dimanche 22 février 2009

Vision



Psaume 49
« Qu’as-tu à réciter mes lois,
à garder mon alliance à la bouche,
toi qui n’aimes pas les reproches
et rejettes loin de toi mes paroles ! »



Je m ‘avançais un jour vers l’autel du Seigneur
M’inclinais devant Lui, l’esprit parti ailleurs
Je récitais mes prières, chantais des chants
Pantomime grotesque devant le Tout-Puissant.
Le Très-Haut, Jésus, me regardait fixement.
Une première goutte de sang coula de sa tête,
Lorsque je m’agenouillais maladroite et bête.
Je chantais. Horreur ! Une gerbe de son Sang
Gicla sur mon visage. Mes cheveux se dressèrent,
Je ne comprenais pas. Ma bouche, un hurlement
Jésus me regardait avec ses larmes amères
Je récitais une prière, épelais chaque mot
Mais c’était un fleuve qui sortait du Christ
Maintenant, à mes pieds, de sang et d’eau
La face du Crucifié qui se tordait sans un cri
Un geste de ma part, une parole, affolée,
"Seigneur, que veux-tu que je fasse pour tout arrêter ?"
"- C’est bien simple, pourtant, IL FAUT M’AIMER."

mercredi 18 février 2009

Il peut y avoir des Musulmans modérés, mais il n'existe pas d'Islam modéré.


Londres, 12 février 2009

Mesdames et Messieurs, merci beaucoup.

Merci de m'inviter. Merci à Lord Pearson et à Lady Cox pour la diffusion de Fitna et pour votre grâcieuse invitation. Pendant que d'autres détournent le regard, vous comprenez la véritable tradition de votre pays, et du drapeau qui se dresse toujours pour la liberté.

Ici n'est pas un lieu ordinaire. Il ne s'agit pas juste d'une autre animation anglaise pour touristes. C'est un lieu sacré. C'est la mère de tous les parlements, et je suis profondément honoré de pouvoir parler devant vous.

Le Houses of Parliament est le lieu où Churchill est resté ferme et a prévenu - tout au long des années 30 - des dangers qui apparaissaient. La plupart du temps, il était seul.


En 1982, le Président Reagan est venu à la House of Commons où il a tenu un discours que très peu ont aimé. Reagan a appelé l'Ouest à rejeter le communisme et à défendre la liberté. Il a introduit une phrase : "L'empire du mal". Le discours de Reagan se tient comme un appel au clairon pour défendre nos libertés. Je cite : Si l'histoire nous apprend quelque chose, ce qu'elle nous enseigne est que l'auto-illusion devant les faits désagréables est de la folie.
Ce que Reagan disait est que vous ne pouvez pas fuir l'histoire, vous ne pouvez pas éviter les dangers des idéologies qui cherchent à vous détruire. Le déni n'est pas une option.
Le communisme a bien fini dans les poubelles de l'histoire, tout comme Reagan l'avait prédit dans son discours à la House of Commons. Il a vécu assez pour voir la chute du Mur de Berlin, tout comme Churchill avait pu voir l'implosion du national-socialisme.

Aujourd'hui, je viens devant vous pour vous prévenir d'une autre grande menace. Elle se nomme Islam. Elle se présente comme une religion, mais ses objectifs sont tout à fait matériels : la domination du monde, la guerre sainte, la loi de la sharia, la fin de la séparation entre l'église et l'état, la fin de la démocratie. L'islam n'est pas une religion, mais une idéologie politique. Elle demande votre respect, mais n'a aucun respect pour vous.

Il peut y avoir des Musulmans modérés, mais il n'existe pas d'Islam modéré. L'Islam ne changera jamais, parce qu'il est construit sur deux rocs éternels, deux croyances fondamentales qui ne changeront jamais, et qui ne disparaîtront jamais. Premièrement il y a le Coran, les mots personnels d'Allah, non créé, éternel, avec des ordres qui doivent être exécutés indépendamment du lieu et du temps. Et ensuite il y a al-insal-al-kamil, l'homme parfait, Mohammed le modèle, dont les actes doivent être imités par tous les Musulmans. Et comme Mohammed était un guerrier et un conquérant nous savons à quoi nous attendre. Islam signifie soumission, il ne peut donc y avoir aucune erreur sur ses buts. C'est un fait. La question est de savoir si le peuple anglais, avec son passé glorieux, recherche cette soumission.

Nous voyons l'Islam emporter l'Occident à une vitesse incroyable. Le Royaume Uni a connu une croissance rapide du nombre de Musulmans. Sur les 10 dernières années, la population Musulmane a crû 10 fois plus vite que le reste de la société. Cela a mis une pression énorme sur la société. Grâce à des politiciens britanniques qui ont oubliés Winston Churchill, les Anglais ont maintenant pris le chemin de la moindre résistance. Ils abandonnent. Ils se rendent.

Merci beaucoup de m'avoir accepté dans le pays. J'ai reçu une lettre du Secrétaire d'Etat au Home Departement me désinvitant poliment. Je serais une menace pour les relations communautaires et donc pour la sécurité publique dans le pays, spécifiait la lettre. Pendant un moment j'ai craint de me voir refuser l'entrée dans le pays. Mais j'étais confiant que le gouvernement Britannique ne sacrifierais jamais la liberté d'expression par peur de l'Islam. Britannia rules the waves, and Islam will never rule Britain, donc j'étais confiant que le contrôle des frontières me laisserait rentrer. Et puis vous avez invité des créatures encore plus étranges que moi. Il y a deux ans, la House of Commons avait accueilli Mahmoud Suliman Ahmed Abu Rideh, lié à Al Qaeda. Il avait été invité à Westminster par Lord Ahmed, qui l'avait rencontré à la Mosquée de Regent Park trois semaines auparavant. Mr Rideh, suspecté d'être un financier des groupes terroristes avait obtenu un blason SECURITE pour sa visite du parlement.
Alors, si vous laisser entrer cet homme, alors un politicien élu d'un pays ami de l'Union Européenne est certainement bienvenu aussi. En me laissant parler aujourd'hui, vous montrer que l'esprit de Churchill est toujours très vivant. Et vous prouvez que l'Union Européenne fonctionne réellement ; la libre circulation est l'un des piliers du projet européen.

Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. La Grande Bretagne semble être devenue un pays dirigé par la peur. Un pays où des fonctionnaires annule des célébrations de Noël pour satisfaire des Musulmans. Un pays où des organisations islamiques ont demandé l'arrêt des commémorations de l'Holocauste. Un pays où une école primaire a annulé un spectacle de nativité parce qu'il interférait avec un festival islamique. Un pays où une école a effacé les mots Noël et Pâques de leur calendrier pour ne pas offenser les Musulmans. Un pays où un enseignant a puni deux élèves pour avoir refusé de prier Allah dans le cadre de leur classe d'éducation religieuse. Un pays où les membres élus d'une municipalité se sont vu demandé de ne p as manger pendant la journée lors des réunions pendant le ramadan. Un pays qui excelle dans sa haine d'Israël, qui est toujours la seule démocratie du Moyen-Orient. Un pays dont la capitale devient 'Londonistan'.

Je ne me considérerais pas moi-même comme un homme libre. J'ai perdu ma liberté il y a quatre ans et demi. Je vis en permanence sous protection, à cause de ceux qui préfèrent la violence au débat. Mais ce n'est pas encore suffisant pour le fan club gauchiste de l'Islam. Ils ont entamé une procédure légale contre moi. Il y a trois semaines, la Court d'Appel d'Amsterdam a ordonné ma mise en accusation criminelle pour avoir réalisé 'Fitna' et pour mes vues sur l'Islam. J'ai commis ce que George Orwell a appelé un 'thought crime' (crime de la pensée)

Vous avez peut-être vu mon nom au générique de Fitna, mais je ne suis pas réellement responsable de ce film. D'autres l'ont fait pour moi. Il a été réellement produit par les Musulmans extrémistes, le Coran et l'Islam lui-même. Si Fitna est considéré comme 'discours haineux', alors comment la Court qualifierait-elle le Coran, avec ses appels à la violence et à la haine contre les femmes et les Juifs ? Monsieur Churchill lui-même a comparé le Coran à Mein Kampf d'Hitler. J'ai fait comme lui, et c'est pour cela qu'on m'attaque.
Je me demande si le Royaume Uni a jamais assigné Mr Churchill.

La décision de la Court et la lettre que j'ai reçue du Secrétariat d'Etat du Home Department sont deux victoires majeures pour tous ceux qui détestent la liberté d'expression. Elles font le sale travail de l'Islam. C'est la sharia par proxy. Les différences entre l'Arabie Saoudite et la Jordanie d'un côté et la Hollande et l'Angleterre s'évanouissent. L'Europe est maintenant sur l'autoroute vers l'Eurabia. C'est apparemment le prix que nous avons à payer pour le projet d'immigration de masse, et le projet multiculturel.

Mesdames et Messieurs, la plus chère de nos nombreuses libertés est en danger. En Europe, la liberté d'expression n'est déjà plus un acquis. Ce que nous considérions auparavant comme une composante de nos existences est maintenant quelque chose pour lequel nous devons nous battre. C'est ce qui est en jeux. Que je finisse ou non en prison n'est pas l'issue la plus pressante. La question est : est-ce que la liberté d'expression sera enfermée derrière des barreaux ?
Nous devons défendre la liberté d'expression.

Pour la génération de mes parents le mot "Londres" est synonyme d'espoir et de liberté. Quand mon pays était occupé par les national-socialistes, la BBC offrait quotidiennement un éclair d'espoir dans la noirceur de la tyrannie nazi. Des millions d'hommes de mon pays l'écoutaient, illégalement. Les mots "Ici Londres" étaient un symbole d'un monde meilleur pour bientôt. Si seulement les soldats anglais, canadiens et américains étaient là.
Qu'est-ce qui sera transmis dans 40 ans ? Sera-ce toujours "Ici Londres' ? Ou sera-ce "Ici Londonistan" ? Sera-ce un message d'espoir ou le signal des valeurs de la Mecque et de Médine ? L'Angleterre offrira-t-elle la soumission ou la persévérance ? La liberté ou l'esclavage ?

Le choix est entre nos mains.

Mesdames et Messieurs,
Nous ne nous excuserons jamais d'être libres. Nous n'abandonnerons jamais. Nous ne nous soumettrons jamais.
La liberté doit dominer et la liberté dominera.


Merci beaucoup,

Geert Wilders. Député, Président du Parti de la Liberté, Pays Bas.

