samedi 30 mai 2009

It's just an illusion


Ecrit à la Pentecôte 2007; après avoir écouté ce refrain si connu : « Viens Esprit de Sainteté, et tout sera créé, et tu renouvelleras la face de la terre. »La violence ou plutôt la force incroyablement tranquille de ce psaume me renverse à chaque fois que je le lis. Renouveler la face de la terre ! Rien que ça ! Ben tiens !
Lu, dans les textes du jour ( mardi 3 juin 2007) : « Frères, vous attendez avec impatience la venue du jour de Dieu ( ce jour où les cieux embrasés seront détruits et où les éléments en feu se désagrégeront ) . Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. » Lecture de la 2 lettre de St. Pierre Apôtre.

Viens

Toi l’Inconnu, l’Invisible
Et pourtant capable d’embraser une planète,
Toi le feu, la lumière qui rend lisible
Tout le cosmos, l’univers et les tempêtes

Toi pourtant si doux, si discret
Et si présent dans nos âmes
Comme une mère s’occupe dans le secret
De ses enfants, de leurs vies, de leurs alarmes

Toi qui te lèveras aux heures sombres et ultimes
Ou tout sera perdu, détruit ,désert gris sans vie
Oui, tu te lèveras dans un souffle irrésistible et sublime,
Tu renouvelleras dans un mouvement infini

L’œuvre du Père si merveilleuse
Qu’Il en fit notre nid.
Attaquée dans une colère furieuse
Par l’adversaire, le démon, l’ennemi.

Mais toi qui n’est qu’Amour
Tu enveloppas l’homme dans tes bras,
Par une auréole de feu tu le protégeas
Jusqu’à la fin des temps, pour toujours.

Tu te lèveras et dévoileras le secret à jamais caché
L’œuvre merveilleuse du Père, tes enfants chéris,
Rien n’est abîmé, tout a été bien conservé
Le Royaume est là, bien là, c’est le Paradis.

vendredi 29 mai 2009

Spiderman ou le salut par la femme.

Comme d'habitude, trop de lectures et de réflexions dans le même temps à mettre en ordre dans mon petit cerveau de crevette et je voudrais tant vous faire partager au mieux toutes les merveilles de ma vie!

Basile et Grégoire ont du regarder un Spiderman, sans l'accord de leurs parents : c'est la difficulté d'avoir des petits et des grands dans une famille. Les petits observent des choses de "grands" sans la possibilité de les assimiler vraiment.Avec D. nous ne veillons pas assez sur nos plus jeunes à ce sujet!

Ils racontent donc leur version de Spiderman :
Basile : oui, Spiderman rencontre un méchant et il devient un monstre tout noir.*
Grégoire : non, pas un monstre, une araignée avec 4 pattes,il n'a plus de bras et de jambes.
Basile : oui, alors il y a une femme qui « m’aide »* Spiderman et il redevient gentil.Il n'est plus en noir.


1/* Xyr aurait traduit cette version Spiderman par : il devient noir et c'est une femme blanche qui le sauve...^^
2/*Ceux qui ont des enfants reconnaîtront la déformation si touchante du verbe "aider" qui devient le verbe "m'aider" car les petits disent sans cesse : il faut m'aider.

mercredi 27 mai 2009

L'insurrection qui est venue.

Il y a une phrase qui m'a toujours interpellée comme on dit dans 'Au coeur des ténèbres" de Conrad :

"C'est étrange, à quel point les femmes sont sans contact avec le vrai. Elles vivent dans un monde à elles et rien n'avait jamais été à sa semblance, ni ne saurait jamais l'être. C'est bien trop beau et si elles allaient le mettre en place, il serait en pièces avant le premier soir. Une maudite réalité dont nous autres hommes nous nous contentons depuis le jour de la création, viendrait tout culbuter."

Qu'est-ce à dire ? Que les femmes sont toujours à côté de la plaque? Qu'elles veulent toujours plus, autrement ? Que le réalité voulue ou observée (par les femmes) ne correspond en rien au réel ?

Bien.
C'est sans doute ce qui explique le sentiment d'écrire des choses toujours à côté, un poil toujours "en dehors du coup."

Aujourd'hui ou plutôt hier, beaucoup de textes dans la dite réacosphère pour exprimer combien cette réalité dont les hommes sont censés se contenter, eh bien non, ça ne convient pas! Même à des hommes!
Blueberry dit dans I want to believe :
"Nous sommes même parvenus à nous faire peur non pas avec une menace réelle, imminente et créatrice. Mais avec une théorie millénariste qui n’est pas à l’échelle de nos vies. L’apocalypse selon la nouvelle religion de l’écologie. Un truc paralysant bien comme il faut."

Et Phanthom, surtout Phanthom!! Dans PKK :
"la posture révolutionnaire est du dernier bouffon en ce qu’elle combat pour la venue d’un monde qui est déjà là avec ses queers insurgés, ses transgenres intermittents, ses beaufs technophiles, ses entrepreneurs sous intraveineuse étatique et ses marginaux subventionnés,..."(Les autonomes, le terrorisme et The big Leboswski)

Moi-même j'avais écrit (dans une autre vie) : "la guerre de Troie a déjà eu lieu et nous ne nous en sommes pas aperçus."

Bon.
Il est vrai que le sentiment d'inutilité, d'effort gigantesque pour accoucher d'une souris se fait de jour en jour plus écrasant. Même le Stalker s'écrie de temps à autre, comme Bernanos : "A quoi bon?!"

Bernanos justement : dans "Les grands cimetières sous la lune" (vous êtes-vous jamais promené dans un cimetière, la paix -mortelle- qui s'en dégage...):

"Tout cela est simple, très simple. Demain ce sera plus simple encore. Si simple qu'on ne pourra plus rien écrire d'intelligible sur le malheur des hommes dont les causes immédiates décourageront l'analyse. Les premiers symptômes d'une maladie mortelle fournissent au professeur le sujet de brillantes leçons, mais toutes les maladies mortelles présentent le même phénomène ultime, l'arrêt du coeur. Il n'y a pas grand-chose à dire là-dessus. Votre société ne mourra pas autrement. Vous discuterez encore des "pourquoi" et des "comment" et déjà les artères ne battront plus."

J'avais écrit ces lignes il y a un an environ et je retombe à nouveau dessus, comme si rien n'avait changé, comme si rien ne s'était passé, comme si le temps n'était plus une flèche (comme dirait Delsol) mais une spirale infernale.

Enfer

Dans la maisonnette toute fleurie,

Dans le doux cocon où tous unis

Par les liens familiaux les plus forts

Les liens du sang, plus forts que la mort,


L’enfer construit sa demeure, tisse sa toile

Jour après jour, la tension infernale,

Nous suce tous, jusqu’à la moelle,

Et dans nos cœurs, et dans nos corps, dans nos esprits

s’installe,


Les liens du sang, chair royale,

Nourrissent l’hôte parasite,

Le combat n’est pas loyal,


Dans la maisonnette toute fleurie,

Dans le doux cocon où tous réunis,

Tous déjà morts, chair empuantie,

Le démon se repaît de nos âmes, de nos corps, de nos esprits.


