Mais il y en a plein le jardin!
- Oui mais bon, si tu en achètes, on aura pas besoin de le ramasser! En fait, tu devrais directement acheter de la confiture de cassis! Comme cela on aura pas besoin d'en faire!


mercredi 14 juillet 2010

Harmonie du soir

 

 Mon Elisabeth a obtenu un 20 à l'oral du bac de français : elle est tombée sur Harmonie du soir de Baudelaire. C'est un sujet que maîtrisait parfaitement ma fille, car elle vit avec des ciels et des soleils couchants uniques.

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

dimanche 11 juillet 2010

Patriotisme mystique



"L'optimisme rationnel mène au surplace; c'est l'optimisme irrationnel qui mène à la réforme. Qu'on me laisse éclaircir ce point en recourant une fois encore à la comparaison au patriotisme. L'homme le plus susceptible de ravager le lieu qu'il aime est précisément celui qui a une bonne raison de l'aimer. L'homme qui améliorera ce lieu est celui-là même qui l'aime sans raison. Si un homme un aspect du quartier de Pimlico (ce qui semble improbable), il peut se surprendre à défendre cet aspect contre Pimlico même. Mais s'il aime simplement le quartier pour lui-même, il le laissera peut-être se dégrader et se transformer en une Nouvelle Jérusalem. Je nie pas qu'une réforme puisse être excessive; j'affirme seulement que c'est le patriote mystique qui instaure des réformes. Le simple contentement de soi chauviniste est très fréquent parmi ceux qui ont une raison pédantesque d'être patriotes. Les pires chauvinistes n'aiment pas l'Angleterre, mais une théorie de l'Angleterre. (...) C'est ainsi que seuls ceux dont le patriotisme dépend de l'histoire permettront à ce patriotisme de falsifier l'histoire. Un homme qui aime l'Angleterre parce qu'elle est anglaise ne se souciera pas de la manière dont elle est née."
(Chesterton, Orthodoxie)

 

Moisson de lectures internautiques




Lu beaucoup de choses passionnantes, certaines qui peuvent être tombées à côté de la plupart d'entre vous, chers lecteurs internautiques, je vous en redonne les liens avec quelques réflexions personnelles : 

Des régimes totalitaires : l'excellente série chez Didier Goux mais je retiens ce texte sur "Le cas Zimmermann" : de l'idéal de perfection lorsqu'il est matérialisé sur terre, les dégâts provoqués : au lieu du Paradis sur terre, c'est alors l'enfer.(1)
"«Peut-être cette raideur de jugement renfermait-elle justement la graine qui, en se développant, avait métamorphosé la bolchevique fanatique des premières années de la révolution, la “veste de cuir”, en ce chef de camp sanglée dans son uniforme à la Ilse Koch (1). »
Savoir assumer sa finitude, ses faiblesses, son imperfection de créature et ne pas se prendre pour un créateur ou un dieu.C'est un peu beaucoup être chrétien ceci, non pas se vautrer dans la culpabilité mais savoir tendre vers l'idéal proposé, vouloir s'élever, toujours plus haut avec l'aide et la grâce de Dieu et savoir que quelque part c'est en chutant qu'on se relève le mieux!
D'ailleurs, la lecture de ce dimanche 11juillet parait (comme bien souvent) me confirmer dans cette voie :
Livre du Deutéronome 30,10-14.
Moïse disait au peuple d’Israël : « Écoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses ordres et ses commandements inscrits dans ce livre de la Loi ; reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Car cette loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n'est pas dans les cieux, pour que tu dises : « Qui montera aux cieux nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ? » Elle n'est pas au-delà des mers, pour que tu dises : « Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher et nous la faire entendre, afin que nous la mettions en pratique ? » Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. 


