"Apocalypse ne signifie évidemment pas "fin-du-monde-catastrophe-généralisée, etc.",le mot signifie au contraire la révélation de la présence divine dans le monde."*** " Toute littérature est un écho du Verbe, qu’on le veuille ou non."(Dantec) *** l’Art, qu’il soit littéraire ou plastique, n’exprimait jamais rien d’autre, à ses yeux, que l’idée que la partie n’est jamais et n’est pas jouée (Muray)***"la vérité ne peut-être obtenue qu'au prix de renoncer à la certitude" (Nemo)
jeudi 30 avril 2009
"You see in this world there's two kinds of people, my friend... Those with loaded guns and those who dig. You dig."
"You see in this world there's two kinds of people, my friend...
Those with loaded guns and those who dig. You dig."
"Et pourtant c'est toujours la même histoire. Dans ce monde il y a deux sortes de gens, ceux qui ont les flingues chargés, et ceux qui creusent. Les forts et les faibles. Les beaux et les bons qui doivent assumer leur supériorité sur les mauvais et les laids. C'est ainsi.
Mais dans cet antimonde qu'on appelle l'Occident, cette hiérarchie a été retournée sur elle-même, et désormais le fort - celui avec le flingue chargé - préfère creuser... et creuser sa propre tombe... tolérance, égalité, ouverture, diversité... toutes ces notions ne sont rien d'autre que des armes dans la guerre pour notre disparition...
Il serait désormais temps que l'Homme blanc sorte son revolver lorsqu'il entend les mots culture de l'Autre."
Je réponds :
Dans le même temps, une bêche ça ne sert pas qu'à creuser.
Il y a deux jours, le soir vers 22h, j'étais dans mon salon et mon mari n'était encore pas rentré.(boulot)J'aperçois par mon porte-fenêtre, dans le jardin de ma voisine (absente), deux types avec lampes de poche qu'ils dirigeaient sur la maison (de ma voisine donc). Je sors par ce même porte-fenêtre et attrape une bêche qui traînait.
Je m'apprêtais à crier un truc du genre : "qu'est-ce que vous fichez là" quand un des deux gars me voit et me dit très vite : "ne vous inquiétez pas, Madame, nous sommes gendarmes!" Et effectivement, il s'approche et je vois son uniforme.
J'étais plutôt soulagée, je dois dire.Le gendarme ajoute : "Vous avez quoi à la main? Un balai ?"
Je lui réponds, très fière : "non! quelque chose de plus dangereux! Une bêche!" Et au lieu de me féliciter pour mon à propos, il me dit : " Ah ben d'accord! Mais ça peut vraiment blesser une bêche!"
J'ai pas osé lui répondre : "oui,ducon, justement, c'est le but!!"
Je suis rentrée chez moi avec ma bêche et j'ai attendu mon mari.
C'est ça l'Occident : ce "fort" qui creuse sa tombe, un jour, il va arrêter de creuser, il va relever la tête et sa bêche pourrait bien traverser l'air pour aller se planter dans la tronche de celui qui "domine".Il faut garder espoir.
Moi, quand je vois un Autre et si cet Autre m'est hostile, je sors ma bêche, mais c'est pas pour creuser ma tombe, je vous le garantis.
mardi 28 avril 2009
Pas encore de titre
Devant moi le Mur gris et transparent, dur et mouvant.
J’ai lancé mon poing en avant : mes articulations brisées
Ma tentative était vaine face au Mur épais et j’ai crié
Mais la main a traversé, j’ai touché le mystère, je le sens.
J’ai agrippé de tous mes doigts cette vérité soudaine
Je l’ai tenue, me suis accrochée à elle, fermement.
Je la possédais pour toujours, elle était mienne
Ma main s’est ouverte : rien ! de la douleur et du sang !
Sur mon visage, j’ai essuyé mes pleurs et ma rage
Eau et sang mêlés, le beau spectacle ! Puis un voile
S’est reconstitué, le Mur , glacée et blanche page
De nouveau apparu, immobile et mouvant, face à moi.
Un son lointain, l’écho d’une mélodie perdue
Je suis sûre de l’avoir de nouveau entendue !
J’ai frappé, cette fois de mes deux poings
Et le sang a giclé sur le Mur,a écrit un mot, à la fin.
