jeudi 31 décembre 2009

Bonne Année 2010

Croix créée à partir de morceaux du World Trade Center


"Tous autant que nous sommes nous serons à la fin que ce que nous avons pensé de Dieu. Cela et rien d'autre. Car rien n'est réel que sa Grâce."



New York, 3, Impressions






Il faudrait que je fasse un exposé chronologique de ce voyage mais je ne sais pas faire cela, je vais raconter quelques impressions.
Dans New York on marche énormément : les quartiers se succèdent, des grandes avenues larges et sales, à la Starsky et Hutch, de Harlem (avec ces fameux escaliers extérieurs, théâtre de toute course-poursuite digne de ce nom!), aux rues huppées qui entourent Central Park ou les quartiers tranquilles et luxueux de Greenwitch Village.
Pour apercevoir un coin de ciel il faut lever le cou et c'est ce qu'il y a de plus surprenant dans cette ville : les grattes ciel qui coupent toute perspective et dans le même temps, curieusement, il n'y a pas de sensation d'étouffement, la respiration, l'élévation de l'esprit se fait par les hauteurs des immeubles qui s'élancent comme une végétation capricieuse vers le soleil, vers le ciel.

Nous n'avons pas pu faire la visite de la Statue de la Liberté à cause des files d'attente énormes et des délais invraisemblables de ces files. La sécurité et donc les fouilles étaient renforcées ces jours-ci.
Nous avons opté pour le Ferry public et gratuit qui emmène les gens de Staten Island à Manhattan tous les jours, sans interruption. Ces ferry passent juste devant la Statue et beaucoup de touristes font simplement l'aller-retour dessus pour profiter à moindres frais d'une ballade sur l'Hudson et d'une belle vue sur la Statue de la Liberté. J'ai adoré cet interlude, avec une lumière de rêve.




Le grand passage, Cormac McCarthy; B l'église : " un terrain à la fois sacré et miné"

"Mû par on ne sait quel instinct le vieil homme restait sur un terrain à la fois sacré et miné. C'était un choix de sa part, un geste; Tout le monde reconnaissait le pouvoir de son témoignage. La force de sa conviction sautait aux yeux. dans ses paroles il n'y avait ni mesure ni modération. Dans sa nouvelle vie le libertin se montrait à visage découvert. Vois-tu? Son arrogance allait jusqu'à mettre en jeu sa vie. sur ce terrain plein de danger il s'était érigé en témoin, le seul témoin qu'il pourra jamais y avoir, et si certains voyaient dans ses yeux l'exaltation de la folie que pouvait-on chercher d'autre chez un homme qui avait provoqué le Dieu de l'univers sur un terrain choisi par ce Dieu? Car il est dans la nature même d'un tel lieu d'être toujours dangereux et provisoire. Et c'est là en vérité que devons plaider notre cause, là ou nulle part.
Et le prêtre? Un homme aux idées larges. d'esprit libéral. Un homme généreux même. Une sorte de philosophe. On pourrait dire pourtant que la voie qu'il suivait en ce monde était si large qu'il laissait à peine de trace. Il avait en lui une grande vénération pour le monde, ce prêtre. Il entendait la voix de la Divinité dans le murmure du vent, dans les arbres. Même les pierres étaient sacrées. C'étaient un homme raisonnable et il croyait qu'il y avait de l'amour dans son cœur.
Il n'y en avait pas. Et il n'est pas vrai que Dieu murmure dans les arbres. On ne peut pas se tromper sur Sa voix.Quand les hommes l'entendent ils tombent à genoux et leur âme se déchire et ils crient vers Lui et il n'y a en eux aucune crainte mais seulement cette frénésie du cœur née d'une si puissante aspiration et ils supplient que sa Présence perdure car ils savent dès le premier instant que si les hommes sans Dieu peuvent vivre assez heureux dans leur exil ceux à qui Il a parlé ne peuvent envisager la vie sans Lui mais seulement les ténèbres et le désespoir. Les arbres et les pierres n'en font pas partie. Voilà. Le prêtre avec la générosité même de son esprit était en péril mortel et ne le savait pas. Il croyait en un Dieu infini sans centre ni circonférence. Par cette absence même de forme il avait tenté de rendre Dieu gérable. C'était son acte de mitoyenneté, sa colindancia. A force de générosité il avait cédé tout le terrain. Et dans son pacte de mitoyenneté Dieu n'avait plus voix au chapitre du tout."

Le grand passage, Cormac McCarthy, A "Pas sous la même ombre"

[Le vieil homme qui a perdu femme et enfant dans un tremblement de terre s'est réfugié dans une église en ruine qui menace de s'effondrer. Il dort jour et nuit dedans : il défie son Dieu.]

"On a envoyé chercher le prêtre. Le prêtre est venu trouver notre homme et lui a parlé. Le prêtre à l'extérieur de l'église. Le paroissien solitaire à l'intérieur. Sous l'ombre de la voûte menaçante; A cet homme égaré le prêtre parle de la nature de Dieu et de l'esprit et de la volonté et du sens de la Grâce dans la vie des hommes et le vieil homme l'écoute et approuve d'un signe de tête certains arguments essentiels et quand le prêtre en a terminé le vieil homme lève bien haut son livre et se met à vitupérer le prêtre. Vous ne savez rien. Voilà ce qu'il crie. Vous ne savez rien.
Les gens avaient les yeux fixés sur le prêtre. Il se demandaient ce qu'il allait répondre. Le prêtre a longuement regardé le vieil homme puis il est reparti. La conviction qu'il y avait dans les paroles du vieil homme avait ébranlé son cœur et il réfléchissait à ces paroles et il était troublé parce que les paroles du vieil homme exprimaient évidemment des vérités. Et si le vieil homme savait cela quoi d'autre encore devait-il savoir?
Il est revenu le lendemain. Et encore le surlendemain. Des gens venaient en spectateurs. Les gens instruits de la ville; Pour entendre ce qui se disait de part et d'autre. Le vieil homme marchant de long en large sous l'ombre de la voûte. Le prêtre dehors. Le vieil homme feuilletant son livre avec une terrible dextérité. comme un changeur comptant des billets. Le prêtre donnant la réplique au nom de ces grands principes théologiques qu'il interprétait avec tant de latitude. Tous deux hérétiques jusqu'à la moelle.
Il se pencha en avant et écrasa la cigarette. Il leva un doigt. Comme pour inviter à la prudence. Le soleil était entré dans la pièce par la fenêtre donnant au sud et des chats s'étaient levés pour s'étirer, pour changer de position.
A cette différence près pourtant, dit-il. A cette différence près. Le prêtre n'avait rien engagé. Il ne prenait aucun risque. Il n'était pas sur le même terrain que le vieillard à demi fou. Pas sous la même ombre. Il avait au contraire choisi de rester en dehors du fragile édifice de sa propre église et par ce choix il enlevait à ses propres paroles tout pouvoir de témoigner.

New York, 1, Le Grand Passage.

Photo prise un soir, du Rockefeller Center, le deuxième building le plus haut à NY, après l'Empire States Building. " The Top of the Rock"

Photo prise du Ferry, sur l'Hudson


Nous sommes partis à deux samedi 26 décembre.Le voyage en avion a été un peu stressant, le personnel de ligne avait les nerfs en pelote à cause d'une tentative d'attentat dans un avion qui provenait d'Europe et se dirigeait vers Détroit. Un Nigérian a été maitrisé par un jeune Hollandais, au moment où il tentait d'allumer un engin explosif. Je suis très fière que le héros du jour soit néerlandais car j'ai moi-même du sang hollandais dans les veines et c'est toujours important de constater que ce sang n'est pas constitué que de flotte...
Au moment d'atterrir dans une purée de poix abominable, le pilote a remis les gaz, est remonté et nous a fourni une explication un peu vaseuse après cette manœuvre : nous étions, parait-il, trop près de l'avion de devant!

