lundi 31 mai 2010

Fête de la Visitation

En cette fête de la Visitation, je pense à mes filles  ainsi qu'à mon fils aux prénoms évocateurs.


Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 132)

« Marie se mit en route rapidement »


      Dès que Marie a été visitée par l'ange, elle s'est rendue en hâte chez sa cousine Élisabeth qui elle-même attendait un enfant. Et l'enfant à naître, Jean Baptiste, a tressailli de joie dans le sein d'Élisabeth. Quelle merveille ! Dieu tout-puissant choisit un enfant à naître pour annoncer la venue de son Fils !

dimanche 30 mai 2010

Mamans, vous portez des porcs


J'avais envie, pour la fête des mères, de parler dans un langage fleuri de tout ce qui constitue le fait d'être maman. J'avais envie d'évoquer mon bonheur, si intense que même les mots ne peuvent l'exprimer vraiment. J'avais envie de vous faire partager ma joie, mes joies, ma reconnaissance d'avoir épousé un homme qui a permis que je devienne cette maman heureuse entourée d'enfants magnifiques.
Et puis, hier, la réalité nous est retombée dessus et il faut donc l'accueillir et lui faire face :
mon fils aîné passait une épreuve de SVT, au lycée.Lycée privé catholique sous contrat. Le sujet proposé, le seul, a été ce sujet polémique d'il y a cinq ans, sur l'avortement. Proposer tous les arguments en faveur de l'avortement. Leur professeur n'a eu de cesse toute l'année de prôner l'avortement, uniquement l'avortement, toujours l'avortement. Et les moyens contraceptifs aussi.Dans le ventre de la mère, vous avez tout, sauf un enfant. Deux jours avant le test, en montrant des images d'échographie, devant l'extase et l'admiration de petites gamines de 16 ans ("Oh! qu'il est mignon!Oh!, je vois ses petits doigts!"...), elle répliquait vivement : "Mais non, il ressemble à un porc, ne trouvez-vous pas?" Histoire sans doute de démystifier l'inconcevable et l'indicible, la vision d'un nouvel être vivant, d'un petit d'homme...
Mon fils, écœuré, n'a pas voulu répondre au test, il aura donc un zéro pointé et un dossier de merde.
Mais lui, il sait bien ce qu'est la vie et la mort et l'amour. Nous lui avons raconté, et nous l'avons éduqué. Il pourra faire ses choix en connaissance de cause.
Je pense à toutes ces petites jeunes filles, criminellement instruites par cette enseignante, dont l'horizon ultime de la famille consiste à tout gérer à coups de pilules et d'avortements...
Elle seront malheureuses, toute leur vie, elles souffriront plus qu'aucune femme ne peut vraiment souffrir, elles ne sauront pas pourquoi elles souffriront ainsi... Elles pleureront des morts et des tueries qui auront eu lieu dans leur sein même...Leur vallée de larmes, sur la terre, dans leur corps.
Mais celle qui sera damnée, oui, celle qui grillera en enfer, ce ne sont pas ces petites filles, non, c'est cette prof., responsable consciente, unique coupable de tous ces meurtres.

Dimanche de la Très Sainte Trinité

    
Psaume 8,4-5.6-7.8-9.
"À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas,
qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ?"




  Visite de la Très sainte Trinité                                       

Un matin, un beau et doux et tranquille matin,
Les deux petits enfants, deux jumeaux, deux frères
Jouaient, dans la chambre, à l’ombre de leur mère
La fenêtre était fermée, elle regardait le jardin.

Les amours, les chérubins tous deux paisibles
Elle regardait les enfants et de cette paix
Matinale, miraculeuse et indicible,
Elle invita Trois Amis à en partager les effets.

Pas n’importe qui : les trois Personnes de la Très Sainte Trinité.
Quelle audace ! pensa t-elle, soudain alarmée.
Oui mais que de grâces ! rétorqua t-elle aussitôt rassérénée.
Tout était dit ; s’installaient déjà les Divins Invités.

Devant la fenêtre, dans le jardin, trois chaises blanches
Vides en apparence mais la mère voyait converser,
Le Père et le Fils et le Saint-Esprit en toute simplicité,
Comme sur l’autel, à la messe, le dimanche.

Venus seuls, cependant, sans la cohorte d’anges
Profiter d’une pause dans le monde, des roses, du silence
La mère retenait son souffle, ravie, aux anges :
Merci Monseigneur de votre venue en toute confidence.

Un cri soudain rompt le bel enchantement :
Deux petits coquelets qui se volent dans les plumes
Horrifiée, Maman se penche vers les deux enfants
Pour rétablir le silence, la paix, autant dire la lune.

Les Trois Personnes, le Dieu-Trinitaire, devant ses créatures
Se lève majestueusement; Il aime tout chez elles,
Surtout leurs colères, leur inconscience, pécheresse nature
Dont Il vient, par un signe de Croix, les délivrer.

Oui, Il aime tout de ses créatures, le Divin Invité
A la fenêtre, à la porte, Il attend patiemment
Console les enfants qui pleurent affligés
Les remet à la mère et s’en va doucement.

vendredi 28 mai 2010

Options


"Il a rendu le livre, mission accomplie, merci bien, la prochaine affaire à l'ordre du jour consiste à décider s'il doit vivre ou mourir. N'avoir que deux options aussi radicales a quelque chose de revigorant. Il est évidemment nettement plus aisé de mourir, cela n'exige qu'une décision et tout est terminé, on trouve une corde, on l'attache à une pierre, on enjambe la falaise et on ne remonte plus jamais, il n'est pas dit que quiconque retrouve le cadavre malmené par la mer.
Il est nettement plus compliqué de vivre.
Dans ce cas, il ne suffit pas de trouver une corde, fût-elle d'excellente qualité, il faut bien plus que cela pour vivre, la vie est un parcours long et complexe, vivre, c'est poser des questions. "




mardi 25 mai 2010

De l'actualité de la subversion soviétique chez Criticus

Un article (avec vidéos) très clair de Criticus sur la subversion soviétique opérée pendant la Guerre Froide pour renverser les démocraties occidentales et les amener au communisme. Les conséquences aujourd'hui de toute cette guerre invisible mais réelle.Conséquence principale, l'éradication des religions et leur substitution par des idéologies totalitaires et millénaristes comme le communisme ou l'islamisme.

Références de lectures que j'ajoute : il me semble que Vladimir Volkoff a beaucoup développé cet aspect subversion. je n'ai lu que "Le montage" qui évoque directement cette réalité.
Une autre petit livre à lire : "Nostalgie de l'absolu" de George Steiner. Une synthèse ici.

Maxime Zjelinski a dit… Pour mieux mesurer l'ampleur de cette "subversion soviétique", il faut lire les archives de Mitrokhin, surtout la partie concernant les pays de l'est (le volume sur l'Afrique, l'Orient et l'Amérique latine étant, je trouve, moins intéressant de ce point de vue).

lundi 24 mai 2010

samedi 22 mai 2010

Départ pour le pélerinage de Chartres (4h30)

                                          Nous prierons pour vous et vous marcherez pour nous


"Ils avancent à vive allure -juvéniles jambes, feu qui flambe-, livrant également contre les ténèbres une course tout à fait bienvenue puisque l'existence humaine se résume à une course contre la noirceur du monde, les traîtrises, la cruauté, la lâcheté, une course qui paraît si souvent désespérée, mais que nous livrons tout de même tant que l'espoir subsiste."

vendredi 21 mai 2010

Des mots.



"Nos paroles sont telles des brigades de sauveteurs qui jamais ne renoncent à leur quête, leur but est d'arracher des événements passés et des vies éteintes au trou noir de l'oubli et cela n'a rien d'une petite entreprise, mais il se peut aussi qu'elles glanent en chemin quelques réponses et qu'elles nous délivrent de l'endroit où nous nous tenons avant qu'il ne soit trop tard.Contentons-nous de cela pour l'instant, nous t'envoyons ces mots, ces brigades de sauveteurs désemparées et éparses. Elles sont incertaines de leur rôle, toutes les boussoles sont hors d'usage, les cartes de géographie déchirées ou obsolètes, mais réserve-leur tout de même bon accueil. Ensuite, nous verrons bien."
(Jon Kalman Stefansson, "Entre ciel et terre")

mardi 18 mai 2010

La littérature est l'histoire de la liberté c'est à dire l'histoire de l'homme

Un passage de la préface à la nouvelle édition dans le "Céline" de Muray, qui peut introduire (ou clore!^^) la conférence de demain.