Dans la maisonnette toute fleurie,

Les enfants dansent, jouent et rient,

Les parents travaillent et se plient

A tous leurs devoirs et leurs soucis.


Les enfants ? les parents ? Leurs esprits ?

Exsangues, vidés, des sépulcres blanchis !



Bien.
J'aimerais faire revivre ces sépulcres blanchis, inspirer un supplément d'âme, irriguer à nouveau les artères d'une civilisation nécrosée...

Ecoutez donc la fin de la préface de Bernanos, où tout est contenu en germe :

"Compagnons inconnus, vieux frères, nous arriverons ensemble, un jour, aux portes du royaume de Dieu. Troupe fourbue, troupe harassée, blanche de la poussière de nos routes, et chers visages durs dont je n'ai pas su essuyer la sueur, regard qui ont vu le bien et le mal, rempli leur tâche, assumé la vie et la mort, ô regards qui ne se sont jamais rendus! Ainsi vous retrouverai-je, vieux frères. Tels que mon enfance vous a rêvé."

N'est-ce pas ? Vous comprenez ce regard que certains d'entre vous qui écrivez portez sur vos "compagnons", sur ceux qui vous entoure, sur votre monde... Ce regard lumineux, désespéré, plein de larmes. A quoi bon ? Comment faire faire ? Tout est foutu.

Mais là j'en reviens à la bête solution aveuglante que seuls des femmes et des écrivains possèdent :

"Amère ironie de prétendre persuader et convaincre alors que ma certitude profonde est que la part du monde encore susceptible de rachat n'appartient qu'aux enfants, aux héros, aux martyrs."


Bien.
Cette dernière citation témoigne bien que contrairement à ce que pense Blueberry nous sommes bien dans une situation de guerre totale, absolue. En situation de crise permanente et que l'homme ne peut vivre autrement que dans cet état, sinon il meurt. L'homme n'est pas en attente de l'insurrection qui vient, il est en pleine insurrection, envers lui-même d'abord, dans le monde qui l'entoure ensuite et qu'il veut sans cesse améliorer.
"Nous allons sauver la France!Bon. Très bien. Le malheur est que vous n'avez pas encore réussi à vous sauver vous-même, fâcheux augure!" (Bernanos)

Delsol dans "Qu'est ce que l'homme" :
Il n'y dans le monde humain ni chaos ni nécessité : c'est la liberté qui le pense. Notre monde est entre nos mains : non pas que nous pourrions le remplacer, mais nous lui conférons son sens et l'améliorons progressivement selon des normes inventées par nous."

Me refuseras-tu.

« Le destin ordinaire des hommes n’est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de leur vie, ce qu’ils avaient , sans le savoir à portée de la main ? » ( p.94, Les Prédestinés, de Bernanos ).




Me refuseras-tu.


Mon Dieu, mon Dieu, je t’appelle tous les jours

Mon Dieu, mon Dieu, je t’appelle toutes les nuits

Je crie, j’hurle, je pleure, point de non-retour,

Je gémis comme un enfant, et ma plainte t’ennuie…

Je promets la lune, les étoiles, la mort et la vie

Je jure de traverser l’enfer brûlant et ses monstres

Je brandis l’épée de la justice jusqu’aux cieux infinis

Je suis une guerrière ! On me suit par vaux et par monts.


Et tu me dis, Seigneur, à cet instant d’éternité

« Me refuseras-tu. »


Un jour, je dormais, épuisée, sous le large feuillage,

Un jour, je contemplais, émerveillée, le beau rivage

Une nuit, j’aimais, apaisée, l’homme humble et sublime

Une nuit, je consolais, lassée, l’enfant qui a peur et qui crie

Je luttais couverte de blessures, l’épée étincelante

Bien en main, invaincue, invincible et colère

Les ténèbres sont mon territoire, lieux éclatants,

Où Ta gloire resplendit, Seigneur ; j’étais fière !


Et tu me dis, Seigneur, à cet instant d’éternité

« Me refuseras-tu. »


Que veux tu, oh Dieu Puissant, que je ne t’ai donné ?

Je t’ai offert, mon combat, toutes mes souffrances

Mes blessures non cicatrisées qui ruissellent de sang

Mon bonheur exaltant de servir mon Bien-Aimé


Et tu me dis, Seigneur, à cet instant d’éternité

« Me refuseras-tu. »


Oui, Me refuseras-tu tes humbles joies et petits soucis,

Tes travaux quotidiens, ta cuisine, tes tâches ménagères,

Ton linge à laver, à repasser, ton linge dans la buanderie,

Les bains à donner, les dîners, tout le sel de TA terre.

Me refuseras-tu la mère de famille et non pas la guerrière,

L’épouse attentive, toujours, au retour du mari

La maman et les devoirs des enfants, jamais de répit

La femme choisie par son homme dont elle est si fière.


Me refuseras-tu tes colères et tes peurs, angoisses et cris

Tes rages incontrôlées, tes paroles et ta langue de vipère

Ta paresse quotidienne, tes petits trucs et mesquineries

Ton regard critique pour tes propres enfants et leur père

Tes envies d’ailleurs, ton incessant désir d’une autre vie

Ta fatigue lourde et pesante, le désespoir qui t’enserre

Chaque jour, s’être sans doute trompé d’alchimie

La vieillesse qui arrive, n’avoir rien vécu, mes frères !


Oui, Me refuseras-tu, mon enfant, ma chérie, ta vie ?









samedi 23 mai 2009

Hymne

Comment cela fut-il possible ? Quel désastre aveugla les hommes et leur fit perdre la raison ? Quel fouet les mit à genoux, soumis et honteux ? Le culte du "Nous".

Dès que les hommes acceptèrent ce culte, la charpente des siècles s'écroula autour d'eux, la charpente dont chaque poutre avait été pensée par un seul homme, à travers les âges, des profondeurs de son esprit, esprit qui n'exista jamais que pour lui-même. Les survivants - ceux qui acceptèrent l'obéissance et la vie collective, puisqu'ils n'avaient aucune raison d'être - ne purent ni améliorer ni préserver leurs acquis. Ainsi, toutes les pensées, toutes les sciences et toute la sagesse de la terre, tout cela périt. Ainsi, les hommes - les hommes qui n'avaient rien à offrir que leur nombre - perdirent les tours d'acier, les bateaux volants, les câbles électriques, toutes ces choses qu'ils n'avaient pas créées et qu'ils ne pourraient jamais préserver. Sans doute, plus tard, des hommes naquirent avec l'esprit et le courage nécessaires pour récupérer ces biens perdus; sans doute ces hommes tinrent tête au Conseil des Erudits. Ils obtinrent la même réponse qui me fut adressée, et pour les mêmes raisons.