Je lisais Le Grand Passage, de Cormac McCarthy et j'ai bien cru que j'allais pour de bon faire ce grand passage vers l'au delà. Je réfléchissais fébrilement en moi-même : est-ce que tout était en ordre dans ma vie? Les enfants? Les derniers ont eu 6 ans, ils savent tenir un couteau et une fourchette, ils parlent, savent à peu près lire, et surtout, surtout, font leur signe de croix... Les plus grands? Ils ont acquis le réflexe inconscient de la prière quotidienne et de la messe du dimanche, quoiqu'il arrive, quoiqu'il en coûte... Leur tête n'est pas encore très pleine mais elle commence à être bien faite : ne pas se fier à la vérité toute crue, aux apparences, choisir la difficulté, toujours, tenter d'agir au mieux selon sa conscience sachant que la correspondance acte-bien n'est jamais parfaite, etc...
L'idée qui me revenait le plus, dans ces minutes un peu longues était que je serais sans doute plus efficace au ciel que sur terre, auprès de mes enfants. Je m'accrochais aux accoudoirs ou plutôt à McCarthy en songeant : ce n'est qu'un mauvais moment à passer, comme un accouchement... Après, à Dieu va!!

Dans le magnifique roman de MacCarthy, plus beau encore que la Route, d'une poésie absolue, il y a un long passage crucial, au milieu du livre où un vieillard raconte son questionnement sur le sens de sa vie, questionnement qui se présente comme un combat contre Dieu.Je lisais ce texte essentiel et me disais : si j'arrive au bout, si j'ai la clé de l'Enigme, alors, je peux mourir...
Je suis allée au bout, dans le souk de l'atterrissage, et je ne suis pas morte et j'ai encore le mystère de ma vie à percer.
"Tous autant que nous sommes nous serons à la fin que ce que nous avons pensé de Dieu. Cela et rien d'autre. Car rien n'est réel que sa Grâce."

Puisque je suis dans les considérations techniques de pilotage, il faut que je vous raconte la conduite automobile New Yorkaise. Je croyais les américains assez paisibles au volant, avec des 90km/heure sur les autoroutes.
Et bien! Le taxi à New York est un Cow Boy qui ne s'ignore pas du tout! C'est le Far West avec possibilité de doubler par la droite et la gauche, des accélérations éblouissantes et brutales dès qu'une voie se dégage (time is money!), le klaxon à gogo au moindre ralentissement. Cette ville est faite pour moi et la bétaillère! Suffirait que je lui rajoute un bon pare-choc comme il y en a partout là-bas et je serais la reine de NY! La bétaillère ne déparerait pas car toutes les voitures sont énormes, imposantes, noires. Ce sont les grosses berlines à la Jack Bauer qui prédominent et je reconnais que ça, ça me fait rêver...
L'américain au volant klaxonne beaucoup, double sec mais ne se fait pas emmerder par des péquenots : là-bas, une conduite efficace et rapide, un bon coup (automobile!) est salué par les autres. En France, vous serez poursuivi et menacé par des fous furieux pas contents de s'être faits doubler avec un peu d'audace.Le conducteur New Yorkais ne perd pas son sang-froid, contrairement à ce que l'on imagine : il cherche simplement à aller au plus vite du point A au point B, et respecte malgré tout quelques règles élémentaires : les feux et les piétons. Que demander de plus?!

vendredi 25 décembre 2009

New York


Quelques jours à New York, avec mon mari. Absence de ce petit blog.
Joyeuses fêtes à tous ceux qui parcourent ce blog.




Petite explication de Noël : de la fête païenne à la fête chrétienne


Pris ici : http://jerusalem.cef.fr/index.php/fraternites/vivre-la-liturgie/vivre-et-comprendre-la-liturgie/331-temps-liturgique-noel

De la Nativité au Baptême du Seigneur

C’est le temps liturgique le plus court et le plus festif : il s’étend entre deux fêtes, la Nativité du Seigneur et le Baptême du Seigneur, et ne cesse d’aller de fête en fête déclinant les divers aspects du mystère : fête des Saints innocents, le 27 décembre ; de la Mère de Dieu, le 1er janvier ; de la Sainte Famille, de l’Épiphanie… Aussi la couleur liturgique est-elle le blanc.

Pour les premiers chrétiens, il n’y avait qu’une fête, Pâques. La venue du Sauveur parmi les hommes n’a commencé à être célébrée qu’au IVe siècle, et pour des raisons plus pastorales que théologiques : il s’agissait de substituer une commémoration chrétienne aux fêtes païennes du solstice d’hiver et, à Rome, en particulier, de remplacer l’hommage rendu au Sol invictus (soleil victorieux) par la célébration du «Soleil de justice brillant avec le salut dans ses rayons» (Mal 3,20). Mais, puisque le contexte du solstice invitait à célébrer une naissance, c’est le natale (l’anniversaire) de Jésus qui fut commémoré avec l’évocation des événements tels que les rapporte Luc : la montée à Bethléem, la déposition dans la mangeoire, l’annonce aux bergers. Dès le Ve siècle cependant, les sermons de Noël du pape saint Léon le Grand mettent l’accent sur le mystère qu’est aussi Noël, irruption de Dieu dans la chair de l’homme et commencement du salut : «Le Verbe divin, Dieu, Fils de Dieu, qui était au commencement avec Dieu, afin de libérer l’homme de la mort éternelle, a été fait homme lui-même… La nature inviolable s’unit à celle qui peut souffrir, le vrai Dieu et l’homme véritable se joignent pour former l’unique Seigneur, et un seul et même Médiateur pourra, comme il fallait pour nous guérir, mourir de l’une de ses natures et ressusciter de l’autre» (Serm. XXI).
La célébration liturgique de Noël se caractérise par le fait, unique dans la liturgie latine, qu’elle comporte trois messes aux textes différents, qui permettent de célébrer dans la nuit, à l’aurore et au milieu du jour, les divers aspects du mystère. Elle est suivie, comme Pâques, d’une octave s’achevant par la fête de la Mère de Dieu.

Parallèlement à cela, l’Orient célébrait, le 6 janvier, l’Épiphanie du Seigneur, cette fête recouvrant, selon le sens du mot grec : «manifestation», non seulement l’apparition de Jésus dans la chair, mais aussi les premières manifestations de sa «gloire» : la venue des mages, le baptême au Jourdain, le signe donné aux noces de Cana.
Lorsque cette fête fut adoptée par la liturgie en Occident, vers la fin du IVe s., elle prit comme thème central le souvenir de l’adoration des mages, et donc de la révélation du Christ aux païens. Elle est maintenant célébrée, du moins en France, le dimanche le plus proche du 6 janvier ; et le Baptême du Seigneur fait l’objet d’une autre fête, le dimanche suivant, qui clôt ce cycle de Noël. Mais il faut garder à l’esprit l’unité de ces «manifestations » comme le fait, par exemple, une antienne du Benedictus : «Aujourd’hui l’Église s’unit à son Époux céleste parce que dans le Jourdain le Christ a lavé ses péchés ; les mages accourent avec des présents aux noces royales et les convives se réjouissent de voir l’eau changée en vin.»





jeudi 24 décembre 2009

Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David.


Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 2,1-14.

En ces jours-là, parut un édit de l'empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre - ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. - Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte, mais l'ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. »


L'homme est un glébeux qui rêve.

Xyr : "Je crois que ce bateau sur lequel nous sommes, qui s’appelle l’Occident, coule. Et qu’on peut douter, justement, de la correspondance de sa nature avec notre destin, on peut se demander si notre temps à ses côtés n’est pas révolu. On peut vouloir s’en débarrasser sans être un islamo-souverainiste-CAB ou je ne sais quoi de ce genre, je le pense."


