Départ pour la mer demain, quelques jours, avec enfants, armes(1) et bagages, le tout dans la bétaillère.
Soyez saaages,(2) tous, la crevette va retrouver avec son Nautilus quelques profondeurs marines où les communications seront impossibles.
1/Ben des livres , en particulier Vie et destin de Grossman.
2/ Par exemple lisez mais n'imitez pas Lounès!! et lisez et pélerinez comme XP
"Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde."*** " Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou non."(Dantec) *** l’Art, qu’il soit littéraire ou plastique, n’exprimait jamais rien d’autre, à ses yeux, que l’idée que la partie n’est jamais et n’est pas jouée (Muray)***"la vérité ne peut-être obtenue qu'au prix de renoncer à la certitude" (Nemo)
samedi 24 avril 2010
Ce qui fait toute la différence
"Je ne suis pas optimiste mais j'ai un enfant"
Finkielkraut dans Répliques, sur Muray avec Fabrice Luchini
Finkielkraut dans Répliques, sur Muray avec Fabrice Luchini
Libellés :
de stratégie guerrière,
être mère,
Finkielkraut dans Répliques
jeudi 22 avril 2010
De l'idée que : "L'ignorance peut-être une bénédiction.". De l'idée de guerre.
Commentaire d'Aquinus sur Ilys :
"Il n’y a pas un conflit entre d’un côté les blancs et de l’autre les divers, et c’est bien pour ça que tout ceci est confus. Je ne suis pas dans le cas de la famille de Martin de Grenoble, eux sont les esclaves soumis et leurs enfants les futurs janissaires, de mes ennemis.
Le conflit deviendra un peu plus clair lorsque les nôtres, c’est-à-dire au sens le plus large ceux qui vomissent A LA FOIS les racailles et tous ceux qui leur sont affidés d’une façon ou d’une autre, sauront se reconnaître entre eux. Quand on croisera un blanc et qu’on pourra se dire: “tiens lui est de mon côté” alors les solidarités qui nous manquent tant commenceront à fleurir et des camps distincts se mettront en place. Nous entrerons alors dans une phase où la violence redeviendra extérieure, cesser de miner chacun de nos instants quotidiens mais sera repoussé derrière les limes, toujours là, mais soudant la communauté et donnant cette énergie combative qui nous fait défaut."
Commentaire de Vae Victis :
"Je me sens très en accord avec Aquinus, sauf que contrairement à lui je n’ai pas la foi. Ce qui débouche sur une vision du futur contradictoire, à mon sens les solidarités ne vont pas se constituer contre l’islam mais autour de l’islam. Il n’y aura pas de grand combat des chrétiens contre les mahométans, mais une assimilation des premiers – qui ne le sont déjà plus que nominalement – aux seconds. Processus long, confus, mais progressif."
Alain Laurent : Dans "La société ouverte et ses nouveaux ennemis"
"Il existe donc bien un choc des civilisations entre islam et Occident. Mais ce choc interfère avec un autre : celui de l'Occident comme vecteur de la métaculture universaliste propre à la société ouverte avec l'islam comme culture théocratique caractéristique d'une société close. Le vrai ennemi de certains musulmans ralliés aux valeurs de la société ouverte est donc bien l'islam traditionnaliste et pas l'islam ou les musulmans dans sa totalité. Il s'agit d'un conflit entre société close et société ouverte qui transcende les appartenances religieuses. Le monde musulman n'est pas le seul à être confronté à cette guerre. Les sociétés ouvertes, dans le monde occidental, sont aussi confrontées à de nouveaux ennemis."
Texte écrit pour la première fois en novembre 2008, l'exemple de Maurer, sa proposition de loi datait de cette époque.
"La guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir". ( Dantec,Babylon Babies)
J'avoue que ce qui me fatigue le plus ça n'est pas de VOIR ce qui se passe, ni de comprendre à peu près les menaces qui pèsent sur notre civilisation mais d'être entourée de gens qui considèrent "l'ignorance comme une bénédiction" .
Je pense que la France n'aura pas de "guerre" sur son territoire, du moins pas au sens où l'on entend habituellement le terme de guerre avec "guns" comme dirait L.Et c'est bien dommage.
Notre conscience occidentale judéo-chrétienne est si faible, si réduite, lisez la proposition de Maurer, député UMP, hein, pas un de ces salauds de gauchos (1), pour donner des jours fériés aux fêtes musulmanes ! Les islamistes n'auront pas à faire le grand djiad chez nous...Nous lui ouvrons tout grand la porte de notre pays, de notre législation, de nos coutumes et traditions, à ce djiad !! Il y aura terrorisme et guerre dans les pays qui ont encore un peu de conscience occidentale et le souhait de préserver leur culture et leur religion. Mais nous ? La guerre de Troie a DÉJÀ eu lieu et nous l'avons perdue.Dantec peut ouvrir son Pomerol et nous aussi, en fait et nous pouvons en boire tous les jours que Dieu (dé) fait car une simple revue de presse d'un soir suffit à nous convaincre de cette réalité navrante.
La guerre sur le territoire français aura simplement lieu parce que nous serons le passage de ceux qui voudront se battre contre ce djiad ( américains, russes etc...). Et nous serons comme des niais, au milieu des boulevards avec des "bagnoles" qui nous tamponneront au passage et nous ne saurons même pas pourquoi nous mourrons !
L. dit : "j'en ai par dessus la casquette de lire les uns et les autres avec leurs visions apocalyptiques du monde à venir."
M. dit : "Krav MAga et Strike pour le combat!"
I dit : "vous êtes tous paranos."
Oui, "l'ignorance peut être une bénédiction".Et oui nous serions vraiment tentés d'en finir tout de suite et d'achever ce monde qui n'en finit pas de mourir.
Mais en fait, cette "ignorance" bénie et volontaire signifie lâcher ses "armes" ( lectures, éducation de nos enfants, engagements divers et variés) et faire dès maintenant allégeance à ceux qui convoitent notre pays, nos richesses ( bon là ils risquent d'être un peu déçus quand même) notre "occidental way of life" ( oui parce qu'ils ont beau expliquer qu'ils le trouvent "choking", ils l'imiteraient bien volontiers ) et surtout faire allégeance à ceux qui lobotomisent nos cerveaux et s'en prennent à nos libertés.
Je suis éminemment persuadée que toute vie est un combat personnel bien sûr (contre la tentation de l'ignorance, par exemple), mais aussi un combat pour chercher et améliorer au maximum nos civilisations. Cependant,la perfection n'existe pas, l'ajustement à ce qui parait mieux, seul, est possible.(2) Nous sommes toujours dans des ajustements et l'abruti socialiste ou islamiste ou l'ignorant qui veut vivre "pépère" ( l'individualiste) , ces trois catégories qui se pointent en disant : j'ai trouvé le Grand Ajustement qu'il ne faudra plus bouger d'un iota sous peine de faire crouler l'édifice de la perfection, celui là veut figer la vie, le mouvement, la pensée (3), bref tout ce qui fait qu'un homme est libre et cet abruti-là il faut l'abattre car en fait il nous présente une vision de l'homme qui n'a plus rien d'humain.
Reprenons donc nos "armes" c'est à dire notre raison, notre réflexion,nos lectures, notre courage (4), lâchons -pour un moment seulement- nos vraies armes : elles ne sont pas ENCORE utiles. Si elles deviennent un jour nécessaires, et bien, tant mieux, c'est que nous aurons gagné la plus importante des guerres : celle de la Vérité.(5) et (6)
Notes:
1/ http://www.bivouac-id.com/2008/11/08/un-depute-ump-veut-islamiser-les-jo...
2/ "La construction d'un monde commun, distingué de l'anti-monde des totalitarismes et du non-monde du relativisme contemporain, dépendra entièrement de la capacité du sujet à assumer des certitudes INACHEVEES."(Delsol, "Eloge de la singularité", éd.La Table Ronde p 133)
3/Synthèse d'Ellul : "Islam et judéo-christianisme" : "Distinction entre le Coran et La Bible. Le C. est dicté, lettre par lettre à Mahomet.(et l'on ne change rien à un texte qui est dicté. C'est une pensée inscrite et figée). La B. est un recueil de messages étalés sur dix siècles, messages que l’Eglise a accepté ou rejeté après examens et colloques. « La liberté est l’essence même de l’œuvre de Dieu, par l’homme, telle qu’elle nous est montrée dans l’Ecriture . » « La Bible n’est pas un livre dicté, c’est un livre inspiré ».
La Bible est « originée » dans une Parole de Dieu et devient Parole de Dieu quand elle est actualisée par l’Esprit- Saint en l’homme, *par l’homme*. Dieu reprend l’homme comme partenaire pour rendre vie à sa Parole."
4/"Il avait envie de voir les cartes d'état-major. Il avait envie de comprendre les mécanismes stratégiques qui avaient œuvré, invisibles, tandis qu'il courait sous la mitraille."
"Lire permettait de confronter des expériences nouvelles à des savoirs anciens. Toorop savait mieux que quiconque qu'il ne sert à rien de réinventer l'eau tiède, tout particulièrement au cours d'une guerre, face à des ennemis plus nombreux, et techniquement supérieurs."(Babylon Babies p 40)
5/"Les cartes demandaient leur part de sang, et de vérité".(idem, p 38)
6/ Certains combats intellectuels peuvent être gagnés : http://www.lexpress.fr/actualites/2/le-depute-ump-christian-vanneste-blanchi-pour-homophobie_81656.html
Guerre
La lutte est engagée, le combat total,
La guerre est déclarée, le combat terminal
Je cours vers le brasier, je vole vers mes amis
En danger.
Je trébuche dans les cendres gluantes et grises
Sans tomber.
Oh ! Jésus ! Jésus ! Nous sommes cernés !
Je crie ma peur et ma rage dans le fracas des armes
J’allume en tremblant et la mèche s’enflamme
Pourvu que tout explose , le regard est brouillé
C’est la fin. Et soudain Dieu se penche en pleurant
Il me prend dans sa Main, me lève loin de l’enfer
Réfugiée, je ferme les yeux et meurs dans les airs
Dans ses Bras je suis depuis l’aube des temps
Et je ne le savais pas.
"Il n’y a pas un conflit entre d’un côté les blancs et de l’autre les divers, et c’est bien pour ça que tout ceci est confus. Je ne suis pas dans le cas de la famille de Martin de Grenoble, eux sont les esclaves soumis et leurs enfants les futurs janissaires, de mes ennemis.
Le conflit deviendra un peu plus clair lorsque les nôtres, c’est-à-dire au sens le plus large ceux qui vomissent A LA FOIS les racailles et tous ceux qui leur sont affidés d’une façon ou d’une autre, sauront se reconnaître entre eux. Quand on croisera un blanc et qu’on pourra se dire: “tiens lui est de mon côté” alors les solidarités qui nous manquent tant commenceront à fleurir et des camps distincts se mettront en place. Nous entrerons alors dans une phase où la violence redeviendra extérieure, cesser de miner chacun de nos instants quotidiens mais sera repoussé derrière les limes, toujours là, mais soudant la communauté et donnant cette énergie combative qui nous fait défaut."
Commentaire de Vae Victis :
"Je me sens très en accord avec Aquinus, sauf que contrairement à lui je n’ai pas la foi. Ce qui débouche sur une vision du futur contradictoire, à mon sens les solidarités ne vont pas se constituer contre l’islam mais autour de l’islam. Il n’y aura pas de grand combat des chrétiens contre les mahométans, mais une assimilation des premiers – qui ne le sont déjà plus que nominalement – aux seconds. Processus long, confus, mais progressif."
Alain Laurent : Dans "La société ouverte et ses nouveaux ennemis"
"Il existe donc bien un choc des civilisations entre islam et Occident. Mais ce choc interfère avec un autre : celui de l'Occident comme vecteur de la métaculture universaliste propre à la société ouverte avec l'islam comme culture théocratique caractéristique d'une société close. Le vrai ennemi de certains musulmans ralliés aux valeurs de la société ouverte est donc bien l'islam traditionnaliste et pas l'islam ou les musulmans dans sa totalité. Il s'agit d'un conflit entre société close et société ouverte qui transcende les appartenances religieuses. Le monde musulman n'est pas le seul à être confronté à cette guerre. Les sociétés ouvertes, dans le monde occidental, sont aussi confrontées à de nouveaux ennemis."
Texte écrit pour la première fois en novembre 2008, l'exemple de Maurer, sa proposition de loi datait de cette époque.
"La guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir". ( Dantec,Babylon Babies)
J'avoue que ce qui me fatigue le plus ça n'est pas de VOIR ce qui se passe, ni de comprendre à peu près les menaces qui pèsent sur notre civilisation mais d'être entourée de gens qui considèrent "l'ignorance comme une bénédiction" .
Je pense que la France n'aura pas de "guerre" sur son territoire, du moins pas au sens où l'on entend habituellement le terme de guerre avec "guns" comme dirait L.Et c'est bien dommage.
Notre conscience occidentale judéo-chrétienne est si faible, si réduite, lisez la proposition de Maurer, député UMP, hein, pas un de ces salauds de gauchos (1), pour donner des jours fériés aux fêtes musulmanes ! Les islamistes n'auront pas à faire le grand djiad chez nous...Nous lui ouvrons tout grand la porte de notre pays, de notre législation, de nos coutumes et traditions, à ce djiad !! Il y aura terrorisme et guerre dans les pays qui ont encore un peu de conscience occidentale et le souhait de préserver leur culture et leur religion. Mais nous ? La guerre de Troie a DÉJÀ eu lieu et nous l'avons perdue.Dantec peut ouvrir son Pomerol et nous aussi, en fait et nous pouvons en boire tous les jours que Dieu (dé) fait car une simple revue de presse d'un soir suffit à nous convaincre de cette réalité navrante.
La guerre sur le territoire français aura simplement lieu parce que nous serons le passage de ceux qui voudront se battre contre ce djiad ( américains, russes etc...). Et nous serons comme des niais, au milieu des boulevards avec des "bagnoles" qui nous tamponneront au passage et nous ne saurons même pas pourquoi nous mourrons !
L. dit : "j'en ai par dessus la casquette de lire les uns et les autres avec leurs visions apocalyptiques du monde à venir."
M. dit : "Krav MAga et Strike pour le combat!"
I dit : "vous êtes tous paranos."
Oui, "l'ignorance peut être une bénédiction".Et oui nous serions vraiment tentés d'en finir tout de suite et d'achever ce monde qui n'en finit pas de mourir.
Mais en fait, cette "ignorance" bénie et volontaire signifie lâcher ses "armes" ( lectures, éducation de nos enfants, engagements divers et variés) et faire dès maintenant allégeance à ceux qui convoitent notre pays, nos richesses ( bon là ils risquent d'être un peu déçus quand même) notre "occidental way of life" ( oui parce qu'ils ont beau expliquer qu'ils le trouvent "choking", ils l'imiteraient bien volontiers ) et surtout faire allégeance à ceux qui lobotomisent nos cerveaux et s'en prennent à nos libertés.