Mon sang, le Mur, la douleur et l’ouverture.
Ma vie, en somme, ta vie aussi.
Mais pourquoi, Jésus, est-ce aussi dur ?
Et facile pourtant, et difficile, et le jour, et la nuit.
mardi 14 avril 2009
Tu es un être dangereux
« Tu sais des choses. Je crois que c’est ça que tu fais, dit-elle. Je pense que tu te consacres au savoir. Je pense que tu acquiers de l’information et que tu en fais quelque chose d’extraordinaire et d’affreux. Tu un être dangereux. Tu es d’accord ? Un visionnaire. » (Cosmopolis, Don Delillo, p24)
lundi 13 avril 2009
extrait de l'homélie du Pape Benoit XVI à la veillée pascale
Pris sur le Salon beige : l'équipe du film "Anges et démons" explique :
Extrait de l'homélie du Pape à la veillée pascale 2009 :
En ce qui concerne l’histoire du chant de Moïse après la libération d’Israël de l’Égypte et après la remontée de la Mer Rouge, on trouve un parallélisme surprenant dans l’Apocalypse de saint Jean. Avant le début des sept derniers fléaux imposés à la terre, au voyant apparaît quelque chose
« comme une mer transparente, et pleine de flammes ; et, debout au bord de cette mer transparente, il y avait tous ceux qui ont remporté la victoire sur la Bête, sur son image et le chiffre contenu dans les lettres de son nom. Ils tiennent en main les harpes de Dieu, et ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, le cantique de l’Agneau… » (Ap 15, 2s). Cette image décrit la situation des disciples de Jésus Christ à toutes les époques, la situation de l’Église dans l’histoire de ce monde. Considérée humainement, elle est en elle-même contradictoire. D’un côté, la communauté se trouve dans l’Exode, au milieu de la Mer Rouge. Dans une mer qui, paradoxalement, est à la fois de glace et de feu. Et l’Église ne doit-elle pas toujours marcher, pour ainsi dire, sur la mer, à travers le froid et le feu ? Humainement parlant, elle devrait sombrer. Mais tandis qu’elle marche encore au milieu de la Mer Rouge, elle chante – elle entonne le chant de louange des justes : le chant de Moïse et de l’Agneau, dans lequel s’accordent l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.
Alors qu’au fond elle devrait sombrer, l’Église chante le chant d’action de grâce de ceux qui sont sauvés. Elle marche sur les eaux de mort de l’histoire et toutefois elle est déjà ressuscitée. En chantant, elle s’agrippe à la main du Seigneur, qui la tient au-dessus des eaux. Et elle sait qu’ainsi elle est hissée hors de la force de gravité de la mort et du mal – force à de laquelle il serait impossible autrement d’échapper – qu’elle est élevée et attirée au sein de la force de gravité de Dieu, de la vérité et de l’amour. Pour l’instant, elle se trouve encore entre les deux champs de gravité. Mais depuis que le Christ est ressuscité, la gravitation de l’amour est plus forte que celle de la haine ; la force de gravité de la vie est plus forte que celle de la mort. N’est-ce pas là réellement la situation de l’Église de tout temps ? On a toujours l’impression qu’elle doit sombrer et, toujours, elle est déjà sauvée. Saint Paul a décrit cette situation par ces mots : « On nous croit mourants, et nous sommes bien vivants » (2 Co 6, 9). La main salvatrice du Seigneur nous soutient, et ainsi nous pouvons chanter dès à présent le chant de ceux qui sont sauvés, le chant nouveau de ceux qui sont ressuscités : ALLELUIA ! Amen.
jeudi 9 avril 2009
Jeudi Saint

Ce soir, retour en bétaillère dans la plaine après la Messe du Jeudi Saint : instauration par Notre Seigneur de l'Eucharistie.A la fin de la messe, le prêtre prend le ciboire plein d'hosties consacrées et va les mettre dans un reposoir spécialement préparé à cet effet.(le vendredi saint Jésus est mort sur la croix, il n'y a donc pas de consécration, on communie avec les hosties gardées dans ce reposoir).
Une dernière fois, nous contemplons Jésus-Hostie puis nous repartons chez nous.