[Cette traduction peut être copiée et diffusée par tout moyen à condition de laisser le lien (ou la référence) vers la version originale en anglais sur le site de Geert Wilders]

Dieu me cherche

"Alors, le Dieu humilié qui est mort crucifié sur la croix pour que je dirige sur lui l’attention de mon âme me cherche de son regard brûlant, il ne peut rien faire d’autre : Dieu me cherche, moi, vermine prétentieuse, moi et moi seulement, moi plus que cette enfant qui vient de mourir dans la paix de l’innocence, moi et moi seulement, plus que ce malade au courage exemplaire, qui est pourtant tombé dans l’imbécillité d’un corps privé de volonté, gangrené par le délire et la mal-mort, moi et moi seulement, plus que ce saint blasphémateur qui hurle dans la nuit obscure, moi et moi seulement (c’est même l’unique raison, incompréhensible et scandaleuse, pour laquelle Il a donné son Fils aux voleurs et aux chiens), parce que l’amour souffre et ne peut tolérer une seule seconde — une seconde pour Dieu est comme mille ans pour nous — que l’aimé se détourne, vautré dans la boue de la prière facile et la fausse parole du sentiment véniel, le caquetage ridicule du plaisir et la comédie de l’amour éploré, véritable, nouveau-né, aussi frais que l'haleine d'une putain saoule, comédie qui n’est que la répétition insonore d’une pathétique absence de courage, de folie, pas celle de la Croix, oh non !, pauvre imbécile, pas celle-là, surtout pas celle-là, seulement celle de l’amour, pourtant préfiguratrice, signe de tous les flanchements, de toutes les bassesses, de toutes les médiocrités. Dieu me cherche. Il a donné son Fils pour me trouver ! Et Il me trouvera, afin d’effacer l’amertume des vieilles pages encrassées par le contact de tant de mains sales, le jaune chassieux du texte ancien, ridicule à présent que la lecture ne le vivifie plus;"

Le Stalker
16/02/2009
"Dans l’intimité douloureuse de Paul Gadenne : La Rupture, Carnets, 1937-1940"

lundi 16 février 2009

réalité

http://www.lemessieetsonprophete.com/annexes/edito-index.htm


C’est un article un peu exceptionnel que nous reproduisons. Dans une chronique du quotidien palestinien Al-Ayyam (journal de l’Autorité palestinienne, le 25 octobre 2008), Abd Al-Nasser Al-Najjar dénonce la persécution des Chrétiens dans les pays arabes, notamment sous l’Autorité palestinienne. Des propos que les Chrétiens palestiniens et israéliens n’oseraient pas tenir. Extraits.
Un musulman dénonce les atteintes faites aux Chrétiens


Les Chrétiens sont persécutés non seulement en Irak, mais dans la plupart des pays arabes, sans égard pour leur nombre dans ces pays, ils sont victimes de tous les types possibles de discriminations, ainsi que d'expulsions.
Le problème est que ce ne sont pas seulement les officiels arabes qui gardent le silence [vu que leur mentalité primitive est centrée sur le culte du dirigeant] mais, ce qui est plus inquiétant, les intellectuels arabes, les élites, les organisations non-gouvernementales et les dirigeants du secteur privé. Tous ces groupes observent celle folie sans précédent sans évaluer le danger représenté par ces crimes. (…)
Aujourd'hui, le problème est également répandu en Egypte, au Liban, en Algérie et en Palestine ; même si la situation est un peu différente en Palestine, la tendance est la même.
Soyons honnêtes avec nous-mêmes en reconnaissant courageusement que les Chrétiens palestiniens reçoivent de nombreux coups durs, et continuent de souffrir en silence pour ne pas attirer l'attention. Je ne pense pas ici aux souffrances causées par l’occupation… mais aux agissements de ces vingt dernières années au moins, |qui durent depuis peut-être déjà] le début de l’occupation en 1967, et qui incluent la confiscation des propriétés des Chrétiens, notamment à Bethléem, Ramallah et Al-Birah.
Pour ne rien arranger, ceux qui pillent les propriétés [des Chrétiens], ont du pouvoir ou bénéficient de l'appui de divers éléments, dont des hauts gradés et des membres influents de clans importants.
Les efforts des dirigeants politiques pour remédier au problème se sont soldés d'un échec. Le système judiciaire n'a pas non plus su [résoudre] ces problèmes, qui existent encore aujourd'hui. Ces dernières années, plusieurs de mes amis Chrétiens m'ont confié les souffrances endurées, les menaces, de mort parfois, proférées parce qu'ils avaient tenté de récupérer leurs terres usurpées par d'influents résidents de Bethléem.
En outre, il y a en des tentatives de marginalisation de la culture chrétienne en Palestine, bien qu’elle y soit foisonnante et profondément ancrée. Cela a commencé par des accusations d’impiété [à l’encontre des Chrétiens]. Cette tendance a fini par affecter la société palestinienne dans son ensemble (…)
Malgré toutes les injustices [commises contre les chrétiens], aucune action constructive n’a été prise pour enrayer le phénomène et défendre leurs droits, ni par aucune des trois branches [exécutive, législative et judiciaire], ni par les ONG, ni même par des factions politiques [Des mesures auraient dû être prises] non par gentillesse ou compassion, mais parce que les Chrétiens palestiniens sont des indigènes sur cette terre et se trouvent dans la même situation que nous [musulmans], ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Mais le problème de fond ici est peut-être lié a la culture. Nous continuons d’insuffler une culture horrible à nos enfants, culture qui présente les Chrétiens comme des infidèles (…) comme étant « l’autre ». Nous avons besoin d’une injection d’humanisme et de patriotisme. Nous devons hausser le ton et rétablir les droits bafoués des Chrétiens, ceci afin de préser­ver l’équilibre démographique qui permettra de sauvegarder l’unité de notre pays et [d’affirmer] la légitimité de la cause palestinienne.
Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient Chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (...) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des Chrétiens.
Assez [d’exemples] ! Ce ne sont pas des mots dont nous avons besoin, mais d’attitudes progressistes, et de vérité, afin qu’elles puissent être présentées aux dirigeants tyranniques, que les clercs et les anciens ne soient pas les seuls Chrétiens restant en Terre sainte et dans la ville de la naissance [de Jésus].
Abd AL-Nasser Al-Najjar

samedi 14 février 2009

Solitude

(écrit en août 2008)



Ce matin, le ciel est gris et un vent froid souffle

Dans la forêt si verte, et tout ce vert m’enserre

Tout ce vert et ce gris me tiennent prisonnière

J’en ai plein la vue et pleine est ma bouche.


Dans une atmosphère étale,

Dans ce présent immobile,

J’ouvre la bouche, je parle,

Les sons, avalés par le vert

Et le gris.


Les sons retombent dans mon cœur

D’où ils étaient sortis,

Personne n’attrape mes pleurs,

Retournés en mon esprit.


J’en ai plein la vue et pleine est ma bouche aussi

De mes paroles, de tout ce vert, du gris de mes cris

Et je meurs étouffée, personne pour me délivrer

Je meurs noyée, seule, dans ma verte et grise forêt.

De la lecture et de l'être

"Un livre en effet ne peut être apprécié que lentement; il implique une réflexion (non surtout dans le sens d'effort intellectuel, mais dans celui de retour en arrière); il n'y a pas de lecture sans arrêt, sans mouvement inverse, sans relecture. Chose impossible et même absurde dans un monde où tout évolue, tout fluctue, où rien n'a de validité permanente : ni les règles, ni les choses, ni les êtres. De toutes ses forces (qui furent grandes), la littérature s'oppose à la notion d'actualité permanente, de perpétuel présent. Les livres appellent des lecteurs; mais ces lecteurs doivent avoir une existence individuelle et stable; ils doivent être en quelque sorte des sujets.
Minés par la lâche hantise du "politically correct", éberlués par un flot de pseudo-informations qui leur donnent l'illusion d'une modification permanente des catégories de l'existence (on ne peut plus penser ce qui était pensé il y a dix, cent ou mille ans), les Occidentaux contemporains ne parviennent plus à être des lecteurs; ils ne parviennent plus à satisfaire cette humble demande d'un livre posé devant eux : être simplement des êtres humains, pensant et ressentant par eux-mêmes.
A plus forte raison, ils ne peuvent jouer ce rôle face à un autre être. Il le faudrait pourtant : car cette dissolution de l'être est une dissolution tragique; et chacun continue, mû par une nostalgie douloureuse, à demander à l'autre ce qu'il ne peut plus être; à chercher, comme un fantôme aveuglé, ce poids d'être qu'il ne trouve plus en lui-même. Cette résistance, cette permanence; cette profondeur. Bien entendu chacun échoue, et la solitude est atroce."
(Houellebecq, "Rester vivant")

jeudi 12 février 2009

Enfer

Chantal Delsol, dans Valeurs Actuelles ( 12 février 2009) :
"Comme chez les adultes, ces lycéens ne "débattent" que pour dire tous la même chose. Ici apparaît, claire comme le jour, la transmission de Panurge. Les jeunes sont fils de leur société autant que de leurs parents. Mais quand la société éduque tout le monde dans le même creuset, ils échappent facilement à la diversité des familles et se formatent sur le même modèle : des enfants zombis."

Nous vivons, en apparence, mais en réalité, nous sommes morts.



Enfer


Dans la maisonnette toute fleurie,

Dans le doux cocon où tous unis

Par les liens familiaux les plus forts

Les liens du sang, plus forts que la mort,


L’enfer construit sa demeure, tisse sa toile

Jour après jour, la tension infernale,

Nous suce tous, jusqu’à la moelle,

Et dans nos cœurs, et dans nos corps, dans nos esprits

s’installe,


Les liens du sang, chair royale,

Nourrissent l’hôte parasite,

Le combat n’est pas loyal,


Dans la maisonnette toute fleurie,

Dans le doux cocon où tous réunis,

Tous déjà morts, chair empuantie,

Le démon se repaît de nos âmes, de nos corps, de nos esprits.


Dans la maisonnette toute fleurie,

Les enfants dansent, jouent et rient,

Les parents travaillent et se plient

A tous leurs devoirs et leurs soucis.


Les enfants ? les parents ? Leurs esprits ?

Exsangues, vidés, des sépulcres blanchis !


être mère















Il y a un thème récurrent chez les personnes dites de la réacosphère, c'est l'envie de partir de France, nation morte.Dantec a été un des premiers à inaugurer ce départ.( enfin , pendant les guerres, les exils de grands écrivains ont été nombreux : Maritain, Bernanos : mais Dantec est plus définitif dans son départ)
Moi-même, souvent, l'envie me prend de quitter cette terre gangrenée par le mensonge et de "sauver" mes enfants. Mais outre le fait d'une impossibilité matérielle quasi-complète à partir, je me demande si ma vocation n'est pas tout bêtement de rester à ...ma place.

