"Allons attaquer nos ennemis!!! Mais attonchion! Maître Sage a dit que la prépi... nan, la préti...heu...la précipitation pouvait être notre pire ennemi!!!"
"Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde."*** " Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou non."(Dantec) *** l’Art, qu’il soit littéraire ou plastique, n’exprimait jamais rien d’autre, à ses yeux, que l’idée que la partie n’est jamais et n’est pas jouée (Muray)***"la vérité ne peut-être obtenue qu'au prix de renoncer à la certitude" (Nemo)
mercredi 31 mars 2010
Maître Sage a dit
"Allons attaquer nos ennemis!!! Mais attonchion! Maître Sage a dit que la prépi... nan, la préti...heu...la précipitation pouvait être notre pire ennemi!!!"
Exaltation de la Croix II, Edith Stein, 14 septembre 1941
Dans sa sancta Regula, saint Benoît a fait coïncider le début du jeûne monastique avec le fête de l'Exaltation de la Croix.La longue joie de Pâques et les grandes fêtes de l'été - et finalement celle du Couronnement de la Reine du ciel - risquaient de voiler en nous l'image du Crucifié, ou même de l'estomper, comme la croix resta cachée pendant les premiers siècles de la chrétienté. Mais lorsque fut venue son heure, la Croix apparut dans le ciel, resplendissante, nous incitant à retrouver le bois d'ignominie, enfoui et oublié, et à reconnaître en lui le signe du salut, le symbole de la foi et l'insigne des croyants. Chaque année, lorsque l'Église la dresse devant nous, nous devons nous rappeler l'injonction du Seigneur : "Qui veut me suivre, qu'il se charge de sa croix." Se charger de sa croix signifie prendre le chemin de la pénitence et du renoncement. Suivre le Sauveur, c'est pour nous religieuses se laisser clouer à la Croix par les trois clous des vœux. Exaltation de la Croix et renouvellement des vœux vont de pair.
Le Sauveur nous a précédées sur la voie de la pauvreté. Toutes les richesses du ciel et de la terre lui appartenaient; elles ne représentaient pour lui aucun danger: il pouvait en user et garder son cœur parfaitement libre. Sachant que les hommes, eux, sont pratiquement incapables de posséder des biens sans s'y attacher et en devenir les esclaves, il renonça à tout et montra, par son exemple plus encore que par ses conseils, que seul celui qui ne possède rien possède tout. Sa naissance dans l'étable, sa fuite en Égypte, signifiaient déjà que le Fils de l'Homme n'avait aucun lieu où poser sa tête. Qui le suit doit savoir qu'ici-bas l'homme n'a pas de demeure permanente. Plus fortement nous l'éprouverons, plus ardemment nous rechercherons notre future demeure et jubilerons à la pensée d'avoir notre droit de cité au ciel.
En ce jour, il est bon de se répéter que la pauvreté nous demande d'être prêtes à quitter même le couvent familier. Nous nous sommes engagées à respecter la clôture et c'est ce que nous faisons à nouveau lorsque nous renouvelons nos vœux.Mais Dieu ne s'est pas engagé à nous maintenir pour toujours entre les murs du cloître. Pour Dieu, la clôture est sans importance car il a d'autre murs pour nous protéger. Il y a là quelque chose de comparable aux sacrements.Ce sont pour nous les moyens ordinaires de la grâce, et nous ne pouvons jamais les recevoir avec trop de zèle; cependant Dieu ne leur est pas lié. Si une contrainte extérieure venait à nous couper des sacrements, il pourrait, d'une autre manière et abondamment, compenser ce manque; et il le fera d'autant plus généreusement que nous aurons été fidèles à recevoir les sacrements. C'est donc notre devoir de respecter aussi scrupuleusement que possible les prescriptions de la clôture, pour vivre librement avec le Christ, cachées en Dieu. Si nous étions jetées à la rue, mais que nous leur demeurions fidèles, le Seigneur posterait ses anges autour de nous, et ils feraient de leurs ailes une enceinte de paix autour de nos âmes, plus sûres que les murailles les plus hautes et les plus solides. Nous n'avons pas à désirer cela. Nous sommes en droit de prier pour que cette épreuve nous soit épargnée, mais à condition que nous ajoutions sincèrement : non pas ma volonté, mais la tienne. Le vœu de pauvreté doit être renouvelé sans réserve.
Que ta volonté soit faite. C'est en cela que consista la vie du Sauveur. Il vint au monde pour faire la volonté du Père; non seulement pour expier par son obéissance le péché de désobéissance, mais encore pour ramener les hommes, par la voie de l'obéissance, à leur destination d'origine.
Il n'a pas été donné à la volonté de la créature de jouir d'une liberté et d'une autonomie absolues. Cette volonté est appelée à s'harmoniser à la volonté divine. Si elle réalise cette harmonie dans une volontaire soumission, elle pourra librement collaborer à l'achèvement de la création. Quand la créature libre se refuse à cette harmonie, elle tombe dans la servitude.
La volonté humaine conserve la possibilité de choisir, mais elle reste sous l'emprise des créatures; celle-ci la tirent et la poussent dans des directions qui l'éloignent de l'épanouissement de sa nature, tel que Dieu l'avait voulu, et par là du but qui lui était destiné dans sa liberté originaire. Perdant cette liberté originaire, elle perd la sûreté de ses décisions, devient hésitante et labile, tiraillée entre le doute et les scrupules ou endurcie dans son égarement. Il n'y a à cela nul autre remède que de suivre le Christ, le Fils de l'Homme qui non seulement a obéi sans condition au Père céleste, mais qui s'est également soumis aux hommes que la volonté du Père plaçait au-dessus de lui. L'obéissance établie par Dieu libère la volonté asservie au monde et lui rend sa liberté. C'est par conséquent le chemin de la pureté du cœur.
Aucun esclavage n'est plus terrible que celui des passions. Sous leur poids, le corps, l'âme et l'esprit perdent leur force et leur santé, leur éclat et leur beauté. De même qu'il n'est guère possible à l'homme, marqué par le péché originel, de posséder quelque chose sans s'y attacher, de même l'inclination naturelle comporte le danger de dégénérer en passion, avec toutes ses conséquences tragiques.
Pour y faire face, Dieu nous donne deux remèdes : le mariage et la virginité. La virginité est la voie la plus radicale et par là-même la plus facile; mais ce n'est certainement pas la raison la plus profonde pour laquelle le Christ nous a précédées sur cette voie. Le mariage est certes un grand mystère en tant que symbole du lien entre et l'Église, et en tant que qu'il en est l'instrument. Mais la virginité est un mystère encore plus grand. Elle n'est pas seulement symbole et instrument de l'union nuptiale au Christ et de la fécondité surnaturelle qui en découle - elle y est participante. Elle vient des profondeurs de la vie divine et elle y reconduit. Dans son amour sans réserve, le Père éternel a transmis au Fils la plénitude de sa nature, et en retour le Fils se donne sans réserve au Père. Le passage du Dieu-Homme dans le temps n'a rien altéré ce don absolu de Personne à Personne. Appartenant de toute éternité au Père, il ne pouvait que recevoir, dans l'unité de sa nature divine et humaine, les hommes qui voulaient se donner à lui, pour les offrir au Père comme membres de son Corps mystique. C'est la raison de sa venue dans le monde. La fécondité de son éternelle virginité consiste en sa puissance de donner aux âmes la vie surnaturelle. La fécondité des vierges qui suivent l'Agneau consiste en ceci que, dotées d'une force intacte et se donnant sans partage, elles reçoivent la vie divine, et peuvent, dans l'union avec le Chef divin et humain, la transmettre à d'autres âmes, et ainsi associer d'autres membres à la Tête du Corps mystique.
La virginité divine se double d'une répugnance essentielle au péché, perçu comme le contraire de la sainteté de Dieu. Mais de cette détestation du péché jaillit un indéfectible amour des pécheurs. Le Christ est venu arracher les pécheurs au péché et rétablir l'image de Dieu dans les âmes profanées. Il vient comme un enfant du péché - ce que manifeste son arbre généalogique et toute l'histoire de l'Ancienne Alliance - recherchant la compagnie des pécheurs pour se charger de tous les péchés du monde et les porter sur le bois d'ignominie de la Croix, qui devient ainsi le signe de sa victoire.
C'est pour cela que les âmes virginales n'ont aucun dégoût des pécheurs : la force de leur pureté surnaturelle ne craint aucune souillure. L'amour du Christ les pousse à descendre dans la nuit la plus noire, et aucune joie maternelle sur terre n'est comparable à la félicité de l'âme qui peut faire jaillir dans la nuit du péché la lumière de la grâce. La Croix est le chemin qui y conduit. C'est au pied de la Croix que la Vierge des vierges est devenue la Mère de la grâce.
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lundi 29 mars 2010
Exaltation de la Croix I, Edith Stein, 14 septembre 1939
Ave Crux, spes unica !
"Salut, ô Croix, notre unique espérance", voilà l'appel que l'Église nous exhorte à lancer, en ce temps consacré à la contemplation des souffrances de notre Seigneur Jésus-Christ. La jubilation de l'alleluia pascal avait mis fin au chant grave de la Passion. C'est pourtant en pleine joie de Pâques que l'on a retiré le voile qui couvrait le signe de notre salut, au moment où nous fêtions le souvenir des retrouvailles avec le Disparu. Ce signe, à la fin des célébrations de l'Église, nous est un salut venant du cœur du Rédempteur. Et maintenant que l'année liturgique touche à sa fin, le voilà à nouveau élevé devant nous, et il retiendra notre regard jusqu'à ce que, élevé devant nous, et il retiendra notre regard jusqu'à ce que, une nouvelle fois, l'alleluia pascal nous invite à oublier pour un temps la terre et à nous réjouir des noces de l'Agneau.
Notre saint Ordre nous fait commencer le carême par l'Exaltation de la sainte Croix. C'est aussi au pied de la Croix qu'il nous conduit pour le renouvellement de nos vœux.
Le Crucifié nous regarde et nous demande si nous sommes toujours prêtres à tenir ce que nous lui avons promis dans une heure de grâce. Il a quelque raison de nous le demander. Plus que jamais, la Croix est aujourd'hui un signe de contradiction. Les partisans de l'Antichrist l'outragent avec une hargne bien pire que celle des perses qui jadis l'avaient dérobée. Ils profanent les images de la Croix, s'efforçant par tous les moyens de l'arracher du cœur des chrétiens, et ils y sont trop souvent parvenus - même auprès de ceux qui, comme nous, avaient fait vœu de porter la Croix à la suite du Christ.
