dimanche 29 novembre 2009

Absence


Je suis partie, il s’en est allé

Chacun vers son but, chacun à l’opposé,

Je suis partie, il s’en est allé,

C’est maintenant possible de s’aimer.


Heure par heure, avec minutie,

Je le guette, je le vois, je le suis,

J’évoque sa silhouette embellie,

Son regard surtout, de feu et de vie.


Je lui parle et, le croirez-vous ? Il me répond

Son esprit rend le mien fécond,

Il me possède de multiples façons,

Nous sommes unis, nous en vivons .


Je suis là, au milieu de tous,

Mais je suis partie aussi,

Avec lui, pour lui, en lui,

Je suis là au milieu de vous,

Mais je suis surtout avec lui.

samedi 28 novembre 2009

"Répliques" avec Alain Finkielkraut, Marcel Cohen, Renaud Camus.

Paysage écossais

L'INFINI

Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l'extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d'elle, dans ma pensée j'invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s'en faut
que le cœur ne s'épouvante.
Et comme j'entends
le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l'éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m'est doux dans cette mer.
(Léopardi)




Quelques notes de l'émission d'Alain Finkielkraut de ce matin, Répliques, avec Renaud Camus et Marcel Cohen. Je précise que je n'ai pas lu les ouvrages de ces deux écrivains, je ne les connais pas.
Néanmoins, l'intérêt de cette émission est justement de nous présenter les ouvrages, les cheminements, les thèmes chers à ces deux écrivains et de nous donner l'envie de les lire et de les dévorer.
Ces notes sont de mon fait, il y a beaucoup d'inexactitudes mais peut-être certains d'entre vous seront ils heureux de les lire. Et puis, il faut aller écouter l'émission, avec tous les extraits cités par Alain Finkielkraut.

MC : un angle du regard

AF commence par citer un passage de Faits de Marcel Cohen relatant la rencontre du personnage ("un homme") avec un chien et cette conclusion : "Nous avons peur l'un et l'autre".[remarque personnelle : il faudra que je retrouve ce passage d'une apparente banalité, la rencontre avec un chien, dans laquelle je m'identifie totalement].
AF conclut : nous avons besoin des yeux de la littérature pour voir ce qui se passe autour de nous, pour voir le monde.
MC renchérit en citant Sartre : la littérature ne peut ignorer le monde et avec elle nul ne peut s'en tenir ignorant.
RC qui commente MC : j'adore ces débuts : "un homme";
c'est l'invention d'une forme littéraire, c'est un angle de regard. Comme un photographe qui possède plusieurs angles de regard, 4-5 formules, angles qui sont celles de MC.
MC raconte ensuite l'histoire du pilote d'avion et du grand chêne, ce qui permet à AF d'interroger nsuite RC sur l'un de ses thèmes majeurs dans son Journal : le maillage du territoire . RC à ce sujet explique qu'effectivement, l'éloignement devient de plus en plus difficile car s'éloigner signifie d'une part quitter un lieu, une civilisation etc... mais aussi se rapprocher de quelque chose. Cet éloignement : une isolation vis à vis de la société, comme un poisson hors de l'eau.
Mais là, c'est le territoire qui se vide, qui change de peuple, de civilisation, de langue. Ce n'est pas moi, nous qui décidons de ne plus lui appartenir... C'est le territoire qui s'éloigne de l'homme.
RC continue : pour faire un roman on utilise des virtualités de soi-même. Les raisons que l'on a de s'éloigner sont diverses mais cet homme (de son livre) a le sentiment que la langue qu'il parle n'a plus cours, n'est plus la même, n'existe plus. Elles insulte ses valeurs.

De l'éloignement : forme optimiste (MC) et forme pessimiste (RC)

[AF relit à ce moment de l'émission quelques dialogues marquants du livre de RC qui témoignent de cette langue insensée (sans sens)]
AF : le héros se sent en exil, anormal, comme un zombi car il ne parle plus la langue de son pays, cette dernière n'a plus de sens. Le roman décrit cette dramatique situation avec un ton assez doux qui traduit en quelque sorte l'inéluctable, l'impossibilité de la lutte contre cet état de fait.
RC rebondit : effectivement, il n'y a pas lieu de lutter, que peut-on faire si ce n'est s'éloigner? (éloignement qui peut prendre différentes formes : rester sur place, là où on est peut être une forme d'éloignement. [Je me permet de renvoyer ceux qui lisent ces notes personnelles au très beau texte de Kundera ici : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/11/ma-vraie-place-etait-ici.html ] )
MC reprend la conversation : le héros de RC ambitionne non seulement de "partir" mais aussi de se retrouver quelque part. Un peintre [je n'ai pas retenu les noms des peintres cités] : "le sentiment d'être là", voilà ce qu'on éprouve en contemplant mes toiles. Or le sentiment de départ vient avec le sentiment de départ; Dans l'Odyssée, on l'oublie souvent, à la fin, Ulysse qui est dans les bras de Pénélope doit repartir... Cela est paradoxal. Il est arrivé, il est là où il doit être (dans les bras de Pénélope) et pourtant il re part!
Sans doute que pour avoir à raconter quelque chose, il faut être sur le départ.
AF le héros de Camus quitte la France et va, semble t-il, en Écosse. La "Scottomanie", plus que l'"Anglomanie" : l'amour, la fascination, la drogue de l'Écosse. Les paysages de brumes qui font disparaître le héros. Le sentiment, l'impression profonde de l'être ravagé de finitude qu'est l'homme face à l'infini. Ce héros, se perd, par l'Écosse, dans cet infini, c'est quelque part une forme de suicide.
RC : oui, la référence à Ulysse de MC est très plaisante et elle propose une finalité à l'éloignement (le désir de raconter) très optimiste, en effet, en opposition avec mon héros qui lui n'a pas ce désir de raconter, il va vers les terres de brumes où il peut "disparaître" : c'est moins optimiste que le dessein d'Ulysse. Aller plus loin pour se perdre dans l'infini.
AF : il y a des références (que le héros transmet en abandonnant des livres dans les hôtels) à Léopardi (son poème "L'infini").

A quoi bon? L'humanité se dépouille d'elle-même

AF se tourne de nouveau vers MC : dans Faits et Faits 2, MC vous faites référence à votre désir d'éloignement, à votre amour des voyages, en particulier le voyage sur des cargos. Pourquoi cette passion pour ces immenses porte-containers?
MC : ces derniers sont une forme de "luxe", ils représentent ces porte-containers de 240m de long et de 140m de large, non pas une forme d'éloignement mais une forme d'arrivée. C'est une vision extrêmement réelle, réaliste de la société que ces porte-containers qui contiennent en leur sein tout ce qui est nécessaire à la consommation. Il n'y a pas d'hommes sur ces porte-containers, peu d'hommes et encore moins dans les ports qui les accueillent. Référence à Rotterdam, l'un des plus gros ports à accueillir ces cargos et leurs marchandises : sur le port, tout se fait avec des machines téléguidées. Enfin, sur un porte-container, on ne voit pas la mer.
AF : la notion d'humanité est donc perdue : la morale de la mer est abandonnée : un porte-container qui éperonne un chalutier ne s'arrêtera pas forcément : les consignes sont strictes pour ne pas prendre du retard... Au bout du compte, ces voyages en porte-containers sont un miroir de ce que le monde fait de pire :
le voyage n'est plus un éloignement, il renvoie au monde, à lui-même, à ce que nous sommes.
Par ailleurs, le thème de l'horreur est très présent chez vous, par le biais de la Schoa.
Faire sentir l'horreur par le détail : une forme de littérature. [extraits de MC cités par AF pour illustrer ce thème]
MC : oui, j'essaie de ne pas tomber dans ce type de littérature [qui se complet dans l'horreur] mais j'ai été caché, enfant, durant la guerre et je ne peux oublier cet enfant.
RC : c'est grâce à la forme, à l'absence de lyrisme, du pathos que l'on convoque le lecteur à l'horreur.
AF : ce souci d'éviter le pathos : "
désassembler les mots vains", ce qui est une définition de la littérature, à partir de la lecture de MC.
MC : en effet, nous oublions que ce siècle commence en 1914 et montre très vite son vrai visage. Un peintre célèbre [impossibilité de savoir le nom du peintre, écouter l'émission] disait en 1911 : "nous sommes à l'orée d'une des plus grandes époques de spiritualité" et ce peintre sera tué en 1914...voilà comment se termine ce siècle de "grande spiritualité"!
AF : qu'est ce que cette humanité qui se dépouille d'elle-même?
RC : l'âme a besoin d'Absence mais l'Absence nous est refusée, nous ne manquons pas de solitude mais d'Absence, oui, certes. Absence d'Absence...
AF : on pense à Turner en vous lisant.(...) Il me fait faut citer un fait récent, significatif de cette humanité qui se dépouille d'elle-même et je fais dans le même temps à la fin du roman de Philip Roth, Exit le fantôme. Dans le 13 ème arrondissement parisien, des élèves d'une classe ont voulu virer leur professeur qui leur demandait de ne pas utiliser leur portable en cours. Comment se battre contre ce monde, contre cette humanité là?! Ce fait pourrait-il rentrer dans l'un de vos ouvrages, MC?
MC : tous les événements, tout doit pouvoir rentrer dans mes livres! Il y a pire encore que le portable, il y a les écouteurs : être absent au milieu des autres...
RC on peut bien sûr préciser les raisons politiques qui nous poussent à nous éloigner, à ne pas nous battre, raisons qui ne sont pas développées dans mon roman mais on peut y venir.
AF : mais vous ne vous dites pas, RC : à quoi bon?
RC : non.
Il est vrai que nous sommes sur la frontière entre la fiction et la non-fiction. [personnellement j'avais noté quelque part chez Xyr un jour que la fiction avait rejoint la réalité]
Mais selon moi, nous n'en sommes pas encore à l'Absence et la Renonciation : j'ai, comme vous le savez un petit parti politique, le parti de l'In-nocence...