 
A ce thème de la finitude humaine, il faut lier la notion de solitude qui est à l'essence, à l'origine de notre misère et de notre salut. Une béance criante, insuppportable, une blessure ouverte nous caractérise nous autres humains. Nous ne pouvons vivre seuls et pourtant, même dans nos relations les plus fortes, les plus réussies, les plus intimes, nous sommes immanquablement renvoyés à notre propre solitude et souffrance.
Lire ce texte "Je me souviens, le soir" absolument sublime dont je m'étonne que personne n'ait plus commenté (pourquoi? Parce qu'il renverrait de façon trop brutale à ce que nous sommes au fond, parce que nous nous retrouvons "trop" dans les portraits de ces trois "ratés" qui ne sont que trois hommes? Que la lecture est difficile parfois, le reflet du miroir est parfois bien compliqué à observer de face et en toute vérité... "Miroir, mon beau miroir, suis-je la plus belle?" Le miroir, contrairement au conte de fée, ne ment pas, ne peut pas mentir dans la réalité... Et pourtant Chesterton veut croire aux contes de fée, à la morale des fées... Comment concilier les deux? Le royaume de la vraie vie et le royaume des fées? Comment croiser les deux axes? Comment retrouver le schéma de la croix? En assumant le paradoxe? Nous aimerions, pourtant que le chemin soit plus simple, souvent.)
Ça rate et ça n’arrête pas de rater, .... Il est à ce carrefour, Marc. Comme les autres protagonistes de la série. A la barre horizontale, rêvée, puis haïe par frustration, de l’harmonie entre humains, d’un bonheur inaccessible, vient s’apposer la verticalité seule à même de supporter l’insupportable. Unique réponse possible au Pourquoi. On n’est pas obligé de l’accepter, mais il faut au moins souligner, cesser de faire comme si c’était si facile de croire que ça ne se pose pas.
Croiser le bonheur et sa béance... Croiser au mieux ce que nous voulons être et ce que nous devenons, en réalité. (2)"Marc choisissait leur nom au hasard dans le dictionnaire- noms qui se rapportèrent le plus souvent au corps, ou à la maladie, d’ailleurs-c’est à dire qu’il reconnaissait au fond le caractère inéluctable de certains évènements de la vie, de toutes ces choses qu’on ne peut contrôler, modeler, éviter, qu’on ne peut que subir et accepter."
  La conclusion de tout cela? Car il faut conclure, c'est important.Elle ne se trouve pas dans les livres cependant, mais dans nos vies, à l'instant où nous posons le livre, essuyons nos larmes et nous relevons pour faire ce que nous avons à faire, tous les jours. La conclusion n'est pas dans les mots mais dans les actes et c'est sans doute l'erreur de notre époque de croire qu'il suffit de dire pour que cela soit. Nous avons, une fois de plus oublié que nous ne sommes pas Dieu pour qui la Parole, le Verbe c'est l'Être. Pour nous, créatures, dire n'est pas le tout. Ce serait plutôt l'inverse : c'est lorsque les mots ne sont plus, que les actes prennent le relais, c'est alors que nous sommes véritablement, que notre être véritable se développe.


Cette réflexion m'amène directement aux interrogations fiévreuses du jeune Lounès dans son dernier texte : "Hippies, réacs et Scandinavie" : 

" C’est quand que c’est la « bonne » fille ? Comment on sait, comment on peut savoir, puisque personne ne le dit, ni elle, ni personne, et que tout, à chaque fois indique « celle là ce n’est pas une fille pour toi »... Et que pourtant faut « essayer » pour savoir ? Comment on peut savoir si la fille est la bonne si on ne fait pas des trucs intimes avec elle ? Et si on fait des trucs intimes avec elle, et que c’est la bonne, alors comment on l’amène à rester avec nous ? Parce que baiser n’est pas la finalité. Baiser c’est le « début » de quelque chose de bien précis, et on le sait très bien..."

J'avais répondu non pas directement à ce texte mais dans un commentaire lointain et éphémère de par mon expérience limitée à un seul et véritable amour, lorsque j'évoquais une première, rapide et décisive rencontre avec ce dernier  :
"Je savais sans pouvoir l’exprimer de façon consciente que ce jeune homme était l’homme de ma vie.Dans tous les cas, qu’il allait compter énormément.ça a été le cas puisque je me suis mariée avec lui.Ces minuscules secondes se sont étirées à l’infini d’une certaine façon.
La part de liberté parait assez réduite lorsqu’on raconte ce genre de fait et je pense sincèrement qu’elle était très réduite effectivement, ma liberté à ce moment-là, je crois que c’est en me confrontant à ce manque de liberté, d’une certaine manière, en lui faisant face du mieux que je pouvais par la suite, que j’ai gagné (peu ou prou) cette liberté. "
L'amour dépend en très grande partie d'une décision personnelle, un jour à répondre à une sollicitation unique, exceptionnelle, suffisamment claire et forte pour que nous réalisions sa force ou son authenticité. Mais encore faut-il ensuite répondre à l'appel et c'est là qu'intervient notre liberté et nos actes surtout. Voilà ce que je voulais signifier en racontant mon histoire, voilà ce que je voulais décortiquer. Coup de foudre? Bien sûr! Encore faut-il en faire quelque chose, du coup de foudre et là les mots ne suffisent pas, une lettre ou un texto ne suffisent pas, non, une main tendue et prise, pour toujours, me paraît plus puissante que toutes les paroles de la terre. Mais cette main prise, Dieu sait que tous les jours il faudra affirmer sa prise et tenter de ne pas la lâcher.




Et alors, me direz-vous, dans toutes ces lectures pas de XP? Ah mais c'est que XP c'est un peu la lecture en filigrane, XP c'est un peu le bûcheron du net qui ne s'arrête jamais d'abattre quelques poncifs et qui n'arrête jamais de réajuster sa prise sur sa hache... Dans ses textes XP évoque souvent quelques paradoxes dans nos raisons et dans nos vies, ce qui me fait beaucoup penser à Chesterton que je lis en ce moment. XP, c'est un peu la quintessence de cette définition chestertonienne : "On pouvait être en paix avec l'univers tout en étant en guerre avec le monde" (Orthodoxie) 
Dernier exemple de quelque paradoxe (3) dévoilé sous sa plume, dans "Méfie-toi, on t'aime", XP écrit : "De ce droit fondamental à ne pas aimer sans avoir à fournir la moindre explication rationnelle, de le dire et d’en tirer toutes les conclusions qui s’imposent…. Mais plus encore, je voudrais toucher un mot de ce que ce droit au dégoût radical est tout à fait consubstantiel à la capacité d’aimer vraiment, c’est à dire à trouver dans les objets de notre amour des traits que nous trouvons gracieux et que nous préférons à d’autres en toute subjectivité, disons le même en toute irrationalité parce que c’est nous et parce que c’est eux."