Une mère de famille est gardienne de sa demeure.


écrit ceci il y a plus d'un an :

La recherche de l’Absolu.

"…ce grand écrivain ( Balzac ) ne paraît pas avoir bien compris lui-même ce que c’est que l’Absolu.( …). Mais l’Amérique n’était pas l’Absolu. C’était un point d’arrivée extrêmement difficile à atteindre, mais tout de même un point d’arrivée ou il serait possible de s’asseoir et d’ou l’on reviendrait à la fin. l’Absolu, au contraire, est sans retour. On n’en revient pas parce que c’est un voyage sans fin." ( P. 543, Journal de L. Bloy. ).
Lu très vite quelques passages de Grande Jonction de Dantec : une image me hante : ce Territoire où un corbeau observe la fin de l’Homme : j’ai vécu dans ce territoire, j’y vis : on y trouve ces corbeaux, ces renards, ces cerfs….C’est mon territoire, je le traverse quinze fois par jour, le ciel y est bas et gris, le temps immobile, la vie suspendue . Le matin, quatre fois par semaine, je traverse une portion de ces bois et à partir du mois de mars jusqu’au mois de novembre, le jour se lève avec nous dans la voiture. Je regarde la cime des pins ensoleillée et c’est un décor de carte postale qui m’apparaît. On pourrait presque voir des plages de sable fin juste derrière ces pinèdes . Alors, je comprends une chose : ce lieu dans lequel j’habite, c’est le domaine dans lequel je peux entreprendre ma grande migration intérieure, le seul vrai grand voyage, la mission demandée, mon boulot de mère.
Voilà : je suis comme Moïse : je cherche pour mon peuple, mes enfants, la terre promise. J’ai décidé de faire le seul voyage qui me soit permis de faire, avec mon mari et mes enfants : celui de l’Absolu. Nous arriverons, quand Dieu voudra, au terme de notre voyage, dans son Territoire. Ce sera le Paradis.
Une mère de famille entraîne dans un voyage qui pour but le ciel divin, ses enfants . C’est un Moïse qui doit avoir la foi d’un Abraham : sacrifier ses enfants dans la réalité terrestre, pour Dieu, les lui offrir pour qu’ils vivent de la seule vraie vie qui vaille la peine d’être évoquée, la seule vraie réalité qui nous est cachée, certes, mais qu’une mère chrétienne connaît .
Une mère de famille ouvre à ses enfants la voie, le chemin, la route de la sainteté.

"On the road again", dirait probablement Dantec. « Take the long way home” appuie Dieu, grâce à Supertramp.

« Compte tenu des caractéristiques de l’époque moderne, l’amour ne peut plus guère se manifester ; mais l’idéal de l’amour n’a pas diminué. Étant, comme tout idéal, fondamentalement situé hors du temps, il ne saurait ni diminuer ni disparaître.
D’ou une discordance idéal-réel particulièrement criante, particulièrement riche ». ( Houellebecq, « Rester vivant » ) .

Dans le même temps, un Saint est celui qui actualise la bonne création, le bon monde dès à présent, sur cette planète, dans notre temps ou plutôt dans son époque à lui.
C’est sans doute pour cela que le martyre reste l’arme absolu contre ce royaume perverti : il remet la bonne création à sa place, sans se soucier du temps.

La discordance entre idéal-réel dont parle Houellebecq est battue en brèche par le saint.

Le drame de notre génération, c’est que l’on ne nous a pas appris à aimer.

Le bon Dieu doit tout recommencer à zéro avec ses créatures, comme dans l’ Ancien Testament : renouer ses alliances, plusieurs fois car les chutes sont innombrables chez l’homme. C’est parce qu’il chute qu’il est homme. Aller vers Dieu, le quitter, revenir, se détourner à nouveau, certes, mais il y avait un fil qui nous reliait, le fil de sa grâce, son Fils.
Avons-nous rompu ce fil ?

« Dieu avait chassé l’homme du Paradis terrestre. L’homme aujourd’hui chasse Dieu de toute la terre. » ( P.111 Journal de Bloy n. 2 )

mercredi 11 février 2009

Tout est grâce. (Bernanos, Journal d'un curé de campagne)

"L'agonisant m'a fait comprendre par signes qu'il désirait son chapelet, que j'ai pris dans la poche de sa culotte, et qu'il a tenu dès lors serré sur sa poitrine. Puis il a paru retrouver ses forces, et d'une voix presque inintelligible m'a prié de l'absoudre. Son visage était plus calme, il a même souri. Bien qu'une juste appréciation des choses me fît une obligation de ne pas me rendre à son désir avec trop de hâte, l'humanité ni l'amitié ne m'eussent permis un refus. J'ajoute que je crois m'être acquitté de ce devoir dans un sentiment propre à vous donner toute sécurité.
Le prêtre se faisant toujours attendre, j'ai cru devoir exprimer à mon infortuné camarade le regret que j'avais d'un retard qui risquait de le priver des consolations que l'Eglise réserve aux moribonds. Il n'a pas paru m'entendre.Mais quelques instants plus tard, sa main s'est posé sur la mienne, tandis que son regard me faisait nettement signe d'approcher mon oreille de sa bouche. Il a prononcé alors distinctement, bien qu'avec une extrême lenteur, ces mots que je suis sûr de rapporter très exactement : "Qu'est que cela fait ? Tout est grâce."
Je crois qu'il est mort presque aussitôt."

mardi 10 février 2009

Visite de La Très Sainte Trinité

Ecrit, je ne sais plus quand : dans une autre vie.

Visite de La Très Sainte Trinité

Un matin, un beau et doux et tranquille matin,
Les deux petits enfants, deux jumeaux, deux frères
Jouaient, dans la chambre, à l’ombre de leur mère
La fenêtre était fermée, elle regardait le jardin.

Les amours, les chérubins tous deux paisibles
Elle regardait les enfants et, de cette paix
Matinale, miraculeuse et indicible,
Elle invita Trois Amis à en partager les effets.

Pas n’importe qui : les trois Personnes de la Très Sainte Trinité.
Quelle audace ! pensa t-elle, soudain alarmée.
Oui mais que de grâces ! rétorqua t-elle aussitôt rassérénée.
Tout était dit ; s’installaient déjà les Divins Invités.

Devant la fenêtre, dans le jardin, trois chaises blanches
Vides en apparence mais la mère voyait converser,
Le Père et le Fils et le Saint-Esprit en toute simplicité,
Comme sur l’autel, à la messe, le dimanche.

Venus seuls, cependant, sans la cohorte d’anges
Profiter d’une pause dans le monde, des roses, du silence
La mère retenait son souffle, ravie, aux anges :
Merci Monseigneur, de votre venue, en toute confidence.

Un cri soudain rompt le bel enchantement :
Deux petits coquelets qui se volent dans les plumes
Horrifiée, Maman se penche vers les deux enfants
Pour rétablir le silence, la paix, autant dire la lune.

Les Trois Personnes, le Dieu-Trinitaire, devant ses créatures
Se lève majestueusement; Il aime tout chez elles,
Surtout leurs colères, leur inconscience, pécheresse nature
Dont Il vient, par un signe de Croix, les délivrer.

Oui, Il aime tout de ses créatures, le Divin Invité
A la fenêtre, à la porte, Il attend patiemment
Console les enfants qui pleurent, affligés
Les remet à la mère et s’en va doucement.

La possibilité d'une île

"Ma vie, ma vie, ma très ancienne
Mon premier voeu mal refermé
Mon premier amour infirmé,
Il a fallu que tu reviennes.

Il a fallu que je connaisse
Ce que la vie a de meilleur,
Quand deux corps jouent de leur bonheur
Et sans fin s'unissent et renaissent.

Entré en dépendance entière,
Je sais le tremblement de l'être
L'hésitation à disparaître,
Le soleil qui frappe en lisière

Et l'amour, où tout est facile,
Où tout est donné dans l'instant;
Il existe au milieu du temps
La possibilité d'une île."

Houellebecq

lundi 9 février 2009

Musique


Waterproof, par JB

J'écoute de tout, je suis un cristal d'eau glacée, tous les états de la matière, liquide, vaporeuse, solidifiée, je suis un corps, composé à 80% d'eau, comme la superficie planétaire, moins qu'une méduse, vous avez remarqué la surface irisée de l'eau qui vibre et ondule sous l'effet de la musique ?
Le mystère de l'eau, symbole de l'énergie spirituelle, chaque morceau est un baptême, lévitation par les sons, secret de la pyramide, chaque goutte d'eau comme la mémoire d'un océan, l'histoire d'une vie déjà vieille de plusieurs centaines de millénaires, chaque note comme une onde primordiale venant inscrire sa vibration particulière au niveau moléculaire de notre organisme-aquarium, Melodies from Mars, spermatozoïdes gesticulant en rythmes tangibles dans le vortex d'un col utérin, avant d'enchaîner sur le martèlement industrielle d'une forge urbaine de la fin des temps, un genre en appelle un autre, sur le bord d'une ruine de l'hiver nucléaire, un flocon de neige meurtri dans sa cristallisation soudaine par le beat hardcore du sound-system, fond sous la chaleur solaire d'un country-rock dissident, en furtif, souffle de buée, traversant l'enfer torride d'une sexy-dance transcendante, extase et libido chargées d'une mystique symphonique aux pulsations élémentaires, les sombres harmonies d'une valse triste de Sibelius termine de geler à nouveau le cœur d'un agencement atomique singulier, juste là, sous l'épiderme qui recouvre mon bras, puis s'achève le trip en jouissance lente, microlocale, exaltation planante, à l'apogée d'Indigo Optimus.
Il n'y a pas de genre, que la mélodie infinie que nous chante l'univers, ce n'est pas l'oreille qui capte le son, mais le corps, codé par la musique, qui fait frissonner l'âme.

Houellebecq, BHL, Ennemis Publics


dimanche 28 décembre 2008
Avant tout, lisez le magnifique article de Radu sur le Ring à propos de Houellebecq et BHL : c’est une analyse philosophique précise des deux parties tout à fait passionnante.