Sur le chemin du retour, une immense lune bien ronde, une hostie dans un ciel sombre...
Cette hostie lumineuse repose sur un gros nuage noir.
A un moment donné, je vois que ce nuage envahit la lune toute pure et grignote de ses franges sombres l'astre resplendissant.
Et je pense : voilà, c'est la nuit qui tombe, le Seigneur est parti au jardin des oliviers après la Scène, avec ses disciples et son agonie commence."Veillez et priez!" implore t-il à ses amis pendant que l'angoisse l'envahit. Et je la vois monter, cette agonie, dans ce nuage qui dévore l'hostie lentement mais sûrement. Nous rentrons chez nous, nous reposer, dormir pendant que le drame qui engage toute l'humanité dans son Salut se noue...
Dans la voiture, c'est "Ne me quitte pas" de Brel qui nous appelait.Et le Christ dit à ses disciples : "Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi"
Puis le Seigneur revient vers les apôtres et les trouve en train de dormir et il dit à Pierre :"Ainsi, vous n'avez pas la force de veiller une heure avec moi! Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent mais la chair est faible." Ne me quitte pas crie Brel, j'inventerai pour te retenir des mots qui n'existent pas...Le Seigneur, qui est Dieu, a inventé sa crucifixion et sa mort pour nous sauver.
Le Christ dit enfin : "Désormais vous pouvez dormir et vous reposer : voici toute proche l'heure où le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs."
La bétaillère est rentrée avec tout son monde.Brel s'est tu.
Ma tête penche, mes yeux se ferment et je ne vois plus rien, je n'entends plus rien, je ne ressens plus rien.
La lune a disparu. La nuit a gagné.
dimanche 5 avril 2009
Africa, Toto
Ce matin, levée tôt : il faut que j'aille chercher ma fille à 15 km de chez nous, elle campe avec ses guides et rentre avant la messe des Rameaux. J'emmènerai dans le même temps mes deux fils à leur sortie de louveteaux.La bétaillère est de sortie.
Je pars avec du retard, quelques gorgées de café dans le bec pour me réveiller et assurer les réflexes : il va falloir aller vite. La bétaillère a l'habitude.
Après quelques kilomètres de petits chemins et de mise en train, la grand route.110, 120, 130km/heure, 140 : la bétaillère se lâche.
Les yeux rivés droit devant, Toto et Africa galopent sur la plaine.J'arrive dans la petite bourgade, je ralentis et traverse sans problèmes. Un vieux Toyota me freine à la sortie, l'heure tourne, ma fille m'attend en uniforme de guide, sur le bord d'une route, avec son vélo. Je n'aime pas ça et ne peux dépasser le papi.La bétaillère prend son mal en patience. Difficilement.
Je récupère ma fille qui rentre dans la voiture avec une bouffée de feu de bois et de fraîche humidité.Les traits sont tirés mais elle est rose et sereine.La bétaillère repart.
110, 120, 130, 140 km/heure, la route déroule son ruban gris et fluide;les oiseaux s'envolent lentement au passage.Dans mon esprit, la carte pour le meilleur chemin pour déposer les deux louveteaux qui s'impatientent à l'arrière.Passer par le centre ville ou contourner? Le contour a ma préférence : la bétaillère est plus à l'aise dans la distance que dans des ruelles étroites.J'arrive enfin, les deux fauves sont lâchés, la bétaillère souffle un peu. Le café est loin, la maison aussi.Nous rentrons.
La journée peut commencer.
mercredi 1 avril 2009
Me refuseras-tu.
« Le destin ordinaire des hommes n’est-il pas de chercher très loin, et souvent au péril de leur vie, ce qu’ils avaient , sans le savoir à portée de la main ? » ( p.94, Les Prédestinés, de Bernanos ).
Me refuseras-tu.
Mon Dieu, mon Dieu, je t’appelle tous les jours
Mon Dieu, mon Dieu, je t’appelle toutes les nuits
Je crie, j’hurle, je pleure, point de non-retour,
Je gémis comme un enfant, et ma plainte t’ennuie…
Je promets la lune, les étoiles, la mort et la vie
Je jure de traverser l’enfer brûlant et ses monstres
Je brandis l’épée de la justice jusqu’aux cieux infinis
Je suis une guerrière ! On me suit par vaux et par monts.