C'est pourquoi le Sauveur nous adresse un regard grave et interrogateur et demande à chacune d'entre nous : veux-tu rester fidèle au Crucifié ? Réfléchis bien. Le monde est flammes, la lutte ouverte entre le Christ et l'Antichrist a commencé. Prendre parti pour le Christ peut te coûter la vie. Pèse bien ce à quoi tu t'engages. Prononcer et renouveler ses vœux est une chose terriblement grave. Tu t'engages devant le Seigneur du ciel et de la terre, et si tu ne le fais pas dans un sérieux absolu, tu tomberas entre les mains du Dieu vivant.
Devant toi, le Sauveur pend à la Croix, parce qu'il s'est fait obéissant jusqu'à la mort sur la Croix. Il n'est pas venu au monde pour accomplir sa volonté, mais celle du Père. Si tu veux devenir l'épouse du Crucifié, il te faut renoncer entièrement à ta propre volonté et ne rien désirer d'autre que d'accomplir la volonté de Dieu. Il te parle à travers la sainte Règle et les Constitutions de ton Ordre. Il te parle par la bouche de tes supérieures. Il te parle dans le murmure de l'Esprit Saint au plus profond de ton coeur. Pour rester fidèle à ton vœu d'obéissance, jour et nuit tu devras être attentive à cette voix, et obéir à ses commandements. Cela signifie crucifier ta volonté propre et ton amour-propre, chaque jour et à tout instant.
Devant toi, ton Sauveur pend à la Croix, nu et démuni, parce qu'il a choisi la pauvreté. Qui veut le suivre doit renoncer à tous les biens terrestres. Pour cela, il ne suffit pas d'avoir tout laissé derrière toi en entrant au couvent; il te faut persister dans cet engagement. Recevoir avec gratitude ce que la Providence divine t'envoie; renoncer joyeusement à ce dont elle veut te priver; renoncer joyeusement à ce dont elle veut te priver; et ne pas te soucier de ton propre corps, de tes petits besoins, de ses envies, mais en laisser le soin à ceux qui en ont la charge; ne pas te préoccuper du lendemain ni du prochain repas.
Devant toi, ton Sauveur pend à la croix, le cœur ouvert. Il a répandu le sang de son coeur pour gagner ton coeur. Si tu veux le suivre dans la sainte chasteté, ton cœur doit se purifier de tout désir terrestre : il faut que Jésus le Crucifié soit l'unique objet de tes désirs, de tes aspirations, de tes pensées.
Trembles-tu maintenant devant la grandeur de ce que tes vœux exigent de toi ? Ne t'effraye pas. Certes, ce que tu promets dépasse de loin tes pauvres forces humaines. Mais cela n'excède pas la force du Tout-Puissant, et cette force sera la tienne si tu te confies à lui, s'il reçoit ton serment de fidélité. Il l'a fait le jour de tes vœux et aujourd'hui il est prêt à le faire à nouveau.
C'est le cœur aimant de ton Rédempteur qui t'invite à le suivre. Il exige ton obéissance, parce que la volonté humaine est aveugle et faible; elle est incapable de trouver son chemin tant qu'elle ne se donne pas tout entière à la volonté divine. Il exige la pauvreté, car nos mains, pour recevoir les biens du ciel, doivent être vides des biens de ce monde. Il exige la chasteté, car seul un cœur détaché de tout amour terrestre est libre pour l'amour de Dieu. Les bras du Crucifié sont étendus pour t'attirer sur son cœur. Il veut ta vie pour te donner la sienne. Ave Crux, spes unica !
Le monde est en flammes. Le feu peut aussi bien embraser notre maison. Mais, au-dessus de toutes les flammes, se dresse la croix que rien ne peut consumer. Elle est le chemin de la terre au ciel. Celui qui l'embrasse avec foi, avec amour et dans l'espérance, elle l'emporte au sein de la Trinité.
Le monde est en flammes. Sens-tu l'urgence de les éteindre ? Élève ton regard vers la Croix. Du coeur ouvert jaillit le sang du Rédempteur, le sang qui éteint les flammes de l'enfer. Libère ton coeur dans l'accomplissement fidèle de tes vœux, et le flot de l'amour divin le remplira jusqu'à le faire déborder et lui fera porter du fruit jusqu'aux confins de la terre. Entends-tu le gémissement des blessés sur tous les champs de batailles d'Ouest en Est ? Tu n'es ni médecin ni infirmière, et tu ne peux panser leurs plaies. Tu es enfermé dans ta cellule et tu ne peux pas parvenir jusqu'à eux. Entends-tu le cri d'angoisse des mourants ? Tu voudrais être un prêtre et les assister. Es-tu émue de la détresse des veuves et des orphelins ? Tu voudrais être un ange consolateur et te porter à leurs secours. Lève les yeux vers le Crucifié. Si tu es son épouse, dans la fidèle observance de tes vœux, son précieux sang sera aussi le tien. Liée à lui, tu seras présente partout, comme il l'est aussi. Non pas ici ou là, comme le médecin, l'infirmière ou le prêtre, mais sur tout les fronts, en chaque lieu de désolation - présente, dans la force de la Croix. Ton amour compatissant, l'amour qui vient du Coeur divin, te portera partout, et partout répandra son sang précieux - qui apaise, qui guérit, qui sauve.
Les yeux du Crucifié se posent sur toi : il t'interrogent, ils te scrutent. Es-tu prêt à refaire alliance avec le Crucifié ? Que vas-tu lui répondre ? "Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle." Edith Stein
"Salut, ô Croix, notre unique espérance", voilà l'appel que l'Église nous exhorte à lancer, en ce temps consacré à la contemplation des souffrances de notre Seigneur Jésus-Christ. La jubilation de l'alleluia pascal avait mis fin au chant grave de la Passion. C'est pourtant en pleine joie de Pâques que l'on a retiré le voile qui couvrait le signe de notre salut, au moment où nous fêtions le souvenir des retrouvailles avec le Disparu. Ce signe, à la fin des célébrations de l'Église, nous est un salut venant du cœur du Rédempteur. Et maintenant que l'année liturgique touche à sa fin, le voilà à nouveau élevé devant nous, et il retiendra notre regard jusqu'à ce que, élevé devant nous, et il retiendra notre regard jusqu'à ce que, une nouvelle fois, l'alleluia pascal nous invite à oublier pour un temps la terre et à nous réjouir des noces de l'Agneau.
Notre saint Ordre nous fait commencer le carême par l'Exaltation de la sainte Croix. C'est aussi au pied de la Croix qu'il nous conduit pour le renouvellement de nos vœux.
Le Crucifié nous regarde et nous demande si nous sommes toujours prêtres à tenir ce que nous lui avons promis dans une heure de grâce. Il a quelque raison de nous le demander. Plus que jamais, la Croix est aujourd'hui un signe de contradiction. Les partisans de l'Antichrist l'outragent avec une hargne bien pire que celle des perses qui jadis l'avaient dérobée. Ils profanent les images de la Croix, s'efforçant par tous les moyens de l'arracher du cœur des chrétiens, et ils y sont trop souvent parvenus - même auprès de ceux qui, comme nous, avaient fait vœu de porter la Croix à la suite du Christ.
C'est pourquoi le Sauveur nous adresse un regard grave et interrogateur et demande à chacune d'entre nous : veux-tu rester fidèle au Crucifié ? Réfléchis bien. Le monde est flammes, la lutte ouverte entre le Christ et l'Antichrist a commencé. Prendre parti pour le Christ peut te coûter la vie. Pèse bien ce à quoi tu t'engages. Prononcer et renouveler ses vœux est une chose terriblement grave. Tu t'engages devant le Seigneur du ciel et de la terre, et si tu ne le fais pas dans un sérieux absolu, tu tomberas entre les mains du Dieu vivant.
Devant toi, le Sauveur pend à la Croix, parce qu'il s'est fait obéissant jusqu'à la mort sur la Croix. Il n'est pas venu au monde pour accomplir sa volonté, mais celle du Père. Si tu veux devenir l'épouse du Crucifié, il te faut renoncer entièrement à ta propre volonté et ne rien désirer d'autre que d'accomplir la volonté de Dieu. Il te parle à travers la sainte Règle et les Constitutions de ton Ordre. Il te parle par la bouche de tes supérieures. Il te parle dans le murmure de l'Esprit Saint au plus profond de ton coeur. Pour rester fidèle à ton vœu d'obéissance, jour et nuit tu devras être attentive à cette voix, et obéir à ses commandements. Cela signifie crucifier ta volonté propre et ton amour-propre, chaque jour et à tout instant.
Devant toi, ton Sauveur pend à la Croix, nu et démuni, parce qu'il a choisi la pauvreté. Qui veut le suivre doit renoncer à tous les biens terrestres. Pour cela, il ne suffit pas d'avoir tout laissé derrière toi en entrant au couvent; il te faut persister dans cet engagement. Recevoir avec gratitude ce que la Providence divine t'envoie; renoncer joyeusement à ce dont elle veut te priver; renoncer joyeusement à ce dont elle veut te priver; et ne pas te soucier de ton propre corps, de tes petits besoins, de ses envies, mais en laisser le soin à ceux qui en ont la charge; ne pas te préoccuper du lendemain ni du prochain repas.
Devant toi, ton Sauveur pend à la croix, le cœur ouvert. Il a répandu le sang de son coeur pour gagner ton coeur. Si tu veux le suivre dans la sainte chasteté, ton cœur doit se purifier de tout désir terrestre : il faut que Jésus le Crucifié soit l'unique objet de tes désirs, de tes aspirations, de tes pensées.
Trembles-tu maintenant devant la grandeur de ce que tes vœux exigent de toi ? Ne t'effraye pas. Certes, ce que tu promets dépasse de loin tes pauvres forces humaines. Mais cela n'excède pas la force du Tout-Puissant, et cette force sera la tienne si tu te confies à lui, s'il reçoit ton serment de fidélité. Il l'a fait le jour de tes vœux et aujourd'hui il est prêt à le faire à nouveau.
C'est le cœur aimant de ton Rédempteur qui t'invite à le suivre. Il exige ton obéissance, parce que la volonté humaine est aveugle et faible; elle est incapable de trouver son chemin tant qu'elle ne se donne pas tout entière à la volonté divine. Il exige la pauvreté, car nos mains, pour recevoir les biens du ciel, doivent être vides des biens de ce monde. Il exige la chasteté, car seul un cœur détaché de tout amour terrestre est libre pour l'amour de Dieu. Les bras du Crucifié sont étendus pour t'attirer sur son cœur. Il veut ta vie pour te donner la sienne. Ave Crux, spes unica !
Le monde est en flammes. Le feu peut aussi bien embraser notre maison. Mais, au-dessus de toutes les flammes, se dresse la croix que rien ne peut consumer. Elle est le chemin de la terre au ciel. Celui qui l'embrasse avec foi, avec amour et dans l'espérance, elle l'emporte au sein de la Trinité.