Voici venu le froid...

Photo d'une rose de mon jardin, prise hier, avec ce "radieux" soleil d'hiver. C'est pourquoi j'ai mis ce poème que mon fils me récitait ce matin.

En écoutant l'émission d'Alain Finkielkraut tout à l'heure avec Renaud Camus et Marcel Cohen, Finkielkraut disait cette phrase lumineuse de simplicité : " Nous avons besoin des yeux de la littérature pour voir ce qui se passe autour de nous, pour voir le monde."


Voici venu le froid radieux de septembre
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres,
Mais la maison a l'air sévère ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles
Elles voudraient aller où les oiseaux s'envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin :
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Anna de Noailles

vendredi 27 novembre 2009

Au seuil d'une ère nouvelle (chapitre III)


"C’est la fin. Et soudain Dieu se penche en pleurant
Il me prend dans sa Main, me lève loin de l’enfer
Réfugiée, je ferme les yeux et meurs dans les airs
Dans ses Bras je suis depuis l’aube des temps
Et je ne le savais pas."
Extraits du livre : Le sel de la terre, par le Cardinal Ratzinger, éditions Flammarion/Cerf, 1997 Deux mille ans d'histoire du salut - et pas de rédemption? Depuis deux mille ans, on proclame la doctrine du salut, et depuis deux mille ans il y a une Eglise qui à la suite de Jésus nous promet un homme nouveau, la paix, la justice et l'amour du prochain. Toutefois, à la fin du IIe millénaire après Jésus-Christ, le bilan semble maigre comme il l'a rarement été auparavant. L'écrivain américain Louis Begley appelle même déjà le XXe siècle "un Requiem satanique". C'est, dit-il, un enfer de meurtres et de tueries, de massacres et de violences, une somme de toutes les terreurs. On a assassiné plus d'hommes au XXe siècle que jamais auparavant. C'est en ce siècle qu'ont eu lieu l'Holocauste et le développement de la bombe atomique. On a cru qu'après la Seconde Guerre mondiale s'ouvrirait une époque de paix. Mais après 1945 est venue une période déchirée par plus de guerres qu'aucune époque précédente. Et dans les années quatre-vingt-dix il se livre en Europe des guerres et des guerres de religion, dans le monde entier croissent la faim, l'exclusion, le racisme, la criminalité, la supprématie du mal. Certes, à l'issue du millénaire on peut enregistrer aussi de grands changements positifs, la fin du totalitarisme officiel dans les anciens Etats communistes et le chute du rideau de fer en Europe centrale, des dispositions au dialogue dans les régions en crise, une conciliation dans le Proche-Orient. Bien des gens, en songeant à l'action de Dieu et à l'action de l'homme sur cette terre, sont pris de doutes considérables : le monde a t-il vraiment été sauvé? Peut-on vraiment appeler les années qui ont suivi l'avènement du Christ des années de salut? Voilà bien des observations et des questions. La question fondamentale est effectivement celle-ci : le christianisme a t-il vraiment apporté le salut, a t-il apporté la rédemption, ou est-il en fait demeuré stérile? Le christianisme n'a t-il pas entre-temps perdu ses forces? Il faut d'abord répondre, je crois, que le salut, le salut qui vient de Dieu, n'est pas une grandeur quantitative ni que l'on peut additionner. Dans les connaissances techniques, le progrès de l'humanité peut s'arrêter à l'occasion, mais il continue d'une manière ou d'une autre. Ce qui est purement quantitatif est mesurable, on peut constater si tout a augmenté ou diminué. En revanche, il ne peut y avoir de progrès quantifiable dans l'amélioration de l'être humain, parce que chaque homme est un être nouveau et que l'Histoire recommence avec chacun de nous. Il est très important d'apprendre à faire cette distinction. La bonté de l'homme, pour l'exprimer ainsi, n'est pas quantifiable. On ne peut donc pas évaluer de combien s'est amélioré, de siècle en siècle, un christianisme qui l'année zéro a commencé comme un grain de sénevé, et qui devrait à la fin se dresser comme un arbre énorme, visible de tout le monde. Il peut toujours s'écouler et se briser, parce que le salut est toujours confié à la liberté de l'homme et que Dieu ne veut jamais lui ôter cette liberté. Le siècle des Lumières avait développé l'idée que le processus de la civilisation devait presque obligatoirement mener l'humanité au vrai, au beau et au bien. En conséquence, les actes barbares ne seraient plus concevables à l'avenir. La rédemption est toujours liée à la liberté, c'est ce qui fait d'elle aussi une aventure. Elle n'est donc jamais décrétée de l'extérieur ou cimentée par des structures inébranlables, mais elle est contenue dans le fragile vaisseau de la liberté humaine. Quand on croit que l'être humain est parvenu à un degré supérieur, alors on doit compter que tout cela peut de nouveau s'effondrer et se briser. Cela, dirais-je, est exactement la controverse que l'on retrouve dans les tentations auxquelles est exposé Jésus : la rédemption doit-elle être une structure cimentée dans le monde, chargée d'assurer du pain à tous pour que désormais il n'y ait plus faim nulle part? Ou est-elle quelque chose de tout différent? Parce qu'elle est liée à la liberté, parce qu'elle n'est pas imposée à l'homme, mais qu'elle marche vers sa liberté et qu'à cause de cette liberté elle est toujours jusqu'à un certain point destructible. Nous devons reconnaître aussi que le christianisme a toujours libéré les grandes forces de l'amour. Si l'on regarde ce qui est effectivement entré dans l'Histoire grâce au Christ, on voit que c'est déjà considérable. Goethe a dit : Vint alors le respect envers ce qui est au-dessous de nous. De fait, c'est seulement grâce au christianisme que s'est développé un respect envers tous les hommes dans toutes les situations. Il est déjà intéressant de noter que l'empereur Constantin, après avoir reconnu le christianisme, s'est senti en premier lieu obligé de modifier les lois afin que le dimanche soit férié pour tous, et a veillé à accorder certains droits aux esclaves. Ou je pense, par exemple, à Athanase, le grand évêque alexandrin du IVe siècle, qui évoque, de par sa propre expérience, comment les tribus s'affrontaient pour ainsi dire le couteau à la main, jusqu'à ce que les chrétiens introduisent une certaine disposition à la paix. Mais ce sont des choses qui ne sont pas données d'elles-mêmes par la structure d'un empire politique. Elles peuvent aussi, comme nous le voyons aujourd'hui, s'écrouler de nouveau. Là où l'homme abandonne la foi, les horreurs du paganisme reviennent en force. Je crois, nous avons réellement pu le voir, que Dieu s'est engagé dans l'Histoire avec une fragilité bien plus grande que nous l'aurions voulu. Mais c'est là sa réponse à la liberté. Et si nous voulons et affirmons que Dieu respecte notre liberté, alors nous devons aussi apprendre à respecter et aimer la fragilité de son action.