Je suis éminemment persuadée que toute vie est un combat personnel bien sûr (contre la tentation de l'ignorance, par exemple), mais aussi un combat pour chercher et améliorer au maximum nos civilisations. Cependant,la perfection n'existe pas, l'ajustement à ce qui parait mieux, seul, est possible.(2) Nous sommes toujours dans des ajustements et l'abruti socialiste ou islamiste ou l'ignorant qui veut vivre "pépère" ( l'individualiste) , ces trois catégories qui se pointent en disant : j'ai trouvé le Grand Ajustement qu'il ne faudra plus bouger d'un iota sous peine de faire crouler l'édifice de la perfection, celui là veut figer la vie, le mouvement, la pensée (3), bref tout ce qui fait qu'un homme est libre et cet abruti-là il faut l'abattre car en fait il nous présente une vision de l'homme qui n'a plus rien d'humain.
Reprenons donc nos "armes" c'est à dire notre raison, notre réflexion,nos lectures, notre courage (4), lâchons -pour un moment seulement- nos vraies armes : elles ne sont pas ENCORE utiles. Si elles deviennent un jour nécessaires, et bien, tant mieux, c'est que nous aurons gagné la plus importante des guerres : celle de la Vérité.(5) et (6)
Notes:
1/ http://www.bivouac-id.com/2008/11/08/un-depute-ump-veut-islamiser-les-jo...
2/ "La construction d'un monde commun, distingué de l'anti-monde des totalitarismes et du non-monde du relativisme contemporain, dépendra entièrement de la capacité du sujet à assumer des certitudes INACHEVEES."(Delsol, "Eloge de la singularité", éd.La Table Ronde p 133)
3/Synthèse d'Ellul : "Islam et judéo-christianisme" : "Distinction entre le Coran et La Bible. Le C. est dicté, lettre par lettre à Mahomet.(et l'on ne change rien à un texte qui est dicté. C'est une pensée inscrite et figée). La B. est un recueil de messages étalés sur dix siècles, messages que l’Eglise a accepté ou rejeté après examens et colloques. « La liberté est l’essence même de l’œuvre de Dieu, par l’homme, telle qu’elle nous est montrée dans l’Ecriture . » « La Bible n’est pas un livre dicté, c’est un livre inspiré ».
La Bible est « originée » dans une Parole de Dieu et devient Parole de Dieu quand elle est actualisée par l’Esprit- Saint en l’homme, *par l’homme*. Dieu reprend l’homme comme partenaire pour rendre vie à sa Parole."
4/"Il avait envie de voir les cartes d'état-major. Il avait envie de comprendre les mécanismes stratégiques qui avaient œuvré, invisibles, tandis qu'il courait sous la mitraille."
"Lire permettait de confronter des expériences nouvelles à des savoirs anciens. Toorop savait mieux que quiconque qu'il ne sert à rien de réinventer l'eau tiède, tout particulièrement au cours d'une guerre, face à des ennemis plus nombreux, et techniquement supérieurs."(Babylon Babies p 40)
5/"Les cartes demandaient leur part de sang, et de vérité".(idem, p 38)
6/ Certains combats intellectuels peuvent être gagnés : http://www.lexpress.fr/actualites/2/le-depute-ump-christian-vanneste-blanchi-pour-homophobie_81656.html
Guerre
La lutte est engagée, le combat total,
La guerre est déclarée, le combat terminal
Je cours vers le brasier, je vole vers mes amis
En danger.
Je trébuche dans les cendres gluantes et grises
Sans tomber.
Oh ! Jésus ! Jésus ! Nous sommes cernés !
Je crie ma peur et ma rage dans le fracas des armes
J’allume en tremblant et la mèche s’enflamme
Pourvu que tout explose , le regard est brouillé
C’est la fin. Et soudain Dieu se penche en pleurant
Il me prend dans sa Main, me lève loin de l’enfer
Réfugiée, je ferme les yeux et meurs dans les airs
Dans ses Bras je suis depuis l’aube des temps
Et je ne le savais pas.
Libellés :
Alain Laurent,
de stratégie guerrière,
être mère,
Ilys,
J'ai lu Dantec,
poème,
réflexion
Turner : Ca n'est pas le sujet qui importe mais la peinture
"Immanquablement un homme surgit alors, l'un de nous, en tous points notre semblable, mais doué d'une mystérieuse puissance de "vision" " Kandinsky
J’avais pu visiter, il y a quelques 20 ans de cela, comme élève, une expo. Turner au Musée d’Orsay et j’en gardais un excellent souvenir, quelque chose de doux et d’éthéré. Quelle erreur ! En observant les toiles de ce peintre hors-normes, j’ai pu imaginer un peu son caractère, ses souhaits en matière de peinture et je voudrais vous soumettre le portrait d’un personnage qui ne correspond peut-être pas à ce qu’il a été en réalité mais qui est un peu ce que j’en ai saisi grâce à cette exposition.
Il y a une citation du peintre Reynolds, à l’entrée de l’expo., qui dit, à propos des grands maîtres en peinture : « Considérez-les à la fois comme des modèles à imiter et comme des rivaux à combattre. »
C’est un excellent résumé de la vie de peintre de Turner qui a passé son temps à étudier les Anciens ( il débute par la passion de l’architecture, ce qui est intéressant car toute sa vie on lui reprochera son trait « indéfini » ou « grossier », et aussi par l’étude et la réalisation de nombreuses aquarelles) et qui dans le même temps, a passé sa vie aussi à les combattre, à choquer les canons de l'esthétique de l'époque, à bousculer les habitudes de vision de ses contemporains qui l'ont d'ailleurs rarement compris. Pas par haine ou jalousie, mais par volonté instinctive et tenace d'aller plus loin dans le regard.En fait c'est cette notion même de regard qui le gêne : il ne veut pas "voir" ou "faire voir" mais "vivre" ou "faire vivre".
Il se lance vers1790 dans ce qui est considéré comme l’art noble en peinture, la peinture à l’huile, et son influence majeure, Claude Lorrain le poursuivra toute sa vie. Dans le catalogue de l’exposition, cette anecdote émouvante : « C’est à la fin des années 1790 vraisemblablement qu’eut lieu la première confrontation entre Turner et les œuvres de Claude Lorrain. Plusieurs ont rapporté l’anecdote –fable sans doute !- selon laquelle, au spectacle de leur perfection, le jeune artiste émotif fondit en larmes, désespérant de jamais faire aussi bien. »
Turner va tout étudier, toute sa vie, admirer et combattre ses anciens maîtres et ses contemporains, les italiens, les flamands (au musée du Louvre en particulier vers 1802 dans lequel il couvre des carnets de notes et de croquis). Il se lance dans une maîtrise totale du paysage classique mais ce qui est frappant, chez lui, c’est que très vite, très tôt, ce classicisme harmonieux, serein, et quelque peu « glacé » l’ennuie et ne l’intéresse pas. Il peint nombre de paysages et de personnages (il aime Watteau ce qui peut paraître surprenant eut égard à sa réputation de peintre "robuste" ou rustique, par rapport au délicatissime Watteau) mais toujours on a le sentiment avec lui que le pinceau est pris d’un coup d’une espèce de frénésie indépendante de sa volonté, d’une volonté de dire quelque chose d’autre que ce qu’il voit, presque d’une rage de raturer tous ces classiques, de les barbouiller, comme un enfant (et cette image m’est venue très souvent pendant ma visite) qui met les pieds dans la flaque d’eau, qui met les pieds dans le plat, exprès, pour se faire remarquer. Plus qu’une volonté de se faire lui-même remarquer d’ailleurs, je pense que Turner voulait simplement attirer l’attention dans ses tableaux sur autre chose que le paysage ou les personnages.
Chez lui, m’a transmis l’audio-guide que j’écoutais religieusement, « ça n’est pas le sujet qui importe mais la peinture elle-même. »
Cela m’a tellement rappelé XP et ses textes que j’en ai ri toute seule en parcourant les allées. « Grossier, inattentif aux détails, trop rapide », voilà les qualificatifs qui revenaient dans la bouche des contempteurs de Turner, qualificatifs qui reviennent singulièrement souvent chez ceux qui critiquent notre XP national.
Ce qui intéresse Turner, c’est l’émotion. Nombre de ses tableaux invitent le spectateur à rentrer dans le paysage, à participer au drame qui s’y déroule. Trouver la violence picturale qui traduise la violence de la nature.
Turner si révolutionnaire pour son temps, précurseur de l’art abstrait. Traquer une réalité existante au-delà de la nature, au-delà de cette fichue réalité soi-disant indépassable.
Lire la Bible
l'évangile AU QUOTIDIEN
Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Jn 6, 68
Un excellent moyen de lire la Bible dans le sillon de l'Église Catholique : l'évangile au quotidien, avec une première lecture prise dans l'Ancien Testament, un psaume, et l'évangile du jour prise dans le Nouveau Testament.*Et surtout : un commentaire des principaux pères ou docteurs ou grandes figures spirituelles de l'Église Catholique.
Ce qui est surprenant, c'est de constater à quel point Dieu nous parle personnellement au travers de ces lectures quotidiennes.
*Reçus dans votre boite-mail. En s'abonnant.Gratuitement
jeudi 22 avril 2010
Le jeudi de la 3e semaine de Pâques
Saint(s) du jour : St Soter, Pape et martyr (+ 175) , Saint Caïus, Pape (28ème) et martyr (+ 296)
Voir le commentaire ci-dessous, ou cliquer ici
Saint Pierre Damien : « Ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas »
Livre des Actes des Apôtres 8,26-40.
L'ange du Seigneur adressa la parole à Philippe : « Mets-toi en marche vers le midi, prends la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. » Et Philippe se mit en marche. Or, un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, reine d'Éthiopie, administrateur de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer Dieu. Il en revenait, assis dans son char, et lisait le prophète Isaïe. L'Esprit du Seigneur dit à Philippe : « Avance, et rejoins ce char. » Philippe s'approcha en courant, et il entendit que l'homme lisait le prophète lsaïe ; alors il lui demanda : « Comprends-tu vraiment ce que tu lis ? » L'autre lui répondit : « Comment pourrais-je comprendre s'il n'y a personne pour me guider ? » Il invita donc Philippe à monter et à s'asseoir à côté de lui. Le passage de l'Écriture qu'il lisait était celui-ci : Comme une brebis, on l'a conduit à l'abattoir, comme un agneau muet devant le tondeur, il n'ouvre pas la bouche. A cause de son humiliation, sa condamnation a été levée. Sa destinée, qui la racontera ? Car sa vie a été retranchée de la terre. L'eunuque dit à Philippe : « Dis-moi, je te prie : de qui parle-t-il ? De lui-même, ou bien d'un autre ? » Alors Philippe prit la parole, et, à partir de ce passage de l'Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. Comme ils poursuivaient leur route, ils arrivèrent à un point d'eau, et l'eunuque dit : « Voici de l'eau : qu'est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ? » Il fit arrêter le char, ils descendirent dans l'eau tous les deux, et Philippe baptisa l'eunuque. Quand ils furent remontés de l'eau, l'Esprit du Seigneur emporta Philippe ; l'eunuque ne le voyait plus, mais il poursuivait sa route, tout joyeux. Philippe se retrouva dans la ville d'Ashdod, il annonçait la Bonne Nouvelle dans toutes les villes où il passait jusqu'à son arrivée à Césarée.
Psaume 66(65),8-9.16-17.20.
Peuples, bénissez notre Dieu ! Faites retentir sa louange,
car il rend la vie à notre âme, il a gardé nos pieds de la chute.
Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : je vous dirai ce qu'il a fait pour mon âme ;
quand je poussai vers lui mon cri, ma bouche faisait déjà son éloge.
Béni soit Dieu qui n'a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour !
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,44-51.
Après avoir multiplié les pains, Jésus disait à la foule des Juifs: "Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi. Certes, personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Commentaire du jour :
Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite puis évêque, docteur de l'Église
Sermon 45 ; PL 144,743 et 747 (trad. Orval)
La Vierge Marie a enfanté Jésus Christ, elle l'a réchauffé dans ses bras, elle l'a enveloppé de langes et l'a entouré de soins maternels. C'est bien ce même Jésus dont nous recevons maintenant le corps et dont nous buvons le sang rédempteur au sacrement de l'autel. Voilà ce que la foi catholique tient pour vrai, voilà ce qu'enseigne fidèlement l'Église.
Aucune langue humaine ne pourra assez glorifier celle de qui a pris chair, nous le savons, « le médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tm 2,5). Aucun éloge humain n'est à la mesure de celle dont les entrailles très pures ont donné le fruit qui est l'aliment de nos âmes ; celui, autrement dit, qui témoigne de lui-même par ces paroles : « Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Et en effet, nous qui avons été chassés du paradis de délices à cause d'une nourriture, c'est aussi par une nourriture que nous retrouvons les joies du paradis. Ève a pris une nourriture, et nous avons été condamnés à un jeûne éternel ; Marie a donné une nourriture, et l'entrée du festin du ciel nous a été ouverte.
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mardi 20 avril 2010
De l'élévation de l'âme -ou de sa chute- par l'art
Prière personnelle du prêtre avant de communier au pain et au vin c'est à dire au Corps et au Sang du Christ : "Seigneur Jésus-Christ, que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre malgré mon indignité, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation; mais que, grâce à votre tendresse pour moi, elle serve à la défense de mon âme et de mon corps, et me soit un remède..."
Un grand Triangle divisé en parties inégales, la plus petite et la plus aiguë vers le haut - un assez bon schéma de la vie spirituelle. Plus on descend, plus les sections du Triangle sont grandes, larges, spacieuses et hautes.
(...)
Il n'y a parfois à l'extrême pointe du Triangle qu'un homme seul. La joie qu'il ressent de sa vision est égale à son infinie tristesse intérieure. Et ceux qui sont les plus proches de lui ne le comprennent pas. Dans leur désarroi, ils le traitent d'imposteur et de dément. Ainsi en son temps Beethoven solitaire fut-il en butte à leurs outrages.
(...)
Dans toutes les sections du Triangle on peut trouver des artistes. Celui d'entre eux qui est capable de voir par-delà les limites de sa section est un prophète pour son entourage et aide au mouvement du chariot récalcitrant.
Cette représentation schématique ne donne évidemment qu'une image imparfaite de la vie spirituelle. Entre autres, elle n'en montre pas le revers, une grande tache noire morte. C'est parce qu'il arrive trop souvent que ce pain devienne la nourriture d'hommes qui appartiennent déjà à une section plus élevée. Pour eux, ce pain devient alors un poison : à petite doses il fait progressivement glisser l'âme d'une section élevée dans une autre plus basse; à haute dose, il provoque une chute brutale, vers des sections de plus en plus basses. Sienkiewicz, dans l'un de ses romans, compare la vie spirituelle à la nage : celui qui ne travaille pas sans relâche et ne lutte pas sans cesse contre l'enfoncement coule irrémédiablement. Et le don naturel de l'homme, le "talent" (au sens de l'Évangile) devient alors une malédiction, non seulement pour l'artiste qui l'a reçu, mais aussi pour tous ceux qui mangent de ce pain empoisonné.L'artiste utilise sa force à flatter des besoins inférieurs; il donne une forme prétendument artistique à un contenu impur, attire à lui les éléments faibles, les mêle à ce qui est mauvais, trompe les hommes et les aide à se tromper eux-mêmes, en ce qu'il se persuade, et persuade d'autres qu'ils ont soif de spirituel et qu'ils apaisent cette soif à une source pure. De telles œuvres ne servent pas le mouvement ascendant, elles l'entravent, freinent les forces de progrès et empestent ce qui les entoure.