Je pense que le bateau Occident a déjà coulé, je pense qu'il est au fond de l'eau depuis un moment.Je ne saurais dire lequel.
Je l'ai déjà dit ici et je le redis : je pense que nous sommes "morts".
Mais je pense que nous pouvons renaitre de nos cendres. Et nous le ferons dans la peau de ce que nous sommes, dans la peau d'Occidentaux puisque nous sommes Occidentaux.Sans doute en retirant de cette peau d'Occidental tout ce qui "gratte", toutes nos puces et nos verrues mais sans vraiment nous éliminer, nous, complètement. Ce serait stupide.

Quand on est au fond de l'eau, il faut donner un coup de talon pour remonter à la surface. C'est cette phase là qui m'intéresse aujourd'hui.

Je vais remettre des passages de Delsol, "Qu'est-ce que l'homme" car je crois qu'elle explique bien la nécessité d'émancipation de l'homme, par rapport au non moins nécessaire enracinement.
Passages d'une synthèse de ce livre :


L’émancipation comme recherche d’un autre enracinement.
Cette émancipation, cette échappée vers un ailleurs permet à l’homme de se situer dans un monde et même de constituer ce monde. Il ne s’agit de changer de lieu ni de milieu mais simplement d’améliorer ce qui peut l’être et de remédier à certaines souffrances. Il s’agit donc d’instaurer un enracinement différent. Cette émancipation est donc bien un arrachement mais pour retrouver une appartenance jugée meilleure : « S’émanciper ne signifie pas, en se libérant d’une autorité, se mettre à flotter librement sans attache et s’écarter de toute appartenance, mais accéder à d’autres enracinements… »(P163)
Cette émancipation a vocation à englober le plus d’êtres humains possibles.

Prométhée et le bivouac de Trotski.
Cette évolution ou émancipation humaine existe depuis toujours ; elle est anthropologique. Elle n’est pas apparue sous les Lumières.
Lorsque le temps historique d’une civilisation prend la forme d’une flèche et renonce à une forme cyclique, cela signifie qu’elle accepte les remises en cause et renonce à l’immobilisme.
Les Lumières n’ont exprimé qu’une impatience face à émancipation, une accélération du mouvement occidental d’émancipation.
Le mythe de Prométhée est la représentation de cette impatience : non seulement Prométhée actualise cette accélération de la civilisation par le don du feu mais il va plus loin en voulant transformer les hommes en dieux.
Pour Marx la volonté émancipatrice naît de l’exclusion d’un groupe (le prolétariat) par rapport à une communauté. Cependant chez Marx, cette exclusion qui provoque une logique émancipation est marquée par le fait que cette exclusion est radicale et totale. Donc « la volonté de supprimer tout enracinement signe la présence d’une émancipation pervertie. »(P167) Le prolétaire ne cherche pas à rejoindre une appartenance quelconque : il est au delà de l’enracinement, il n’est qu’émancipation, détaché de tout à l’extrême. « Avec la Révolution, la vie est devenue un bivouac. »
Cette volonté d’émancipation pervertie a donné le nazisme et le communisme et n’a pas disparu aujourd’hui. Elle continue à créer une violence réelle mais difficile à combattre. Il y a un déni de la réalité car l’émancipation à tout prix « oublie » le passé, l’héritage, elle récuse la culture qui pourtant existe bel et bien. Il y a une révolte contemporaine contre l’enracinement ; l’idéal, la volonté d’émancipation sans un enracinement préalable existe toujours aujourd’hui. Cette émancipation est pervertie dans le sens où elle récuse donc toute enracinement ou culture passée qui nous structure ; elle fabrique des zombies qui errent de bivouac en bivouac, d’appartenance en appartenance. En fait actuellement, avec cette volonté d’émancipation « no-limit » on détruit mieux encore qu’au temps du communisme la religion, la famille : « l’effort d’émancipation extrême équivaut à un travail d’indétermination par lequel l’humain perd peu à peu ses caractères. »(P172) Ces individus déracinés ne sont en fait pas libres comme ils pourraient le croire : ils sont ramenés simplement à leurs besoins primaires et donc à un matérialisme triomphant. La dernière structure à sauter sont tous les tabous de nos civilisations : « il s’agit de traquer le sacré pour le desceller, partout où il se trouve. » (P173)


L’effroi

Les êtres humains sont déterminés de deux façons : par leur monde culturel (coutumes, langages, comportements) et par des « besoins vitaux de l’âme » (cf Simone Weil) comme la liberté, l’égalité ou la responsabilité.
« Pourtant la difficulté ne se trouve pas seulement dans la saisie de la limite entre le transformable et le permanent… La difficulté se trouve aussi dans le danger qu’il y a remplacer un enracinement culturel sans risquer la dissolution irréversible d’un monde particulier qui nomme, définit et fait vivre des humains. » Il faut donc un vraie prudence dans ce mouvement émancipateur. Cette prudence ne signifie en aucun cas immobilisme.

La tentation du définitif

Autrefois, les excès de l’enracinement bloquaient cette velléité naturelle et nécessaire d’émancipation.
Aujourd’hui, l’émancipation totale, sans limites supprime tout enracinement.
« La modernité tardive s’est construite sur un éloge univoque de l’émancipation, sur une volonté de dés appropriation sans limites, sur une fuite vers toujours plus de liberté individuelle et vers la suppression jamais achevée des contraintes jusqu’à la plus infime…. Elle n’a pas admis que l’émancipation et l’enracinement, loin d’être des pôles antagonistes dont l’un devrait avoir raison de l’autre…sont les deux faces d’un même motif anthropologique. ; que la victoire de l’un sur l’autre revient à défigurer l’humain. »
Cette récusation globale de l’enracinement laisse croire que l’homme pourrait vivre « ailleurs » en abandonnant définitivement « l’ici »
Malgré une prise de conscience de notre délire d’émancipation à tous crins, nous n’avons pas encore trouvé vraiment d’équilibre. L’émancipation absolutisée devient une religion. La négation de nos enracinements culturels a pour conséquence d’imposer une sorte d’enracinement global, sorte de dogme généralisé qui pèse d’un poids diffus mais réel sur tous les hommes.

Le « glébeux » qui rêve.
Les Lumières ont fait de l’émancipation un évènement intégral, total, alors qu’il s’agit toujours d’un processus particulier, pour se libérer de certaines aliénations particulières.
« Ce sont les hommes qui font l’histoire » dit Vico, penseur des Lumières.(P182) En interprétant les évènements, nous créons notre monde. « Notre maîtrise est sagesse plus que science »
« Il n’y a dans le monde humain ni chaos ni nécessité : c’est la liberté qui le pense. Notre monde est entre nos mains : non pas que nous pourrions le remplacer, mais nous lui conférons son sens et l’améliorons progressivement selon des normes inventées par nous. »(P182)
Cette vision de Vico de l’histoire humaine peut paraître relativiste. En fait non, parce qu’il croit en un sens commun universel, une convergence des croyances et symboles à travers différentes cultures. Les normes sont relatives car tirées du jugement d’expérience mais selon un ordre universel qui englobe l’homme. Les lumières du XVIIIème siècle ont eu deux conséquences : le relativisme d’une part et l’absolutisation des normes présentes. Vico évite ces deux pièges. L’erreur des Lumières a été de se croire une rupture entre un âge des ténèbres et un âge de la lumière.
En fait l’homme est un « glébeux » (enracinement) qui rêve (émancipation). Le nazisme a laissé le sentiment d’un effroyable gâchis et donc le sentiment d’un retour en arrière alors que l’humanité doit se civiliser toujours plus. Les Lumières ont confondu le mal et l’enracinement. En fait le mal gît toujours dans l’excès ou la perversion soit de l’enracinement, soit de l’émancipation. « L’enracinement provoque soit des abus d’autorité personnelle, l’écrasement des individus au nom de l’équilibre de la communauté… L’émancipation suscite d’affreuses solitudes, le délitement des solidarités, le crime de la liberté toute-puissante.(P186) »
« L’homme possède à la fois des racines et des ailes. La grande erreur de notre temps est de ne pas l’avoir compris. »(P186)

Conclusion :
« En ce qui concerne le statut de l’homme, le passage de la « nature » à la « condition » marque l’apparition d’une anthropologie mouvante, parce que liée à notre interprétation et non à une dogmatique ; et d’une anthropologie universelle, parce que fondée sur l’expérience à travers le temps et l’espace…. La question désormais posée, essentielle parce que la philosophie des droits de l’homme en dépend entièrement, c’est celle de la royauté de l’homme. »




mardi 22 décembre 2009

Ilys à la Crèche.