Le monde est en flammes. Sens-tu l'urgence de les éteindre ? Élève ton regard vers la Croix. Du coeur ouvert jaillit le sang du Rédempteur, le sang qui éteint les flammes de l'enfer. Libère ton coeur dans l'accomplissement fidèle de tes vœux, et le flot de l'amour divin le remplira jusqu'à le faire déborder et lui fera porter du fruit jusqu'aux confins de la terre. Entends-tu le gémissement des blessés sur tous les champs de batailles d'Ouest en Est ? Tu n'es ni médecin ni infirmière, et tu ne peux panser leurs plaies. Tu es enfermé dans ta cellule et tu ne peux pas parvenir jusqu'à eux. Entends-tu le cri d'angoisse des mourants ? Tu voudrais être un prêtre et les assister. Es-tu émue de la détresse des veuves et des orphelins ? Tu voudrais être un ange consolateur et te porter à leurs secours. Lève les yeux vers le Crucifié. Si tu es son épouse, dans la fidèle observance de tes vœux, son précieux sang sera aussi le tien. Liée à lui, tu seras présente partout, comme il l'est aussi. Non pas ici ou là, comme le médecin, l'infirmière ou le prêtre, mais sur tout les fronts, en chaque lieu de désolation - présente, dans la force de la Croix. Ton amour compatissant, l'amour qui vient du Coeur divin, te portera partout, et partout répandra son sang précieux - qui apaise, qui guérit, qui sauve.
Les yeux du Crucifié se posent sur toi : il t'interrogent, ils te scrutent. Es-tu prêt à refaire alliance avec le Crucifié ? Que vas-tu lui répondre ? "Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle." Edith Stein
Le signe de la Croix
Au matin, après la profonde nuit,
La mère ouvre la porte
Des petits enfants qui guettent et qui sommeillent;
Elle ouvre le volet et la lumière surgit
Aveuglante, éclatante, une lumière forte
Qui fait bondir les petits cœurs en veille;
Ils se lèvent encore endormis
Et lèvent les bras vers celle qui réconforte;
Elle plie la main pour le geste immémorial
Le signe du Salut, le signe de la Vie,
Qui réveille l’âme obscure et presque morte
Le signe de la Croix, le salut éternel.
Le geste de la Croix, le signe de Jésus-Christ
Qui enveloppe et protège de la sorte
Les enfants chéris, les petits fidèles.
C’est Jésus en personne qui après la nuit
A entrouvert de nos âmes verrouillées la porte
Il a réclamé son du, des baisers, des mimis
Il a ouvert les bras et mes enfants,
En riant,
Ont dit oui.
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vendredi 26 mars 2010
Drogue de l'agitation sentimentale
"Dans une lettre très intime et très sincère, adressée à un de ses amis, il disait : "Les dernières années de ma vie ont été une lutte continuelle contre les sentiments qui en ont rendu la première partie si amère; bien que je me flatte de les avoir en partie vaincus, il y a encore des moments où je suis aussi naïf qu'auparavant; Je n'en ai jamais tant dit, et ne l'aurais même pas dit à vous, si je ne craignais d'avoir été un peu brutal et ne désirais vous en donner la cause. Mais vous savez que je ne suis pas un de vos gentlemen doloristes : donc, maintenant, rions." En effet, il n'en avait jamais tant dit, mais là était bien la clef de ses contradictions apparentes. Depuis plusieurs années il luttait pour tuer en lui un Sentimental qui l'avait fait cruellement souffrir. Trop brave pour se complaire dans le rôle de "gentleman doloriste", mais croyant avoir perdu toute confiance dans les femmes et dans les hommes, il essayait de vivre en Corsaire du plaisir, sans amour et sans amitié. Le malheur était que, dans le silence des passions, il s'ennuyait à crier.
Il y a, chez les êtres qui ont souffert et dont l'habitude ou l'oubli ont guéri la souffrance, une prodigieuse aptitude à l'ennui, parce que la douleur, tout en rendant notre vie insupportable, la remplit de sentiments si vifs qu'ils en masquent le néant. Byron avait commencé la vie par un grand amour. Cet amour avait été un échec, mais avait donné à cet enfant le besoin d'une agitation sentimentale qui lui était devenue nécessaire. Comme un voyageur au palais gâté par les épices trouve fade toute nourriture saine, Byron dans le calme du cœur ne percevait plus le goût de la vie. Il se croyait prêt à poursuivre toute passion violente, même criminelle, pourvu qu'elle lui rendît le sentiment toujours fuyant de sa propre existence."
Don Juan ou la vie de Byron, par André Maurois
Il y a, chez les êtres qui ont souffert et dont l'habitude ou l'oubli ont guéri la souffrance, une prodigieuse aptitude à l'ennui, parce que la douleur, tout en rendant notre vie insupportable, la remplit de sentiments si vifs qu'ils en masquent le néant. Byron avait commencé la vie par un grand amour. Cet amour avait été un échec, mais avait donné à cet enfant le besoin d'une agitation sentimentale qui lui était devenue nécessaire. Comme un voyageur au palais gâté par les épices trouve fade toute nourriture saine, Byron dans le calme du cœur ne percevait plus le goût de la vie. Il se croyait prêt à poursuivre toute passion violente, même criminelle, pourvu qu'elle lui rendît le sentiment toujours fuyant de sa propre existence."
Don Juan ou la vie de Byron, par André Maurois
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Le 25 mars, fête de l'Annonciation
Psaume 18(17),2-7.
Je t'aime, Seigneur, ma force : Seigneur, mon roc, ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m'abrite, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !
Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur, je suis sauvé de tous mes ennemis.
Les liens de la mort m'entouraient, le torrent fatal m'épouvantait ;
des liens infernaux m'étreignaient : j'étais pris aux pièges de la mort.
Dans mon angoisse, j'appelai le Seigneur ; vers mon Dieu, je lançai un cri ; de son temple il entend ma voix : mon cri parvient à ses oreilles.
Je t'aime, Seigneur, ma force : Seigneur, mon roc, ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m'abrite, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !
Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur, je suis sauvé de tous mes ennemis.
Les liens de la mort m'entouraient, le torrent fatal m'épouvantait ;
des liens infernaux m'étreignaient : j'étais pris aux pièges de la mort.
Dans mon angoisse, j'appelai le Seigneur ; vers mon Dieu, je lançai un cri ; de son temple il entend ma voix : mon cri parvient à ses oreilles.
mardi 23 mars 2010
Lettre ouverte de l'ami du Saint-Père, personnalité politique italienne de premier plan, Marcello Pera, ex président du Sénat italien, au directeur du principal quotidien italien le Corriere della Sera (17/3/2010) publiée par ce journal en page 23
Cher Directeur
La question des prêtres pédophiles et homosexuels ayant éclaté récemment en Allemagne a pris le Pape pour cible.
Ce serait toutefois une grave erreur de penser que le coup ne fera pas mouche (n'atteindra pas son but) à cause de l'énormité téméraire de l'entreprise. Et on commettrait une erreur encore plus grave en considérant que l'affaire finira par s'éteindre, comme tant d'autres du même type. Ce n'est pas le cas.
Une guerre est en cours.
Pas seulement contre la personne du Pape, parce que, sur ce terrain, c'est impossible. Benoît XVI est rendu imprenable par son image, sa sérénité, sa limpidité, sa fermeté et sa doctrine. Son sourire si doux suffit pour vaincre une armée d'adversaires.
Non, la guerre est entre le laïcisme et le christianisme. Les laïcistes savent bien que si une tache de boue arrive sur la soutane blanche, l'Église toute entière sera salie, et si l'Église est salie, alors la religion chrétienne le sera aussi.
C'est pourquoi les laïcistes accompagnent leur campagne de questions du genre "qui amènera encore ses enfants à l'église?" ou "qui enverra ses enfants dans une école catholique?" ou même "qui ira faire soigner ses enfants dans un hôpital ou une clinique catholique? ".
Il y a quelques jours une laïciste s'est trahie, en avouant son but. Elle a écrit: «L'étendue de la propagation des abus sexuels sur les enfants par des prêtres sape la légitimité même de l'Église catholique comme garante de l'éducation des enfants".
Peu importe que cette sentence soit dénuée de preuves, puisqu'on garde soigneusement cachée "l'ampleur de la diffusion": 1% de prêtres pédophiles? 10%? tous?
Peu importe aussi que la sentence soit dépourvue de toute logique: il suffirait de remplacer «prêtres» par «enseignants» ou «politiques» ou «journalistes» pour «saper la légitimité» des écoles publiques, des parlements ou de la presse. Ce qui compte c'est l'insinuation, même au prix de la grossièreté de l'argument: les prêtres sont des pédophiles, donc l'Église n'a aucune autorité morale, donc l'enseignement catholique est dangereux, donc le christianisme est un imposteur et un danger.
Cette guerre du laïcisme contre le christianisme est une bataille rangée. Il faut revenir au nazisme et au communisme pour en trouver une semblable. Les moyens ont changé, mais les buts sont les mêmes: aujourd'hui comme hier, ce que l'on veut, c'est la destruction de la religion. A l'époque, l'Europe a payé de sa liberté le prix de cette furie destructrice.
Il est incroyable que ce soit en particulier l'Allemagne, tandis qu'elle se frappe continuellement la poitrine en mémoire de ce prix qu'elle a infligée à l'ensemble de l'Europe, qui l'ait oublié, à présent que la démocratie y est revenue et ne comprenne pas que la démocratie elle-même serait perdue si le christianisme devait être effacé.
La destruction de la religion entraîna alors la destruction de la raison.
Aujourd'hui, elle n'entraînera pas le triomphe de la raison laïque, mais une autre barbarie.
Sur le plan éthique, c'est la barbarie de ceux qui tuent un fœtus parce que sa vie serait préjudiciable à la "santé mentale" de la mère. Ceux qui disent que l'embryon est un "amas de cellules", tout juste bonnes pour des expériences. Ceux qui tuent un vieux, parce qu'il n’a plus de famille pour s'occuper de lui. Ceux qui précipitent la fin d'un enfant parce qu'il n'est plus conscient et est incurable. Ceux qui pensent que géniteur "A" et géniteur "B", c'est la même chose que «père» et «mère». Ceux qui croient que la foi est comme le coccyx, un organe qui ne participe plus à l'évolution parce que l'homme n'a plus besoin de queue et peu se tenir debout tout seul. Et ainsi de suite.
Ou bien, pour considérer l'aspect politique de la guerre des partisans de la laïcité contre le christianisme, la barbarie est la destruction de l'Europe. Parce que, une fois le christianisme abattu, il restera le multiculturalisme, qui estime que chaque groupe a droit à sa propre culture. Le relativisme, qui pense que chaque culture est aussi bonne que les autres. Le pacifisme qui nie que le mal existe.
Cette guerre ne serait pas aussi dangereuse pour le christianisme, si les chrétiens en étaient conscients. Au lieu de cela, beaucoup d'entre eux participent à l'incompréhension.