De telles périodes, au cours desquelles l'art n'a aucun représentant valable, où nul ne tend aux hommes le pain sublime, sont les périodes de décadence du monde spirituel.Sans cesse des âmes tombent des sections hautes du Triangle vers la base, et le Triangle entier semble immobile.
(...)
Isolés, les affamés et ceux qui voient sont moqués ou considérés comme anormaux. Cependant quelques rares âmes, qui ne peuvent être endormies et qui éprouvent un besoin obscur de vie spirituelle, de savoir et de progrès, gémissent, inconsolées et plaintives, dans le choeur des appétits grossiers. La nuit spirituelle s'épaissit de plus en plus. Autour de telles âmes effrayées, tout devient de plus en plus gris et ceux à qui elles appartiennent, de peur ou de désespoir, torturés et épuisés, préfèrent souvent la chute brutale et soudaine dans le noir à ce lent obscurcissement.
(...)
Eo ipso la question "quoi" disparaît dans l'art. Seule subsiste la question "comment" l'objet corporel pourra être rendu par l'artiste. Elle devient son credo. Cet art n'a pas d'âme.
(...)
Malgré tout cet aveuglement, ce chaos et cette chasse sauvage, le Triangle n'en continue pas moins à avancer et à monter, lentement, sûrement, avec une puissance irrésistible.
Invisible, le nouveau Moïse descend de la montagne, voit la danse autour du veau d'or et, malgré tout, apporte aux hommes une nouvelle sagesse.
Sa parole, inaudible pour les masses, est d'abord entendue par l'artiste. Inconsciemment au début, sans s'en rendre compte lui-même, il suivra l'appel. Déjà la question "comment" contient un germe de guérison. Lorsque, en outre, ce "comment" rend les émotions de l'âme de l'artiste et permet de communiquer au spectateur un expérience délicate, l'art atteint le seuil de la voie qui lui permettra de retrouver plus tard le "quoi" perdu, ce "quoi" qui sera le pain spirituel de ce réveil spirituel.
(...)
Ce "quoi" est le contenu que seul l'art est capable de saisir en soi et d'exprimer clairement par des moyens qui n'appartiennent qu'à lui.
Du spirituel dans l'art, et dans la peinture en particulier, Chapitre II "Le mouvement", Kandinsky
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dimanche 18 avril 2010
Jardin fleuri
"Proust et Flaubert sont d'accord pour penser que le seul univers réel celui de l'art, et que les seuls véritables paradis sont les paradis que l'ont a perdus. Est-ce là une philosophie que l'homme moyen puisse adopter? évidemment non."Le vent se lève; il faut tâcher de vivre!" Et il est difficile de vivre sans croire à la réalité des sentiments. En fait il existe une forme d'amour, toute différente de l'amour-maladie décrit par Proust, amour heureux, mystique, absolu, fidèle, acceptation totale d'un être...(...) Cet amour-là, Proust ne l'a décrit que sous la forme de l'amour maternel...
(...)
Pour lui-même, il réservait à son art toute sa puissance de fidélité, mais l'art quand il atteint à une telle conscience, à de telles exigences envers soi-même, ressemble singulièrement à une religion. (...) C'est ainsi que nous imaginons la patiente vertu avec laquelle Proust poursuivait les mots exacts qui pouvaient peindre tel jet d'eau, tel buisson d'aubépines, ou le miracle de la petite madeleine. Reynaldo Hahn a décrit un de ces moments d'oraison de l'écrivain et c'est sur cette vision de Proust en prière que je veux laisser le lecteur : "Le jour de mon arrivée, nous allâmes ensemble nous promener dans le jardin. Nous passions devant une bordure de rosiers du Bengale quand soudain il se tut et s'arrêta. Je m'arrêtai aussi, mais il se remit alors à marcher, et je fis de même. Bientôt il s'arrêta de nouveau et me dit avec cette douceur enfantine et un peu triste qu'il conserva toujours dans le ton et dans la voix : "Est-ce que ça vous fâcherait que je reste un peu en arrière? Je voudrais revoir ces petits rosiers..." Je le quittai. Au tournant de l'allée, je regardai derrière moi. Marcel avait rebroussé chemin jusqu'aux rosiers. Ayant fait le tour du château, je le retrouvai à la même place, regardant fixement les roses. La tête penchée, le visage grave, il clignait des yeux, les sourcils légèrement froncés comme par un effort d'attention passionnée, et de sa main gauche il poussait obstinément entre ses lèvres le bout de sa petite moustache noire qu'il mordillait.Je sentais qu'il m'entendait venir, qu'il me voyait, mais qu'il ne voulait ni parler, ni bouger. Je passai donc sans prononcer un mot. Une minute s'écoula, puis j'entendis Marcel qui m'appelait. Je me retournai; il courait vers moi. Il me rejoignit et me demanda "si je n'étais pas fâché?" Je le rassurai en riant et nous reprîmes notre conversation interrompue. Je ne lui adressai pas de questions sur l'épisode des rosiers; je ne fis aucun commentaire, aucune plaisanterie : je comprenais obscurément qu'il ne fallait pas...
"Que de fois, par la suite, j'ai assisté à des scènes similaires! Que de fois j'ai observé Marcel en ces moments mystérieux où il communiait totalement avec la nature, avec l'art, avec la vie, en ces minutes profondes où son être entier, concentré dans un travail transcendant de pénétration et d'aspiration alternées, entrait, pour ainsi dire, en état de transe, où son intelligence et sa sensibilité surhumaine, tantôt par une série de fulgurations aiguës, tantôt par une lente et irrésistible infiltration, parvenaient jusqu'à la racine des choses et découvraient ce que personne ne pouvait voir, - ce que personne, maintenant, ne verra jamais."
En de tels instants de grâce, le mysticisme de l'artiste est tout proche de celui du croyant."
(André Maurois, De Proust à Camus, Librairie Académique Perrin, 1964)
vendredi 16 avril 2010
Le droit de propriété intellectuelle par Alain Laurent
Conférence du 15 avril 2010
Alain Laurent a commencé par poser la distinction entre les œuvres et les idées. Les idées n’appartiennent à personne, ce n’est pas le cas des œuvres.
A/ Ce n'est pas par hasard que l'on conteste aujourd'hui le droit de propriété intellectuelle puisque le droit de propriété lui-même est de plus en plus remis en cause.
Quelques exemples récents ce cette affirmation :
- Il y a une quinzaine d'années, en 1995, un juge a estimé, dans un tribunal, que le droit au logement était en concurrence avec le droit de propriété. Le droit au logement, dans l'affaire concernée avait même valeur constitutionnelle que le droit de propriété. Il en découle aujourd'hui qu'un squatteur ne peut être mis dehors d'un logement qui n'est pas le sien. (même s'il ne paie pas son loyer)
- Il y a trois mois, place des Vosges, une propriétaire a vu ses appartements squattés par une bande. Le tribunal a finalement donné raison à la propriétaire mais cela ne coulait pas de source. Par ailleurs, sont-ils vraiment partis ?
- Autre cas qui remonte à décembre 2009 sur, cette fois-ci, l'occupation par des ouvriers de leur usine. La justice a donné tort au directeur, propriétaire des lieux, qui demandait la libération de l'usine. Citation dans un 20 minutes du 09 12 09 : "Le squatt professionnel est autorisé. La cour d'appel de Riom (Puy-de-Dôme) a jugé dans un arrêt rendu hier que l'occupation d'une usine par les salariés d'une entreprise ne pouvait être considérée comme « illicite ».
- Autre cas plus récent : les victimes de la tempête Xynthia sont, pour certains d'entre eux, dépossédés de leurs maisons de façon purement bureaucratique.
- Le cas de la fiscalité française. En principe, un individu est propriétaire de ses revenus. Par une fiscalité spoliatrice, l'État décrète qu'il est propriétaire des revenus des individus. Il s'agit aussi, comme dans les autres cas, d'un viol du droit de propriété.
- Dernier cas simplement souligné : la souveraineté sur son propre corps, en France, n'est pas reconnue. On n'est pas libre de faire ce que l'on veut avec son corps (par exemple : vendre son sang). Il y a, à ce propos, des législations différentes dans d'autres pays.
Ce qui est troublant dans toutes ces affaires, c'est que toutes ces remises en question du droit de Propriété se font sous couvert de justice, elles sont cautionnées par le Droit.
B/ En ce qui concerne la loi Hadopi et le problème du piratage massif sur internet.
Ceux qui sont en faveur de ce piratage estiment que ce qui est téléchargé n'est pas de l'ordre du matériel et donc peut être gratuit. L'idée du téléchargement libre va de pair avec les notions de technologies qui ont évolué et rendent ce téléchargement plus facile et moins repérable. L'idéologie de la gratuité a progressé de façon considérable. En gros, aujourd'hui, n'importe qui pense que si l'on peut s'emparer d'un bien facilement, il faut le prendre. La manière de s'opposer à ces téléchargements est difficile mais pas impossible techniquement. Ce sont surtout des paradigmes dans le monde dans lequel on vit qu'il faudrait changer.
C/ Les libéraux et le droit de propriété intellectuelle
L'idée qu'il n'existe pas de droit de propriété intellectuelle est contredite assez tôt par tous les libéraux. Un des premiers en France, Bastiat en 1847, se prononce en faveur de ce droit de propriété intellectuelle de façon explicite. Il répond et encourage un certain Hippolyte Castille qui a créé une revue qui s’appelle : « La propriété intellectuelle » en écrivant : "Le résultat des efforts des hommes, sous quelque forme que ce soit, leur appartient. Il me semble difficile de ne pas reconnaître que la propriété littéraire, par exemple un livre, n’est pas le produit du travail d’un homme, de ses facultés, de ses efforts, de ses soins, de ses veilles et de ses avances." [avances= avances de fonds]
Pour Bastiat, le statut d'une oeuvre créée par un individu est exactement identique au droit de propriété concernant un objet matériel.
L'idée qu'il existe un droit de propriété intellectuelle est tout à fait dans la lignée libérale et même libertarienne contrairement à ce qui est souvent dit. Ainsi Lysander Spooner, un anarcho-capitaliste américain, à l'origine de la pensée libertarienne, défend dans un livre-clé le droit de propriété intellectuelle : "The Law of Intellectual Property or an Essay on the Right of Authors and Inventors to a Perpetual Property on their Ideas" (1855)
Spooner est un entrepreneur qui a créé un service de poste privée aux EU. Il sera attaqué en justice de ce fait et perdra son procès. A la suite de cette affaire, il explique la nécessité d'un droit de propriété intellectuelle. Dans la citation tirée de son livre, il emploie le terme de "loi", à prendre ici au sens de loi de la nature, d'un droit naturel.
Trois parties dans le livre de Spooner : dans la première, il pose la légitimité d'un droit de propriété intellectuelle; dans la deuxième, il répond à des objections; dans la troisième, il pose la question de savoir jusqu'à quand une œuvre est-elle la propriété d'un individu? La réponse, pour Spooner, est que le droit de propriété d'une œuvre est perpétuel. Seul le propriétaire peut y mettre fin.
Dans la première partie qui concerne les arguments en faveur d'un droit de propriété intellectuelle, Spooner explique que ceux qui créent des richesses en sont les propriétaires naturellement. Et le travail intellectuel, le travail de l'esprit, produit une richesse au même titre qu 'un objet matériel. En approfondissant la question, on remarque que tout ce qui existe est le fruit au départ d'un effort intellectuel. Certaines richesses s'incarnent, d'autres pas.
Un autre argument est relevé par Spooner : si on conteste que ce qui est d'ordre intellectuel puisse être l'objet d'un droit, il faut se demander ce qu'est le droit lui-même si ce n'est quelque chose de complètement immatériel. A t-on jamais vu ou touché un droit?
Conclusion à propos de Spooner : quelques années après Spooner, les autres grands libertariens comme Molinari diront strictement la même chose que Spooner. Pourtant, ils sont toujours aujourd'hui présentés comme s'opposant au droit de propriété intellectuelle.
Ayn Rand et le droit de propriété intellectuelle
C'est dans son premier best-seller, La Source Vive, qu'Ayn Rand développe la légitimité du droit de propriété intellectuelle. Le héros du livre, Roark, architecte, consent à aider un de ses anciens collègues, Keating, à la réalisation et à la construction d'un ensemble d'immeubles sociaux. A condition, précise t-il, que son plan soit intégralement respecté. Or, les logements vont être construits mais selon des plans modifiés. Roark dynamite lui-même l'ensemble car il estime que l'on a trahi son idée, ses plans, son œuvre dont il était le seul propriétaire. Roark se rend auprès des autorités pour passer en jugement et défendre lui-même ainsi son droit de propriété intellectuelle. Le tribunal lui donne gain de cause. Il est le seul et unique propriétaire de ses plans et constructions et peut les détruire s'il le veut. (Ce qu'il a fait)
Un autre auteur contemporain défend le droit de propriété intellectuelle, c'est Israël Kirzner, le plus fécond des économistes « autrichiens » actuels. Dans Discovery, Capitalism and Economic Justice (1989) il énonce la règle fondamentale du « Finder-Keeper ». Cette règle est formulée de la façon suivante : Celui qui découvre le premier quelque chose en devient le propriétaire exclusif. En effet, nul ne peut dire de façon certaine que ce qui a été découvert par un individu sera nécessairement trouvé par un autre.
La règle d'Israël Kirzner, "Finder-Keeper" fonctionne d'autant plus dans le domaine de l'esprit. La connaissance est un bien qui, même lorsqu'on se l'approprie, n'est pas retiré à celui qui la possède en premier. Et l’on constate que deux paradigmes s’entremêlent dans le phénomène de la cession d’un droit d’auteur. Les inventions intellectuelles tombent à un moment donné dans le domaine public, à cause du caractère divisible, sécable, démultiplié de la connaissance. (C’est le paradigme naturel). Mais à cette constatation de bon sens, à cette évolution naturelle de la connaissance, il faut articuler l’argument utilitariste : le créateur doit bénéficier d’un rendu quelconque (paiement, reconnaissance) lorsqu’il cède une découverte qu’il a faite. Sinon, il ne créera plus rien.
D/ Une dernière question à propos du droit de propriété intellectuelle : comment rendre ce dernier exécutoire ? Comment le faire respecter ?
Spooner prône l'idée d'agences privées. Mais la plupart des libéraux disent que c'est le rôle de l'État (et sans doute sa seule justification).