Ici, vous ne trouverez que des extraits du livre qui m’ont marquée.
J’écrivais il y a très longtemps ceci :
« Au cœur de la nuit, dans le silence profond de la maison qui dort, dans mes rendez-vous clandestins et secrets, avec mes très chers livres, je poursuis sans relâche ma quête et mon enquête, ma traque absolue . Au matin, personne ne se doute des mondes que j’ai traversés, des aventures que j’ai vécues, des Trésors que j’ai découverts. »
Maintenant que je connais d’autres lecteurs, je veux leur transmettre ces trésors découverts.
Qu’est ce que lire ? Vous souvenez-vous ? J’avais dis, grâce à la lecture de Villa Vortex :
« je suis comme Kernal dans Villa Vortex : je découvre "la théorie", c'est à dire je lis et ces lectures deviennent une forme d'arme absolue. Je n'en avais pas conscience tout en en ayant très vaguement l'intuition depuis toujours. Maintenant la question : pourquoi une mère de famille ? Je n'ai pas de réponse. Ecoutez donc cela : "J'étais devenu un combattant de la Théorie, un moine-soldat, le guerrier d'une armée secrète, sans nom et sans visage, le réseau de la nuit, l'armée des morts." (Villa Vortex, Folio S.F. p321).Je continue :" Mon cerveau : une usine à cartes, un monstre machinique qui s'étoilait tel un réseau par-dessus le monde en son entier, une gigantesque toile d'araignée qui traçait et retraçait les parcours virtuels d'auteurs probables de crimes qui n'existaient pas."
"J'étais devenu un appendice de la bibliothèque de Wolfmann. Un appendice qui se nourrissait de ce qui le dévorait, c'était assez paradoxal tout ça, mais je m'y étais fait, aux paradoxes."
Le travail de l'écrivain rejoint notre « mission » de lecteur. Houellebecq dans ce livre d’entretiens nie être une intellectuel engagé. Il me semble pourtant que l’écrivain, l’artiste est pour moi l’être le plus engagé, le plus guerrier qui soit car il a pour fonction de révéler « le réel qui un secret. » C’est pourquoi les artistes dans des régimes totalitaires sont les premiers à mourir, à être éliminés ! Ils voient ce que personne ne voit, ils disent ce que l’on arrive pas à exprimer , ils décrivent la réalité qui est sous nos yeux, invisible, indicible, obscure.
« C’est mon destin depuis des années, depuis vingt ou trente ans peut-être, que les gens viennent me voir et me racontent sans même que je les interroge des choses que peut-être ils n’avaient jamais pensées – pensées clairement, avant de me les dire. J'ai senti, dès le début (et je sens toujours), comme une espèce de devoir (le mot est étrange, mais pour le coup je n'en vois pas d'autre) : j'étais requis à sauver les phénomènes ; à donner de mon mieux une retranscription de ces phénomènes humains qui se manifestaient, si spontanément, devant moi. » (p.83)
Un soldat est « réquisitionné » ; un écrivain ? « le soldat du Verbe » dit Dantec.
Soljenitsyne :
« On nous dira : que peut la littérature contre la ruée sauvage de la violence ? Mais n’oublions pas que la violence ne vit pas seule, qu’elle est incapable de vivre seule : elle est intimement associée, par le plus étroit des liens naturels, au mensonge. [...] Et le simple acte de courage d’un homme simple est de refuser le mensonge. Que le monde s’y adonne, qu’il en fasse même sa loi - mais sans moi. Les écrivains et les artistes peuvent faire davantage. Ils peuvent vaincre le mensonge. Dans le combat contre le mensonge, l’art a toujours gagné, et il gagnera toujours, ouvertement, irréfutablement, dans le monde entier. Le mensonge peut résister à beaucoup de choses. Pas à l’art. Et dès que le mensonge sera confondu, la violence apparaîtra dans sa nudité et dans sa laideur. Et la violence, alors, s’effondrera. C’est pourquoi, mes amis, je pense que nous pouvons aider le monde en cette heure brûlante. Non en nous donnant pour excuse de ne pas être armés, non en nous adonnant à une vie futile, mais en partant en guerre. Les Russes aiment les proverbes qui ont trait à la vérité. Ceux-ci expriment de façon constante et parfois frappante la dure expérience de leur pays : « Une parole de vérité pèse plus que le monde entier.

Dantec dans Villa vortex : « Le LIVRE AURAIT RAISON DU MONDE »

Dans ces entretiens, j’ai lu surtout lu les lettres de Houellebecq, je l’avoue. Et dans l’une de ses dernières, il évoque son travail de poète : ce passage est l’un des plus éblouissant que j’ai lu :
« Parce qu’il faut quelque chose, quand même, pour rester en contact avec la poésie, une certaine innocence. Techniquement parlant, il ne faut rien d’autre. Il y a un très beau mot désignant l’homme qui a découvert un trésor, c’est celui d’inventeur. Qu’il l’ait découvert par hasard, en s’égarant dans la forêt ou après quinze ans de recherche, compulsant de vieilles cartes datant de l’époque des conquistadors, n’y change absolument rien. Et c’est la même chose qu’on ressent lorsqu’on a écrit un poème : qu’on ait passé deux ans ou quinze minutes à l’écrire, cela revient au même. Tout se passe comme si, c’est irrationnel, je sais bien, tout se passe comme si le poème avait déjà été écrit bien avant nous, qu’il avait été écrit de toute éternité, et qu’on n’avait fait que le découvrir. Le poème une fois découvert, on s’en tient à quelque distance. On l’a dégagé de la terre qui l’entourait, on a donné quelques coups de brosse ; et il brille, accessible à tous, de son bel éclat d’or mat. »

Retour à l’innocence qui n’est pas de la mièvrerie mais une forme d’évidence que l’on possédait enfant, d’intuition géniale mais sans les mots .

Laurent Dandrieu, journaliste à Valeurs Actuelles dit d’un film qu’il a aimé ( Le Feu follet de Louis Malle) : « un film sur le désespoir si juste et si beau qu’il en redonne l’espérance ».
Je pourrais reprendre à mon compte cette réflexion en évoquant Houellebecq. Des livres sur le désespoir si justes et si beaux qu’ils en redonnent l’espérance.
Description de ce monde, de la France et de l’occident :
« Que la France ( et pas seulement elle, l’Europe occidentale tout entière ) ait sombré dans la dépression après les trente Glorieuses, cela me paraît absolument normal. L’optimisme était trop général, la croyance au progrès trop franche et trop naïve, les espérances trop partagées . « Extension du domaine de la lutte » était, je crois, un livre salutaire ; et je crois aussi qu’il ne pourrait plus être publié aujourd’hui. Parce que nos sociétés en sont maintenant arrivées à ce stade terminal où elles refusent de reconnaître leur mal-être, où elles demandent à la fiction de l’insouciance, du rêve ; elles n’ont simplement plus le courage de voir leur propre réalité en face. »
« Il n’empêche que j’ai senti, en revenant en Europe occidentale, que je revenais chez les morts."
Je ne peux m’empêcher de mettre en parallèle ces termes ironiques et lapidaires de Dantec : « Tout va bien ». ( American Black Box, je crois )
Houellebecq :
(…) « Je n’ai jamais eu, voyez-vous, le sentiment de vivre en démocratie ; j’ai toujours eu le sentiment de vivre dans une espèce de technocratie, sans être d’ailleurs persuadé que c’était là une mauvaise chose ; peut-être les technocrates sont-ils sages, et justes ; peut-être devrais-je, d’ailleurs, renoncer à l’alcool, peut-être même devrais-je m’arrêter de fumer.
Et j’aurais bien tort au fond, d’accuser ces braves technocrates, qui disposent sans nul doute, pour exercer leur difficile métier [ j’espère que vous appréciez l’humour cinglant de ce passage !!] de préparation des lois, d’une formation appropriée ; ces mesures de santé publique seraient sans nul doute approuvées par nos concitoyens à une majorité écrasante. Je n’ai donc, littéralement, qu’à m’écraser…En pratique je peux me chercher un trou pour y mourir, un coin de campagne où je pourrai, isolé, me livrer jusqu’au bout à mes modestes vices. »
Passage de Dantec partant à Cuba dans ABB :
« Derniers joints avant le passage des frontières. On ne prend plus de risques à mon âge, surtout vers un tiers-monde coco-dollarisé, avec une famille et les nouvelles lois de sécurité aéroportuaires. Rien que pour ça, Ben Laden mérite une bonne raclée. Non seulement, comme le dit fort bien Nick Tosches, « ce type n’était même pas du quartier », mais en plus il aura donné aux paranoïdes ( qui confondent fumeurs de joints et criminels de guerre ) l’occasion tant attendue pour mettre en œuvre leur politique de dinosaures démocratiques. »
Il est vrai que ces deux écrivains ont en commun d’avoir perçu cette « dévolution » du monde. Simplement, l’un – Dantec- veut en « découdre » alors que l’autre – Houellebecq – observe cette dévolution avec un détachement résigné . Et mortel. L’un croit que l’on peut « marcher sur les cendres », l’autre pense être en cendres.
Ces deux passages d’auteurs rejoignent, vous l’avez sûrement remarqué, le livre d’Alain Laurent, La société ouverte et ses nouveaux ennemis :
« L’esprit totalitaire peut donc resurgir un jour prochain dans une nouvelle incarnation initialement inoffensive et VERTUEUSE, un travestissement inédit derrière lequel très peu de physionomistes identifieront de prime abord le vieux visage messianique et maléfique de l’idéologie. »
A propos de cette technocratie qui nous dirige, de ce « dinosaure démocratique », Alain Laurent emploie l’expression : « l’ingénérie sociale ».