mardi 24 novembre 2009

Info à retenir

« Christus Regnat » (« Christ Reigns », le Christ règne) : c’était le thème cette année du grand rassemblement national de la jeunesse catholique américaine (National Catholic Youth Conference), essentiellement des lycées et des collégiens, qui s’est tenu du mercredi 18 au samedi 21 novembre derniers à Kansas City (Kansas). Prière, confession, récitation du Rosaire, enseignement et temps de partage étaient au programme très dense de ces quatre journées à laquelle ont participé de très nombreux évêques américains. La journée la plus “spectaculaire” fut sans doute celle du vendredi 20 novembre avec cette formidable Procession Eucharistique dans les rues de Kansas City, et qu’ont suivie plus de 22 000 lycéens (voyez les deux extraordinaires photos ci-dessous). Le cardinal Daniel DiNardo, archevêque de Galveston-Houston (Texas) a donné l’instruction, puis l’archevêque Joseph Naumann (diocèse de Kansas City) a procédé au Salut et à la Bénédiction du Très Saint-Sacrement au Sprint Center, et enfin l’évêque Robert W. Finn (diocèse de Kansas City-St. Joseph, Missouri) a mené la Procession Eucharistique du Sprint Center au Kansas City Convention Center.
L’est pas belle l’Amérique catholique ?(ndCD : Obama amène les gens à se démarquer)

Source : The Catholic Key Blog (diocèse de Kansas City-St. Joseph, Missouri). Merci à M.J.

lundi 23 novembre 2009

Adoration du Saint Sacrement


"Laissez venir à moi les petits enfants"



De mille feux dorés l'ostensoir resplendit
Son cœur ouvert reçoit la blanche Hostie
En cette heure du soir où tous rassemblés
Les mères affairées et leurs tout petits
Dans la chaleureuse chapelle consacrée.

A genoux, les mains jointes,ou bien alors,
Dans les bras de maman,un doigt dans la bouche,
Qui profite de l'heure sacrée et qui s'endort,
Que sa prière est tendre, et pleine d'amour.
Jésus se penche et contemple les trésors.

Un autre observe, fasciné, une petite araignée
Qui tisse son fil, près du Dieu Tout-Puissant.
L'enfant,du regard, suit l'animal familier
Il prie ainsi,perdu dans sa rêverie désarmante
Célébration naïve de la création et de sa beauté.

Un troisième pousse un gros soupir bruyant!
Jésus se tourne alors vers lui un peu tristement :
"N'es-tu pas bien, là, avec Moi et maman?
Laisse-Moi donc encore quelques instants
Avec vous tous, mes chéris, mes petits enfants."

Pas de questions dans vos regards innocents
Car, vous, vous connaissez toute la Réponse.
Vous buvez à la Source vive, oraison évidente
Mutuelle communion, simplicité de l'adoration.
Vous vous abreuvez à la source du Corps et du Sang

Du Seigneur Jésus, sans vaines interrogations
Devant le Mystère pour vous seuls dévoilé
Sans vous brûler les yeux, en pleine clarté
Sans vous torturer le cœur plein de dévotion.
Et moi qui ne peux supporter de plein fouet
L'immense Majesté de Celui qui s'offre sans effets,
Le reflet de Jésus, c'est dans le visage de mes bébés
Que je peux le contempler, en cette heure d'adoration.

dimanche 22 novembre 2009

Solennité du Christ, Roi de l'Univers


"Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, je suis celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant."

(
Livre de l'Apocalypse 1,5-8.)

"Ma vraie place était ici"

Jean 15, 18-19 : "Si le monde vous hait, sachez que moi, il m'a pris en haine avant vous.
Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien; mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait."


... "ayant quitté le tram pour de bon, j'entrepris à pied une longue promenade : presque avec passion, je contemplais ce paysage étrange et m'efforçais d'en déchiffrer le sens; je cherchais le nom de ce qui confère unité et ordre à ce tableau si disparate; passant auprès d'une maison idyllique enveloppée de lierre, je m'avisai qu'elle avait ici sa vraie place pour cela précisément qu'elle jurait tout à fait avec les hautes façades lépreuses qui se dressaient à son voisinage, comme avec les silhouettes de chevalements, de cheminées et de hauts fourneaux qui lui servaient d'arrière-plan; je longeai les baraquements d'un bidonville, et je vis une villa un peu plus loin, sale et grise il est vrai, mais entourée d'un jardin et d'une grille; à l'angle du jardin, un saule pleureur semblait s'être égaré dans ce paysage - et pourtant, me disais-je, c'est justement pour cela qu'il a ici sa vraie place.Ces incompatibilités me troublaient, non seulement parce qu'elles m'apparaissaient comme le dénominateur commun du paysage, mais, surtout, parce que j'y apercevais l'image de mon propre destin, de mon exil ici; et naturellement : pareille projection de mon histoire personnelle dans l'objectivité d'une ville entière me proposait une sorte de consolation; je comprenais que je n'appartenais pas à ces lieux, comme ne leur appartenaient pas le saule pleureur et la petite maison en lierre, comme ne leur appartenaient pas ces rues courtes menant nulle part, rues composées de constructions disparates, je n'appartenais pas plus à ces lieux, jadis allègrement ruraux, que ces hideux quartiers de baraques basses, et, je m'en rendais compte, c'est parce que je n'appartenais pas à ces lieux que ma vraie place était ici, dans cette consternante métropole des incompatibilités, dans cette ville dont l'étreinte implacable enchaînait ensemble tout ce qui était l'un à l'autre étranger."
(La plaisanterie, Kundera)

samedi 21 novembre 2009

Conversation littéraire

"Maman et moi nous livrons à d'intéressantes discussions littéraires, raconte Flannery.
Elle : Ah, L'idiot, ça te va bien de commander un livre portant ce nom-là. De quoi s'agit-il?
Moi : D'un idiot."
(Loin du Paradis,Flannery O'Connor, Geneviève Brisac)

vendredi 20 novembre 2009

De l'écrivain.

"Tous les vrais romanciers sont à l'écoute de cette sagesse supra-personnelle, ce qui explique que les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs auteurs. Les romanciers qui sont plus intelligents que leurs œuvres devraient changer de métier."
(Kundera, L'art du roman)

Pourquoi m'as-Tu abandonné?

"C'est la Grâce qui nous donne le Libre-arbitre par rapport au plus froid des monstres froids. C'est la grâce qui nous enlève le libre-arbitre lorsque nous nous enfermons dans l'égo." (un ami)


Seigneur, tu connais ma vie, le fond de mon âme

Mieux que moi-même, tu sondes les reins et les cœurs,

Tu sais les vices et vertus à l’origine de mes combats,

Plus de vices sans doute, de sombres raisons, de peurs…


Oui, Tu sais tout cela, Tu sais cela parfaitement

Et pourtant, tu me laisses agir, m’agiter, m’activer,

Jouer avec ceux qui m’entourent au plus près

Comme un chat avec une souris, cruellement


A grands renforts de discours, de découragements,

De colères si rouges que la crainte me submerge

Que toute maîtrise m’abandonne brutalement

Je tente de ravaler les murs de ma Forteresse


Oui, Tu sais tout cela, Tu sais parfaitement

Et pourtant, tu me laisses agir, m’agiter, m’activer

Jouer avec ceux qui m’entourent au plus près

Comme un chat avec une souris, cruellement


Sans rien me dire, oh Mon Dieu, sans hurler

Ta fureur du fond des abîmes de ta stupeur

Sans pleurer devant mon âme et mon cœur

Pervertis, sans nouveau déluge provoquer…


Non, rien de tout cela, qu’une indifférence

Glacée, un abandon total de ta créature ratée

Comme le chat avec la souris, Tu te penches

Sur moi, tu observes cruellement ta bien-aimée


Et je n’ai plus de Dieu à qui me vouer.

mardi 17 novembre 2009

Du Lecteur, suite et fin.