Ce sont ces théologiens frustrés par la suprématie intellectuelle de Benoît XVI. Ces évêques incertains qui croient que faire un compromis avec la modernité est la meilleure façon de mettre à jour le message chrétien. Ces cardinaux en crise de la foi, qui commencent à suggérer que le célibat des prêtres n'est pas un dogme, et qu'il faudrait peut-être le reconsidérer. Ces intellectuels catholiques feutrés qui pensent qu'il y existe une question féminine au sein de l'Église et un problème non résolu entre le christianisme et la sexualité. Ces conférences épiscopales qui se trompent d'ordre du jour, et, tandis qu'elles souhaitent une politique des frontières ouvertes à tous, n'ont pas le courage de dénoncer les agressions dont souffrent les chrétiens et les humiliations qu'ils sont contraints de subir, étant tous, sans discrimination, mis au banc des accusés. Ces chancelleries issues de l'Est , qui exhibent un bon ministre des Affaires étrangères homosexuel (Allemagne) tout en attaquant le pape sur tous les sujets d'éthique, ou ceux nés en Occident, qui pensent que l'Occident doit être laïc, c'est-à-dire anti-chrétien.
La guerre des laïcistes va se poursuivre, ne serait-ce qu'à cause d'un pape comme Benoît XVI, qui sourit mais ne recule pas d'un iota. Mais si on comprend pourquoi il ne bouge pas, alors on prend la situation en main et on n'attend pas le prochain coup.
Celui qui se contente d'être solidaire avec lui, ou bien est entré dans le jardin des oliviers la nuit et en secret, ou bien est quelqu'un qui n'a pas compris pourquoi il s'y trouve.
Marcello Pera
La question des prêtres pédophiles et homosexuels ayant éclaté récemment en Allemagne a pris le Pape pour cible.
Ce serait toutefois une grave erreur de penser que le coup ne fera pas mouche (n'atteindra pas son but) à cause de l'énormité téméraire de l'entreprise. Et on commettrait une erreur encore plus grave en considérant que l'affaire finira par s'éteindre, comme tant d'autres du même type. Ce n'est pas le cas.
Une guerre est en cours.
Pas seulement contre la personne du Pape, parce que, sur ce terrain, c'est impossible. Benoît XVI est rendu imprenable par son image, sa sérénité, sa limpidité, sa fermeté et sa doctrine. Son sourire si doux suffit pour vaincre une armée d'adversaires.
Non, la guerre est entre le laïcisme et le christianisme. Les laïcistes savent bien que si une tache de boue arrive sur la soutane blanche, l'Église toute entière sera salie, et si l'Église est salie, alors la religion chrétienne le sera aussi.
C'est pourquoi les laïcistes accompagnent leur campagne de questions du genre "qui amènera encore ses enfants à l'église?" ou "qui enverra ses enfants dans une école catholique?" ou même "qui ira faire soigner ses enfants dans un hôpital ou une clinique catholique? ".
Il y a quelques jours une laïciste s'est trahie, en avouant son but. Elle a écrit: «L'étendue de la propagation des abus sexuels sur les enfants par des prêtres sape la légitimité même de l'Église catholique comme garante de l'éducation des enfants".
Peu importe que cette sentence soit dénuée de preuves, puisqu'on garde soigneusement cachée "l'ampleur de la diffusion": 1% de prêtres pédophiles? 10%? tous?
Peu importe aussi que la sentence soit dépourvue de toute logique: il suffirait de remplacer «prêtres» par «enseignants» ou «politiques» ou «journalistes» pour «saper la légitimité» des écoles publiques, des parlements ou de la presse. Ce qui compte c'est l'insinuation, même au prix de la grossièreté de l'argument: les prêtres sont des pédophiles, donc l'Église n'a aucune autorité morale, donc l'enseignement catholique est dangereux, donc le christianisme est un imposteur et un danger.
Cette guerre du laïcisme contre le christianisme est une bataille rangée. Il faut revenir au nazisme et au communisme pour en trouver une semblable. Les moyens ont changé, mais les buts sont les mêmes: aujourd'hui comme hier, ce que l'on veut, c'est la destruction de la religion. A l'époque, l'Europe a payé de sa liberté le prix de cette furie destructrice.
Il est incroyable que ce soit en particulier l'Allemagne, tandis qu'elle se frappe continuellement la poitrine en mémoire de ce prix qu'elle a infligée à l'ensemble de l'Europe, qui l'ait oublié, à présent que la démocratie y est revenue et ne comprenne pas que la démocratie elle-même serait perdue si le christianisme devait être effacé.
La destruction de la religion entraîna alors la destruction de la raison.
Aujourd'hui, elle n'entraînera pas le triomphe de la raison laïque, mais une autre barbarie.
Sur le plan éthique, c'est la barbarie de ceux qui tuent un fœtus parce que sa vie serait préjudiciable à la "santé mentale" de la mère. Ceux qui disent que l'embryon est un "amas de cellules", tout juste bonnes pour des expériences. Ceux qui tuent un vieux, parce qu'il n’a plus de famille pour s'occuper de lui. Ceux qui précipitent la fin d'un enfant parce qu'il n'est plus conscient et est incurable. Ceux qui pensent que géniteur "A" et géniteur "B", c'est la même chose que «père» et «mère». Ceux qui croient que la foi est comme le coccyx, un organe qui ne participe plus à l'évolution parce que l'homme n'a plus besoin de queue et peu se tenir debout tout seul. Et ainsi de suite.
Ou bien, pour considérer l'aspect politique de la guerre des partisans de la laïcité contre le christianisme, la barbarie est la destruction de l'Europe. Parce que, une fois le christianisme abattu, il restera le multiculturalisme, qui estime que chaque groupe a droit à sa propre culture. Le relativisme, qui pense que chaque culture est aussi bonne que les autres. Le pacifisme qui nie que le mal existe.
Cette guerre ne serait pas aussi dangereuse pour le christianisme, si les chrétiens en étaient conscients. Au lieu de cela, beaucoup d'entre eux participent à l'incompréhension.
Ce sont ces théologiens frustrés par la suprématie intellectuelle de Benoît XVI. Ces évêques incertains qui croient que faire un compromis avec la modernité est la meilleure façon de mettre à jour le message chrétien. Ces cardinaux en crise de la foi, qui commencent à suggérer que le célibat des prêtres n'est pas un dogme, et qu'il faudrait peut-être le reconsidérer. Ces intellectuels catholiques feutrés qui pensent qu'il y existe une question féminine au sein de l'Église et un problème non résolu entre le christianisme et la sexualité. Ces conférences épiscopales qui se trompent d'ordre du jour, et, tandis qu'elles souhaitent une politique des frontières ouvertes à tous, n'ont pas le courage de dénoncer les agressions dont souffrent les chrétiens et les humiliations qu'ils sont contraints de subir, étant tous, sans discrimination, mis au banc des accusés. Ces chancelleries issues de l'Est , qui exhibent un bon ministre des Affaires étrangères homosexuel (Allemagne) tout en attaquant le pape sur tous les sujets d'éthique, ou ceux nés en Occident, qui pensent que l'Occident doit être laïc, c'est-à-dire anti-chrétien.
La guerre des laïcistes va se poursuivre, ne serait-ce qu'à cause d'un pape comme Benoît XVI, qui sourit mais ne recule pas d'un iota. Mais si on comprend pourquoi il ne bouge pas, alors on prend la situation en main et on n'attend pas le prochain coup.
Celui qui se contente d'être solidaire avec lui, ou bien est entré dans le jardin des oliviers la nuit et en secret, ou bien est quelqu'un qui n'a pas compris pourquoi il s'y trouve.
Marcello Pera
dimanche 21 mars 2010
Confession
Ezéchiel 37, 11-14 : "Alors il me dit : Fils d'homme, ces ossements, c'est toute la maison d'Israël. Les voilà qui disent : "Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c'en est fait de nous". C'est pourquoi, prophétise. Tu leur diras : "Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Voici que j'ouvre vos tombeaux; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d'Israël. Vous saurez que je suis Yahvé, lorsque j'ouvrirai vos tombeaux et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, mon peuple. Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez, et je vous installerai sur votre sol, et vous saurez que moi, Yahvé, j'ai parlé et je fais, oracle de Yahvé."
La résurrection de Lazare : (Jn 11,1-44) : "Alors Jésus leur dit ouvertement : "Lazare est mort, et je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui!"
(...)
"Moi, je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? "Confession
(Demande)
- Jésus, Tu as dit que tu étais venu pour les pécheurs,
Alors, me voici. Tout contre Toi, Tu ne me vois pas ?
Regarde bien, une ombre évanescente, une nuée de peur
Oh mon Dieu, qui te saisit, un néant si lourd pour Toi.
Un gémissement tiré du plus profond de mon cœur,
Un cri, un râle c’est tout ce que je suis
Une main fébrile qui effleure ton vêtement, le saisit
Avide, tremblante, elle glisse moite de ma sueur
Rien. De la cendre. les mots ne sont pas de ce monde
Pour mon Péché qui est au delà de l’immonde
D’ailleurs, il n’est plus ! Il est enterré ! Il est mort !
Ma mémoire ne retient pas ce qui me dévore…
Oh mon Jésus comprend bien cela
Tu as souffert en vain, ta flagellation et ta Croix
Car même mon remord, ma demande de Salut
Ma mortification désespérée est un sordide calcul
De ta créature pétrifiée dans sa noirceur, son obscurité
De ta créature qui danse au son de son âme damnée !
(Réponse)
- Tu étais déjà morte, ma fille, au jour de ta naissance
Cette terre que j’ai créée, dans mon Amour infini
Était ton tombeau, des limbes, et non un paradis,
Mais de cette mort nécessaire va jaillir la vraie vie
Chrysalide en cocon, momifiée, enterrée, endormie,
Lazare en son sépulcre, Je t’ordonne de parler avec confiance !
Faire remonter du plus profond de tes entrailles,
Éclairer sans fard la nuit qui t'assaille
Traquer le Non-Dit, le Démon caché de ton âme
Faire tomber les bandes une à une de ton visage
La parole t'est donnée comme épée, comme arme
Vomir ce qui te tue, ouvrir la bouche, le portail
Ainsi :
De ta Chute préméditée, et voulue, et bien choisie
Va couler tout ton sang impur, celui de tes parents
Se vider le long de tes flancs, mortelle et pâle créature
Afin d’absorber la vie de ton Dieu, son Corps,son Sang
Qui jaillit de la Croix depuis la nuit des temps
Régénérer et le vieil Adam, et l’ancienne Ève
Accomplir le cycle prophétique
Car :
« Qui mange de ma chair et boit mon sang
Demeure en Moi et Moi en lui. »
(Merci à Nebo pour la découverte de Pierre Emmanuel, "Le poëte et son Christ")
samedi 20 mars 2010
Dhimmitude
Dernières nouvelles recueillies chez rebelles info :
En France, la suggestion délirante de Xavier Bertrand : "Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, plaide dans un entretien au quotidien Métro pour un « espace dans les trains de banlieue » réservé aux femmes"
Les écologistes ne mouftent pas devant les abattages rituels sans étourdissement préalable des animaux : la vidéo mise en ligne est absolument répugnante.