Toujours, la France et Houellebecq :
« Jamais je ne me suis senti de devoir, ni d’obligation, par rapport à la France, et le choix d’un pays de résidence a pour moi à peu près autant de résonance émotive que le choix d’un hôtel. Nous sommes de passage sur cette terre, je l’ai maintenant parfaitement compris ; nous n’avons pas de racines, nous ne produisons pas de fruit.
(…) Il se peut que je revienne un jour en France, et ce sera pour une raison très simple : j’aurai assez de parler et de lire en anglais, dans ma vie quotidienne. Ça m’énerve un peu de manifester cet attachement à ma langue, je trouve que ça fait posture d’écrivain ; mais c’est la vérité. Et pourquoi d’ailleurs cela serait-il réservé aux écrivains ? La langue qu’on parle, qu’on utilise pour s’exprimer, c’est quand même un point important dans la vie d’un homme- au moins autant que la nourriture qu’il avale.
Et la langue française est vraiment une des réussites de ce pays, harmonieuse, un peu sourde, aux tonalités restreintes. Il m’est arrivé en voyage de ressentir un désir violent, irrésistible, de lire ne serait-ce que quelques lignes écrites en français. »
Et bien ! cette évocation amoureuse de la langue française dans la bouche de quelqu’un qui vient de signifier qu’il n’en à rien à battre de la France me touche infiniment. C’est l’une des phrase du livre qui me font dire : j’ai aimé ce livre et il y a de l’espoir dans ces paroles.
« Harmonieuse, un peu sourde, aux tonalités restreintes » : l’entendez-vous la musique, entendez-vous la voix de vos mères ? C’est ainsi que je parle à mes enfants, c’est quand je leur parle de cette façon, avec ce ton, qu’ils m’écoutent. Ils me regardent - et là, c’est la paire d’yeux de mes petits jumeaux qui me vient à l’esprit-, attentifs à la musique plus qu’au message : celui-ci s’imprime dans leur esprit, dans leur cœur avant même qu’ils en aient compris la signification, il s’imprime à jamais dans leur âme grâce à l’harmonie, au ton un peu sourd, aux tonalités restreintes.
Puissance du langage et en l’occurrence, ici, puissance de la langue française, de la langue MATERNELLE. Puissance de la musique, puissance du Verbe, retrouvez Link de Nova qui sauve le monde avec sa guitare. C’est ainsi que je comprends mieux ce qu’est la musique. Cette puissance qui va directement à l’âme, immatérialité face à l’immatériel de notre esprit. Immatérialité si concrète .
Oh ! et je ne résiste pas : ces jours-ci je relisais des passages de Jules Vernes, mes lectures adorées de jeunesse. Dans Vingt mille lieues sous les mers, Il y a ce passage absolument palpitant qui m’a tenu en haleine pendant des années : c’est l’attaque du Nautilus par les poulpes géants. Un des hommes de Nemo se fait prendre dans les tentacules du terrible animal :
« Quelle scène ! Le malheureux, saisi par le tentacule et collé à ses ventouses, était balancé dans l’air au caprice de cette énorme trompe. Il râlait, il étouffait, il criait : « A moi ! à moi ! » Ces mots, prononcés en français, me causèrent une profonde stupeur ! J’avais donc un compatriote à bord, plusieurs, peut-être ! Cet appel déchirant, je l’entendrai toute ma vie ! »

Le professeur Aronnax, le narrateur, prisonnier involontaire du Nautilus, constate que Nemo et son équipage parlent une langue inconnue, inventée de toute pièce par le capitaine.
Mais là, à l’instant décisif, le marin qui va mourir crie dans sa langue maternelle, le français !
Ce passage, émouvant au possible, je voulais le mettre en parallèle avec Houllebecq qui a besoin d’entendre ou de lire français…

A propos de la religion, Houellebecq a des mots que je vous livre sans rien ajouter : que dire si ce n’est que cette âme brûlante qui s’ignore mérite la rencontre avec son Seigneur et son Dieu ? Mais la voudra t-elle, cette rencontre, à la fin du fin ? Cette question seule m’importe.
« Vous avez, [dit-il à BHL] de manière IMMERITEE, reçu une espèce de grâce, pour le coup je ne vois pas d’autre mot. Quelque chose qui vous permet de prendre au sérieux ces histoires de « ruah », de souffle divin, alors que je ne ferai JAMAIS, en ces circonstances, que hocher la tête.
« Parce qu’en effet un monde sans Dieu, sans spiritualité, sans rien, a de quoi faire terriblement flipper. Parce que croire en Dieu, tout bonnement, comme le faisait nos ancêtres, rentrer dans le sein de la religion maternelle présente des avantages, et ne présente même que des avantages. [ c’est là où je ne suis plus Houellebecq : je dirais : ne présente pas QUE des avantages mais EST le SEUL avantage car le Salut de l’homme ] Je sais que n’aimez pas tellement Péguy, mais, quand même : « Qu’ils viennent s’écrouler entre deux bras tendus… » Ou bien celui qui fait l’unanimité, encore et toujours ( et à quel juste titre), Baudelaire :
« C’est l’auberge fameuse inscrite dans le Livre
Où l’on pourra manger, et dormir, et s’asseoir.

Vous allez me dire : mais Houellebecq paraît bien méprisant avec le religion, sorte de « planche de salut » inventée par l’homme qui craint tant la mort. « L’espace vient, s’approche et cherche à me dévorer. Il y a un petit bruit au centre de la pièce. Les fantômes sont là, ils constituent l’espace, ils m’entourent. Ils se nourrissent des yeux crevés des hommes. » (La possibilité d’une île) Certes, c’est sans doute son point de vue, mais non méprisant : envieux. Envieux envers ceux qui ont reçu cette grâce « imméritée », ce don de la foi. Pourquoi nous et pas lui ?
Nous ne mesurons pas assez l’incroyable chance que nous avons d’être chrétiens. Nous ne mesurons pas ce don inouï de la Grâce dans nos âmes.

A propos de sa mère et là, l’analyse sur la déshumanisation contemporaine est absolument fascinante et terrifiante :
« Ce que je voudrais simplement vous dire, c’est que cet âge ancestral, préhistorique de l’humanité, nous y sommes aujourd’hui revenus, dans nos civilisations postmodernes. Le face à face entre mère et l’enfant est aujourd’hui absolu, radical, et cela dès la conception : c’est la mère par exemple, et elle seule, qui décide ou non d’avorter.
(…) On sent bien hélas qu’il y a dans le parcours éclaté, absurde de Lucie Ceccaldi [sa mère] quelque chose de terriblement, d’atrocement contemporain.
(..) Et puis surtout il y a, bien sûr, l’incapacité absolue à se sacrifier pour ses enfants, l’incapacité même à supporter qu’on va mourir, et que ses enfants vont continuer à vivre. »
Relisons ce passage d’anthologie de J.G. Ballard, dans son excellent Millénium People où le héros, David Markham, raconte que sa mère, psychologue de renom, n’a jamais été fichue d’éprouver quoique ce soit pour lui, son fils, et ne l’a pas élevé du tout : « C’est un esprit libre, répondis-je sincèrement. Elle m’a aimé profondément – pendant dix minutes. Puis ç’a été fini. ».
Cette vision inhumaine de la mère pousse Houellebecq à s’interroger sur le mal et il a cette réflexion magnifique :
« Ce qui est en jeu, c’est la reconnaissance qu’un mal a été commis dans le monde.(…) C’est la reconnaissance, enfin que ce mal est limité ; c’est la transformation d’un mal indéfini, ignoble, en un mal restreint, défini dans l’espace et dans le temps. C’est une tentative d’interruption du déroulement illimité des chaînes causales ; de la reproduction sans fin du malheur et du mal.Certains vont plus loin, et tentent de prendre appui sur ce mal pour se construire ; ils font de leur géniteur indigne un absolu contre-modèle. Certains vont vraiment loin, et je sais que ma sœur ( j’espère qu’elle me pardonnera de la citer ) est allée jusqu’à refuser de travailler, pour se consacrer à sa seule vocation de mère de famille ; et je sais qu’elle y est parvenue. Une sur mille, peut-être, y serait parvenue ; mais il n’y a pas de fatalité. On peut briser la chaîne de la souffrance et du mal. »
Je répète : « on peut briser la chaîne de la souffrance et du mal ». Comment ? Ici, en étant simplement une mère de famille. Cette arme absolue, cette espérance incroyable, il faut que ce soit un maître de la désespérance qui nous la livre, il faut que ce soit celui qui a été littéralement « tué » par sa mère par manque d’amour qui nous transmette une façon d’échapper au mal et à la mort.
Quelle merveilleuse réponse, quel incroyable lumière dans nos vies, : le quotidien magnifié, l’engagement entier dans ce que l’on a à faire et dans ce que l’on est. Pas grand chose, certes, mais suffisamment pour « briser la chaîne de la souffrance et du mal ».
Je m’arrêterai avec ce passage .

dimanche 8 février 2009

Absence

Avril 2008

Absence

Je suis partie, il s’en est allé
Chacun vers son but, chacun à l’opposé,
Je suis partie, il s’en est allé,
C’est maintenant possible de s’aimer.

Heure par heure, avec minutie,
Je le guette, je le vois, je le suis,
J’évoque sa silhouette embellie,
Son regard surtout, de feu et de vie.

Je lui parle et, le croirez-vous ? Il me répond,
Son esprit rend le mien fécond,
Il me possède de multiples façons,
Nous sommes unis, nous en vivons .

Je suis là, au milieu de tous,
Mais je suis partie aussi,
Avec lui, pour lui, en lui,
Je suis là au milieu de vous,
Mais je suis surtout avec lui.

Le général Petraeus


Toorop-Petraeus; La théorie de l'Anaconda
QUI EST DAVID PETRAEUS?
Par Guy Sorman,auteur "de made in USA" ed Fayard.

Le Président Obama a reçu ce jour le Général David Petraeus à la Maison Blanche ; il compte sur lui pour quitter l'Irak dans les meilleures conditions possibles et pour progresser en Afghanistan . Ce même officier qui a si bien servi George W Bush est maintenant au service d'une autre politique , à moins qu'il ne s'agisse de la même. On ne sait pas encore . Nous venons de rencontrer Petraeus à New York ; voici son portrait , ou "profile" comme on dit aux Etats-Unis.



"Les Irakiens l’ont surnommé le Roi David. Un titre plutôt affectueux que le Général David Petraeus a gagné en 2003, après s’être emparé de Bagdad puis de Mossoul. Mossoul, dont il devint un peu par hasard, le gouverneur. « Je suis entré au siège du gouvernement, se souvient Petraeus, j’ai demandé où était l’administration ? ». Les Américains n’avaient pas envisagé que toutes les institutions irakiennes se volatiliseraient. Un huissier qui n’avait pas pris la fuite expliqua à Petraeus que dès l’instant où il était le conquérant, il lui revenait aussi de gouverner l’Irak. Petraeus improvisa : il poursuivit de front l’offensive militaire et la reconstruction du pays. « Nous avions découvert, me dit Petraeus que nous étions des étrangers dans un pays étrange ». L’armée américaine, admet-il, ne connaissait rien à la civilisation arabe. Mais il en tire les conséquences. De retour aux Etats-Unis, nommé directeur de l’Ecole de guerre, il va modifier radicalement la culture militaire américaine. « Ma génération (il est né en 1956) a été formée, se souvient-il, pour détruire des chars soviétiques avec nos hélicoptères ». Une formation inutile dans la lutte moderne contre le terrorisme. Terrorisme ? Petraeus refuse d’employer le terme de « guerre contre la terreur ». Le terrorisme, explique-t-il, n’est qu’un aspect d’un combat global engagé par les « extrémistes » contre nos valeurs et nos modes de vie ». Rappelons que le serment du soldat américain exige qu’il protège « l’American way of life ». À partir de cette définition de l’extrémisme et de son expérience en Irak, Petraeus a rédigé le Manuel de la contre insurrection (counter insurgency), la nouvelle bible de l’armée américaine. George W. Bush le renverra en Irak en 2007 avec mission d’appliquer ses idées. « Petraeus a réussi, au-delà de nos rêves les plus fous », a commenté Barack Obama au cours de sa campagne présidentielle.