Le nom de Céline appartient à la littérature, c'est à dire à l'histoire de la liberté. Parvenir à l'en expulser afin de le confondre tout entier avec l'histoire de l'antisémitisme, et ne plus le rendre inoubliable que par là, est le travail particulier de notre époque, tant il est vrai que celle-ci, désormais, veut ignorer que l'Histoire était cette somme d'erreurs considérables qui s'appelle la vie, et se berce de l'illusion que l'on peut supprimer l'erreur sans supprimer la vie. Et en fin de compte, ce n'est pas seulement Céline qui sera liquidé, mais aussi, de proche en proche, toute la littérature, et jusqu'au souvenir même de la liberté.
(...)
C'est que l'on pouvait encore s'imaginer, il y a une vingtaine d'années, que l'histoire se poursuivait.
(...)
En ce temps-là, donc Céline existait. Je veux dire qu'il existait comme existait aussi l'Histoire, horreur et beauté mêlées; comme existait également la littérature; comme existaient enfin les individus. L'opération magique consistant à vouloir trier le bon grain de l'ivraie n'avait pas encore tout envahi.La certitude que la mauvaise herbe ne s'arrache qu'au prix de l'arrachage simultané de la bonne, et qu'à la fin c'est tout le champ qui est pelé, retenait certains enthousiasmes.
(...)
En évoquant ces temps lointains, j'ai l'air de les regretter; mais c'est, une fois encore, que le Bien ne refusait pas tout à fait d'avoir le Mal au travers de la gorge.Et je ne parle pas de la volonté concrète de faire le mal, mais de ce Mal, originel et personnel, dont les hommes ont estimé durant des siècles qu'il se trouvait là, à côté du Bien, et qu'il s'y trouverait aussi longtemps qu'eux-mêmes dureraient. Je parle de ce Mal que la civilisation chrétienne avait appelé péché, et avec lequel elle s'était d'autant plus habituée à cohabiter que le pardon en était inséparable et que les forces de la Lumière, sous le nom de rédemption, étaient tout de même destinées à en triompher.Plus généralement, je parle de ce Mal qui, sous le nom de dogme du péché originel, entretenait avec le genre humain une intimité qui semblait devoir subsister autant que le genre humain lui-même.
(...)
L'opinion réformée ne veut plus du tout supporter, chez aucun écrivain, la cohabitation de "vérités" multiples et incompatibles.
(...)
Ce n'est que lorsque l'Histoire est close que l'on sait de quoi elle était faite : d'une succession d'erreurs (et, éventuellement, de l'art d'en jouir pour l'art); à quoi s'oppose de manière catégorique l'utopie zéro défaut qui constitue notre projet commun de gouvernement pour les siècles à venir.Il s'agira désormais, et dans tous les domaines sans exception d'exiger de la réalité moderne qu'elle se conforme chaque jour plus étroitement à l'idéal sur lequel elle s'est elle-même imprudemment proclamée fondée.C'est là une perspective d'où toute contradiction, toute négation, tout écart se trouvent bien entendu bannis, et où la liberté n'est pas prévue..."

Notes supplémentaires :
 "Votre doute n'est pas de même nature que le mien. Votre doute est un rejet de tout, du monde qui nous entoure, de l'homme misérable et imparfait, de l'homme souffrant, mon doute est celui de ma marche à suivre dans ce monde-ci avec cette souffrance et ce mal."

"Si je trouvais pour mon ménage un produit qui dissout, je dissoudrais mes meubles, ma baraque et tout ce qu'il y a dedans. Je serai une vraie communiste et une vraie utopiste."

"Faire remonter du plus profond de tes entrailles,
Éclairer sans fard la nuit qui t'assaille
Traquer le Non-Dit, le Démon caché de ton âme
Faire tomber les bandes une à une de ton visage
La parole t'est donnée comme épée, comme  arme
Vomir ce qui te tue, ouvrir la bouche, le portail"

dimanche 16 mai 2010

Lundi matin, départ pour l'école

"Quand la route devient dure, les durs se mettent en route"




Prière au Saint-Esprit (en bétaillère, pour préparer la Pentecôte)
Amour du Père et du Fils, inspirez-moi toujours
Ce que je dois penser, ce que je dois dire, comment je dois le dire,
Ce que je dois taire, ce que je dois écrire, comment je dois agir,
Ce que je dois faire, pour procurer Votre gloire,
le bien des âmes et ma propre sanctification.
O Jésus, toute ma confiance est en vous!
(Cardinal Verdier)

Les aventures d'Iron Man et Miss Pepper Potts (suite) : Ilys vers de nouveaux sommets

                                                          Mer mouvementée

Miss Pepper Potts se rassied au fond du canoë et le Voyage au bout de la mer reprend... Iron man se démène comme un beau diable pour "positiver" sa secrétaire même si c'est sans doute le Défi le Plus Difficile de Tous les Temps! "32 chameaux" braille t-il soudain à l'encontre de Miss Potts somnolente sous le cagnard somalien... "Je suis génialement génial" conclut-il en s'essuyant le front ruisselant de sueur. Faut dire que pour une fois, j'avais lu quelques notes rédigées par l'un d'entre nous, diablement utiles pour ce challenge quasi impossible murmure le Héros en glissant un regard de commisération à sa pauvre secrétaire...
A peine débarqués, nos amis sont amenés devant le grand Mustapha du port qui, reconnaissant à qui il a vraiment affaire, s'empresse de leur faire apporter mille douceurs et réconforts dont sa propre personne à Miss Pepper... Cette dernière, vouée corps et âme à la cause de la sauvegarde du monde et de la pensée libre, décline les gracieuses propositions de Mustapha mais accepte volontiers un verre de Pulco citron. (Nan mais! Vous vous imaginiez quoi Nebo?! Grossier va! Retournez donc camper avec vos moudjahedins!)

Le retour en bétaillère, réparée par une bande d'esclaves chinois, est silencieux. Iron man rumine son bugg et s'inquiète des conséquences pour l'Avenir. Il ne peut donc voler et sauver le monde en même temps que de dicter à Miss Pepper quelque diatribe bien sentie contre des communistes rouge-lie de vin ou contre des catholiques acquis à la cause babouchesque!(1)Tout ceci est bien ennuyeux...


                                 Moneypenny, un atout de poids pour la pensée libre en danger.

A peine rentré dans son antre secrète et ultra sécurisée (un chat noir surveille les alentours d'un œil de velours mortel), Iron Man ordonne à Miss Pepper d'envoyer le pigeon voyageur Moneypenny aux ilysiens éparpillés dans le monde entier dans des endroits éminemment stratégiques pour lutter contre... pour lutter. Moneypenny commence son périple par les plus proches et aborde quatre d'entre eux, d'un coup, au bar "Ça roule ma poule": SK dont les griffes sont très affutées, est occupé à prendre ses prochains rendez-vous de manucure, Blueberry  tente de joindre son avocat pour récupérer quelques points sur son permis, Vae Victis fait les yeux doux à la serveuse (présentée par Cherea) qui a le culot de ne pas aimer les corridas.(2) Il voulait pourtant l'emmener en voir une, de corrida, mais apparemment ça ne convient pas à la demoiselle. Dépité, il se tourne vers Aquinus qui écoute l'échange d'une oreille distraite : "Ah les femmes! Tout ceci est bien mystérieux" soupire perplexe Aquinus en réponse aux questions fébriles de son ami.(3) Le Sorpasso opine du chef, planqué derrière le comptoir...(4)
C'est Denis qui a repéré le pigeon et qui hèle la bande.(5) Celle-ci se lève en vacil...comme un seul homme, prête à prêter main forte au plus Grand Héros de Tous les Temps.

Moneypenny reprend courageusement son vol et repère de son œil d'aigle, de pigeon veux-je dire, Nicolas qui bricole dans son hangar un système ultra perfectionné *de cuirasse Iron man qui permettrait à ce dernier de se gratter le mollet sans se déshabiller entièrement. Nicolas lâche sa clé de pipe n° 12 prêtée par un voisin, Ali, et grommelle qu'il n'a pas que ça à faire de sauver le monde et la pensée libre et que d'ailleurs, il s'en fout du monde, que chacun est libre de se vautrer du moment que ça n'est pas à sa proximité proche et que ça l'éclabousse pas. Néanmoins, Il fait un petit bisou sur le bec de Moneypenny parce que ce pigeon, comme dans Achille Talon, la Paloma, est amoureuse de lui, le Nicolas.