Et tu me dis, Seigneur, à cet instant d’éternité
« Me refuseras-tu. »
Un jour, je dormais, épuisée, sous le large feuillage,
Un jour, je contemplais, émerveillée, le beau rivage
Une nuit, j’aimais, apaisée, l’homme humble et sublime
Une nuit, je consolais, lassée, l’enfant qui a peur et qui crie
Je luttais couverte de blessures, l’épée étincelante
Bien en main, invaincue, invincible et colère
Les ténèbres sont mon territoire, lieux éclatants,
Où Ta gloire resplendit, Seigneur ; j’étais fière !
Et tu me dis, Seigneur, à cet instant d’éternité
« Me refuseras-tu. »
Que veux tu, oh Dieu Puissant, que je ne t’ai donné ?
Je t’ai offert, mon combat, toutes mes souffrances
Mes blessures non cicatrisées qui ruissellent de sang
Mon bonheur exaltant de servir mon Bien-Aimé
Et tu me dis, Seigneur, à cet instant d’éternité
« Me refuseras-tu. »
Oui, Me refuseras-tu tes humbles joies et petits soucis,
Tes travaux quotidiens, ta cuisine, tes tâches ménagères,
Ton linge à laver, à repasser, ton linge dans la buanderie,
Les bains à donner, les dîners, tout le sel de TA terre.
Me refuseras-tu la mère de famille et non pas la guerrière,
L’épouse attentive, toujours, au retour du mari
La maman et les devoirs des enfants, jamais de répit
La femme choisie par son homme dont elle est si fière.
Me refuseras-tu tes colères et tes peurs, angoisses et cris
Tes rages incontrôlées, tes paroles et ta langue de vipère
Ta paresse quotidienne, tes petits trucs et mesquineries
Ton regard critique pour tes propres enfants et leur père
Tes envies d’ailleurs, ton incessant désir d’une autre vie
Ta fatigue lourde et pesante, le désespoir qui t’enserre
Chaque jour, s’être sans doute trompé d’alchimie
La vieillesse qui arrive, n’avoir rien vécu, mes frères !
Oui, Me refuseras-tu, mon enfant, ma chérie, ta vie ?
"We are living the others, we are going away"
Question : qu'est ce que vivre ?
Asensio : Sur les Carnets noirs de Gabriel Matzneff
«Puissance prédictive de l'écrivain en tant qu'artisan du prévisible ? Singulière lucidité que l'épilepsie devrait au «haut mal» au mal sacré dont il a donné l'une des plus saisissantes descriptions cliniques ? Intempestivité critique, plutôt, du philosophe (du seul vrai philosophe russe, selon Berdiaev) ? Ou simplement charisme du prophète ? Comment savoir ? Avec Dostoïevski, l'on hésite forcément, tant le roman s'impose, au-delà de la littérature, comme la continuation de l'Histoire sainte par d'autres moyens. Théologien, alors ? Oui et non. Oui, si l'on se souvient que la première théologie, biblique, est narrative. Non, si l'on admet que le romancier échappe à l'apologétique. Théologien politique, peut-être ? Non, sauf à considérer que l'exercice vaut par son inévitable faillite, que la meilleure réaction intellectuelle se retourne en avant-garde esthétique – comme le montreront à la suite Eliot, Pound, Céline, le Bernanos de Monsieur Ouine (4), et Mishima. Disons plutôt : porte-parole du Tiers-exclu, du Dieu assassiné, de l'encombrant cadavre paternel autour duquel se presse, convulsive, tourbillonnante, l'humanité rendue à elle-même et elle-même à l'agonie, dont il se fait en retour le greffier pour compiler, dans toute sa textualité, l'évangile nihiliste» (5).
Je lis depuis un moment très lentement le Qu'est ce que l'homme de Delsol et je suis au cœur du chapitre la relation et la distance .Delsol explique que l'homme sans l'autre ne peut pleinement s'actualiser, devenir humain. "La relation fait partie du monde humain, elle est anthropologique parce que aucun humain ne se suffit." D'où la nécessité d'échanges, donc de liens donc de relation. Mais "Le bien est donc échange et non fusion. L'être humain doit demeurer distinct et séparé pour vivre dans la relation : si tout est indivis et mêlé, aucune rencontre n'est possible."(...) Car chacun, dès lors qu'il est conscient de soi, c'est à dire humain, vit seul et, surtout, meurt seul.(...) Et quand il se sent mourir, l'abîme de sa solitude est tel qu'aucun lien ne saurait le combler."