Petraeus a-t-il gagné la guerre ou du moins a-t-il empêché que les Etats-Unis la perdent ? « Il ne faut plus raisonner en termes de victoire ou de défaite, dit-il. Le temps est passé où on plantait un drapeau sur une colline. » La guerre contre l’extrémisme doit être mesurée en termes de « dynamique » et de « progrès ». En Irak, dit Petraeus, des progrès remarquables ont été accomplis, en collaboration avec la nouvelle armée irakienne : « des progrès mesurables, fragiles et réversibles ». Mais l’opinion publique aux Etats-Unis, constate le Général, a déjà oublié ce qu’était la situation il y a un an : de quarante attentats par jour à Bagdad en 2007, le pays est passé à un taux de criminalité comparable à certains pays d’Amérique latine.

Ce succès fragile a été acquis beaucoup grâce à une augmentation des effectifs, dit Petraeus, mais avant tout grâce à l’application d’idées nouvelles. Ancien de l’académie militaire de West Point mais aussi diplômé de l’Université de Princeton, Petraeus est considéré aux Etats-Unis, comme un intellectuel-soldat : le héros d’une nouvelle génération à la tête de l’armée. Depuis son succès en Irak, Petraeus bénéficie d’une aura comparable à celle de grands officiers du passé, comme Eisenhower ou MacArthur. On lui prête donc des intentions politiques qu’il n’a pas, ou pas encore. Si Petraeus n’a pas cette ambition, il n’empêche qu’aucun homme d’Etat, pas plus George W. Bush que Barack Obama, ne prend une décision stratégique sans, au préalable, « écouter les militaires » : en clair « sans l’avis de Petraeus ».

« Mes idées, dit Petraeus, je les ai puisées dans notre mémoire historique. Naguère, l’armée américaine alliait l’art de la guerre à celui de l’administration ». Ce fut le cas lors des « guerres indiennes » du XIXe siècle (l’armée américaine, contrairement à Hollywood, conserve une mémoire positive de cette guerre vécue comme civilisatrice) ; ce fut aussi ,en 1900, l’expérience de l’armée contre l’insurrection des Philippines. « À cette époque, rappelle Petraeus, l’armée combattait les extrémistes et, en même temps, édifiait des écoles, des hôpitaux, des routes ». Une autre source d’inspiration pour Petraeus est l’armée française en Algérie. Il convient, dit-il, de ne pas répéter ses erreurs : la torture, les agressions contre la population locale. Mais il convient aussi de répliquer ce que Petraeus considère être ses succès : « apporter la sécurité à la population, lui rendre des services concrets et vivre parmi elle ». Des méthodes qui furent systématisées dans un livre peu connu en France, Contre-insurrection, Théorie et pratique de David Galula, officier en Kabylie en 1958 ; Petraeus en a préfacé l’édition américaine et rendu l’étude obligatoire pour tous les officiers. Et il ne se lasse pas de regarder La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, film culte qu’il impose à tous ses visiteurs.

C’est à Petraeus qu’il revient maintenant, après être entré en Irak, d’en sortir, sous les ordres de Robert Gates, hier ministre de la Défense de George W. Bush et aujourd’hui, de Barack Obama. « L’armée, dit Petraeus, se réjouit de cette continuité ». Sortir d’Irak ? Petraeus récuse le mot : il s’agit d’organiser une « transition » entre l’armée américaine et l’armée irakienne. Une transition déjà engagée. Mais Petraeus admet que les sorties réussies, après une guerre contre les extrémistes, sont rares : il cite deux expériences, le retrait britannique de Malaisie et d’Oman, deux guérillas vaincues qui ont fait place à des Etats stables.

Et à peine sorti d’Irak, l’armée américaine devra se concentrer sur l’Afghanistan. David Petraeus, depuis septembre 2007, est le Centcom, commandant de l’armée américaine pour une zone qui couvre le Proche-Orient, l’Asie centrale, le Pakistan. Le siège du Centcom est en Floride à Tampa ; mais Petraeus est en déplacement perpétuel. Suivi d’une escorte de soldats-intellectuels et d’un équipement de communication mobile, il gère ses réunions depuis n’importe quel lieu dans le monde, au sol ou dans les airs. » L’Afghanistan, dit Petraeus, sera un peu plus facile à gérer dans l’opinion publique : cette guerre est perçue comme juste, par opposition à la sale guerre en Irak. Mais sur le terrain, ce sera plus dur ». Au contraire de l’Irak, l’Afghanistan n’a pas de ressources, pas de tradition étatique, peu d’élites éduquées. Petraeus est déterminé à y appliquer sa méthode : vivre parmi la population, lui apporter la sécurité, instaurer une administration légitime, créer une économie viable. Petraeus appelle cela la stratégie de l’Anaconda : le schéma projeté sur écran ressemble à un gros serpent qui se nourrit de tous les ingrédients possibles, des Forces spéciales à la construction d’écoles et aux opérations de propagande. Ceci imposera, dit-il, » non pas une unité de commandement - avec l’Otan, c’est hors d’atteinte - mais une unité de coordination », pour l’instant inexistante. « Si nos idées sont justes, dit Petraeus, elles nous permettront de vaincre les extrémistes. Ceux-ci ont pris l’avantage, parce que nous restons prisonniers de méthodes militaires archaïques ». Et certains pays ne coopéraient pas avec l’Otan parce qu’ils se croyaient à l’abri. « Cela changera à mesure que les extrémistes étendront leur champ d’intervention ». Petraeus assure que la conscience du danger extrémiste devient plus claire. Ainsi, l’Arabie Saoudite a-t-elle échappé à la déstabilisation, que tout le monde annonçait il y a deux ou trois ans : le gouvernement a compris la nature du danger et adopté la stratégie tous azimuths de Petraeus (« par coïncidence », dit-il). La même prise de conscience opère maintenant au Pakistan, en Inde. Mais tout progrès est réversible : la Bosnie où Petraeus a servi en 1995, menace de nouveau d’exploser. Cette guerre contre l’extrémisme durera plusieurs générations ; Barack Obama maintenant le sait."

New York, 22 janvier 2009

vendredi 6 février 2009

Amour conjugal (suite à "Dérapage")

La femme est coincée dans sa voiture accidentée. Il y a des bouts de verre partout, du sang.Le tableau de bord est détruit, la portière a pris la courbe de l'arbre qu'elle a heurté.Je suis à plat ventre sur la lunette du coffre, j'ai ma tête contre la sienne.
Je regarde sa main bleuie, ensanglantée.Nous la regardons ensembles."Ma bague est cassée", me dit-elle tout à coup.Je distingue dans les doigts broyés l'anneau coupé.
Tête contre tête, nous sommes toutes deux catastrophées, comme si cet anneau brisé était la chose la plus grave qui soit arrivée.

Dérapage


-Allo, chérie ?
-Qu’est ce qui se passe ?
-Rien, je suis à la gare ; méfie-toi en conduisant les enfants à l’école, c’est hyper-verglacé.
-D’accord. Je t’aime.
-Oui. A ce soir.

Ma grosse voiture avance, Golmann chante « il suffira d’un signe… »
Nous sommes presque arrivés, encore un tronçon de forêt. Devant moi, une petite Clio blanche, elle a hâte aussi de retrouver un grand axe, elle double une petite voiture, blanche, elle aussi. Je la regarde doubler, je pense doucement : « non, pas là , c’est pas le bon endroit pour dépasser, il fallait le faire un peu avant… » Lentement, gracieusement, la Clio part en vrille devant la petite mémé, je commence à freiner, ma bétaillère mord la route mais ça ne marche pas. Décélérer, freiner, décélérer, freiner.C'est long, c'est si long ces secondes... MAMANNNNN !!!!! hurle ma fille à côté.
Décélérer, freiner, la Clio termine la courbe dans les arbres qu’elle heurte violemment. C’est bon je pense, elle ne s’est pas retournée. Je réussis à arrêter ma bétaillère, les enfants hurlent tous. Warnings, je gueule : NE BOUGEZ PAS. Je sors, je cours vers la Clio, je trébuche, ça glisse.
A l’intérieur, une femme qui hurle sans s’arrêter. Pas d’enfant à l’arrière, elle est seule. Je veux ouvrir la portière côté passager, impossible tout est coincé. Avec la mémé qui m’a rejoint, nous ouvrons le coffre. L’accidentée hurle, hurle, hurle. Je me glisse sur la plage arrière, je lui attrape le cou avec mes bras, je l’enlace : « je suis là, je suis là, calmez-vous."
Un type s’est arrêté entre temps sur la route. Il parle près de la voiture mais je ne l’entends pas. La radio de la Clio marche à fond, j’écrase mon poing sur les touches pour l’éteindre. Au troisième coup de poing, silence. « APPELEZ LES SECOURS, J'AI PAS DE PORTABLE!!! APPELEZ LES SECOURS" je crie au type tétanisé. Il plonge dans sa bagnole pour récupérer son téléphone.
Nous tremblons toutes les deux, la femme coincée dans la tôle, le verre, le sang. Et moi, à plat ventre contre elle. Je lui parle, elle me répond. Prenez-lui son pouls, dit la mémé. Je n’y arrive pas, je ne sens rien. Je répète bêtement, ils vont arriver, tenez bon. Elle gémit, elle a mal aux jambes. Je lui dégage sa frange du visage, votre mari va arriver, on l’a prévenu. J’aurai pas du doubler, me dit-elle. C’est pas grave, c’est pas grave, je lui réponds. Tenez bon. J’ai mal.
Les pompiers arrivent, je recule.
Je rejoins les enfants, je repars à l’école. Silence dans la bétaillère . Ma fille est trop blanche.
J’ai mal aux bras, j’ai mal aux mains, je rentre chez moi. Une journée qui commence. Je crois que j’ai rêvé.

jeudi 5 février 2009

En écoutant Balavoine


"Et j'ai essayé d'accepter avec humilité mon destin de vagabonde qui ne sait trouver nulle part le repos - j'ai tenté d'en faire peu à peu un devoir, une discipline intime." Christina Campo, Lettres à Mita

" L'espoir est toujours l'attente d'une nouvelle aurore. Il faut pour cela supposer que les joies du monde ne sont pas encore toutes répertoriées. "(Delsol)


Musique de Balavoine qui remplit la bétaillère depuis la rentrée scolaire.
Hier matin: départ vers 8h, une demi-heure environ pour atteindre R. et les écoles à travers la Forêt. La nuit est profonde et noire, les phares trouent le mur et les arbres se penchent vers nous, protecteurs.Les enfants se taisent, se laissent emplir par le son envoutant de la musique.J'ai les mains arrimées au volant, j'emmène mes vies, ma vie dans le monde, nous sortons de la Maison, nous sortons du cocon chaud et protégé... Nous partons vivre et guerroyer.Une journée de boulot, d'école.Nous partons grandir pour certains, tenir la barre pour d'autres.Ma main quitte le volant quelques secondes : "Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit", prière les enfants, allez, demandons une bonne journée, quelques luttes envers soi-même, gagnées perdues, quelques lumières, SVP Seigneur sur des problèmes qui nous obsèdent, quelques forces, Jésus, car la fatigue est intense toujours même dès l'aube et le sommeil nous terrasse au plus mauvais moment bien sûr, en pleine écriture ou lecture au moment ou ...AH la solution, lumière tremblotante et fragile commençait à luire dans le lointain, on y était presque on avait sur le bout des doigts le mot, l'éclair et.. on tombe, la fatigue, cette déesse invincible, nous fait battre des paupières, ployer le cou, puis le corps tout entier et nous sombrons dans le puits sans fond de l'endormissement sans même rêver...!