« une fonction essentielle de la véritable beauté consiste en la communication à l’homme d’une « secousse » salutaire, qui le met hors de lui, l’arrache à la résignation, aux accommodements du quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard blesse, mais ainsi l’éveille en lui ouvrant de nouveau les yeux du cœur et de l’esprit, en lui donnant des ailes, en l’élevant vers le haut » (citation de Ratzinger, tiré d'un texte de Pigi Colognesi, sur le peintre Bill Congdon, chez le Stalker)


Je m’en vais vous raconter ma dernière rencontre

Dans les plaines de Galilée, je marchais d’un bon pas,

Avec mes huit agnelets serrés tout contre moi,

La nuit tombait, il faisait froid dans la vallée profonde.


J’allais vers Bethléem voir le Nouveau-Né, l’Enfant Jésus,

Mon Roi. Mon ange m’avait alertée et je courais sur le chemin

Sans m’attarder, sans hésiter, pressant tous mes petits bambins;

Depuis toujours j’attendais, et le moment crucial était venu.


Au loin, au bord du chemin, j’aperçus un grand feu de bois

Qui éclairait alentours, projetant mille étincelles joyeuses

Une troupe nombreuse, bruyante, agitée, des éclats de voix

Inquiète, j’avançais doucement vers la source lumineuse.


Un silence se fit, lorsque j’arrivais. Puis l’un d’entre eux

Dit: « venez donc petite dame, auprès de notre feu ! »

La voix se voulait apaisante et calme, elle était tonitruante

Mais si chaleureuse, que je me suis approchée, avec les enfants.


Il y avait une troupe de sbires un peu crasseux qui conversaient.

Quelques mercenaires, de retour chez eux, après une guerre ou deux

S’efforçant comme ils pouvaient, à quelques civilités,

Risettes aux petits, inclinaison du chef pour certains d’entre eux.


Celui qui m’a accueillie sans façons, s’est présenté :

Je suis portraitiste, à mes heures perdues, sur les champs de bataille

Je mets souvent des visages, des mots, là où il n’y en a plus, sous la mitraille

Je peins, j’écris, je rectifie… On m’appelle XP.


Un deuxième s’est avancé, grommelant contre le feu qui s’éteignait

Pas besoin d’appeler les troupes pour le raviver ! Ce que l’on peut

Soi-même faire… On le fait !Joignant le geste à la parole, dans le feu

Il a posé du bois, Nicolas, préparé une soupe, soufflé sur les braises…


Trois autres se tenaient un peu à l’écart de l’agitation, attentifs

Cependant aux bruits, aux voix, à l’obscurité profonde…

Bien vêtus, élégants et nuancés, SK, Il Sorpasso, et Vae Victis :

Ils observaient la scène, les gens qui passaient, le monde.


Allongé de tout son long, les yeux mis-clos, perdu dans un rêve

Son chapeau rebattu sur sa tête, ses bottes poussiéreuses aux pieds,

Blueberry chantonnait, appréciant la paix surnaturelle, la trêve

Un calme apparent, une fausse nonchalance pour cet inquiet.


Trois savants, trois érudits dans un coin devisaient vivement :

Nebo, venu de l’Est, le génie des sons, du langage musical

Restif, qui déchiffre tout manuscrit en un rien de temps

Denis, le maître de la mesure, à l’intelligence fatale.


Dans l’ombre, un peu éloigné des groupes, silencieux,

Seul, mais non solitaire, Xyr explique qu’il cherche sa route

Mais ne l’a pas encore trouvée, dans ses cartes, en ces lieux

Son sac est léger, et le joug de la beauté qu’il poursuit est si doux…


Je lui ai alors avoué que j’allais voir l’Enfant-Dieu incarné

Le Créateur et Maître de toute chose, de toute beauté

Lui, le plus beau des fils de l’homme un jour défiguré,

Mis à mort, crucifié par ses frères, pour nos péchés.


Toute la troupe a paru fort intriguée par ce Dieu fait homme

Dans une étable, toute proche d’eux, alors qu’ils l’ignoraient

J’ai montré l’étoile dans le ciel, et tous ces bons hommes

Ont plié le camp, éteint leur feu, sans sourciller, sans barguigner.


Petite mise en garde cependant, ai-je cru bon ajouter : on ne contemple

Impunément la Source de toute lumière sans être soi-même aveuglé.

La beauté blesse, brûle celui qui s’en approche, comme un dard acéré

Se plante dans le corps, le cœur et l’esprit des soldats les plus ardents.


L’Enfant au sourire si doux, embrasera toute votre âme en un rien de temps,

Vous serez piégés, sans vous rendre compte, vous serez morts, vous serez vivants

Cette Beauté là, c’est le Bien et le Vrai jaillis dans le même temps et réunifiés

Dans le Corps du Dieu Vivant, venu par amour, une nuit, un jour, nous sauver.



lundi 21 décembre 2009

Le mystère de Noël , conférence d'Edith Stein, Janvier 1931

"Le Fils du Père éternel dut descendre de la gloire du ciel parce que le mystère du mal avait enveloppé le monde de ténèbres."


L'Avent et Noël

Quand les jours se font courts, quand les premiers flocons d'un véritable hiver se mettent à tomber, timidement, silencieusement montent en nous les premières pensées de Noël. De ce simple mot se dégage un tel charme que nul cœur ne peut lui résister. Même les fidèles d'une autre foi, les incroyants, ceux pour qui l'histoire de l'enfant de Bethléem ne signifie rien, se préparent à la fête et se demandent comment, ce jour-là, faire jaillir autour d'eux une étincelle de joie. C'est déjà des semaines, des mois à l'avance, comme un chaud courant d'amour qui se répand sur la terre. La fête de l'amour et de la joie - c'est bien cela, l'étoile vers laquelle tous marchent en ce début d'hiver.
Mais pour le chrétien, surtout le chrétien catholique, Noël est encore autre chose. C'est à la crèche que l'étoile le conduit, à l'Enfant qui apporte la paix à la terre. C'est ce que l'art chrétien nous dépeint en tant d'images émouvantes, et que nous chantent de vieilles mélodies, toutes pleines de la magie de l'enfance.
Dans le cœur de celui qui vit avec l'Église, les cloches du Rorate et les chants de l'Avent réveillent une saine nostalgie; et celui à qui s'est ouverte l'inépuisable source de la liturgie entend jour après jour le grand prophète de l'Incarnation marteler ses exhortations et ses promesses : Cieux, répandez d'en haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir leJuste. Le Seigneur approche! Adorons-le! Viens Seigneur, ne tarde pas! - Jérusalem, crie ta joie car ton Sauveur vient à toi!
Du 17 au 24 décembre, ce sont ensuite les grandes antiennes "O" du Magnificat : O Sagesse, O Adonaï, O Fils de la race de Jessé, O Clé de la Cité de David, O Orient, O Roi des Nations qui, avec une ardeur et une ferveur grandissantes, lancent leur appel : Viens pour nous sauver. Et toujours plus pressante, retentit la promesse : Voyez, tout est accompli, et finalement : Sachez aujourd'hui que le Seigneur vient, et demain vous le verrez dans sa gloire.
Lors de la veillée, quand scintille l'arbre de lumière et que s'échangent les cadeaux, le désir inassouvi d'une autre lumière monte en nous, jusqu'à ce que sonnent les cloches de la messe de minuit et que se renouvelle, sur des autels parés de cierges et de fleurs, le miracle de Noël. Et le Verbe s'est chair. Nous voilà parvenus à l'instant bienheureux où notre attente est comblée.