L’État est nécessaire pour faire respecter le droit à la propriété et le droit à la sécurité. Celui qui a le mieux exprimé ce fait est Frédéric Bastiat, dans ses Pamphlets. Dans le Pamphlet sur l'État, il parle de l'État comme d'une "grande fiction". Citation : « L’Etat c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépends de tout le monde. » En fait Bastiat est favorable, contrairement à ce qui est souvent déclaré, à l'existence d'un État. Un État minimal. Lorsqu'il parle de l'État comme d'une grande fiction il veut signifier par là que ce dernier serait considéré comme une sorte d'être suprême, au dessus des individus, ce qui est évidemment une fiction. Suite de la citation qui conclue le pamphlet : « Quant à nous, nous pensons que l’Etat ce n’est, ou ce ne devrait être autre chose que la force commune instituée, non pour être pour tous les citoyens un instrument d’oppression et de spoliation réciproque, mais, au contraire, pour garantir à chacun le sien et faire régner la justice et la sécurité. »
Dans le pamphlet Justice et Fraternité, il fait allusion à la nécessité de l'État pour garantir tout ce qui concerne la propriété foncière, immobilière, INTELLECTUELLE , etc. Citation : « Toutes les forces du gouvernement étant appliquées à prévenir et à réprimer les doles, les fraudes, les délits, les crimes, les violences, etc… » Voilà la justification d’un État . Il continue : « Il faut que je dise un mot des conséquences qu’engendre la sécurité : voilà donc la propriété sous ses formes diverses : foncière, mobilière, industrielle, intellectuelle, manuelle, complètement garantie. »
Tous les penseurs sont allés dans ce sens, y compris Von Mises que l'on considère à tort comme un anarchiste. Il faut un État protecteur du droit de propriété et le droit de propriété intellectuelle en est l'épicentre.
Si l'on s'oppose comme aujourd'hui au droit de propriété intellectuelle, on réinvente d'une certaine manière le collectivisme en signifiant que tout est à tous. C'est la thèse défendue par Besancenot qui possède comme libellé dans son journal du NPA la formule : "Tout est à nous". Ce néo-collectivisme est d'autant plus vicieux qu'il se présente au nom des libertés individuelles.
Une forme d'opposition risque de se faire jour : elle est très randienne dans sa manifestation : les créateurs cesseront tout simplement de créer ou ils créeront les uns pour les autres, sans que leurs oeuvres sortent d'un petit cercle restreint. C'est le thème d'Atlas Shrugged.
[Une question est soulevée à propos de l’usage des médicaments par les pays pauvres : doit-on donner les fruits de la recherche des laboratoires pharmaceutiques des pays riches aux pays pauvres pour que ces derniers puissent bénéficier des avancées de la médecine ? N’y a t-il pas ici un devoir moral à obliger les chercheurs à donner le fruit de leur travail sans contre partie financière ?
En fait on ne peut opérer ainsi, car si les laboratoires perdaient tous les bénéfices financiers obtenus par leurs découvertes hé bien ils cesseraient de faire de la recherche, tout simplement. On tombe dans le scénario « randien » évoqué ci-dessus.]
Alain Laurent a commencé par poser la distinction entre les œuvres et les idées. Les idées n’appartiennent à personne, ce n’est pas le cas des œuvres.
A/ Ce n'est pas par hasard que l'on conteste aujourd'hui le droit de propriété intellectuelle puisque le droit de propriété lui-même est de plus en plus remis en cause.
Quelques exemples récents ce cette affirmation :
- Il y a une quinzaine d'années, en 1995, un juge a estimé, dans un tribunal, que le droit au logement était en concurrence avec le droit de propriété. Le droit au logement, dans l'affaire concernée avait même valeur constitutionnelle que le droit de propriété. Il en découle aujourd'hui qu'un squatteur ne peut être mis dehors d'un logement qui n'est pas le sien. (même s'il ne paie pas son loyer)
- Il y a trois mois, place des Vosges, une propriétaire a vu ses appartements squattés par une bande. Le tribunal a finalement donné raison à la propriétaire mais cela ne coulait pas de source. Par ailleurs, sont-ils vraiment partis ?
- Autre cas qui remonte à décembre 2009 sur, cette fois-ci, l'occupation par des ouvriers de leur usine. La justice a donné tort au directeur, propriétaire des lieux, qui demandait la libération de l'usine. Citation dans un 20 minutes du 09 12 09 : "Le squatt professionnel est autorisé. La cour d'appel de Riom (Puy-de-Dôme) a jugé dans un arrêt rendu hier que l'occupation d'une usine par les salariés d'une entreprise ne pouvait être considérée comme « illicite ».
- Autre cas plus récent : les victimes de la tempête Xynthia sont, pour certains d'entre eux, dépossédés de leurs maisons de façon purement bureaucratique.
- Le cas de la fiscalité française. En principe, un individu est propriétaire de ses revenus. Par une fiscalité spoliatrice, l'État décrète qu'il est propriétaire des revenus des individus. Il s'agit aussi, comme dans les autres cas, d'un viol du droit de propriété.
- Dernier cas simplement souligné : la souveraineté sur son propre corps, en France, n'est pas reconnue. On n'est pas libre de faire ce que l'on veut avec son corps (par exemple : vendre son sang). Il y a, à ce propos, des législations différentes dans d'autres pays.
Ce qui est troublant dans toutes ces affaires, c'est que toutes ces remises en question du droit de Propriété se font sous couvert de justice, elles sont cautionnées par le Droit.
B/ En ce qui concerne la loi Hadopi et le problème du piratage massif sur internet.
Ceux qui sont en faveur de ce piratage estiment que ce qui est téléchargé n'est pas de l'ordre du matériel et donc peut être gratuit. L'idée du téléchargement libre va de pair avec les notions de technologies qui ont évolué et rendent ce téléchargement plus facile et moins repérable. L'idéologie de la gratuité a progressé de façon considérable. En gros, aujourd'hui, n'importe qui pense que si l'on peut s'emparer d'un bien facilement, il faut le prendre. La manière de s'opposer à ces téléchargements est difficile mais pas impossible techniquement. Ce sont surtout des paradigmes dans le monde dans lequel on vit qu'il faudrait changer.
C/ Les libéraux et le droit de propriété intellectuelle
L'idée qu'il n'existe pas de droit de propriété intellectuelle est contredite assez tôt par tous les libéraux. Un des premiers en France, Bastiat en 1847, se prononce en faveur de ce droit de propriété intellectuelle de façon explicite. Il répond et encourage un certain Hippolyte Castille qui a créé une revue qui s’appelle : « La propriété intellectuelle » en écrivant : "Le résultat des efforts des hommes, sous quelque forme que ce soit, leur appartient. Il me semble difficile de ne pas reconnaître que la propriété littéraire, par exemple un livre, n’est pas le produit du travail d’un homme, de ses facultés, de ses efforts, de ses soins, de ses veilles et de ses avances." [avances= avances de fonds]
Pour Bastiat, le statut d'une oeuvre créée par un individu est exactement identique au droit de propriété concernant un objet matériel.
L'idée qu'il existe un droit de propriété intellectuelle est tout à fait dans la lignée libérale et même libertarienne contrairement à ce qui est souvent dit. Ainsi Lysander Spooner, un anarcho-capitaliste américain, à l'origine de la pensée libertarienne, défend dans un livre-clé le droit de propriété intellectuelle : "The Law of Intellectual Property or an Essay on the Right of Authors and Inventors to a Perpetual Property on their Ideas" (1855)
Spooner est un entrepreneur qui a créé un service de poste privée aux EU. Il sera attaqué en justice de ce fait et perdra son procès. A la suite de cette affaire, il explique la nécessité d'un droit de propriété intellectuelle. Dans la citation tirée de son livre, il emploie le terme de "loi", à prendre ici au sens de loi de la nature, d'un droit naturel.
Trois parties dans le livre de Spooner : dans la première, il pose la légitimité d'un droit de propriété intellectuelle; dans la deuxième, il répond à des objections; dans la troisième, il pose la question de savoir jusqu'à quand une œuvre est-elle la propriété d'un individu? La réponse, pour Spooner, est que le droit de propriété d'une œuvre est perpétuel. Seul le propriétaire peut y mettre fin.
Dans la première partie qui concerne les arguments en faveur d'un droit de propriété intellectuelle, Spooner explique que ceux qui créent des richesses en sont les propriétaires naturellement. Et le travail intellectuel, le travail de l'esprit, produit une richesse au même titre qu 'un objet matériel. En approfondissant la question, on remarque que tout ce qui existe est le fruit au départ d'un effort intellectuel. Certaines richesses s'incarnent, d'autres pas.
Un autre argument est relevé par Spooner : si on conteste que ce qui est d'ordre intellectuel puisse être l'objet d'un droit, il faut se demander ce qu'est le droit lui-même si ce n'est quelque chose de complètement immatériel. A t-on jamais vu ou touché un droit?
Conclusion à propos de Spooner : quelques années après Spooner, les autres grands libertariens comme Molinari diront strictement la même chose que Spooner. Pourtant, ils sont toujours aujourd'hui présentés comme s'opposant au droit de propriété intellectuelle.
Ayn Rand et le droit de propriété intellectuelle
C'est dans son premier best-seller, La Source Vive, qu'Ayn Rand développe la légitimité du droit de propriété intellectuelle. Le héros du livre, Roark, architecte, consent à aider un de ses anciens collègues, Keating, à la réalisation et à la construction d'un ensemble d'immeubles sociaux. A condition, précise t-il, que son plan soit intégralement respecté. Or, les logements vont être construits mais selon des plans modifiés. Roark dynamite lui-même l'ensemble car il estime que l'on a trahi son idée, ses plans, son œuvre dont il était le seul propriétaire. Roark se rend auprès des autorités pour passer en jugement et défendre lui-même ainsi son droit de propriété intellectuelle. Le tribunal lui donne gain de cause. Il est le seul et unique propriétaire de ses plans et constructions et peut les détruire s'il le veut. (Ce qu'il a fait)
Un autre auteur contemporain défend le droit de propriété intellectuelle, c'est Israël Kirzner, le plus fécond des économistes « autrichiens » actuels. Dans Discovery, Capitalism and Economic Justice (1989) il énonce la règle fondamentale du « Finder-Keeper ». Cette règle est formulée de la façon suivante : Celui qui découvre le premier quelque chose en devient le propriétaire exclusif. En effet, nul ne peut dire de façon certaine que ce qui a été découvert par un individu sera nécessairement trouvé par un autre.
La règle d'Israël Kirzner, "Finder-Keeper" fonctionne d'autant plus dans le domaine de l'esprit. La connaissance est un bien qui, même lorsqu'on se l'approprie, n'est pas retiré à celui qui la possède en premier. Et l’on constate que deux paradigmes s’entremêlent dans le phénomène de la cession d’un droit d’auteur. Les inventions intellectuelles tombent à un moment donné dans le domaine public, à cause du caractère divisible, sécable, démultiplié de la connaissance. (C’est le paradigme naturel). Mais à cette constatation de bon sens, à cette évolution naturelle de la connaissance, il faut articuler l’argument utilitariste : le créateur doit bénéficier d’un rendu quelconque (paiement, reconnaissance) lorsqu’il cède une découverte qu’il a faite. Sinon, il ne créera plus rien.
D/ Une dernière question à propos du droit de propriété intellectuelle : comment rendre ce dernier exécutoire ? Comment le faire respecter ?
Spooner prône l'idée d'agences privées. Mais la plupart des libéraux disent que c'est le rôle de l'État (et sans doute sa seule justification).
L’État est nécessaire pour faire respecter le droit à la propriété et le droit à la sécurité. Celui qui a le mieux exprimé ce fait est Frédéric Bastiat, dans ses Pamphlets. Dans le Pamphlet sur l'État, il parle de l'État comme d'une "grande fiction". Citation : « L’Etat c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépends de tout le monde. » En fait Bastiat est favorable, contrairement à ce qui est souvent déclaré, à l'existence d'un État. Un État minimal. Lorsqu'il parle de l'État comme d'une grande fiction il veut signifier par là que ce dernier serait considéré comme une sorte d'être suprême, au dessus des individus, ce qui est évidemment une fiction. Suite de la citation qui conclue le pamphlet : « Quant à nous, nous pensons que l’Etat ce n’est, ou ce ne devrait être autre chose que la force commune instituée, non pour être pour tous les citoyens un instrument d’oppression et de spoliation réciproque, mais, au contraire, pour garantir à chacun le sien et faire régner la justice et la sécurité. »
Dans le pamphlet Justice et Fraternité, il fait allusion à la nécessité de l'État pour garantir tout ce qui concerne la propriété foncière, immobilière, INTELLECTUELLE , etc. Citation : « Toutes les forces du gouvernement étant appliquées à prévenir et à réprimer les doles, les fraudes, les délits, les crimes, les violences, etc… » Voilà la justification d’un État . Il continue : « Il faut que je dise un mot des conséquences qu’engendre la sécurité : voilà donc la propriété sous ses formes diverses : foncière, mobilière, industrielle, intellectuelle, manuelle, complètement garantie. »
Tous les penseurs sont allés dans ce sens, y compris Von Mises que l'on considère à tort comme un anarchiste. Il faut un État protecteur du droit de propriété et le droit de propriété intellectuelle en est l'épicentre.
Si l'on s'oppose comme aujourd'hui au droit de propriété intellectuelle, on réinvente d'une certaine manière le collectivisme en signifiant que tout est à tous. C'est la thèse défendue par Besancenot qui possède comme libellé dans son journal du NPA la formule : "Tout est à nous". Ce néo-collectivisme est d'autant plus vicieux qu'il se présente au nom des libertés individuelles.
Une forme d'opposition risque de se faire jour : elle est très randienne dans sa manifestation : les créateurs cesseront tout simplement de créer ou ils créeront les uns pour les autres, sans que leurs oeuvres sortent d'un petit cercle restreint. C'est le thème d'Atlas Shrugged.
[Une question est soulevée à propos de l’usage des médicaments par les pays pauvres : doit-on donner les fruits de la recherche des laboratoires pharmaceutiques des pays riches aux pays pauvres pour que ces derniers puissent bénéficier des avancées de la médecine ? N’y a t-il pas ici un devoir moral à obliger les chercheurs à donner le fruit de leur travail sans contre partie financière ?
En fait on ne peut opérer ainsi, car si les laboratoires perdaient tous les bénéfices financiers obtenus par leurs découvertes hé bien ils cesseraient de faire de la recherche, tout simplement. On tombe dans le scénario « randien » évoqué ci-dessus.]
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vendredi 9 avril 2010
Littérature et vérité, Alain Finkielkraut dans Répliques, Partie 4
F. : Parce qu’il y a quand même un véritable problème et vous vous fixez des limites, cela fait des dégâts quand même et on peut penser que d’autres ne s’en fixent pas, notamment dans le climat actuel qui, malgré tout, est un climat de surenchère perpétuelle, dans l’exhibition. Alors vous ne faites pas dans l’exhibition mais il y a un exhibitionnisme médiatique généralisé, PJ ?
PJ : Alors pour le coup, je pense que CL ne donne pas « là-dedans » et dans aucun de ses textes. Mais c’est certain : il y a une partie de « l’écriture de soi » qui cherche au contraire cela, qui cherche le scandale à donner des pistes pour en effet faire du papier, oui bien sûr !