La voiture avance, , les notes s'égrènent, Balavoine "écrit à l'encre vide un désert" : je médite un instant sur ces paroles : n'est-ce pas le propre de l'écrivain d'écrire à "l'encre vide un désert"? C'est le lecteur qui va donner de la couleur à cette encre invisible en imprimant ses yeux, son cerveau, son encre à lui, son jus de citron ( qui révèle l'encre invisible) sur le texte écrit. Et le désert se pare de mille couleurs, le paysage apparaît d'un coup, c'est une oasis luxuriante... ( "une trace dont les écumes font la beauté") Ecrivain-lecteur le couple inséparable. L'un écrit sans même avoir de prise sur son message,("sans comprendre la détresse des mots que j'envoie") l'autre lit et dévoile le tableau..("J'ai ramassé les bouts de verre, j'ai recollé tous les morceaux : tout était clair comme de l'eau.")

"Contre le passé il n'y a rien à faire, il faudrait changer les héros dans un monde ou le plus beau reste à faire..."
La prière des enfants se termine sur ces paroles, nous arrivons en ville, dans le monde où le plus beau reste à faire et les "héros", c'est nous, avec notre passé aux "mille peaux" dirait Costes.Oui, pauvres héros à la carapace bien dure et bien lourde mais qui peut voler en éclats par une simple prière ou signe de la Croix, par un geste, un acte qui nous orientera vers le plus beau...Un petit bout de verre dans les écumes de l'océan, un petit bout de verre qui lorsqu'on le ramasse vous entaille la main et vous fait saigner : rien n'arrive si ce n'est par le sang, la douleur et la victoire.

Je me tourne vers mes enfants qui descendent de la voiture, le coeur serré, comme chaque matin, comme un capitaine qui envoie ses soldats au front, comme une mère que je suis qui voit son sang couler au loin. Je reste reliée jour et nuit avec mes vies, ma vie, et chaque bout de verre, chaque lutte perdue ou gagnée par mes petits pour grandir, je la subi aussi. Mais moi, mon corps est couvert de cicatrices, je suis un vieux soldat revenue de tous les combats.
La voiture repart, la vie reprend, "je me soule avec le bruit des corps qui m'entourent..."


Paroles :
Comme un fou va jeter à la mer des bouteilles vides et puis espère. Qu'on pourra lire à travers S.O.S écrit avec de l'air pour te dire que je me sens seul je dessine à l' encre vide un désert .Et je cours je me raccroche à la vie je me saoule avec le bruit des corps qui m'entourent . Comme des lianes nouées de tresses . Sans comprendre la détresse des mots que j'envoie .Difficile d'appeler au secours quand tant de drames nous oppressent et les larmes nouées de stress étouffent un peu plus les cris d'amour. De ceux qui sont dans la faiblesse et dans un dernier espoir disparaissent .Et je cours, je me raccroche à la vie je me saoule avec le bruit des corps qui m'entourent...Comme des lianes nouées de tresses . Sans comprendre la détresse des mots que j'envoie."
"Tous les cris les SoS partent dans les airs dans l'eau laissent une trace dont les écumes font la beauté
Pris dans leur vaisseaux de verre les messages luttent mais les vagues les ramènent en pierre d'étoiles sur les rochers."
J'ai ramassé les bouts de verre , j'ai recollé tous les morceaux tout était clair comme de l'eau
Contre le passé il n'y a rien à faire il faudrait changer les héros dans un monde ou le plus beau reste à faire."

mercredi 4 février 2009

"Il nous faut rattraper le monde", XYR

"Cette métamorphose a été décrite dans Les essais hérétiques de Jan Patocka, qui met en scène un homme naturel ou "non problématique" chez lequel importe seulement "l'enchaînement de la vie à elle-même, la nécessité physique d'exister de manière que la vie soit consacrée au service de la vie, à pourvoir aux besoins de la vie". Ainsi, le philosophe tchèque voit dans les grands empires anciens des sociétés menées par la nécessité de reproduire la vie comme telle, d'en garantir la maintenance tout simplement parce qu'elle est , en un cycle ensommeillé qui ressemble à l'éternel retour du même. Dans cette hypothèse, l'homme "non problématique" accepte le donné, s'y soumet et le reproduit, car "il n'a aucun but, aucune fin qui s'élève au-dessus du maintien de la vie". Cet instinct de permanence est vu ici comme un esclavage protecteur, puisque l'homme ainsi décrit ne se trouve pas écrasé par des questions sans réponse et conduit son fatalisme avec la naïveté de l'enfant, il s'agit là, écrit Paul Ricoeur dans l'introduction de l'ouvrage à Patocka, d'une "captivité menée dans l'amitié des dieux". (...)
L'histoire apparaît lorsque l'homme entreprend de questionner sa vie-même, et lorsque certaines conditions d'une vie meilleure deviennent un but plus important que la vie. A partir de là, l'avenir devient problématique, l'acceptation inconsciente disparaît, et l'instinct de la durée devient secondaire. Patocka appelle " les audacieux" ou "les ébranlés" ces hommes dès lors historiques, qui vont risquer l'éternel retour du même dans le tourbillon du questionnement, et il en voit la manifestation essentielle dans la culture européenne, à la naissance simultanée de la politique et de la philosophie. L'apparition d'une humanité historique se trouve donc conditionnée par la mise entre parenthèses de la certitude, sa mise en cause et en berne, dans l'attente de nouvelles significations dès lors choisies et argumentées : le passage du sens naïf au sens réfléchi se fait à travers un vide dangereux.(...)
C'est dans cette problématicité où l'homme devient plus humain que Patocka voit apparaître le nihilisme. L'homme historique est pour l'humanité à la fois une chance de se dépasser, et une menace d'autodestruction. Si l'instinctif vouloir de la durée est un esclavage, l'interrogation historique, qui met en jeu la durée, apparaît comme un lourd péril.
C'est ainsi que se pose, pour la première fois, la question sur la légitimité de la durée : faut-il vraiment que l'humanité se perpétue et pourquoi?(...)
Les sociétés occidentales sont en train de vivre ce moement d'interrogation sur leur propre légitimité à durer encore. Les événements du XXe siècle jouent un rôle dans cet effondrement. La nausée devant ce qui a pu être fait au nom de la durée représente une sorte de pivot autour duquel se cristallise aujourd'hui toute une atmosphère de renoncement à soi. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe développe cette mauvaise conscience dans laquelle se perd le sens de l'existence. Nous nous sommes rendus coupables de tant de malheurs que l'éternité des siècles ne suffirait pas à les expier.(...) Cet état d'esprit ne provoque pas l'envie de vivre, ni le désir d'enfants qui sont les marqueurs de l'espoir, puisque l'espoir a disparu derrière la certitude de l'expiation éternelle.(...)
Mais cette raison ne suffit pas à expliquer la tentation du "dernier homme", déjà décrite par Nietzsche au XIXe siècle. Le dernier homme, représentant largement le citoyen occidental de la modernité tardive, se suffit à soi-même et ne cherche rien ailleurs.(...)
Par exemple, le dernier homme mesure la tromperie des arguments utilisés pour justifier la durée de l'humanité. Que peut bien signifier pour lui : "l'être est meilleur que le non-être", affirmation avancée depuis Aristote jusqu'à Jonas? Meilleur au nom de quoi? Ainsi, au stade du dernier homme, le simple instinct de procréation, brut et encore animal, se veut dépassé, mais aucun sens ne vient plus remplir le vide qu'il a laissé. C'est pourquoi nous n'avons plus aucune raison d'avoir des enfants dans le monde tel qu'il est, à moins de tenir encore à quelques certitudes anciennes.(...)
Que faut-il pour durer? Il ne faut pas spécialement vouloir durer ( car l'instinct peut y suffire), mais il faut en tout cas ne pas vouloir mourir. Ainsi, les peuples long-vivants seront probablement religieux, à structures sociales fortes.(...)
Pour durer, il faut qu'une société moderne ( ou qui ne se perpétue pas par le seul instinct) sache pourquoi elle dure. Autrement dit, plus les conséquences de l'instinct sont contrôlées, plus le sens est nécessaire.La contraception, qui peut donner à une société les moyens de se suicider, serait en quelque sorte compensée par la religion, qui lui offre des raisons de vivre.
Mais surtout, on peut se demander si la capacité à durer n'est pas faite d'acceptation de l'inconnu et du risque. Et peut-être même d'ignorance. Une connaissance étendue du génome de mon futur enfant, cela me donne t-il envie de le garder? D'une certaine manière, la connaissance tue la vie, parce que la vie est aventure. A l'époque de la contraception, les peuples capables de durer seront forcément des aventuriers. Ils voudront l'avenir parce que aucune prévision ne leur en dessinera la figure, de même que la folle joie de l'attente de l'enfant tient dans l'inconnu de cet être à venir. Parce que aventuriers ils seront religieux, car les deux vont de pair. Ils ne voudront durer parce qu'ils croiront en un dogme qui le leur imposerait. Mais plutôt, leur capacité à faire vivre l'inconnu, à courir des risques, fera d'eux tout naturellement des êtres spirituels plus que rationnels, en tout cas la raison ne leur suffira pas - la raison ne court jamais l'aventure.
On peut dire simplement que ces peuples seront nourris par l'espoir, lequel n'a rien de rationnel. L'espoir est toujours l'attente d'une nouvelle aurore. Il faut pour cela supposer que les joies du monde ne sont pas encore toutes répertoriées. Il faut avoir confiance dans la capacité de création de l'humanité, avoir confiance dans sa capacité à panser ses plaies, à considérer chaque temps d'un regard neuf."( Chantal Delsol, "Qu'est ce que l'homme?", éd. du Cerf, La nuit surveillée.)