Les fidèles du Fils de Dieu fait homme.

Cette joie de Noël, chacun de nous a pu l'éprouver; mais le ciel et la terre ne sont pas encore unis. Aujourd'hui encore, l'étoile de Bethléem brille dans une nuit profonde. Déjà au lendemain de Noël, l'Eglise dépose ses ornements blancs pour revêtir la pourpre du sang et, au quatrième jour, le violet du deuil. Etienne, premier martyr à suivre le Seigneur dans la mort, et les Saints Innocents, les nourrissons de Béthléem et de Juda impitoyablement massacrés, font cortège à l'Enfant dans la crèche. Qu'est-ce que cela signifie? Où donc est l'allégresse des cohortes célestes, où est la tranquille félicité de la nuit sainte? Où est la paix sur terre?
Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Mais tous ne sont pas de bonne volonté. Le Fils du Père éternel dut descendre de la gloire du ciel parce que le mystère du mal avait enveloppé le monde de ténèbres. La nuit couvrait la terre, et il vint comme la Lumière qui brille dans les ténèbres; mais les ténèbres ne l'ont pas reçu. A ceux qui l'accueillirent, il apporta la lumière et la paix : la paix avec le Père céleste, la paix avec tous ceux qui, comme eux, sont des fils de lumière et des enfants du Père, et la profonde paix du coeur - mais non la paix avec les enfants des ténèbres. A eux, le Prince de la Paix n'apporte pas la paix mais le glaive. Pour eux il est la pierre d'achoppement contre laquelle ils s'élancent et se brisent. C'est là une vérité difficile et grave, que l'image poétique de l'Enfant dans la crèche ne doit pas nous masquer.

Le mystère de l'Incarnation et le mystère du mal sont étroitement liés. Surla lumière descendue du ciel se détache, d'autant plus sombre et menaçante, la nuit du péché.

L'Enfant de la crèche tend les mains, et son sourire semble déjà exprimer ce que l'homme dira plus tard : "Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui ployez sous le fardeau." Les premiers à suivre son appel sont les pauvres bergers des champs de Bethléem, à qui l'éclat du ciel et la voix de l'ange annoncèrent la bonne nouvelle et qui disant : Allons à Bethléem, se mirent en marche; ce sont les rois, venus du lointain Orient, qui, avec la même foi simple, suivirent la merveilleuse étoile. Sur eux les mains de l'Enfant répandirent une rosée de grâces, et ils se réjouirent d'une grande joie.
Ces mains donnent et exigent à la fois : sages, déposez votre sagesse et devenez simples comme des enfants; rois, donnez vos couronnes et vos trésors et rendez humblement hommage au Roi des rois; prenez sans hésiter votre part des peines, des souffrances et des fatigues que son service exige.Et vous, enfants, qui n'avez encore rien à offrir, c'est votre tendre vie, avant même qu'elle ait vraiment commencé, que vous prennent les mains de l'Enfant - et à quelle meilleure fin pourrait-elle servir que d'être sacrifiée au Seigneur de la vie?
Suis-moi, disent les mains de l'Enfant comme plus tard la bouche de l'Homme. Ainsi a t-il appelé le disciple que le Seigneur aimait, qui appartient lui aussi à la suite de l'Enfant. Saint Jean partit sans demander ni pourquoi. Il abandonna la barque de son père et suivit le seigneur sur tous ses chemins, jusqu'au Golgotha. Suis-moi. Cet appel, le jeune Etienne l'entendit à son tour. Il suivit le Seigneur dans son combat contre les puissances des ténèbres, contre l'aveuglement et le refus obstiné de croire. Il le suivit aussi dans son esprit, l'Esprit d'amour qui combat le péché mais qui aime le pécheur, et qui devant Dieu plaide en faveur du meurtrier jusque dans la mort.
Ces silhouettes agenouillées autour de la crèche sont des figures de pure lumière : les frêles Innocents, les Bergers confiants, les humbles Rois-mages, Etienne, le disciple ardent, et Jean, l'apôtre de l'Amour; tous ont répondu à l'appel du Seigneur. En face d'eux se dresse la nuit de l'inconcevable endurcissement, de l'aveuglement : celui des docteurs de la Loi, capables de prévoir l'heure et le lieu de la naissance et de dire : Allons à Bethléem, et celui du roi Hérode, qui veut tuer le Seigneur de la vie.
Devant l'Enfant de la crèche, les esprits se divisent. Il est le Roi des rois, celui qui règne sur la vie et la mort. Il dit : Suis-moi, et qui n'est pas pour lui est contre lui. Il le dit aussi pour nous, et nous place devant le choix entre lumière et ténèbres.

jeudi 17 décembre 2009

La bellezza ferisce


"L’immagine della bellezza che ferisce – e ferisce chiunque, non solo l’artista come Congdon – è costante nel pensiero di Ratzinger. Nel suo messaggio per il Meeting di Rimini del 2002 aveva scritto: «La bellezza ferisce, ma proprio così essa richiama l’uomo al suo Destino ultimo». (...) Infatti, scriveva ancora Ratzinger al Meeting, «un concetto puramente armonioso di bellezza non è sufficiente»; ciò di cui abbiamo bisogno è la paradossale bellezza di Chi, nello stesso tempo, ha un volto «sfigurato dal dolore» ed è «il più bello tra i figli dell’uomo».

Traduction personnelle :" L'image de la beauté qui blesse - et elle blesse quiconque, pas seulement un artiste comme Congdon - est constante dans la pensée de Ratzinger. Dans son message pour le Meeting de Rimini de 2002, il avait écrit : "La beauté blesse, mais ainsi elle rappelle l'homme à son ultime destinée [ou finalité]". (...) De fait, Ratzinger écrivait encore au Meeting : "un concept purement harmonieux de la beauté ne suffit pas"; ce dont nous avons besoin est de la paradoxale beauté de Celui qui, dans le même temps, a été à un moment "défiguré par la douleur" et "le plus beau des fils de l'homme."

(
Scavare con lo sguardo, il grande insegnamento di Bill Congdon chez le Stalker :
http://stalker.hautetfort.com/archive/2009/12/01/william-congdon-par-pigi-colognesi.html#more)


Mettre un visage là où il n’y en a plus.*


La face écrasée en sang, le visage renversé

Les trous noirs des yeux crevés tournés

Non pas vers le ciel mais vers le néant le plus

Effrayant, je vois le visage qui n’est plus.


Je songe que sa mère a contemplé et scruté

Jusqu’à la passion, jusqu’aux plus infimes détails

Ce visage, ce beau visage d’homme écrasé

Toute sa vie de mère, sa seule vraie bataille


Je songe que son père a façonné et taillé

Avec patience et dureté, jour après jour

Ce visage presque parfait, celui de l’amour

Porté sans faille, une belle sculpture édifiée


Je songe en observant jusqu’à la nausée

Ce visage crucifié, horriblement défiguré

Je songe que c’est la douleur éprouvée

Qui lui rend toute sa noblesse et sa beauté.


Je voudrais prendre comme la sensible Véronique

Au Golgotha un doux tissu, bien fin, tout léger

Et d’une caresse pleine d’amour et trempée

De mes pleurs, essuyer l’Adorable Face Unique


Du Crucifié, de mon Dieu que j’ai souffleté et broyé

Par pensée, par parole, par action et par omission

Je voudrais enlever chaque poussière incrustée

De tous les visages, de toutes les âmes en perdition.


Dévoiler sous le masque noir de la Négation

L’éclat magnifique de la Transfiguration.


*Écrit à partir de la terrible photo de Pasolini mort publié sur ILYS.Le titre du poème est une réflexion d'XP.

L'heure est grave.