Mais je me demande encore comment il fut possible, durant toutes ces malheureuses et lointaines années de changement, que les hommes n'aient pas compris où ils allaient, qu'ils marchaient aveuglément et lâchement vers leur destin. Je m'interroge, car il m'est difficile de concevoir que des hommes connaissant le mot "Je" aient pu l'abandonner sans se rendre compte de leur perte. Mais ainsi se déroula l'histoire, et pour avoir vécu dans la Cité des Damnés, je connais les horreurs que les hommes acceptèrent de subir.

Il y eu peut-être, en ce temps-là, quelques hommes dont la vision était claire et l'âme pure, qui refusèrent de se rendre et d'abandonner ce mot. Quelle agonie ont-ils dû vivre lorsqu'ils comprirent sans pouvoir agir! Peut-être ont-ils crié et protesté en signe d'avertissement. Mais personne ne les écouta. Et eux, cette poignée d'hommes, combattirent dans une lutte sans espoir et périrent, leurs étendards tâchés de sang. Ils choisirent la mort, car ils savaient. Je leur transmets, à travers les siècles, mon salut et ma compassion.

Je porte leurs étendards. Et j'aurais souhaité pouvoir leur dire que la détresse de leur coeur n'était pas irrévocable et que leur nuit n'était pas sans espoir d'un meilleur lendemain. Car la bataille qu'ils crurent perdre ne peut jamais être perdue. Car la cause pour laquelle ils moururent ne peut jamais périr. Par-delà toute l'obscurité, et par-delà les actes répréhensibles dont sont capables les hommes, l'esprit humain reste vivant sur cette terre. Il se peut qu'il dorme, mais il se réveillera. Il se peut qu'il soit enchaîné, mais il se libèrera. Et l'homme perdurera. L'homme, et non les hommes.

Ici, sur cette montagne, avec mes enfants et les amis que j'aurai choisis, je construirai notre nouvelle terre et notre forteresse. Elles deviendront le coeur de la terre entière, perdu et masqué tout d'abord, mais battant chaque jour plus fort. Les battements de ce coeur atteindront tous les recoins de la terre. Et les routes seront pareilles à des artères apportant le meilleur du sang du monde jusqu'au seuil de ma porte. Tous mes frères, et tous leurs Conseils, en entendront parler, mais ils ne pourront rien contre moi. Et le jour viendra où je briserai toutes les chaînes du monde, je raserai les cités d'esclaves, et ma maison deviendra la capitale d'un monde où chacun sera libre d'exister pour lui seul.
Pour l'avènement de ce jour, je me battrai avec mes enfants et les amis que j'aurai choisis. Pour la liberté de l'homme. Pour ses droits. Pour sa vie. Pour son honneur.


Et ici, sur le portail de ma forteresse, je graverai dans la pierre le mot qui doit être mon phare et mon étendard. Le mot qui ne mourra pas, même si nous devons tous périr dans la bataille. Le mot qui ne mourra jamais sur cette terre, car il en est le coeur, le sens et la gloire.

Le mot sacré : EGO

Ayn Rand, Anthem

De la messe, du prêtre et de l'Eglise


Les enfants de chœur de la messe de N. (curé de paroisse de la CSM, excellente communauté de prêtres; à mon sens l'avenir de notre Église peut se situer avec de telles communautés, très proches des gens et qui agissent véritablement comme les missionnaires d'antan dans nos campagnes et villes complètement déchristianisées. Il y a d'ailleurs - j'y songe à l'instant- quelque chose à rapprocher des derniers fils d'Xyr qui souhaite, qui affirme - et plutôt que de rejeter avec horreur ses intuitions même les plus "scandaleuses", je les lis avec intérêt tant il me semble que ce garçon est inspiré dans le bon sens du terme- sur ce livre occidental ET chrétien qu'il faut fermer : en fait ce livre est quasiment fermé me semble t-il, quand on voit le peu de catholiques réellement pratiquants qui subsistent dans nos pays européens, quand on voit les chrétiens d'Orient exterminés de plus en plus radicalement... Sans doute ces curés-missionnaires sont-ils déjà dans cet avenir qu'Xyr appelle de ses vœux...)

Mes quatre garçons (et plus tard les jumeaux) servent donc la messe : ils sont effectivement une vingtaine d'enfants de chœur chaque dimanche et - j'insiste mais tu as pu le constater de tes yeux - des enfants de tous les milieux et horizons : N.est dans la Beauce et la région n'est pas réputée pour être très riche spirituellement parlant... Certes il y a la cathédrale de Chartres qui draine avec ses pèlerinages quelques chrétiens et amoureux d'art religieux mais au cœur de l'hiver et au cœur de la Beauce, l'encéphalogramme spirituel reste plat dans ce plat pays!
Notre jeune curé (la trentaine, tu l'as vu) a dit quelque chose dimanche qui me fait penser de façon troublante de nouveau à Xyr qui a changé sa "bannière"* (je crois que c'est comme cela qu'on désigne les fioritures d'un blog ?) : le prêtre n'est pas là pour son activité mais simplement pour témoigner de la présence Christique : comme un reflet du soleil que serait le Christ qui viendrait rebondir sur "le miroir-prêtre" pour mieux se transmettre aux hommes et les "brûler", les embraser : tous les gosses ont fait l'expérience du miroir ou de la loupe pour faire brûler des feuilles mortes .

Xyr écrit dans sa bannière : "on doit appeler prêtre tout personnage qui règne par la perpétuation de la culpabilité"
Je ne sais pas si cette citation est de lui ou de quelqu'un d'autre : peu importe, elle est intéressante.
Je dirai qu'elle est très juste dans le sens ou le prêtre qui est le Christ, sa représentation sur terre, prend sur lui le poids de nos péchés, tous nos péchés, ce poids de notre culpabilité qui nous écrase et en mourant sur la Croix fait mourir ce péché et nous en libère... Finalement est ce que ce christianisme que Xyr souhaite voir mourir (d'une certaine façon), et bien est ce que ça n'est pas ce Christ qui meurt en Croix pour ressusciter ensuite ? Et ne devons-nous pas nous chrétiens mourir à nous-même pour mieux "ressusciter" dans le Seigneur? (je m'avance sottement dans un terrain dont j'ignore tout comme d'habitude et ce qui m'attriste c'est de dire n'importe quoi ).

Edith Stein dit dans un petit recueil à lire absolument La crèche et la Croix, (éd.Ad Solem) : "Le Christ est venu arracher les pécheurs au péché et rétablir l'image de Dieu dans les âmes profanées. Il vient comme un enfant du péché - ce que manifeste son arbre généalogique et toute l'histoire de l'Ancienne Alliance - recherchant la compagnie des pécheurs pour se charger de tous les péchés du monde et les porter sur le bois d'ignominie de la Croix, qui devient ainsi le signe de sa victoire."
Elle dit aussi et quand je lis cette phrase je pense TOUJOURS à la "photo" d'Xyr sur son texte "un livre à fermer" *:
"Le monde est en flammes. Le feu peut aussi bien embraser notre maison. Mais, au-dessus de toutes les flammes, se dresse la croix que rien ne peut consumer."