Je continue avec la notion de Lecteur : je reviens à cette histoire de monde transmis par l'écrivain.
Quand je lis un livre, un texte, c'est un monde qui m'est restitué, par l'intermédiaire de la vision de l'écrivain. Un monde, le mien. Du moins, il me faut me l'approprier une fois que je l'ai reçu.
Je vais prendre l'image de l'accouchement : l'écrivain "accouche" d'un livre, qui nous dévoile un monde (l'essence des choses, imparfaitement). Toujours cette même citation de Hugo von Hofmannsthal :
"Ce n'est pas qu'il pense sans cesse à toutes les choses du monde. Mais elles pensent à lui. Elles sont en lui, aussi le gouvernent-elles.(...) Son activité incessante est de rechercher en lui des harmonies, d'harmoniser le monde qu'il porte en lui."
Le lecteur est celui qui reçoit ce "bébé" dans les bras. A lui de le chouchouter, de le laver, de le nourrir, d'en prendre soin.

Vous allez me dire : de quoi parlez-vous ? du livre ou du monde? Je répondrais : "les deux mon capitaine!" Parce que la vision du monde donnée par le livre, c'est cela qui va être notre réalité, sur laquelle on va pouvoir travailler.
Donc, lire, relire les grands écrivains, des textes majeurs ou mineurs, c'est cela qui nous permet de nous prendre en main, de prendre en main notre monde.
Cette lecture et relecture devient à ce moment là indispensable : lorsqu'on s'occupe d'un bébé, ce dernier grandit : c'est le même mais toujours en évolution constante. Nous évoluons, notre monde évolue mais c'est toujours le même.
Alors, le livre, là-dedans? Asensio m'a sorti un truc bizarre récemment : je lui demandais que représentait pour lui cette Parole, l'écrit qui s'est prostitué, ce Cadavre de la littérature qui n'en finit pas de mourir et qui ne peut que renaître de ses cendres. Il a fini par me dire (le Stalker) : Walter Benjamin (connais pas) pense qu'il s'agit de "l'âme du monde". Le livre, les livres sont cette "âme du monde", une "constante" qui ne cesse d'évoluer.

Il y a des lecteurs qui laissent tomber le bébé reçu. Il y en a qui explosent le bébé contre un mur. Il y a des lecteurs qui ne veulent pas de la vision de l'écrivain, qui refusent le monde tel qu'il est rendu par l'auteur et qui détruiront ce dernier pour être sûrs que ce monde n'apparaîtra jamais (cf. la fin du Maître du Haut Château,* cf. le simple fait que les premiers à être éliminés dans un régime totalitaire sont les écrivains, les poètes, les philosophes, les artistes).

Conclusion par Kundera, dans L'art du roman : "Le roman n'examine pas la réalité mais l'existence. Et l'existence n'est pas ce qui s'est passé, l'existence est le champ des possibilités humaines, tout ce que l'homme peut devenir, tout ce dont il est capable."
Ce qui signifie : rien n'est définitif dans le roman, c'est à dire dans l'homme : tout est possible, tout revirement est possible et même la fiction la plus aboutie (je pense par exemple à Grande Jonction de Dantec ou à la Route de MaCCarthy) peut ne pas avoir lieu même si certains signes flagrants nous indiquent une direction peu ou prou inéluctable.
Kundera dit toujours dans le même essai :
"C.S. : L'époque des paradoxes terminaux où vos romans sont situés doit donc être considérée non pas comme une réalité, mais comme une possibilité?
Milan Kundera : "Une possibilité de l'Europe. Une vision possible de l'Europe. Une situation possible de l'homme."


* Juliana à l'écrivain censuré : "-Bonne nuit, dit-elle en lui serrant la main. Faites ce que vous dit votre femme. Portez au moins une arme sur vous." (Le Maître du Haut château de Philip K. Dick)


dimanche 15 novembre 2009

Larmes


A l’aube, un doux baiser donné et reçu, une odeur chérie

Qui s’estompe trop vite, je me lève déjà toute tendue

Vers les tâches à accomplir. Dehors, il fait encore nuit

Je réveille les petits, les embrasse à bouche que veux-tu.


Et mes larmes coulent, sur mon visage, glissent jusque dans mon cœur

Comme l’eau du fleuve jamais interrompue, sans retenue et sans heurt

Les larmes coulent depuis toujours, mais maintenant elles sont apparues :

Auparavant, invisibles et secrètes, elles passaient leur chemin, inaperçues.


Je travaille et souris, m’esclaffe et ris, un bon mot, c’est du pain béni.

Le soleil brille, il est monté ce matin, royal et immense, au travers

De la forêt, dans les brumes vaincues ; un oiseau tout petit et fier

A chanté au cœur du long hiver, sa première et douce mélodie.


Et mes larmes coulent, sur mon visage, glissent jusque dans mon cœur

Comme l’eau du fleuve jamais interrompue, sans retenue et sans heurt

Les larmes coulent depuis toujours, mais maintenant elles sont apparues :

Auparavant, invisibles et secrètes, elles passaient leur chemin, inaperçues.


Dans la maison, je m’adonne avec ardeur à la fièvre salvatrice

Reposante et bienfaitrice du ménage. Activité et rangement

Qui ordonne et apaise mon esprit chaotique ; les gestes constructifs

Cicatrisent les plaies de guerres et tueries vécues enfant.


Et pourtant !


Mes larmes coulent, sur mon visage, glissent jusque dans mon cœur

Comme l’eau du fleuve jamais interrompue, sans retenue et sans heurt

Les larmes coulent depuis toujours, mais maintenant elles sont apparues :

Auparavant, invisibles et secrètes, elles passaient leur chemin, inaperçues.


J’ai passé une merveilleuse soirée, entourées de bons amis, avec mon mari

Ensembles nous avons évoqué le monde et sa beauté, nos soucis aussi

Dans la nuit, il m’a aimé avec transport, avec folie et je me suis endormie

Sans ombre ni nuage, lovée tout contre lui, au chaud, sans rêves aussi.


Mais mes larmes ont coulé, sur mon visage, ont glissé dans mon cœur

Toute la nuit, comme l’eau du fleuve jamais interrompue,

Elles ont coulé et au matin j’ai vu l’oreiller trempé de mes pleurs.

Auparavant, elles passaient leur chemin, inaperçues.


(Comme on dit aujourd'hui : rediffusion)






Du lecteur, suite.

Livre de Daniel 12,1-3.
« En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui veille sur ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n'y en a jamais eu depuis que les nations existent. Mais en ce temps-là viendra le salut de ton peuple, de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu.
"


"Esseulé, tu n'es cependant pas
seul. Quand tu avances, la Bibliothèque marche avec toi."

(Christophe van Rossom, "Savoir de guerre")


J'ai lu récemment la célèbre uchronie de Philip K. Dick, "Le maître du Haut Château."
L'auteur imagine que la Seconde Guerre Mondiale a été gagnée par les Allemands (qui détiennent tout le bloc de l'Est) et les Japonais (qui tiennent eux, tout l'Ouest dont les États-Unis).
La fin de ce livre m'a inspirée de curieuses réflexions : une jeune femme, du nom de Juliana, acoquinée avec une espèce de nazi, se rend chez un écrivain qui a écrit une fiction, "La sauterelle pèse lourd". Cet ouvrage connait un grand succès au travers de tout le pays, mais c'est un ouvrage censuré par le pouvoir en place, que tout le monde lit sous le manteau.
Juliana, entraînée par son partenaire aux sombres secrets et buts inavouables (il veut éliminer l'écrivain), lit le livre, se débarrasse du tueur (en l'assassinant froidement) et décide coûte que coûte de rencontrer l'auteur.
Ce dernier lui avoue que ce livre, d'une certaine façon n'est absolument pas de lui, mais inspiré par l'Oracle (Le Yi King ou Livre des Transformations).
"Ce n'est pas qu'il pense sans cesse à toutes les choses du monde. Mais elles pensent à lui. Elles sont en lui, aussi le gouvernent-elles.(...) Son activité incessante est de rechercher en lui des harmonies, d'harmoniser le monde qu'il porte en lui." explique Hugo von Hofmannsthal, à propos du poète, dans "Le poète et l'époque présente".
Autrement dit, l'écrivain, ou le poète, n'est pas pour grand chose dans ce qu'il doit écrire. Tout son travail consiste à accoucher de ce monde qu'il porte en lui. Mais ce monde ne lui appartient pas d'une certaine façon. Il est. Qu'il le veuille ou non.

Juliana, la lectrice de Abendsen chez K. Dick, révèle alors à ce dernier un "secret" incroyable :
"Hawthorne leva la tête pour la dévisager. Il avait une expression presque féroce.
-Cela veut dire, n'est-ce pas, que mon livre est vrai?
-Oui, dit-elle.
-L'Allemagne et le Japon ont perdu la guerre? dit-il, fou de colère.
-Oui.
Alors, Hawthorne referma les deux volumes et se leva sans rien dire.
-Et même vous, vous ne regardez pas les choses en face, dit Juliana."