"Les enfants, c'est très embêtant, mais on ne va pas pouvoir aller à l'école aujourd'hui : Maman vient de déraper dans cette neige qui a l'air de tenir, il vaut mieux rentrer au chaud. Je fais demi-tour.
- Ben, Maman, un truc vraiment hyper grave, là!!
-Quoi?! Quoi?! (Maman affolée qui tente de rentrer sa bétaillère sur des routes de plus en plus douteuses)
-Est-ce que tu as une carotte à la maison?
-Heu...non, pourquoi?
-Ben voilà, ça c'est vraiment grave : comment on va faire le bonhomme de neige sans carotte???!!!

samedi 12 décembre 2009

Je ne crois pas en l'amitié, ni même en l'amour.
Je crois en la Fidélité.

vendredi 11 décembre 2009

Déclin aristocratique.

Un passage d'une préface spéciale "Ashley" : la préface de Claudio Magris à la Lettre de Lord Chandos de Hugo von Hofmannsthal.*
Je pense que ce texte l'interpellera particulièrement, d'après ce que j'ai pu lire de ce commentateur.

"Dans le renoncement de Lord Chandos à la littérature s'opère la dissolution du sujet en tant que principe ordonnateur de la réalité, et donc en premier lieu la crise du sujet poétique. Ce n'est pas par hasard que le protagoniste de cette parabole du délitement de la littérature moderne est un noble. A la différence de ce qui se produit dans d'autres littératures européennes, dans celle de l'Autriche le déclin des valeurs individuelles (autrement dit la débâcle de la raison et du langage traditionnels) ne s'identifie pas avec le crépuscule de la civilisation bourgeoise mais plutôt avec celui de la civilisation aristocratique. Le retard avec lequel la culture autrichienne vit la crise européenne (en affrontant le thème du rapport entre éthos individuel et éthos collectif un siècle après Goethe) se transforme en position d'avant-garde : dès le début, la culture autrichienne reçoit la civilisation bourgeoise comme désordre, anarchie, nivellement par le bas, rupture de la totalité organique, réduction. Hofmannsthal insiste sur cette dimension aristocratique, sur le raffinement et la réserve distinguée de cet adieu de l'écrivain au langage; on retrouve de semblables accents, faits de réticence et d'obscurité allusive, dans la Lettre du dernier des Contarin, autre témoignage d'un choix hofmannsthalien de l'ombre et du silence."


*Lettre de Lord Chandos, Hugo von Hofmannsthal, préface de Claudio Magris, Rivage poche/Petite Bibliothèque.
Je voulais offrir ce livre à un mien ami mais je me demande si je ne vais pas le garder à cause de cette préface que je ne possédais pas.

mercredi 9 décembre 2009

Une belle lecture personnelle de Nietzsche par Nébo

Cher XYR, ne prenez pas ce commentaire pour une charge à votre égard, mais pour dire quelque chose d’essentiel vous faites dire au philosophe moustachu presque n’importe quoi. Je suis de ceux qui parviennent à trouver une pitance spirituel même chez des ennemis littéraires ou politiques, c’est vous dire que si votre lecture de Nietzsche vous y fait entrevoir ce que vous nous présentez là, ma foi, grand bien vous fasse, je ne trouverai rien à y redire. Cependant, la vérité, à mon sens, se trouvant plutôt dans les détails et les nuances, je vais tenter en quelques mots de vous montrer ce qui cloche dans votre approche. Si il y a un véritable spécialiste du penseur dans le coin qu’il me corrige, je n’ai nullement la prétention d’être un spécialiste de la pensée de Nietzsche, c’est juste que le monsieur m’a sauvé de la dérive gôchiste à un âge où ces dérives sont monnaie courante. Mettons vers mes 17 ans, autrement dit… vers 1982. Depuis l’eau a coulé sous les ponts, j’ai lu l’intégralité de ses livres, en dilettante et sans prétention. Dindon exagère. ^^

Nietzsche ne clame nulle part qu’on ne devrait pas dompter et apprivoiser la pulsion instinctive. Bien au contraire ! Dés son premier livre, “La Naissance de la Tragédie”, il tente l’élaboration d’un système, sans vraiment y parvenir, il laissera par la suite tomber cette approche (probablement est-ce dû à une influence du professorat de philologie qu’il exerçait à Bâle, en Suisse…^^), un système par lequel il veut démontrer que le monde entier se construit par l’ART dans un affrontement perpétuel entre Apollon et Dionysos. Le premier symbolisant par le biais de l’oracle antique l’interprétation rationnelle du monde onirique, le sens, la synthèse, l’ajustement, la captation et la mise en forme des forces démiurgiques et primitives pour tendre vers la Perfection, tandis que le second incarne la folie de l’Ivresse à la fois destructrice et créatrice par laquelle s’exprime l’instinct primitif des forces de la nature, le lien mystique avec la Terre (le Vin, sang de la terre), le sentiment mystique de rentrer en communion, en union même, avec le Monde et le Cosmos. Mise en Beauté par le biais de la Raison d’un côté (Génie Occidental), bacchanales chamaniques de l’autre (Génie oriental et asiatique). Harmonie et mesure apollonienne contre dissonance et distortion sensorielle dionysiaque. Mais dés la conclusion de son livre, et malgré son jeune âge, Nietzsche invite à une synthèse. Les deux forces se doivent de collaborer au lieu de s’opposer pour le monde puisse avancer et accoucher d’un souffle neuf. Wagner a la même approche dans ses opéras. Nietzsche va, certes, rompre avec Wagner dans les courtes années qui vont suivre la publication de “Naissance de la Tragédie” (1872), mais pour des raisons, disons, idéologiques, le pangermanisme et l’antisémitisme de Wagner ne trouveront plus jamais d’échos en Nietzsche, cependant Nietzsche ira acheter les partitions de Wagner à chacune de ses nouvelles créations y trouvant toujours une certaine fascination face au Génie Authentique du Compositeur, et nous pouvons très bien l’imaginer, assis au Piano (Nietzsche était un excellent pianiste) en train de déchiffrer Parsifal par exemple, en frémissant.

Derrière cette vision de “collaboration” entre des forces opposées ne se cache pas une Utopie si nous restons dans le domaine de la pensée philosophique, dans le domaine de l’Art et de l’évaluation de concepts. Nous pouvons sombrer dans l’Utopie si nous en avons une lecture Politique, ce que n’a jamais eu Nietzsche dans la sphère de notre Monde. D’autres l’ont eu pour lui, ce qu’il n’aurait pas manqué de condamner, à mon humble avis. Hitler, par exemple. Mais Hitler était un intellectuel médiocre, tous les germanistes que j’ai croisés (qui n’étaient aucunement Gôchistes) me l’ont confirmé. Ne serait-ce que son pitoyable “Mein Kampf” qui n’est qu’une parodie de la Konservative Revolution d’une part (ce qui explique que de nombreux thuriféraires de cette tendance soutinrent Hitler en 1933 et s’en éloignèrent dés… 1934. Heidegger par exemple.) mais très mal écrit d’autre part, dans une langue allemande de brasserie.

Ici se trouve aussi la possibilité de repenser et réévaluer sa vie et la Vie. Il est vrai que Nietzsche a tenté, sans avoir le temps de terminer ce qu’il avait entrepris, de faire émerger ce qu’il nommait une “Grande Politique” sur l’idée maîtresse de l’émergence d’une Elite Authentique qui aurait eu, pour reprendre ses mots, l’mage d’un César avec l’âme du Christ. Une image bien lointaine de Hitler ou de Staline. Au passage, Nietzsche a toujours été considéré par les universités du Bloc de l’Est comme un penseur bourgeois, révisionniste et réactionnaire. ^^ Quant aux Nazis, si on a pris la peine de lire ce que Nietzsche a pu penser du casque à pointe, de Bismarck, de la fumisterie des Races, des bêtes à cornes nationalistes, des antisémites en général et sans exception, et de l’Etat (“le plus froid des monstres froids”) en particulier, il est bien vain de tenter de faire de lui un précurseur du nazisme, par contre on imagine très bien ce qu’il aurait pensé de ces brutes épaisses.