Alors Xyr va râler en disant : "non non : quand je dis qu'il faut fermer ce livre du christianisme, il faut vraiment le fermer et ne pas y revenir avec une résurrection purificatrice en quelque sorte; mais là je coince, je ne sais plus : je sais que je me base sur un plan-théologique et que sans doute se place t-il, lui, sur un plan-philosophique.

Où en étais-je ? Les enfants de chœurs... Les garçons m'ont expliqué, je leur ai bien demandé tout à l'heure pour que tu puisses raconter à tes amis "tradis" : il y a les plus âgés, les "cérémoniaires" qui s'occupent des plus jeunes et qui veillent à l'ordonnancement de l'Autel. Ensuite les acolytes qui s'occupent du prêtre spécialement. Puis après pleins de "rôles" différents : "pétoches" ( pas: "la trouille" mais porteurs de gros cierges appelés pétoches), cloches ( la cloche au moment de la Consécration), porte-livre (mon Rémi faisait cela dimanche : il prend le livre et se le pose en appuie sur la tête ce qui permet au prêtre de lire comme s'il avait un pupitre devant lui! : plein de symboles ce rôle : s'enfoncer la Vérité dans le crâne!) Il y a aussi "burettes" : apporter l'eau et le vin dans des burettes donc; il y a le rôle du "lavabo" etc, etc... (le plus petit se charge généralement de porter l'encens en suivant un grand qui gère l'encensoir) Il y a enfin le " plateau" (François qui ne mettait pas justement le plateau sous le menton des communiants : une hostie consacrée qui risque de tomber tomberait normalement dans ce fichu plateau!)
Bref, les rôles sont très divers et j'avoue passer un temps infini à observer les enfants de chœur au lieu de prier bien sûr mais une maman, ça ne se refait pas. :-) Tous ces mouvements, ces rites qui occupent nos garçons (et j'insiste sur le privilège du masculin autour de l'autel : qu'on ne vienne pas me balancer des nanas là-dedans, par pitié : un homme ça prie, à mon sens dans l'action essentiellement, plus que dans la contemplation. Quoique je dis une bêtise : la contemplation est l'Activité par excellence... Bref, il faudrait creuser la question aussi.

Nebo dirait que la Messe est un ballet (avec tous ces gestes et mouvements de chacun) et il n'aurait pas tort, avec ce point culminant de la tragédie : la mort et le résurrection du Christ sans cesse rejouées mais nous, chrétiens, nous savons et croyons qu'il ne s'agit pas simplement d'une pièce rejouée chaque dimanche mais du Mystère qui s'accomplit réellement en chaque Eucharistie.
Bon, j'arrête là pour ce soir, je crois que je me suis un peu éloignée de ton sujet de départ : raconter à tes potes la messe locale! :-) Mais comment "raconter" une messe aussi ??

*
1/ Je fais référence à une ancienne version du blog d'Xyr où il avait mis une citation sur le prêtre.
2/ Je fais référence à un texte d'Xyr intitulé "le livre qu'il faut fermer" mais que je n'ai pas. La photo qui accompagnait le texte d'Xyr montrait une église en flammes avec une une statue de Marie toute abîmée.

jeudi 21 mai 2009

Ascension



Jésus, en remontant au ciel auprès du Père ouvre en tant qu'Homme la voie à l'humanité qui se retrouve dans la Gloire du Père. Le Christ est la tête de l'Eglise dont nous sommes les membres : dans un accouchement, lorsque la tête est passée, le corps suit sans problème. Alors, nous sommes encore, nous, pauvre humanité, dans les douleurs de l'enfantement mais la Tête est passée et le Corps ne peut que suivre.
Vos souffrances sont donc remplies de l'Espérance : tout est déjà accompli, C., et d'une certaine façon, vous êtes déjà dans la Gloire du Père et de l'Esprit-Saint.

(Cela peut sembler très froid de dire à quelqu'un : vos souffrances sont pleines d'Espérance. Mais une maman peut comprendre cela : elle souffre au moment de l'accouchement, sachant que de sa douleur va naître une immense joie et le plus grand des bonheurs. Il y a un paradoxe.)

mercredi 20 mai 2009

La Route de Cormac McCarthy

" Autrefois, il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d'ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l'eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D'une chose qu'on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu'elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l'homme et leur murmure était de mystère."

lundi 18 mai 2009

What are you doing for??? They are killing babies!!!!

Vidéo du père Norman arrêté devant l'université Notre-Dame, dans l'Indiana, université qui accueille Obama, président pro avortement.

http://www.youtube.com/watch?v=iiz4tfjSuPc

Klaus Kinski



" Toute authentique littérature entretient un rapport avec le Sacré. Ou avec le Diable." (Dantec)

"La fiction est le diable de la réalité : qui le sait encore ? Nous sommes désarmés en face du Bien, c'est logique : on ne nous a appris à lutter que contre le Mal. Il faut reconnaître que la bagarre a été chaude et que le négatif, ou la "part maudite", ont été pratiquement éradiqués, au moins sous leurs formes les plus spectaculaires, de côté-ci du monde. (...) Nous n'avons aucun argument contre le Bien, contre l'innocence, contre le sentimentalisme de la moralité, de la vertu, de la volonté de transparence partout, des bonnes intentions, de la télécharité. Et voilà pourquoi vos romans sont muets."(Muray)


Il n'y à faire : tous les messages des artistes, ces visionnaires, convergent vers Dieu. Ils brandissent leur lumière-laser, droit dans leurs bottes, tous, et je reste confondue à chaque fois par le spectacle grandiose qu'ils nous livrent avec leur cœur, leur âme, leurs tripes. Je reste éblouie, renforcée dans l'idée que non, rien n'est perdu, que l'homme est l'alpha et l'oméga de cet univers, l'alpha et l'oméga de ce Dieu-Créateur. L'un et l'Autre se cherchent et tendent à se joindre depuis la nuit des temps et les œuvres des artistes ne sont que les cris et les gémissements de cette humanité en quête de Jonction.
Oh! Ce miracle de la liberté humaine : je te veux déclare le Seigneur, non comme un jouet, ma possession, mais venant à moi parée comme une épouse pour son époux...
Quelle idée folle, quelle idée d'un Dieu justement que celle de l'Amour et de la Liberté!

Passages d'une interview de Klaus Kinski : je n'ai vu aucun de ses films mais XP sur ILYS a donné une vidéo extrêmement émouvante où l'on mesure toute l'abîme qui sépare un artiste, celui qui sonde les gouffres ou qui se tient sur des aires trop élevées pour lui-même et pour les autres, abîme qui sépare l'artiste donc et la journaliste : "La littérature "tuée" par les médias ?" s'interroge Muray dans Désaccord parfait. Là, Kinski "tué" par la journaliste.