JB, toujours foudroyant, écrit : "L'enfer est platonique"
"Le boulevard du crépuscule est une voie à sens unique : on le descend, mais on ne le remonte pas». Asensio va plus loin, il trouve une solution et elle ressemble beaucoup à ces arts martiaux qui utilisent la faiblesse de chacun et l'inversent en quelque sorte en force. Voilà, une fois au fond de ce gouffre où l'on se voit seul, seul à jamais, seul toujours, il écrit : on ne peut sortir de ce fait de la solitude; elle est. De même que l'homme est seul, il est seul avec son péché, sa pesanteur et la mort. Alors? Il continue citant Mazneff : "«On ne peut servir Dieu dans le péché et dans le vice. [...] C'est vrai concède l'écrivain, mais il est, simultanément, non moins vrai que l'Église est faite pour les pécheurs, non pour les saints» La solution est là, n'est ce pas? Xyr disait : je ne veux pas mourir. Oui mais comment ? Ici, Asensio donne quelques clé de ce combat de la vie :
"Gabriel Matzneff, vivez. Vous ne vivez pas. Ce que j'ai lu me fait croire que vous ne vivez pas. Pour vivre, vivre vraiment, il ne vous reste plus qu'à vous débarrasser de vos trop nombreuses attaches charnelles et, en les ayant rompues, en les revivant par la grâce d'un silence plénier, vous les captiverez de nouveau et, surtout, plus jamais ne les perdrez ! Ce sera cela, le palpable et le concret (cf. p. 372). N'avez-vous donc rien retiré de la lecture des mystiques ? N'avez-vous pas gardé en mémoire ces mots d'un gamin (à vos yeux et même aux miens désormais), Jean-René Huguenin qui écrivait dans son Journal ces phrases de feu : «Ce qui caractérise les faibles, c’est moins le goût de l’abdication, du laisser-aller, l’obéissance servile aux moindres désirs, qu’une espèce de penchant fataliste pour le recommencement, un désir d’éterniser, une tragique impuissance à rompre. Ils meurent de ne pas savoir tuer».
Cette histoire de servilité me fait songer immédiatement au chrétien médiocre de Bloy ou à l'attitude servile du dhimmi. Dhimmitude mentale dit Annie Laurent en parlant des occidentaux.
Il faut mourir à soi n'est ce pas, c'est cela la solution.
"Tuez le vieil homme, débarrassez-vous de cette vieille peau qui paraît plus fine que celle d'un nourrisson, de cette mémoire plus vieille et épaisse que si elle appartenait à un de ces hommes fabuleux hantant les débuts de l'histoire selon la Bible (et qui finissent piteusement, voyez les immortels de Borges), larguez les amarres (n'avez-vous pas répéter, à l'envi, Navigare necesse est, vivere non necesse) et surtout, surtout, ne vous retournez pas, celles et ceux qui se retournent sont maudits !"
Savez-vous ce qu'il arrive à ceux qui se retournent ? ils se changent en statue de sel, ils pétrifient à jamais leur pensée, ils matérialisent leur réflexion.Ils pétrifient leur âme; leur cœur et il n'y a plus d'échange possible avec un être pétrifié : il ne peut ouvrir son cœur devenu comme de la pierre et ne peut rien donner de lui-même sans s'effriter en morceaux!
Nougaro, l'Enfant-Phare :
"Où est-il ? l'Enfant qui chante les fameux lendemains
L'Enfant qui enfante un nouveau genre humain
Où est-il ? l'Enfant qui tue, l'Enfant qui tue le vieil homme
Et qui reconstitue le paradis de la pomme!"
Mais mourir à soi-même qu'est ce que cela signifie concrètement?
"Ne visitez pas, comme tel personnage du Soleil de Satan de Bernanos (Antoine Saint-Marin je crois), la cellule misérable du saint de Lumbres, en espérant y découvrir le choc vital qui lui fera de nouveau goûter l'écriture, devenez-le, ce saint !"