Ce passage hallucinant où la lectrice lambda révèle à l'écrivain lui-même que sa fiction est la réalité! C'est proprement prodigieux, ou plutôt génial de la part de K. Dick.

Sans les lecteurs, le livre n'est rien : un atome qui n'a pas explosé. Une balle toujours dans le chargeur. Il faut lire, tirer, tuer, mourir pour faire jaillir pardoxalement la vérité et la vie.
C'est le lecteur qui rend possible la vie du livre. La vie tout court. Le monde dont accouche l'écrivain ne survivra que grâce à la nourriture et aux bons soins du lecteur. Ce monde appartient au lecteur, il nous appartient.


samedi 14 novembre 2009

Du lecteur

"Le règne du chiffre a supplanté celui de la lettre. Demeurer lettré au sein d'un monde prosterné devant le nombre est une des rares modalités de l'insoumission. La liberté, c'est celle aussi de se choisir des maîtres par delà l'espace et le temps."(Christophe van Rossom, "Savoir de guerre")


"La forêt fraîche et sombre m’a happée de nouveau
Dans ma nuit, enfoncée, dans le gouffre, le saut."
(...)
"J’ai mon glaive bien en main, rien ne m’atteindra.
La bête est énorme, luisante et noire, l’œil fou."(1)


Je voudrais revenir sur la notion de Lecteur.
J'ai une idée très élevée de cette action : lire des livres. Plus encore que l'Ecrivain qui écrit, j'estime que lire un livre est un combat, une lutte, la seule qui vaille la peine d'être vécue pour l'homme sur cette bonne vieille terre : une lutte existentielle.

"Le roman accompagne l'homme constamment et fidèlement dès le début des Temps modernes. La "passion de connaître" (celle que Husserl considère comme l'essence de la spiritualité européenne) s'est alors emparée de lui pour qu'il scrute la vie concrète de l'homme et la protège contre "l'oubli de l'être"; pour qu'il tienne "le monde de la vie" sous un éclairage perpétuel. C'est en ce sens-là que je comprends et partage l'obstination avec laquelle Hermann Broch répétait : Découvrir ce que seul un roman peut découvrir, c'est la seule raison d'être d'un roman. Le roman qui ne découvre pas une portion jusqu'alors inconnue de l'existence est immoral.La connaissance est la seule morale du roman."(2)

C'est l'idée et la raison d'être de ce ridicule blog, de cet atome qui n'a même pas explosé... remettre des balles dans mon chargeur, avais-je écrit en créant cette structure. Témoigner de l'acte éminent que représente la lecture.Lire pour vivre, survivre, lutter contre "l'oubli de l'être" qui envahit nos âmes et tout notre univers.

Je passe beaucoup de temps à lire, donc. Souvent c'est une balle que je tire sans savoir si elle va atteindre son but.Quelqu'un d'éminent m'avait donné comme titre : "tireur d'élite", mais je comprends à présent qu'il s'agit plus d'une responsabilité que d'un honneur ou une gloire. Le tireur d'élite n'a droit qu'à un seul tir et il doit faire mouche.Bon, il y a encore des progrès à faire, à dire vrai... Mais j'ai d'excellents maîtres : des écrivains morts depuis longtemps et des écrivains vivants aussi.

"La quête du moi a toujours fini et finira toujours par un paradoxal échec."(3)

La difficulté n'est pas tant de lire que d'assumer ce que l'on lit.Beaucoup ont des réactions de rejet devant leurs lectures car le livre renvoie dans la tronche de ceux qui lisent leurs propres manquements, leurs faiblesses, leurs abîmes. Et il faut savoir les affronter. Cet "oubli de l'être", ce "moi" qui est la finalité du roman selon Kundera, qui a vraiment envie d'en dessiner les contours précis? Qui souhaite vraiment soulever la dalle du langage?(4) Qui désire descendre dans la cave rencontrer la bête immonde?(5)

Lire, c'est prendre à bras le corps cette vie qui nous est donnée et aller au bout de ses actes, de sa contemplation, de sa prière.
Ne pas craindre de traverser les épreuves, l'enfer, ne pas avoir peur de mourir à soi pour naître à soi et vivre pour de bon. Ne pas demeurer un mort-vivant. Devenir un saint.
C'est la seule alternative qui nous est donnée sur cette bonne vieille terre.
"Si quelqu'un m'aime, qu'il prenne ma croix et qu'il me suive." (la croix, ce "paradoxal échec!")
Parce que : "Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie".

Notes :
1/ un poème que j'ai écrit : "Philosopher", ici : http://oralaboraetlege.blogspot.com/2009/07/philosopher.html
2/ L'art du roman, de Milan Kundera.
3/L'art du roman, de Milan Kundera.
4/ Expression donnée par un ami, très grand lecteur de Bloy.
5/ Allusion à ce passage dans le texte d'XP sur Ilys : http://ilikeyourstyle.net/2009/11/13/michel-3/
"Je suis tombé dans les escaliers pour atterrir sur la porte de la bibliothèque du maître, à la cave. Sur le seuil, j’ai vu le monstre. La bête qui hantait Lovecraft était là, comme si elle gardait la pièce."





vendredi 13 novembre 2009

Claude Lévi Strauss

Un article sur Claude Lévi Strauss ici :

http://www.libertepolitique.com/culture-et-societe/5657-claude-levi-strauss-
et-lheritage-du-post-modernisme

jeudi 12 novembre 2009

Déchiffrer ta parole illumine et les simples comprennent.

Livre de la Sagesse 7,22-30.8,1.

Il y a dans la Sagesse un esprit intelligent et saint, unique et multiple, subtil et rapide ; pénétrant, net, clair et intact ; ami du bien, vif, irrésistible, bienfaisant, ami des hommes ; ferme, sûr et paisible, tout-puissant et observant tout, traversant tous les esprits, même les plus intelligents, les plus purs, les plus subtils. La Sagesse, en effet, peut se mouvoir d'un mouvement qui surpasse tous les autres, elle pénètre et traverse toute chose à cause de sa pureté. Car elle est la respiration de la puissance de Dieu, le rayonnement limpide de la gloire du Maître souverain ; aussi rien de souillé ne peut l'atteindre. Elle est le reflet de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l'activité de Dieu, l'image de sa bonté. Comme elle est unique, elle peut tout ; et sans sortir d'elle-même, elle renouvelle l'univers. De génération en génération, elle se transmet à des âmes saintes, pour en faire des prophètes et des amis de Dieu. Car Dieu n'aime que celui qui vit avec la Sagesse. Elle est plus belle que le soleil, elle surpasse toutes les constellations ; si on la compare à la lumière du jour, on la trouve bien supérieure, car le jour s'efface devant la nuit, mais contre la Sagesse le mal ne peut rien. Elle déploie sa vigueur d'un bout du monde à l'autre, elle gouverne l'univers avec douceur.

lundi 9 novembre 2009

Sanctuaire



Mon curé s’est avancé dès les lectures terminées
Son sermon débutait et nous nous sommes assis.
Il voulait évoquer la Veuve de Serapta et Elie,
Agrandir notre foi de la taille d’un grain de sénevé.

Alors que le pays est plongé dans la famine,
Elie, prophète de malheur envoyé par Dieu,
Demande à la femme un peu de farine
A boire aussi, une galette cuite sur le feu.

La veuve accepte et dit : « nous mangerons
Ce repas, avec toi, et puis nous mourrons »
Elie rassure son monde et l’adjure à la foi
En son Seigneur avec qui rien ne manquera.

Confiance ! s’écrie mon bon prêtre exalté
Le Seigneur est certainement bien soucieux
De nos besoins primaires et ventres tout creux
Son amour est sans faille, grande est sa pitié !

Confiance, foi, espérance, les mots dansent
Dans ma tête, je veux vraiment les attraper
Faire plaisir à Jésus, (et aussi à mon curé)
Prier un peu mieux, comprendre tout le sens.

Devant mes yeux, soudain, une mère et son bébé,
Un tout petit, tout rose et blanc, un nouveau-né
Elle le lève dans ses bras, un baiser, un câlin
Le pose contre elle et je n’écoute plus rien.