F. : Je voudrais en revenir à ce personnage : pourquoi est-il extraordinaire ? C’est un paparazzi, il se montre d’emblée extrêmement démonstratif, amoureux, son « je t’aime » lui vient tout de suite, et puis après, il est insaisissable, volatil, capricieux et il ne tient pas parole, il n’a pas de parole –vous le dites à un moment donné- c’est une personnalité « border-line » ; vous évoquez à son propos Charles Melman, l’homme sans gravité et en effet celui dit dans « l’homme sans gravité » : « Nous sommes en train d’abandonner une culture liée à la religion qui contraint les sujets au refoulement du désir et à la névrose, pour nous diriger vers une autre où s’affiche le droit d’expression libre de tous les désirs et à leur pleine satisfaction. » Tous les désirs, toutes les humeurs, il s’abandonne à toutes ses humeurs, il n’est présent qu’au présent et c’est comme si la volonté en lui s’était perdue au profit, justement de ces mouvements erratiques, et là on a affaire à la post-modernité en acte, en quelque sorte. On se dit : c’est l’époque elle-même avec en plus le fait qu’il est branché sur internet, il a une sexualité et l’autre, donc il n’est pas identifiable, il se dé-substantialise comme au fond, cette post-modernité nous invite à le faire. Et c’est là qu’on est absolument sidéré parce que, c’est à la fois un personnage impossible –dans un roman on n’y croirait pas-, et c’est en même temps l’époque elle-même. Il est invraisemblable et il est totalement l’époque. C’est comme cela que je l’ai vu, avec une dimension –vous parlez de son esprit d’enfance- : il y a aussi chez lui une drôlerie incroyable, des blagues –moi j’ai ri, j’ai presque honte de les citer parce que on peut penser que ça n’est pas drôle mais enfin, à un moment il est avec ses deux copains, là, ils traînent : « Will et moi disait Luc, quand on était à l’internat, on a eu à partager un colis. Il y avait un gros pénis et une excellente mémoire mais je ne me souviens plus de ce que j’ai choisi. » Visiblement il était coutumier de ce genre de blague inouïe … Voilà le personnage.
CL : Oui, ce sont des blagues de potache… J’aime bien aussi !
F. : Mais alors vous posez la question en écrivant le livre, il y a une sorte de mise en abîme, au moment ou vous le rencontrez une part de vous-même se demande , au fond, ça va peut-être faire un personnage. Et lui-même d’ailleurs en est très conscient. C’est ça aussi le rapport induit entre l’écriture et la vie, l’écriture qui préempte la vie, qui la dirige, parce que elle veut continuer ?
CL : Bien sûr, c’est ce que je voulais approfondir dans ce livre, en exposant la relation de ces deux personnages, c’est, effectivement, elle, en tant qu’écrivain, veut capter une essence de l’époque à travers lui, comme tout romancier, et lui a envie d’être dans un roman. C’était aussi par ironie à propos d’une critique qu’on fait souvent aux auteurs d’autofictions : qu’ils utilisent, qu’ils exploitent leur entourage, ils ne font des rencontres que pour pouvoir ensuite en parler dans des livres. Et bien là, c’est une vraie rencontre dans ce sens puisque tous deux au fond ont une sorte de pacte.
F. : Mais ce pacte vous le respectez et en même temps pas tout à fait puisque vous ne donnez pas son nom. Enfin ! Vous dites que vous ne donnez pas son nom…. Ça donne le vertige tout ça. Vous n’irez pas plus loin ?
CL : Non je n’irai pas plus loin.
F. : Bon d’accord, très bien. Mais PJ, vous, vous dites vos réserves à l’égard de l’autofiction, [PJ : « pas comme genre »], oui pas comme genre mais certaines formes actuelles, vous dites d’autres part que la littérature a rapport avec le réel et même avec la vérité, donc vous prenez la littérature très au sérieux mais quand vous écrivez « Pays perdu » vous avez des ennuis avec les paysans [PJ : « oui de gros ennuis ! »], de très gros ennuis comme un auteur d’autobiographie peut en avoir et d’ailleurs il y a une partie autobiographique aussi. Donc, ce n’est certes pas une autofiction mais ce n’est pas un roman crypté, on n’est pas dans la fiction non plus.
PJ : non au contraire, j’ai essayé de rester au plus près possible de la vérité, ce n’est pas moi qui me met en scène, c’est plutôt le village que je mets en scène, un petit peu ma famille, j’ai déguisé les noms parce que je sais que l’irruption d’un texte de ce genre dans une communauté aussi isolée pouvait en effet être violente et d’ailleurs je n’imaginais pas une seconde qu’elle y ferait irruption à l’époque. Ca c’est passé, c’est regrettable et c’est aussi une suite de malentendus sur ce qu’est un texte, ce qu’est la littérature… Voilà, c’est un malentendu. Dans le rapport entre littérature et vérité, au fond je reste en grande partie proustien. Dans ce passage, je crois que c’est dans « Du côté de chez Swann » où Proust dit qu’à un moment donné, au fond, ce qu’on voyait dans la rue c’était des Renoir. Je crois que la littérature n’est pas d’abord quelque chose, qui du point de vue de la vérité a à nous restituer une réalité préexistante, mais quelque chose qui a à nous apprendre à la créer, cette réalité, à nous apprendre à y être. Alors que précisément notre condition c’est que nous n’y sommes pas suffisamment. Elle a donc à nous approcher du réel, nous approcher de notre propre vérité, à la faire advenir, d’une certaine manière.
F. : Est-ce que vous reprendriez cette définition à votre compte CL ?
CL : Oui, oui, je pense que la littérature a une puissance de dévoilement… Il s’agit d’approcher d’une vérité qu’on ne saisit jamais complètement.
F. : Oui, justement , dans l’article que vous avez écrit pour ce numéro du Monde dont je parlais tout à l ‘heure, vous dites que « ceux qui choisissent l’autofiction parlent d’interdits, de maladies, de deuils, ce pourquoi, à la différence d’une autobiographie, le récit de leur expérience subjective ne tient pas en un seul volume, c’est l’affaire de toute une vie une [mot incompris] en perpétuel devenir. » C’est donc que ce genre que vous avez choisi, ce sera le vôtre. C’est votre décision.
CL : Oui je crois ; je ne peux pas l’affirmer parce qu’il est très possible que j’écrive un jour un roman plus traditionnel mais je crois en effet que c’est une démarche dans laquelle on s’engage.
F. : Je voudrais dire un mot maintenant de la polémique avec Marie Darrieussecq, non pas pour revenir sur cette polémique, on en a beaucoup parlé, certes elle a fait une sorte de retour puisque Marie Darrieussecq a publié, en même temps que vous, un livre sur la question du plagiat, mais, pour ce qui nous intéresse : le rapport littérature et vérité. Il y a un passage de votre livre qui m’a laissé perplexe, CL. Vous dites, vous parlez de cette affaire, vous dites : « Tout me blesse, qu’elle parle du thème de l’enfant mort, qu’elle répète partout c’est un livre sur le deuil : on dirait qu’elle parle d’un essai ; Ce n’est pas pareil, un thème et un sentiment. Parfois, le sens n’advient que du vécu. Il n’y a des livres qui ne sont beaux que parce qu’ils ont été écrits depuis, écrits de. Nous voulons des romans d’amour, pas des romances sur l’amour, des livres de deuil, pas des livres sur le deuil. » Je me dis : « La princesse de Clèves », c’est un roman d’amour ou un roman sur l’amour ? Et puis il y a les expériences extrêmes du vingtième siècle, je pense à Vassili Grossman : il n’était pas au Goulag, il a parlé de la Kolyma en des termes admirables dans « Tout passe », il a parlé des chambres à gaz, il est allé imaginairement dans les chambres à gaz dans « Vie et destin », il a transgressé un interdit suprême et il l’a fait. Et il a écrit sur les chambres à gaz. Est-ce que ça n’est pas ça aussi la littérature, cette aptitude à parler d’une expérience qui n’est pas la sienne. Donc, je parle dans un autre contexte, j’élargis.
CL : C’était plutôt dans l’idée de l’écrivain qui se documente, comme s’il faisait une enquête journalistique, et en l’occurrence puisqu’il s’agit du roman de Marie Darrieussecq, « Tom est mort », j’ai eu le sentiment que c’était un roman sans aucune nécessité, que c’était simplement une compilation de… –elle a d’ailleurs dit qu’elle avait lu de très nombreux autres textes, de récits de deuil Philippe Forest, de Laure Adler, de Marguerite Duras, des écrivains qui ont raconté le deuil de leur enfant- et que c’était juste un ramassis de phrases toutes faites et d’expérience d’autrui.
F. : C’est vrai, mais dans ce passage vous généralisez. « Nous voulons des livres de deuil et pas des livres sur le deuil… il y a des livres qui ne sont beaux que parce qu’ils ont été écrits depuis. Vous avez une manière de brandir le vécu, si je puis dire.
CL : Je pense que dans certains cas, c’est le vécu qui est un gage de vérité. Dans des cas comme ceux-là : par exemple je ne peux pas envisager que quelqu’un d’autre qu’Hervé Guibert qui ne serait pas séropositif écrive un roman à la première personne où il raconterait sa maladie. Je ne vois pas l’intérêt.
F. : PJ ?
PJ : C’est difficile parce que je comprends très bien ce qu’écrit CL, c’est très fort cette expression « non pas un livre sur le deuil » c’est à dire quelque chose d’extérieur qu’on prendrait comme un thème littéraire. Mais je crois aussi que les vrais écrivains ont en eux toute la condition humaine . Vous vous souvenez de ce récit de Borges sur Shakespeare qui au fond n’est personne, au fond de lui il n’y a rien mais il y a toute la condition humaine. Peut-être que alors, pour le coup, Marie Darrieussecq n’est pas un assez grand écrivain pour atteindre à cette dimension là. Vous vous souvenez aussi de Proust qui a d ‘abord écrit « Jean Santeuil » qui est un récit autobiographique et qui est un échec et quand il est passé à « La recherche du temps perdu » il a réussi, parce qu’il a compris qu’il fallait qu’il crée un autre lien entre la dimension de l’intime et du singulier et qui est celle de la littérature, mais également la dimension du symbolique et du général. Et que la littérature n’était pas uniquement dans l’intime et le singulier, pas uniquement dans le général mais dans la circulation incessante entre les deux.
CL : La recherche est tout de même un roman écrit « depuis » et pas un roman écrit « sur », me semble t-il.
PJ : Oui, on peut aussi s’accorder là-dessus. Mais c’est important ce passage d’un texte qui est d’abord très autobiographique à un texte qui est abouti parce qu’il l’est moins, parce que l’intérêt de la fiction c’est à la fois de permettre ces raccourcis, ces condensations que ne permet pas le pur abandon de l’écriture de soi. –Que ne permet pas toujours-
F. : La recherche d’accord, mais ça n’est pas un roman d’amour… C’est peut-être un roman depuis si vous voulez mais c’est une exploration, ça n’est pas une expression, c’est une exploration de l’amour à partir évidemment des expériences du narrateur, « Un amour de Swann » se présente même comme un livre de science amoureuse en quelque sorte.
CL : Un livre de deuil ne témoigne pas seulement, en tous cas pas prioritairement de la douleur qui a été sentie, mais un livre de deuil témoigne de ce que la littérature a permis à l’auteur de dépasser ce deuil. Et cela c’est un témoignage à propos de la littérature qui ne tire sa validité que du fait que la souffrance a été réellement vécue. Dans des cas comme ceux-là : la maladie, le deuil… C’est une vision un peu romantique de la littérature.
F. : Tchekov a écrit des choses, j’imagine sur le deuil, la maladie… [CL : « A la première personne ? »] Non, peut-être pas à la première personne, vous avez raison, c’est cela aussi qui est différent… Cependant chez Vassili Grossman c’était un peu à la première personne. Ce que vous dites PJ, il y a toute la condition humaine dans Shakespeare…
CL : Oui mais c’est aussi quand ça n’a jamais été écrit : l’écrivain doit prendre en charge ce que personne n’a encore dit. Mais quand il y a déjà un certain nombre de textes comme c’était le cas pour Marie Darrieussecq, je ne vois pas trop le sens.
F. Bien, nous terminerons là-dessus, merci beaucoup CL, merci PJ.(…)
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jeudi 8 avril 2010
Littérature et vérité, Alain Finkielkraut dans Répliques, Partie 3
La Partie 2 se terminait sur ce commentaire de CL à propos de la méthode critique employée par PJ.
F. : Ah ! Vous lui renvoyez ses compliments ! Je voudrais m’attacher une seconde au terme de nombrilisme avant d’en arriver à la question de la vérité en littérature. Dans « Littérature monstre », PJ, vous faites une critique, presque élogieuse, de Jonathan Little, « Les Bienveillantes ». Vous dites : « Au moins c’est ambitieux, contrairement aux épanchements autofictionnels et son succès inattendu témoigne à l’évidence d’un besoin dans le public d’autre chose que l’écœurant nombrilisme qui domine la production française. » Alors, voyeurisme de Little opposé au nombrilisme de la production française, je ne suis pas tout à fait convaincu. Faire endosser le mal absolu à un homme accablé de toutes les perversions, je ne suis pas sûr que l’on va beaucoup progresser.
PJ : Je pense que c’est un roman raté.
F. : Ah bon ?!
PJ : De ce point de vue là et précisément du point de vue que vous dites.
F. : Ah bon. Mais il y a quand même une entreprise, une tentative. Oui mais alors justement ce mot de nombrilisme est utilisé par Renaud Camus auquel vous avez rendu hommage tout à l’heure dans un livre, publié chez POL, « PA », une de ces formes autobiographiques, « Petite Annonce », et il dit : « Il n’y aurait plus chez nous que des auteurs nombrilistes, ce serait même la cause de la décadence de nos lettres et de leur peu de succès de par le monde. Les écrivains français ne feraient que parler d’eux-mêmes au lieu d’aborder de grands sujets comme ils le devraient, de raconter de grandes histoires et d’inventer de vrais personnages. C’est peut-être vrai. Mais je ne vois pas ce qu’on leur reproche à ces auteurs-là. Est-ce que le soi n’est pas un grand sujet par hasard? Est-ce que la fiction seule a droit de cité ? Est-ce que les personnages de romans qui sont soumis à des exigences de cohérence formelle –et encore- sont forcément plus intéressants que des personnes réelles, confrontées tous les jours à des hasards autrement plus nombreux et qui n’ont que plus de mérites à mon avis à tâcher de s’imposer une forme. Et puis on dit : ils sont toujours à évoquer le petit confort bien douillet qu’il y aurait à parler de soi. Que ne s’y collètent-ils pas un peu eux-mêmes à ce confort vilipendé courage. J’admire autant celui de Jean-Jacques ou de Gilles ou de L., que celui de Malraux ou celui d’Hemingway. Je ne sais pas lesquels de ces auteurs ont eu le plus d’influence sur l’histoire de l’homme, l’histoire de l’âme, l’Histoire tout court et celle des sensibilités. [F. : je finis ma citation, elle est longue, justement, je n’aime pas couper] Et puis l’orgueil bien entendu ! Quel orgueil il faudrait avoir d’après nos critiques pour traiter de sa propre personne ou quelle médiocre vanité. C’est possible. Je conçois qu’on tire quelque orgueil en effet d’avoir osé dire sa faiblesse, sa lâcheté, ses désirs, ses impuissances ou sa peur de la nuit. Et ce faisant d’en avoir éclairé peut-être et rendue presque arpentables –qui sait ?- quelques quartiers de la nuit des autres et soulagé un peu leur peur ? »
CL : Bravo.
PJ : C’est un texte magnifique, c’est pourquoi en effet je citais Renaud Camus tout à l’heure pour ceux qui dans l’écriture de soi, au fond, vont tellement loin que ils dépassent complètement ces limitations de certains textes –de certains, je dis bien de certains- autobiographiques ou autofictionnels.