Vidéo sur ILYS là : http://ilikeyourstyle.net/2009/05/17/saine-colere/
Interview dans son entier là : http://www.geocities.com/Hollywood/Club/4297/presse/ecran19760615_2.html

Mais votre enfance a été particulièrement terrible: pauvreté, privations...
Non, j'ai enregistré des trucs terribles dans mon enfance mais tout le monde connaît cela. Je crois plutôt que ce que j'ai connu enfant a trouvé sa culmination quand j'ai été enfermé dans un asile. Avant, j'avais souffert mais je n'avais jamais, je n'ai jamais été sentimental envers mon enfance. A l'asile, j'ai pensé vraiment "je crève ou je me sauve". J'ai compris ça fait du bien de souffrir...
Le titre allemand de votre livre est beaucoup plus beau que Crever pour vivre...

C'est la traduction d'un vers de Villon que j'ai dit des centaines, des milliers de fois dans mes récitals: Je suis fou de ta bouche de fraise [Ich bin so wild nach deinem Erdbeermund]. Cette phrase allait pour l'Allemagne parce qu'elle est connue par mon spectacle et par le disque que j'en ai fait. Mais je trouve le titre français plus juste. Ca exprime une grande tendresse et une grande violence à la fois. Et c'est juste parce que je crois qu'être vivant, c'est toujours crever pour vivre. Je suis mort non pas deux fois, quatre fois mais des centaines de fois et je crois que c'est dans la mort que la vie commence.

Très tôt vous découvrez le théâtre par vous-même: vous jouez La machine à écrire de Cocteau, Mesure par mesure, vous respectez [Jürgen] Fehling, vous apprenez par coeur Villon, Rimabud, et à côté de cela vous ne semblez pas respecter le cinéma. Pourquoi?

Je vais répondre de deux manières différentes à votre question. D'abord je ne "respecte" pas Villon, Rimbaud. J'ai vécu, je vis avec l'âme de Van Gogh parce que Van Gogh, il est en moi, Villon est en moi. Ces poètes, je les ai rencontrés et ils m'ont fait avancer. J'ai cherché dans leur destin une solution pour moi. Je ne veux pas crever comme ils on crevé. Je veux crever en pleine liberté. La soeur de Rimbaud raconte dans une lettre très touchante la mort de Rimbaud. Je crois que personne ne peut dire ce qu'il a ressenti en mourant, pourquoi il a demandé les derniers sacrements. En tout cas, ça ne veut pas dire qu'il était heureux quand il est mort.

Ca ne veut rien dire d'être "artiste". Ce que j'ai toujours cherché, c'est de ne pas crever avant d'avoir approché une force supérieure... Vous pouvez appeler ça Dieu, comme vous voulez, je ne trouve pas de mot pour ça. Je peux dire: les éléments, le vent, l'orage, la mer.
Pour parler d'abord du théâtre, je n'ai pas de respect pour Fehling même si c'est un "grand" metteur en scène allemand. "Grand", cela ne veut rien dire pour moi. Je raconte au début de mon livre que j'ai fait des centaines de récitals en disant Le Nouveau Testament et des millions de personnes m'ont vu. Ce spectacle, je l'ai conçu parce que je ne voulais plus jamais mettre les pieds sur une scène. D'abord pour une raison technique: les pièces actuelles ne vous offrent jamais l'occasion de vous donner au public.

Ensuite pour une raison vitale: je voulais rester en vie, j'avais peur de crever sur scène. Crever dans mon âme, je veux dire. Je sais qu'en général un acteur est plus libre au théâtre qu'au cinéma, qu'il n'existe pas de routine. Mais pour moi, le théâtre, c'était marcher à la guillotine tous les jours pour être exécuté. Ce n'est pas que je me prenne pour Jésus-Christ mais j'ai trouvé un parallèle qui est le Jardin de Gethsemani. C'était: "me laisse pas crever" ... Mon chemin douloureux, c'était le théâtre, c'était le théâtre, c'était faire revivre pour les gens des choses tous les soirs. C'était comme les abattoirs. C'était trop bête de crever dans les décors et la poussière, au lieu de respirer sur la mer...

Et il y a quinze ans, sur la scène d'un grand théâtre de Berlin, un beau soir je me suis arrêté de jouer presque 10 minutes et personne n'a bougé. Et une chose, très loin - c'était peut-être une lumière - m'a fait comprendre: tout ce que tu fais, c'est pour rien... C'était peut-être une force supérieure qui m'est passée par la cervelle...

Alors j'ai mis sur pied ce spectacle où je récitais le Nouveau Testament et des millions de gens ont acheté un billet pour me voir.

Mais vos mises en scène à vous, c'est pour quand?
J'avais déjà eu l'occasion mais j'ai toujours reculé au dernier moment à cause de ma recherche intérieure, à cause de cette interrogation en moi: POURQUOI? POURQUOI? Je pensais toujours: je m'en vais demain...

samedi 16 mai 2009

Je ne comprends pas.

vendredi 16 janvier 2009

«Elle lit toujours les mêmes pages, parce que dans chaque livre elle cherche toujours la même chose : ce qui dès le commencement lui est destiné»

Tomber

Le monde, le vaste monde s’est ouvert à moi
Un jour de folie, de rage et de rouges lueurs.
J’ai entrevu ce qui EST, le bonheur, l’horreur
Le temps n’était plus, plus d’espace et de lois.

J’ai voulu me tenir sur cette crête aussi affutée
Qu’une lame. Je suis tombée et la chute
Infernale dure toujours. J’ai sombré, erré
Sans espoir de retour. J’ai voulu l’amour
Et me retrouve pute.

Mon Dieu,
En ces temps de grande solitude, je me tourne vers Vous ayant enfin compris que vous ne me destiniez qu’à Vous. Il m’a fallut une chute dans un gouffre très profond pour que je le comprenne.
J’ai mal, très cher Ami, j’ai très mal et mon cri de souffrance raisonne entre les parois obscures de cette caverne immense, glaciale. L’écho rebondit sur tous les rochers et me revient déformé comme un rire sauvage et cynique qui se moquerait de moi et de ma douleur.

Je ne comprends pas.

Cette incompréhension est la pire des solitudes et le plus grand des désespoirs mais je m’accroche, mon Dieu, car vous m’avez envoyé des petits cadeaux, comme ces miettes que les chiens reniflent et lapent sous les tables des maîtres. Vous m’avez donné du Philip Glass à écouter, « Naqoyqatsi », mélange symphonique d’une étrange puissance et douceur. Mon cœur trop serré se noie dans les résonances et fluides mélopées.
Vous m’avez envoyé aussi la vue de ces deux magnifiques jeunes cerfs traversant la route sur les plaines nocturnes de la Beauce. Passage d’une grâce inattendue, beauté éphémère de ce monde secret et animal. Je cherche encore ce qu’ils voulaient me dire car toujours les animaux parlent mais nous ne comprenons leur langage secret que si nous devenons attentifs à d’autres dimensions. Philip Glass devait fort bien comprendre tous les langages terrestres et sub-terrestres, j’en suis persuadée. Philip Glass ou le vent de la plaine que je traverse, beauté du soir commençant, solitude-essence de ma malheureuse âme.