Ce César avec l’âme du Christ, n’aurait aucunement été un individu s’abandonnant aux forces telluriques, démiurgiques d’un paganisme réinventé.^^Plutôt un aristocrate de l’esprit ayant sondé l’âme humaine et ayant eu la Vision salvatrice des Possibles afin de bâtir dans l’Amour. Et tout ce qui se fait par Amour, dit Nietzsche quelque part, se fait par-delà Bien et Mal. Car l’Aristocrate, par excellence, selon Nietzsche, est celui qui tout le temps divinise les instincts en lieu et en place de les nier.

Le National-Socialisme, ce succédané criminel d’aventure Romantique (une lecture de Mörike, Novalis ou des frères Grimm vous convaincrait) fut une poussée de MORT, la Mort poussée dans ses retranchements les plus Nihilistes, la Mort comme principe d’effacement industriel (vous le dites bien vous-même XYR) qui affirma la construction macabre de l’Etat Totalitaire et expansionniste, la Bête à Corne Nationaliste dans toute sa splendeur qui voulut, précisément, effacer les différences nationales par le meurtre, supprimer le “peuple élu” au sens générique pour se consacrer à une autre parodie qui mérite toute l’attention de ceux qui se disent chrétiens : établir un nouveau peuple élu (les Aryens) en lieu et place de l’ancien (les juifs) et, au terme de la guerre, établir un Reich de 1000 ans calqué sur la promesse messianique judaïque et chrétienne. Promesse que le Christ, ou le Messie selon les Juifs, régnerait 1000 ans dans un monde en Paix, 1000 années durant lesquelles l’Humanité serait “rééduquée” selon la Parole Divine tandis que Satan et ses Légions enfermées attendraient d’être relâchés pour la dernière épreuve, la Moisson Ultime.

Lorsque vous dites qu’il n’y aura jamais de monde de surhommes, cela va à l’encontre de l’enseignement de Nietzsche (qui estime que la beauté de l’homme se trouve précisément dans le fait qu’il ne soit qu’un passage, une passerelle vers le Surhomme), mais cela va à l’encontre des Saintes Ecritures elles-mêmes, car la Promesse Divine est bien celle-ci : nous avons chuté (nous sommes en Exil, dirait les Kabbalistes juifs) mais nous étions de peu inférieurs aux Anges, et le Christ est la preuve théologique que si Dieu peut se faire Homme, l’Homme peut se faire Dieu. Denis L. me pardonnera cette dérive Orthodoxe… ^^La Promesse Divine affirme que le Royaume de Dieu rétablira l’Homme dans sa Fonction Primordiale qui est d’être l’ADAM Kadmon, l’Homme Total, en pleine possession de son Être et des tous ses moyens ontologiques. L’Homme Total opposé à l’homme totalitaire.

“La Mort de Dieu” chez Nietzsche est, d’abord, un Constat, non pas un voeux en soi. C’est ce que ne veulent pas comprendre les lecteurs qui n’excellent pas dans l’Art de la Rumination et qui se précipitent sur les notions nietzschéennes comme sur des Slogans. Ensuite, si réfutation il y a, il s’agit surtout d’une réfutation du Dieu morale au sens bourgeois du terme. Nietzsche parle, d’ailleurs, de “moraline”. ^^

Un univers dans lequel chacun atteindrait sa pleine santé et pourrait mettre en œuvre ce qu’il croit être juste aboutirait à la Création en mouvement perpetuel, tel que décrit, par exemple, par Dante lorsqu’il évoque l’Empyrée dans le Paradis de sa “Divine Comédie”. ^^

Mais Dieu n’est pas contre une certaine hiérarchie… ^^… Nietzsche non plus d’ailleurs… ;-) … aussi n’allez pas croire qu’un univers dans lequel chacun atteindrait SA pleine Santé serait un Univers Uniforme et égalitariste. “Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu” selon le mot de l’apôtre Paul en Corinthiens 1, mais chacun étant fait à l’Image de Dieu, chacun verra selon sa nature, selon ses possibilités, selon SA Singularité, puisque Dieu est Une Singularité, n’est-ce pas ? De plus, je ne sais plus en quel endroit l’Apôtre Paul, encore, dit que lorsque l’on a une pleine Compréhension de l’Amour la Loi n’est plus nécessaire. Une pleine compréhension de l’Amour ? Ne se trouve-t-elle pas par-delà Bien et Mal ?

Vous pouvez, XYR, dormir avec un fusil sous votre lit. Mais ne vivez pas pour et par l’épée. Le Christ, d’ailleurs, ne demande pas à l’Apôtre Pierre de jeter son épée, mais de la ranger. Que l’esprit perspicace exerce son entendement, à supposer qu’il lui en reste. Vous pouvez aussi, XYR, lire la Bible tout en baisant, buvant, fumant, en jouissant de ce qui existe. Mais armez-vous de modération, justement… ^^… pour que la folie Dionysiaque ne vienne à vous submerger. La Bible nous y invite : “Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable.” (Romains 12:1)

Et sachez que je suis un franc-tireur, une particule libre, un désaxé, probablement, un libertaire et un libertin, certainement, aucunement une grenouille de bénitier, mais il est des vérités qui brûlent sans consumer et qui invitent à méditer longuement, lentement, sans précipitation, alors que vous, XYR, me donnez l’impression bien souvent d’être consumé par vos visions qui comportent bien des justesses, mais vous vous précipitez par la ferveur de votre jeunesse. Ferveur audacieuse, mais dangereuse, que je vous souhaite non pas d’éteindre, mais de canaliser, justement, comme Nietzsche lui-même y invitait ses lecteurs. Nietzsche. Ou la Très Sainte Bible.

Amicalement.

Commentaire écrit par Nébo à partir d'un texte de Xyr sur Ilys, commentaire que l'on peut retrouver là :

http://ilikeyourstyle.net/2009/12/08/jerome-leroy-les-camps-de-concentration-et-le-terrorisme/


Ethnocide, Vertumne, à lire impérativement.

samedi 5 décembre 2009

Christianisme(s)

Curieusement, c'est au nom d'une identité européenne chrétienne que la majorité des Européens s'opposent à la construction de minarets, voire de mosquées sur leur sol national. Je dis "curieusement" parce que la totalité des institutions religieuses, Vatican en tête, ont participé au concert de protestations visant à faire passer les Suisses pour de sales fascistes. Comme si les peuples d'Europe et les diverses églises avaient des conceptions différentes, voire opposées de la même religion! La divergence est en réalité, beaucoup plus profonde. Ce n'est tout simplement plus la même religion que pratiquent (ou pas) les populations européennes et leurs instances ecclésiastiques.

Pour les peuples d'Europe, le christianisme est leur religion, leur histoire et leur patrimoine, il incarne la civilisation européenne d'une façon charnelle et viscérale. Même s'ils ne vont plus à l'église, les Européens sentent qu'ils participent à une civilisation unique au monde, qu'ils font partie d'un ensemble commun façonné par l'Histoire. Pour les élites religieuses, le christianisme est une idée de tolérance et de mieux-vivre mondial, une éthique globalisante visant à créer un monde plus juste et équitable. La vision populaire du christianisme le rapproche de ces religions païennes enracinées alors que la vision élitiste l'associerait plutôt aux droits de l'homme.

L'église de Patrimoniu en Corse, bâtie non loin d'un site mégalithique

Il existe donc deux christianismes: celui transmis de manière ininterrompue par les hommes depuis la nuit des temps via le paganisme, celui des clochers de campagne et des sources sacrées, des saints calendaires et des icônes, d'un rapport à la divinité rempli de merveilleux et de poésie. Et puis celui, déraciné et sentimentaliste, le christianisme des ONG et des Journées Mondiales de la Jeunesse, celui des élites protestantes et catholiques. Pourquoi observe-t-on une telle disparité ?