Le profil est pur, sa beauté si douce, son œil fermé.
Calmé très vite, il dort de nouveau, avec application
Je ne vois plus que lui, sa joue si petite et si ronde,
Contre le sein de sa mère, sa bouche écrasée.

Il dort, sans se soucier de rien, des lendemains
Qui chantent et qui pleurent, des combats futurs
Il dort tous sourires et ne manque de rien
Enveloppé dans l’amour, comme dans une armure.

Je contemple, j’observe éperdue le tableau si doux
Et Jésus me dit alors, dans un imperceptible murmure :
« Je veux ta confiance, ta foi, ton cœur et tes blessures;
Comme l’enfant qui repose dans un abandon total et fou,

Comme ce petit s’est blotti tout contre sa mère
Viens te réfugier dans mon Sanctuaire, laisse-Moi faire,
Viens te reposer sur ma Croix, et tu obtiendras tout de mon Père."

dimanche 8 novembre 2009

J'ai traversé l'épreuve et j'en suis sorti


Ci-joint un commentaire que j'ai laissé sur ce site : http://renartleveille.wordpress.com/2009/10/14/un-dinosaure-dans-la-blogosphere/#comment-16836

lire d'abord l'intervention de Dantec sur son site à lui pour comprendre de quoi il retourne :

http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/l-etincelle-et-les-extincteurs


Re bonjour ou re bonsoir,je ne sais pas trop : j’ai retrouvé un passage de K. Dick qui explicite à mon sens fort bien l’épreuve traversée par cette écrivain, Nelly Arcan.
Dans ce passage, le “combat” se termine bien. Pour Nelly Arcan, ça n’a pas été le cas. Je serais tentée de lui transmettre des excuses, comme l’un des héros de K. Dick : le soutien envers nos écrivains, nos artistes doit être inconditionnel et total.
Je commence par mette en exergue un passage du texte de Dantec, pour faire écho à K. Dick.Comprenne qui pourra!
Excusez-moi, derechef, pour la longueur du post.
Merci à Maurice G. Dantec pour son intervention si éclairante.

NELLY ARCAN : L'ETINCELLE et LES EXTINCTEURS par Dantec :

"Peu de temps après la parution d'A ciel ouvert, alors que la critique journalistique poursuivait ses valses-hésitations autour de la « nouvelle Nelly Arcan », l'hebdomadaire gratuit ICI-MONTREAL parvint à l'attirer dans ses colonnes même pas infernales, et le ciel enfin offert se transforma irrésistiblement en une nouvelle cellule carcérale, celle de la presse à poncifs humanitaires, celle des pigistes guévaristes à la petite semaine, celle des « transgressifs » à géométrie phantasmatique variable, celle qui aimait bien Nelly Arcan, mais sous la neige carbonique des idées reçues.
Ainsi Nelly Arcan devint chroniqueuse socio-culturelle pour une vulgaire machinerie du nihilisme soft alors même que les cieux littéraires s'étaient enfin ouverts dans l'orage de la krisis ontologique, avaient avalé le monde, et permis à toutes les identités de sa personne de se réunir tout en restant disjointes bref, au moment où elle était devenue un écrivain à part entière."

Philip K. Dick, dans le Maître du Haut-Château :
"... cet objet [une broche créée de façon artisanale] nous laisse entrevoir un monde entièrement nouveau.
(...)
-Les mains de l’artisan, dit Paul, avaient du wu, et ont permis à ce wu de s’infiltrer dans cette pièce [la broche]. Il est possible qu’il ne sache qu’une chose, c’est que cette pièce le satisfait. Elle est complète, Robert.
[comme le dernière ouvrage de Nelly Arcan : un livre à part entière]
(...)
Des pièces comme celle-ci... dit Paul qui prenait une fois de plus la broche à la main.(Il referma le couvercle et rendit la boîte à Childan.)... peuvent être produites en grande série. Soit en métal soit en plastique. D'après un moule. En n'importe quelles quantités.
-Et en ce qui concerne le wu? demanda Childan au bout d'un instant. Est-ce qu'il subsisterait dans les articles ainsi fabriqués?
Paul ne répondit rien.
(...)
-Il semblerait, dit Childan, qu'il y ait beaucoup d'argent à gagner là-dedans.
Paul fit signe que oui.
-C'est cela votre idée? demanda Childan.
-Non, dit Paul et il resta silencieux.
(...)
-Les artisans américains ont fait cet objet entièrement à la main, c'est exact? C'est un travail de leur corps?
-Oui, depuis le dessin original jusqu'au dernier polissage.
-Monsieur! Est-ce que ces artisans vont marcher? J'imaginerais qu'ils rêvent d'autre chose pour leur travail.
-Je me risquerai à dire qu'on pourra les persuader, dit Childan. (Le problème lui apparaissait comme mineur.)
-Oui, dit Paul. Je le suppose.
Il y avait quelque chose dans le ton de Paul que Childan remarqua aussitôt. Une façon nébuleuse et particulière d'insister. Cela s'imposa à Childan. Il avait sans aucun doute dissipé l'ambiguïté : il voyait.
Bien sûr. Toute cette affaire, c'était le cruel renoncement auquel aboutissaient les efforts des Américains, et il y assistait. Du cynisme, mais à Dieu ne plaise, il avait avalé l'hameçon, la ligne et le plomb. Il m'a conduit à cette conclusion : les productions manuelles américaines sont tout juste bonnes à servir de modèles pour des porte-bonheur de pacotille.
C'était ainsi que les Japonais imposaient leur domination, non par la brutalité, mais avec cette subtilité, ingéniosité, une ruse inlassable.
Seigneur! Nous sommes des Barbares à côté d'eux. Nous sommes simplement des lourdauds en présence de raisonnements aussi impitoyables. Paul ne m'a pas dit que notre art est sans valeur; il me l'a fait dire. Et par une ironie suprême, il se prend à regretter ce que j'ai dit. Une manifestation de chagrin simulé, comme peut en avoir un civilisé, en entendant la vérité sortir de ma bouche.
Il m'a brisé dit Childan, presque à haute voix- heureusement, cependant, on ne l'entendit pas, cette pensée resta pour lui seul. Il nous a humiliés, ma race et moi. Et je suis sans recours. Il n'y a pas moyen de se venger; nous sommes battus et nos défaites sont comme cela, si ténues, si délicates que nous pouvons à peine les percevoir. En réalité, il nous faut franchir une étape dans notre évolution pour pouvoir prendre même conscience que c'est arrivé.
(...)
Paul, dit Robert Childan.(Sa voix était comme un coassement maladif; ni contrôle ni modulation.)
-Oui, Robert.
-Paul... je...suis... humilié.
Sa tête tournait.
-Pourquoi cela Robert?
Il paraissait intéressé, mais il était plutôt détaché. Il ne se sentait pas en cause.
-Paul. Un moment. (Il tripotait le petit bijou, qui était humide de sueur.)Je... suis fier de ce travail. Il ne peut pas être envisagé d'en faire des porte-bonheur de pacotille. Je rejette l'idée.
Une fois de plus, il ne put saisir la réaction du jeune japonais, qui prêtait simplement l'oreille, sans plus.
-Merci tout de même, dit Robert Childan.
Paul s'inclina.
Robert Childan s'inclina.
-Les hommes qui ont fait cela, dit Childan, sont des artistes américains pleins de fierté. Moi compris. Suggérer d'en faire des porte-bonheur de pacotille est donc une injure et je demande des excuses.
Un silence incrédule et prolongé.
Paul le guettait toujours. Un sourcil relevé légèrement et ses fines lèvres crispées. Un sourire?
-Je le demande, dit Childan.
C'était tout; il ne pouvait pas aller plus loin.
A présent, il se contentait d'attendre.
Rien ne se passait.
S'il vous plaît, disait-il en lui-même, aidez-moi.
-Pardonnez mon excès de prétention.
Il lui tendit la main.
-Très bien, dit Robert Childan. Il se serrèrent la main.
Le calme revint dans l'esprit de Childan. J'ai traversé l'épreuve et j'en suis sorti. Tout est fini. Par la grâce de Dieu; cela s'est produit au moment précis où il le fallait pour moi. Une autre fois - cela se passerait autrement. Pourrais-je jamais oser une fois de plus forcer ma chance? Probablement non.
Il se sentait mélancolique. Un bref instant, comme s'il montait à la surface et la voyait dégagée.
La vie est courte, se disait-il. L'art, ou quelque chose qui n'est pas la vie, est long, cela s'étend sans fin, comme un ver solide.Plat, blanc, il n'est pas lissé par le passage de quoi que ce soit par dessus ou en travers. Je suis là. Mais pas pour longtemps. Il prit la petite boîte et rangea la joaillerie Edfrank dans la poche de son veston.