Je ne comprends pas.

mardi 12 mai 2009

Des enfants


"La vérité est scandaleuse.(...) Pour ce qui vous concerne, dites simplement la vérité; dites tout simplement la vérité, ni plus ni moins." (Houellebecq, "Rester vivant")



Je vais vous avouer un secret inavouable : j’ai fais des enfants parce que je ne voulais pas mourir. J’ai été un monstre d’égoïsme, j’ai voulu sauver ma peau avant toute chose et j’ai réussi à me tirer de la nasse grâce à mes enfants. Le combat que je menais durait depuis trop longtemps et j’étais sur le point de le perdre. Les ombres envahissaient mon espace vital de façon inquiétante. Le bon Dieu m’ a tendu la main pour me tirer de cet enfer. Je suis remontée à la surface et c’est là que je me suis rendue compte, vaguement , de mon état. Ca n’était pas joli-joli à voir.

Il a fallut trouver des remèdes, très puissants, très efficaces, c’était la fin.

J’étais sur le point de disparaître quand j’eus mon premier garçon.

Ce dernier m’a ressuscitée d’un coup, « one shot », et l’affaire était dans le sac .

Bon, c’est vrai, mon mariage avait été le premier électro- choc, mon cœur s’était remis à battre. Très faiblement, très lentement. Quelqu’un m’a fixé une perfusion et j’ai bien voulu tenir le coup, ai-je compris, bien des années après. La perf. s’appelait D. et le médecin qui me l’avait prescrite, était Dieu.

D’abord, réanimer. Puis soigner, rééduquer. Tout cela a pris un certain temps pendant lequel le bon Dieu ne m’a pas dit un mot. Rien, nada, nothing, niente. Un silence absolu. Il est vrai que je ne pouvais plus lui parler ni l’entendre, vu mon état critique.

Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas entendu. J’ai à peine reconnu sa voix. ( ne le dites à personne, surtout pas à Lui, j’ai du aller voir un curé pour qu’il me certifie que c’était bien Lui ; je n’en étais pas sûre, vous dis-je ).

Mais maintenant, comme dit Ballavoine : « dans un monde où le plus beau reste à faire »,

J’ ai tout à accomplir et j’ai déjà presque 40 ans.

There’s not another way, j’en ai bien peur, mais la paralysie n’est plus de mise. Il me faut combattre.

A ce moment-là, toutes les portes seront fermées, il n’y aura plus d’issues possibles. Mais j’aurai tout tenté. J’aurai vécu. Je n’aurai pas flotté entre deux eaux.

dimanche 10 mai 2009

Gran Torino à la sauce Delsol

Lire impérativement :
http://modernologue.blogspot.com/2009/06/ce-vieux-raciste-mon-heros.html


Je viens de regarder Gran Torino avec Clint Eastwood.
Très bon film, plein de leçons à en tirer. On va le faire avec Delsol, bien sûr.
D'abord, petite parenthèse personnelle : amour pour cette magnifique bagnole, la Gran Torino : j'aime ma bétaillère comme un ouvrier aime ses outils, comme un maître aime son chien, comme un cow-boy aime son cheval : trop de moments passés ensembles, sans doute.... Cette belle américaine, la Gran Torino, m'a séduite! Mais c'est un amour de danseuse; je suis d'une fidélité absolue à ma bétaillère, en fait!

Prendre la Route, "Jeter les cartes, se lever, monter dans sa voiture, ajuster ses lunettes de soleil et partir : vivre enfin." Mouais... A voir.

Alors quoi : Gran Torino : "jeter les cartes" ou Bétaillère : "vivre pour de vrai" ? Finalement, c'est tout l'enjeu du film et de la vie, n'est-ce pas ?

"Il est plus difficile de vivre avec ce que l'on ne nous a pas ordonné de faire "dit le vieux Walt au jeune curé.
Il est vrai qu'il est plus difficile d'être libre et responsable de ses actes plutôt que d'être assisté, "d'obéir aux ordres"ce qui évite bien souvent des choix cornéliens et des poids sur la conscience...
Finalement, l'éducation ne consiste qu'à apprendre à faire des choix toujours pénibles, rarement satisfaisants et surtout à assumer ces choix. Jusqu'au bout. C'est la seule façon de devenir un homme.

"Il n'y a pas de morale sans liberté, sans choix personnel entre le bien et le mal (en tout cas ce que la liberté personnelle considère comme tels), et c'est là le sens de la morale, au-delà de la question de son commencement. Une action devient morale ou immorale parce qu'elle est décidée par un acteur libre et conscient de soi, faute de quoi elle n'est ni l'un ni l'autre, elle est neutre..."

Du thème de la transmission : passage d'anthologie dans le film où le vieux apprend au jeune Tao à "parler comme un homme" et donc à se comporter comme un homme et donc à devenir un homme, avec la complicité de son ami barbier.

"La transmission est l'inculcation, à un être LIBRE, de croyances INCERTAINES."
"L'existence de l'aléatoire, à la fois dans la personne de l'éduqué et dans les visées de l'éducateur, livre cette activité au doute et à l'imperfection."

"La contingence intrinsèque, découlant de la liberté de celui qui reçoit et de l'incertitude de celui qui transmet, impose à ce dernier un engagement personnel dans le processus de la transmission.... Tout se passe ici comme si l'éducateur se mettait lui-même en jeu pour compenser le caractère incertain de ce qu'il apporte; pour garantir par son être ce que la raison à elle seule ne peut garantir."


La mort-sacrifice du vieux Walt.

Xyr a intitulé froidement un de ses mots : "qu'ils crèvent tous." C'est un peu -beaucoup- l'idée du vieux Walt et du jeune Tao dans le film, après le viol sordide de la jeune soeur de Tao. Qu'ils crèvent tous, qu'ils paient leur crime, que justice soit rendue!
Mais là, à la fin c'est le vieux Walt qui meurt... et justice est rendue. Les criminels iront pourrir en prison et seront peut-être même tués puisque la peine de mort n'est pas qu'un vain mot aux EU.
Il y a différentes façon d'appliquer le "qu'ils crèvent tous" : des intelligentes, des réfléchies, des bien muries et des rageuses, des hystériques, des "qui ne servent à rien".
Qu'ils crèvent tous, certes, mais le vieux Walt dans Gran Torino ne dit pas le contraire. Il s'y prend intelligemment, c'est ça qui me plait dans ce film, il tend son piège avec un sang-froid machiavélique (bon enfin bref, machiavélique n'est pas le meilleur terme). Certes, il y laisse sa peau et vous allez me répondre : "c'est pas pour moi." Mais Xyr dit aussi: "la liberté ne se donne pas, elle se prend. " Et là c'est à chacun d'estimer ce qu'il a à faire et la façon de s'y prendre. Le vieux Walt n'oblige personne à le suivre, -au contraire!- il prend sa décision seul et de façon souveraine : il ne rend pas des comptes au curé qui lui en demande pourtant!
Qu'ils crèvent tous "? OK, d'accord, mais alors qu'ils crèvent vraiment et que pas un seul n'en réchappe. Faire le travail proprement, correctement, avec sang-froid et lucidité, pas dans la rage aveugle.C'est pourquoi cette phrase : "du calme! du calme!", toujours dans le même film, m'avait plu.