Moneypenny retrouve enfin les deux plus jeunes du staff en train de batifoler dans une rivière remplie de naïades, Lounès et Xyr. Sur la patte du pigeon Miss Pepper a branché une mini-caméra et un micro et elle observe ainsi toute la scène. Elle reprend immédiatement les deux dévoyés en criant dans le micro : Xyr! Lounès! Voulez-vous bien! Un peu de retenue voyons! Sortez de là! Cachez tous ces seins que je ne saurais voir! Quel âge ont-elles toutes? Ciel! J'appelle immédiatement BHL pour qu'il nous tire de ce pétrin!(6)
La bande est à peu près au complet.



Notes :
*Les liens sur Ilys sont inaccessibles pour le moment.En maintenance.
1/ Les textes de XP de façon générale et ceux qui concernent Jérôme Leroy en particulier.
2/ Cf sur Ilys le fil de commentaires Traje de luz by Armani, une défense su libéralisme par VV. Ce commentaire en particulier :
Pharamond > “La théorie du “contre” comme attribue de l’homme moderne est assez amusante venant d’un contributeur d’Ilys où le 90% des notes sont contre quelque chose généralement admise par les autres.”
D’une manière générale nous sommes contre qu’on nous interdise (comme à d’autres) de dire, de penser, d’agir librement. Contre le désir de pénal qui parcourt cette société à tout propos. Contre ce mouvement à-priori antagoniste qui conduit à vouloir interdire des choses anodines, et excuser les actes les plus indéfendables du moment que les auteurs répondent aux canons de la gauche.
Je disais à-priori antagoniste, car vouloir interdire la corrida, la chasse à courre, imposer une vision gauchie de l’histoire, criminaliser la défense de l’identité européenne, et laisser incendier des bus et des voitures participent à une même logique éradicatrice de ce que nous sommes. Les gauchistes ne se trompent pas de combat. La lutte contre la corrida c’est la lutte contre “l’obscurantisme”, contre l’héritage civilisationnel, contre les racines qu’il faut couper, pour le progrès où l’homme européen n’aura plus sa place. C’est éliminer notre différence, notre particularisme
3/ Autre texte d'Ilys où il était question des femmes et des hommes, mais je n'ai plus la référence exacte. 
4/ Allusion à une fiction-tranche de vie d'Il Sorpasso, sur Ilys, où ce dernier, pour éviter une confrontation pénible avec une ex, se planquait derrière son canapé...
5/ Allusion à Denis qui évoquait le sort malheureux des pigeons de Paris sur Ilys.
6/ Allusion à un texte de SK sur Polansky, intitulé : "2ème effet kiss-cool."

Il est probable que de temps à autre, pour signaler de bonnes lectures ou commentaires intéressants glanés au fil des jours, je récidive avec les aventures de Miss Pepper Potts.

samedi 15 mai 2010

Iron Man-XP en mission

Pour comprendre l'origine des aventures de Miss Pepper Potts et Iron Man il faut lire chez Ilys ce petit texte de Nicolas et mon premier commentaire... J'ai préféré ensuite situer la scène sur les mers somaliennes plutôt que sur les rives de l'Ourcq.

Commentaire de Nicolas : "J’en profite pour annoncer que suite à un contretemps dépendant de la volonté conservatrice et réactionnaire de quelqu’un que nous ne nommerons pas – mais qui sera abandonné nanti d’un canotier pour tout vêtement sur les rives du canal de l’Ourcq – la réfection prévue d’Ilys aura quelques jours de retard."

Mon commentaire : "Courage XP! Tenez tête à toute cette bande de sauv… de dandys!
La bétaillère saura bien vous tirer de ce piège infâme et j’apporterai (en fermant les yeux of course, je suis une digne crevette moi!) votre costume trois-pièces que vous avez l’habitude de porter.
La bétaillère, en manœuvrant, risque d’écraser quelques pécheurs du dimanche ilysiens… Je suis si maladroite parfois! Et puis les femmes au volant, mort au tournant toussa…"


Iron Man-XP en mission

Miss Pepper Potts et Iron Man sont dans un canoë, au large de la Somalie. Iron Man, en effet, lors d’une de ses missions “sauvegarde du monde et de la pensée libre” a eu un bugg et sa cuirasse-machine l’a planté en plein vol. Il est tombé comme un cui-cui tiré à la carabine par un brutal chasseur de nos contrées grossières, dans l’eau. En chutant, il a eu le temps d’appeler à son secours sa fidèle (mais un peu gourde il faut l’avouer) secrétaire, Miss Pepper qui a immédiatement déclenché le plan B dont le nom de code est : “No soucy” ou “Tout va bien”, elle ne sait jamais exactement. Ce plan, concocté par les plus grands génies de la Nasa et d’Ilys réunis (autant dire l’élite des cerveaux mondiaux) lui permet de joindre en bétaillère (améliorée, elle peut rouler mais aussi voler ou voguer sur flots impétueux des mers impétu…ah non ça je l’ai déjà dit! mdr! bon vous voyez le tableau de toutes façons) à n’importe quel endroit du globe et de l’univers impétu… (nan mais ça suffit miss Pepper! arrêtez le café! ça vous rend toute impétueuse! C’est gênant à la fin) son patron toujours en délicate mission.
Bon, donc là Miss Pepper (dont le cerveau n’est bon qu’à piloter en fait cette bétaillère) a réussi à intercepter en plein vol Iron Man qui avait déjà perdu la moitié de sa cuirasse (le haut Dieu merci, parce que même un string il peut pas le mettre là-dessous) et maintenant vogue la galère…
Iron man a soif et faim et il a envie de fumer et Miss Pepper n’a pas assuré un cachou : elle n’est pas passée par le bar-tabac favori du plus Grand Héros de Tous les Temps pour acheter ses clopes.
Dieu merci, un cargot se profile à l’horizon! Miss Pepper agite frénétiquement sa petite veste couture et le cargot répond immédiatement aux appels désespérés par les cris de “On arrive! vous êtes sauvés!” Ah non en fait ils crient quelque chose d’abscons qui ressemble à “Allah Ouakbar”!!
Iron man, rasséréné, se lève à son tour et salue la bande quelque peu dépenaillée avec sa classe habituelle : “Bonjour les pirates! Soyez simples! Je ne suis que le plus Grand Héros de Tous les Temps après tout! z’auriez pas une clope par hasard? Une boisson chaude? De la ricorée?
En réponse, il reçoit un coup de bâton sur la tête et Miss Pepper est prise à partie par un de ses mal-pensant au regard lubrique qui baragouine à celui qui paraît être le chef de la bande : “20 chameaux, elle vaut la gourdasse!” Miss Pepper est légèrement déçue : “Que 20?! Mais si j’enlève mon chignon et mes binocles? on peut peut-être monter jusqu’à 22? voire 25? Non? Vous z’êtes sûrs?
Iron Man intervient, exaspéré : Voyons Miss Pepper! Taisez-vous! Laissez-moi donc faire! c’est moi le plus Grand Commercial de Tous les Temps! Vous allez voir! je me mets au défi personnel de faire monter votre singularité d’une banalité affligeante à au moins trente chameaux!

jeudi 13 mai 2010

Ascension du Seigneur

Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon Mai, 98, 1, 2 : PLS 2, 494-495

Déjà là-haut avec lui


      Aujourd'hui notre Seigneur Jésus Christ est monté au ciel ; que notre coeur y monte avec lui
. Écoutons ce que nous dit l'apôtre Paul : « Puisque vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu » (Col 3,1).

      De même que Jésus est monté sans pourtant s'éloigner de nous, ainsi nous sommes déjà là-haut avec lui, même si ce qui nous est promis ne se réalise pas encore en notre chair. Lui est déjà élevé au-dessus des cieux ; et cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous, ses membres, nous ressentons. De cela il a porté témoignage quand il s'est écrié d'en haut : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4), et encore : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger » (Mt 25,35). Pourquoi ne travaillons-nous pas sur cette terre, de telle sorte que, par la foi, l'espérance et la charité qui nous unissent à lui, nous reposions dès maintenant avec lui dans le ciel ?