Notes :
(1) "Du ménage et du communisme". 
"Si je trouvais pour mon ménage un produit qui dissout, je dissoudrais mes meubles, ma baraque et tout ce qu'il y a dedans. Je serai une vraie communiste et une vraie utopiste.
C'est dangereux, la perfection dans le ménage."


(2) Le nom :
Il faut le nom, il faut l’homme, le mélange
Et, de la nuit des temps, une âme nouvelle-venue.
  (...)
Une fusion totale, unique et subtile
Vivre cette tension, réussir cette crucifixion
Au jour de la mort, enfin, l’âme et le nom
La conjonction singulière d'où jaillit la vie. 

(3) Chesterton dans Orthodoxie : " L'homme le plus susceptible de ravager le lieu qu'il aime est précisément celui qui a une bonne raison de l'aimer. L'homme qui améliorera ce lieu est celui-là même qui l'aime sans raison."





mercredi 7 juillet 2010

Drapeaux

 A lire bien sûr l'excellent papier de XP sur Ilys à propos de la signification d'une victoire des Pays Bas en Afrique du Sud. : "On peut  ne pas  voir le monde en chrétien et ne rien comprendre à cette belle idée de séparation, d’Apartheid explicitée en substance par le catholique René Girard, on peut se raconter une histoire à dormir debout et la conclure par la thèse selon laquelle la petite AFS aurait pu concentrer 50% des richesses du continent sans que nos amis hollandais soient aux manettes, qu’on aurait fait mentir la fatalité africaine de la même manière si les ancêtres de Nelson Mandela avaient fondé une dynastie au dix-huitième siècle, mais enfin, moi, on ne m’empêchera pas de penser que dimanche, les hollandais vont gagner à la maison."


"Mais il y a une profonde erreur dans cette alternative entre l'optimiste et le pessimiste. Elle suppose qu'un homme critique le monde comme s'il y était à la recherche d'une maison, comme si on lui faisait visiter de nouveaux appartements. Si un homme d'un autre monde, en pleine possession de ses facultés, débarquait sur celui-ci, il pourrait se demander si l'avantage des bois au cœur de l'été compense l'inconvénient des chiens enragés, de même qu'un homme qui cherche un logement pourrait se demander si la présence du téléphone compense l'absence de vue sur la mer. Mais personne n'est dans cette situation. Un homme appartient à ce monde avant même de se demander s'il est agréable d'y appartenir. Il s'est battu pour le drapeau, et a souvent remporté des victoires héroïques en son nom bien avant de s'être enrôlé. Pour nous en tenir à l'essentiel, il éprouve de la loyauté avant d'éprouver de l'admiration. "
(Orthodoxie, Chesterton)

mardi 6 juillet 2010

Le temps des moissons

      Aujourd'hui :  Pays Bas-Uruguay : mon sang néerlandais souhaite que les Hollandais mettent la pâtée du siècle aux Uruguayens!!! D'ailleurs, la moissonneuse est une "New Holland"; c'est un signe!^^


    
                                                    On va les écraser, c'est sûr!!





Wilhelmus van Nassouwe - Guillaume je m'appelle
ben ik, van Duitsen bloed, - Nassau des Pays-Bas
den vaderland getrouwe - À la patrie fidèle
blijf ik tot in den dood. - Toujours, jusqu'au trépas
Een Prinse van Oranje - Je suis Prince d'Orange
ben ik, vrij onverveerd, - Et reste franc sans peur
den Koning van Hispanje - Du Souverain d'Espagne
heb ik altijd geëerd. - J'ai maintenu l'honneur
In Godes vrees te leven - Je crains mon Dieu, mon Maître
heb ik altijd betracht, - L'ayant toujours servi
daarom ben ik verdreven, - Je fus chassé pour être
om land, om luid gebracht. - Sans peuple, sans pays
Maar God zal mij regeren - Mais le Seigneur me traite
als een goed instrument, -Comme un bon instrument
dat ik zal wederkeren - J'attends qu'il me remette
in mijnen regiment. - Dans mon gouvernement
Lijdt u, mijn onderzaten - L'épreuve vous oppresse
die oprecht zijt van aard, - Mes bons sujets tout francs
God zal u niet verlaten, - Mais Dieu ne vous délaisse
al zijt gij nu bezwaard. - Jamais dans vos tourments
Die vroom begeert te leven, - Qui de l'aimer s'efforce
bidt God nacht ende dag, - L'invoque nuit et jour
dat Hij mij kracht zal geven, - Afin que j'aie la force
dat ik u helpen mag. - De vous porter secours.