De façon plus générale, c'est très difficile de "tuer" vraiment, à fortiori de tuer ce qui est gangrené en nous ou une civilisation gangrenée qui n'en finit pas de mourir. C'est quasi-impossible. Nous vivons toujours sur une nostalgie morbide, nous sommes toujours à deux doigts de renouveler les erreurs du passé, simplement parce que nous refusons de creuser notre tombe, de mourir à nous-même, de faire une vraie introspection de ce qui est et de ce qui fût.
Delsol dit : "Nous n'avons pas encore accepté de prendre en charge la pesanteur des expériences. C'est pourquoi nous ne sommes pas en mesure d'instaurer un débat concernant les contours du monde prochain. La fin de l'utopie du progrès et de l'utopie communiste ne suscite pratiquement pas de réflexion sur les causes." "S'ouvrir à l'expérience signifie accepter la réalité : faire preuve d'honnêteté, laquelle représente ici une qualité à la fois intellectuelle et morale.L'honnêteté consiste à regarder. Ce qui semble facile, et ne l'est pas. D'abord parce que tout regard est une interprétation, et la "réalité" discutable. Ensuite, parce que la réalité nous contredit et nous accuse. Elle remet en cause nos préjugés et les illusions issues de nos préjugés. Elle destabilise nos triomphes qu'elle peut transformer en échecs. Il faut de la bravoure pour affronter cet adversaire magistral. Nous pouvons faire mine de l'oublier : il nous rattrape toujours." (éloge de la singularité)

Asensio, dans un article sur Mazneff écrit :
"Tuez le vieil homme, débarrassez-vous de cette vieille peau qui paraît plus fine que celle d'un nourrisson, de cette mémoire plus vieille et épaisse que si elle appartenait à un de ces hommes fabuleux hantant les débuts de l'histoire selon la Bible (et qui finissent piteusement, voyez les immortels de Borges), larguez les amarres (n'avez-vous pas répéter, à l'envi, Navigare necesse est, vivere non necesse) et surtout, surtout, ne vous retournez pas, celles et ceux qui se retournent sont maudits !"

Tirer avec un revolver est facile, creuser sa tombe avec un bêche est plus compliqué.
Jeanne Bloy, dans le journal de son mari :"Il faut creuser et descendre dans la terre jusqu'au lit des morts. Alors on trouvera la Joie."( Août 1895 )


Revolver et légitime défense
Magnifique ode à la légitime défense dans le film. Le jeune curé qui s'écrie absurdement, lors de la défense par le vieux Walt de ses voisins : "mais il fallait appeler la police!" Ce même curé qui tentera le soutien de cette police pour éviter le carnage final et police totalement impuissante à éviter la confrontation.
Le revolver : bien utile dans l'histoire, ce revolver. Mais il ne résout pas tout : il n'empêche la petite Sue de se faire violer, il n'empêche cette famille de Hmong de se faire enquiquiner par de la racaille. Légitime défense, avec armes, certes mais surtout avec intelligence, avec sang-froid, avec lucidité.Le vieux Walt, après une explosion de rage, de douleur fort humaine et légitime dit au petit Tao : "il faut du calme! Du calme pour tendre notre piège. Nous n'aurons qu'une seule chance et risquons de ne pas en revenir!" La Rage? oui, mais celle qui glace le sang et rend affuté, pas celle qui aveugle...
Dantec et pas Delsol, cette fois : "La guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir". ( Dantec, dans Babylon Babies, éd.Folio SF, p26)

samedi 9 mai 2009

Du ménage et du communisme.

Ecrit il y a longtemps; je le remets à cause d'Xyr qui veut "tout détruire".
A la place de communisme, mettre "totalitarisme" ou comme Xyr, "esclavage".



Je passe en moyenne une heure trente par jour à " faire le ménage".
"Faire » est un terme étrange pour parler du ménage. Faire signifie " fabriquer", " construire", " créer" peut-être ? ( là, je m'exalte).
Or lorsque je "fais le ménage" , j'aspire la poussière, je la fais disparaître, je la détruis, j'enlève la saleté, les graisses d'un évier, le calcaire d'une baignoire ( je veux connaître le produit qui dissout ce fichu calcaire, vraiment) , bref , le terme d " élimination " me parait plus approprié que " fabrication".
C'est jouissif d'éliminer.
C'est plus facile que de fabriquer.
ça ne demande pratiquement aucun effort intellectuel, un petit peu d'effort physique.
En est-il de même dans la construction intellectuelle?
C'est difficile de penser. Il s'agit de fabriquer, de construire, de créer peut-être? ( là, je m'exalte).
C'est facile de détruire, d'éliminer, de dissoudre une pensée, une culture.
Dieu merci, en fait, on n'y parvient pas tout à fait, jamais.
Chantal Delsol, dans l'ouvrage que j’ai lu" Eloge de la singularité" explique fort bien à quel point les utopies sociales du 20ème siècle ont voulu détruire l' homme dans son être même ( "assassinat programmé de sa réalité") et que des dissidents des pays de l’est ont voulu " sauver les débris de ces vaisseaux." Ils appellent cela des "traces ".
La question est: pourquoi s'obstiner à sauver ces traces alors que " l'effort de l'époque consiste justement à effacer."
Ces traces forment la réalité anthropologique de l'homme et son anthropologie culturelle ( à mon sens les deux vont de pair: soit on tue le corps, soit on tue l'esprit; le communisme, comme toute dictature, s'occupe des deux ) .
Si je trouvais pour mon ménage un produit qui dissout, je dissoudrais mes meubles, ma baraque et tout ce qu'il y a dedans. Je serai une vraie communiste et une vraie utopiste.
C'est dangereux, la perfection dans le ménage.

jeudi 7 mai 2009

En levant la tête

Photo prise au cimetière d'Arlington,Washington DC, Pâques 2009



Un gris mat, ce soir dans le ciel.

Un gris de peinture, je crois, tout lisse

Et dans ce fond immobile, bien réel

Du vert à profusion qui s’y fixe.


Le printemps est arrivé, les arbres en fleurs

Ont décidé soudain de remonter du séjour

Des morts où toute la terre, durant des jours

S’était réfugiée, en attente de la nouvelle heure.