      Lui, qui est là, est aussi avec nous
; et nous, qui sommes ici, nous sommes aussi avec lui. Il peut cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne le pouvons pas comme lui par la divinité, nous le pouvons en lui par l'amour. Il n'a pas quitté le ciel quand il est descendu vers nous, et il ne nous a pas quittés lorsqu'il est monté au ciel...  Qu'il demeurerait avec nous, même quand il serait là-haut, il l'a promis avant son Ascension en disant : « Et moi, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20).

mercredi 12 mai 2010

Etre père, une mystique de l'enchainement volontaire


Il n'y a qu'un aventurier au monde, et cela se voit très notamment dans le monde moderne : c'est le père de famille. Les autres, les pires aventuriers ne sont rien, ne le sont aucunement en comparaison de lui." Cette assertion est délibérément et doublement provocatrice, puisqu'en guise de sainteté elle fait l'éloge de l'aventure et qu'en guise d'aventurier elle semble choisir M. Prudhomme. Péguy le sait : nul n'est, en apparence, plus pantoufflard, plus (petit-)bourgeois que le père de famille. Il sait aussi que les libertins, les bambocheurs, les explorateurs, les brûleurs de chandelles par les deux bouts, tous ceux qui revendiquent pour eux l'aura de l'aventure, daubent à l'infini sur ce lourdaud engoncé et pusillanime. Mais il connaît également, pour en avoir lui-même fait l'épreuve, l'étrange particularité, la désappropriante propriété dont est pourvu le père de famille : "Les autres ne souffrent qu'eux-mêmes. Ipsi. Au premier degré. Lui seul souffre d'autres. Alii patitur.Lui seul, autrement dit, déjoue les contraintes de la finitude : son être déborde son moi. Et que lui vaut cette prouesse ontologique, ce n'est pas un pouvoir accru, c'est une vulnérabilité plus grande. Il souffre d'autres, qu'on appelle à tort les siens, car ils ne sont pas à lui, mais lui à eux : il n'est pas leur possesseur, il est leur possession, il leur appartient, il leur est livré, il est, risque même Péguy, leur "otage". Pour le dire d'une autre métaphore, ce chef de famille n'est pas un pater familias, mais un roi déchu qui a fait, en fondant un foyer, le sacrifice de sa liberté souveraine. Avant d'avoir charge d'âmes et de corps, il était seul maître de sa vie; le voici désormais assujetti, dépendant, privé de la possibilité de trouver refuge en lui-même : le confort du quant à soi lui est définitivement interdit.
Ainsi le bourgeois n'est pas celui qu'on pense : littéralement et constamment hors de lui, le père de famille mène l'existence à la fois la plus aventurière et la plus engagée qui se puisse concevoir. D'une part, il est exposé à tout et le destin, pour l'atteindre, n'a pas besoin de tireurs d'élite, il lui suffit de frapper au hasard dans l'un quelconque de ses membres : "C'est lui, mon ami, qui les a, et lui seul, les liaisons dangereuses". D'autre part, il est responsable de tout, et même de l'avenir, même du monde où il n'entrera pas : "Il est assailli de scrupules, bourrelé de remords, d'avance, (de savoir) dans quelle cité de demain, dans quelle société ultérieure, dans quelle dissolution de toute une société, dans quelle misérable cité, dans quelle décadence, dans quelle déchéance de tout un peuple ils laisseront [sic], ils livreront, demain, ils vont laisser, dans quelques années, le jour de la mort, ces enfants dont ils sont, dont ils se sentent si pleinement, si absolument responsables, dont ils sont temporellement les pleins auteurs. Ainsi rien ne leur est indifférent. Rien de ce qui se passe, rien d'historique ne leur est indifférent."Bourrelé de remords, dit Péguy, et il donne à entendre dans ce participe à la fois le tourment et la graisse. Car les moqueurs ont raison : le père de famille est gros. Il est même deux fois trop gros : trop gros, trop gauche pour décoller du monde, et trop gros pour y évoluer avec quelque chance de succès. Trop gros pour monter au ciel et trop gros pour la course, le concours et la concurrence, c'est à dire pour la loi politique du temporel. Trop gros pour fuir, trop gros pour gagner. Bref, il est handicapé. Mais, ajoute aussitôt Péguy en réponse au sarcasme des sveltes, c'est précisément cette double entrave, cette maladresse et cette adhérence ontologiques qui condamnent le père de famille à l'aventure et qui font la valeur mystique de sa vie.
("Le mécontemporain" par Alain Finkielkraut)









mardi 11 mai 2010

Séminaire d'Alain Laurent le 19 mai : Libéralisme, littérature et monde artistique

 


Pourquoi y a t-il actuellement si peu d’écrivains et d’artistes libéraux ? Pourquoi y a-t-il tant d’hostilité au libéralisme dans le monde littéraire et cinématographique ? (Le libéralisme est pris ici dans sa dimension économique d’adhésion au libre-marché) 
Comment se fait-il qu’à l’exception d’Ayn Rand, il n’y ait aucun roman pro-capitaliste, et pourquoi les libéraux négligent-ils autant le recours à la fiction, à la science-fiction et au polar pour plaider leur cause ?

Tout avait pourtant bien commencé entre libéralisme et littérature, surtout en France, avec Voltaire, Madame de Staël (photo), Benjamin Constant, Stendhal… Mais tout cela s'achève après 1830-1840.

Au XXème siècle, à l’exception de Mario Vargas Llosa en Amérique du Sud, c'est aux États-Unis surtout que des écrivains comme John Dos Passos, Saul Bellow et surtout Ayn Rand, soutiendront le libéralisme dans son sens classique et non corrompu.

Le séminaire d'Alain Laurent prendra la forme d'une introduction à ce vaste sujet : le mercredi 19 mai à 19 heures. Pour venir, écrivez un mail à info@nicomaque.com
Merci. 

dimanche 9 mai 2010

Du doute



Bonjour ***

(...)

Je m'intéresse à la philosophie politique (un bien grand mot!) simplement parce que l'étude des mouvements politiques, des grandes tendances permet de s'interroger sur la nature humaine. Voilà tout.
Finkielkraut écrit dans "La défaite de la pensée" : "Le communisme connaît donc un déclin qui semble inexorable : seulement, ce qui meurt avec lui, ce n'est pas la pensée totalitaire..."

Vous commencez par mettre en doute les valeurs de l'occident : pourquoi pas? Mais si vous mettez en doute tout, et le socle même de votre culture, de votre langue, de la littérature que vous aimez citer, je ne vois pas bien comment nous pourrons converser... Vous dites que ces valeurs, que je cherche ou sur lesquelles je veux m'appuyer témoigne d'un esprit militant qui serait opposé à une pensée métaphysique. Que dire? Une pensée avance, nécessairement, elle ne tourne pas en rond. Si pour vous, réfléchir et surtout apporter des conclusions ou des affirmations sont du militantisme, hé bien alors oui je suis militante!

Il faut que je vous cite Finkielkraut (je le lis en ce moment) dans "Le mécontemporain" : "Car Dieu n'a pas disparu, il a été remplacé : l'homme absous de sa finitude, dégagé des chaînes de l'expérience terrestre et qui,"au lieu d'observer les phénomènes naturels tels qu'ils lui sont naturellement donnés, place la nature dans les conditions de son entendement", cet homme n'est rien d'autre que le successeur de Dieu. Il y a donc bien, inavouée mais déterminante, clandestine mais caractéristique, une métaphysique de l'athée."
Vous allez me dire : Et pourquoi pas? Assumons cette métaphysique nouvelle! Finkielkraut toujours : "Récusant la réalité telle qu'elle s'offre à nos yeux de chair, il ne cherche plus à former une raison à l'image du monde mais, selon l'expression qu'emploiera plus tard Bachelard, à construire un monde à l'image de la raison." Et il conclut : "penser cette progressive maîtrise comme irrésistible progrès.... A ce jeu en ce temps-ci une humanité est venue, un monde de barbares, de brutes et de mufles... un règne de barbares, de brutes et de mufles; une matière esclave; sans personnalité, sans dignité, sans ligne; un monde non seulement qui fait des blagues, mais qui ne fait que des blagues...Cette nouvelle humanité est assurément méthodique et rigoureuse. Mais en domestiquant la matière, mais en délivrant l'intelligence du tact, sa méthode réussit là où échouent l'énergie aveugle et la seule "force qui va" de la brute primitive : la volonté de puissance se déchaîne au moyen de la rigueur et sous le couvert de ses prestiges."

Reprenons : cette pensée qui avance doit nécessairement avancer vers un but que j'appellerai Bien ou principes universaux (en philosophie) que nous pouvons connaître qu'imparfaitement. Du fait de notre être même qui est imparfait. Bon. Comme croyante,(et ici je m'extrais de la philosophie) je nommerais ce Bien : Dieu (et d'une certaine façon ce Dieu que je connais intellectuellement de façon très imparfaite, m'est plus proche que tout puisqu' Il m'habite, Il habite mon cœur ou mon âme. Je vous décris ici ma foi, je sais bien que vous ne la possédez pas ou plus.)