F. : Précisément, est-ce que vous avez lu « Romance nerveuse » ?
PJ : Oui, oui.
F. : Moi, je l’ai lu, -je ne voulais pas le lire : heureusement, je ne vis pas seul ; c’est une chance dont je me félicite tous les jours- je l’ai lu CL -et il est paru dans la polémique dans laquelle nous dirons quelques mots avec Marie Darrieussecq- et j’ai trouvé que ce livre était passionnant et fascinant, précisément parce que pour le moins autobiographique, si j’ose dire, ou autofictionnel de vos livres parce que en réalité il est beaucoup moins question de vous que de ce paparazzi incroyable. Ce personnage, qui ne peut être qu’un personnage réel, nous accompagne parce que il incarne l’esprit du temps comme nul autre me semble t-il.
CL : Oui, le « je » est là comme regard, comme conscience –d’ailleurs dédoublé-, comme réflexion à propos de ce personnage et effectivement c’est un livre que j’ai conçu davantage comme le portrait de cet homme et à travers lui le portrait de notre société contemporaine, en effet.
F. : C’est qui cet homme ? Dites-en quelques mots peut-être.
CL : C’est un paparazzi que la narratrice rencontre alors qu’il est en plein travail, en train de shooter, comme on dit dans le jargon, en train de shooter un chanteur de variétés et commence une liaison assez agitée parce que ce sont deux personnages qui a priori n’ont rien à faire ensembles, et c’est comme un autre monde pour la narratrice.
F. : Justement : on est dans le registre de l’autofiction mais il y a quelque chose du réel qui nous dévoilé là, par ce biais et par le biais donc d’une narratrice qui n’est pas au cœur de son récit. Est-ce que ça a pu éliminer, supprimer vos réserves initiales PJ ?
CL : Une narratrice qui ne se met guère en valeur….
PJ : …Et qui se dédouble dans le personnage de R. qui est en quelque sorte son démon intérieur, une sorte de lucidité en noir… Bon, comment dire les choses ? [F. : « mais dites-les comme vous les pensez !] On se dit tout ! C’est l’époque ! [dit en riant de la part de PJ] De tout ce qu’a écrit CL que j’ai lue, c’est certainement le texte que je préfère… Ca ne veut pas dire que j’adhère à ce texte pour des raisons que j’aurais peut-être du mal à donner. Mais dans tous les cas il y a deux choses qui m’ont beaucoup intéressé, c’est effectivement le portrait de cet étonnant, très étonnant personnage –à la fois parangon de virilité mais qui s’avère beaucoup plus compliqué que cela- et toutes les complexités de ce –je ne sais plus si l’on doit dire "paparazzo »- me semblent extrêmement intéressantes. Je dois dire quand même sans revenir à ce sujet que ce qui a trait à la polémique avec Marie Darrieussecq m’a également intéressé pour différentes raisons et d’abord parce que j’ai trouvé incroyable qu’un éditeur, à partir d’une querelle entre auteurs, puisse dire -quelle était la formule extraordinaire ?- : « Vous êtes libérée de toute obligation », ce qui me paraissait carrément de la science-fiction mais enfin…. Cela dit, quelque chose me retient, invinciblement -peut-être parce que j’ai toujours le sentiment, chez CL, d’une intention –je suis désolé-, en effet, d’une intention mais de quelque chose qui ne va pas jusqu’au bout. Vous donnez presque comme étrange –je ne sais pas si c’est vous la quatrième de couverture ou si c’est quelqu’un d’autre-, comme étrange ou paradoxal par exemple cette relation entre une intellectuelle et une sorte de chien fou qui ne lit jamais un livre alors qu’on est dans un topos, en fait. Ca n’empêche pas qu’un topos puisse être littérairement traité, en effet.
F. : Une intellectuelle et un paparazzo, même si c’est un topos, c’est tout de même assez rare. Même si l’amour ce sont toujours des mésalliances, fort heureusement mais là ça va fort !
PJ : C’est un vieux thème traité des milliers de fois sur le quel j’aimerais parfois que le texte aille plus loin, oui.
F. : CL, je vais dire tout de suite pourquoi je trouve ce texte très beau, très impressionnant mais il y a le problème –qui est vraiment le problème général de l’autofiction- tout d’un coup soulevé par PJ : votre éditeur, il change de nom mais tout le monde sait qui c’est. Et là on se dit : l’écrivain autobiographique s’expose, ça n’est pas si facile, il faut peut-être parfois un certain courage, exposer ses faiblesses et ses lâchetés…. Le problème est qu’il ne s’expose pas tout seul. [CL : « Oui »] Et Renaud Camus, fait un très bel éloge, dans « PA » de la discrétion. De ce qu’il appelle par ailleurs « l’in-nocence », ne pas nuire. Mais comment faire pour ne pas nuire ? c’est à dire… On peut être sûr –n’entrons pas dans le détail- que si l’éditeur était là, il donnerait de votre querelle une autre interprétation, il contesterait peut-être certaines des formulations que vous lui prêtez et c’est le cas pour lui mais c’est le cas aussi –et vous l’avez intégré dans votre propre œuvre continue- de votre mari. Qui a beaucoup souffert, semble t-il, de ce que vous dites, qu’il dit, qu’il a sans doute dit. Comment se débrouiller avec ça ?
CL : Oui c’est une question qui se pose à chaque instant pour un écrivain d’autofiction. Je cite souvent cette phrase de Philippe Lejeune, spécialiste de l’autobiographie qui dit : « Nous sommes copropriétaires de nos vies. » Et donc effectivement, certaines personnes sont fatalement, si je puis dire impliquées dans la narration quand on écrit à partir de sa propre vie. Je crois que cela relève de l’éthique de l’écrivain. En tous cas moi je sais que je me pose constamment la question : est-ce que je peux dire cela, est-ce que j’ai le droit de le faire par rapport à telle personne que j’engage, que j’expose… Je fais très attention. Parce qu’on se pose toujours la question de ce qui est écrit dans l’autofiction mais on oublie tout ce qui n’a pas été écrit, tout ce qui n’a pas été retenu justement, tout ce qui a été laissé de côté par l’auteur par souci de ne pas mettre excessivement en danger les personnes de l’entourage.
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mercredi 7 avril 2010
Littérature et vérité, Alain Finkielkraut dans Répliques, Partie 2
Pierre Jourde concluait dans la Partie 1 : "En ce sens il y a des formes d'écriture de soi qui me semblent -allez!- réactionnaires littérairement..."
F. : C'est curieux qui vous utilisiez ce terme...
PJ : oui, je n'aime pas trop l'utiliser...
F. : d'autant plus que vous vous en prenez dans "Littérature monstre" je crois, à ceux qui l'emploient...
PJ : en tout cas "passéistes" en ce qui concerne leur esthétique.
F. : Passéistes... oui mais dans "Littérature sans estomac" précisément vous critiquez notamment CL. Et vous lui faites ce reproche-là : "le nouveau roman rose, Camille Laurens"... Vous avez l'air de dire : ce sont des choses banales qui tout d'un coup accèdent à la littérature, un mélange d'exhibition et de banalité si je vous ai bien compris.
PJ : Oui quoique la banalité... la littérature peut faire des choses considérables avec la banalité.
F. : Pourquoi citez-vous et CL vous répondra et moi également, pourquoi citez-vous en exergue : "Je vais dire des évidences, des choses que vous entendez tous les jours, que vous savez, des banalités à longueurs de temps, des récits qui traînent partout dans les livres, les magazines, les chansons, les romans, les journaux." Vous citez cette phrase : qu'est-ce que vous voulez lui faire dire à cette phrase?
PJ : Mais parce que, à tort ou à raison, je n'ai pas trouvé en effet dans les textes de CL qui figurent dans la " Littérature sans estomac" cette remise en cause, cette interrogation sur le moi, sur sa solidité dont nous parlions toute à l'heure.
F. : CL, qu'est-ce que vous lui répondez?
CL : D'abord, je voudrais revenir sur ce qu'a dit PJ juste avant -parce que je trouve que c'est un procès d'intention aux auteurs d'autofiction si les auteurs d'autofiction étaient simplement des gens qui branchent leur magnétophone et qui déversent leur journal intime : "voilà, j'ai fait ci, j'ai vu machin.... Personnellement je n'ai lu aucun livre qui ressemble à ce que décrit PJ...[PJ : "j'en ai lu!"] Oui, nous n'avons pas les mêmes lectures...[F. : "pas la même interprétation"] Oui, quand je lis les livres d'autofiction auxquels je pense vous faites allusion, je vois un travail, un travail d'écrivain, je vois un travail sur le rythme, sur la langue, sur la construction du roman. Donc, je vois le travail là où vous ne voyez que paresse et nombrilisme, ça c'est une chose. En ce qui concerne l'exergue, à l'article de PJ dans "Littérature sans estomac", d'abord c'est une narratrice qui dit cette phrase; cette narratrice est documentaliste et elle parle à un psychanalyste, donc c'est un personnage et je pars en effet du stéréotype pratiquement dans tous mes livres, c'est un travail sur le banal effectivement, sur le clichés, sur les idées reçues, sur les stéréotypes, et j'essaie de dépasser cette vision sommaire que nous pouvons avoir du monde et j'essaie d'avoir un regard, une réflexion sur la société, précisément.
F. : F. : Alors, PJ, j'aurais moi une question [PJ : "Je ne suis pas là pour faire le procès de CL!"] Non... Mais je voudrais revenir à "Dans ces bras-là" -je parlerai aussi de "Romance nerveuse", je dirai les raisons pour lesquelles j'ai aimé ce livre alors que je ne suis pas un grand lecteur d'autofiction sauf peut-être au sens tout à fait particulier que Philip Roth a donné à ce concept avec ses Zuckerman et pour moi c'est l'exception à la règle que ce livre de CL-, je voudrais en rester à "Dans ces bras-là" parce que il y a déjà un problème qui se pose et que vous posez aussi bien dans la "Littérature sans estomac" que dans "La littérature monstre", celui de la polémique.Qui est très intéressante. C'est à dire -et ça a rapport avec littérature et vérité- : s'il y a une vérité dans la littérature, c'est que, au fond, hé bien nous ne pouvons pas faire abstraction de la valeur.La vérité et en jeu. Si on ne peut pas faire abstraction de la question de la valeur, il faut réintroduire la polémique, dites-vous. Elle a disparu et c'est très grave. Vous le faites, vous le faites avec panache mais parfois aussi avec une certaine violence -vous vous réclamez de Julien Gracq qui écrivait contre la littérature à l'estomac à l'épate, au bluff, à l'esbroufe- mais nous vivons dans un certain climat : il n'y a plus de polémique dans la critique littéraire. Mais il y en a peut-être trop, si vous voulez, il y a beaucoup de méchanceté dans la vie courante et dans la vie médiatique. Comment faire pour que la polémique ne tombe pas dans cette méchanceté? Vous avez écrit un livre avec Eric Naulleau, nous voyons ce qu'est devenu Eric Naulleau : un sniper. C'est à dire, justement, au nom de l'insolence, de flirter avec une certaine muflerie. Je pose la question, parce que à propos de "Dans ces bras-là", il y a une phrase d'une banalité terrible : "Mon mari est très beau, très athlétique et il fait beaucoup de sport." Vous coupez cette phrase, vous la citez : "voilà, ça c'est une confidence de talk-show, qui n'a aucun intérêt." Je lis la suite : " J'aime les hommes qui luttent avec leur corps, contre la dissolution du monde, qui retardent les progrès du néant, j'aime quand les hommes portent l'effort physique à son point de rupture. La performance physique.... pour moi n'est pas tant comme on le dit souvent une métaphore de la puissance sexuelle qu'une représentation du désespoir triomphal des hommes, du bond qu'il leur faudrait faire pour n'être plus mortels." Et moi je trouve que c'est une réflexion qui donne à penser, qui donne à penser à ce que sont les hommes, à ce qu'est la culture physique et même à ce qu'est la culture et la forme. Le vrai irréalisme, avant d'être celui de la fiction, c'est celui de la forme. On ne consent pas à l'écoulement du temps, de la vie, à ce qui est tout simplement. On met en forme et cela c'est évidemment c'est l'humain même, c'est l'humanité même. Je trouve que tout ça est présent dans une réflexion qui commence par ce constat très banal : " j'ai un mari extrêmement athlétique." Je me dis : voilà! Je ne vois rien là d'ordinaire, je vois de la littérature.
PJ : Bon c’est encore un autre sujet que celui de la polémique… On va essayer de le traiter aussi… [F. : excusez-moi, il y a deux sujets dans ma question] Il n’y a plus de garanties, il n’y a plus de lois pour établir une quelconque valeur littéraire. C’était très possible au 17ème siècle, en tous cas on pensait pouvoir le faire ; aujourd’hui, bien entendu, on ne pense plus pouvoir le faire en s’appuyant sur des codes. Et c’est précisément pour cela en effet que la polémique me paraît peut-être plus indispensable encore que celle qui se pratiquait au 19ème siècle avec Bloy et Barbey, précisément parce qu’elle devient le seul moyen au fond d’introduire la dialectique ou de dialectiser un jugement sur la valeur littéraire. Si elle n’est pas là , et à condition qu’elle soit faite avec, comment dirais-je, au moins un certains nombres d’arguments, alors en effet il me paraît extrêmement difficile d’établir cette valeur parce que nous n’avons plus les fondements objectifs ou soi-disant objectifs pour le faire. Ma seconde remarque c’est que quelqu’un comme Bloy pouvait encore la faire sur le mode fulminant, oratoire, parce qu’il partait de certitudes au moins religieuses : nous ne les avons plus non plus. Je crois que les modes de la polémiques ne peuvent être que différents et notamment passer par l’ironie, la parodie, la satire, etc… Ce faisant, elle peut porter à faux. Le polémiste peut évidemment faire erreur. Ca lui arrive… ça peut lui arriver. Mais –je ne dis pas que c’est mon cas !- en tous cas s’il est suffisamment talentueux, s’il va assez loin dans les textes qu’il fouille, il peut en tirer quelque chose de plus fort, de plus important par rapport à l’enjeu de ces textes, peut-être pas forcément par rapport à la vérité qu’il dira sur la valeur de ces textes, mais pas rapport à l’enjeu de ces textes qu’un simple article positif. Il y a un exemple que je prends très souvent c’est le très grand article de Bloy sur Huymans, « L’incarnation de l’adverbe », hé bien il se trouve que j’ai édité les critiques qui ont été publiées sur Huysmans de son vivant et qui sont pour la plupart des critiques positives et qui sont pour la plupart des critiques sans grand intérêt. Le seul texte qui permet de comprendre de l’intérieur le style de Huysmans c’est celui où Bloy le démolit. Alors que personnellement j’aime le style de Huysmans ! Il y a chez Bloy une vérité dans ce qu’il dit. Dans sa mauvaise foi même ! Je sais bien que c’est une défense un peu paradoxale… [F. : « oui mais je peux comprendre cela… »]
Alors, cela dit, je pratique la polémique tout à fait comme un violon d’Ingres, je l’ai toujours fait comme cela et à titre tout à fait secondaire. Le cas d’Eric Naulleau : un sniper. D’abord pas toujours. [F. : « c’est une cible qui vous parle ! »] Ensuite, il continue à être éditeur et enfin je ne suis pas sûr qu’il le fasse au bon endroit ! Il est au fond le seul, dans un univers où règne quand même la promotion, en ce qui concerne le cinéma, un peu la littérature, c’est la promotion. Il est le seul qui parfois critique les gens non pas quand ils ne sont pas là mais devant eux. [F. : « face à face »]
F. : Mais on voit bien que la méchanceté est omniprésente sous le nom usurpé d’insolence, voire d’humour : on dit que c’est drôle tout d’un coup. Pauvre humour ! Nous sommes nous obligés de prendre parti, nous sommes obligés, même quand nous polémiquons. Est-ce que nous allons dans le sens de ce courant-là, comment faire pour y échapper nous-même ? C’est cela la question que je pose. Et c’est très difficile… Et puis il y a la deuxième question : vous coupez des phrases et vous ne laissez pas sa chance à CL dans son roman.