J’ai pu en levant la tête contempler le tableau

Rien ne bougeait, j’ai vite pris mon pinceau

Pour vous donner chers amis ma vision,

Mon paradis, la beauté, le silence, la Création.

samedi 2 mai 2009

Juan Asensio,Moi, Youssouf F., né le 13 février 2006, meurtrier, extrait

Votre langue a fait de moi un tueur sans pitié. Chacun de vos mensonges. Chacune de vos dérobades. Chacun de vos mauvais jeux de mots. Chacune de vos subtilités.
Je ne sais donc parler qu'en récupérant puis utilisant de nouveau, après les avoir soigneusement sucés, les mots que ces eunuques galvaudent, blessent, gauchissent, dépècent, torturent. Ces mots que vous avez détruits.
Qui a dit que les langues naissaient, vivaient puis mouraient ?
La langue française n'est pas morte mais éteinte.
Moi, je parle. Et je ne suis pas le seul à parler cette langue, oh que non ! Nous sommes des centaines, des milliers, humiliés et offensés, lie de la lie, rats parmi les rats. Cette langue est la vôtre et pourtant, dites-moi : comment se fait-il que vos oreilles paraissent ne point l'écouter ni même l'entendre, vos esprits se fermer à ce qu'elle raconte ?
Cette langue est une langue morte, non : éteinte. C'est la langue française, c'est la langue de la mort, c'est la langue qui a tué un homme et, moi, c'est la langue qui m'a fait renaître. Quel singulier pouvoir ne conserve-t-elle pas, même avilie, souillée, violée des millions de fois par chacune de vos bouches puantes.
Moi, je parle, et j'ai tué le représentant d'une des langues les plus puissantes de l'humanité. L'une des plus saintes, sinon la plus sainte.
Moi, Youssouf Fofana, je parle une langue plus ancienne que le français, le latin ou même l'hébreu.
Je parle la langue de la mort et de la folie.

vendredi 1 mai 2009

Prière pour les hommes sans nom, par Maurice G. Dantec

Cette prière est à écouter ici : http://www.radio-canada.ca/radio/vousetesIci/dossiers.asp?idDossier=119513

Je me suis permise, sans permission, de la retranscrire.
Les passages à la ligne sont de mon propre fait.La ponctuation aussi.Peut-être ne seraient-ils pas exactement ceux de l'auteur.
S'il y a des fautes -orthographes ou compréhension- merci de me les indiquer.

On s'en tape.J'ai fait ce que j'ai pu.

J'ai mis aussi à la fin un petit poème que j'avais écrit l'année dernière (à force d'écrire : "l'année dernière", ça finira par faire 10 ou 20 ans!) qui correspond bien à cette prière-poème.

Samedi 2 mai 2009
Alors voilà : j'ai un bon ami qui m'a donné cette version avec ces passages à la ligne. Je pense que c'est la version "officielle". Donc je la mets. Merci C.


Il faudrait sans doute que je prie pour ton âme
Visage du futur
Soit l’image d’une bouche écrasée par une botte

Je devrais me tourner vers les cieux en flammes
Et les tas d’ordures
Où survivent les enfants fabriqués de bric et de broc

J’écoute ta voix, gazé des camps
J’entends ta chair consumée au pétrole

J’entends l’enfant dans les nuées du zyklon-B
J’entends le son des os en carbone
Je vois tes yeux sous la montagne de feu
Ils se consument dans la lumière
Neutrons-noyaux / noyaux-neutrons
Ta vie n’est plus que particules élémentaires

Par ma bouche forée au laser
Je vais pour une minute le temps de détruire un monde
Laisser votre souffle guider ma prière
Comme s’il s’agissait de ma toute dernière seconde :

La voix de ma fille résonne dans la nuit jouvencelle
et par sa bouche c'est la Vôtre que j'entends
cristal acoustique transvaluant la lumière du réel,
buisson ardent qui se manifeste À l'instant
comme la musique d'un amour aux extrêmes étincelles,
Le Fils de l'Homme sous l'orage des injures
écartelé par le poids d'une croix de supplice
les pieds meurtris de pierres montait comme le calice
d'une vérité aux hommes impure,
l'impact lourd du fer, au bois clouant les os et écrasant la chair
ruina l'Homme pour des siècles
mais fit de Votre voix l'esprit des fous
et des poètes, des poètes et des fous
qui ne sont qu'autres noms pour les prophètes
en des temps plus doux;
l'image du Dieu vivant avili par les hommes
croix dressée invisible dans la nef déserte
semble le seul rayon possible à notre horizon mort
quand l’homme à Votre Image s’incarcère de spectacles et de fêtes,
Et c’est à l'envol blanc de la Colombe
qui s'échappe de Son corps endolori
Que j'aperçois une fenêtre neuve et claire sur le monde
La transfiguration de toutes les morts par une vie.

Alors s’élèvent les voix des enfants écrasés
Enterrés vivants
Recouverts de toutes les cendres de tous les brasiers
De tous les bombardements

J’entends vos chants dans la chambre ardente
Parole revenue du Néant
Armée de l’Épée de flammes tournoyante
Au Jardin d’Eden veillant

À genoux l’Homme se redresse enfin
Debout il se fait libre
Libre il lèvera la tête vers ce qui n’a pas de fin
Vers ce qui le fait vivre.

Amen -



Mon poème-prière :

J’ai soif
L’enfant est né, après bien des alarmes.
Il est beau et repose sur le sein de sa mère.
L’enfant est né, après des cris et des larmes.
Il est maintenant une créature de la terre.

Mais son regard se porte déjà vers le ciel,
Ses bras se tendent vers l’immatériel,
Se referment dans le vide et le néant.
Il est une créature des cieux, pourtant.

Baptisé selon la coutume, avec de l’eau
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
Dieu se love dans son cœur aussitôt
Feu ardent et rouge-sang dans le joyau.

Feu ardent et brûlant attiré par l’eau,
Il murmure maintenant et pour l’éternité,
Dans le cœur de cette âme embrasée
« J’ai soif , Moi le Seigneur, le Très-Haut » .

Descendu aux enfers, volontaire prisonnier
Au cœur de l’homme, un brûlant et divin secret.
Le Seigneur-Dieu, le Créateur, le Crucifié
« J’ai soif » murmure t-Il à l’enfant nouveau-né.

« J’ai soif ! » la Voix enfle et se perd
Dans une vie d’épreuves et de misère.
« J’ai soif ! » crient l’enfant et son Dieu-Trinitaire,
Ils sont à la fois, tous deux, l’eau et le désert.
« J’ai soif ! » parfois la Voix se tait, tout s’endort.

Le bruit du monde, la mollesse de nos corps
Assourdissent le doux murmure, le cri délirant
La voix du Père, et celle de l’enfant.
Occultée, la Voix du Tout-Puissant
Moquée, piétinée, écrasée, cette voix d’enfant

Et dans un silence d’outre-tombe
Quand tout est fini, mort, nuit sombre
Les martyrs, les saints, les pauvres, les malheureux !
De leur bouche pleine de cendre et qui ne s’ouvre plus
Naît un merveilleux sourire. Ils ne crient plus
Puisqu’ils ont appelé, et le Verbe est venu .
Le Calice suprême, La Coupe du salut,
S’est versée sur leurs lèvres, jusqu’à la lie
Ils ont bu.