C'est cet inachèvement, imperfection humaine qui intéresse Delsol et qui m'intéresse aussi. C'est ce doute métaphysique qui constitue notre essence même qui m'intéresse parce que cela signifie l'obligation pour l'homme d'évoluer sans cesse, d'adapter au mieux sa raison et ses actes, ses principes universaux ( le droit à la vie, par exemple) avec la réalité concrète de l'instant donné, des circonstances données etc... Est-ce à dire que ce Bien n'existe pas? Non, il existe  mais nous ne pouvons que l'approcher de façon limitée.Est-ce à dire que la réalité est de notre fait et uniquement de notre fait? Non, il nous faut l'appréhender au mieux, cette réalité qui existe en dehors de nous. Et par nos chemins personnels et nos vies. Le paradis n'est pas promis pour ce monde-ci, ***, mais pour l'au delà.

Les grands systèmes idéologiques, en rendant l'homme irresponsable de ses actes (ils doivent obéir aux principes énoncés et à une réalité construite de toute pièce par eux-mêmes, une réalité qui a le mérite d'éliminer la misère de l'homme, le mal, la souffrance, mais une réalité qui ne leur est pas soumise ou "proposée", du moins : qu'ils ne veulent pas voir) lève le poids de ce doute métaphysique et permanent sur l'homme mais le rendent esclave d'une pensée uniforme, d'une vision faussée. D'une certaine façon, c'est plus facile d'être sous l'emprise d'un système totalitaire, la voie est tracée, il n'y a plus à penser. D'un autre côté, cela est contre la nature même de l'homme et donc le réduit à l'état de zombie, si je puis dire. On crée ainsi un homme nouveau, sorti tout droit de l'esprit humain, et qui doit à tout prix correspondre à cette "raison humaine". S'il ne correspond pas, il faut l'éliminer bien sûr. Mais s'il suit à peu près le chemin et ne s'écarte pas, alors il pourra vivre et s'intégrer au troupeau. Ceci pour son bien évidemment! Pour son "bonheur". Un bonheur inhumain.

Je cite Luchini : "Les politiques, surtout à gauche, n’intègrent jamais l’individu. Parce qu’ils ne veulent pas que l’homme soit confronté à la magistralité de son désastre solitaire." Assumer sa misère, c'est le propre de l'homme.
Alors, on peut toujours espérer sur une Apocalypse à la McCarthy, ou une énième révolution! mais assumer son époque, son temps à soi, assumer ce que l'on a à faire, cette réalité-ci qui nous est donnée, c'est à mon sens devenir vraiment un homme.

Votre doute n'est pas de même nature que le mien. Votre doute est un rejet de tout, du monde qui nous entoure, de l'homme misérable et imparfait, de l'homme souffrant, mon doute est celui de ma marche à suivre dans ce monde-ci avec cette souffrance et ce mal.

Quant aux religions, mythes ou réalité? Que dire? Les religions au départ ont permis à l'homme de donner un sens à la mort, de supporter justement la souffrance et la misère. Est-ce si méprisable? Non, l'homme a magnifiquement répondu à ce non-sens de la douleur et en cela il est admirable, et profondément intelligent! La création de mythes et de religions est une géniale invention de l'homme face au non-sens de la vie et de la mort! Les idéologies modernes, en refusant ou en dénigrant les religions, nient le sens de la mort et méprise la finitude humaine. Pourquoi pas? Se croire au dessus de tout, capable seul d'affronter la vie et la mort... Mais cela ne rend guère l'homme plus heureux, visiblement. Simplement plus désespéré, plus seul, sans appui aucun.

Quant à ma religion, je dois répondre par une affirmation qui ne vous contentera guère je le sais bien, mais qu'y puis-je? Ma religion est une foi, c'est à dire un cadeau gratuit que le Bon Dieu m'a fait dans ma tendre enfance, de par la volonté de mes parents (que je ne pourrais jamais assez remercier!). Cette foi, je la cultive peu ou prou mais j'y tiens et je l'aime. Cette religion catholique est une réponse, en un certain sens, incarnée, à cette aspiration naturelle de l'homme à se tourner vers un dieu. Dieu m'a  répondu alors, ô merveille des merveilles, personnellement : "Tu voulais me rencontrer? Me voilà!!"Je ne peux qu'espérer que vous la retrouverez un jour. Que vous Le rencontrerez un jour.
Voilà,  je ne crois qu'en la force du témoignage personnel, c'est tout. Et en la volonté de Dieu qui est bien assez puissant pour faire ce qu'Il veut avec chacun d'entre nous. Mais s'Il est puissant, je sais aussi qu'Il est respectueux de la liberté de l'homme, respectueux au point de préférer perdre des âmes plutôt que de se les approprier. Je le constate tous les jours autour de moi.

Vos doutes sur le problème du mal dans le monde, sur la souffrance et la mort d'un enfant, je les partage. Mais je suis soutenue, dans cette immense épreuve, par le regard et l'amour compatissant du Seigneur. Cela, je le vis et ne puis qu'en témoigner sans que vous puissiez vraiment le comprendre. C'est ainsi, et je ne peux qu'espérer que votre solitude (car tout homme est seul) soit un jour comblée par Celui qui est l'Amour et qui n'a eu de cesse de partager nos souffrances et notre misère jusqu'à les prendre sur la Croix.

La baguette Muray

Hier,barbecue avec quelques derniers mohicans. J'avais oublié de prendre le pain, je vais jusqu'à une épicerie locale et demande : "trois de vos baguettes...oui, celles-ci.. vous dites comment..."de tradition"? "de campagne"?
-Non, madame : baguettes festives!

vendredi 7 mai 2010

"Timing is everything" Lecture de Mort à crédit de Céline

Finkielkraut : "J’aime énormément le lire et je ne peux pas le lire à très haute dose..." *

"Il ponctue à peu près comme je conduis ma bagnole."
Il y a quelques semaines, lors d'un barbecue, j'ai fait cette sortie (de route!) et l'un de nos invités l'a relevée : il voulait en faire un billet mais entre temps il a été pris, je suppose, par d'autres sujets, d'autres chemins, d'autres considérations. Pas moi. Je suis restée plantée dans mon fossé et j'ai exploré les possibilités offertes. Et voici ce que j'ai découvert.  
"Une bonne ponctuation, loin de ralentir un texte, le fait accélérer" avait contré XP car j'évoquais dans mon image celui ou ceux qui écrivent d'un trait, sans trop se servir de virgules en particulier. Cette remarque d'XP m'a fait réfléchir, avec de nouvelles donnes, celles de Céline, lu pour la première fois entre temps.J'ai commencé et lu Mort à crédit grâce à un grand lecteur* de cet écrivain célèbre, qui m'a donné benoitement une petite clé pour engager cette lecture difficile : je tournais et retournais le livre dans mes mains, je tournais autour du pot, si je puis dire, je tournais autour de l'adversaire mais n'osais pas engager le combat. Grâce au "truc" donné par cet ami-lecteur, j'ai pu assurer une prise, accrocher l'auteur et lire son livre. Bref, passons. De l'art de la lecture comme de l'art du combat au corps à corps. Ceux qui lisent vraiment sauront de quoi je parle.

J'ai enfin trouvé l'image, l'idée en ce qui concerne cette histoire de ponctuation : la ponctuation, si l'on se réfère à la conduite d'une voiture, c'est le rapport de vitesse, son levier et l'embrayage : c'est cela qu'on manipule sans cesse pour rester dans la course, derrière un tacot en particulier. Car il s'agit de cela, lorsqu'on écrit  : on a un obstacle devant soi, il faut le dépasser pour pouvoir voir la route, pour avoir la pleine vision du chemin, du paysage, pour savoir.
Là, nous sommes derrière le tacot qu'il faut dépasser. Le moteur gronde, la voiture est puissante, décidée, mais elle est bloquée, pour le moment. Nous jouons donc des pieds et des mains pour garder la distance, le rythme, pour ne pas lâcher une minute l'objet de notre ressentiment, pour profiter, dès que faire se peut, d'un dégagement possible, pour l'avaler!
Ceux qui écrivent sans ponctuation, qui l'ignorent du moins, qui n'en n'usent pas ou pas assez, ont des conduites avec boites automatiques. : pas de rythme, pas de nervosité contrairement à ce qui d'abord suggéré dans les textes, c'est une conduite d'autoroute à larges virages (avec donc une certaine vitesse, c'est sûr) mais pas une conduite de forêt avec tournants serrés et impossibilités (ou presque : tout est dans le "presque"!) de doubler.Cette conduite d'autoroute opère un certain vertige sur le lecteur, comme un charme, dans le sens du serpent Kaa dans Le livre de la jungle qui hypnotise et endort ses victimes.Pourquoi pas? C'est un style qui a aussi sa noblesse, son efficacité si je puis dire.