Le silence pour les chrétiens d'Orient assassinés : "Mardi, dans Le Figaro, l'évêque de Troyes, Marc Stenger, rappelait le sort des chrétiens d'Irak "pris pour cible par les enragés de la pureté religieuse". En dix jours, huit chrétiens ont été tués dans la région de Mossoul.(...)C'est le silence qu'il faut rompre. Et Mgr Stenger a mille fois raison de s'adresser en premier lieu aux responsables musulmans eux-mêmes, dont il déplore "la réaction si faible".
Comme le dit Roman Bernard : Dhimmitude!!
En France, la suggestion délirante de Xavier Bertrand : "Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, plaide dans un entretien au quotidien Métro pour un « espace dans les trains de banlieue » réservé aux femmes"
Les écologistes ne mouftent pas devant les abattages rituels sans étourdissement préalable des animaux : la vidéo mise en ligne est absolument répugnante.
Le silence pour les chrétiens d'Orient assassinés : "Mardi, dans Le Figaro, l'évêque de Troyes, Marc Stenger, rappelait le sort des chrétiens d'Irak "pris pour cible par les enragés de la pureté religieuse". En dix jours, huit chrétiens ont été tués dans la région de Mossoul.(...)C'est le silence qu'il faut rompre. Et Mgr Stenger a mille fois raison de s'adresser en premier lieu aux responsables musulmans eux-mêmes, dont il déplore "la réaction si faible".
Comme le dit Roman Bernard : Dhimmitude!!
jeudi 18 mars 2010
L'ordo-libéralisme
Notes à propos de la conférence d'Alain Laurent sur Wilhelm Röpke.
Il s'agit d'étudier la naissance du mouvement de l'ordo-libéralisme allemand, au sein du libéralisme, au travers de l'étude des écrits et de la personne de Wilhelm Röpke et son rapport avec les libéraux autrichiens (Hayek en particulier).
Avec Walter Eucken, Röpke est le père intellectuel de l’ antisocialiste « économie sociale de marché », qui est en réalité une parfaite économie de libre marché mais protégée de possibles dérives par un réglage de garanties constitutionnelles : un point d’accord des ordo-libéraux allemands avec d’autres grands libéraux européens comme Luigi Einaudi ou Jacques Rueff – mais de… désaccords avec les économistes « autrichiens » comme Mises ou Hayek, tenants de la thèse de l’ordre spontané de marché. Wilhelm Röpke aura une très grande influence sur Ludwig Erhard, père du "miracle allemand".
Dans les années 1930, en Allemagne, de façon séparée, Walter Eucken d'une part et Wilhelm Röpke d'autre part posent les bases d'une nouvelle économie libérale du marché. Röpke est au départ (comme un grand nombre de libéraux) plutôt "à gauche" mais il va être influencé par le courant libéral autrichien (Von Mises, par exemple). Ces penseurs sont des anti-nazi de la première heure très vigoureux. Ils fuient l'Allemagne dès l'instauration du régime nazi. Röpke va trouver refuge en Suisse, à l'Institut des Etudes internationales de Genève. Ce lieu n'est pas anodin : beaucoup de libéraux, de penseurs s'y retrouveront. C'est là que Hayek créera la fameuse Mont Pelerin Society.
W.R. publie d'abord deux ouvrages : "La crise sociale de notre temps" en 1939 et "Civitas humana" en 1944.
Ces deux livres sont aujourd'hui les seuls référents des socialistes attirés par le libéralisme (comme Serge Audier, par exemple) mais ces derniers n'ont pas lu ou n'ont pas voulu lire le dernier livre de Röpke qui montre bien à quel point le terme "social" dans le concept "économie sociale du marché" n'a plus rien à voir avec la conception socialiste (ou "assistanat" ou "État-providence") que Röpke pouvait encore avoir au début de ses écrits (dans les deux livres cités).
Il est très important de souligner ce problème de définition car à l'heure actuelle, les libéraux à la mode sont des socialistes. Ceux qui se considèrent libéraux au sens traditionnel du terme sont évincés dans le discours ambiant.[Je renvoie à la première conférence d'Alain Laurent qui expliquait bien ce phénomène.]
Ces ordo-libéraux ont comme souci deux choses : ils condamnent le socialisme rampant qui imprègne la pensée libérale à leur époque et d'un autre côté ils jugent sévèrement le libéralisme traditionnel du 19ème siècle et la pratique mal comprise du "laissez-faire". Un libéralisme trop "libéré" en quelque sorte.
Ces réflexions prennent corps au Colloque Lippmann en 1938 qui réunit toutes les mouvances libérales de l'époque. [Walter Lippmann, un journaliste américain, de gauche, s'alarme de la prise de pouvoir par l'État de plus en plus importante, dans toutes les institutions et le domaine économique, sous l'égide de Roosevelt. D'où l'idée de ce colloque qui réunira tous les libéraux, économistes et intellectuels, de l'époque].
Wilhelm Röpke participe à ce Colloque qui jette les bases de ce qu'on a appelé le "néo-libéralisme" ceci par rapport au libéralisme traditionnel critiqué. W. R. s'attache à définir les termes de ce libéralisme rénové, renouvelé, dans ses ouvrages.Ainsi que son collègue, Walter Eucken (non traduit en France) : ce dernier fonde le quartier général des ordo-libéraux, avec la création de sa revue "Ordo".Avec la guerre qui suit, le Colloque ne débouche pas sur quelque action concrète.
W.R. écrit donc en Suisse les deux premiers ouvrages cités ci-dessus. On trouve donc dans ceux-ci une critique du libéralisme traditionnel très forte, critique qui aura pratiquement disparue dans "Au delà de l'offre et de la demande" (1961) que se gardent bien de commenter la nouvelle garde de socialistes libéraux actuels. Dans le monde universitaire français, on en reste aux deux premiers ouvrages de W.R. qui est donc présenté comme un "faux" libéral et un "étatiste" convaincu. Son livre "Au delà de l'offre et de la demande" se situe après une période où W.R. a pu sortir de Suisse, voyager, se rendre compte des progrès -et des méfaits grandissants- de l'État-providence. Ce livre est une charge violente, argumentée, fouillée, économique, morale et spirituelle de cet État-providence qui s'installe dans les pays. W.R. appuie sur deux principes qui sont détruits par le collectivisme et l'assistanat : la destruction de la responsabilité individuelle ( responsabilité dans le sens : prévoyance personnelle, individuelle, pour les siens) et la destruction du droit à la propriété.L'ouvrage commence par ces mots : "Je combats le socialisme". On comprend mieux la perplexité des universitaires français à classer trop vite W.R. parmi les anti-libéraux!
Revenons dans les années 40 : W.R., après le Colloque Lippmann, songe à l'après-guerre et voudrait créer une revue internationale. Il s'allie avec un riche industriel pour le financement du projet. A ce moment là, Hayek a publié "La route de la servitude" et rentre en contact avec W.R. (qu'il connait déjà cependant) et convainc ce dernier (avec le financement de l'industriel) de participer à la fondation de la Société du Mont Pèlerin.
Dans son ouvrage "Au delà de l'offre et de la demande", W.R. explique la nécessité, pour la libre concurrence de fonder celle-ci au départ sur un réglage institutionnel. Les ordo-libéraux (comme Luigi Einaudi en Italie ou Jacques Rueff en France) reconnaissent parfaitement le libre marché mais, à la différence de la mouvance autrichienne libérale et de Hayek en particulier, ils s'opposent à l'idée d'un ordre spontané et rien que spontané pour la dynamique de la libre concurrence. Il faut enclencher la machine avec un réglage de départ -un ordre institutionnel- pour ensuite laisser cette dernière évoluer librement et sans interventionnisme étatique. Ainsi, les dérives possibles de la concurrence, les monopoles etc... seraient évités par avance, en quelque sorte.
W.R. est un croyant pratiquant, protestant. Pour lui, comme pour les ordo-libéraux, une société ne tient pas que par le Marché, elle tient par un ordre, le lien moral, l'acceptation de contraintes nécessaires -et qui n'apparaissent pas de façon spontanée chez l'homme, le citoyen- pour encadrer ce même Marché. Mais ceci n'a rien à voir avec un interventionnisme d'État. Le refus de l'organisation collectiviste ou socialiste n'empêche pas de trouver un ordre, une organisation à la société. Le débat ne porte pas sur la liberté du marché mais sur le préalable à cette liberté du marché. Il faut un réglage institutionnel de départ, un sous-bassement moral (qui n'a rien de spontané). W.R. s'exprime plus en moraliste et même en penseur spirituel qu'en simple économiste et c'est cette façon complète d'aborder la réalité économique qui le rend si intéressant.
La divergence avec Hayek tient donc à cette importance donnée par les ordo-libéraux à ce réglage de départ.Remarque de Philippe Nemo : cependant, pour Hayek, ce réglage existe aussi mais il l'amène peut-être de façon plus subtile, ou discrète que W.R. Il le fait apparaître, dans l'ordre juridique qui évolue de façon spontanée ET volontaire, avec les créations de lois.
En fait, [et c'est Alain Laurent qui le souligne après la remarque de Philippe Nemo] : le désaccord avec Hayek se situe dans le fait que certaines lois sont instituées après l'apparition de conflits, pour les libéraux autrichiens,alors que pour un ordo-libéral il s'agira plutôt d'anticiper le conflit en instituant, à l'avance, en amont du conflit, des règles.
Ce terme de "réglage institutionnel" est évidemment à définir aujourd'hui.
Voir à ce propos cette interview d'Alain Laurent qui clarifie tous ces termes ainsi que la notion traditionnelle de "laissez-faire", avec ce passage que je redonne intégralement :
" je m’oppose à l’idée selon laquelle il pourrait y avoir une auto-régulation spontanée des sociétés, en tout cas, des marchés : non ! Il faut qu’il y ait une sorte de réglage préalable de la régulation ou de l’auto-régulation. Ce réglage préalable, il se situe sur deux plans : d’une part, institutionnel ( sous le regard d’un état de droit qui fait respecter un certain nombre de principes et de règles, et deuxièmement, ce qu’on a toujours tendance à oublier, ça dépend également des mœurs c’est à dire de la capacité des individus à se comporter d’une certaine façon raisonnée, responsable, à faire preuve parfois de goût du risque mais en même temps de ne pas délaisser la prudence."