Ah! C'était donc cela la solution? La bête solution? Elle était là, devant moi et je ne la voyais pas? Oui bien sûr... "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits." ( Matthieu, 11; v. 22) Devenir saint! Il est là le grand voyage du futur. Pas dans les étoiles, pas sur une planète lointaine, même pas en ce qui me concerne ailleurs que mon pays la France, non, il est ici le grand voyage : en nous.L'Ailleurs, c'est nous, c'est notre âme et notre corps.L'enfant qui est en nous, en chacun de nous que nous ayons 10, 20, 40 ans, c'est lui qu'il nous faut chercher et retrouver n'est ce pas ? Il faut se tuer, s'oublier soi-même pour vivre et remonter cette pente d'un gouffre qui est si profond que plus d'un a désespéré en distinguant la lumière du jour, au loin. Mais cette lumière, elle n'était pas que en haut, elle était là, en nous aussi, nous avions cette lanterne avec nous, nous avions les pics, les piolets, les cordes et ne les avons pas vu. Dans la Route de McCarthy, c'est l'enfant qui est porteur du feu.La remontée du gouffre n'est possible que si elle est intérieure à nous . Pas extérieure.Le chemin est en nous, pas la peine de chercher une porte de sortie ailleurs. J'écrivais ceci je ne sais plus quand : l'année dernière :
"La question revient : "qu'est ce qu'un homme véritable? pas seulement l'artiste car tout homme est appelé à une forme de plénitude. A mon sens, c'est la question de toute une vie. Moi qui ai beaucoup d'enfants, je pose pour eux cette affirmation, deviens un homme véritable, but que je revendique haut et fort . Non pas "sois un homme, mon fils" car ça ne veut rien dire, on naît homme, mais sois un homme vrai, accomplit, aboutit, même si d'une certaine façon tes propres faiblesses et manques te déterminent fondamentalement, ontologiquement, paradoxe vertigineux de la finitude humaine vis à vis de la perfection divine.( creuser ce paradoxe : l’homme est fait pour la lumière, dit-on, mais la lumière n’est rien sans l’ombre ! )
Un homme véritable? "On ne fais pas ce qu'on devrait, on fait ce qu'on peut, c'est à dire ce que Dieu donne à faire" ( Journal de L. Bloy, Juin 1895 )
Hier, j'étais avec mon mari à une soirée donnée en l'honneur des 40 ans d'un ami .Je rencontrais un prêtre que je n'avais pas vu depuis 10 ans. Il m'a regardé et m'a posé la même question qu'il y a 10 ans."Es-tu dans la paix?" J'étais très troublée parce que cette question je me la posais depuis toutes ces années sans apporter de réponse positive et pour une bonne catholique comme moi, c'était tout de même un aveu plutôt humiliant de ma vie spirituelle alors qu'aux yeux du monde, je possède tout pour être dans la paix. Je lui expliquais cela rapidement ( avec une saucisse dans l'assiette, ça n'est pas très évident , je suis extrêmement maladroite) et lui dis que non, je n'étais pas dans la paix puisqu'il n'y avait pas eu à proprement parler de combat ou de guerre ou d'épreuves particulières et donc pas de reddition ni de paix. Il m'a regardé avec son regard flou de myope et m'a dit :"pourquoi vouloir combattre?"
Vous comprenez mieux la phrase de Léon Bloy, n'est ce pas? Un homme véritable, c'est celui qui va faire ce qu'il a à faire, sans refuser à Dieu la vie qu'il mène et doit mener. ça n'est pas de la mesquinerie, ça n'est pas quelque chose d'époustouflant, c'est vivre!
Jeanne Bloy, dans le journal de son mari :"Il faut creuser et descendre dans la terre jusqu'au lit des morts. Alors on trouvera la Joie."( Août 1895 ) . Mettre les mains dans la terre, en d’autres termes, faire ce que Dieu nous demande, ne rien lui refuser. C’est le message du bouquin de Mère Teresa. Toute son action est partie de cet appel du Christ : »Me refuseras-tu.» Et elle a fait le serment de ne jamais rien refuser au Christ. C’était bête comme chou mais il fallait y penser ! Plus question de combat mais seulement de reddition tout de suite !