PJ : Pour ce qui est de couper les phrases, c’est le reproche qu’on fait tout le temps, les citations détachées de leur contexte. D’abord c’est la définition même de la citation d’être coupée, et ensuite je ferai remarquer que dans tous les livres un peu polémiques que j’ai consacrés à la littérature, ces citations sont souvent très longues, -ça va souvent à la demi-page ou au delà- et sont de deux genres très différents : soit c’est une citation brute, d’un seul bloc, soit ce sont des relevés comme on fait, vous savez, dans les études littéraires, des relevés lexicaux, des relevés syntaxiques etc… Donc, dans la mesure si vous voulez ou le pari de « La littérature sans estomac » c’était de faire de la critique sur le texte, je ne pouvais pas ne pas citer, j’ai essayé de le faire de la manière la plus complète possible. Je vois bien ce que vous voulez dire sur le texte de CL, -je m’excuse auprès de vous [CL : « je vous en prie »] et je vois bien ce qu’elle veut faire, je le vois très bien [CL : « et pourquoi ne le dites-vous pas ? »] mais à mon sens, le texte ne le fait pas.
CL : Je suis très critique quant à la méthode critique de PJ parce que je trouve qu’il utilise pour les auteurs qu’il aime des outils critiques qu’il n’utilise absolument pas pour des auteurs qu’il a l’intention de dézinguer pour le dire trivialement. Dans l’exemple que vous citez c’est manifeste, c’est très facile, on peut faire ça avec n’importe quel auteur, n’importe quel grand maître de la littérature. On peut prendre une phrase par-ci par-là et montrer que cette phrase est nulle, n’a aucun intérêt, est insipide… Je trouve que ça n’est pas une méthode critique et cela relève de la société de consommation justement, parce que la société est avide de polémiques, d’insolences et vous lui fournissez ce qu’elle demande.
F. : C'est curieux qui vous utilisiez ce terme...
PJ : oui, je n'aime pas trop l'utiliser...
F. : d'autant plus que vous vous en prenez dans "Littérature monstre" je crois, à ceux qui l'emploient...
PJ : en tout cas "passéistes" en ce qui concerne leur esthétique.
F. : Passéistes... oui mais dans "Littérature sans estomac" précisément vous critiquez notamment CL. Et vous lui faites ce reproche-là : "le nouveau roman rose, Camille Laurens"... Vous avez l'air de dire : ce sont des choses banales qui tout d'un coup accèdent à la littérature, un mélange d'exhibition et de banalité si je vous ai bien compris.
PJ : Oui quoique la banalité... la littérature peut faire des choses considérables avec la banalité.
F. : Pourquoi citez-vous et CL vous répondra et moi également, pourquoi citez-vous en exergue : "Je vais dire des évidences, des choses que vous entendez tous les jours, que vous savez, des banalités à longueurs de temps, des récits qui traînent partout dans les livres, les magazines, les chansons, les romans, les journaux." Vous citez cette phrase : qu'est-ce que vous voulez lui faire dire à cette phrase?
PJ : Mais parce que, à tort ou à raison, je n'ai pas trouvé en effet dans les textes de CL qui figurent dans la " Littérature sans estomac" cette remise en cause, cette interrogation sur le moi, sur sa solidité dont nous parlions toute à l'heure.
F. : CL, qu'est-ce que vous lui répondez?
CL : D'abord, je voudrais revenir sur ce qu'a dit PJ juste avant -parce que je trouve que c'est un procès d'intention aux auteurs d'autofiction si les auteurs d'autofiction étaient simplement des gens qui branchent leur magnétophone et qui déversent leur journal intime : "voilà, j'ai fait ci, j'ai vu machin.... Personnellement je n'ai lu aucun livre qui ressemble à ce que décrit PJ...[PJ : "j'en ai lu!"] Oui, nous n'avons pas les mêmes lectures...[F. : "pas la même interprétation"] Oui, quand je lis les livres d'autofiction auxquels je pense vous faites allusion, je vois un travail, un travail d'écrivain, je vois un travail sur le rythme, sur la langue, sur la construction du roman. Donc, je vois le travail là où vous ne voyez que paresse et nombrilisme, ça c'est une chose. En ce qui concerne l'exergue, à l'article de PJ dans "Littérature sans estomac", d'abord c'est une narratrice qui dit cette phrase; cette narratrice est documentaliste et elle parle à un psychanalyste, donc c'est un personnage et je pars en effet du stéréotype pratiquement dans tous mes livres, c'est un travail sur le banal effectivement, sur le clichés, sur les idées reçues, sur les stéréotypes, et j'essaie de dépasser cette vision sommaire que nous pouvons avoir du monde et j'essaie d'avoir un regard, une réflexion sur la société, précisément.
F. : F. : Alors, PJ, j'aurais moi une question [PJ : "Je ne suis pas là pour faire le procès de CL!"] Non... Mais je voudrais revenir à "Dans ces bras-là" -je parlerai aussi de "Romance nerveuse", je dirai les raisons pour lesquelles j'ai aimé ce livre alors que je ne suis pas un grand lecteur d'autofiction sauf peut-être au sens tout à fait particulier que Philip Roth a donné à ce concept avec ses Zuckerman et pour moi c'est l'exception à la règle que ce livre de CL-, je voudrais en rester à "Dans ces bras-là" parce que il y a déjà un problème qui se pose et que vous posez aussi bien dans la "Littérature sans estomac" que dans "La littérature monstre", celui de la polémique.Qui est très intéressante. C'est à dire -et ça a rapport avec littérature et vérité- : s'il y a une vérité dans la littérature, c'est que, au fond, hé bien nous ne pouvons pas faire abstraction de la valeur.La vérité et en jeu. Si on ne peut pas faire abstraction de la question de la valeur, il faut réintroduire la polémique, dites-vous. Elle a disparu et c'est très grave. Vous le faites, vous le faites avec panache mais parfois aussi avec une certaine violence -vous vous réclamez de Julien Gracq qui écrivait contre la littérature à l'estomac à l'épate, au bluff, à l'esbroufe- mais nous vivons dans un certain climat : il n'y a plus de polémique dans la critique littéraire. Mais il y en a peut-être trop, si vous voulez, il y a beaucoup de méchanceté dans la vie courante et dans la vie médiatique. Comment faire pour que la polémique ne tombe pas dans cette méchanceté? Vous avez écrit un livre avec Eric Naulleau, nous voyons ce qu'est devenu Eric Naulleau : un sniper. C'est à dire, justement, au nom de l'insolence, de flirter avec une certaine muflerie. Je pose la question, parce que à propos de "Dans ces bras-là", il y a une phrase d'une banalité terrible : "Mon mari est très beau, très athlétique et il fait beaucoup de sport." Vous coupez cette phrase, vous la citez : "voilà, ça c'est une confidence de talk-show, qui n'a aucun intérêt." Je lis la suite : " J'aime les hommes qui luttent avec leur corps, contre la dissolution du monde, qui retardent les progrès du néant, j'aime quand les hommes portent l'effort physique à son point de rupture. La performance physique.... pour moi n'est pas tant comme on le dit souvent une métaphore de la puissance sexuelle qu'une représentation du désespoir triomphal des hommes, du bond qu'il leur faudrait faire pour n'être plus mortels." Et moi je trouve que c'est une réflexion qui donne à penser, qui donne à penser à ce que sont les hommes, à ce qu'est la culture physique et même à ce qu'est la culture et la forme. Le vrai irréalisme, avant d'être celui de la fiction, c'est celui de la forme. On ne consent pas à l'écoulement du temps, de la vie, à ce qui est tout simplement. On met en forme et cela c'est évidemment c'est l'humain même, c'est l'humanité même. Je trouve que tout ça est présent dans une réflexion qui commence par ce constat très banal : " j'ai un mari extrêmement athlétique." Je me dis : voilà! Je ne vois rien là d'ordinaire, je vois de la littérature.
PJ : Bon c’est encore un autre sujet que celui de la polémique… On va essayer de le traiter aussi… [F. : excusez-moi, il y a deux sujets dans ma question] Il n’y a plus de garanties, il n’y a plus de lois pour établir une quelconque valeur littéraire. C’était très possible au 17ème siècle, en tous cas on pensait pouvoir le faire ; aujourd’hui, bien entendu, on ne pense plus pouvoir le faire en s’appuyant sur des codes. Et c’est précisément pour cela en effet que la polémique me paraît peut-être plus indispensable encore que celle qui se pratiquait au 19ème siècle avec Bloy et Barbey, précisément parce qu’elle devient le seul moyen au fond d’introduire la dialectique ou de dialectiser un jugement sur la valeur littéraire. Si elle n’est pas là , et à condition qu’elle soit faite avec, comment dirais-je, au moins un certains nombres d’arguments, alors en effet il me paraît extrêmement difficile d’établir cette valeur parce que nous n’avons plus les fondements objectifs ou soi-disant objectifs pour le faire. Ma seconde remarque c’est que quelqu’un comme Bloy pouvait encore la faire sur le mode fulminant, oratoire, parce qu’il partait de certitudes au moins religieuses : nous ne les avons plus non plus. Je crois que les modes de la polémiques ne peuvent être que différents et notamment passer par l’ironie, la parodie, la satire, etc… Ce faisant, elle peut porter à faux. Le polémiste peut évidemment faire erreur. Ca lui arrive… ça peut lui arriver. Mais –je ne dis pas que c’est mon cas !- en tous cas s’il est suffisamment talentueux, s’il va assez loin dans les textes qu’il fouille, il peut en tirer quelque chose de plus fort, de plus important par rapport à l’enjeu de ces textes, peut-être pas forcément par rapport à la vérité qu’il dira sur la valeur de ces textes, mais pas rapport à l’enjeu de ces textes qu’un simple article positif. Il y a un exemple que je prends très souvent c’est le très grand article de Bloy sur Huymans, « L’incarnation de l’adverbe », hé bien il se trouve que j’ai édité les critiques qui ont été publiées sur Huysmans de son vivant et qui sont pour la plupart des critiques positives et qui sont pour la plupart des critiques sans grand intérêt. Le seul texte qui permet de comprendre de l’intérieur le style de Huysmans c’est celui où Bloy le démolit. Alors que personnellement j’aime le style de Huysmans ! Il y a chez Bloy une vérité dans ce qu’il dit. Dans sa mauvaise foi même ! Je sais bien que c’est une défense un peu paradoxale… [F. : « oui mais je peux comprendre cela… »]
Alors, cela dit, je pratique la polémique tout à fait comme un violon d’Ingres, je l’ai toujours fait comme cela et à titre tout à fait secondaire. Le cas d’Eric Naulleau : un sniper. D’abord pas toujours. [F. : « c’est une cible qui vous parle ! »] Ensuite, il continue à être éditeur et enfin je ne suis pas sûr qu’il le fasse au bon endroit ! Il est au fond le seul, dans un univers où règne quand même la promotion, en ce qui concerne le cinéma, un peu la littérature, c’est la promotion. Il est le seul qui parfois critique les gens non pas quand ils ne sont pas là mais devant eux. [F. : « face à face »]
F. : Mais on voit bien que la méchanceté est omniprésente sous le nom usurpé d’insolence, voire d’humour : on dit que c’est drôle tout d’un coup. Pauvre humour ! Nous sommes nous obligés de prendre parti, nous sommes obligés, même quand nous polémiquons. Est-ce que nous allons dans le sens de ce courant-là, comment faire pour y échapper nous-même ? C’est cela la question que je pose. Et c’est très difficile… Et puis il y a la deuxième question : vous coupez des phrases et vous ne laissez pas sa chance à CL dans son roman.
PJ : Pour ce qui est de couper les phrases, c’est le reproche qu’on fait tout le temps, les citations détachées de leur contexte. D’abord c’est la définition même de la citation d’être coupée, et ensuite je ferai remarquer que dans tous les livres un peu polémiques que j’ai consacrés à la littérature, ces citations sont souvent très longues, -ça va souvent à la demi-page ou au delà- et sont de deux genres très différents : soit c’est une citation brute, d’un seul bloc, soit ce sont des relevés comme on fait, vous savez, dans les études littéraires, des relevés lexicaux, des relevés syntaxiques etc… Donc, dans la mesure si vous voulez ou le pari de « La littérature sans estomac » c’était de faire de la critique sur le texte, je ne pouvais pas ne pas citer, j’ai essayé de le faire de la manière la plus complète possible. Je vois bien ce que vous voulez dire sur le texte de CL, -je m’excuse auprès de vous [CL : « je vous en prie »] et je vois bien ce qu’elle veut faire, je le vois très bien [CL : « et pourquoi ne le dites-vous pas ? »] mais à mon sens, le texte ne le fait pas.
CL : Je suis très critique quant à la méthode critique de PJ parce que je trouve qu’il utilise pour les auteurs qu’il aime des outils critiques qu’il n’utilise absolument pas pour des auteurs qu’il a l’intention de dézinguer pour le dire trivialement. Dans l’exemple que vous citez c’est manifeste, c’est très facile, on peut faire ça avec n’importe quel auteur, n’importe quel grand maître de la littérature. On peut prendre une phrase par-ci par-là et montrer que cette phrase est nulle, n’a aucun intérêt, est insipide… Je trouve que ça n’est pas une méthode critique et cela relève de la société de consommation justement, parce que la société est avide de polémiques, d’insolences et vous lui fournissez ce qu’elle demande.
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Z comme accélérer
-"Basile, Grégoire, venez faire votre travail!
.... Bon, alors : "mettre un mot avec la lettre Z et faire le dessin qui correspond."
(Les deux petits loups s'installent et tirent la langue consciencieusement. Maman boit son café.)
- A y est m'man!
-Voyons voir... le GAZ, très bien! Mais pourquoi dessiner à côté une voiture?! Je ne comprends pas....
-Ben c'est "mettre les gaz"!
.... Bon, alors : "mettre un mot avec la lettre Z et faire le dessin qui correspond."
(Les deux petits loups s'installent et tirent la langue consciencieusement. Maman boit son café.)
- A y est m'man!
-Voyons voir... le GAZ, très bien! Mais pourquoi dessiner à côté une voiture?! Je ne comprends pas....
-Ben c'est "mettre les gaz"!
Littérature et vérité, Alain Finkielkraut dans Répliques.Partie 1
Retranscription.