J'ajoute un lien avec un article récent sur la bonne santé économique allemande qui trouve ses sources dans l'ordo libéralisme défini ci-dessus et qui a eu une grande influence en Allemagne jusqu'à aujourd'hui :
http://www.rebelles.info/article-toute-l-europe-sera-bientot-placee-sous-le-protectorat-financier-de-l-allemagne-video-tres-instructive-46919800.html
lundi 15 mars 2010
Il y a différentes façons d'aborder la lecture. Ouaip!
Basile :
"-Maman, on a besoin de plus de livres, Grégoire et moi, dans notre chambre!
-Plus de livres, mes chéris? Oh! que Maman est contente d'avoir des petits garçons qui aiment lire... Bon, je vais vous montrer des petites collections de votre âge.
-Ouaip! Mais on en a besoin tout de suite, en fait là, M'man...
-Et bien! prenez ceux-ci qui sont dans la bibliothèque en bas, et montez-les dans votre chambre. Je viendrais voir ensuite comment vous lisez."
Pendant une heure environ,un silence miraculeux, Maman imagine ses deux amours en train de dévorer des livres, et de découvrir un Monde Nouveau : celui de la Culture! Celui de la Sagesse!
Maman n'y tient plus, elle monte subrepticement les marches pour admirer le spectacle de la Découverte de la Lecture:
"-Maman, on a besoin de plus de livres, Grégoire et moi, dans notre chambre!
-Plus de livres, mes chéris? Oh! que Maman est contente d'avoir des petits garçons qui aiment lire... Bon, je vais vous montrer des petites collections de votre âge.
-Ouaip! Mais on en a besoin tout de suite, en fait là, M'man...
-Et bien! prenez ceux-ci qui sont dans la bibliothèque en bas, et montez-les dans votre chambre. Je viendrais voir ensuite comment vous lisez."
Pendant une heure environ,un silence miraculeux, Maman imagine ses deux amours en train de dévorer des livres, et de découvrir un Monde Nouveau : celui de la Culture! Celui de la Sagesse!
Maman n'y tient plus, elle monte subrepticement les marches pour admirer le spectacle de la Découverte de la Lecture:
vendredi 12 mars 2010
"Everyone knows ou le fiasco spectaculaire de la culture"
"Everyone knows... c'est le sinistre refrain de La Tache. Everyone knows : le poids du cliché s'abat sur la vie réelle. Everyone knows : un narrateur sans visage formate le monde humain. Everyone knows : les hommes émancipés de la tradition tombent sous la coupe de l'opinion; le vide laissé par le pouvoir manifeste de la communauté est rempli par l'anonymat du pouvoir social. Ce qui veut encore une fois que, loin d'avoir desseré son emprise, le nous s'est métamorphosé : devenu le on, il est désormais omniprésent, écrasant, inéluctable. Et Coleman constate avec effroi que les principes éducatifs qu'il a mis en oeuvre pour soustraire le coeur et l'esprit de ses héritiers au règne du Everyone knows n'ont servi rigoureusement à rien : "Toute cette préparation à l'école, toutes les lectures qu'on leur avait faites, des rayonnages entiers d'encyclopédies, les révisions avant les interrogations écrites, les dialogues, le soir, au dîner, la sensibilisation sans fin, par Iris et par lui, à la nature multiforme de la vie; le passage au crible du langage" - et voilà son enfant surmoïque et mièvre qui accepte comme vérités les fantasmes hollywodiens. Everyone knows ou le fiasco spectaculaire de la culture. Ce n'est pas, si l'on veut être précis, par l'inculture ou par la barbarie que la littérature est mise hors d'état d'agir, c'est par la déferlante narrative, donc littéraire, des préjugés et des poncifs qui donnent à chaque époque sa physionomie, sa tonalité, sa cohérence. L'Autre de la littérature tire sa force d'être une autre littérature et de combler l'attente. L'éducation cède sans coup férir à la rumeur que le kisch habille. Le sentimentalisme tient lieu de sensibilité et la digne du septicisme tragique emportée par la vague de l'universel mélodrame."
(Un coeur intelligent, par A. Finkielkraut, chapitre sur La tache de Philip Roth)
Enfer
Dans la maisonnette toute fleurie,
Dans le doux cocon où tous unis
Par les liens familiaux les plus forts
Les liens du sang, plus forts que la mort,
L’enfer construit sa demeure, tisse sa toile
Jour après jour, la tension infernale,
Nous suce tous, jusqu’à la moelle,
Et dans nos cœurs, et dans nos corps, dans nos esprits
s’installe,
Les liens du sang, chair royale,
Nourrissent l’hôte parasite,
Le combat n’est pas loyal,
Dans la maisonnette toute fleurie,
Dans le doux cocon où tous réunis,
Tous déjà morts, chair empuantie,
Le démon se repaît de nos âmes, de nos corps, de nos esprits.
Dans la maisonnette toute fleurie,
Les enfants dansent, jouent et rient,
Les parents travaillent et se plient
A tous leurs devoirs et leurs soucis.
Les enfants ? les parents ? Leurs esprits ?
Exsangues, vidés, des sépulcres blanchis !
(Un coeur intelligent, par A. Finkielkraut, chapitre sur La tache de Philip Roth)
Enfer
Dans la maisonnette toute fleurie,
Dans le doux cocon où tous unis
Par les liens familiaux les plus forts
Les liens du sang, plus forts que la mort,
L’enfer construit sa demeure, tisse sa toile
Jour après jour, la tension infernale,
Nous suce tous, jusqu’à la moelle,
Et dans nos cœurs, et dans nos corps, dans nos esprits
s’installe,
Les liens du sang, chair royale,
Nourrissent l’hôte parasite,
Le combat n’est pas loyal,
Dans la maisonnette toute fleurie,
Dans le doux cocon où tous réunis,
Tous déjà morts, chair empuantie,
Le démon se repaît de nos âmes, de nos corps, de nos esprits.
Dans la maisonnette toute fleurie,
Les enfants dansent, jouent et rient,
Les parents travaillent et se plient
A tous leurs devoirs et leurs soucis.
Les enfants ? les parents ? Leurs esprits ?
Exsangues, vidés, des sépulcres blanchis !
Du mouvement de l'histoire chez Saint Bonaventure
Cet article passionnant ici :
Quelques extraits : "Ensuite, il[Saint Bonaventure] réaffirme que « Jésus Christ est la dernière parole de Dieu - en Lui Dieu a tout dit, se donnant et se disant lui-même. Plus que lui-même, Dieu ne peut pas dire, ni donner. L'Esprit Saint est l'Esprit du Père et du Fils. Le Seigneur dit de l'Esprit Saint : «...il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26) ; « il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 15). Il n'y a donc pas un autre Evangile, il n'y a pas une autre Eglise à attendre. L'Ordre de saint François doit donc lui aussi s'insérer dans cette Eglise, dans sa foi, dans son organisation hiérarchique ».
(Le vœu final du Pape devrait plaire à un mien professeur de philosophie que je connais bien.)
Quelques extraits : "Ensuite, il[Saint Bonaventure] réaffirme que « Jésus Christ est la dernière parole de Dieu - en Lui Dieu a tout dit, se donnant et se disant lui-même. Plus que lui-même, Dieu ne peut pas dire, ni donner. L'Esprit Saint est l'Esprit du Père et du Fils. Le Seigneur dit de l'Esprit Saint : «...il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26) ; « il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 15). Il n'y a donc pas un autre Evangile, il n'y a pas une autre Eglise à attendre. L'Ordre de saint François doit donc lui aussi s'insérer dans cette Eglise, dans sa foi, dans son organisation hiérarchique ».
L'idée du progrès
Mais, ajoute le pape, pour Bonaventure, - pour Benoît XVI - « cela ne signifie pas que l'Eglise soit immobile, fixée dans le passé et qu'il ne puisse pas y avoir de nouveauté dans celle-ci. «Opera Christi non deficiunt, sed proficiunt», les œuvres du Christ ne reculent pas, ne manquent pas, mais elles progressent», dit le saint dans la lettre « De tribus quaestionibus ».(Le vœu final du Pape devrait plaire à un mien professeur de philosophie que je connais bien.)
jeudi 11 mars 2010
De la désacralisation de l'art
A propos de l'art devenu une esthétique pour elle-même, avec un sens qui "s'enroule" autour de l'œuvre au lieu de s'ouvrir sur le monde et le ciel. D'où la mort de l'art à plus ou moins long terme car il ne se nourrit plus de la réalité mais de lui-même, comme le serpent dans je ne sais plus quel Tintin (au Congo je crois bien!^^) qui se nourrit de sa queue!
Le texte de Ratzinger explique bien ce problème du sens, qui est premier (le Sens qui est le Verbe fait chair), normalement, et qui devient, dans l'art moderne, second ou secondaire. Dieu n'est plus l'alpha et l'oméga de l'Homme, Celui qui donne le Sens de l'Homme, c'est l'Homme qui donne, après avoir fait son œuvre, un sens.
Quelques extraits de: Comprendre l'esthétique sous la direction d'André Akoun et Jean-Louis Ferrier. Le titre d'où sont tirées les citations est : Le renouvellement des langages - Un art qui refuse l'Art.
"Qu’est-ce que l’art ? de même qu’en littérature contemporaine il est peu d’œuvres importantes qui ne soient travaillées par l’inquiétude à l’égard des mots, qui ne soient habitées par sa propre critique et ne se questionnent : Qu’est-ce qu’écrire ?
(...)
Nous avons déjà évoqué l’humanisme qui, se substituant au théocentrisme du Moyen Age, fait de l’homme le souverain et le centre, l’homme sujet de raison qui transforme le chaos en ordre, dans la nature et dans l’art.
(...)
l’œuvre comme objet « en soi »
(...)
La linguistique a révélé que le langage n’est pas un instrument neutre ayant la seule fonction de traduire un monde existant en soi mais qu’il impose un ordre propre au monde qu’il a charge de signifier.
(...)
Bref, les anciens peintres commençaient par le sens et lui trouvaient des signes. Mais les nouveaux commencent par des signes, auxquels il ne reste plus qu’à trouver un sens. Donc l’œuvre n’est plus conçue comme la traduction ou l’interprétation d’un monde d’objets ou d’essences préexistant soit dans le monde extérieur, soit dans la subjectivité ou l’intellect de l’auteur. Elle a sa consistance propre, elle est.
(...)
une nouvelle approche de l’art par l’artiste, approche qui vise à annuler l’ancienne structure à quatre termes (le « modèle » [le référent] ; l’œuvrant [l’artiste] ; l’œuvre ; le spectateur) au profit d’un syncrétisme où s’abolit toute distance entre créateur et création.
(...)
l’auteur se conçoit lui-même comme un processus machinique de même nature que les machines elles-mêmes et conçoit son œuvre comme le produit d’un couplage de machines. L’important est là, dans cette mise en question d’un certain statut de la création, du créateur, de l’objet créé.