Attente

Par un beau matin,
Ou peut-être au cœur d’une nuit,
Nous ne fûmes pas très malins,
Moi et mon très cher mari.

Il nous fallait nous retrouver
Dans certains gestes, en vérité.
Il nous fallait nous expliquer,
Nous caresser, nous embrasser,
Vous l’avez deviné, nous aimer,
En vérité.

Encore ébouriffés, ébahis
Tout émerveillés, essoufflés et ravis
Nous réalisâmes dans le même temps,
D’un seul mouvement,
Que peut-être, que sans doute, que sûrement !
De nos accords naîtrait un nouvel enfant.

Je le sais, ça n’est pas bien, c’est de la démence,
Il faut réfléchir, raisonner, construire
Mais déjà un bonheur immense
M’envahit et éclate en sanglots et rires !

Faire exister en décrivant, montrer en analysant

Pris sur le site du Pélicastre jouisseur, dans des commentaires :
http://lepelicastrejouisseur.wordpress.com/2009/01/30/reel-t%E2%80%99es-foutu-le-postmoderne-est-dans-la-rue/

PMalo : « J’en suis là.
Le diagnostic est posé, la maladie connue. Hélas, le remède n’est pas évident. “Les antibiotiques, c’est pas automatique.” Il n’existe pas de panacée.
Alors, aujourd’hui, que puis-je faire ? Quel doit-être mon engagement, à moi, aujourd’hui, dans ce monde, à cette époque qu’il m’a été donnée de vivre ?
Et comme l’a dit l’autre : à vous à qui beaucoup a été donné, il vous sera beaucoup demandé.
Niveau responsabilité, on n’a jamais vu plus grand, ni plus beau. Alors retroussons nos manches, et lançons-nous. Dans l’espérance, avec foi, par charité.
Et peut-être pourrons-nous un jour dire, avec les anciens, “Et l’on n’est pas un vieux sage avant que d’avoir vécu.”

L’Ubiquiste : « PMalo, le diagnostic est posé, mais pas connu. Seuls quelques initiés le savent. Il suffirait qu’il soit connu et compris pour que le monstre se meure. Ce qui je crois n’est pas près d’arriver. Conseillez de saines lectures, des auteurs à priori imparables comme Muray ou Davila. On sait bien que si les petites gens font les révolutions, ceux qui les ont domptés héritent de tout.
Il est vrai que nous n’avons jamais eu de plus grande responsabilité. Et un ennemi aussi pernicieux et intouchable. La question n’est pas de savoir le détruire, il s’en charge très bien tout seul, la question est de ne pas être entraîné avec lui dans sa chute.
Vous mettez bien en avant la complexité du problème, à mon avis soluble que dans sa propre action funeste.
Vous avez la foi, l’espérance, mais vous vous lancez ou? Sur qui? Contre quoi?

Vous pouvez très bien parler aux gens, les faire douter (le doute est le début de l’effondrement de leurs convictions) participer à la continuité des traditions, des rituels séculiers… Demeurer fier de ce que vous êtes.
Pour ma part, la ligne est claire: faire exister en décrivant, montrer en analysant. Et le rire comme ultime arme métaphysique. Ca parait puéril et dérisoire, mais je vous assure que ça ne l’est pas.

Et n’oubliez jamais cette sentence aussi terrible que provocante:
“Le réactionnaire doit se contenter d’une notoriété limitée, puisque les imbéciles ne le comprennent jamais.”

Vous vous sentirez bien seul. Heureusement, nul besoin de nombre dans cette affaire.

mardi 3 février 2009

Stratégie













écrit le mercredi 12 novembre 2008

"La guerre était sans nul doute la chose la plus simple à faire, mais c'était surtout la plus difficile à réussir". ( Dantec, dans Babylon Babies, éd.Folio SF, p26)

J'avoue que ce qui me fatigue le plus ça n'est pas de VOIR ce qui se passe, ni de comprendre à peu près les menaces qui pèsent sur notre civilisation mais d'être entourée de gens qui considèrent "l'ignorance comme une bénédiction" .

Je pense que la France n'aura pas de "guerre" sur son territoire, du moins pas au sens où l'on entend habituellement le terme de guerre avec "guns" comme dirait L.Et c'est bien dommage.
Notre conscience occidentale judéo-chrétienne est si faible, si réduite, lisez la proposition de Maurer, député UMP, hein, pas un de ces salauds de gauchos (1), pour donner des jours fériés aux fêtes musulmanes ! Les islamistes n'auront pas à faire le grand djiad chez nous...Nous lui ouvrons tout grand la porte de notre pays, de notre législation, de nos coutumes et traditions, à ce djiad !! Il y aura terrorisme et guerre dans les pays qui ont encore un peu de conscience occidentale et le souhait de préserver leur culture et leur religion. Mais nous ? La guerre de Troie a DEJA eu lieu et nous l'avons perdue.Dantec peut ouvrir son Pomerol et nous aussi, en fait et nous pouvons en boire tous les jours que Dieu (dé) fait car une simple revue de presse d'un soir suffit à nous convaincre de cette réalité navrante.
La guerre sur le territoire français aura simplement lieu parce que nous serons le passage de ceux qui voudront se battre contre ce djiad ( américains, russes etc...). Et nous serons comme des niais, au milieu des boulevards avec des "bagnoles" qui nous tamponneront au passage et nous ne saurons même pas pourquoi nous mourrons !

L. dit : "j'en ai par dessus la casquette de lire les uns et les autres avec leurs visions apocalyptiques du monde à venir."
M. dit : "Krav MAga et Strike pour le combat!"
I dit : "vous êtes tous paranos."

Oui, "l'ignorance peut être une bénédiction".Et oui nous serions vraiment tentés d'en finir tout de suite et d'achever ce monde qui n'en finit pas de mourir.
Mais en fait, cette "ignorance" bénie et volontaire signifie lâcher ses "armes" ( lectures, éducation de nos enfants, engagements divers et variés) et faire dès maintenant allégeance à ceux qui convoitent notre pays, nos richesses ( bon là ils risquent d'être un peu déçus quand même) notre "occidental way of life" ( oui parce qu'ils ont beau expliquer qu'ils le trouvent "choking", ils l'imiteraient bien volontiers ) et surtout faire allégeance à ceux qui lobotomisent nos cerveaux et s'en prennent à nos libertés.
Je suis éminemment persuadée que toute vie est un combat personnel bien sûr (contre la tentation de l'ignorance, par exemple), mais aussi un combat pour chercher et améliorer au maximum nos civilisations. Cependant,la perfection n'existe pas, l'ajustement à ce qui parait mieux, seul, est possible.(2) Nous sommes toujours dans des ajustements et l'abruti socialiste ou islamiste ou l'ignorant qui veut vivre "pépère" ( l'individualiste) , ces trois catégories qui se pointent en disant : j'ai trouvé le Grand Ajustement qu'il ne faudra plus bouger d'un iota sous peine de faire crouler l'édifice de la perfection, celui là veut figer la vie, le mouvement, la pensée (3), bref tout ce qui fait qu'un homme est libre et cet abruti-là il faut l'abattre car en fait il nous présente une vision de l'homme qui n'a plus rien d'humain.
Reprenons donc nos "armes" c'est à dire notre raison, notre réflexion,nos lectures, notre courage (4), lâchons -pour un moment seulement- nos vraies armes : elles ne sont pas ENCORE utiles. Si elles deviennent un jour nécessaires, et bien, tant mieux, c'est que nous aurons gagné la plus importante des guerres : celle de la Vérité.(5) et (6)

Notes:

1/ http://www.bivouac-id.com/2008/11/08/un-depute-ump-veut-islamiser-les-jo...

2/ "La construction d'un monde commun, distingué de l'anti-monde des totalitarismes et du non-monde du relativisme contemporain, dépendra entièrement de la capacité du sujet à assumer des certitudes INACHEVEES."(Delsol, "Eloge de la singularité", éd.La Table Ronde p 133)

3/Synthèse d'Ellul : "Islam et judéo-christianisme" : "Distinction entre le Coran et La Bible. Le C. est dicté, lettre par lettre à Mahomet.(et l'on ne change rien à un texte qui est dicté. C'est une pensée inscrite et figée). La B. est un recueil de messages étalés sur dix siècles, messages que l’Eglise a accepté ou rejeté après examens et colloques. « La liberté est l’essence même de l’œuvre de Dieu, par l’homme, telle qu’elle nous est montrée dans l’Ecriture . » « La Bible n’est pas un livre dicté, c’est un livre inspiré ».
La Bible est « originée » dans une Parole de Dieu et devient Parole de Dieu quand elle est actualisée par l’Esprit- Saint en l’homme, *par l’homme*. Dieu reprend l’homme comme partenaire pour rendre vie à sa Parole."

4/"Il avait envie de voir les cartes d'état-major. Il avait envie de comprendre les mécanismes stratégiques qui avaient oeuvré, invisibles, tandis qu'il courait sous la mitraille."
"Lire permettait de confronter des expériences nouvelles à des savoirs anciens. Toorop savait mieux que quiconque qu'il ne sert à rien de réinventer l'eau tiède, tout particulièrement au cours d'une guerre, face à des ennemis plus nombreux, et techniquement supérieurs."(Babylon Babies p 40)

5/"Les cartes demandaient leur part de sang, et de vérité".(idem, p 38)

6/ certains combats intellectuels peuvent être gagnés : http://www.lexpress.fr/actualites/2/le-depute-ump-christian-vanneste-blanchi-pour-homophobie_81656.html

Guerre

La lutte est engagée, le combat total,
La guerre est déclarée, le combat terminal
Je cours vers le brasier, je vole vers mes amis
En danger.
Je trébuche dans les cendres gluantes et grises
Sans tomber.

Oh ! Jésus ! Jésus ! Nous sommes cernés !
Je crie ma peur et ma rage dans le fracas des armes
J’allume en tremblant et la mèche s’enflamme
Pourvu que tout explose , le regard est brouillé

C’est la fin. Et soudain Dieu se penche en pleurant
Il me prend dans sa Main, me lève loin de l’enfer
Réfugiée, je ferme les yeux et meurs dans les airs
Dans ses Bras je suis depuis l’aube des temps

Et je ne le savais pas.