Le nom


Du fond des univers, une vibration a surgi.
Si lointaine, si longue à venir que son origine
N’existe plus, elle s’est dissoute, elle a fui
Et la fin arrive doucement, une vaporeuse ligne.

C’est un nom. Un mot. Un son. Une parole.
Prononcée par Qui ? Est-Il mort depuis ?
Quelques têtes se dressent, le vent vole,
Il faut saisir ce qui s’étiole, dans les bruits.

Tout est en attente, haletante et mourante,
Si le souffle ne s’immisce pas, ce sera perdu,
Il faut le nom, il faut l’homme, le mélange
Et, de la nuit des temps, une âme nouvelle-venue.

Une petite âme nue, tremblante et fragile
Le nom l’écrase au lieu de l’épanouir
Elle doit se défendre, et guerroyer
Contre lui, le vaincre et se l’attacher

Une fusion totale, unique et subtile
Vivre cette tension, réussir cette crucifixion
Au jour de la mort, enfin, l’âme et le nom
La conjonction singulière d'où jaillit la vie.

samedi 7 novembre 2009

Ma carte du monde

"C'est là qu'elle affirme la chose qui lui importe le plus, le noyau de toutes ses certitudes romanesques et religieuses ; l'œuvre romanesque s'adresse à tous ceux qui cherchent à approfondir leur sens du mystère au contact de la réalité, et leur sens de la réalité au contact du mystère." (Geneviève Brisac, "Loin du Paradis, Flannery O'Connor)


J'ai lu quelques textes vraiment merveilleux, vraiment intéressants et je m'en vais vous en donner quelques extraits.
Ces écrits constituent ce que j'appelle ma "carte du monde", mon œil et mon doigt suivent des chemins compliqués mais je veux arriver au bout de ma Route qui est encore longue et donc, patiemment, lentement, je dessine au crayon ma carte, je gomme parfois, je reprends le chemin en sens inverse, je m'agenouille souvent pour observer des traces laissées par des conquérants passés avant moi, je me penche jusqu'au sol pour écouter les sons de ma terre, au milieux du vacarme assourdissant qui m'entoure, je me redresse et je continue ma marche.
Ces textes ne semblent pas avoir de liens entre eux : cependant, l'un sera une colline, l'autre une plaine, un troisième une montagne, le quatrième un Croisement. "Ces mots ne sont pas de ce monde, ils sont un monde, pour soi, justement un monde complet et total comme le monde des sons."

http://festivhank.blogspot.com/2009/11/ami-entends-tu.html
Hank : "Je confesse avoir eu les plus grandes difficultés à réaliser que la tradition qui précède mon être est une forme mouvante. Je confesse, tout d'abord, avoir eu les plus grandes difficultés à envisager la notion de tradition. Mais c'est aujourd'hui un chemin dont l'atmosphère ne m'est plus étrangère. Une grande part de cette tradition s'hérite, indubitablement, mais une autre, aux marges, se construit. Le sang s'hérite, la vertu s'acquiert (Cervantès). Notre legs revêt maints aspects, et tous, bien sûr, ne me sont pas connus. Très peu seulement. Et je ne peux en décrire aucun avec satisfaction. Le voudrais-je seulement qu'ils m'échapperaient : aucun ne peut être circonscrit. Je dois me contenter d'approcher, d'observer, de réfléchir, de comparer, de jouer sur les différentes cordes de ce sens qui fait ma joie et mon tourment. À peine l'ai-je saisi qu'il me fuit. Et toute ma quête en tant que jeune fils d'Europe sera de le poursuivre inlassablement, et de transmettre à mes descendants ce goût pour la course, pour la chasse, pour la traque."

Dantec : http://www.mauricedantec.com/article/article.php/article/l-etincelle-et-les-extincteurs
"Nelly Arcan, comme tout authentique écrivain, n'était pas qu'une seule personne, elle était non seulement plusieurs mais elle était à la fois TOUTE personne possible et PERSONNE.
(...)

La Vérité nous rendra libre, nous apprennent les Saintes Écritures, c'est pour cette raison que la Vérité ne l'est pas. Elle est non seulement le point nodal de toutes les contraintes du Monde Créé, mais elle est aussi la lumière qui se transfigure et s'incarne, jusqu'à l'état de dénuement le plus extrême.
La Vérité gît au fond d'une cellule, ou saigne suppliciée sur une croix, si elle illumine c'est parce qu'elle prend sur elle toutes les ténèbres du monde. Si elle peut nous offrir la liberté c'est grâce au sacrifice qu'elle a consenti de la sienne propre.
La littérature est un lointain reflet de cette étincelle paradoxale ; écrire ne consiste pas à exprimer quelque chose venant de soi, mais à imprimer sur ce soi tout ce que le Cosmos est en mesure d'offrir et d'inventer à chaque instant.
L'écrivain n'est pas un haut-parleur, sauf celui qui aboie avec ses maîtres, l'écrivain est une machine d'enregistrement, de décodage, une machine « en-statique » qui aspire l'univers vers elle, telle une « boîte noire », plutôt que de diriger son esprit vers les extases fusionnelles avec l'extérieur.
(...)

...Nelly Arcan laisse échapper quelques mots cruciaux qui démontrent qu'elle a déjà compris que toute poésie, et par extension toute littérature, se doit d'être impersonnelle, comme le savait Georg Trakl :
Quand j'écris, je suis dans un état de grande neutralité. Je ne suis pas affectée par ce que j'écris. Je suis facilement affectée par la vie, les choses qui m'arrivent, mais dans l'écriture, il y a une grande distance qui s'installe. Je travaille énormément le rythme, les phrases, pour que le tout soit fluide. Je veux d'abord servir le sens du texte, et non pas une vérité qui serait personnelle."



Chez le Stalker : Les incarnations du Père dans Le Désespéré de Léon Bloy par Nicolas Massoulier