Et cette mise en question achève la désacralisation de l’art. Car il en va de la mort de l’art comme de la mort de Dieu. Nietzsche montre que la mort de Dieu n’est pas la fin de la religiosité car l’Homme occupe, pour un temps, le centre laissé vide par la divinité. Mais, dans ce passage de Dieu à l’Homme, le nihilisme déjà triomphe, un nihilisme qui s’occulte lui-même et qui ne voit pas que la mort de Dieu est nécessairement la mort de l’Homme. De la même façon, lorsque l’art cesse d’être pris dans le sacré pour ne plus signifier que lui-même, à l’intérieur de l’humanisme, il est déjà mort mais se maintient comme substitut de religiosité, instituant la coupure, propre à tout sacré, entre le monde profane et le monde idéal et entre ceux qui sont les serviteurs (et les maîtres) du sacré et ceux qui en sont exclus. Avec la dissolution de la notion d’auteur, avec la contestation de la différence entre ce qui serait de l’art et ce qui n’en serait pas, l’esthétique s’abolit comme religiosité et l’art comme royaume séparé.
(...)
Défini par sa force de négation sans limites, cet art-aventure se pensera désormais comme une action de refus du monde des hommes tel qu’il est, comme un acte d’insubordination, comme une revendication éthique et politique pour un droit à toutes les jouissances et à toutes les offenses, un droit de l’imaginaire, du surréel sur le réel et de Eros sur la Loi.
(...)
La volonté de l’artiste n’est plus de faire œuvre d’art mais de faire que la vie soit art."
Le texte de Ratzinger explique bien ce problème du sens, qui est premier (le Sens qui est le Verbe fait chair), normalement, et qui devient, dans l'art moderne, second ou secondaire. Dieu n'est plus l'alpha et l'oméga de l'Homme, Celui qui donne le Sens de l'Homme, c'est l'Homme qui donne, après avoir fait son œuvre, un sens.
Quelques extraits de: Comprendre l'esthétique sous la direction d'André Akoun et Jean-Louis Ferrier. Le titre d'où sont tirées les citations est : Le renouvellement des langages - Un art qui refuse l'Art.
"Qu’est-ce que l’art ? de même qu’en littérature contemporaine il est peu d’œuvres importantes qui ne soient travaillées par l’inquiétude à l’égard des mots, qui ne soient habitées par sa propre critique et ne se questionnent : Qu’est-ce qu’écrire ?
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Nous avons déjà évoqué l’humanisme qui, se substituant au théocentrisme du Moyen Age, fait de l’homme le souverain et le centre, l’homme sujet de raison qui transforme le chaos en ordre, dans la nature et dans l’art.
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l’œuvre comme objet « en soi »
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La linguistique a révélé que le langage n’est pas un instrument neutre ayant la seule fonction de traduire un monde existant en soi mais qu’il impose un ordre propre au monde qu’il a charge de signifier.
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Bref, les anciens peintres commençaient par le sens et lui trouvaient des signes. Mais les nouveaux commencent par des signes, auxquels il ne reste plus qu’à trouver un sens. Donc l’œuvre n’est plus conçue comme la traduction ou l’interprétation d’un monde d’objets ou d’essences préexistant soit dans le monde extérieur, soit dans la subjectivité ou l’intellect de l’auteur. Elle a sa consistance propre, elle est.
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une nouvelle approche de l’art par l’artiste, approche qui vise à annuler l’ancienne structure à quatre termes (le « modèle » [le référent] ; l’œuvrant [l’artiste] ; l’œuvre ; le spectateur) au profit d’un syncrétisme où s’abolit toute distance entre créateur et création.
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l’auteur se conçoit lui-même comme un processus machinique de même nature que les machines elles-mêmes et conçoit son œuvre comme le produit d’un couplage de machines. L’important est là, dans cette mise en question d’un certain statut de la création, du créateur, de l’objet créé.
Et cette mise en question achève la désacralisation de l’art. Car il en va de la mort de l’art comme de la mort de Dieu. Nietzsche montre que la mort de Dieu n’est pas la fin de la religiosité car l’Homme occupe, pour un temps, le centre laissé vide par la divinité. Mais, dans ce passage de Dieu à l’Homme, le nihilisme déjà triomphe, un nihilisme qui s’occulte lui-même et qui ne voit pas que la mort de Dieu est nécessairement la mort de l’Homme. De la même façon, lorsque l’art cesse d’être pris dans le sacré pour ne plus signifier que lui-même, à l’intérieur de l’humanisme, il est déjà mort mais se maintient comme substitut de religiosité, instituant la coupure, propre à tout sacré, entre le monde profane et le monde idéal et entre ceux qui sont les serviteurs (et les maîtres) du sacré et ceux qui en sont exclus. Avec la dissolution de la notion d’auteur, avec la contestation de la différence entre ce qui serait de l’art et ce qui n’en serait pas, l’esthétique s’abolit comme religiosité et l’art comme royaume séparé.
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Défini par sa force de négation sans limites, cet art-aventure se pensera désormais comme une action de refus du monde des hommes tel qu’il est, comme un acte d’insubordination, comme une revendication éthique et politique pour un droit à toutes les jouissances et à toutes les offenses, un droit de l’imaginaire, du surréel sur le réel et de Eros sur la Loi.
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Islamisation
Je recommande la lecture des derniers billets de Rebelles info :
- Sur l'islamisation de la Turquie, la lutte larvée entre le pouvoir étatique, appuyé par un mouvement islamiste radical et son armée, attachée (mais pour combien de temps? ) à la laïcité : " En Turquie un mouvement "opaque" appelé "Gulen" est en train de faire tache d'huile, à grande allure, sous la houlette d'un érudit : Gulen Fethullah ; sans que l'on sache s'il s'agit d'une confrérie authentique ou d'une création de l'AKP d'Erdogan pour absorber les laïcs en son sein et transformer plus aisément la Turquie en pays islamiste." (...)L'arrestation et l'inculpation, la semaine dernière, de hauts responsables de l'armée ont virtuellement précipité le pays dans sa crise la plus grave depuis la fondation de la république. Les semaines qui viennent indiqueront probablement si le pays poursuivra sa dérive vers l'islamisme ou s'il retournera à sa laïcité traditionnelle. "
- Sur l'islamisation française qui gagne du terrain : cette vidéo sur une école coranique française et ce témoignage de commerçants à Roubaix.Et cet article de Bivouac-id sur l'agression, par un de ses élèves, d'une professeur qui avait qualifié Al-Qaïda de terroriste. Ceci dans un collège privé catholique en Ardèche!
- Sur le massacre de chrétiens au Nigéria et l'explication mensongère de nos journalistes.
- Sur le procès de Geert Wilders, chez Bivouac-id, cette vidéo de Pat Condell. Avec cet extrait : "un système judiciaire qui criminalise la vérité est un système qui va mal"
Enfin, cette vidéo qui est une bonne synthèse à propos de l'islam et de ses dangers.
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Enfin, cette vidéo qui est une bonne synthèse à propos de l'islam et de ses dangers.
Mi-carême
-"Maman! Maman, faut que je trouve un déguisement!!
-Mais pourquoi?
-Passque demain, c'est... ca...ca... CANARD-VAL!"
-Mais pourquoi?
-Passque demain, c'est... ca...ca... CANARD-VAL!"
lundi 8 mars 2010
De la Beauté
Dans : "Dieu se cache sous les traits d'un enfant", "Homélies de Noël", éditions : Paroles et Silence. Benoît XVI, Cardinal Ratzinger
A propos de l'Évangile de Noël (Saint Luc et saint Matthieu) : Les "gras" sont de moi, pas les italiques :
"Cet Evangile fait depuis toujours partie de la liturgie de Noël, parce qu'il comporte la phrase qui indique la raison de notre joie, le véritable sens de la fête : "Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous." A Noël, nous ne fêtons pas l'anniversaire de quelque grand homme, comme il en existe beaucoup.Nous ne fêtons pas seulement le mystère de l'enfance. Certes, la fraîcheur, la pureté, la naïveté de l'enfant nous font espérer. Cela nous donne le courage de compter sur les nouvelles potentialités de l'homme; mais si nous nous cramponnons trop au nouveau départ de l'enfant dans la vie, cela pourrait bien ne laisser qu'un goût de tristesse, car cette candeur se perdra, elle aussi. L'enfant entrera à son tour dans la lutte, la compétition de la vie; il sera impliqué dans des compromis et humiliations, pour finir comme nous tous par être la proie de la mort. Si nous n'avions plus rien d'autre à célébrer que le seul bel épisode de la naissance et de l'enfance, ce serait la fin de toute beauté. Seul demeure l'éternel "deviens et meurs". Et l'on pourrait se demander s'il n'est pas triste d'être né, puisque cela ne mène qu'à la mort... C'est pourquoi il est si essentiel qu'il soit passé quelque chose de plus : le Verbe s'est fait chair."Cet enfant est le fils de Dieu", proclame un de nos plus beaux chants de Noël. L'incroyable, ce que l'on ne cesse d'attendre et qui est nécessaire s'est produit : Dieu est venu parmi nous. Il s'est uni à l'Homme de façon si indissoluble que cet Homme est vrai Dieu, né du vrai Dieu, Lumière née de la Lumière, et vrai Homme. Le sens éternel du monde est donc vraiment venu à nous, de sorte que nous pouvons le toucher et le contempler. Car ce que Jean nomme "le Verbe", signifie en même temps en grec "le sens". Nous pourrions donc parfaitement traduire par : le Sens s'est fait chair. Mais ce sens n'est pas simplement une idée générale, contenue dans le monde. Le sens est tourné vers nous; Il est une Parole, il s'adresse à nous. Le sens nous connaît, il nous appelle et il nous guide. Il n'est pas une loi générale, dans laquelle nous jouons un rôle quelconque. Il est dévolu à chacun personnellement. Il est lui-même une Personne : le Fils du Dieu vivant, né dans une étable à Bethléem.
Et cela semble trop beau à beaucoup d'hommes, en réalité à nous tous, d'une certaine façon! Il nous est dit : Oui, il y a un sens. Et il n'est pas une révolte impuissante contre l'insensé. Le sens est puissant. Il est Dieu. Et Dieu est bon. Dieu n'est pas un être suprême et lointain, que l'on ne peut jamais approcher. Il est tout proche, à notre portée, il entend toujours quand on l'appelle. Il a du temps pour moi, au point qu'il était un fils d'Homme, couché dans une étable et reste Homme éternellement. Et nous ne cessons de nous demander : Cela est-il possible? Cela convient-il à Dieu d'être un enfant? Nous ne voulons pas croire que la Vérité est belle; d'après notre expérience, la vérité finit la plupart du temps par être cruelle et sale. Et lorsqu'elle ne semble pas l'être, nous creusons, nous fouillons jusqu'à ce que nos suppositions nous donnent raison. On a dit de l'art qu'il était au service du Beau, lequel était splendor veritatis, la splendeur de la Vérité, son éclat intérieur. Mais aujourd'hui, l'art voit souvent sa tâche suprême dans le fait de débusquer en l'Homme ce qui est avili. Si l'on pense aux drames de Bertold Brecht, tout le génie du poète est voué au dévoilement de la vérité, non plus pour en montrer le rayonnement, mais les bas-fonds. La rencontre de la Vérité n'anoblit plus, elle abaisse. Ce qui explique que l'on tourne Noël et notre joie en dérision. En effet, si Dieu n'existe pas, alors ne subsiste aucune lumière, mais seule de la terre sale. Et là réside la vérité réellement tragique d'une telle "poésie".