Ça n'est pas celui de Céline, qui est un as de la ponctuation (points de suspension, virgules, exclamations) et qui possède au génie cette conduite hargneuse,enragée, ce désir de dépasser l'obstacle, de coller sa proie, de ne pas lâcher le morceau. On ne peut pas s'endormir! Cela réveille au contraire, il faut une attention permanente, à la limite de l'exaspération, une véritable tension nerveuse s'impose au lecteur et lire Céline, c'est épuisant . Le truc incroyable chez lui, c'est d'avoir tenu, avec ce type de conduite, sur des longues distances, sur des romans entiers. Les points de suspension dont il use et abuse et qui, normalement, servent à ralentir le rythme, à permettre au lecteur de souffler un peu, de méditer, chez cet auteur, au contraire, vont lui faire ressentir presque physiquement cet accrochage avec le tacot qu'il colle au cul de façon obsessionnelle.
Trouver le rapport vitesse-distance parfait,  changer de vitesse "in the right place at the right time", c'est cela la ponctuation, c'est cela le rythme d'un texte, c'est cela la forme à chercher pour obtenir le fond c'est à dire doubler et avoir la pleine vision.


*Finkielkraut parlait de Muray mais vous pouvez reprendre cette assertion pour Céline.
* Non, ça n'est pas Restif, même si ce dernier aurait bien des avis à donner en la matière, et fort éclairants.


mercredi 5 mai 2010

Le Maître et Marguerite, décryptage par Restif.

 Il y a quelques semaines j'ai lu, sur le conseil d'un bon ami, Le Maître et Marguerite de Boulgakov.
Je n'y ai rien compris.
Dépitée par ma propre incompréhension et inculture, j'appelle au secours cet ami qui a bien voulu m'éclairer. Je vous donne à lire ces quelques notes personnelles qui pourront vous aider dans votre lecture et je remercie Restif d'avoir pris le temps de donner ces éclaircissements :


A la fin, ils" "meurent" dans Le Maître et Marguerite (drôle de mort-entrée dans l'immortalité, -mais il me faudrait le texte . Ne t'arrête donc pas  à l'identification Woland/Staline, oh elle existe c'est plus qu'une hypothèse. Disons qu'il existe une lecture  politique du livre, réelle. Mais un tel livre en a plusieurs.
Si j'avais le bouquin sous la main ce serait beaucoup plus simple pour moi.

Disons  : 1) que Ponce Pilate rejoint "son" Jésus. Que le maître - l'écrivain, double de Boulgakov- rejoins, avec Marguerite, la seule forme d'éternité qui lui reste. Cadeau de Woland? Voilà l'ambiguïté (l'un des ambiguïtés du livre). Marguerite, qui est-elle? D'abord la muse du Maître, celle par qui  et  par EllE seule uniquement le Maître peut encore écrire, par laquelle il a écrit.Celle par laquelle aussi,  le bal de Woland peut avoir lieu. Elle est nécessaire au rite de la Walpurgis Nacht, un rite qui maintient le monde. Mais quel monde? Celui de la fiction peut-être bien...donc muse de Woland aussi Et c'est là où le jeu se complexifie merveilleusement, parce qu'alors il y a un lien "ontologique" entre le Maître et Woland (déjà ce titre de "Maître",donc rois sacrés...par elle !Sans elle pas de maître, pas de roi-woland-satan de la Walpurgis. Tous deux ont besoin de Marguerite pour exister. Mais comme le livre du Maître n'existe que par Marguerite,  Ponce Pilate et son Jésus - et l'œuvre ! -  n'existeraient sans Marguerite. Mais ...Quelle œuvre ? le livre du Maître sur Jésus/ Pilate ou bien celui que nous avons dans les mains?  Les deux ! Marguerite la fée sorcière reine inspiratrice est donc la poésie et plus encore, l'Amour. Sous toutes ses formes -sacrifice-Agappe-passion-reine du bal-art et poésie.Amour = création du roman lui-même.

  Mais il y aurait encore bien du décorticage  à faire ! Voyons, réfléchissons, QUE détruit Marguerite devenue sorcière ? L'appartement d'un critique pourri délateur qui a brisé la carrière du Maître. elle est un chaos sain au centre même de la bureaucratie totalitaire.Elle brise symboliquement la société aux murs de verre. Et est cause première de la libération d'un prisonnier politique : le Maître -donc elle libère la "folie" de la création enfin libre. Sa nuit de Walpurgis est une nuit de la libération des puissances et de l'inconscient,de la création.

  Et puis, sur un autre plan...Il y a l'intertexte faustien. La Marguerite de Faust finie exécutée, elle apparaît alors à la Walpurgis Nacht de Goethe sous les traits d'une pendue infanticide. Réécrivant le mythe avec une totale liberté et insolence, Boulgakov inverse les rôles et les polarités : non seulement Marguerite ne tue pas Faust-Le Maître, mais elle le libère de ses terreurs, lui rend confiance...et lui offre l'éternité (immortalité de l'œuvre, du génie et ce qui s'offre et s'ouvre à la fin du roman). Et réussit finalement à vaincre Woland, ce diable qui avait vaincu Faust chez Goethe (dans le Faust I, laissons le II pour ce soir ^^) en le forçant à admettre qu'elle lui est devenue indispensable, car la femme c'est la sorcière-reine qui rend possible la magie de Woland, celle qui le sacre Majesté de la nuit de Walpurgis. Il y a certes une alliance dans le chaos répandu en plein centre de la bureaucratie de la terreur entre Woland et Marguerite. Mais lui le fait par obligation, c'est son rôle, il n'a pas d'autre choix. Mais elle le fait par AMOUR! Et finalement sauve le Maître. Tout en assurant la liaison entre ce livre du Maître (libéré et qu'elle ressuscite) et celui qu'écrit Boulgakov elle fond les deux œuvres en une, elle est le pont qui les fait communiquer. Et communiquer notamment  mythes littéraire (Goethe) reliés à mythes chrétiens (Jésus Ponce Pilate. Mais le Faust Handbuch qui servit de source à Goethe est aussi livre du mythe chrétien...) Elle est puissance active, Marguerite, et, in fine, créatrice. De vie, d'immortalité. Une légende naîtra des événements contés (et de sa femme de chambre devenue sorcière!) -le livre même de Boulgakov ou encore un autre...? Le trio de l'écrivain de la sorcière et du diable tresse sa poiétique en plein Moscou...et dans l'ailleurs du lecteur, des temps à venir et des lectures : pouvoir génésique de la Femme et de l'écriture, deux noms féminins, en Russe aussi, (poien= créer, mais c'est plus que ça en grec : souffle de vie.) Marguerite ..."Margaritas ante porcos" pas de perles au cochons. La Marguerite c'est aussi la perle. A comprendre.

 Hélas, ce ne sont là que quelques éléments, car j'avoue que ta question m'ouvre des mondes d'interrogation. Ce que j'avais simplement ressenti il me faudrait désormais l'expliciter. Pour cela il me faudra une autre lecture, ou du moins la présence du livre entre mes mains.
 Comme tous les vraiment grands livres, il s'agit d'en décrypter la symbolique, de comprendre les 3 ou  4 lectures qui sont autant de facettes d'une compréhension totale de l'œuvre dans son dire unique. Livre théologique, politique, satirique, fantastique où l'esthétique du burlesque et du grotesque rejoint celle d'une pure poésie. Œuvre de la totalité. Un personnage n'a pas qu'un seul  sens, il rayonne d'images tissées par l'écriture et qui touchent aux mythes,aux symboles, aux sens profonds des images notamment dans l'histoire de l'art et de la littérature occidentale. Et puis dans ce type d'ouvrage il y a une cohérence immense : de quoi parle donc les deux premiers personnages qui apparaissent, le rédacteur en chef condamné à perdre sa tête et le  poète? Du Christ et de Ponce Pilate! Et de l'impossibilité d'écrire dans cette société un drame qui ne soit pas perçu sous l'unique angle idéologique bolchévique. La profondeur de la dénonciation de Boulgakov n'emprunte pas la vulgarité du "roman engagé" à la Sartre. Ce n'est que l'une des interprétations de cette opéra à tons multiples. Les vrais chefs d'œuvres sont infinis...Et savent s'évader de toutes les prisons, et donc énoncer sans dénoncer, sans se laisser piéger par la geôle du roman de contestation, l'ART doit rester premier servi, comme Dieu! In fine Marguerite c'est la poésie, c'est la littérature, c'est l'indomptable liberté. Et l'Amour qui vainc les Moloch totalitaires et les enfers -qui ne font peut-être qu'un...Ou double facette du MAL éternel. Quand l'histoire devient le nouveau visage du diable.
 Simple aperçu qui laisse bien des fils thématiques et narratifs porteur de sens qui s'entrecroisent,formant une tapisserie unique.