La raison est évidente: si le christianisme des peuples parvint à se préserver tant bien que mal jusqu'au milieu du XXe siècle, celui des élites fut contaminé très tôt par les droits de l'homme, cette religion des philosophes du XVIIIe siècle. Si le mal mit plusieurs décennies à prendre racine, il fit diverger dans de nombreux esprits la vieille religion de l'Europe, la bornant aux impératifs des droits de l'homme, la transformant en une vulgaire superstitio, au sens latin du terme. Partout en Occident*, le christianisme subit les mêmes mutations: refus de la pompe et du mystérieux, abandon du domaine public et renvoi dans le champ privé, compatibilité avec les "droits humains", ce dernier aspect signifiant en vérité une soumission totale à la religion des droits de l'Homme. Lentement mais sûrement, le christianisme charnel abandonna ses oripeaux l'un après l'autre. Notez d'ailleurs quels sont les derniers lambeaux du véritable christianisme dans la religion catholique qui hérissent les bien-pensants: le rejet de l'avortement, l'opposition au mariage homosexuel, l'anti-individualisme, trois aspects foncièrement incompatibles avec la religion au pouvoir, celle des droits de l'Homme!

Les droits de l'Homme, religion hégémonique de l'Occident

C'est pour cette raison que les changements apportés de manière brutale par le concile Vatican II chez les catholiques et plus insidieusement chez les protestants ont provoqué un tel désaveu chez les fidèles. L'ancienne religion est devenue méconnaissable. L'infusion d'idées provenant de la religion des droits de l'homme l'ont transformée en un ersatz de christianisme, une rationalité froide et distante, un club de bisounours dans lequel on se donne l'accolade à la fin du spectacle. Plus le temps passe et plus la religion officielle se rapproche de la doxa dominante, jusqu'à ne plus faire qu'une avec elle. Les fidèles, en quête de religions non contaminées par l'hérésie des droits de l'homme, se tournent alors vers "la concurrence", des groupes et sectes vierges de toute compromission avec les forces dominantes. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ce sont les religions les plus intransigeantes avec les droits de l'Homme (Catholicisme traditionnel, islam, Orthodoxie) qui attirent le plus de convertis.

Si les Suisses en particulier et les Européens en général ont dit non à l'implantation de l'islam en en Europe ce n'est nullement au nom du christianisme des élites qui, comme les droits de l'homme, est totalement indifférent, voire favorable à l'installation d'autres religions sur le territoire. C'est au nom de ce christianisme génétique qui fait désormais partie intégrante de leur identité, ce christianisme que l'élite mondialiste cherche à éradiquer par tous les moyens afin d'offrir un monde pour tous et un dieu pour chacun**.

*: je dis Occident, parce qu'il me semble que l'Orthodoxie, moins centralisée et sujette aux caprices théologiques d'une élite comme le Catholicisme, moins propice à l'émiettement des personnalités et des sous-sectes que le protestantisme, semble avoir bien mieux résisté aux assauts de la religion des droits de l'Homme.

**: slogan officiel de l'Unimonde Humain dans le roman Cosmos Incorporated de Maurice G. Dantec.

lundi 7 décembre 2009

Avent

La grande sœur, gravement,avait déclaré
A ses petits frères devant la crèche plantés,
La jolie crèche sortie des cartons bien rangés
Santons, maisonnettes, moutons et bergers
Dans le nouveau décor bien alignés
Petit Jardin d’Eden récréé chaque année
Tendres préparatifs pour le Nouveau-Né

La jeune fille,se penchant vers les petits fascinés
Par ce tableau, la divine naissance répétée
Tous les hivers , le Grand Secret comme échappé
De la Main de Dieu qui s’est entrouverte, desserrée
Pour un instant seulement, le poing crispé
S’est détendu et il s’agit d’en profiter pour avancer
Ses pions, ses moutons, ses santons, ses bergers

A partir d’aujourd’hui (explique la fille aux bébés)
Sur la route lumineuse, suivre l’étoile du Berger
Vers Béthléem, le chemin du Seigneur à préparer
Aplanir les montagnes, les collines et toutes les vallées
Par monts et par vaux, voyager sans s’arrêter
Sans se lasser, sans se fatiguer, sans rechigner
Dépenser sans compter, atteindre le but convoité.

La sœur déclare donc : à vos marques! Prêts? Partez!
Et un petit mouton censé chaque tête blonde représenter
S’élance vaillamment sur les routes escarpées
De la ferveur, la bonne action, les services demandés
Un sourire, les devoirs bien faits, un rendu,un prêté
En jouant à plusieurs, ne pas se taper ou tricher
Ne pas crier surtout ajoute Maman un peu fatiguée!

Mais ces petits moutons, ainsi dument sollicités
Galopent au travers des plaines, monts et vallées
Véritables pur-sang sans vices ni péchés!
Au bout de quatre jours, ils étaient déjà arrivés
Devant l’étable où manquait le principal Intéressé!
La grande sœur a du, perplexe et bien embêtée
Ses petits agneaux-frères doucement réprimander:
Retour à la case départ! S’est-elle écriée!!


samedi 5 décembre 2009

Ah si mon cœur voulait danser il chanterait le rigodon



Ah si mon cœur voulait danser il chanterait le rigodon

Vive la canadienne vole vole mon cœur vole.

Mais il y a toi spoliateur: si tu le souhaites, viole et déflore notre dignité,

tant que tu le voudras car l’intelligentsia ordonne de nous défigurer.


Renier nos ancêtres et la formidable vaillance de nos mères

Condamner nos pères, bâtisseurs du pays, de ce fol amour habité.

Et quelle Source Vive, cette foi du charbonnier, nous rendaient fiers.

Telles étaient les valeurs joyeuses qui forgèrent notre identité.


Que faites-vous, Oui vous gens de la modernité, de mon pays ?

Bazarder nos racines et corrompre l'esprit de nos jeunes?

Votre haine ils la ressentent déjà car elle lacère tout leur devenir.

Quel ressentiment justifie cet abîme corrosif où vous les précipitez?


Certes vous ne leur apprenez plus le latin cette langue matrice

Vous préférez les statufier au Ritalin, que leur intelligence se surplisse.

La mort court et pollue leur esprit juvénile. Votre parapluie se déploie

Le nihilisme et le relativisme tôt vaporisent et corrompent leur Foi.


Votre doctorat, mentionne la forfaiture, il nivèle et normalise le vice.


Que sur vos têtes le linceul ce crépusculaire pagne cache à jamais l'hédoniste.

Vienne l'aurore où nous contemplerons la lumière divine tracer ce sentier.

Régénérés nos cœurs auront le goût de donner la vie, de construire en famille.

De nos mains boulanger ce pain s’en nourrir et marcher à la suite du Christ. ―»


Charles+ Pax. ce 4 décembre 2009

jeudi 3 décembre 2009

Info.

Il faut lire absolument le dernier article de Madame Elisabeth Bart chez le Stalker, magnifique et très éclairant sur la fonction de l'écriture.

http://www.paname-ensemble.com/paris-fr/php/metro/blog_fw.php?blog=942&stat=s281

mardi 1 décembre 2009

Interlude


Quelques jours un peu "creux" par ici: d'abord parce que je lis de gros morceaux (Lowry "Au-dessous du volcan" et Faulkner "Absalon! Absalon!") et qu'il me faut un peu les digérer pour les évoquer (si j'y arrive un jour) et ensuite parce que j'ai récupéré un petit bout de 15 mois environ pour quelques jours, mirifique filleul que je nommerais "Attila" et qui nous rappelle à moi et mon très cher mari les "zheureslesplussombresdeNOTREhistoire" et je dois avouer que j'ai perdu un peu l'habitude des poupons. Celui-ci est tellement désespéré d'être séparé de sa maman et de son papa qu'il ne se nourrit exclusivement que de biberons de Nesquik!! Impossible de lui faire avaler autre chose... Je ne suis pas contrariante et le laisse survivre dans ce monde de fous comme il l'entend.
Nous nous promenons tous deux en bétaillère et il crie de bonheur à chaque dépassement réussi.Comprenez par là qu'il crie beaucoup puisque comme chacun sait je conduis comme une déesse.