Avec Camille Laurens et Pierre Jourde, émission de France Culture du samedi 03 04 2010.
Introduction de Finkielkraut :
A l'occasion de la 3ème édition du salon du Livre, Le Monde a publié un grand dossier sur 30 ans de littérature française. Dans un article introductif, Thomas Clerc affirme avec force que la littérature contemporaine s'incarne exemplairement dans l'écriture de soi. Incontestable, dit-il est le retour du sujet que l'on observe depuis les années 1980.Fait mal compris, ce retour est salutaire puisqu'il a permis l'explosion de la sphère autobiographique qui est ce qui est arrivé de mieux à la littérature française des trente dernières années. Ce retour n'est pas réactionnaire : en effet ce n'est pas un vieux sujet qui revient mais un autre, traversé par de multiples polarités; "je" est toujours pluriel.
A mes deux invités, les écrivains Camille Laurens et Pierre Jourde je voudrais commencer par demander s'ils souscrivent à ce diagnostique, s'ils partagent cette analyse.
Camille Laurens : Oui, je partage tout à fait ce point de vue de Thomas Clerc. C'est d'ailleurs un très bel article.Ce qu'il dit notamment sur le retour du sujet, mais en précisant que c'est un sujet différent me paraît extrêmement juste parce que le "je" qui revient n'est pas ce "moi" qu'on accuse de narcissisme, de nombrilisme, c'est un "je" qui est conscient d'être une fiction. La psychanalyse est passée par là au fond, entre autre, et c'est pourquoi je préfère parler "d'écriture de soi" plutôt que de ce qu'on voit parfois "d'écriture du moi" parce que le "soi" me paraît avoir une dimension plus universelle et moins narcissique justement et c'est un sujet qui est conscient de son ambiguïté, de sa duplicité, conscient des masques , des trompe-l'œil qu'il peut.... c'est un sujet littéraire c'est à dire qui est saisi par la littérature et qui a conscience de ce qu'est la littérature et qui réfléchit à ce qu'est la littérature dans les textes littéraires.
F. : Pourquoi CL dites-vous que c'est une fiction? Même le terme d'autofiction est un peu gênant parce que le choix chez beaucoup d'écrivains et chez vous notamment est celui, malgré tout, d'une certaine sincérité? Vous vous inscrivez dans une tradition d'ailleurs très belle et très ancienne, mais enfin on lit quelque chose comme des confessions!ça a commencé avec Saint Augustin, on a les Confessions de Jean-Jacques, mais on sait bien que l'auteur se met peut-être même en danger, en tous cas, s'expose! [CL : "oui"] Comment concilier l'exposition de soi avec l'affirmation qu'il s'agit d'une fiction?
CL : Il s'expose mais avec la conscience qu'à partir du moment où il utilise des mots pour le faire, à partir du moment ou il raconte, où il écrit son histoire, il a conscience de truquer d'une certaine manière la réalité - le mot n'est pas la chose - donc il y a une reconstruction de ce qu'il a vécu, il y a une recomposition, ne serait-ce que par l'architecture romanesque. Alors je distinguerai malgré tout, en ce qui me concerne, le récit autobiographique, - je dirai que "Philippe" est un récit autobiographique où je racontais avec très peu de dispositifs fictionnels la mort de mon fils Philippe - je distinguerai ce récit, qui relève pour moi de l'autobiographie, de mes romans qui sont des autofictions, -enfin, je n'aime plus tellement ce terme parce qu'il est vraiment très dévoyé- mais en tous cas c'est de "l'écriture de soi" au sens où je viens de l'expliquer.
F. : "Écriture de soi" et "des autres" [CL : "et des autres, exactement"] et l'importance aussi souvent -et on y reviendra pour "Romance nerveuse"-, c'est de se dire que ce personnage de paparazzi existe! Vous changez son nom mais vous l'avez rencontré! Et pour le lecteur c'est capital de le savoir.C'est une création romanesque...
CL : le sujet n'existe que dans la relation avec autrui...
F. : Pierre Jourde, que pensez-vous de ce constat de Thomas Cler?
PJ : C'est un constat sur lequel il a raison. Il y a aussi parfois quelque chose d'excessif, parfois un impérialisme de "l'écriture de soi". Je crois avoir lu sous la plume assez récemment de Catherine Millet - qui est quelqu'un dont je respecte tout à fait l'œuvre par ailleurs- que il n'était plus possible aujourd'hui de faire de la fiction, de la fiction toute simple, que l'écriture moderne c'était de "l'écriture de soi".Ca me semble aller un peu trop loin, si vous voulez. Si on revient maintenant à l'autofiction et à "l'écriture de soi", le terme fiction me paraissait central dans l'expression autofiction et me paraissait important précisément pour ce que vient de dire CL très justement : nous sommes des fictions à nous-même, -nous sommes des fictions à nous-même- nous ne pouvons plus croire à ce "je", à ce "moi" solide, d'un bloc, que l'on pourrait saisir et exprimer avec simplicité. Donc, l'autofiction en effet, du point de vue de "l'écriture de soi" dans la modernité, me semble en soi un genre nécessaire.
Un genre nécessaire : l'homme est traversé de mythes, traversé d'histoires, traversé de récits, il se parle à lui-même, il se ment à lui-même et je crois que ce phénomène est même encore accentué par la modernité qui est une époque où nous sommes de plus en plus traversés de discours.Si j'ai des réserves par rapport à l'autofiction, ou "l'écriture de soi", c'est d'une part à cause de ce côté parfois impérialiste, -mais c'est assez secondaire- d'autre part parce qu'il y a "autofiction" et "autofiction".Il y a en effet une autofiction, une "écriture de soi" qui va très loin dans la dissolution de cette fiction du sujet.Et là il m'intéresse.
F. : Vous pensez à quoi?
PJ : Je pense à Renaud Camus, par exemple. Il y a une autobiographie qui va très loin dans le travail de déceler les mythes en soi. Là, je penserai plutôt aux autobiographies d'un Claude-Louis Combet. Et il y a aussi une "écriture de soi" qui est devenue une sorte de marchandise.
J'ai lu à plusieurs reprises, sous la plume d'ailleurs de critiques très honorables, qu'au fond parler de soi c'était quelque chose qui était devenu nécessaire parce que c'était une forme de révolte, de rébellion contre la société. Ce qui me parait être en fait une inversion de la réalité des choses.Que consommons-nous? Que consomment les médias? Que consomme la société marchande sinon de l'exhibition? En ce sens, -je ne dis pas toute l'auto fiction dont j'ai dit je crois clairement à quel point elle me semblait un genre important- en ce sens, certains auteurs d'écrits intimes vont à la rencontre de cette commercialisation de l'exhibition et le font d'une manière qui n'interroge pas du tout en effet cette fiction de soi mais qui consiste à quoi faire : à produire sans cesse ce que Barthes appelait de l'effet de réel. J'ai été là, j'ai rencontré truc, machin, un peu de name-dropping, j'ai acheté ci chez le boulanger, etc, etc.... Au fond, avec cette idée que -c'était un peu l'idée de Barthes- plus c'est insignifiant, plus ça se rapproche, en effet, d'une expression du réel, une manifestation de la réalité mais cela consiste non pas à interroger quoi que ce soit mais à penser que la manifestation de données brutes, de soi, au fond, auraient en soi de la valeur.Et c'est cela qui me gêne considérablement parce que ça consiste au fond à penser quelque chose qui est très très vieux, très en deçà des découvertes de la modernité et notamment à partir de Proust, c'est qu'il y a quelque chose avant l'écriture et que l'écriture consiste simplement à exprimer ce quelque chose qui précéderait l'écriture. En ce sens il y a des formes d'écriture de soi qui me semblent -allez!- réactionnaires littérairement...
Avec Camille Laurens et Pierre Jourde, émission de France Culture du samedi 03 04 2010.
Introduction de Finkielkraut :
A l'occasion de la 3ème édition du salon du Livre, Le Monde a publié un grand dossier sur 30 ans de littérature française. Dans un article introductif, Thomas Clerc affirme avec force que la littérature contemporaine s'incarne exemplairement dans l'écriture de soi. Incontestable, dit-il est le retour du sujet que l'on observe depuis les années 1980.Fait mal compris, ce retour est salutaire puisqu'il a permis l'explosion de la sphère autobiographique qui est ce qui est arrivé de mieux à la littérature française des trente dernières années. Ce retour n'est pas réactionnaire : en effet ce n'est pas un vieux sujet qui revient mais un autre, traversé par de multiples polarités; "je" est toujours pluriel.
A mes deux invités, les écrivains Camille Laurens et Pierre Jourde je voudrais commencer par demander s'ils souscrivent à ce diagnostique, s'ils partagent cette analyse.
Camille Laurens : Oui, je partage tout à fait ce point de vue de Thomas Clerc. C'est d'ailleurs un très bel article.Ce qu'il dit notamment sur le retour du sujet, mais en précisant que c'est un sujet différent me paraît extrêmement juste parce que le "je" qui revient n'est pas ce "moi" qu'on accuse de narcissisme, de nombrilisme, c'est un "je" qui est conscient d'être une fiction. La psychanalyse est passée par là au fond, entre autre, et c'est pourquoi je préfère parler "d'écriture de soi" plutôt que de ce qu'on voit parfois "d'écriture du moi" parce que le "soi" me paraît avoir une dimension plus universelle et moins narcissique justement et c'est un sujet qui est conscient de son ambiguïté, de sa duplicité, conscient des masques , des trompe-l'œil qu'il peut.... c'est un sujet littéraire c'est à dire qui est saisi par la littérature et qui a conscience de ce qu'est la littérature et qui réfléchit à ce qu'est la littérature dans les textes littéraires.
F. : Pourquoi CL dites-vous que c'est une fiction? Même le terme d'autofiction est un peu gênant parce que le choix chez beaucoup d'écrivains et chez vous notamment est celui, malgré tout, d'une certaine sincérité? Vous vous inscrivez dans une tradition d'ailleurs très belle et très ancienne, mais enfin on lit quelque chose comme des confessions!ça a commencé avec Saint Augustin, on a les Confessions de Jean-Jacques, mais on sait bien que l'auteur se met peut-être même en danger, en tous cas, s'expose! [CL : "oui"] Comment concilier l'exposition de soi avec l'affirmation qu'il s'agit d'une fiction?
CL : Il s'expose mais avec la conscience qu'à partir du moment où il utilise des mots pour le faire, à partir du moment ou il raconte, où il écrit son histoire, il a conscience de truquer d'une certaine manière la réalité - le mot n'est pas la chose - donc il y a une reconstruction de ce qu'il a vécu, il y a une recomposition, ne serait-ce que par l'architecture romanesque. Alors je distinguerai malgré tout, en ce qui me concerne, le récit autobiographique, - je dirai que "Philippe" est un récit autobiographique où je racontais avec très peu de dispositifs fictionnels la mort de mon fils Philippe - je distinguerai ce récit, qui relève pour moi de l'autobiographie, de mes romans qui sont des autofictions, -enfin, je n'aime plus tellement ce terme parce qu'il est vraiment très dévoyé- mais en tous cas c'est de "l'écriture de soi" au sens où je viens de l'expliquer.
F. : "Écriture de soi" et "des autres" [CL : "et des autres, exactement"] et l'importance aussi souvent -et on y reviendra pour "Romance nerveuse"-, c'est de se dire que ce personnage de paparazzi existe! Vous changez son nom mais vous l'avez rencontré! Et pour le lecteur c'est capital de le savoir.C'est une création romanesque...
CL : le sujet n'existe que dans la relation avec autrui...
F. : Pierre Jourde, que pensez-vous de ce constat de Thomas Cler?
PJ : C'est un constat sur lequel il a raison. Il y a aussi parfois quelque chose d'excessif, parfois un impérialisme de "l'écriture de soi". Je crois avoir lu sous la plume assez récemment de Catherine Millet - qui est quelqu'un dont je respecte tout à fait l'œuvre par ailleurs- que il n'était plus possible aujourd'hui de faire de la fiction, de la fiction toute simple, que l'écriture moderne c'était de "l'écriture de soi".Ca me semble aller un peu trop loin, si vous voulez. Si on revient maintenant à l'autofiction et à "l'écriture de soi", le terme fiction me paraissait central dans l'expression autofiction et me paraissait important précisément pour ce que vient de dire CL très justement : nous sommes des fictions à nous-même, -nous sommes des fictions à nous-même- nous ne pouvons plus croire à ce "je", à ce "moi" solide, d'un bloc, que l'on pourrait saisir et exprimer avec simplicité. Donc, l'autofiction en effet, du point de vue de "l'écriture de soi" dans la modernité, me semble en soi un genre nécessaire.
Un genre nécessaire : l'homme est traversé de mythes, traversé d'histoires, traversé de récits, il se parle à lui-même, il se ment à lui-même et je crois que ce phénomène est même encore accentué par la modernité qui est une époque où nous sommes de plus en plus traversés de discours.Si j'ai des réserves par rapport à l'autofiction, ou "l'écriture de soi", c'est d'une part à cause de ce côté parfois impérialiste, -mais c'est assez secondaire- d'autre part parce qu'il y a "autofiction" et "autofiction".Il y a en effet une autofiction, une "écriture de soi" qui va très loin dans la dissolution de cette fiction du sujet.Et là il m'intéresse.
F. : Vous pensez à quoi?
PJ : Je pense à Renaud Camus, par exemple. Il y a une autobiographie qui va très loin dans le travail de déceler les mythes en soi. Là, je penserai plutôt aux autobiographies d'un Claude-Louis Combet. Et il y a aussi une "écriture de soi" qui est devenue une sorte de marchandise.
J'ai lu à plusieurs reprises, sous la plume d'ailleurs de critiques très honorables, qu'au fond parler de soi c'était quelque chose qui était devenu nécessaire parce que c'était une forme de révolte, de rébellion contre la société. Ce qui me parait être en fait une inversion de la réalité des choses.Que consommons-nous? Que consomment les médias? Que consomme la société marchande sinon de l'exhibition? En ce sens, -je ne dis pas toute l'auto fiction dont j'ai dit je crois clairement à quel point elle me semblait un genre important- en ce sens, certains auteurs d'écrits intimes vont à la rencontre de cette commercialisation de l'exhibition et le font d'une manière qui n'interroge pas du tout en effet cette fiction de soi mais qui consiste à quoi faire : à produire sans cesse ce que Barthes appelait de l'effet de réel. J'ai été là, j'ai rencontré truc, machin, un peu de name-dropping, j'ai acheté ci chez le boulanger, etc, etc.... Au fond, avec cette idée que -c'était un peu l'idée de Barthes- plus c'est insignifiant, plus ça se rapproche, en effet, d'une expression du réel, une manifestation de la réalité mais cela consiste non pas à interroger quoi que ce soit mais à penser que la manifestation de données brutes, de soi, au fond, auraient en soi de la valeur.Et c'est cela qui me gêne considérablement parce que ça consiste au fond à penser quelque chose qui est très très vieux, très en deçà des découvertes de la modernité et notamment à partir de Proust, c'est qu'il y a quelque chose avant l'écriture et que l'écriture consiste simplement à exprimer ce quelque chose qui précéderait l'écriture. En ce sens il y a des formes d'écriture de soi qui me semblent -allez!- réactionnaires littérairement...
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