(Homélie de Noël 1977)
A propos de l'Évangile de Noël (Saint Luc et saint Matthieu) : Les "gras" sont de moi, pas les italiques :
"Cet Evangile fait depuis toujours partie de la liturgie de Noël, parce qu'il comporte la phrase qui indique la raison de notre joie, le véritable sens de la fête : "Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous." A Noël, nous ne fêtons pas l'anniversaire de quelque grand homme, comme il en existe beaucoup.Nous ne fêtons pas seulement le mystère de l'enfance. Certes, la fraîcheur, la pureté, la naïveté de l'enfant nous font espérer. Cela nous donne le courage de compter sur les nouvelles potentialités de l'homme; mais si nous nous cramponnons trop au nouveau départ de l'enfant dans la vie, cela pourrait bien ne laisser qu'un goût de tristesse, car cette candeur se perdra, elle aussi. L'enfant entrera à son tour dans la lutte, la compétition de la vie; il sera impliqué dans des compromis et humiliations, pour finir comme nous tous par être la proie de la mort. Si nous n'avions plus rien d'autre à célébrer que le seul bel épisode de la naissance et de l'enfance, ce serait la fin de toute beauté. Seul demeure l'éternel "deviens et meurs". Et l'on pourrait se demander s'il n'est pas triste d'être né, puisque cela ne mène qu'à la mort... C'est pourquoi il est si essentiel qu'il soit passé quelque chose de plus : le Verbe s'est fait chair."Cet enfant est le fils de Dieu", proclame un de nos plus beaux chants de Noël. L'incroyable, ce que l'on ne cesse d'attendre et qui est nécessaire s'est produit : Dieu est venu parmi nous. Il s'est uni à l'Homme de façon si indissoluble que cet Homme est vrai Dieu, né du vrai Dieu, Lumière née de la Lumière, et vrai Homme. Le sens éternel du monde est donc vraiment venu à nous, de sorte que nous pouvons le toucher et le contempler. Car ce que Jean nomme "le Verbe", signifie en même temps en grec "le sens". Nous pourrions donc parfaitement traduire par : le Sens s'est fait chair. Mais ce sens n'est pas simplement une idée générale, contenue dans le monde. Le sens est tourné vers nous; Il est une Parole, il s'adresse à nous. Le sens nous connaît, il nous appelle et il nous guide. Il n'est pas une loi générale, dans laquelle nous jouons un rôle quelconque. Il est dévolu à chacun personnellement. Il est lui-même une Personne : le Fils du Dieu vivant, né dans une étable à Bethléem.
Et cela semble trop beau à beaucoup d'hommes, en réalité à nous tous, d'une certaine façon! Il nous est dit : Oui, il y a un sens. Et il n'est pas une révolte impuissante contre l'insensé. Le sens est puissant. Il est Dieu. Et Dieu est bon. Dieu n'est pas un être suprême et lointain, que l'on ne peut jamais approcher. Il est tout proche, à notre portée, il entend toujours quand on l'appelle. Il a du temps pour moi, au point qu'il était un fils d'Homme, couché dans une étable et reste Homme éternellement. Et nous ne cessons de nous demander : Cela est-il possible? Cela convient-il à Dieu d'être un enfant? Nous ne voulons pas croire que la Vérité est belle; d'après notre expérience, la vérité finit la plupart du temps par être cruelle et sale. Et lorsqu'elle ne semble pas l'être, nous creusons, nous fouillons jusqu'à ce que nos suppositions nous donnent raison. On a dit de l'art qu'il était au service du Beau, lequel était splendor veritatis, la splendeur de la Vérité, son éclat intérieur. Mais aujourd'hui, l'art voit souvent sa tâche suprême dans le fait de débusquer en l'Homme ce qui est avili. Si l'on pense aux drames de Bertold Brecht, tout le génie du poète est voué au dévoilement de la vérité, non plus pour en montrer le rayonnement, mais les bas-fonds. La rencontre de la Vérité n'anoblit plus, elle abaisse. Ce qui explique que l'on tourne Noël et notre joie en dérision. En effet, si Dieu n'existe pas, alors ne subsiste aucune lumière, mais seule de la terre sale. Et là réside la vérité réellement tragique d'une telle "poésie".
(Homélie de Noël 1977)
vendredi 5 mars 2010
Alléluia!!
Si vous avez de très très bons yeux, vous verrez 4-5 chevreuils traverser la route, c'était en allant à la messe ce matin (dimanche 7 mars), ils sont passés plus rapides que le vent qui soufflait fort, plus légers que toutes nos âmes!
J'ai reçu une très bonne nouvelle ce soir qui mérite cet Alleluia intempestif. Voilà.
Je crois que le Bon Dieu ne m'en voudra pas, même si on est un vendredi de carême. Je prends le risque.
C'est dingue, je sais.
J'ai reçu une très bonne nouvelle ce soir qui mérite cet Alleluia intempestif. Voilà.
Je crois que le Bon Dieu ne m'en voudra pas, même si on est un vendredi de carême. Je prends le risque.
C'est dingue, je sais.
mardi 2 mars 2010
Des renforts
Elle est partie au bord de l'eau il y a semaine, avec tous les enfants, laissant son mari travailler au calme. Elle n'aime pas ces séparations, elle vit alors comme dans un temps suspendu, et un espace irréel, comme dans Matrix qu'elle a regardé avec ses grands, une sorte de dimension virtuelle avec des ralentis tout au long de la journée qui s'écoule. Elle vit, elle agit, elle cuisine, parle, fait travailler les petits, elle se promène mais elle n'est pas là, en fait. La nuit, elle retrouve la bonne dimension et le temps est long. Pas de mari à ses côtés, le vide, le néant et le temps long. Elle gamberge des heures durant, repense à la conversation téléphonique anodine avec son homme, pèse et soupèse chaque mot, chaque intonation. Elle se l'avoue enfin, elle est dépitée de son manque de frustration à lui ("-Je te manque? - Non, j'ai jamais aussi bien bossé", lui a t-il répondu avec un enthousiasme désarmant qui lui a fait mal ), elle se demande pourquoi le poids de l'absence ne se porte que de son côté à elle et pas sur lui. Elle vit une demi-vie, elle n'est qu'une moitié d'elle-même, sans lui, et elle trouve injuste que son épanouissement passe nécessairement par lui. Elle n'est pas une femme libérée, pour reprendre les termes d'une chansonnette, c'est quand elle est enchaînée qu'elle est la plus libre, la plus elle-même, il faut bien l'admettre.
Elle rumine (dans sa chambrette qui l'étouffe à présent, elle entend le grondement des vagues au loin) les conversations hystériques de la veille avec ses parents : "il faut cesser de construire dans les zones inondables! " répètent-ils à l'unisson avec les journalistes et les politiques. Elle n'est pas d'accord et sans doute que sa moitié de sang hollandais dans les veines y est pour quelque chose. Elle pense que les terres conquises sur la mer sont une bonne chose, que l'homme est un conquérant, qu'il a toujours du faire à l'inverse de ce qui semblait être le bon choix pour survivre (utiliser du feu qui brûle, voguer sur les flots alors qu'il ne sait pas nager, voler, affronter l'inconnu etc...). Simplement, ce qui ne va pas, c'est la construction des digues et leur entretien : les hollandais, qui ont conquis une partie de leurs terres sur la mer, savent ce qu'il en coute de ne pas innover en permanence en matière de digues, de protections et d'assèchement des marécages. Nous, français, disons : "quittons nos terres inondées, abandonnons-les à la mer plus forte que nous." Fatalisme qui tue! Devrons-nous donc abandonner bientôt toute la Camargue? Toute la Bretagne? Abandonner toutes les zones inondables construites? Elle pense que le problème reflète bien de cette mentalité de looser qui nous enfonce. Du Paradoxe qui est la force de l'homme et qu'il a perdu.
Elle se relève au bout d'un moment et descend les marches subrepticement : elle gamberge sur un autre problème à ce moment-là : cette nuit, ce sont les grandes marées, par ici, la mer n'est pas loin et il y a surtout des marécages, une zone sauvage derrière la maison et cet espace était complètement inondé en fin d'après-midi. Elle craint que l'eau n'arrive jusqu'à la maison, et ne bloque le chemin et donc la bétaillère. Elle a enfilé un pantalon, un ciré, elle enfourche maladroitement le vélo de son fils et va surveiller le bout de la route, une lampe torche dans le bec. Ses parents, réveillés par le bruit, lèvent les yeux au ciel devant l'équipée nocturne de celle qu'ils considèrent toujours comme leur petite fille. Il est trois heures du matin, le chemin est dégagé jusqu'au portail. Mais à une vingtaine de mètres, l'eau sur la route se reflète dans la lueur de la lampe de poche. Elle soupire dans le froid, et rentre, plus réveillée que jamais. Les parents se recouchent en grommelant et elle se sent un peu sotte, vraiment gamine, pour le coup, avec ses bottes et son capuchon sur le nez, à trois heures du mat. Elle pense que, une fois de plus, sans lui, elle ne fait que des bêtises.
Au petit matin, la lumière allumée, elle se rendort. Puis, dans les brumes d'un réveil difficile, elle entend une petite voix claire : "Des renforts! Ze répète, ze veux des renforts!!" Les petits jouent aux soldats dans leur chambre à côté. Elle soupire, tend une main aveugle vers un oreiller froid et sans l'odeur chérie.Oui, elle veut du renfort aussi, songe t-elle épuisée. Et pas que pour les digues.
http://www.youtube.com/watch?v=9dvUqN4Dgpw
B.B. King Hold on (i Feel our Love is Changing)
Turn out the light, sleep won't come
I think about what's going wrong
Lying so close, so alone
Please turn to me, I'm almost gone
Hold on, I feel our love is changing
Hold on, please don't let me disappear
Hold on, there's time to rearrange things
Hold on, I'm not me without you here
Put out your hand, touch desire
Where there's a spark, could be a fire
Open your arms, let me see
If there's still love in you for me
Hold on, I feel our love is changing
Hold on, please don't let me disappear
Hold on, there's time to rearrange things
Hold on, I'm not me without you here
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