"De même que son père meurt sans le reconnaître, qui sait – nous y reviendrons – si Caïn ne s’éteindra pas dans la parfaite solitude ? À l’échelle du roman tout entier, les significations implicites du paratexte se dévoilent. Dans cette société déchristianisée, qui sait si ce n’est pas Dieu le Père lui-même, archétype de toute paternité, qui se trouve désigné par cet office des morts ? Pourquoi ne pas penser que ce serait là une manière discrète de souligner la visée de l’œuvre qui serait alors ce lamento sur la disparition proche du christianisme «qui agonise dans sa gloire percée» (III, 179) ?
À mesure que s’effacent les signes du divin, on voit agoniser cette société qui expire, privée de fondements spirituels, tandis que l’esprit humain contemple le «cadavre même de la Civilisation» (III, 49). Le père, c’est Dieu et c’est aussi l’incarnation de la loi. Il est donc particulièrement important que ce faisceau de significations se trouve placé sous l’évocation d’un office des morts qui, dès la première ligne du roman, évoque l’agonie de Marchenoir père.
(...)
Il y a là plus qu’une simple sacralisation de l’image du père, c’est le mystère de la divinité qui se laisse entrevoir.
(...)
Il est important de souligner que Marchenoir père n’a pas de prénom, ce qui, dans une lecture symbolique de la figure, peut marquer comme un rappel du Dieu de l’Ancien Testament, tel qu’il apparaît dans le récit du buisson ardent : «Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui est»
(...)
Il n’existe que par sa paternité à l’égard de Marchenoir, on ne s’étonnera donc pas de trouver, chez ce dernier, différents indices qui le représentent comme une figure du Christ... Le texte, en effet, nous dit explicitement que Jésus se profile derrière Caïn Marchenoir.
(...)
Ce qui se raconte à travers l’échec terrestre de ces deux figures, c’est donc bien l’échec terrestre du christianisme aussi bien que l’impuissance du Père céleste. «Tout ce qu’il avait entrepris pour la gloire de la vérité ou le réconfort de ses frères avait tourné à sa confusion et à son malheur» (III, 73). L’un des premiers livres de Caïn à beau s’appeler Les Impuissants, cette impuissance est d’abord la sienne. Ce Marchenoir qui n’a pas su être un «thaumaturge» (III, 75) pour son fils André est une figure de la stérilité, comme son père. À travers ces figures se dévoile l’impuissance de Dieu.
(...)
Bloy a souvent répété cette parole de son ami Ernest Hello : «Si le déshonneur avait une essence, quelle serait l’essence du déshonneur ? Ce serait, si je ne me trompe, PROMETTRE ET NE PAS TENIR» (10). L’idée que Dieu puisse manquer à sa parole est la source de cette angoisse qui se fait jour dans Le Désespéré et qu’on retrouvera exprimée par Bloy lui-même dans Le Mendiant Ingrat (11). Sans doute, ce n’est pas l’existence de Dieu même qui est ouvertement mise en question. Mais le silence divin permet à l’inquiétude spirituelle de se donner libre cours. À l’abandon de la présence se joint ainsi l’idée d’un abandon moral du Père. Entre l’idée d’une Histoire, qui n’est que le dévoilement de Dieu, et la réalité d’un monde, d’où celui-ci semble absent, le hiatus est tel que Marchenoir en arrive à devoir, en quelque sorte, justifier Dieu : «Il se persuada qu’on avait affaire à un Seigneur Dieu volontairement eunuque, infécond par décret, lié, cloué, expirant dans l’inscrutable réalité de son essence, comme il l’avait été symboliquement dans l’aventure de son hypostase» (III, 58-59).
(...)
Il n’est pas exagéré de dire que Marchenoir porte le deuil de Dieu, le deuil de la présence de Dieu.
(...)
Le vide creusé par l’absence de Dieu n’en reste pas moins une épine plantée dans la chair de Marchenoir. C’est le problème même de l’existence du mal qui se pose à travers le silence de la divinité. Désireux de se conformer au désir du Père, malgré ses tentatives de le justifier, Marchenoir, ce «Fils obéissant de l'Église» (III, 148), reste néanmoins «en communion d'impatience avec tous les révoltés, tous les déçus, tous les inexaucés, tous les damnés de ce monde»
(...)
Cette complexité de Marchenoir explique celle de la figure du Père. Car du premier au dernier chapitre, la question du père se révèle comme l’énigme que toute la quête de Marchenoir vise à résoudre, Quête mystique, existentielle et artistique – le livre qu’écrit Caïn n’est autre chose qu’une tentative de comprendre Dieu – qui donne au Désespéré sa trame parabolique. Le désir de «lapider le ciel» (III, 148), la fraternisation avec l’impatience des révoltés, c’est bien là l’expression de ce «blasphème par amour» qui est la «prière de l’abandonné» (III, 226). La révolte a pour but de mettre le Père en face ses responsabilités, de le forcer, par amour pour Lui, à réagir.
(...)
Si, par ailleurs, le songe de Jean-Paul est évoqué dans Le Désespéré (III, 189), c’est bien que la peur de la mort de Dieu hante le roman, sans que cette mort soit jamais complètement annoncée ou prise à son compte par Marchenoir. Ce qui annoncé et dénoncé, c’est la mort d’une société d’où Dieu s’est retiré, c’est le spectacle du «cadavre même de la Civilisation !» (III, 49). Car le monde moderne est un lieu de mort.
(...)
Dans ce monde où le christianisme «agonise dans sa gloire percée» (III, 179), ce monde en liquéfaction, le Fils est monstrueusement dégradé. Voici venu le temps de «la saliveuse caducité» (III, 183) de la religion chrétienne : autant de mots qui sonnent comme une liquidation. C’est bien le «monde excrément» dont parle Pierre Glaudes. Dieu n’est plus qu’une boue, une ordure. D’où ces paroles de la prosopopée du Père : «Si vous avez besoin de Mon Fils, cherchez-Le dans les ordures» (III, 189).
(...)
C’est désormais l’heure climatérique où le monde moderne ne peut plus que s’écrouler. Puisque Dieu n’a pu être trouvé sur cette terre, puisque son absence est devenue par trop insupportable, puisque les prêtres qui devraient le représenter sont devenus incapables de le servir, la prédiction de la Salette doit s’accomplir et la main du Fils doit tomber. Ce retour de Dieu, c’est le moment où les signes s’inversent. Ce père abandonné, ridiculisé dans son fils, va à son tour abandonner les hommes : «Vous connaîtrez, à votre tour, ce que c’est d’être abandonné de mon Père […]» (III, 280). Son absence liée à une impuissance volontaire va se transmuer en présence et toute-puissance. Le père renié deviendra un Dieu dévorateur : «Ma paternité n’aura plus d’entrailles, sinon pour vous dévorer» (ibid.). Et ses instruments seront justement ces misérables qui s’élèveront eux-mêmes «à la dignité de parfait démon» (III, 310). Le mal finira par secréter son antidote : in fine il participera mystérieusement de l’œuvre de salut.
Déjà, dans Le Désespéré, on n’est donc plus très loin de cette vision d’un Lucifer qui, selon Bloy, est «l’identique» (IX, 75) du Paraclet. C’est ainsi qu’on peut entendre ce trajet qui va de la mort du père, au début du roman, à celle du fils in ultima. Passé le temps du père, passé le temps du fils, doit advenir maintenant le temps du Paraclet. C’est la troisième figure de Dieu qui apparaît avec le Saint-Esprit, une figure qui donne tout son sens au roman.
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Toute la terre apprendra, pour en agoniser d'épouvante, que ce Signe était mon Amour lui-même, c'est-à-dire l'ESPRIT-SAINT, caché sous un travestissement inimaginable» (III, 280).
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Pour autant, l’image du père qui se dégage du Désespéré, c’est l’amour. Le père de Marchenoir aime son fils, bien qu’il s’interdise de le montrer. Après sa conversion Marchenoir se rue en même temps à Dieu et à la femme, comme s’il existait une mystérieuse identité entre celui qui est Père et fils né sans péché, et celles qui sont vouées à l’amour charnel. Pour Bloy, la luxure est le péché de ceux qui relèvent du Saint-Esprit (17). Si Marchenoir a fait «de l’amour extatique dans des lits de boue» (III, 66), c’est peut-être parce que ces «lits de boue» sont analogues à ces «ordures» où le fils doit être cherché. Après tout, la grande qualité de Marchenoir, c’est bien l’amour."


XP dans La main coupée : http://ilikeyourstyle.net/?s=la+main+coup%C3%A9e
"L’année dernière, en novembre, je suis sorti d’une boîte de nuit vers les trois heure du matin.
J’ai tapé la tête de ma copine contre le pare-brise d’une voiture parce ce que je ne supportais pas qu’elle me quitte, et je ne comprends décidément rien au ballet qui met en représentations toutes ces âmes qui se touchent, se donnent des coups de ventre et s’éloignent, avant de se tenir la main pour saluer le public.

Pour le dire d’un mot, je ne comprends rien du commerce qui lie les hommes entre eux, fait les couples, tisse des liens sacrés entre le père et le fils, le camarade et le camarade.
Je n’arrive pas à concevoir qu’a certains moments choisis par le ciel, je peux ressentir un amour intense, en faire part, et découvrir dans la foulée que l’autre ne fût pas touché, qu’il s’est forcé, que nous n’étions alors que deux solitaires faisant dans la comédie.
C’est un drame épouvantable, une tragédie Shakespearienne que cette histoire, ces millions d’hommes lancés sur terre et doués chacun du don d’aimer mais tous enfermés dans leur paquet de viande, élevés dans l’ombre d’une horloge personnelle qui les empêchent d’aller vers leurs frères et de les croiser vraiment."


et ce commentaire de Restif sur ce texte : "J’aime donc cette nouvelle pour ce qu’elle est à mes yeux de lecteur passager : un conte fantastique. Parce qu’on passe à travers la voix de l’acteur d’un fait brut brutalement raconté -”j’ai tapé la tête de ma copine” au thème de la route, route tordue, qui change d’altitude en un quart de seconde. Il y a un glissement presque imperceptible qui vient s’installer entre les mots. Ce fantastique qui passe par le silence. L’absence de description de la réaction de la mère. Le manque d’émotion de l’acteur principal du conte en découvrant sa perte. Tout cela déréalise l’atmosphère mais ce qui vient en lieu et place de cette réalité chassée, c’est la poésie. Entre temps se seront glissés modestes, presque circonspects, certains fragments d’amours déçus sur les hommes, ils seront venus là, pudiques et discrets, nous parlant cette fois d’une réalité plus vrai, plus intime, plus haute."