Et c'est en ce sens que je dis que certaine demi littérature actuelle n'est pas à  cette hauteur. N'aura pas la postérité des œuvres maitresses à la richesse inépuisable. Celles-ci sont excessivement rares,ce qui justifie qu'on accepte qu'il y en ait d'autres. Mais sachons raison garder sous peine d'insulter à des efforts de 12 années qui faisaient risquer sa vie à l'auteur... Les plus hauts sommets de la création.

  en espérant t'avoir pu être de quelque utilité dans ces quelques lignes écrites vites, vites.

  Amitiés fortissimo,Restif

mardi 4 mai 2010

Vive la justice! Tous aux abris quand elle pointe son nez de par chez vous...

Ici, on met en accusation au cas où ce seraient d'infâmes et de dangereux racistes, en oubliant ce que risquent tous les enfants et les familles d'une école grâce au travail de délation des "journalistes" ( délation approuvée et non sanctionnée bien sûr), on met en accusation un type qui écrit une fiction . Ça n'est même plus Minority Report ou l'idée d'une justice préventive chez Philip K. Dick. Allons vite, frappons fort, pas de quartiers, le monde à l'envers,TOUT VA BIEN.

L'instinct de liberté chez l'homme est invincible

Bien sûr, il y eut la résistance, il y eut le courage et la ténacité des condamnés, il y eut des soulèvements, il y eut des sacrifices, quand, pour sauver un inconnu, des hommes risquaient leur vie et celle de leurs proches. Mais, malgré tout, la soumission  massive reste un fait incontestable.
Que nous apprend-elle? Est-ce un aspect nouveau et surprenant de la nature humaine? Non, cette soumission nous révèle l'existence d'un nouveau et effroyable moyen d'action sur les hommes. La violence et la contrainte exercées par les systèmes sociaux totalitaires ont été capables de paralyser dans des continents entiers l'esprit de l'homme.
En se mettant au service du fascisme, l'âme de l'homme proclame que l'esclavage, ce mal absolu, porteur de malheur et de mort, est le seul et unique bien. L'homme ne renonce aux sentiments humains, mais il proclame que les crimes commis par le fascisme sont une forme supérieure de l'humanisme, il consent à partager les gens en purs et impurs, en dignes et indignes. La volonté de survivre à tout prix a eu pour résultat la compromission de l'âme avec l'instinct.
L'instinct reçoit l'aide de la puissance hypnotique qu'exercent des systèmes idéologiques globaux. Ils appellent à tous les sacrifices, ils invitent à utiliser tous les moyens au nom du but suprême : la grandeur future de la patrie, le progrès mondial, le bonheur de l'humanité, de la nation, d'une classe.
A côté de ces deux premières forces (l'instinct de conservation et la puissance hypnotique des grandes idées), il en a une troisième : l'effroi provoqué par la violence sans limites qu'exerce un État puissant, par le meurtre érigé en moyen de gouvernement.
La violence exercée par un État totalitaire est si grande qu'elle cesse d'être un moyen pour devenir l'objet d'une adoration quasi mystique et religieuse.
Sinon, comment peut-on expliquer que des penseurs juifs non dépourvus d'intelligence aient pu affirmer qu'il était indispensable de tuer les Juifs pour réaliser le bonheur de l'humanité et qu'ils étaient prêts à conduire leurs propres enfants à l'abattoir, qu'ils étaient prêts à répéter, pour le bonheur de leur patrie, le sacrifice d'Abraham?
Sinon, comment peut-on expliquer qu'un poète, fils de paysan, doué de raison et de talent, ait écrit un poème plein de sincérité qui glorifiait une réponse de souffrances sanglantes de la paysannerie, une époque qui avait dévoré son père, un paysan travailleur, honnête et simple?
Un des moyens qu'exerce le fascisme sur l'homme est l'aveuglement. L'homme ne peut croire qu'il est voué à l'extermination. L'optimisme dont faisait preuve les gens alors qu'ils étaient au bord de la tombe est tout bonnement étonnant. Un espoir insensé, parfois vil, parfois lâche, engendrait une soumission du même ordre, une soumission pitoyable, parfois vile, parfois lâche.

(...)

Étant établi que l'homme se soumet à une contrainte et à une violence infinies, il faut en tirer la déduction ultime, décisive pour la compréhension de l'homme et de son avenir.
La nature de l'homme subit-elle une mutation dans le creuset de l'État totalitaire? L'homme perd-il son aspiration à la liberté? Dans la réponse à ces questions résident le sort de l'homme et le sort de l'État totalitaire. Une transformation de la nature même de l'homme impliquerait le triomphe universel et définitif de la dictature de l'État, la conservation de l'instinct de liberté chez l'homme impliquerait la condamnation de l'État totalitaire.
Les glorieux soulèvements du ghetto de Varsovie, de Treblinka et de Sobibor, le gigantesque mouvement de résistance qui s'empara de dizaines de pays asservis par Hitler, les soulèvements qui eurent lieu après la mort de Staline à Berlin en 1953, en Hongrie en 1956 et ceux des camps de Sibérie et d'Extrême-Orient, les mouvements de Pologne, les mouvements étudiants pour la liberté de pensée dans de nombreuses villes, les grèves dans de nombreuses usines, tout cela a démontré que l'instinct de liberté chez l'homme est invincible. Il a été étouffé mais il a toujours existé. L'homme, condamné à l'esclavage, est esclave par destin et non par nature.
L'aspiration de la nature humaine vers la liberté est invincible, elle peut-être écrasée mais elle ne peut être anéantie. Le totalitarisme ne peut pas renoncer à la violence. S'il y renonce, il périt. La contrainte et la violence continuelles, directes ou masquées, sont le fondement du totalitarisme. L'homme ne renonce pas de son plein gré à la liberté. Cette conclusion est la lumière de notre temps, la lumière de l'avenir.

Vassili Grossman, Vie et destin, édition poche, p 281-282-283
Relire ce texte en lien. Ainsi que cet autre.

dimanche 2 mai 2010

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres »



 

Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
A Simple Path (trad. Un Chemin tout simple, Plon Mame 1995, p. 83)
« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres »

Je dis toujours que l'amour commence à la maison. Il y a d'abord la famille et ensuite votre ville. C'est facile de prétendre aimer les gens qui sont très loin, mais beaucoup moins facile d'aimer ceux qui vivent avec nous ou tout près de nous. Je me méfie des grands projets impersonnels car seule chaque personne compte. Pour parvenir à aimer quelqu'un, il faut se rendre proche d'elle. Tout le monde a besoin d'amour. Chacun de nous a besoin de savoir qu'il compte pour les autres et qu'il a une valeur inestimable aux yeux de Dieu.

« Le destin ordinaire des hommes n’est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de leur vie, ce qu’ils avaient , sans le savoir à portée de la main ? » ( p.94, Les Prédestinés, de Bernanos ).


La Mère

La mer ! La mer ! La mer ! De bonnes petites vagues rageuses
Qui déboulent sur les petits déjà nus et trop blancs, des vagues joyeuses
Toutes glacées en ce début du mois de Mai. Trop tôt pour la baignade
L’eau de Pâques, mais les enfants, ivres de sensations, bravent la mer froide

Maman, bien vêtue, pas réchauffée du tout, l’air emprunté, l’œil vigilant
S’assied dans le sable à peine tiède, son livre à la main. D’une éducation
Puritaine et débridée à la fois, elle a retenu à jamais qu’il était important
D’avoir les mains occupées, à quelque tâche, à la plage comme au salon.

Maman tient son livre, certes, mais elle est loin de l’histoire ou de l’essai
Elle observe les bouts de chou qui cabriolent dans les petits rouleaux,
Ils crient pour se réchauffer, se taisent ensuite le souffle coupé par l’assaut
Maman rit enfin des chutes dans cette mer qui veut jouer jouer jouer !

Elle avait oublié son enfance, sa jeunesse et l’air du large et les mouettes,
Les coquillages délicats, les bouts de verres concassés et troubles,
Les châteaux de sable qui, sous les marées, lentement, s’écroulent
Tout ce vent, ces bruits fondus, les vagues qui attaquent et qui fouettent.

Maman a été une petite fille, auparavant, dans une autre vie, d’autres lieux
En grandissant elle a perdu le fil du temps, son temps à elle, son temps particulier
Perdue elle était aussi dans tout l’espace, fondue, diluée, par toute la famille dilatée…
Et soudain, au bord de l’eau, le sable sous ses doigts, elle touche en un éclair de feu

Ce dont elle avait été refoulée, comme une petite coque de noix, chassée
Par les flots majestueux, les rouleaux furieux aussi, de la Vie, chahutée.
Et ici, par un éclat de rire, tout se réunifie, elle réintègre sa vie,
Le présent, le passé, l’avenir forment à nouveau sa croix unique

Un axe parfait, une carte au chemin secret dévoilé. Elle retrouve le Port,
Petite barque qui dodeline à présent amarrée à son homme, son trésor
Solidement enfouie, l’ancre de son bien-aimé, son mari, avec sur ses flancs
De légères bouées, le cœur qui  gonfle d’un insoutenable bonheur, ses enfants.




 

samedi 1 mai 2010

Finkielkraut, Luchini et Muray, "Combat avec le démon"*

 Fabrice Luchini : "c’est le génie de Muray de nous expliquer qu’en réalité la culture qui est le miracle où chacun étant renvoyé à lui-même dans sa solitude, dans son rapport à lui, dans sa construction à lui-même, est confisqué, selon Muray, en faveur d’une globalité massive qui réduit l’Art dans ce qu’il a d’inéluctable pour en faire un matériau de consommation, de loisir ignoble, dans lequel il n’y a plus la vérité de la vie, il n’y a plus qu’un outil. C’est là où c’est totalement dément, presque un outil de domestication des masses ! Va dire ça à des ministres de la culture socialistes ou de droite, ils te prennent pour un dingue !"
Retranscription intégrale de l'émission de Finkielkraut du 24 O4 2010 avec Fabrice Luchini sur Philippe Muray ici. Vous allez me dire : c'est quoi ce travail débile d'écrire au lieu d'écouter? Surtout que ça demande un temps incroyable! Et puis on perd toute la saveur du ton, des voix...
J'en sais rien, à quoi ça sert. Je fais pleins de trucs qui ne servent à rien. J'ai fait des enfants, par exemple. ça sert à rien. Je fais des barbecues plutôt que de cuire ma viande dans une poêle aussi, c'est idiot. Je parle toute seule. Débile.
Bref : en écoutant, en relisant, j'assimile mieux. Je mémorise. Voilà. C'est tout. Si vous trouvez d'autres raisons, vous les ajouterez. S'il n'y en a pas, vous conclurez sur l'absurdité humaine en général et féminine en particulier et vous dormirez rassuré d'être aussi futé dans ce monde de fous.

* Le titre est une allusion à un ouvrage de Stefan Zweig.

PS : écouter et voir chez Didier Goux l'émission de France 5 sur Alain Finkielkraut.

Destinée du roman "Vie et destin" de Vassili Grossman

  « Un roman qui n’opère pas une trouée dans la réalité de propagande, à quoi ça sert ? »
(Muray cité par Luchini)


En Bretagne, je pars toujours avec quelques livres à lire : j’ai normalement plus de temps à consacrer à la lecture, je suis seule avec les enfants, je cuisinaille avec plaisir et sérénité, pas dans le stress d’une conduite ou d’un rendez-vous juste après le déjeuner (dentiste, sport des enfants, orthophoniste des jumeaux, danse des filles, scouts pour les garçons, etc…) Ici, en vacances, les seules contraintes sont : les repas à préparer, et les plans-plage de l’après-midi. Le reste du temps, chacun fait ce qui lui plait plait plait comme dit la chanson….
Lorsque je vais faire mes courses, je m’arrête dans une  librairie assez bien achalandée. Et je craque pour quelques livres, ce qui fait que je n’avance guère les lectures prévues. Là, j’avais apporté Vie et destin de Vassili Grossman, je l’ai bien commencé et puis j’ai rigolé en compagnie d’Henry Miller, L’œil qui voyage et j’ai été émue avec Jeunesse de Joseph Conrad. Bon, reprenons un peu nos affaires, sérieuses, s’il vous plait, l’apéro est terminé, et parlons un peu de Grossman . Je vais me contenter de reprendre l’introduction qui raconte l’étrange destinée de ce livre. Puisque je n’ai pas beaucoup avancé la lecture du roman en lui-même.

Ce livre, terminé par Vassili Grossman en 1962, ne verra le jour en Occident que vingt ans après, et de façon "miraculeuse" car tout avait été fait pour que le manuscrit soit détruit. Grossman est un bon communiste, membre du Parti, il écrit un roman, le fait lire à des membres éminents du Comité Central qui s’empressent de réquisitionner tous les manuscrits existants. « Ils ne prirent pas seulement les exemplaires tapés à la machine, mais aussi un sac plein de brouillons et jusqu’aux rubans de machine (chez les dactylos) et aux papiers carbone, sous prétexte qu’on pouvait lire « par transparence ». Bref, ce fut un travail consciencieux. Le livre Vie et destin était sous les verrous et semblait en passe d’être à jamais détruit. L’auteur ne fut pas arrêté, mais il ne survécut que peu de temps : un an et demi plus tard, un cancer l’emportait. »
L’histoire de ce roman-fleuve porte sur la bataille de Stalingrad et va, dans une large mesure, évoquer les régimes totalitaires communiste et nazi, pointer leurs points communs, avec une théorie propre à l’auteur sur l’origine de ces totalitarismes destructeurs en Russie : « L’histoire de l’Occident, c’est un accroissement de la liberté ; l’histoire de la Russie est marquée par un accroissement tout aussi systématique de l’esclavage »(…) « C’est alors que se produisit ce qui devait placer la Russie au centre de toutes les préoccupations : « la synthèse du socialisme et l’absence de liberté ».
On comprend, au vu des thèses exposées, la terreur des soviétiques lisant le livre de Grossman. Mais celui-ci donnait à lire son ouvrage en toute bonne foi, avec une forme de naïveté confondante qui m’a fait songer à un autre livre, une autre histoire, celle du Maître du Haut-Château de Philip K. Dick. Dans cette Uchronie qui se situe après la Deuxième Guerre Mondiale, K. Dick imagine que l’Allemagne nazie a gagné, le monde est donc sous coupe allemande sauf l’Amérique, un des personnages, une lectrice nommée Juliana, part à la recherche d’un écrivain dont le livre, intitulé La sauterelle, circule sous le manteau avec un succès grandissant. Ayant enfin, après mille péripéties rencontré l’auteur, Hawthorne, elle lui explique que tout ce qu’il a écrit est vrai, c’est à dire que tout ce qu’il a imaginé s’est réalisé : la Guerre a en fait été perdue par les Allemands. Le monde est libre ! L’écrivain se refuse à croire la véracité de sa propre fiction ! Il faut que ce soit une lectrice qui lui dévoile cette incroyable chose : la fiction est le réel ! Le héros-écrivain, le Maître du Haut-Château, ne s’en doutait pas ou plutôt, ne voulait pas le croire… : "Comme c'est étrange, dit Juliana. Je n'aurais jamais pu croire que la vérité vous mettrait en colère. (La vérité, se disait-elle. Aussi terrible que la mort. Mais plus difficile à trouver. J'ai de la chance.)"

Je reviens au livre de Grossman :  pourquoi une telle terreur de la part des communistes de l’époque à la lecture de ce qui n’est, à priori, qu’un roman ?  « Depuis quand la littérature est-elle dangereuse ? » s’interroge dans l’introduction E. Etkind, en reprenant la crédule question de Grossman vis à vis de ceux qui lui confisquent son manuscrit.
C’est la force incroyable du roman, de la fiction que je voulais souligner ici et c’est la désarmante faiblesse de l’écrivain qui a tenu, qui a conçu cette arme de destruction massive, (dirait Dantec) sans en réaliser la puissance, cette fragilité apparente de ces feuilles de papier qui ressortiront providentiellement vingt ans après leur confiscation dans les archives de la Loubianka, c’est ce "miracle" évoqué dans l’introduction que je voulais mettre en exergue.

Une personne m’a écrit récemment et m’a dit une chose curieuse : « je suis un inespérant » ; je ne connaissais pas ce terme. Je connais « désespéré », je connais « pessimiste » mais « inespérant » ? On sent la volonté farouche de celui qui ne veut plus croire aux miracles, qui a décidé, quoiqu’il arrive, quoiqu’il se passe sous ses yeux, de ne plus croire du tout. Un peu comme un enfant à qui on tend un bonbon, en lui disant, « tiens, c’est pour toi, vas-y prend-le », et qui se refuse à le prendre parce que, trop souvent, on lui a repris la friandise tendue en ricanant et en lui disant : « ah ! ben non ! c’était pas pour toi finalement ! Trop tard ! »
L’histoire de ce manuscrit perdu et retrouvé, c’est le bonbon tendu à « l’inespérant », mais cette fois-ci, il pourra attraper et savourer jusqu’au bout cette merveilleuse friandise, la réalité dévoilée. Et personne ne pourra lui reprendre son trésor.